‹ Œuvres médico-philosophiques et pratiques de G. E. Stahl... traduites et commentées (volume 2)Chapitre 61 sur 69 · DE LA PHYSIOLOGIE MÉDICALE · texte numérisé non relu

DE LA PHYSIOLOGIE MÉDICALE

§ Ier. Comme dans le cours de ce traité nous avons été entraîné, presque malgré nous, dans de minutieux détails relativement aux questions qui se rapportent à la connaissance du corps vivant, nous avons jugé convenable de répéter ici en peu de mots, ou de récapituler dans un abrégé sommaire les points les plus importants de la physiologie , c’est-à-dire les principes doctrinaux qu’il est de l’intérêt du médecin de bien connaître et d’avoir constamment sous les yeux 1 .

§ II. L ’ agrégat matériel , éminemment corruptible en luimême à tous égards, l’est encore bien davantage lorsqu’on n’en considère que l’humeur sanguine ; et si avec de semblables dispositions le corps ne tombe pas actuellement en corruption, c’est à la vie que doivent être rapportés ce bienfait et ce privilège tout providentiels. En effet, la vie n’est absolument et formellement autre chose que la conservation même du

1 Pour le professeur de Halle , la vraie physiologie médicale , celle dont l’étude doit puissamment contribuer à faire le bon pathologiste , le clinicien consciencieux , ne consiste pas seulement dans l’exposition froide et nue des faits et des fonctions du corps humain : pour lui comme pour tout médecin sérieux et vraiment digne de ce nom , la physiologie consiste principalement dans l’étude synthétique, dans la connaissance générale des grands principes de cette science , qui n’est autre chose que la science vraiedes phénomènes qui se passent dans la nature humainè : rien de plus aride

qne l’expérimentation sans philosophie . rien de plus vain que des faits

sans une application directe et immédiate à la pathologie et à la clinique.

OEUVRES DE STAHL

corps dans sa mixtion propre et corruptible, en dehors néanmoins de toute éventualité actuelle de corruption. Or, c’est à l’aide du mouvement que s’accomplit ce phénomène de conservation corporelle ; et cela non pas seulement d’une manière générale, car, pour atteindre ce résultat, il est absolument besoin d’autres mouvements auxiliaires plus spéciaux, c’est-à-dire d’autres diverses espèces de mouvements, actes ou effets.

§ III. Tant s’en faut, d’ailleurs, que le mouvement puisse , d’une manière générale et simple , accomplir cet acte de conservation ; qu’au contraire , en tant que simplement tel , le mouvement est plutôt et plus réellement favorable à la dissolution, et, partant, prédispose à lacorruption de l’agrégat. Cette considération peut s’appliquer surtout à ce mouvement intrinsèque qui a actuellement et effectivement lieu dans le corps : nous voulons dire à ce mouvement intérieur en vertu duquel se perpétue la fluidité du sang, et à celui plus subtil encore qui entretient la chaleur dans ce même liquide. Ces deux mouvements , en effet , ainsi considérés d’une manière absolue , deviennent un instrument réel et direct de corruption , et un véritable moyen de décomposition en harmonie avec le caractère naturel de ce genre de mixtion.

§ IV- On peut constater effectivement que , malgré l’universelle influence de la vie, la mixtion du sang s’altère constamment , et que son identité constitutive ne se conserve pas intacte ; l’observation nous montre , au contraire , que, malgré l’incessant concours de l’agent vital, le sang subit des pertes réelles, un véritable épuisement, une naturelle consomption dans les éléments constitutifs de sa mixtion.

Ce genre de décomposition auquel notre corps est soumis

est si spécial, que, si la mixtion matérielle de l’agrégat humain était livrée à elle -même sans le secours de la vie , il s’y déclarerait aussitôt une dissolution dont les effets seraient aussi prompts et actifs que profonds et violents. Car l’espèce de corruption à laquelle est directement exposée la mixtion du corps animal , et surtout la mixtion du sang, est bien certainement une putréfaction unique en son genre, produisant principalement ses effets sur le sang 1 .

§ Y. Nous affirmons donc que l’opinion physiologique la plus vraisemblable que l’on puisse soutenir à cet égard , bien qu’elle ait un caractère paradoxal , c’est « que le corps » animal , dans toute sa mixtion intime et par sa propre » nécessité matérielle , est entièrement exposé à une pu- » tré faction très - prompte , mais qu’il n’en subit nullement » les tristes effets tant qu’il jouit de la me, c’est-à-dire «tant qu’il est vivant; tandis qu’il en est subitement » atteint , aussitôt que l'influence active et directe de la vie » l'abandonne 2 . »

§ VI. C’est à ce dernier point de vue que l’on peut dire que la conservation du corps en constitue réellement la vie, tandis que sa dissolution putride en constitue la mort. Nous appelons donc conservation ou vie corporelle ce phénomène en vertu duquel le corps est dit vivant , et par lequel ce corps vivant est distinct du corps simplement mixte, du

1 Le sang est la partie constitutive du corps la plus exposée à subir une décomposition chimique; aussi certains médecins avaient-ils mis (avec une sorte de raison) le principe de vie dans le sang, et les partisans des esprits vitaux pensaient-ils que ceux-ci n’étaient autre chose que la portion la plus subtile de ce liquide si précieux à la vie.

2 Lorsque l’àme abandonne le corps, celui-ci se conserve à l’abri de la décomposition , tant qu’il y a encore en lui un reste de vitalité , c’est-à-dire la trace de la puissance vivifiante du principe qui l’animait; mais une fois que la chaleur est éteinte et que la raideur s’est emparée des parties , la décomposition s’ensuit et la corruption devient de plus en plus active.

OEUVRES DE STAHL

corps éminemment corruptible , et pour cette raison mortel et même réductible en poussière. Sous ce dernier rapport, le corps est si différent de son état vital, que si quelque nouvel et puissant empêchement ne s’oppose réellement à son entière dissolution , il lui est absolument impossible de demeurer même un seul jour ce qu’il a été, c’est-à-dire corps mixte, dans les mêmes conditions.

§ VII. Nous ferons remarquer ici qu’il existe une réelle / et bien grande différence entre la vie du corps et la vie de r ame. La vie du corps , en effet , est cet état particulier de l’organisme en vertu duquel le corps est dit vivant (état qui a été déjà pour nous le sujet d’une sérieuse étude dans notre Traité de physiologie) ; tandis qu’en parlant de l’âme , on ne la nomme vivante qu’en tant qu’on la considère sous le point de vue de sa puissance vivifiante relativement au corps.

Cet acte de vivification que l’âme accomplit ne s’exécute pas , comme on l’a si maladroitement interprété , en vertu du simple fait de son union avec l’ agrégat matériel , mais bien en vertu d’un acte propre qu’elle exerce sur lui , et qui, loin d’être indéterminé, constitue une véritable action mécanico- physique, c’est-à-dire s’accomplissant: I» à l’aide de X élimination perpétuelle des matières qui s’usent et se corrompent insensiblement (action qui constitue proprement et directement la vie, considérée à son point de vue instrumental ou organique); 2° par la réception de nouvelles matières qui sont absorbées et assimilées à sa substance corporelle en remplacement des' matières excrétées : c’est là ce que nous appelons fonctions

de NUTRITION 1 .

1 11 est bien évident que si Stahl était aussi absolu dans sa d'octrine que ce que ses adversaires veulent le dire et qu’ils le sont eux-mêmes dans leurs opinions , il soutiendrait que si l’âme donne la vie au corps , celui-ci

§ VIII. Ce n’est point vers la recherche laborieuse et difficile de ce fait, savoir : si l’âme est immédiatement elle-même la directrice de cet acte vital , que le médecin doit diriger les efforts de son intelligence ; mais ce qui lui importe infiniment , c’est de bien comprendre combien est grande l’utilité de tous les mouvements vitaux , c’est-à-dire de toutes les fonctions de la vie, non-seulement indispensables à la conservation du corps , mais encore administrées avec la plus admirable sagesse dans une proportion exacte et en tout convenable à une saine raison ; à tel point qu’il ne doit pas se borner à croire simplement que les choses se passent réellement de cette manière , mais il doit s’efforcer surtout de comprendre et de bien saisir pour quelle raison et pour quelle fin, comment et de quelle manière ces phénomènes ont ainsi lieu et doivent s’effectuer de cette façon. . . Il doit s’appliquer à rechercher quelle est l’analogie , le lien intime et réel que toutes ces choses peuvent avoir avec la constitution et les rapports physiques ( matériels et organiques ) , ainsi qu’avec les rapports moraux ( ou de finalité) et la constitution de chaque individu. Or , nous affirmons que cette considération est de la plus haute importance pour l’usage médical, attendu qu’à l’aide de cette connaissance , le médecin pourra parfaitement comprendre non -seulement ce qui se passe de réel dans l’économie

n’a nul besoin de nourriture , et que sa volonté seule peut lui suffire pour le faire vivre , de même que Dieu régit , gouverne et conserve l’univers parle seul acte de sa volonté toute-puissante ; mais outre que Stahl est incapable de commettre un pareil acte d’impiété , il est trop raisonnable et trop bon logicien pour ne pas comprendre et enseigner que, bien que l’âme donne la vie au corps , il faut néanmoins que ce corps se trouve dans des conditions de vitalité , c’èst-à-dire qu'il possède toujours la vie en puissance. Or, il l’a dit et répétê\bien souvent lui-même , le corps humain a besoin pour vivre que tous les atjtes organiques s’exécutent normalement en lui ; il faut que le sang circule que les sécrétions et les excrétions s’accomplissent, que la nutrition , en un mot , suive son cours normal ; sans cela le corps serait inutile à l’ame, et une pareille union serait inconcevable.

