‹ Œuvres médico-philosophiques et pratiques de G. E. Stahl... traduites et commentées (volume 2)Chapitre 59 sur 69 · DU SENS EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DU SENS EN GÉNÉRAL

§ 1er. Nous avons tâché jusqu’à présent de ne rien omettre de tout ce qui peut se rapporter d’une manière directe à l’acte même de la conservation vitale ; nous l’avons fait avec assez de clarté et de développement, pour n’avoir rien oublié

la suite de cette violente colère , fut prise d’une attaque nerveuse épileptiforme... Quelques jours après , à la même heure, sans cause nouvelle appréciable, la même attaque se renouvela, et dans la nuit, à la même heure, le nourrisson fut atteint des mêmes symptômes.... Avis en fut donné aux parents, et je fus mandé aussitôt auprès de l’enfant, qui fut immédiatement changé de nourrice. .. Je traitai l’ancienne nourrice et l’enfant, qui guérirent tous les deux presque à la même époque. J’ajoute seulement que la nouvelle nourrice fut atteinte, pendant le traitement de l’enfant, de symptômes spasmodiques qui heureusement n’eurent aucune suite fâcheuse.

1 Le texte porte De sensu, et si j’ai traduit par ces mots: Du sens en général, c’est que j’ai cru que ce titre pouvait le mieux convenir à ce traité dans lequel l’auteur s’occupe d’une manière spéciale (bien que sous un point

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ce nous semble ; il nous reste maintenant à exposer ce qu’il est indispensable de savoir relativement à un acte qui , bien qu’il ne paraisse pas concourir directement à la conservation de la vie , est du moins d’une grande utilité pour faire éviter au corps les plus communes occasions de destruction : or, ce fait est tellement inséparable , soit du corps vivant, soit de tout le système animal, qu’il en est le compagnon fidèle dans toutes les fins principales de la vie humaine.

de vue général et purement physiologique) du phénomène universel delà sensibilité physique, du sens en général , c’est-à-dire de cette faculté, dévolue au principe sentant, par laquelle il éprouve des sensations.

Il ne sera donc question dans ce chapitre unique de la 5e section que de la sensibilité physique ou externe. Trois conditions essentielles sont indispensables pour le libre, et naturel accomplissement de cette fonction inhérente à la vie , ce sont : 1° la commotion ou impression des organes sensoriaux, précédant 2« la sensation, immédiatement suivie de perception , après laquelle vient 3° l 'appétit ou réaction de l’âme pensante.

Telle est la division adoptée par l’auteur, d’accord en cela avec tous les philosophes et physiologistes spiritualistes anciens et modernes. Si Stahl ne prononce jamais dans le cours de cette section le mot de sensibilité (sensibilitas), ce n’est pas qu’il distingue radicalement cette éminente faculté du sens et de la sensation, mais seulement parce que, pour lui physiologiste et philosophe , la sensibilité n’est autre chose qu’un excès d’activité , mais non un état simplement passif de l’âme; c’est que la sensibilité est comme un effet réel, prompt et actif de la sensation, présupposant une perception y raie et entraînant toujours après elle des mouvements variés dans l’économie vitale et organique. Stahl traite, du reste, d’une manière spéciale; de la sensibilité, dans la 2,; partie de sa Pathologie spéciale ( Voy. T. IV de ma Traduction, sect. V, § 2, Path. spéc.) : c’est dire que l’auteur regarde la sensibilité proprement dite comme une faculté en acte et vraie de l’âme , se manifestant à la suite d’une vive sensation , ayant toujours un profond retentissement dans l’économie vitale et animale, et pouvant par conséquent devenir cause d’affections morbides variées. C’est donc avec raison que nous avons adopté ce titre: Du sens en général , comme étant le plus conforme à la pensée de l’auteur et aux phénomènes dont il va être ici question.

Quant à nous, comme le langage médical et le langage physiologique ne font aucune différence entre le phénomène général de la sensation et la faculté de sentir , c’est-à-dire la sensibilité ou le sens , nous emploierons indistinctement les mots de sens et de sensibilité pour exprimer la faculté sensitive en acte; celui de sensation, pour indiquer le phénomène qui se manifeste à la suite de 1 impression des sens ; conservant aux mots perception , estimation , appréciation , appétit, etc., la même signification que tous les spiritualistes psychologues ou anthropologues leur donnent partout.

§ II. Nous voulons parler ici du phénomène universel de la sensation , que l’antiquité a considéré dans l’espèce humaine comme si nécessaire à l’acte solennel de la raison , quelle n’a pas balancé d’affirmer qu’il n’est rien dans l’intelligence qui ne vienne des sens : « Nihil esse in intellectu, quod non priùs fuerit in sensu 1 . »

N’est-il pas évident , en effet , que , sans le secours des sens, il nous serait impossible d’asseoir un jugement véridique

i II est bien positif que les sensations et les perceptions qui en naissent n’auraient pas lieu si nous avions été privés des sens ; mais est-ce à dire pour cela que nous ne pouvons avoir d’autres sensations en dehors de celles que ces organes nous fournissent?... Certes, ce serait oublier les premiers éléments de psychologie que de prétendre pareille chose ; c’est pourquoi il faut bien s’entendre sur le véritable sens de ces mots : « Nihil est in intellectu, quod non priùs fuerit in sensu, » Cette assertion , en effet , n’est applicable qu’à l’âme considérée pendant son union avec le corps et dans l’état d’imperfection où l’a jetée le péché originel ; car, appliquée à l’âme dans l’état d’innocence et après la séparation du corps , elle serait erronée. Il est dit , dans les Saintes- Écritures, que notre premier père Adam possédait la science de toute chose, et que ce ne fut qu’après sa prévarication qu’il a été condamné, lui et ses enfants, à toutes les misères de sa nature. L’âme, en cet état, est devenue si dépendante du corps , que désormais elle n’a pu revendiquer sa supériorité et son autorité sur la matière organisée qu’elle anime, qu’à la seule condition d’un libre et réciproque échange de services devant aboutir à la conservation de cette vie, devenue une épreuve incessante et . une lutte perpétuelle contre le mal.... source de tout malheur!.... Nous disons donc , avec les anciens et avec Stahl lui-même , au point de vue physiologique et philosophique même , qu’il est réel que les sensations qui nous viennent des sens^et que les opérations de l’âme qui en sont la conséquence, sont les seuls matériaux de notre sensibilité , de nos perceptions, de nos appréciations et même de notre jugement; de notre intelligence, en un mot

Nous ne craignons donc plus maintenant d’être accusé de matérialisme , ou du moins de sensualisme , dans les réflexions que nous ferons ; il faut savoir accorder à chaque chose sa part : la sensibilité n’est pas la vie, comme l’ont prétendu quelques-uns; les sensations ne constituent pas non plus un état passif de l’âme et des sens; non, tout est actif ici, le sujet comme l'objet.... Il n’y a seulement qu’à se bien entendre sur la signification vraie des mots , et ne pas faire comme les Cartésiens et les Malebranchistes qui, dans leur aveuglement coupable, non-seulement ont voulu que le corps animal ne fût qu’une pure machine ^ mais encore ont prétendu que les sens ne sont qu’erreurs et qu’illusions. Une pareille exagération n’a plus cours aujourd’hui, dans un siècle où l’expérience (à l’aide des sens surtout) a imprimé a la science une marche progressive aussi remarquable.

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touchant les choses en tant que présentes ( ut prœsentibus )? Tandis que toutes nos autres pensées , quelque vraies qu’elles soient abstraitement, ne peuvent cependant pas arriver à un degré réel de vérité tant qu’elles n’ont pas atteint comme but objectif les choses qui existent en réalité , tant qu’elles ne parviennent pas à déterminer le lieu où ces choses existent et comment elles existent : mais elles sont générales , et n’ont pour objet que des choses vagues et incertaines , surtout quant au temps , à la quantité , à la qualité et au lieu.

§ III. Cependant, pour ne pas trop nous appesantir sur cette question étrangère à notre sujet et ne pas y perdre notre temps , il nous suffira de fixer l’esprit sur ce point de vue ; que le phénomène de la sensation est non-seulement avantageux et utile à la conservation du corps mais encore réellement et absolument nécessaire à cette même fin. De même que la vie a pour objet direct la mixtion du corps et son incessante délivrance des matières subtiles corrompantes ou corrompues, et cela à l’aide de mouvements subtilement sécrétoires et excrétoires proportionnés à de telles matières; de même aussi le sens, la sensation, le sentiment, la sensibilité en un mot , et le mouvement local, sont tout d’abord vraiment et directement préposés à la conservation de la structure du corps , et en quelque sorte occupés à le délivrer de substances trop grossières ; et cela par des actes réellement sensibles et matériels , c’est-à-dire par l’éloignement local, soit du corps lui-même par rapport à ces substances, soit même de ces substances à l’égard du corps.

Mais comme , sous ce point de vue , l’avantage , que la sensibilité fournit à Y intelligence et que le mouvement donne à la volonté , se fonde sur la parfaite intégrité de la structure du corps, c’est pour cette raison que l’on doit mettre au premier rang cette utilité que la sensibilité et

le mouvement présentent immédiatement à la conservation de cette intégrité; de sorte que, selon cet ordre absolu des choses , la fin première de la sensation est , de toute manière, la conservation de la structure du corps, par le moyen des mouvements volontaires locaux , en mettant le corps à l’abri de tout objet nuisible , ou en X éloignant de tout ce qui peut l’affecter péniblement * .

§ IV. Or, bien que tout cela se passe réellement ainsi , il est bien positif cependant que ce qu’il y a d’avantageux en cette affaire n’est pas sous la dépendance directe du médecin et demeure au-dessus de sa puissance , à moins qu’il n’y coopère par une sage intervention. Celui-ci n’a, non plus , rien à voir dans la manière dont s'opèrent et agissent, soit la sensation, soit Ip mouvement local. Aussi voilà pourquoi cet ordre de choses devrait être exclu de la Physiologie médicale ; mais comme il est d’usage d’en parler en traitant de cette science , nous consentons à en dire ici un mot , aussi brièvement qu’il nous sera possible 2.

§ V. La sensation, et avec elle le fait du mouvement local, constituent une action de Xâme elle-même ; X action, disons-nous , soit d’acquérir la connaissance des choses extérieures par le moyen à’ organes formés dans une proportion

1 Cette assertion devrait être regardée comme un axiome en physiologie , et l’on ne devrait point oublier (au lieu de soutenir tant et tant de principes exclusifs) que le but premier, la fin réelle de la sensation, c’est de veiller à la conservation de l’espèce et de l’individu. C’est là cependant une vérité qui a passé long-temps inaperçue chez les spiritualistes Cartésiens, qui n’ont compté pour rien les sensations ; chez les organicistes et les matérialistes de toute secte , qui ont toujours voulu compter sans la force efficiente qui veille providentiellement sur l’économie dans l’appréciation des phénomènes vitaux.

2 II n’y a plus à en douter après ces paroles : l’auteur ne s’occupe point de la sensation au point de vue philosophique , ou bien encore métaphysique, attendu que la science médicale n’a aucun avantage direct à en retirer; il ne veut l’étudier que sous ses rapports avec le corps humain et en tant qu action de l’âme produite à l’aide des cinq sens.

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vraiment mécanique, soit de prendre une détermination affective à l’égard des objets de sa volonté.

C’est principalement sur ce point que porte en général cette question depuis long-temps agitée , ou pour mieux dire cette assertion plus nettement posée par les plus hardis , savoir : si la sensation est un phénomène actif ou simplement un phénomène passif mais principal de l’âme , ou bien , comme on ne craint pas de le dire, une impression faite sur l’âme. Les individus enracinés dans ces grossières opinions ne font aucune difficulté de soutenir que la sensation ou la perception et la discrétion sensuelle est simplement et passivement excitée dans l’âme avec tant de violence , qu’elle ne peut absolument , comme disent les Allemands , que se heurter en bronchant contre les choses qui se présentent à elle et qui lui sont offertes 1 .

