LX1V
DU VITALISME ANIMIQUE
physiologique et médical , la doctrine du Spiritualisme , de laquelle il a tiré le premier le vrai Vitalisme animique.
L’École de Pyrrhon et de Timon , avec son scepticisme , ne pouvait engendrer qu’erreur sur erreur, attendu que, malgré leur indifférence apparente, ces hommes étaient forcés d’opter pour une idée presque toujours fausse , à cause d’un examen insuffisant. Bien des modernes doivent, sans s’en douter, leurs systèmes erronés à une semblable philosophie.
Nous ne nous arrêterons pas long -temps sur l’opinion d’ÉpiCüRE touchant l’âme et l’homme , attendu que nous en avons déjà dit un mot et que nous n’avons rien d’important à y ajouter. Pour ce philosophe, comme on le sait, l’âme n’était plus l’atome simple et un de Leucippe et de Démocrite ; c’était un mixte , un composé matériel de molécules sphéroïdes se mouvant par elles-mêmes, principes très-déliés d 'air, de vent, de feu et d’un quelque chose & inconnu qui donne la sensibilité. L’âme sensible, selon Épicure, a son siège dans la poitrine. Cette doctrine subversive et qui a introduit tant d’erreurs en médecine , regardait l’âme humaine comme une substance corporelle, ayant en puissance et en acte le mouvement , etc., comme toute matière organisée, et finissant avec la destruction de l’organisme.
L’École stoïque , représentée par Zenon , admettait deux principes, l’un actif et l’autre passif. Dieu, principe actif, résidait dans la matière, de laquelle il était inséparable; Dieu était répandu dans tout l’univers matériel, de même que notre corps est imprégné de l’âme dans tous ses atomes. De là, cette théorie enseignant que Dieu donne la vie à toutes choses par son union avec elles. C est ainsi que Dieu, raison générale de tout et principe de la vie universelle , est appelé destin {fatum) , à la puissance duquel sont soumis tous les êtres raisonnables ou irraisonnables 1 . D’après les Stoïciens,* l’âme
1 Cic., Denat. deor. I. — Plutarq. L., De stoic. , rep.
ÉTUDES GÉNÉRALES
humaine est corporelle comme tous les êtres, car, ajoutentils , elle ne peut être unie à la matière quà cette seule
condition». Conséquemment ils niaient son immortalité
Quelques-uns cependant ont cru que l’âme humaine survit au corps jusqu’au moment où tout rentrera dans le sein de Dieu2. La soumission de la volonté au destin universel détruit le libre arbitre , inaugure la doctrine du fatalisme et entraîne après elle une morale aussi absurde que désastreuse , en imposant à l’homme d’agir suivant l’impulsion de sa nature. Les notions physiologiques issues de ce système sont obscures , erronées , et mènent au scepticisme et au matérialisme , malgré le soin qu’on a mis d’appeler loyiaxcMv l’àme raisonnable que Zénon et son École plaçaient dans le cœur.
Écoutons , en finissant , un des derniers représentants de la philosophie grecque , Nicolas Damascène , disciple d’ Aristote, contemporain d’ Andronique , de Possidonius et de Cicéron. C’est de son livre De l’àme que j’emprunte ces paroles , lorsque , après avoir défini l’âme à la manière d’Aristote , l’auteur dit : « La distinction que nous établissons à l’égard des âmes intellective , appétitive et végétative, porte sur la qualité et dou sur la quantité , c’est-à-dire que ce sont là tout autant de facultés que possède l’âme humaine pour produire tel ou tel acte moteur , sensitif , intellectif , appétitif, volontaire ou instinctif, etc. » Ces paroles sont , je crois , on ne peut plus explicites , et enlèvent désormais tout doute sur les sentiments de, Nicolas de Damas.
Ici s’arrêtent nos considérations sur les opinions émises par les Écoles grecques médicales philosophiques , touchant Dieu, l’âme, la nature et le principe de vie qui anime le corps humain. De cette étude esquissée à grands traits , il ressort trois vérités incontestables : 1 0 qu’avant Socrate et
1 Nemes., De nat. hom.
2 Diog. L.; Plut., De stoic., rep