OEUVRES DE STAHL

vivante et animée , mais encore ce qui doit s’y passer pour la régularité , l’harmonie et le profit du corps : si bien qu’il saura enfin distinguer quels sont les phénomènes dignes de son observation , et quels sont les moyens qu’il doit employer pour sagement administrer, régler , diriger , modérer ou imiter les actes mêmes de la nature.

§ IX. Mais comme le phénomène de la vie se manifeste à l’aide des mouvements plutôt que par le moyen des matières, il ne faut jamais perdre de vue que la sensation elle-même s’exécute aussi naturellement par un semblable • moyen , c’est-à-dire à l’aide de directions particulières des mouvements. Or, bien que ces deux phénomènes s’accomplissent par l’intervention d 'organes corporels, cependant 1 ’ effet, en ce qu’il a de vraiment formel, ne dépend certes pas tant des conditions corporelles que d’une proportion et d’une action, d’un mouvement, disons-nous, plutôt exercé sur ces organes que directement exécuté par eux 4 .

§ X. Nous ferons également remarquer ici, comme fait saillant , que la raison et la proportion organiques, dont sont nantis les organes corporels en vue des usages propres auxquels ils sont destinés , se trouvent absolument

1 Ceci revient à dire que, quelle que soit la perfection de la structure des organes , la sensation et ie mouvement ne sauraient nullement avoir lieu d’une manière normale s,ans la présence et l’action réelle immédiate d’un principe vital et d’un agent intellectuel. MM. Brachet, Magendie, Flourens et toute l’École italienne moderne disent et répètent tous les jours : Ce sont les nerfs qui sentent, ce sont les muscles qui meuvent. Eh bien! ces locutions sont aussi vicieuses que si l’on disait : C’est le cerveau qui pense (plusieurs sophistes l’ont déjà soutenu, du reste). L’âme unie au corps se sert de ce dernier comme d’un instrument, et tout en lui ne peut et ne doit être considéré que comme tel et jamais comme agent. On a beau reconnaître trois systèmes nerveux différents , on a beau prouver que leurs fonctions varient; tant que l’on voudra les regarder comme des agents, on ne fera qu’obnubiler les faits et retenir la science dans ses langes !

et naturellement en dehors du pouvoir de toute coopération artificielle étrangère, et que le médecin n’a, à cet égard , ni la puissance ni le droit de participer et de coopérer en quelque sorte d’une manière positive , réelle et directe , à la construction et à la conformation si délicates des parties organiques.

Nous le répétons , le médecin n’a ni le droit ni le pouvoir de seconder même et de provoquer la formation de la structure et la conformation des parties du corps , c’est-àdire Y acte même de construction de l’agrégat. Il ne peut rien entreprendre de tout cela , disons-nous , même en se conformant à la raison et à la méthode propres à la nature ; bien qu’il lui soit permis , d’une manière toute particulière et privative , de séparer des parties contiguës , et d’arrêter l’afflux ou congestion anormale des humeurs qui se portent sur une partie spéciale du corps.

§ XI. Contrairement à ces faits, il est au pouvoir du médecin , et par des moyens variés , tantôt de provoquer et tantôt d ’ arrêter ou de modérer les mouvements vitaux; et quoiqu’il lui soit à peine donné de concevoir quelquefois la raison intime et vraie de la structure organique, il lui est cependant permis de comprendre assez facilement la raison d ’ ordre, de temps , de succession et d’ harmonie si parfaite qui règle et régit les mouvements vitaux.

§ XII. Tous ces mouvements , ainsi que nous l’avons déjà démontré , sont répulsifs ou attractifs. Les premiers sont des mouvements vitaux à l’aide desquels sont expulsées du corps les matières nuisibles et étrangères à l’économie, provenant soit des aliments ou des boissons , soit de la crâse intime , se décomposant ou se corrompant dans le corps. Les seconds , appelés attractifs , sont des mouvements par lesquels d’autres matières sont attirées ( en vertu de la loi

OEUVRES DE STAHL

d’assimilation) et mises à la place de celles qui ont été préalablement rejetées comme impures.

§ XIII. Ces derniers mouvements ne sont aucunement d’une manière directe et encore moins d’une manière immédiate et prochaine sous la puissance du médecin ; c’est-àdire que celui-ci ne peut agir sur eux d’une manière positive, bien loin d’exercer sur leur accomplissement une action directe, immédiate, spéciale, pas même privative. Personne au monde , disons-nous , n’est ni assez puissant , ni assez ingénieux, pour que la nutrition se fasse d’une manière normale et convenable , quelles que soient la bonté et la quantité des substances alimentaires; ce qui rappelle ici cette maxime touchant les personnes maigres , que, pour tant qu’elles consomment de vivres, elles ne parviennent jamais à acquérir de l’embonpoint. D’autre part , cependant , la nutrition peut éprouver des embarras réels , soit par des repas trop distancés, soit par la suppression d’une partie des aliments, soit par une nourriture grossière et malfaisante. D’autre part aussi , elle peut être altérée d’une manière plus immédiate et prochaine par la puissance de passions qui portent le trouble dans l ’âme : telles sont la tristesse surtout , le chagrin , l’inquiétude , la sollicitude et de violents désirs , ainsi que d’opiniâtres nausées , etc.

Pour ce qui est des mouvements excréteurs, il est positif que le médecin peut, d’une manière plus directe et plus efficace, les provoquer, les modérer et les arrêter à volonté ‘.

1 Le médecin, dit souvent Stahl, ne peut rien sur l’acte vital en lui-même, sa puissance est négative ; il ne peut que compliquer les difficultés et enrayer la marche de la nature lorsqu’il voudra prétendre à ce pouvoir. Ce qu’il lui est donné de faire, c’est de chercher à comprendre l’enchaînement des actes successifs du principe conservateur, et de provoquer l’obtention de son but légitime, lorsque , par une raison quelconque, cet agent inconnu , mais se rendant manifeste par ses actes, ne peut atteindre de lui-même ce but si désiré. C est là ce qu’on obtient habituellement en physiologie, en ranimant

§ XIV. La parfaite connaissance de ces sortes de mouvements vitaux est donc de la plus grande utilité, nous dirons même d’une réelle nécessité pour le médecin. Mais la science ne doit pas simplement se borner à étudier le mécanisme des organes , c’est-à-dire à savoir comment le mouvement peut être appliqué à un instrument corporel , et quel juste rapport existe entre la structure de cet organisme et le mouvement lui-même : certes , non ; mais il lui est bien plus important de connaître ces mouvements à leur point de vue physico-historique et savoir quels sont ceux qui ont lieu, sur quelles parties matérielles ils agissent, et au moyen de quels organes ils s’accomplissent : il importe surtout de savoir sous quel point de vue moral et final, dans quel but et pour quel usage physique absolu , et plus strictement vital et conservateur tous ces mouvements s’effectuent.

§ XV. Cette dernière considération est plus sérieuse et plus importante qu’on ne pense , car elle exige de la part du médecin une connaissance suffisante de la constitution intime de l’agrégat ; en d’autres termes , de la mixtion ellemême du corps et de ses principales parties ; de sa disposition matérielle , en un mot , et de sa faculté de résister long-temps à la corruption , ou au contraire de sa facilité, ou aptitude à en subir la fâcheuse influence .

§ XVI. Le médecin doit encore avoir une notion suffisante de la proportion et de la convenance même de ces

ou en surexcitant une fonction affaiblie ou enrayée, et, en pathologie, en provoquant par les sueurs, la salivation, les urines , les saignées , les flux du ventre et autres excrétions , des évacuations utiles et salutaires.