1 On entend généralement par sensation , une émotion qu’éprouve l’âme à l’occasion d’une commotion ou d’une impression organique d’un sens ; elle l’éprouve en vertu de sa faculté sensitive , c’est-à-dire de sa sensibilité. Voilà pour ce qui est de la sensibilité animale. On doit encore appeler sensation, toute émotion produite sur le principe sentant à la suite d’une commotion ou d’une impression organique provoquée sur une partie corporelle du domaine de la sensibilité organique. Il existe, en outre, d’autres espèces de sensations, morales, affectives, etc., etc. Or, je le demande, se peut-il que dans le phénomène de la sensation il n’y ait rien d’actif, et doit-on douter un seul instant (à moins qu’on ne veuille parler des sensations indifférentes) que l’âme déploie en ces cas une activité, une énergie réelles? « C’est à tort», dit Sauvages (F. du Boissier), Nosol.méthod., dise, prélim., p. 218 et seq..., « c’est à tort que les modernes ont banni les facultés des » écoles médicales , pour leur substituer une matière subtile. Serait-ce parce » que leur essence nous est inconnue? Mais, sur ce principe, ils auraieni dû «bannir également les noms d’élasticité, de gravité, etc., dont on ignore «aussi l’essence , etc. » Sauvages, une des plus chères illustrations de Montpellier, parlait ainsi a une époque bien mémorable pour notre grande École, et sa voix n a pas été entendue , bien qu’il eût pour maîtres en cette matière Aristote, Leibnitz, Descartes lui-même, les Pères de l’Église, Hippocrate, Galien , Rivière , Du Laurent , Sydenham , Baglivi , Lancisi et Stahl , le grand génie médical et philosophique des xvm et xvme siècles. Aussi qu’en est-il résulté ? C est qu aujourd hui la physiologie ne s’occupe presque plus que d expérimenter sur les animaux vivants , de les tourmenter dans tous les sens, de les torturer, pour en conclure ensuite, les uns, que la sensibilité est une propriété , un attribut de la vie , la vie elle-même ( A. Prost , De la

§ VI. Mais comme nous avons ici sous la main deux preuves du contraire , capables de démontrer péremptoirement que tout ce qu’il y a de principal dans la sensation est plutôt dû à une véritable action de l’âme qu’à toute autre chose; il est juste et raisonnable de fixer là toute son attention, plutôt que d’imaginer ces vains appareils automatiques d 'un corps actif et puissant en dehors de X activité et de la puissance de l’âme. De ces deux preuves , la première se fonde , à priori, sur la vraie et incontestable nécessité de conserver la structure du corps , et de la préserver contre les dommages qui proviennent des choses au milieu

sensibilité , 1805 ) ; les autres, voulant tout expliquer par l’organisation, niant même l’existence de propriétés vitales ( p. 57 ) , éliminent les mots dew'e, d’ame, d e principe vital, etc. (p . 11), comme des abstractions, et, regardant la vie , l’intelligence , l’imagination , la sensibilité , avec l’œil séc de l’anatomiste, réduisent tout à des sensations perçues par les organes (p. 456) , devenant ainsi siège des passions (p. 456); dès-lors, on appelle l’imagination la fonction suprême de l’encéphale (p. 458), et l’on regarde l’intellect lui-même comme une propriété primordiale du cerveau. (Voy. J.-C. Brachet, Rech. exp. sur lès fond, du syst . nerv., p. 837. ) D’autres , spiritualistes au fond, comme M. Virey, mêlent aux plus hautes conceptions psychologiques des opinions on ne peut plus exagérées et invraisemblables , soit sur la création organique , comme par exemple la synergie ou le mutuel consentement des forces telluriques (p. 4), soit sur les facultés de l’âme , quand il dit (p. 9) : « L’on peut dire que le nerf, la sensibilité , l’intelligence, émanent du soleil et des astres ou vivent par lui, etc.» (J.-J. Virey, De la physiol. dans ses rap. avec la philos., 1844, in-8°. ) D’autres, enfin, tantôt matérialistes , tantôt sensualistes , tantôt je ne sais quoi , bien qu’en réalité il y ait de la bonne foi dans leurs opinions , disent , répètent et enseignent avec M. P. Flourens (De la vie et de l’intell., p. 27) : « Les propriétés ou forces du système nerveux sont au nombre de cinq : la sensibilité , la motricité, le principe de vie , la coordination des mouvements de locomotion, et l’intelligence. » Mais, de grâce, je le demande avec tout le sérieux dont est capable un homme de mon caractère , comment accorder à un appareil , pour si parfait qu’il soit, sensitif, moteur ou ganglionnaire, la faculté, la puissance de sentir, de comprendre, de coordonner quoi que ce soit? Ce sont là , il faut bien l’avouer, de tristes et bien déplorables découvertes , qui ne feront jamais faire un pas à la vraie médecine. Les enseignements des anciens étaient bien plus relevés ; et combien doit s’enorgueillir la grande École médicale de Montpellier de n’avoir jamais dévié de ses premiers principes! Ce qui ne l’empêche pas néanmoins de progresser dans la voie de la vérité.

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desquelles il se trouve d’une manière absolue, nécessaire et inévitable , et qui, dans une pareille nécessité, le menacent sans cesse et sont toujours prêts à fondre sur lui.

Puisque le corps ne peut être délivré de ces funestes inconvénients , ni en être préservé par aucun autre moyen , si ce n’est à l’aide de mouvements locaux bien proportionnés , et que d’ailleurs cette proportion ne peut être établie qu’au moyen : 1° de la perception et de là connaissance, 2° de la juste appréciation moins des objets externes que des résultats préalablement supposés par l’imagination ; il est évidemment positif que l’âme elle-même doit absolument , avant toutes choses , fixer son attention tant sur ces objets que sur leurs probables effets nuisibles. Par conséquent , l’âme doit exercer continuellement une active surveillance à l’aide des organes sensoriaux, non-seulement afin de reconnaître par leur moyen les choses qui frappent déjà les sens, même celles qui sont imminentes et menacent de devenir nuisibles sans avoir produit encore leurs funestes effets, mais encore afin de bien reconnaître de bonne heure celles qui sont réellement capables de nuire , pour les éloigner du corps à l’aide de mouvements convenables , ou pour mettre ce corps à l’abri de toute fâcheuse atteinte.

Tout homme de sens et d’intelligence concevra aisément qu’en ceci il y a positivement et nécessairement une intention active de l’âme humaine mettant en action et dirigeant les organes des sens vers ce but. Ce qui confirme encore la vérité de ce fait , c’est , en général , cette puissance remarquable qu’a l’âme de diriger en quelque sorte la plupart des organes sensoriaux en vue d’une perception plus exacte et plus délicate : c’est là ce qu’on observe principalement pour la vue et l’ouïe 1 .

i Les partisans de la localisation de la sensibilité , de la perception , de l’intelligence, etc., dans certaines parties fixes et déterminées de l'encéphale , trouveront ces assertions étranges ; mais , au moins, elles sont plau-

§ VII. La seconde preuve, qui est un véritable document, nous est surtout fournie par cette double circonstance, s’appuyant , d’une part , sur ce fait , savoir : que lame pleine de sollicitude, et cela ordinairement pour des dangers de pure fiction imaginaire , exerce avec l ’ attention et la vigilance, X assiduité et la constance les plus grandes, toute la puissance de sa sensibilité ; et , d’autre part , sur cet autre fait que l’âme dégagée de toute sollicitude , devenue étrangère par ennui ou par dégoût , et même insensible à tout commerce avec les choses extérieures , se soustrait à sa propre énergie de sensibilité , et cesse par là à’ agir non pas tant dans les organes sensoriaux que sur et par ces mêmes organes.

Nous avons à tout instant des exemples de pareils faits , non-seulement dans toutes les circonstances critiques et qui peuvent nous causer de Y inquiétude , mais surtout lorsque X obscurité d’un lieu ou les réduits ténébreux d’alentour font craindre constamment que quelque malheur imprévu n’arrive ». C’est alors , en effet , que quand il le faut, comme en plein jour, et même lorsque cela devient inutile , comme dans des ténèbres épaisses , par exemple , l’organe de la vue est vivement tendu ; les mouvements de la tête se précipitent , afin de favoriser le mouvement des yeux qui se portent dans tous les sens ; mais c’est surtout alors que les oreilles se dressent, — comme chez les animaux, — se tendent , et que la tête tournée vers ce même endroit

sibles et rationnelles. L’âme veille à la conservation du corps : 1° parce qu’elle a besoin , du moins en ce monde , des organes corporels pour accomplir ses actes de relation ; 2° parce qu’elle a l’intelligence et la raison en partage. Peut -on en dire autant des organes ?

1 Ici commence le jeu de l’imagination ( phantasia ) ; faculté puissante à l’aide de laquelle des objets sensibles et même supposés et purement imaginaires se présentent à nous sous des apparences qui portent le trouble dans notre âme , et parfois même de graves désordres dans l’économie vitale et animale. Peut-elle être un simple fait organique?...

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semble y diriger aussi les oreilles comme pour mieux entendre ; afin de ne pas être trompé par un son ou par un bruit qui , en pareil cas , bien que très-léger, ne laisse pas que de provoquer dans l’âme des perceptions et des appréciations nettement distinctes. Mais il n’y a peut-être pas d’enfant qui non - seulement n’ait connaissance de cette délicate et craintive tension du sens du toucher, par laquelle l’imagination exagère les perceptions des douleurs par la profonde appréhension qu’on en a , dans la crainte , par exemple , d’être battu de verges ou de recevoir d’autres coups semblables, mais qui ne soit encore très-familier avec ce genre de sensation qui l’amuse et qu’on désigne sous le nom de chatouillements.

Cela est si vrai , que , sous l’influence d’une simple crainte préconçue, avant même que le corps ne soit touché, l’imagination est prompte à exciter, chez les pêrsonnes trèssensibles, de violents mouvements d’horripilation par la seule menace ou le seul signe qu’on fait de les chatouiller ; on voit, en outre, d’autres personnes qui, se roidissant contre un pareil assaut déjà prévu, demeurent insensibles au chatouillement , ou du moins ne s’en ressentent que très-peu et beaucoup moins que lorsqu’on les prend par surprise 1 .