Ces préceptes renferment implicitement toute une doctrine thérapeutique, méconnue par beaucoup de médecins enracinés dans de coupables théories , uiais qui a été si habilement mise à profit par des praticiens aussi peu instruits que délicats et consciencieux, en employant dans tous les cas cette méthode évacuante sans la soumettre à la raison et à l’expérience

OEUVRES DE STAHL

mouvements, considérés soit d’une manière isolée , soit collectivement et dans leur état de conspiration à l’égard de la disposition des matières et des circonstances de lieu , de motif, de manière, de temps, dans lesquelles les mouvements répondent normalement à leur fin prédestinée et naturelle ; et tout cela , principalement , afin que le médecin, après avoir pris connaissance et s’être réellement rendu raison de l’harmonie et de [’ accord parfait qu’il y a entre de pareils mouvements et de semblables matières , puisse aisément comprendre , dans la pratique, quand estce qu’il y a une lésion ou altération quelconque , en quelle partie du corps le phénomène anormal a proprement lieu, quels en sont la source, le motif si la raison finale , afin qu’il puisse dire ou s’il y a altération de la matière ellemême (soit par rapport à sa corruptibilité réelle et croissante , soit par rapport à sa mobilité languissante), ou s’il y a une lésion dans les organes , soit dans leur proportion avec la matière à laquelle ils sont destinés, soit relativement aux mouvements qu’ils devraient subir); ou bien s’il existe un vice évident dans le mouvement lui-même , de manière à pouvoir reconnaître si ce vice est étranger à la constitution de la matière et des organes , à leur proportion , à leur usage et à leur fin naturelle ; ou bien encore , si cette défectuosité dépend d’un vice de la matière ou des organes ; ou finalement, si c’est là plus simplement et plus directement à priori une erreur et une perturbation de l 'action motrice elle -même, sans qu’il y ait nulle lésion matérielle organique , proportionnée aux désordres consécutifs des mouvements.

Nous osons espérer , d’après ces considérations que nous regardons comme extrêmement importantes, que le médecin ne regardera pas comme frivole et inutile de savoir si ces mouvements, qui ont lieu en dehors de toute règle ordinaire, sont réellement anormaux et défectueux , c’est-à-dire

non-seulement s’ils s’écartent de la loi et du type ordinaires , mais encore s’ils sont contraires à toute utilité relative à l’intégrité et aux besoins du corps , et , qui plus est , entièrement nuisibles et funestes à l’économie corporelle.

§ XVII. Nous pensons, en outre, qu’après avoir convenablement apprécié les choses , le médecin comprendra aisément que certains mouvements, s’écartant quelquefois du degré de la mesure naturelle et éprouvant divers changements , sont en général des mouvements naturels , et que , alors même qu’ils aient lieu d’une manière insolite , ils sont , néanmoins , administrés de manière à avoir une utilité réelle , et sont directement et efficacement dirigés contre quelque lésion vraiment passive ou en vue de quelque nouvelle épreuve. Le médecin sera encore d’autant mieux convaincu , par la multitude même , la fréquence et la promptitude de ces sortes d’actes vitaux , que , de toutes parts , tous ces mouvements si remarquables en général , et chacun d’eux en particulier, sont, d’une manière universelle, naturelle et absolue , non-seulement destinés , mais encore préalablement appropriés aux usages du corps , et font voir par leurs effets, que ce sont eux-mêmes qui produisent en réalité de semblables phénomènes.

§ XVIII. Or, nous le répétons ici, le plus grand avantage qu’on puisse retirer de l’étude sérieuse de tous ces phénomènes et de leur parfaite connaissance , c’est que : 1 0 c'est l'âme elle-même qui administre , dirige et exécute les mouvements vitaux 1 ; 2° ces mouvements sont des actes

1 Sans aller chercher à raviver ici une polémique que nous croyons avoir épuisée dans notre préface à ce T. III, nous dirons simplement avec Hippocrate, Platon, Aristote , S. Paul, Galien, S. Eusèbe, S. Grégoire (deNysse), S. Basile, S. Augustin , S. Bernard, S. Bonaventure, S. Thomas , del Garbo, Scaliger, Fernel , Argentier, Valleriola , A. Caranza P. Zacchias , Suarez, T. III. 32

OEUVRES DE STAHL

véritablement organiques exercés à l’aide d 'instruments corporels par une cause active supérieure pour produire certains effets non - seulement généralement constants et spécialement nécessaires , mais encore très-spécialement et particulièrement proportionnés avec les besoins inévitables , selon les diverses modifications du temps et des causes externes accidentelles.

Mais ce serait en vain qu’en se basant sur les élucubrations de certains modernes , on s’efforcerait de mettre au nombre de ces mouvements, ces actes qui pour l’ordinaire dépendraient seulement d’une disposition matérielle du corps, et qui s’accompliraient sans utilité réelle, c’est-à-dire sans but final ou fin directe. De pareils mouvements, en effet , sous l’influence de variations extraordinaires survenues à l’occasion du concours des matières étrangères , éprouveraient des altérations et des changements tels , que leur administration sans but réel et sans intention arrêtée n’aurait pas une direction analogue à une fin déterminée.

§ XIX. C’est pourquoi nous ne saurions nous empêcher de manifester ici toute notre admiration, contrairement aux opinions hypothétiques ci-dessus, pour cette admirable énergie si puissante, si subtile, si prompte et si familière des simples intentions naturelles , absolument et véritablement abstraites et comme on dit immatérielles d’une âme qui raisonne (et dont la volonté suit en tout ses propres raisonnements) : ces intentions constituent ce qu’on comprend sous le nom d ’ affections ou de passions de l’âme pensante ou esprit.

Bacon , Campanella , G. Ramirez , A. Dulaurens, Mérindol , Rivière , Willis, Bossuet , Sauvages , etc. , et tous les spiritualistes de l’École moderne, que 1 âme humaine est le vrai principe en vertu duquel nous vivons, nous sentons, nous nous mouvons et nous nous élevons aux conceptions les plus abstraites de 1 intellect. « Anima est principium quo vivimus, sentimus, movemur, intelligimus et, sine superaddito principio aliquo , elicimus omnes operationes »

Or, de même que dans ces sortes d’états affectifs, lame raisonnant pendant l 'acte même ne se rappelle pas ce qu'elle fait , pourquoi elle le fait, ni ce qu'elle veut et pourquoi elle le veut, mais qu’elle se hâte seulement d 'exécuter cette sienne et propre volonté sans autre réflexion ; de même aussi , à l’aide d’une sage et sérieuse attention on parviendra à découvrir que l’âme exerce puissamment l’effet de sa volonté ou intention propre , même sur les actes et sur les organes vitaux ; ce qui est principalement prouvé par le fait de la nausée qui porte à vomir, par celui des palpitations et agitations du cœur, par le fait même des lipothymies et par celui enfin des convulsions occasionnées soit par une vive terreur et un effroi, soit surtout par une violente colère 1 .

§ XX. Mais comme, d’une part, il est impossible d’attribuer au corps en tant que tel , même une simple raison de durée, de pérennité , c’est-à-dire une raison en vertu de laquelle le corps , absolument considéré en lui-même , doive être conservé long-temps ; comme, d’autre part, le caractère propre et absolu des actions de l'âme, réclame et exige de son côté une pérennité réelle et une véritable durée successive , marquée par de simples divisions de temps ; comme enfin il est on ne peut plus évident que l’acte entier,

1 Ces phénomènes prouvent péremptoirement que Fàme réagit d’une manière notable sur les organes qui sont sous l’influence directe du nerf intercostal (grand sympathique). C’est là ce qui a fait dire aux anciens que l’âme végétative avait son siège à l’épigastre , et qui avait fait déterminer Van-Helmont à placer son âme au centre épigastrique, sous la protection de son grand archée, qu’il nomme fort ingénieusement janilor animai. C’est par le cœur et par l’épigastre que ressentent les plus vives impressions les individus à tempérament nerveux ou lymphatique, etc. Il n’est personne qui ignore les profondes sympathies qui existent entre le cerveau et le cœur d’une part , et- l’épigastre , le cœur et le cerveau de l’autre. "Or, vouloir expliquer ces phénomènes par les anastomoses si multiples du plexus soléaire et cardiaque avec le pneumo-gastrique , ne serait-ce pas prendre toujours pour agent ce qui n’est qu’instrument passif?. . .

492 OEUVRES DE STAHL

le phénomène intégral d’une conservation durable du corps s’accomplit pour l’avantage spécial de l’dme; de même et pareillement , il est hors de doute ici que c’est à lame qu’est dévolu et qu’incombe positivement le devoir et le soin de veiller d’une manière active et directe à la conservation du corps , vu qu’elle lui est indispensable pour l’accomplissement de ses actes en ce monde.

Mais l’dme est-elle capable de remplir exactement cet office? C’est là un fait démontré à priori par la raison que la conservation universelle du corps a lieu d’une manière absolue et formelle à l’aide du mouvement. Or, le mouvement est réellement en lui-même une chose incorporelle, appliquée au corps , et il a génériquement, une nature et une manière d’être universellement identique à celle de l’âme elle-même 1 .

§ XXI. Il faut cependant remarquer que le corps , à la conservation duquel il est indispensable de veiller attentivement , se trouve , sous deux points de vue différents , exposé à subir un état de corruption : 1° parce que sa crâse, sa composition intrinsèque , comme nous l’avons dit plus haut , se détériore d’ elle-même et inévitablement ; 2° parce que le corps peut recevoir quelque fâcheuse atteinte , soit du choc violent des objets extérieurs, soit de leur dangereux concours.

1 Si , comme tous les principaux physiologistes l’admettent, on entend par mouvement le phénomène résultant d’une impulsion donnée , il est évident qu’il faudra qu’il y ait d’abord un agent (svopp.ov), irnpetum faciens , et puis un sujet ou patient qui en est l’organe. Le premier, que vous l’appeliez âme, principe vital, archée , entéléchie , monade, etc., ne peut être qu’un principe supérieur à la matière.... Le résultat de cette impulsion est généralement appelé mouvement ; il constitue l’acte de l’agent incorporel , immatériel, et ne peut par cela même être chose matérielle. Le mouveriient

est pour Stahl le seul medium entre l’âme et le corps . La tonicité , la

contractilité , 1 élasticité, etc., ne sont que propriétés physiques , et sans la vie, la motilité et la sensibilité , ces propriétés ne sont qu’une puissance dans les organes.

Outre cela , il importe d’observer également que la variété des lésions corporelles réclame différents moyens de conservation , attendu que le corps peut être altéré , soit dans sa mixtion , soit dans sa structure , et que les objets extérieurs peuvent , en des cas plus fréquents , plus soudains et plus communs , l’atteindre dans sa structure plutôt que dans sa mixtion ou mélange matériel de ses parties ; bien qu’il soit vrai de dire que les lésions faites sur la structure du corps peuvent aussi occasionner des altérations dans sa mixtion ; — en vertu de cette loi , que la structure, dans son ensemble , sert proprement et directement d’ instrument à la conservation de la mixtion corporelle.

§ XXII. C’est à cause de ces nécessités prises sous un triple point de vue que s’accomplit dans le corps humain : 1° le phénomène de la vie, c’est-à-dire de la conservation de la mixtion organique ; 2° celui de la nutrition, qui n’est autre que le phénomène non-seulement de la formation et de X ordination, mais encore de la réparation de la structure; 3° enfin, le phénomène de la sensation , véritable instrument de préservation contre tout ce qui peut nuire à la santé du corps , précieux moyen employé par la nature pour éloigner à propos toute cause fâcheuse imminente , et pour éviter même les causes externes qui menacent, bien que de loin encore , de porter quelque préjudice notable à l’économie.

Or, c’est spécialement à ce dernier moyen ou but de préservation que le mouvement local est indispensable. Mais tous ces phénomènes , et chacun d’eux en particulier, tant le phénomène de la vie et de la nutrition que celui de la sensation, s’accomplissent en général d’une manière naturelle et absolue par le mouvement.

OEUVRES DE STAHL

§ XXIII. Toutes les parties organiques du corps viennent encore seconder et favoriser l’obtention de ces résultats , c’est-à-dire , d’une part , les mouvements vitaux de translations sécrétives et excrétives , absorbantes et nutritives , d’autre part , les sensations et les mouvements locaux ou animaux. C’est pourquoi, outre l’utilité de connaître et de bien savoir quels sont les organes qui prêtent leur intervention ou leur ministère aux fonctions végétatives, — vitales et nutritives , — ainsi qu’aux actions animales , il est encore nécessaire de ne pas ignorer quelle est la région du corps et quel est le point précis de l’organisme qu’occupent ces parties , quelle est leur naturelle et légitime conformation ordinaire , et avec quelles autres parties elles ont des rapports de connexité. Néanmoins , cette étude est moins importante, à certains égards, pour la médecine proprement dite que pour certains cas de pathologie et pour Y application extérieure ou topique des médicaments ; elle est surtout d’une grande utilité en pathologie chirurgicale et dans les cas où l’art est appelé à prononcer sur la simple inspection des cadavres, c’est-à-dire pour X anatomie pathologique.

Pour ce qui est de la véritable proportion directe et intime qui existe entre les parties organiques et les mouvements eux-mêmes , soit que ces derniers doivent généralement s’exercer sur les divers organes, soit qu’ils soient particulièrement exécutés par eux, cette harmonie est un véritable mystère impénétrable à toute la sagacité des investigations de l’esprit humain , qui , malgré son opiniâtreté , ne parviendra jamais à en découvrir les éternels secrets 1 .

1 Malgré l’ignorance où nous nous trouvons encore sur le fond principal de cette question, je saisis ici avec empressement l’occasion de rendre justice aux recherches des savants physiologistes modernes; et, bien certainement * si nous ne sommes pas parvenus à dévoiler les mystères de l’organisation , nous n en devons pas moins admirer, à cet égard, les immenses travaux des

§ XXIV. Voilà donc pourquoi le physiologiste doit ne jamais perdre de vue, souvent considérer et ne jamais oublier que la vraie connaissance de ces sortes de mouvements doit uniquement se puiser, soit dans l’exposé historique et vrai de l’observation expérimentale , soit, — sous un point de vue scientifique, — dans la nature de la matière à laquelle ces mouvements sont appliqués, plutôt que dans la disposition des organes destinés à recevoir de tels mouvements ; d’autant plus que les raisons et les conditions intrinsèques du mouvement n’ont absolument rien de commun avec les dispositions matérielles des organes , attendu que cette même disposition organique n’a été établie qu’en vue d’une certaine motilité. Mais cette disposition naturelle de l’organe à la motilité ne comporte pas nécessairement avec elle la condition d’un mouvement actuel;... car il existe une tout autre raison et un tout autre but pour lesquels l’acte est entrepris, excité, exécuté et perpétré. D’un autre côté, nous dirons que la proportion de l’instrument organique ne fait absolument rien au degré du mouvement, en sorte que celui-ci doit être nécessairement ou fort ou doux, ou violent et rapide ou lent et modéré. Il est bien évident , au contraire, que les proportions du mouvement sont naturellement dirigées conformément à la disposition des matières sur lesquelles ce mouvement doit s’exercer d’une manière proportionnée et relative.

Il en est de même de la raison de la durée de l’acte et de tout ce qui a rapport au temps, comme l’harmonie du rhythme des mouvements, leur étendue ou intervalle déterminé. De toutes ces choses , en effet , il n’en est pas

Bordeu, des Haller, des Sauvage, des Glisson, des Fouquet,des Barthez, des Biehat , des Blumenbach , des Grimaud , des Gh. Bell,, des Magendie , des Brachet, des Geoffroy-Saint-Hilaire , des Coste, des Flourens , des Longet, des Bérard, des Cl. Bernard , des Puccinotti, des Franceschi , etc., etc.

OEUVRES DE STAHL

une seule qui dépende en propre de la disposition des organes, et tout homme tant soit peu versé dans l’étude des phénomènes de la nature comprendra aisément que tous ces faits ont pour principe diverses directions intentionnelles , et répondent parfaitement , tant à la proportion de la matière qui doit être mue qu’à une raison particulière de but final.

§ XXV. De ces considérations découle en première ligne et d’une manière évidente cette raison vraie et fondamentale de la physiologie médicale , savoir : que le phénomène universel des sécrétions et des excrétions ne se fonde pas plus sur la proportion de la matière qui doit subir h mouvement, que sur une nécessité organique quelconque, mais que la vraie et solide raison fondamentale du mouvement des organes chargés d’accomplir les actes sécréteurs et excréteurs repose proprement et absolument sur un but final, sur une fin fixe et déterminée par le motif d’une estimation et d’une intention variées ; c’est-à-dire que le corps doit être conservé dans toute son intégrité , non comme étant actuellement organique, mais comme devant demeurer ultérieurement corps organisé.