1 Tout le monde connaît les histoires plus ou moins véridiques, mais bien positives quant au fond , touchant les effets terribles provoqués par un chatouillement continüé de force sur une personne qui les redoute : j’ai été témoin moi-même de deux phénomènes surprenantsà cet égard.... Une jeune fille de 16 à 18 ans fut, dans un simple but de divertissement et sur son consentement , attachée et soumise à un chatouillement ( sur les flancs) qui se prolongea assez long-temps; cet exercice excita d’abord une espèce de jouissance qui provoqua un rire naturel chez toutes les jeunes personnes auteurs ou sujet de cette expérience dangereuse;,... peu à peu les rires de la patiente se changèrent en cris, en pleurs, et la jeune fille tomba tout-à-coup dans un état de stupéfaction qui effraya ses imprudentes compagnes. Mais la scène changea aussitôt , et , à cet état d’abattement léthargique , succéda une hilarité insolite suivie de près de mouvements spasmodiques, de contractions de la face et des membres, et d’affreuses contorsions enfin qui jetèrent l’épouvante dans l’assemblée.... Je fus appelé sur ces entrefaites, et lorsqu’après avoir questionné les auteurs de ce drame

§ VIII. Sous le second point de vue des phénomènes de ce genre, nous possédons encore des exemples journaliers et beaucoup plus fréquents ; bien que cela arrive même à des individus dont l’esprit est réellement étranger et insensible à cette sorte de perturbation : c’est lorsque , au milieu du bruit confus des réjouissances publiques , de spectacles tumultueux, du vacarme des chanteurs et du tapage insupportable des tambours et des trompettes, certains individus, présents à ces amusements , sont saisis d’un dégoût fastidieux tel , que , même au plus fort de tous ces moyens trèscapables d’ éveiller et d’ irriter la sensibilité , ils s’endorment tranquillement dans un sommeil non -seulement paisible, mais à profond, qu’il faut les plus violentes secousses pour les réveiller. A l’égard de ce fait , on ne manque pas d’alléguer des raisons aussi étranges que superflues, en en attribuant la cause à la faiblesse et à X atonie survenue dans les organes pendant ce bruit et ce vacarme continuels 1 . Mais ce ne saurait être la vraie raison de ce fait , attendu qu’on voit jusqu’au plus petit laquais , et même bien d’autres

pathologique, j’eus appris tous les détails que je viens d’énumérer , je crus utile, d’administrer une potion composée de musc, éther et assa-fœtida.... Le calme fut instantané ; mais la jeune fille , ayant repris ses sens , accusa de violentes douleurs à la région hypogastrique et à la tête. Qu’était- il arrivé? N... avait ses menstrues : elles s’étaient arrêtées subitement sous l’influence de cette exaltation de la sensibilité. Trois mois après, la malade reprit sa santé ordinaire, avec le retour du flux menstruel.... Le second cas non moins curieux de ce genre , c’est l’exemple d’un jeune garçon âgé de 14 ans , qui fut soumis à une pareille expérience : après la scène ordinaire de rire , de joie , d’hilarité et de convulsions , il fut atteint d’épilepsie. Cette affection dura six mois environ : j’eus , il est vrai , le bonheur de triompher de cette affreuse maladie ; mais combien grande fut la désolation de la famille !....

1 Si , comme le prétendent encore bien des physiologistes modernes , la faculté de sentir provenait simplement de l’appareil nerveux sensitif, moteur ou ganglionnaire , il y aurait nécessairement sensation et surexcitation de la sensibilité toutes les fois qu’un organe sensitif quelconque serait vivement impressionné ; la conséquence serait forcée. Lors donc qu’en pareille circonstance il n’y a pas sensation exaltée , c’est par une réaction volontaire de l’âme; toute autre explication est insuffisante, incompréhensible même.

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personnes , qui , regardant nonchalamment et écoutant fastidieusement toutes ces choses , surtout lorsque arrive le moment où ils ont l’habitude de s'endormir, — setant emparés , dès le commencement de ces spectacles bruyants d’une place retirée avec l’intention formelle -de se livrer au sommeil, — s’assoupissent et dorment sur les deux oreilles, et qui , se montrant étrangers à toute impression , réfutent ainsi par leur sommeil et par leur insensibilité toute cette philosophie mécanique que nous combattons. Les camps militaires nous fournissent de semblables exemples , alors que le soldat fatigué s’endort , au bruit du canon , pour réparer ses forces, et n’est pas le moins du monde dérangé de son sommeil 1 .

§ IX. Mais c’est vraiment nous étendre trop longuement sur la démonstration générale de ce fait, puisque le seul exposé bien circonstancié de la vraie manière dont la sensation se fait, peut établir et démontrer suffisamment tout le phénomène. Or, l’acte organique de la sensation comprend en lui-même : 1 0 la cause efficiente agissant convenablement en vue d’une fin et conformément à cette fin ; 2° l’action elle-même en général; 3° les organes ; 4° la manière d’être tant de Y action que des organes à l’égard des objets; 5° leur fin même , tant première, immédiate et prochaine, que médiate et dernière.

a. Quant à la cause efficiente ainsi qu’à la fin dernière, nous avons eu déjà l’occasion d’indiquer ce qu’il est indispensable de savoir.

b. Pour ce qui est de l’action qui a ordinairement lieu dans ce phénomène , il faut admettre , qu’en général , c’est le mouvement qui la constitue. Mais sous un point de vue

1 Voy. T. VIH , Comment. XC. — Étude critique sur les phénomènes d’insensibilité artificielle : . . . magnétisme , éthérisation , hypnotisme , fasciJ nation , etc. . .

spécial surtout , selon notre manière de considérer les faits , en tant que ce mouvement vient de lame elle-même, il doit être distingué de cet autre mouvement qui complète le formel des objets de la sensation, en tant qu’objets.

En effet, la sensation, prise à son point de vue formel, est , en général , un certain mode résultant du concours mutuel et réciproque de ces deux mouvements, dont le premier est celui que lame opère dans les organes sensoriaux , et le second celui que la subtilité de certains objets extérieurs imprime sur les organes des sens 1 .

C’est ainsi que le mouvement établi par l’âme dans les organes sensoriaux , altéré par cet autre mouvement adventice, constitue formellement la sensation , en tant que cela se rapporte à une considération corporelle . Ce qui veut dire qu’avant toute chose , pour qu’il y ait sensation , une certaine et très-subtile espèce tensive de mouvement particulier est absolument requise de la part de X organe sensorial , et qu’il est ensuite également requis de l’objet sensible un certain effet plus ou moins subtilement moteur, se communiquant actuellement aux organes des sens ainsi affectés. Toutes les choses se passant préalablement ainsi , c’est alors, disons-nous, qu’a lieu immédiatement après le phénomène de la sensation.

Mais ce qu’il y a de particulièrement remarquable en ceci , c’est une direction très -spéciale qui, naturellement arbitraire, choisit une seule de ces sortes d’ altérations sensibles préférablement à une foule d’autres simultanément incidentes : ce choix est si spécial, que l’âme , en cet état , ne

1 Telle a été l’opinion de Plalon , d’Aristote et de son École , ainsi que de Galien lui-même (Galen. , Hb. 7, de placit. Hipp.) ; ils soutenaient unanimement que des corps sensibles s’émanait une sorte de vapeur, de flamme qui venait atteindre nos sens : « Sensibilia aulem aliquandà in organo inlentionaliter tantum recipi aiunt, et ftammam àcorponbus emanare , quœ in sensus feratur. » (Plat., c. 7, in Tirnæo.) Les philosophes et les physiologistes modernes expriment la même opinion sous un autre langage.

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fixe son attention sur aucune autre et n’en porte aucun jugement. Par exemple , lorsque dans un chœur très-nombreux nous distinguons la voix d’un seul individu et que nous y sommes exclusivement attentifs , nous ne percevons et ne sentons absolument rien de la symphonie des autres

§ X. c. Tous ces phénomènes seront peut-être beaucoup mieux compris un jour, lorsque les organes et leurs rapports avec une cause supérieure et avec leurs objets , après avoir été examinés de plus près , seront mieux connus désormais ‘ .

Or , comme notre intention n’est pas d’insérer ici l’histoire anatomique de la structure de ces organes , alors qu’il nous suffit , du reste , de parler de leur usage, ainsi que la chose le demande, simplement , il nous suffira donc d’avertir que l’on doit considérer les organes sensoriaux, en général , sous un double rapport : le premier , au point de vue de Yobjet; le second, au point de vue de leur usage propre et immédiat pour h perception.

d. A bien apprécier le fait, ainsi que nous venons de le dire , ce premier rapport , sous lequel on considère les organes, porte sur l’objet même des sens, et le but final de ce rapport est de provoquer , dans cet état normal , la perception d’une manière plus immédiate; attendu,

1 Stahl fait ici un généreux appel à cette partie de la physiologie expérimentale , dont il pressentait l’heureux avènement. 11 n'y a qu’une seule chose à regretter : c’est que l’esprit qui préside aux recherches si précieuses de nos savants expérimentateurs ne soit pas guidé par une pensée plus conforme avec la vraie méthode philosophique qui a guidé les Écoles spiritualistes. Une plus profonde connaissance des travaux des anciens, un plus grand respect pour les notions révélées et traditionnelles , une abnégation complète de toute idée systématique et préconçue , voilà les seuls éléments propres à atteindre le but si désiré par Stahl: je veux dire la découverte des lois mystérieuses qui régissent la matière Organisée dans ses rapports intimes de dépendance à une cause première et créatrice , et à la caus seconde, efficiente, informante, directrice et conservatrice, pour laquelle cet organisme si parfait a été créé par I’Être Suprême !...

en réalité, que les organes sensoriaux rassemblent, et, comme dit l’École , concentrent l’espèce sensible ; si bien que , par ce moyen , ils effectuent et accomplissent l’introduction de l’image plutôt qu’ils n’en facilitent l’accès ; de telle sorte que ce n’est pas simplement par elles -mêmes que les espèces sensibles trouvent cette entrée facile , mais c’est effectivement plutôt en vertu d’un acte vrai que , réunies comme à dessein , elles peuvent ainsi surexciter plus vivement la sensibilité , non-seulement à l’aide d’une puissance collective résultant d’une véritable synergie , mais encore d’une puissance augmentée par le spécial et merveilleux mécanisme des organes. Gela nous fournit encore une preuve que tout le phénomène de la sensation s’exécute et se poursuit tout particulièrement dans le but d’une fin établie à dessein, par la raison qu’il existe un rapport mutuel entre les organes et les objets ; sans cette disposition spéciale , la plupart des objets sensibles ne trouveraient jamais aucune espèce de passage, ou, comme on dit ordinairement , d ’ entrée pour éveiller la sensibilité » .

1 L’âme pensante, intelligente et libre, pur esprit, ne saurait, dans son union hypostatique avec le corps, occuper une place déterminée, et une faculté ne saurait siéger dans tel ou tel organe, dans telle ou telle partie du corps. L’âme est pour son microcosme ce que Dieu lui -même est pour l’univers entier. Dieu est partout; le grain de sable et l’astre radieux qui nous éclaire sont sous sa puissance directe , immédiate , sans que cependant il siège dans aucune de ces parties matérielles , lumineuses ou autres. Dieu a son centre d’opérations dans un lieu inconnu à l’habitant de cette terre : là , au milieu des célestes milices des esprits bienheureux , il révèle plus particulièrement sa grandeur, sa puissance, sa majesté infinies, et du haut des cieux il dirige, administre et gouverne tous les univers , tous les êtres créés; il est toujours partout et en tous lieux, mais il ne réside physiquement nulle part. L’âme , faite à l’image de sou Dieu , habite le corps de l’homme ; elle en est la forme ; elle l’anime , le vivifie , dirige ses actes , sans que pour cela il soit nécessaire qu’elle réside dans aucun lieu physiquement délimité ; son centre d’opérations est le cerveau , au moyen duquel elle porte la vie, la sensibilité et la motilité partout, jusque dans les dernières molécules de son corps;... c’est elle qui sent,. c’est elle qui vit, c’est elle qui pense , et ce n’est que par elle que l’organisme peut être dit vivant , animé et sensible !...

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Or, ce n’est pas sans motifs que nous employons ici le mot disposition, attendu que les organes eux-mêmes ont été formés , dès l’origine , propres à une semblable aptitude et dans une harmonie telle, qu’ils ne servent naturellement qu’à ce seul usage et jamais à aucun autre dans le corps humain.

§ XI. e. La seule chose que l’on puisse inférer, d’une manière évidente , de la constitution physique des organes des sens, c’est que leur structure spéciale, a été formée directement pour cette fin, c’est-à-dire pour que les espèces sensibles elles-mêmes puissent rencontrer comme une sorte d’instigation , un accès spécifiquement provoqué et comme un véritable droit de passage, sans que cependant cette structure organique indique ou donne à comprendre que cette entrée et cette vive impulsion , quelles qu’on les suppose, des espèces sensibles, soient telles et si grandes, en vertu seulement de leur efficacité propre, naturelle et libre , qu’elles puissent produire une simple émotion passive dans Vante et agir directement et naturellement sur elle. Nous voulons dire par là que cette efficacité des organes des sêns, à l’aide de laquelle les objets ou espèces sensibles se présentent à nous , consiste tantôt dans la concentration, la collection de certains objets sensibles , tantôt dans une insolite manifestation plus saillante, dans une rèduplication et une augmentation d’influence active de la part de certains autres. Ce sont là des faits dont nous pouvons spécialement nous rendre compte par les organes de la vue et de l’ouïe.

La structure et la constitution des divers organes sensoriaux varie , il est vrai , selon la fonction à laquelle ils sont destinés ; mais il existe entre eux un certain rapport d’identité au point de vue de leur consistance et de leur texture , eu égard à leur usage spécial pour la perception des objets extérieurs qui tombent sous les sens.

§ XII. Nous voulons dire tout simplement que ce qui rend complète et en quelque sorte parfaite l’admirable structure des organes sensoriaux , c’est la présence du système nerveux , à tel point que les nerfs doivent être regardés comme l’instrument suprême et immédiat de la sensibilité, à l’aide duquel la perception ou notion réelle des espèces sensibles est transmise à l’âme 1 .

Or, comme ce sont aussi les nerfs qui , dans l’ordre naturel , sont le principal instrument du mouvement local, ainsi que du mouvement tonique et même , d’une manière absolue, de tout mouvement opéré dans les parties solides, nous sommes en droit de conclure que c’est là une preuve que les nerfs , pour opérer le phénomène de la sensation , n’agissent que sous l’empire de cet agent moteur qui les met en action, selon l’impulsion de la volonté et en tant que ce mouvement impulsif est volontaire. Mais de même que personne ne doute et ne soupçonne évidemment que l’action des espèces sensibles , dans le phénomène de la sensation , ne soit réellement un mouvement, même à partir de l’espèce la plus subtile , le rayon visuel , par exemple , jusqu’aux plus grossières impressions du tact , de même aussi de ce que le mouvement provenant surtout du principe qui perçoit la sensation se porte sur les nerfs, et par eux sur les autres organes du corps , on comprend clairement , d’après ces phénomènes presque visibles , que là où il y a une plus vive sensation à provoquer de propos délibéré, là aussi on observe

1 Stahl dit : Le système nerveux est l’instrument immédiat de l’âme. J’ajouterai : Il n’est aucun organe qui ne reçoive sa part de nerfs, et plus un organe est complexe, plus il est important, plus son système nerveux est compliqué. La raison en est que l’âme, exerçant partout ses facultés vitales, doit avoir une influence médiate et néanmoins directe sur ces parties : l’âme porte partout la vie, la sensibilité et le mouvement, mais elle réclame des conditions organiques inséparables du service auquel sont subordonnées les diverses parties du corps. (Voy., au point de vue descriptif et expérimental, les beaux travaux de Willis , Vieussens , Winslow, Zime , Johnstone , Haasse , Reil, Meckel, Scarpa, Ribes, Lobstein, Serres, Flourens, Brachet, etc.)

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une contention plus énergique des organes. Nous invoquerons encore en cela le témoignage des yeux et des oreilles .

§ XIII. Voilà donc pourquoi tout le phénomène de la sensation consiste en ce que Y âme — sans doute absolument à cause de ses besoins rationnels — imprime et communique aux petits nerfs très-déliés et très-délicats des organes sensoriaUx , un certain mouvement tonique ou tensif très subtil; c’est-à-dire que c’est véritablement l’âme qui exerce cette action motrice dans et sur ces organes. Et toutes les fois que, pendant cette opération de l’âme, un autre mouvement adventice , venant à l’encontre du premier, se trouve dans des conditions telles que , par sa subtilité , il pénètre et parcourt ces organes délicats , il arrive nécessairement que cette rencontre d’un mouvement accidentel altère l’acte de mouvement que l’âme exerce sur ou dans ces rameaux nerveux, avec tant de précision , dans une direction si spéciale et si profondément , que l’âme , au même instant , parvient simultanément à reconnaître et à distinguer le degré , le mode et le caractère de cette altération.

Nous avons, de ce phénomène (sans lui accorder plus d’importance qu’il ne convient) , un exemple frappant de similitude dans Y araignée, qui, à l’aide des fils tendus de sa toile , sent instantanément les autres mouvements plus ou moins intenses qui la parcourent. La véritable raison de ce fait , c’est que le mouvement accidentel provoque une sorte d’ébranlement au mouvement tensif que l’araignée imprime à sa toile et exécute elle-même 1 .

§ XIY. Cependant, s’il nous était permis de faire ici une légère et subtile digression philosophique , nous dirions

1 Gette comparaison est on ne peut plus ingénieuse , et donne une idée (bien que faible) assez exacte de la promptitude et de l’exactitude des impressions faites sur les nerfs sensoriaux ou sensitifs.

que nous sommes bien loin de nier, dans un sens métaphysique, que cette altération de mouvement dans les nerfs, à l’occasion d’un mouvement adventice, puisse être regardée comme un simple état passif. Mais comme , en cette matière, il est question du corps, non-seulement vivant, mais encore organique, et par conséquent de la direction actuelle de ce corps vers son but , c’est-à-dire vers sa fin organique ; comme aussi ce mouvement tensif est établi à dessein dans les nerfs sensoriaux , de telle sorte que les plus petits rnouvements vagues et adventices sont en quelque manière épiés et attendus à leur passage, à tel point qu’ils ne peuvent pas lui échapper de quelque façon qu’ils se manifestent , c’est précisément sous ce point de vue et dans ce sens que cette altération de mouvement dans les nerfs doit porter plutôt le nom de réaction, que celui d’une vraie ou simple passion ou état passif.

§ XV. Qu’on n’aille pas s’imaginer cependant que , dans cette affaire , il soit question d’une chose peu importante ou des hochets bruyants d’une fable métaphysique ; il faut penser, au contraire, que cette assertion, prétendant que les sensations éprouvées par l’âme sont de simples états passifs, est plutôt opposée à la véritable considération physiologique du corps , en tant que vivant, et véritable officine de Y âme raisonnable, et qu’elle est complètement étrangère à la vérité de ces mêmes faits.

Il importe principalement de savoir qu’une pareille assertion, soutenant que la sensation est , dans l’âme, un phénomène purement passif 1 , a engendré des excentricités bizarres à l’égard de l’économie animale. La première, c’est que tout le phénomène de la sensation a lieu , même sans aucune intervention active de l’âme; mais, dit -on, d’une

1 Aristote a dit à cette occasion (lib. 2 de anima, text. 118) : « Sentir e est quoddam pati » ; et, de cette manière exagérée de parler, les médecins et les philosophes ont épais des assertions peu acceptables.

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manière simplement automatique. La deuxième, — ici surtout quelques modernes prennent un air plaisant , — c’est que la représentation sensible d’un objet se fait par une simple impression corporelle, si bien qu’en partant de ce faux principe , ils s’imaginent que les représentations des choses sont comme de vraies petites poupées, formées par les mouvements ou émanations des espèces visibles, s’imprimant dans la substance molle du cerveau et s’y fixant désormais à demeure permanente 1 . Voilà une philosophie bien digne de pitié , surtout lorsqu’il en faut faire l’application à des espèces la plupart fugitives, impondérables et incoercibles, telles que les sons, les couleurs, en tant que telles , les saveurs et les odeurs enfin , etc. La troisième de ces utopies , c’est que la sensation , étant une simple nécessité automatique de la structure du corps, ne peut avoir aucune fin directe, et que l’âme ne la saisit simplement que pour l’accommoder à ses propres besoins. La quatrième enfin , c’est que , nonobstant ses propres intentions et malgré ses relations avec les organes , l’âme n’a aucune espèce de droit naturel et de pouvoir direct sur l'administration des sensations.

1 Mérindol, et avec liai presque tous les médecins des xvie et xvne siècles , disaient (voy. Mér., Art. med. pars 2 , de facult. anim., p. 175) : « Est aulem sensatio animadversio quœdam ac quasi penetratio objecti , per quam facultas rei cognitæ imagine, quam speciem expressam nominanl, infecta imà et informata remanet. Non aliter ac si ceram se apposito sigillo applicantem , etc. » Willis disait dans un autre langage ( Op. omn. de sens, in gen., p. 86, c. x) : « Impressiones quoque sensïbïles à quibusque organis ad corpora striata velut undülatione quâdam convehuntur et irradiant. » Comme on le voit, il y a déjà long-temps que les physiologistes rapportent au cerveau la faculté de sentir par suite d’une impression physique et purement organique; mais à l’époque de Willis, de Mérindol et de Valleriola, on croyait aux esprits vitaux et animaux , messagers fidèles et diligents qui portaient à l’encéphale 1 image même de 1 objet et le gravaient sur la substance cérébrale, n’importe la partie, et 1 âme pouvait tout à son aise percevoir cette impression, devenue par ce moyen sensible. Les modernesne croient plus de pareilles fables ; mais, plus explicites et moins logiciens peut-être ils accordent la sensibilité au nerf, et au cerveau la faculté depercevoir la sensation,... de penser même!...

§ XVI. Contrairement à toutes ces fausses allégations et à la description qu’on y fait de la passivité de l’âme pendant le phénomène de la sensation , il nous suffît de dire , par une comparaison pleine de vraisemblance , que , en fait de sensations, lame humaine est dans un état d 'attente, de patience et de passivité semblable à celui où se trouve F oiseleur quand les oiseaux se prennent dans ses filets ou à ses gluaux , et qu’il n’a qu’à s’en emparer pour en user comme il lui plaira , selon ses besoins , à moins cependant qu’il ne le veuille pas.

Or, quelque exagérée et ridicule que cette comparaison puisse paraître , il n’en est pas moins certain qu’elle nous fait aisément comprendre comment il peut réellement se faire que l’âme se trouve souvent et fortement affectée selon les espèces de choses qui tombent sous nos sens ; mais on pourrait alors lui appliquer ce que dit Horace dans ces vers :

. Amphora cœpit

Institui: currente rotâ > cur urceus exit ?

D’abord tu nous promis le vase le plus beau :

De ta roue il ne sort qu’un méchant pot-à-Teau !

Ce qui signifie évidemment que, lorsque l’âme, dans le but propre, positif et réel de sentir , tient (généralement parlant) dans un état de tension continue tous les nerfs préposés à cet effet , elle est nécessairement dans un état de passivité, et en quelque sorte obligée de sentir n’importe quelles impressions qui lui surviennent d’une manière spéciale ou confuse ; mais il est bien entendu néanmoins qu’en tout cela l’âme reste parfaitement libre de choisir et de prendre ce qu’elle veut proprement pour ses fins , soit vitales, soit rationnelles ».

1 Stahlveut dire ici que si l’âme était absolument passive dans la sensation, elle serait sans cesse forcée, bon gré mal gré, de sentir et d’éprouver des sentiments divers. Mais l’âme peut se refuser à cet exercice, soit en fixant son attention sur un autre objet, soit en demeurant indifférente; ce qui n’aurait pas lieu si le phénomène était passif et simplement organique.