§ XXVI. D’où cette considération que nous avons établie, touchant la disposition de la mixtion organique de tout le. corps et principalement du sang à une corruption putride ; considération qu'aucun autre n’avait émise avant nous , la première en son genre, qui n’est jamais venue en la pensée des spéculateurs modernes et qui cependant nous fournit la véritable et unique intelligence de ces choses, en dévoilant, pour ainsi dire , à nos yeux cet étonnant phénomène de la nature. Or, non-seulement il est, pour ce motif, très-urgent d’opposer à cette espèce de corruption des moyens préservatifs généraux, puisqu’il est manifeste que le corps doit

être conservé pour les usages et les besoins de l'âme; mais encore l’on reconnaît plus clairement , par là , la véritable raison et la proportion réelle de tous ces mouvements qui s’exécutent dans notre corps. Si l’on porte , en effet , son attention sur la manière avec laquelle ces mouvements correspondent à tout cet appareil de corruptibilité , comment ils opèrent le déplacement , la séparation et X élimination entière des matières propres à subir une prompte corruption putride, on s’apercevra que ce n’est pas parce que ces matières sont susceptibles d’être atteintes de corruption , ou parce qu’elles sont corporellement atteintes d’une corruption actuelle , que de pareils actes éliminateurs sont entrepris par la nature , mais bien dans un simple but de conservation et pour mettre le corps à l’abri d’une trop funeste atteinte corruptive.

§ XXVII. Ce qui confirme mieux encore cette dernière assertion, c’est la puissance positive et évidente que X agent, principe de ces mouvements ( quel qu’on veuille le supposer) déploie, pour mouvoir ou ne pas mouvoir, pour mettre en mouvement de telle ou telle manière ou différemment, d’une façon convenable ou inconvenante, en suivant une marche normale ou anormale , en dédaignant même des rapports nécessaires et importants , pour se livrer capricieusement à des actes insolites, contraires et fictifs et à des mouvements calqués sur des rapports également arbitraires i .

1 Si les actes vitaux ou animaux entrepris par l’âme en fonction vitale , instinctive, ou en exercice de ses facultés intellectuelles ; si ces actes, dis-je, étaient, ainsi que l’ont toujours prétendu les physiologistes, sensualistes ou matérialistes, la conséquence directe, immédiate et nécessaire du jeu organique et de l’impression faite sur les parties corporelles , il est bien positif que la volonté ne serait pour rien dans ces phénomènes, attendu que l’âme, bon gré mal gré , serait tenue de percevoir des sensations pénibles ou agréables. Cependant le pouvoir de l’âme sur le corps est si grand, que, par la seule puissance de la volonté , la souffrance la plus cruelle ne devient

OEUVRES DE STAHL

Ces faits deviennent on ne peut plus notoires dans les divers genres d 'excrétions: par exemple lorsque, sôus une simple et légère impression de froid, dans une frayeur subite et fugitive, dans un transport passager de colère, dans la nausée, dans Y anxiété et la tristesse et les ardents désirs de l’âme , les excrétions s’exécutent d’une manière opposée et contraire à leur marche ordinaire , peu conforme d’ailleurs à une disposition convenable des matières et des mouvements et tout-à-fait différente aux usages habituels.

§ XXVIII. Par conséquent, l’objet principal, pour ne pas dire l’unique et en quelque sorte le plus important de la théorie médicale , est sans contredit de bien comprendre et la description historique de pareils mouvements et leurs rapports avec certaines fins ; c’est-à-dire les proportions dans lesquelles ils se trouvent ou doivent se trouver , et la raison pour laquelle ces mêmes proportions sont et doivent être plutôt ainsi et non autrement.

Vient en seconde ligné la connaissance des organes et des lieux, ainsi que celle des matières ou humeurs sur lesquelles agissent les mouvements .

plus qu’un jeu , malgré la gravité et la profondeur des lésions physiques .

ou que, par l’effet seul de l'imagination , la moindre contrariété ou la plus futile des choses peut , au contraire , occasionner de grandes douleurs morales et provoquer dans l’économie les désordres les plus graves et mérite mortels. Or, ceci est autant pour les phénomènes de la vie organique que pour ceux de la vie animale; les exemples pullulent. Et qu’on n’aille pas croire que je ne compte pour rien l’organisation : mon observation fait au contraire ressortir, on ne peut plus , l’influence du corps sur l’âme et la puissance de cette dernière sur l’organisme;... mais cette réciprocité ne peut s accomplir qu à l’aide d’une organisation apte à l’accomplissement de ces phénomènes. Lame ne pourrait pas plus sentir sans nerfs, qu’elle né pourrait conserver le corps sans nutrition , sans circulation et sans excrétions. Il y a, entre le physique et le moral de l’homme, des lois et des rapports aussi inviolables que les lois et les rapports que Dieu a établis pour la conservation de l’univers !

§ XXIX. Un simple exposé descriptif des organes devra suffire au médecin , attendu qu’il n’est point donné à l’intelligence humaine de pénétrer plus avant dans ce genre d’étude. Pour ce qui est de la connaissance plus approfondie des matières , le médecin éprouvera non-seulement une égale difficulté, mais encore une véritable impuissance pour saisir ou pour bien combiner les rapports qu’il y a entre Yefficacitè réelle des médicaments et de telles matières. Effectivement, rien n’est plus contraire à toute tentative d’explication scientifique que ces frivoles et vaines plaisanteries sur le mutuel rapport des matières morbides et des substances pharmaceutiques, opinions erronées issues des idées chimiques encore mal comprises elles-mêmes et n’ayant aucune espèce de connexité avec le fait pathologique pour tant qu’on en grossisse et exagère la fiction. Telles sont les absurdes hypothèses émises touchant la spécificité des acides sur la coagulation et de l’alcali sur la fluidité des humeurs, ainsi que touchant encore les acides et les absorbants spécifiques , sans parler des suppositions faites à plaisir sur les viscosités sulfureuses et d’autres inventions semblables.

§ XXX. Ici se présente une double considération plus importante et plus utile encore , que l’on doit chercher à déduire de Y histoire et de Yexpérience plutôt qu’à l’expliquer à l’aide de Y étiologie, à savoir : 1° quels sont les rapports qui existent , entre les matières , d’une part , et les organes , les méats et les mouvements , d’autre part ; 2° quelles sont les périodes et la durée de ces matières, quels mouvements progressifs doivent-elles suivre et quelles issues leur sont-elles réservées ?

L’expérience vient, en outre, montrer l’évidence de faits semblables au point de vue de la matière médicale , il faut

OEUVRES DE STAHL

avant tout les classer dans sa mémoire afin de s’en servir au besoin ; mais on ne doit procéder à ces diverses expériences qu’avec une très-grande prudence et l'intelligence préalable d’une bonne méthode étiologique étudiée avec soin et à loisir: une fois qu’on est parvenu à ce but désiré, il faut soumettre avec précaution les faits à un sage et minutieux examen , afin de parvenir par ce moyen à comprendre la raison de ces opérations naturelles.

C’est enfin et surtout à l’aide de l’expérience que , dans l’étude de ces phénomènes , on doit apprendre , afin de mieux les observer ensuite au besoin , quelles sont les proportions de temps, de mutuelles subordinations et de concours réciproques présidant à ces phénomènes.

Telle est la méthode théorique à suivre dans l’étude de tous les actes particuliers de l’économie , autrement dit des mouvements vitaux. C’est celle qu’il convient surtout d’étudier, de connaître et de bien apprendre , non en la faisant reposer sur le simple état des organes , ni sur la comparaison de leur disposition avec les effets qui ont lieu , ce qui serait un travail sans fruit , mais au contraire en l’appuyant uniquement et plutôt sur la nature même et la proportion des parties organiques : proportion et nature non pas simplement considérées en elles-mêmes, mais uniquement au point de vue de la pérennité et de la conservation du corps, ainsi que de ses dispositions naturelles mx sécrétions et aux excrétions aussi nécessaires dans le genre que convenables et opportunes dans l’espèce.

§ XXXÏ. C’est de cette manière enfin que l’on découvrira la subordination, la conspiration, X accord , la proportion et conséquemment la raison d’être de certains mouvements vitaux ‘qui se passent dans le corps : nous voulons parler des mouvements sécréteurs et excréteurs à l’aide desquels non-seulement les matières utiles sont distribuées

selon leurs usages , mais encore les matières inutiles et pouvant devenir peu à peu nuisibles sont régulièrement et tranquillement expulsées par divers actes progressifs et successifs tout particuliers; de telle sorte que, même dans leur marche et leur action expulsive , ces mouvements produisent encore des effets intermédiaires utiles et subsidiaires au succès et à l’heureuse issue d’autres actes de second ordre.