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§ XVII. Il est donc utile de connaître à fond tout le phénomène de la sensation : pour en faciliter la conception , nous croyons devoir exposer sous les yeux un tableau synoptique qui le résume en entier.

a. Le corps se trouve inévitablement et sans cesse entouré de différents objets capables de le léser de diverses manières, de lui porter atteinte et même de le détruire, s’il n’était de bonne heure et à propos délivré ou mis à l’abri de leur funeste influence. C’est pourquoi, il est éminemment nécessaire que les choses se passent réellement ainsi , c’est-à-dire que le corps soit soustrait à l’action immédiate' des objets qui l’entourent.

b. Mais comme , en outre , la constitution du corps, qui doit trouver son salut dans ces moyens , non-seulement prête son ministère à la vie, mais est aussi l’instrument à l’aide duquel la raison s’exerce et se manifeste , c’est-à-dire qu’elle sert à l’exécution de la volonté à l’aide des mouvements volontaires ; comme , au surplus , les organes des sens doivent aussi fournir plus immédiatement à l’intelligence l’image des objets matériels, il est vraiment dé l’intérêt de l’âme que les organes sensoriaux et moteurs soient conservés sains et saufs , en bon état , et préservés continuellement des atteintes unestes et corruptrices du dehors.

c. Un pareil résultat ne saurait être obtenu à moins qu’on ne connaisse très -bien l’apparition et la présence dans le genre, et la condition ou état naturel dans 1 ’ espèce, des choses qui peuvent ainsi nuire à la santé du corps. Une fois ces faits et ces conditions reconnus et bien avérés , il appartient désormais aux mouvements volontaires d’en soustraire et d’en éloigner les dangers , afin que le corps n’en soit point atteint.

d. Mais cette connaissance n’est possible que par le

concours et le ministère de la sensibilité, à l’aide de laquelle seulement l'ame perçoit, c’est-à-dire discerne et comprend la présence de ces choses nuisibles , dont la répulsion n’est possible encore que par un mouvement local , mais absolument volontaire; et cela, certes, par une volonté parfaitement conforme aux données de Y intelligence.

e. C’est donc dans ce but que s’exécute , avant tout , un certain acte moteur très-subtil dans les ramifications nerveuses les plus déliées , qui , en vertu de cet acte , persistent dans un état de tension assez notable , et qui , selon que la situation de notre corps paraît l’exiger , à l’égard des objets sensibles , inclinent et dirigent la partie des organes sensoriaux vers le lieu où ils peuvent réellement saisir l’image de ces objets; c’est-à-dire, non-seulement les réunir et les grouper synergiquement , mais encore , par un redoublement d’habileté naturelle, artificiellement accrue, les présenter à la perception et les- y maintenir.

Voilà pourquoi le corps change subitement de position , et nous retournons la partie où siègent ces organes vers le lieu qu’occupent ces objets sensibles, ou bien vers celui d’où ils. nous semblent devoir se présenter à nous.

f. Ce n’est donc qu’en de pareilles conditions et dispositions corporelles, que, pendant cet état de tension et d’attention des organes , l’espèce sensible vient enfin s’offrir à notre sensibilité par un mouvement subtil propre, et qu’elle semble confondre avec le mouvement qui s’exécute dans les nerfs sensoriaux : c’est ce phénomène que , dans une acception plus raisonnable , nous pouvons désigner, sous l’antique expression de sens commun ( sensus commmis).

g. Vient enfin , à son tour , Xacte vraiment discrétif de Yâme, en vertu duquel elle établit entre d’innombrables objets, mais s’adressant à un seul et unique sens, certaines distinctions : les unes , parfaitement désignées sous

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une dénomination spéciale ; les autres , simplement indéterminées, 'mais établissant entre ces objets une différence positive et basée sur la réalité du fait : par exemple, comme dans les degrés différents et même dans les différentes espèces de couleurs d’un seul et même genre ; telles que les diverses variétés de la couleur pourpre qu’on distingue facilement sur les différentes fleurs , bien qu’il n’existe pas de mots pour exprimer ces distinctions : c’est là également une chose évidente et reconnue de tout le monde pour ce qui est des saveurs et des odeurs.

h. Les personnes capables d’une attention réfléchie peuvent donc , d’après «e qui vient d’être dit , être convaincues et conclure avec nous que Yacte de la sensation est positivement et simplement un phénomène transitoire, qui non-seulement a lieu en un instant , mais encore s’accomplit en ce même moment et passe d’une manière extrêmement fugitive 1 ; sans laisser néanmoins une impression ou trace durable de son passage dans aucune partie du corps, ainsi que l’ont imaginé d’ailleurs ceux qui veulent prétendre plaisamment que cela se passe nécessairement de cette manière pour la mémoire.

§ XVIII. Il nous reste encore à ajouter quelques mots touchant le phénomène de l’appréciation par les sens ; appréciation qui , suivant toujours presque pas à pas la sensation , établit le fondement des mouvements volontaires que nous entreprenons habituellement d’après l’impression faite sur les sens. Or , les résultats de l’appréciation des divers objets sensibles sont l’agréable et son contraire , ou le désagréable....

1 D’après l’exposé de ces conditions, le lecteur doit voir combien Stahl sait faire la part de l’organisme à côté de celle de l’agent sentant. — Voy-t T. VIII, Comment. XCI, nos réflexions à ce sujet; elles sont du plus haut intérêt pour bien éclairer cette question toujours en controverse.

Quoique ces mouvements volontaires soient , en réalité , non-seulement des actes vitaux, mais encore positivement des actes purs de la volonté, il ne se trouvera néanmoins personne capable de les comprendre, d’établir aucun raisonnement à leur égard, de porter sur eux un jugement distinct, et de dire nettement ce qu’il en conçoit. On connaît, à ce sujet, le ridicule des anciens, qui, mettant en avant X appétit sensitif et X instinct naturel, et niant l’intervention de la volonté dans le phénomène de la sensation, voudraient faire avouer, qu’en pareille matière , on ne peut rien dire de positif parce qu’elles sont au-dessus de tout raisonnement humain 1 .

§ XIX. En vérité, c’est à bien juste titre que nous regardons comme frivoles les opinions des anciens à ce sujet , mais elles sont effectivement d’un prix inestimable , si on les compare à ces extravagantes utopies des philosophes modernes, qui déclarent, avec emphase, que l’impulsion des mouvements que les objets sensibles impriment aux organes des sens est d’une violence et d’une énergie telles , qu’elle ébranle les nerfs sensoriaux, et qu’en y agitant les

1 Stahl ne fait allusion ici qu’à certains physiologistes , car il est bien positif que les anciens ont distingué les sensations en instinctives et raisonnées. Aristote, en effet (lib. 2 deanimâ, text. 34 et 17), et Galien (libA de nat. facult., c. 415 et 9) ont reconnu (voy. P. Garcia-Carrero , fameux auteur de dissertations sur Galien et Avicenne , Disp. 29. in 1. fen. lib. Avic., c. 4 ) que « ab appetibili cognito , anima in généré causæ finalis movetur : nam appetibile cognitum , ut cognitum, est in facultate agnoscente.... etc. »

En effet, puisque, ainsi que nous l’avons fait observer dès le début de cette section (afin de comprendre la pensée de Stahl), puisque, pour que la faculté sensitive de l’âme soit mise en acte, il faut le concours de l’impression organique, de la sensation ou émotion de l’âme et de la perception, il est évident que l’appétit et la volition sont précédés par ces phénomènes primordiaux , sans quoi pas de détermination ; et l’âme , dans son appétit, soit naturel, soit raisonné, fait un véritable acte volontaire conscient ou inconscient, c’esl-à-dire tombant sous le raisonnement (loyiap-oç) , ou bien de simple raison et instinctif ()ioyô;). Mais, d’un côté comme de l’autre, il y a appréciation volontaire , raisonnée ou simplement intuitive , et toujours du domaine de l’âme seule.

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esprits qui sont sous leur dépendance , elle exerce ainsi par cette agitation et accomplit l’acte de la sensation. Ils prétendent, en outre, que cette mêmeimpulsion motrice pousse, soit ces mêmes esprits, soit encore d’autres esprits et les insinue bientôt dans les muscles, disposés dans une proportion , un ordre et une intention admirables vers le but à atteindre , et avec une soumission telle que tous les mouvements, depuis les plus importants jusqu’aux plus simples, s’exécutent d’une manière régulière , ordonnée et successive, dans une parfaite harmonie avec toutes les espèces, tous les modes divers et variés de ces appétits sensitifs mais fictifs, selon leur hypothèse 1 .

§ XX. Qu’il nous soit permis de donner ici un petit échantillon de cette nouvelle espèce de philosophie.

Supposez , nous dit-on , qu’un colombier soit demeuré fermé durant toute la nuit et une bonne partie du jour : aussitôt que l’on en ouvre les issues , les pigeons qui y sont renfermés en sortent , soit naturellement , soit par imitation , et s’élancent d’un vol dans les champs pour y chercher leur nourriture ; ce qui les a fait appeler vulgairement : Feld tauben (pigeons des champs).

Il est à croire, ajoute -t- on, que l’air est constamment rempli d’émanations qui s’échappent sans doute des particules de toutes ces petites graines des divers genres de légumes et de semences disséminées çà et là dans la campagne ; il est probable que quelques-unes de ces particules

1 Tel était le langage des philosophes et des médecins des xvie et xvne siècles, Valleriola , Sennert, Zacutus - Lusitanus , Van-Helmont, Willis, et Tachénius peu avant Stahl. C’est ainsi que parlaient aussi à son époque toutes les Écoles allemandes et anglaises , sauf quelques hommes d’élite. Tel a été pour ainsi dire le sentiment de tous ceux qui, ne voulant pas admettre l’action et la réaction directe de l’âme sur le corps , ont invoqué , les uns, un fluide nerveux; d’autres, une humeur subtile animale; d’autres enfin , un esprit vital ou animal distinct de l’âme , l’électricité , l’irritabilité , etc.

émanées , influençant subitement la colombe , — est-ce par l’organe de l’odorat , est-ce par celui du goût? — surexcitent en elle les esprits vitaux et animaux à tel point que , en rendant propres au vol toutes les parties corporelles de la colombe , ces mêmes esprits lui impriment le mouvement avec une telle vélocité , qu’il en résulte cet effet que nous appelons le vol. Ce mouvement rapide se continue jusqu’au lieu où se trouvent ces champs et ces campagnes si fertiles en grains ; et là , ces graines mêmes , alléchant plus vivement les colombes , surexcitent , par de plus fortes émanations, tous les autres organes de ces volatiles jusqu’à ce que ces grains deviennent leur pâture.

Mais , contrairement à une pareille opinion , nous demanderons : Comment se fait -il que ces sortes de pigeons, habitués à vivre dans la campagne ( où , pendant l’automne , les granges sont encore pleines de céréales non encore battues , et où les greniers , presque toujours ouverts , regorgent d’une immense quantité de grains) ne soient pas engagés à y fixer leur séjour?.... D’autre part , le retour de ces colombes dans leur propre demeure , présente à ces sortes de conceptions philosophiques des difficultés inextricables.

Nous laisserions sans doute dans le silence de l’oubli de pareilles difficultés si nous nous bornions à exposer ces théories ; mais , comme nous en faisons la réfutation , nous devons mettre en évidence tout ce qu’il y a en elles de frivole , de plaisant et de ridicule : une fois ce but obtenu , toute notre thèse reste intacte.

§ XXI. Ceux d’entre les physiologistes qui dédaignent de semblables innovations d’origine suspecte , penseront légitimement , avec nous , que les appréciations naturelles et raisonnables , de X agréable et du désagréable , ainsi que les appétits conformes à ces appréciations, ne dépen-

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dent pas évidemment d’une pure estimation habituelle, mais ont pour objet ordinairement les substances fournies à notre corps pour le nourrir et le sustenter , ainsi que celles relatives , propres et avantageuses à la propagation de \’ espèce. Or, ces appréciations et ces appétits agréables rencontrent souvent des circonstances désagréables et pénibles qui s’opposent à leur accomplissement et peuvent tendre à la destruction du corps 1 .

§ XXII. Au reste, n’oublions pas de noter, en passant, que les anciens ont désigné sous le nom d 'instinct, naturel l’opération qui se passe dans l’âme au point de vue seulement de X intelligence, mais non de la raison ou de la pensée, relativement à la juste appréciation des objets sensibles en général et au discernement de ce qu’ils ont d 'agréable ou de désagréable.

Nous mentionnerons encore ici cette récente opinion, nonseulement frivole et spécieuse , mais encore très-erronée des modernes , savoir : que le phénomène de la sensation , des mouvements ou appétits sensitifs et des mouvements locaux volontaires qui leur sont subordonnés , dépend , quant à son efficacité, absolument et immédiatement de la volonté divine ou de X action imprimée par cette même volonté, dès la création du monde , sur tout être matériel , et se faisant toujours sentir par une incessante influence dans tous les individus existants 2 .

1 Ce serait ici le lieu d’exposer notre doctrine , qui n’est autre chose que celle de l’École de Montpellier et de Stahl , au point de vue des sympathies et des antipathies ; mais nous préférons, pour être plus complet-, renvoyer le lecteur au T. VIII, Comment. XCII , dans lequel nous ferons une étude critique et raisonnée à cet égard.

2 Telle a été pendant long-temps l’opinion de cette secte mystique qui , tout opposée aux mécaniciens et ne voulant pas admettre soit un principe vital distinct , soit une faculté vitale inhérente à l’âme , faisait intervenir en tout et partout la volonté divine , sans vouloir jamais tenir compte des propriétés de la matière organisée et d’une puissance vivifiante. Malebranche

§ XXIIÏ. Nous devons faire observer touchant cette intelligence raisonnable, mais non raisonnante et ne procédant pas par déduction , que le discernement des objets à l’aide des sens , c’est-à-dire la véritable perception distincte de chacun d’eux en particulier, est tout-à-fait du ressort et du domaine de la raison et de Y intelligence -, bien qu’on ne puisse comprendre, à posteriori, ni démontrer par le raisonnement le fond mystérieux de cette perception, et que la pensée soit incapable d’en . saisir toutes les vraies circonstances.

§ XXIV. De même, en effet, qu’il n’y a rien de plus obscur et de plus douteux que d’avancer et de soutenir que la perception est me simple impression d’une idée formée à l’occasion d’un objet externe ou sensible, et transmise à l’encéphale par le moyen des organes ; de même aussi ce qu’il y a de bien positif et de vrai en ceci , c’est que Yintelligence et les autres facultés de Y âme raisonnable concourent d’une manière réelle et définitive à la perpétration de l’acte : ce qui est prouvé par cette remarquable circonstance , que dans les sensations subtiles de divers genres et presque totalement fugitives, comme celles des odeurs et des saveurs par exemple, et même dans le jugement plus exact qu’on porte touchant le mélange des couleurs, une certaine réflexion, une vraie réminiscence sont habituellement et successivement provoquées. C’est pourquoi l’âme a recours à un second examen à l’aide des organes des sens , afin que par un exercice réitéré , plus attentif et plus exact du goût, de la vue et de Y odorat, et enfin par une application très-sérieuse de Y intellect et de la pensée, « et utilibet pensitabunda mentis et

(Entretien sur la métaph. et la relig.; Rott. , 1688, p. 230) prétend que la force motrice du corps humain n’est que la continuation de l’activité divine, de la Création. C’est cette pensée coupable qui avait conduit les philosophes de ce temps à dire : Deus est anima brutorum. Willis et Van-Helmont avaient là-dessus des idées plus nobles et plus dignes de la philosophie médicale.

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animi applicatione » , une dernière perception véritable, un discernement spécial soit par ce moyen essayé et acquis i .

C’est ainsi, par exemple, qu’après avoir dégusté plusieurs fois quelque chose , nous sommes d’abord incertains si nous en avons goûté une semblable. Il arrive même , à propos de choses dont le goût nous est mieux connu , mais mélangées avec d'autres saveurs, que nous nous faisons cette question où perce le doute : « Wornach schmecket doch nur dieses, etc., es ist mir bekandt, ich kan nur nicht darauf kommen . etc. — Quelle est donc cette saveur? Elle m’est connue , et cependant je ne puis encore m’en rendre bien compte, etc. » D’où , après une dégustation réitérée et en faisant appel à notre mémoire , quoique ces souvenirs soient diversement médiats et obscurs , nous pouvons parvenir enfin à tirer une conséquence décisive et un jugement vrai.

Qui plus est encore , si , à propos d’un objet douteux et sur lequel nous n’osons pas nous prononcer, une circonstance quelconque vient nous suggérer une détermination arrêtée , notre assentiment se manifeste quelquefois d’une manière prompte et facile , mais ce n’est jamais qu’après un examen sérieux , préalable et répété des sens et de la raison.

1 D’après les principes que nous avons émis jusqu’ici , il est bien positif qu’il ne peut y avoir de sensation ni de perception externes sans le concours des sens; mais il est incorrect et faux de dire avec beaucoup de physiologistes modernes que c’est le cerveau qui perçoit. Le cerveau , comme le disaient Hippocrate, Platon, Galien, Plutarque etLiron lui-même, le cerveau est l’organe immédiat de l’âme pour se mettre en rapport avec les objets extérieurs et se former sur eux des idées positives ; mais ce n’est point à dire pour cela que la simple impression du cerveau provoque toujours une perception locale , une idée sensible d’un objet quelconque. Non , il faut encore une condition de réceptivité de la part de Pâme, et une réaction de celle-ci sur l’objet sensible, une vraie apprécialion. « Anima , licçt per totum corpus diffusa , sibi tamen cerebrum quasi in regiam eligit. . Cerebrum autem inler principes nostri corporis partes primatum lenere, ut habetur Galeno ascripla, et asserebant Stoïci apud Plutarchum : exindè manifeslum evadit , quàd anima in illo principes et nobilissimas actiones, ratiocinandi , memorandi et sentiendi exerceat. » (Mérind., Art. med.parsi, de facult. et act., p. 145.)

§ XXV. Il est donc delà plus haute importance de fixer notre attenlion sur cette puissante énergie qu’a- l’âme de former des jugements vrais, réels et rationnels. C’est, en effet , à l’aide de cette même énergie qu’elle peut , sans aucun effort de la pensée , c’est-à-dire , sans s’arrêter à des considérations minutieuses , véritablement apprécier et désigner nominativement un grand nombre d’espèces sensibles.

C’est effectivement ainsi , que lorsque l’odeur de la violette, de la rose, du lys de nos vallées vient frapper notre odorat, avant même que nous ayons aperçu la plante qui produit cette fleur, nous reconnaissons aussitôt et spécialement l’odeur que nous sentons et telle qu’elle est en réalité. Mais cette prompte et très-spéciale reconnaissance non-seulement suppose, en réalité, une distinction particulière entre l’odeur qui nous affecte présentement et d’autres différentes odeurs en ce que nous distinguons très-bien que ce n’est pas l’odeur de la lavande , de la sauge ou du romarm, etc., mais encore elle comprend en elle quelque chose de plus positif, savoir: la désignation de la substance vraie et certaine d’où émane en quelque sorte cette odeur. En d’autres termes , bien que tout ce qui peut nous être fourni par l’imagination à ce sujet ne nous donne pas une notion complète et rigoureuse de l’objet sur lequel s’exerce notre jugement; attendu qu’en mentionnant ou en appréciant l’odeur de la rose ou de la violette , nous n’exprimons effectivement ni la nature ni l’essence de la chose odorante en elle-même , mais nous désignons seulement la partie qui la fournit et d’ou elle émane ; cependant il est bien évident , pour tout observateur attentif, que nous ne pouvons désigner, en aucune manière , la substance dans laquelle réside une telle saveur ou une semblable odeur , sans l’avoir préalablement discernée en elle - même et en avoir établi une distinction réelle dans notre esprit.

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De tous ces faits , nous concluons qu’il s’opère effectivement dans l’âme pensante une véritable distinction, lors même qu’il y aurait absence complète ou impossibilité du concours soit d’une représentation formelle de l’objet , soit d’un jugement détaillé naturellement basé sur plusieurs circonstances, soit enfin d’un raisonnement laborieux».

§ XXVI. Cette question soulève ici des difficultés encore plus grandes touchant la prompte , réelle et positive disposition naturelle ou l’habileté de l’âme humaine à comprendre et à se déterminer sans le secours de la pensée réfléchie (byt'tjfxoû) ni d’aucune comparaison grossière. Néanmoins nous devons surtout faire ressortir la rectitude du jugement, la promptitude et l’instantanéité du discernement de l’âme en cette circonstance.

Mais ce n’est là en réalité qu’une ombre ou pour mieux

» Il ne faut pas ici devenir exclusif, car c’est le chemin infaillible de l’erreur. Nous pouvons, il est vrai, être abusés par les sens ; mais il ne faut pas pour cela en refuser l’autorité , pas plus qu’il ne convient d’admettre leur témoignage comme infaillible, ainsi que le faisaient les Epicuriens. Il ne faut même pas en ce cas demeurer Stoïciens; mais il faut admettre franchement ce que l’expérience , la science et la raison nous démontrent comme vrai. Ainsi, tout le monde sait que chaque organe des sens reçoit trois ordres de nerfs: savoir, sensorial, moteur et sensitif. Le premier, provenant du système nerveux ganglionnaire , porte avec lui la vie organique en puissance ; les deux autres, issus du système nerveux encéphalique et rachidien, fournissent au corps le mouvement et la vie animale, c’est-à-dire les appareils nécessaires à l 'impressionnabilité si variable des tissus et au mouvement local. La cinquième paire a un rameau nasal , un filet ophtkalmique, une branche du limaçon. Mais on serait dans une grave erreur de dire, avec Jacobson, que les filets de la portion ethmoïdale et la sphénopalatine de la cinquième paire donnent au cheval et aux autres herbivores la faculté de discerner les plantes vénéneuses , pas plus que nous ne distinguons les couleurs par notre nerf optique : c’est là un langage vicieux qu’il est temps de faire disparaître de la science. L’âme sent les odeurs, distingue les couleurs, les sons et les formes par le moyen de certains appareils 'nerveux particuliers faits dans ce but et pour ce service ; mais un instrument, un organe n’est que l’intermédiaire entre le monde extérieur et la puissance capable de sentir, voir, entendre, discerner, juger et raisonner. Parler autrement, c’est porter la confusion dans les mots et dans la pensée.

dire un bien léger rayon de cette intelligence et de cette profonde connaissance instantanée , que nos premiers parents possédaient à un si haut degré avant leur prévarication et qui paraît s’être, en quelque sorte, continuée jusqu’à nous: on lit , en effet , dans l’Écriture , qu’Adam donna à tous les êtres de la Création des noms qui répondaient parfaitement à leur nature. Il nous semble, en outre, apercevoir une preuve plus décisive encore en faveur de ces facultés diverses de l’âme , dans l’inconcevable promptitude de la volonté sensitive à assigner et à attribuer aux choses une qualité soit agréable soit désagréable, ou même un caractère de vanité et de frivolité qui nous les fait regarder comme inutiles et indifférentes 1 2 .

§ XXVII. Nous devons encore signaler ici ce témoignage des sens, à l’aide duquel, au 'premier coup -d’œil, nous distinguons la plupart des objets sensibles. En effet , c’est en vertu d’un acte primitif, au premier regard, et par une disposition naturelle et attentive de la raison , que , dès l’âge le plus tendre et même chez les hommes apathiques , se forme dans l’esprit la principale et partant la primitive et même souvent la seule appréciation des objets , et que nous leur donnons un nom tel , qu’il exprime exactement l’idée de leur manière d’être, soit à l’égard de notre corps, soit à l’égard de notre libre détermination 2 .