§ XXXII. C’est sur de tels principes , étudiés ensemble ou séparément avec la prudence et l’habileté qu’exige un pareil sujet , selon Yordre et le but indiqués , que se fonde la véritable doctrine de la 'physiologie médicale ; c’est sous de tels auspices qu’est fermée à tout jamais une issue quelconque à ces sortes de conceptions étrangères à la médecine. De telles théories, en effet, ne considérant le corps humain qu’en dehors du principe simple , fondamental et direct de sa propre vitalité , non-seulement ne fournissent pas matière à des considérations utiles à un but médical , mais encore , à bien considérer la vérité des choses , déjouent et rendent inutile toute théorie solide et n’ayant rien d’imaginaire.

§ XXXIII. Sous ce dernier point de vue, il est préalablement convenable de bien connaître et surtout de bien comprendre le phénomène de la circulation du sang et ses diverses manières d’être , tant en général qu’en particulier , à l’égard des fonctions vitales tant sécrétoires qu’ excrétoires.

C’est principalement sous ce dernier rapport que doit être considérée la transpression ( la filtration ) du sang à travers les tissus spongieux qui enveloppent le corps de toutes parts. Par ce moyen , en effet, le sang conserve toujours une convenable fluidité , en sorte que non-seulement

OEUVRES DE STAHL

il demeure toujours apte à une perpétuelle et incessante circulation, mais encore il est plus propre à une élimination convenable (de sa masse) , de toute substance impure et ne pouvant, sans danger, séjourner dans le corps.

§ XXXIV, Le phénomène de cette impulsion du sang à travers les parties molles et poreuses offre encore deux points à considérer : l’un très-remarquable et pouvant servir à l’observation pathologique , l’autre assez important mais appartenant plutôt à 1 ’ étiologie physique qu’à la pathologie médicale. Le premier de ces faits est celui du mouvement tonique vital, qui s’exécute et se poursuit naturellement sans l’intervention de la volonté ni de la conscience 1 .

Or , c’est en vertu de ce mouvement que les parties poreuses contractées et fortement condensées reçoivent moins de sang , et que , par un relâchement alternatif, elles donnent un facile accès à une plus grande quantité de ce liquide vivifiant.

Ce qu’il y a surtout de remarquable ici , ce sont les promptes et faciles modifications de ce mouvement tonique, pouvant varier d’un moment à l’autre et affectant plus ordi-

1 M. P. Flourens a eu tort, ce nous semble, de dire que Siahl admet le mouvement tonique comme la condition essentielle de la vie, comme la vie elle-même. Si cet éminent physiologiste avait bien voulu examiner la chose de plus près, il aurait compris que , en dehors des grands phénomènes vitaux et animaux, il y a des conditions de vitalité locale. Ces conditions , pour la circulation du sang et des humeurs dans l’intimité de nos tissus et pour leur normale répartition, sont: 1° vitales, 2° organiques. Les conditions organiques sont, d’une part, la porosité, Y élasticité, la contractilité , etc. Les conditions vitales sont une impulsion préalable donnée aux liquides, un agent moteur et directeur de l’acte. Leur ensemble constitue, là, les grands mouvements circulatoires, sécrétoires, excrétoires, etc.; ici, les mouvements d’assimilation, d’élimination, de dilatation, de contraction, de condensation, de filtration, etc. ; mais partout et toujours conspiration, synergie de l’agent et du sujet ,... action du principe , et propriétés ou conditions physiques et organiques. Telles sont les conditions du mouvement tonique vital : conditions et facultés réciproques et indispensables !•••

nairement l’état de constriclion que celui ^expansion ou de relâchement.

§ XXXV. Le second de ces deux faits , c’est 1 ’échauffement du sang , tant sous l’action et par l’action même du mouvement impulsif et tonique de la circulation, que sous l’influence directe d’une intensité toute particulière de part et d’autre ; c’est pourquoi il convient de bien comprendre le mécanisme pur de cet acte , c’est-à-dire que la chaleur du sang ne dépend nullement d’une cause matérielle , abstraction faite néanmoins de la disposition toute particulière et matérielle de ce liquide , mais bien du simple mouvement qu’il a reçu et de la plus ou moins grande intensité de l’acte , provenant tant de la violence de l’impulsion que de la raideur tonique des parties plus ou moins tendues ou relâchées. Nous avons une preuve de ce fait surtout dans les refroidissements soudains, survenus soit à l’occasion de terreurs et d’effrois, soit dans les paroxysmes fébriles : alors , en effet, une profonde et subite constriction des parties oppose un obstacle manifeste à la libre circulation du sang. Quant à l’ échauffement tonique du sang , nous en possédons également les preuves les plus évidentes dans les mouvements volontaires du corps , et dans le mouvement respiratoire tant ordinaire et régulier qu’extraordinaire et plus intense ; et cela contradictoirement aux opinions de ceux qui prétendent que la respiration rafraîchit le sang 1 .

1 Les anciens, qui avaient très-peu de connaissances en anatomie, pensaient que, dans la respiration , l’air se répandait dans tout le corps par le moyen des artères. C’est ainsi que Dioclès (célèbre médecin contemporain de Théophraste) et Philistion d’après Hippocrate , et Galien après eux, disaient que la respiration n’était autre chose que le rafraîchissement de la chaleur naturelle du corps ( ventilatio caloris innati) p3r l’aspiration de l’air atmosphérique. Galien ajoutait qu’une fois arrivé dans la poitrine par la bouche et dans le cerveau par les narines , l'air se répandait dans tout le corps pour en modérer la chaleur. Voici comment il s’exprime ;

OEUVRES DE STAHL

§ XXXVI. Bien qu’il soit avantageux de connaître le vrai mécanisme et l’utilité du mouvement de la circulation, il est cependant bon de dire que cette circulation ne constitue pas d’une manière directe et propre tout le phénomène de la vie, et qu’elle ne peut être sous l’empire immédiat du médecin. En effet, le ministre de la nature n’a, en réalité aucun pouvoir sur le phénomène de la circulation du sang , si ce n’est que par une intervention spéciale il peut le surexciter en provoquant des mouvements plus violents du corps; pourvu, néanmoins, que rien ne s’y oppose et que les forces le permettent. Mais un pareil moyen employé, surtout chez des sujets peu accoutumés à ce genre de traitement, peut non -seulement être sans efficacité, mais encore être souvent très -funeste aux fonctions importantes et normales des sécrétions et des excrétions naturelles.

§ XXXVII. Ce qui doit donc attirer et fixer plus particulièrement l’attention du médecin , ce sont les résultats du

« Respiratio definiri potest : aëris per os in pulmones , ac per nares in cerebrum, ad innali caloris commoderationem et spiriiuum yenerationem seu mtritionem , altractio : fumidique excremenli per easdem vias expurgatio. » (Galen. , lib. de diffic. resp. cap. i et 5; — lib. de util. resp., cap. 5 , et alibi. )

Ces mêmes opinions ont été professées dans presque toutes les écoles médicales jusqu’au milieu du xvie siècle. A cette époque et presque en même temps, M> Servet en Espagne et Gme Harvée en Angleterre imprimèrent à la science physiologique une nouvelle et salutaire impulsion par la découverte de la circulation du sang.

La théorie de la circulation donna lieu, comme toutes les découvertes, à mille et mille interprétations et applications. Les mécaniciens et les chimiatres crurent désormais tout expliquer par ce moyen ; ils soutinrent à cet égard les mêmes opinions que les anciens ; mais , moins conséquents que ces derniers, ils en firent une arme puissante pour se faire battre euxmêmes. Le ne fut guère que sous Boërhaave et sous Stahl que la théorie de la circulation fut bien étudiée. Stahl surtout imprima un mouvement très-grand aux idées saines par sa théorie du phlogistique appliquée à la respiration.

mouvement de la circulation générale des humeurs , au point de vue des sécrétions et des excrétions ; c’est-à-dire , ces mouvements sécréteurs et excréteurs à l’aide desquels , pendant l’acte général de la circulation , différentes parties du sang sont séparées de toute la masse humorale en passant à travers certains organes, appelés pour cela colateurs.