1 Après avoir accusé Stahl , tantôt de sensualisme , tantôt de rationalisme, M. Lemoine (Stahl et l’anim.; mém. lu à l’Acad. des scienc. mor. et polit., 1858, p. 132) , donnant une traduction , tant soit peu libre , du présent paragraphe, semble ne pas saisir la pensée de l’auteur, quand celui-ci donne à comprendre qu’il y a en nous une faculté intuitive naturelle venant d’en-hâut, et qui, certes, était bien plus pure et plus énergique chez le premier homme avant sa chute. Quant à moi, je ne saurais être de l’avis de ce savant critique , attendu qu’on ne peut se refuser à accorder ce fait tel que Stahl l’énonce; la Révélation, la science, la raison et les Saintes- Ecritures viennent à l’appui de cette assertion, on ne peut plus juste.

2 Voilà encore un fait détruisant toute théorie de sensation, et encore moins de sensibilité organique. N’est-il pas certain, en effet, que les enfants

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Mais les divers états de ces mêmes objets ne sauraient être absolus en eux-mêmes , ni simplement respectifs et réciproques entre eux ; car ils ont ordinairement un rapport naturel avec noire corps, c’est-à-dire avec l’appréciation de notre volonté. Doù nous concluons que tout ce qu’on peut dire à ce sujet, se borne soit aux dénominations qualificatives d’acre, diacide, de piquant, de brûlant, de mordicant, de corrodant, de pénétrant, etc., soit à celles d’ agréable, de beau, de délicieux , ou bien à’ antipathique, d’ horrible , de hideux, ou enfin de fade, d ’ insipide, d 'inutile, d’ indifférent , de vain, de frivole, etc. ».

D’après ces faits , nous pensons avoir suffisamment démontré que le but principal et immédiat de nos sensations, abandonnées à elles-mêmes , consiste proprement et directement en ce que, par la médiation des sens, la disposition naturelle des objets extérieurs , à l’égard de notre propre corps , est ainsi soumise à un examen plutôt sérieux que prompt et irréfléchi.

§ XXVIII. Au reste, l’utilité de la sensation, si importante d’ailleurs pour l’exercice du raisonnement sur les objets extérieurs et sur toutes leurs circonstances individuelles, est si bien reconnue de tous, qu’il nous paraît

font éclater le sentiment moral jusque dans leurs yeux? etc. (Virey, De la phys. dans ses rapp. avec la philos., p. 440). 11 y a donc en nous autre chose que des sens physiques et des appareils nerveux : il y a un sens intérieur qui guide nos sensations, et en vertu duquel nous percevons les idées du beau, du bon, de X'utile, etc., du laid, du désagréable, etc. Les anciens disaient avfec plus de fondement :

« Est Deus in nobis , agitante calescimus illo. »

Il vaut mieux encore reconnaître cela avec les Épicuriens eux-mêmes , que de nier l’intervention d’une puissance intelligente dans les phénomènes de la vie sensible de l'animal , et de l’homme surtout , le roi de la Création.

1 Certes , il est bien positif que toutes ces diverses dénominations d’aigre, de doux, de beau, de laid, de bon, de mauvais, etc., n’ont pas été inventées pour exprimer des faits purement mécaniques, organiques? Non, et le premier individu qui a été soumis à de telles impressions n’a certes pas eu simplement recours à ces sens, mais bien à une appréciation interne.

oiseux de nous étendre plus longuement sur ce sujet , après tout ce qui vient d’être dit.

Pour nous résumer en peu de mots, il nous suffira donc de répéter que , lorsqu’il s’agit des actes de la pensée et même de n’importe quel acte ou degré de l’intellect et de la volonté, quelque connaissance que nous ayons des choses, T âme raisonnable ne peut absolument rien en percevoir, à moins que, par le ministère des sens, elle ne parvienne à acquérir une aptitude particulière à cette connaissance ou qu’elle ne change en aptitude la disposition naturelle qu’elle a pour ces choses. Qui plus est, l’âme ne peut plus désormais , si ce n’est par le seul moyen de la sensation , manifester aucun phénomène à l’égard de ces objets présents, afin d’en bien apprécier le temps, le mode, la nature, le nombre et la constitution réelle 1 .

Par conséquent, quel que soit l’acte que l’âme veuille entreprendre, faire et exécuter, pour son propre usage, il faut absolument qu’elle ait recours aux sens comme à ses instruments directs ; qu’elle les mette en action et les dirige selon le temps, le lieu, le mode, le moyen et la mesure qui conviennent à ses vues , et surtout conformément à sa volonté, à sa puissance et à son énergie.

§ XXIX. Elle mérite donc une considération toute particulière , cette puissance qu’a l’âme de se prêter à l’accomplissement des phénomènes de la sensibilité , ou de les éviter même , ou bien de demeurer indifférente à leur égard , à moins que quelque circonstance particulièrement pressante ne la rende plus vigilante et spécialement plus attentive. C’est là une chose qu’il importe de bien remar-

1 En d’autres termes, l’âme , en tant qu’unie au corps, ne peut absolument rien percevoir ni conclure touchant les objets sensibles , sans le secours médiat des sens. C’est là un axiôme philosophique et physiologique que nul ne saurait contredire.

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quer, tant au point de vue moral et métaphysique qu’au point de vue des dangers et des accidents vitaux et corporels auxquels est exposée la machine animale.

En effet , dans les objets d’une appréciation morale, comme , par exemple , à l’occasion d’un violent désir ou d’une grande appréhension, l’âme manifeste une vigilante sollicitude et se trouve ainsi exposée aux divers désagréments d’une sensation imprévue , à moins que spécialement attentive et opiniâtrément occupée à un seul et unique objet, elle ne parvienne à se soustraire à l’influence des autres. Nous avons des exemples de ce fait, surtout dans les différentes aberrations délirantes de l’esprit survenues à la suite d’une modification dans la sensibilité. C’est sur de pareilles données que repose l’attentive sollicitude de l’âme sur les sens ; sollicitude à l’aide de laquelle , lorsque la vie corporelle est en danger , l’âme , poussée à une plus grande et plus pressante vigilance , fait tous ses efforts pour observer à propos et découvrir à temps, afin de l’éviter, tout ce qui pourrait assaillir le corps.

§ XXX. On sait généralement, en effet, que dans les fièvres aiguës, par exemple , aussi bien que dans les veilles et les insomnies, la sensibilité des organes est si 'grande, que tout éclat lumineux les fatigue , toute espèce de bruit les émeut vivement, toute impression de chaleur les accable , toute odeur et toute saveur les pénètre trop fortement et trop profondément; qui plus est, encore, la moindre excitation venue de dehors interrompt tout repos déjà commencé , c’est-à-dire empêche toute suspension de la sensibilité et ramène l’âme à son état de vigilance , à l’insomnie , ou , en d’autres termes, à un exercice continuel de son activité sensitive * .

1 Bien que ce fût ici le lieu de dire un mot sur les prétentions des modernes à expliquer ces phénomènes par les simples propriétés organiques , je crois devoir renvoyer le lecteur au T. VIII , Comment XCIII.

§ XXXI. Il est à propos de rappeler ici cette banale et vicieuse sentence contradictoire , qui suppose que tous ces phénomènes doivent être attribués à une faiblesse ou défaillance actuelle d’une certaine chose ou d’un certain principe quelconque. Mais , à moins de ne vouloir dire tout le contraire de la vérité , — puisque cet état de sollicitude démontre , de la manière la plus manifeste , la puissante activité de la part de l’âme sensible , — il serait aussi absurde que frivole de vouloir faire dépendre d’un défaut d’activité, tel qu’on le suppose ordinairement sous le nom de débilité , cette étonnante promptitude de l’agent actif à entreprendre et à exercer son action.

§ XXXII. Or, tous ces faits, pris indistinctement, démontrent , d’une manière péremptoire , non - seulement que X activité qui concourt directement au phénomène de la sensation, mais encore que la direction des mouvements appartiennent d’une manière absolue et propre à 1 ’âme raisonnable elle-même 1 .

Ce qui prouve encore l’évidence de ces assertions et met au grand jour le phénomène intime et universel de la sensation , c’est que tout exemple de sensation, pour si exquise, si fréquente, si facile, si étonnante et même si inouïe qu’elle soit , démontre suffisamment que ce phénomène ne saurait avoir de raison fondamentale et spécifique autre que le fait ordinaire et constitutif de la sensation ; c’est-à-dire qu’il s’appuie principalement et uniquement sur cet acte instigateur , plus vif et plus intense , qui fait ou accomplit lui-même la distinction ou la perception spécifique et X appréciation même des choses agréables et désagréables.

1 Prétendre, au contraire, comme le font la plupart de nos grands physiologistes expérimentateurs, que l’âme est passive en ce cas, et que ce sont les nerfs et le cerveau qui sentent, c’est prendre l’instrument pour l’agent, et prêter à l’organe la faculté que, seule, peut posséder une puissance active et douée de raison, sinon consciente et libre, comme en ce cas.

OEÜVRESDE STAHL.

§ XXXIII. Nous voulons faire allusion à cet exemple que fournirait un individu ayant contracté , dès le sein de sa mère (à la suite d’un violent effroi que celle-ci aurait éprouvé), un degré de sensibilité telle , qu’aussitôt qu’il entrerait dans un réduit , ou qu’il s’approcherait d’un lieu où il croirait qu’un chat est caché , il serait soudain saisi d’une profonde agitation et d’une commotion morale et physique qui irait jusqu’à provoquer la défaillance ou lipothymie. Ce sentiment d’appréhension est d’ailleurs si vif et si profond, que si le chat pénétrait réellement dans sa chambre pendant qu’il dormirait , cet individu serait incontinent en proie aux plus violentes angoisses. Un pareil phénomène est digne de la plus sérieuse considération , en ce qui concerne la sensation en général. Nous allons tâcher de l’expliquer avec toute la simplicité dont nous sommes capable , en faisant un exposé méthodique des actes , tels qu’ils se passent dans leur ordre successif et naturel.

§ XXXIY. Ce qu’il y a d’abord de bien positif et d’indubitable en ceci , c’est que la présence d’un pareil objet , d’un chat, par exemple , ne parvient à notre connaissance que par le moyen de la sensibilité 1 .

Or , bien que nous ne puissions pas comprendre à quel organe sensitif nous devons cette connaissance , il est néanmoins vraisemblable qu’on la doit à une certaine énergie du tact. Cependant, comme en ce cas, ni en aucun autre semblable , le sens du toucher n’a pu être employé pour reconnaître la présence d’un chat , par exemple , ou de toute autre chose , sans avoir recours au tact et à distance

1 La sensibilité ne joue pas, à elle seule ici, le rôle d’agent instigateur, et 1 imagination (faculté puissante de l’âme , que M. J.-G. Brachet regarde comme une fonction du cerveau) y joue le principal rôle en exagérant la réalité du danger ou en le supposant alors qu’il n’y en a pas du tout.

seulement , comme cela arrive ici ; il semblerait évident , dans cette hypothèse , que cet organe pourrait être affecté par de tres-subtiles émanations halitueuses, insolites, capables de provoquer une perception. Il paraîtrait, ensuite, que l’appareil organique et sensitif, à l’aide duquel cette perception aurait lieu , est inconnu à celui qui la percevrait ; attendu qu’il lui serait impossible d’expliquer en quel endroit de son corps , dans quelle partie précise et de quelle manière il aurait éprouvé cette perception. D’où il serait encore évident (à moins d’attribuer cette sensation à un sixième organe sensitif tout spécial) , qu’un acte organique de la sensation peut absolument avoir lieu sans que nous y pensions ou sans que nous nous en apercevions , en un mot, sans que nous en ayons conscience.