Nous pourrions dire encore un mot ici , en passant , des assertions absurdes de quelques modernes touchant leurs minutieuses recherches sur la forme spécifique des pores organiques servant à de semblables fonctions ; mais de pareils raisonnements sont entièrement renversés par d’autres circonstances' contraires et bien manifestes. Celle qui tient le premier rang parmi ces dernières , c’est cette observation démontrant que les excrétions sont différemment modifiées , suivant l’influence exercée sur la tonicité des tissus ; c’est-àdire, suivant l’état de relâchement et de dilatation des pores des organes colateurs , ou suivant l’état de constriction ou de plus grand .resserrement exercé sur ces parties. C’est là un fait qui a journellement lieu d’une manière naturelle , et qui se manifeste sous l’influence active et puissante de certaines circonstances passagères; comme, par exemple, à l’occasion d’un sentiment de terreur ou de colère, d’une impression violente de froid, ou même d’une douce chaleur halitueuse ou humide. Ce même fait est encore prouvé par les promptes rétrocessions et les translations des matières exerémentitielles d’un organe sécréteur ou excréteur vers un autre.

XXXVIII. On voit par là combien est important le rôle que joue le mouvement tonique 1 , et combien il l’em-

1 La fibre organique, musculaire, pulmonaire, rénale, hépatique, splénique , etc , est le dernier ,o.rga*>.e médiat que la nature conservatrice , médicatrice et nourricière , emploie pour l’exécution des actes vitaux et même

OEUVRES DE STAHL

porte en efficacité sur toutes les autres espèces de mouvements. Or, cette tonicité qui s’exerce pour, par et sur des parties déterminées, ne s’effectue pas purement et simplement d’une manière mécanique , mais elle est réellement dirigée et gouvernée avec exactitude , convenance et régularité , c’est-à-dire , selon la proportion qui existe entre la matière à sécréter et ce mouvement, selon le lieu ou l’organe convenable , selon le temps et les résultats légitimes de l’action ; et tout cela enfin , d’après 1 ’ activité de la matière nuisible à éliminer, suivant l’importance et la dignité des parties en danger.

§ XXXIX. C’est après la sérieuse observation de semblables phénomènes fréquents et presque journaliers, que s’évanouissent toutes ces prétentions mensongères se plaisant à attribuer aux matières excrémentitielles une puissance particulière d ’ excitation et d'irritation , au moyen de laquelle les organes colateurs et en quelque sorte moteurs, une fois irrités, se contractent (comme on le dit) et, à la manière des éponges , expriment et rejettent , par des compressions successives et répétées , tout ce qu’ils ont absorbés ; mais la science possède à cet égard des exemples qui prouvent tout le contraire de ces faits.

§ XL. Par exemple, lorsque l’estomac n’éprouve que des contractions naturelles, paisibles et habituelles, il digère

volontaires. Un muscle est mu, un organe sécrète, c’est bien , au point de vue général du fait ; mais si le physiologiste veut scruter jusqu’en leurs plus profonds replis et l’acte et l’organe, il s’aperçoit que chaque atome est mis en jeu pour contribuer à la fonction. Eh bien! Stahl vous dit : C’est en vertu de certaines dispositions particulières de la matière organisée ( liquides et solides ) et par la puissance active d’un agent moteur que tout cela s’exécute — 11 appelle l’acte en lui-même mouvement Ionique vital. Voilà son idée.

en quelques heures les aliments qu’il contient et les pousse vers les intestins inférieurs; mais lorsque ce viscère renferme quelque substance prise avec répugnance et provoquant ensuite la nausée, ou bien encore lorsqu’on a mangé soit un aliment gâté ou corrompu, soit quelque chose d’ irritant et qui surexcite la bile, soit enfin une substance qui prend un caractère d’âcreté à cause de la mauvaise qualité des autres aliments déjà consommés ; il arrive fréquemment que ces matières alimentaires sont retenues dans l’estomac deux , trois , quatre et même cinq fois plus longtemps que d’ordinaire , jusqu’à ce qu’enfm , à l’aide d’un mouvement insolite 1 , et par des efforts qui portent une sorte d’anxiété dans l’âme , ces aliments soient rejetés audehors par le vomissement. Mais si les matières renfermées dans l’estomac y séjournent et ne sont pas vomies , alors provoquant dans cet organe un sentiment d 'ardeur fort incommode , elles y déterminent des états inflammatoires , nxvffoùàa mala formant.

Or , ces faits démontrent que tout cela se passe sans l’intervention active et immédiate de ces stimulations, qui cependant auraient dû manifester leur puissance en ces derniers cas, avec d’autant plus d’efficacité que ces prétendues énergies excitantes et irritantes ne s’introduisent dans ces matières que d’une manière successive; si bien, qu’elles auraient dû provoquer des mouvements d’expulsion en produisant divers degrés d’irritation dans l’estomac, et, suivant l’hypothèse, en rejetant ces matières que cet organe n’aurait pas dû tolérer si long -temps, sous l’influence d’une cause aussi violente , etc.

1 Anti-péristaltique , c’est-à-dire agissant de bas en haut et dans un sens tout opposé au mouvement péristaltique , qui se fait naturellement de haut en bas, en vertu de lois vitales préétablies, et par le moyen des mouvements successifs que les fibres circulaires et longitudinales de la tunique musculaire intestinale exécutent en se contractant , etc.

OEUVRES DE STAHL

§ XLI. D’après ces considérations , il n’est rien de plus évident que les rapports intimes existant entre ces sortes de mouvements et l 'utilité, nous dirons même la nécessité de la conservation du corps , c’est-à-dire entre ces mouvements et le corps , en, tant qu’ils peuvent lui être utiles ou nuisibles.

C’est d’après cette réciprocité de rapports surtout , que lorsqu’il y a défectuosité dans les mouvements, les matières sont retenues dans l’estomac , et qu’elles en sont expulsées , au contraire , lorsque ces mêmes mouvements établis dans un but excréteur exercent leur action.

Tel est le rapport mutuel des matières et des mouvements avec cette fin suprême de la conservation vitale : rapport mutuel, disons-nous, qui, répondant à cette fin et s’harmonisant avec une juste et efficace proportion mécanico organique, est réellement le véritable objet de toute considération physiologique et médicale, ainsi que de toute constitution corporelle, non considérée sous un simple point de vue mécanique, mais bien au contraire sous un rapport franchement organique; constitution établie et gouvernée avec une sage modération et- une direction proportionnée à cette même fin de 1a conservation du corps.

§ XLII . Nous ne voyons pas quel avantage on peut retirer en ceci d’une connaissance exacte de la structure du corps s

1 Ainsi que je l’ai dit dans ma préface au T. Il , il ne faut pas se méprendre sur le vrai sens de pes paroles, Stahl, profond physiologiste, n’était parvenu à ce haut enseignement que par la connaissance parfaite de l’organisme , de l’agrégat. Ici , sa pensée ne porte que sur l'avantage qu’on peut retirer de l’anatomie touchant les mouvements en général et le mouvement tonique en particulier ; il ne veut pas parler de l’utilité physique et réelle de cette science ; il ne fait allusion qu’à l’avantage médical de cette étude minutieuse. Nous avouerons avec Stahl qu’en pareille circonstance , la constatation du phénomène par l’expérience de chaque jour est plus fructueuse qu une longue et pénible expérimentation sur le cadavre. L’anatomie comparée seule et les vivisections peuvent porter un grand jour en ces questions.

attendu que de pareilles considérations ne sauraient nous faire soupçonner, bien loin de nous faire comprendre , nonseulement comment de pareils mouvements sont établis en un moment donné et quels en sont les degrés divers , mais encore comment à la plus légère occasion et sous l’influence même de l’imagination , malgré la présence d’autres circonstances plus importantes et plus sérieuses , ces mêmes mouvements s’exécutent ou ne s’exécutent pas ; c’est-à-dire , qu’ils peuvent avoir lieu et ne pas avoir lieu dans le même organe.

§ XLIII. C’est pourquoi dans un mouvement vital quelconque, on doit surtout observer quels sont ses rapports avec la fin qu’il doit atteindre et accomplir ; et cela plutôt à priori, en raison de X intention elle-même, c’est-à-dire en raison de X entreprise de la direction, qu’à posteriori, en raison du degré, du temps, de X ordre en harmonie avec une telle fin ou issue. Il suffit, dès -lors, d’avoir une simple connaissance même générale des organes et de savoir quels sont ceux qui sont proprement destinés à tel ou tel mouvement, et comment on peut les reconnaître dans leur état à’intégrité réelle , pour qu’il soit permis de distinguer la lésion ou le vice (apparent surtout) qui peut se trouver en eux.

§ XLIV. Nous nous plaisons à le répéter ici, une semblable considération renferme en elle quelque chose de vraiment médical et offre un avantage réel à l’observation du médecin; de sorte que si on découvre quelque anomalie dans les mouvements, c’est à l’homme de l’art lui-même d’y prêter toute son application et de donner tous ses soins , soit pour les calmer et les mitiger , soit pour les provoquer J soit pour les conserver et les maintenir, soit pour les

510 OEUVRES DE STAHL

modérer et les régler, soit enfin pour les imiter d’une manière exacte et vraie au point de vue des fins à obtenir » .

Le médecin peut agir avec d’autant plus d’efficacité sur ces sortes d’actes vitaux, qu’ils sont, en quelques sorte, les seuls sur lesquels il puisse exercer sa puissance, et cela avec plus de certitude et d’une manière plus directe que sur tout ce qui regarde la constitution intime des organes.

§XLV. Le médecin physiologiste doit tellement s’appliquer à discerner sagement ces faits et ces rapports, qu’il ne doit jamais oublier que toute autre considération est étrangère à son véritable but, qu’elle ne lui sert de rien, quelle l’éloigne même plus facilement de son objet et le met dans 1 incertitude sur ce qu’il doit et même sur ce qu’il peut réellement faire à l’égard de pareilles considérations ;

Tandis , au contraire , qu’une sage appréciation des circonstances mentionnées ci-dessus le conduit comme par la main à la connaissance fondamentale de la véritable constitution vitale et de ses besoins, ainsi qu’à une sage et régulière administration de l’économie vivante.

§ XLV1. C’est par ce seul moyen , c’est-à-dire parla parfaite connaissance de la constitution vitale et non par l’application de son esprit à une autre étude, que le médecin parviendra à la véritable méthode qu’il faut employer pour soulager l’économie corporelle. Cette connaissance , en effet, lui dévoile l’admirable synergie qu’il y a dans les actes médicateurs; synergie que les praticiens ont quelquefois

1 On le voit maintenant d’une manière claire , Stahl , homme d’expérience et de pratique, écrivant pour des médecins, explique ici sa pensée, et nous dit avec Sydenham et Hippocrate : La vraie science du médecin consiste à bien observer , à saisir et à bien comprendre la nature en acte , afin de pouvoir 1 arrêter, 1 aider , la calmer ou la surexciter, mais jamais la contrario ■

indiquée sans l’avoir, jamais convenablement définie 1 . Elle ne saurait être autre chose dans le corps vivant, en tant que vivant, que le concours des actes vitaux de ce corps ; concours que le médecin ne doit jamais perdre de vue ; attendu que , spontanément et sans l’ intervention de l’art, cette synergie résiste si facilement à l’influence des causes morbides , qu’elle peut les dissiper et les vaincre.

§ XLVII. Or, comme cette synergie des mouvements vitaux se manifeste et agit d’une manière continue et incessante , il est absolument impossible que le médecin n’en constate pas la présence et ne sache point l’apprécier dignement ; qui plus est , il doit laisser la nature dans son entière liberté d’action, afin que ses opérations ne soient en rien témérairement dérangées ou troublées. Il est donc utile que l’homme de l’art connaisse la puissance de cette synergie, afin qu’il puisse , dans les moments douteux et critiques , porter secours à la nature et en seconder les efforts salutaires. Nous voulons dire que le médecin doit diriger et porter tous ses soins à préparer de son mieux un heureux succès à X activité domestique, en agissant de concert avec elle , de telle manière qu’il ne doit pas s’attendre , de la part de la nature , à une coopération directe aux moyens médicateurs fournis par l’art et qui constituent ses seules et propres ressources ; mais il doit reconnaître plutôt que la nature elle-même, c’est-à-dire X activité vitale, est déjà en œuvre et a commencé son travail curateur, dans le but

1 Cette doctrine de la synergie des actes est la même que celle des Anciens et de tous les Hippocratistes; c’est celle qu’a toujours enseignée l’École de Montpellier et même celle de Paris jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Mais comment la bien comprendre avec les théories nouvelles sur les esprits , les forces vitales multiples , les propriétés , les facultés organiques , etc. ? L’unité des actes vitaux ne peut être bien enseignée et bien comprise que par l’admission de l’unité du principe moteur et intelligent.

512 OEUVRES DE -STAHL

de le terminer , autant que possible , sans le secours du médecin 1 .

Le vrai ministre de la nature doit donc se borner seulement aux choses accessoires et subsidiaires; i\ doit observer d’abord ce qu’il peut et doit faire , et porter ensuite un prompt et efficace secours au travail de la nature : c’est ainsi qu’il pourra coopérer avec elle.

§ XLVIII. En réalité , le premier soin et le principal office de la nature est de s’intéresser tout d’abord à la santé du corps , attendu qu’il est de toute convenance et justice non-seulement quelle veille avant tout à sa propre sûreté, mais encore qu’elle se livre activement à ce soin , qu’elle procède à cet acte sans balancer et qu’elle s’occupe des intérêts du corps , en résistant énergiquement aux causes morbides , avant même que le médecin intervienne. En outre , elle est et demeure tout entière à son travail et poursuit avec succès ce qu’elle a entrepris ; si bien que , même sans aucune espèce de secours étranger de l’art médical , la nature parvient seule à triompher complètement et de la cause morbide et de ses résultats prochains, tant par la convenance de sa propre méthode , que par la puissance de son énergie.

§ XLIX. Il importe donc infiniment au médecin de bien connaître cette admirable énergie de la nature , et de savoir surtout que c’est plutôt à lui de venir en aide à la nature , en coopérant avec elle , qu’il n’appartient à celle-ci de lui aider à lui-même : ce qui veut dire que le médecin doit savoir

1 C est là un point des plus saillants de la doctrine Hippocratique , promulguée par Galien , reprise par Stahl et si bien continuée par Barthez, M. Lordat et tous les vitalistes vrais. Le médecin, dit Sydenham, n’est que le ministre de la nature , et le plus habile est celui qui sait le mieux comprendre ce qu’elle fait et dans quel but elle le fait.

se prêter à suivre les mouvements et les modes d’action de la nature, plutôt que vouloir agir librement, sans égard pour les dispositions et la marche de cette force active et vigilante.

Quelque bon et convenable que puisse être tout ce que le médecin a résolu par lui-même de faire et d’administrer selon son bon plaisir à l’égard des mouvements corporels , il lui est absolument indispensable de reconnaître que toute l’action , en tant que telle , ne peut être accomplie que par la nature elle-même , c’est-à-dire qu’il n’y a que ce principe d’activité qui , dans le corps humain , soit le premier et le seul à mettre tout en action et en mouvement, et qui, disons -nous, puisse accomplir les actes suscités par le médecin.

§ L. En terminant ce traité de physiologie, il nous reste encore à renouveler ici cette importante recommandation , savoir : de ne point oublier que la principale attention du médecin doit être de bien connaître et de parfaitement comprendre non -seulement les mouvements en général , mais encore et surtout la méthode qu’emploie ordinairement la nature lorsqu’elle pourvoit elle -même à sa propre sûreté sans le secours de l’art médical , et lorsqu’elle poursuit même sa marche avec et malgré le concours des moyens fournis par l’art lui-même.

Par conséquent , il est absolument indispensable que le médecin agisse de façon à ne point contrarier le travail de la nature , et qu’il lui porte secours d’une manière directe , en aplanissant les voies , afin qu’elle arrive plus facilement à son but salutaire.

Ce n’est donc qu’en suivant cette solide et infaillible théorie naturelle , que le médecin peut être sûr d’avoir obtenu le véritable et unique avantage qu’on doit retirer

OEUVRES DE STAHL

d’une vraie physiologie médicale : cette science ne saurait reposer , en effet , sur des bases et des principes autres que ceux qui ont été enseignés dans le cours de cet ouvrage » .

1 Je dirai, en terminant ici mes notes sur ce Traité de physiologie , que en dehors des progrès que la science a faits au point de vue expérimental et physique, il n’est aucun livre plus propre à guider le médecin (maître ou élève) dans le chemin si ardu de l’art médical. Ici, rien n’est stérile ni décourageant; on se sent, malgré soi, entraîné à l’étude sérieuse et approfondie des faits. L’enseignement y est relevé, et toujours digne du l’esprit supérieur qui l’a inauguré à une époque où la science, en lutte avec les utopies et l’erreur d’un siècle, hélas! trop célèbre, tendait à rentrer dans une voie honteuse pour l’humanité.

Stahl a été l’inaugurateur de la nouvelle ère scientifique qui s’est ouverte devant nous et qui est sur le point de s’accomplir. Que les intelligences d’élite ne fassent point défaut à son généreux appel , et la médecine aura bientôt atteint ce degré de gloire et d’honneur, qui doit la placer à son vrai rang, au premier rang de toutes les sciences humaines!...

REFLEXIONS ET COMMENTAIRE

Page 1