Or, il y a là non-seulement une perception, mais encore une conséquence dé appétit, c’est-à-dire une véritable appréciation, bien qu’erronée , d’une chose aussi désagréable qu’ effrayante et terrible ; si bien , qu’à cause de cela , il survient dans l'économie vitale de profondes agitations diverses, ainsi que de violents mouvements de crainte et d’ inquiétude , c’est-à-dire ces agitations et ces mouvements qui parfois ont lieu , lorsque , après avoir distinctement perçu par les sens quelque chose reconnu ou soupçonné d’une très-grande et fâcheuse efficacité, nous jugeons qu’il faut le fuir, et nous déployons dans ce but toutes les forces naturelles d’esprit et de corps.

§ XXXV. Mais le phénomène le plus important à considérer ici, c’est que toute cette activité si grande et pourtant si délicate de la sensibilité, tire naturellement son origine de l’intention d’une âme qui raisonne, et même, comme disent les scholastiques dans un langage plus simple , d’un être doué d’une raison qui raisonne

C’est là effectivement une considération qui met pleine-

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ment en évidence l’ordre naturel de tous ces phénomènes , en ce que :

a. L’âme intelligente, pensante et voulante { capable d’ apprécier ce qu’elle doit désirer ou éviter), est ici pénétrée d’un profond motif de crainte et d’une perpétuelle aversion et horreur à l’occasion d’un chat 1 .

b. Appliquant toute son attention à cette idée imaginaire, elle est continuellement sur ses gardes, veillant aux moyens de percevoir et d 'éviter la présence effrayante d’un tel objet.

c. C’est ainsi que , sous X impression profonde de l’idée qu’elle s’est faite de cet animal , elle s’imagine qu’il est là, qu’il nous touche, bien que d’ailleurs le fait soit absolument faux.

d. Nous pourrions enfin poser en dernier lieu cette question , savoir : si , les organes sensoriaux , à l’aide desquels une telle perception s’est présentée à Y âme, se trouvant déjà directement affectés en vue de cette perception , sont perpétuellement sous l’influence d’une plus grande activ ité pendant X actuation tonique sensoriale. Nous laissons à d’autres le soin de prononcer là-dessus ; quant à nous , nous croyons que l’affirmative est plus que probable.

§ XXXVI. Ce serait vouloir se lancer dans les hypothèses les plus vaines , que d’attribuer le fait qui nous occupe à une conformation toute particulière des membres ou des organes chez des individus doués d’une pareille susceptibilité ; puisque de semblables suppositions nous amèneraient effectivement à conclure que Y âme, commettant une erreur réelle dans l 'appréciation inexacte d’un grand danger attribué à la présence d’un chat , imprimerait au corps du fœtus , qu’elle

1 II est évident que si le sentiment de crainte ne provenait que d’une simple impression organique , il ne devrait pas y avoir d’exaltation de sensibilité, pas même le moindre phénomène de sensation, attendu que, dans le cas d absence de l’objet redouté , il n’y a aucune impression réelle ; et pourtant 1 organe sensitif se contracte d’une manière violente et insolite même.

forme , une structure organique telle , que , par la suite , celle-ci deviendrait la cause d’une prédisposition organique susceptible d’être impressionnée par un choc quelconque des émanations qui s’exhaleraient d’un tel animal. Mais on comprend aisément à quelles nombreuses et profondes erreurs paralogiques exposerait une pareille supposition , peu propre d’ailleurs à nous éclairer le moins du monde sur ces faits , attendu que personne n’ignore quelle différence existe entre cette idée sensible d’une chose matérielle et les émanations hypothétiques et inintelligibles dont il est ici question , ainsi que leur efficacité capable, soit d’inspirer une pareille crainte à la mère , soit de la communiquer au fœtus lui-même 1 .

La mère, en effet, ne ressent aucune exhalation venant du chat , sachant bien qu’il ne peut s’exhaler du corps de cet animal quelque chose de funeste; ce qu’elle redoute uniquement , ce sont des actes que son imagination lui suggère comme étant sur le point d’avoir lieu (c’est-à-dire comme si un chat venait réellement , plusieurs fois durant la nuit , pour étrangler ceux qui dorment, et qu’il se trouvât enfermé dans un appartement , tout prêt à fondre sur sa victime , à la mordre , à lui presser la gorge , à l’étouffer enfin : que serait-ce donc si le chat lui sautait réellement dessus dans

I Sans nous arrêter à l’interprétation d’un phénomène aussi mystérieux que celui de la transmission d’une pareille susceptibilité à son foetus par une mère, à caractère timoré et sensible, je reviendrai simplement sur un fait qui se passe journellement et que chacun de nous a pu éprouver.

II n’y a rien de plus naturel que, lorsque nous sommes en présence d’une fleur, d’une odeur, d’un mets quelconque , nous en percevions l’odeur, le goût, etc., et nous ressentions même un certain plaisir à éprouver cette sensation. Ici, toutes les conditions sont remplies ; l’organe sensitif a été ébranlé, l’âme a perçu l’odeur, l’avant-goût de ces objets, et la sensibilité a été surexcitée au point de provoquer des désirs souvent difficiles à contenir : c’est bien. Mais comment expliquer, en n’admettant ici que la condition organique, comment expliquer que, lorsque l’objet sensible est absent, parle simple désir d’une chose aimée ou l’aversion d’un objet détesté , on semble voir, sentir, toucher réellement cet objet, et que l’on éprouve les mêmes sentiments de plaisir ou de peine que si l’objet était présent? Je le demande: Où en est ici la théorie des physiologistes sensualistes et organiciens?

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un profond sommeil?... )• Or, d’après ces hypothèses, une pareille association d’idées imaginaires serait assez puissante pour imprimer dans les organes corporels du fœtus une disposition particulière , corporelle ou organique , c’est-à-dire une aptitude à recevoir les émanations provenant d’un chat.

§ XXXVII. L’importance du phénomène dont nous venons de citer un exemple , nous conduit naturellement à une autre considération, plus importante encore , touchant l’étonnante énergie de la sensation ou perception sensoriale et du mouvement qui , à cette occasion , doit être dirigé avec une certaine proportion dans X économie vitale : à ce propos, nous devons recommander de ne jamais oublier cet exemple, et de le considérer comme un véritable document en faveur d’un grand nombre de sensations de ce genre, qui ont réellement lieu sans le concours habituel de la conscience. Nous conseillons pareillement de ne point perdre de vue les actions qui leur sont proportionnellement opposées (d’après l’appréciation d’un objet capable de nuire) , tant dans l’économie vitale au moyen du mouvement local des humeurs, du mouvement tonique des organes et du mouvement direct enfin des excrétions , que dans l’ordre moral et rationnel , par une sollicitude, une anxiété, une défiance réelles , par crainte de la mort et une vigilance perpétuelle analogue.

Nous recommandons , disons-nous, ce fait à l’observation, comme étant absolument identique à cet exemple de sensation, de perception et d’ appréciation sus-mentionné : à ce propos, nous ferons observer encore que, tout incompréhensible que puisse paraître le phénomène , il est néanmoins , à tous égards , fondé sur la vérité ; nous voulons dire qu’il se manifeste en ce cas une réelle sensation , et qu’il se produit , comme si la chose était effectivement présente , des mouvements vrais et proportionnés à l’appréciation

(bien que fictive) que l’âme s’en fait : mouvements non pas tant relatifs à la chose même ou à tout autre fait présent , qu’à des inconvénients ultérieurs , non réels et positifs , mais seulement fantastiques et imaginaires quant à leurs résultats.

§ XXXVIII. Nous déclarons, sans balancer, que cette manière de considérer le phénomène de la sensation est presque la seule ou du moins la première et la principale entre toutes par son utilité directe et son but franchement médical 1 . Elle fournit , en effet , à la pathologie le vrai fondement de l’étude des causes des divers mouvements, tant vitaux que mixtes , d’après leur génie propre et selon qu’ils sont volontaires et rationnels : nous voulons parler de ces mouvements naturels et analogues à un danger imminent, causés par la crainte, plutôt qu’exécutés en vue d’une simple raison physique , avant que ce danger imminent n’ait eu des conséquences réelles.

Toutefois , le phénomène en lui-même n’est pas du tout fictif, mais bien positif et vrai d’une manière générale , sur-

1 Cette déclaration de Slahl devrait être prise en grande considération par les modernes, et il serait à désirer que beaucoup de savants qui consacrent à l’expérimentation tant et tant de moments précieux , tournassent un peu leurs regards sur cet art médical qu’ils veulent servir sans doute, mais dont ils n’agrandissent jamais que le cercle expérimental sans fournir aucune indication véritablement utile.

Si , depuis que Stahl retirant des décombres les traditions Hippocratiques pour élever à la science un monument digne d’elle; si, dis-je, depuis cette époque mémorable, les savants eussent suivi (non aveuglément) la voie qu’il avait si largement et si généreusement tracée à l’observation et à l’expérimentation raisonnée, nous n’en serions pas encore aujourd’hui à nous demander pourquoi tant de scepticisme et de mauvais vouloir parmi ces intelligences d’élite que notre siècle a fournies.

Certes, la saine théorie médicale ne conspue point les faits et les expériences de tout genre ; mais elle demande dans l’intérêt de tous un peu moins de partialité, un peu plus de bonne volonté , et une intention bien arrêtée d’agrandir et de consolider ce vaste édifice scientifique , auquel nous devons tous apporter loyalement notre pierre, sans arrière-pensée ni opinion préconçue.

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tout en ce qui concerne l’économie corporelle , vu qu’il favorise et provoque même, disons-nous, soit très-généralement soit d’une manière toute spéciale , des mouvements qui ne s’exécutent pas toujours avec un degré, une promptitude, une étendue et un ordre naturels , mais qui s’éloignent , au contraire , quelquefois du but final nécessaire , consistant à délivrer le corps et à le mettre à l’abri de toute efficacité fâcheuse et nuisible des objets qui le menacent.

Tel est l’unique et véritable avantage que la médecine puisse retirer de l’étude du phénomène général de la sensibilité , attendu que le médecin n’exerce absolument aucune puissance sur la texture des organes qui reçoivent l’impression des objets , ni sur l’influence directrice de la cause qui agit sur les nerfs et par les nerfs , de quelque nature qu’on suppose d’ailleurs cette cause active.

A cet égard, toute la science médicale est oiseuse, frivole et inutile 1 .

§ XXXIX. Pour ce qui concerne les sens, les sentiments et les sensations internes , comme on dit, entantqu’opérations simples ou actions naturelles de Yâme , de pareilles appréciations ne sont nullement du domaine du médecin : nous de vons donc nous abstenir d’entrer à cet* égard dans aucune espèce de détail , par l’unique raison que toute cette question, sous ses points de vue simplement abstraits, a déjà jeté mille embarras dans le dédale inextricable des opinions

1 Les considérations qui précèdent sont d’une grande importance pour le médecin philosophe et physiologiste , pour le pathologiste aussi bien que pour le thérapeuticien et le clinicien; l’hygiène surtout en retirera les enseignements les plus avantageux et bien autres positivement que de tout ce que peuvent dire à ce sujet nos physiologistes modernes , qui attribuent au cerveau la faculté de mouvoir, de sentir, de discerner, d’imaginer, de penser. Il serait temps de jeter un voile sur un passé pénible et peu consolant pour la science, et d’imprimer à l’étude de l’homme une tendance digne de la première des sciences et du plus noble sujet que l’esprit puisse soumettre à ses investigations.

philosophiques ; aussi exigerait-elle , pour être débrouillée , beaucoup plus de peine qu’elle n’en mérite réellement, puisque, quand même on en viendrait à bout, il serait encore impossible de soulever un coin du voile qui cache tant et tant de mystères impénétrables à l’œil de l’homme 1 .

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