VII. Dü MÉCANISME INSTRUMENTAL DE LA CONSERVATION VITALE DE
la crase par la vie végétative. — Ce mécanisme est confié à trois grandes fonctions motrices : la circulation, les excrétions et sécrétions , la nutrition.
Art. 1er. De la circulation de la masse humorale sanguine. — Il faut étudier relativement à cette masse humorale : 1° la crâse et la structure , 2° les lieux qu’elle parcourt , 3® les mouvements et les agents moteurs', 4<> le but final de la circulation.
1° Masse humorale sanguine. — À. L’analyse physique nous montre que cette masse est formée par l’union des globules sanguins (sang proprement dit), de la lymphe nourricière (plasma), du sérum ( portion aquoso -séreuse saline , partie principalement excrémentitielle).
B. L’analyse chimique nous découvre les éléments atomiques gras, les atomes fibrino-allumineux plastiques, l’élément aquoso-
RÉFLEXIONS
séreux , formant par leur agrégation la crâse constitutive de cette masse. A quoi servent ces divers atomes? La question est difficile* on peut dire cependant que la matière fibrino-allumineuse est surtout nutritive; que le sérum aquoso-salin contribue à la fluidité, à la flexibilité par l’eau et à la consistance par les sels ; que l’élément graisso- sulfureux a aussi sa part dans la fluidité, la flexibilité des liquides et des solides; qu’il joue de plus ici, comme partout, un rôle important dans la calorification. Le sang n’a point , en tous lieux, une composition parfaitement identique : le sang veineux, surtout dans les viscères et principalement dans ceux de l’abdomen , contient moins de lymphe plastique.
2° La masse humorale pénètre partout ; elle est logée dans les vaisseaux et dans le tissu parenchymateux , poreux , intermédiaire (tissu muqueux de Bordeu , tissu cellulaire d’aujourd’hui), qui forme la base des organes. On a supposé que les artères et les veines formaient un système continu , qu’elles constituaient même par leurs replis les glandes, et que celles-ci n’étaient que de petits canaux vasculaires. Ces données anatomiques ne nous paraissent point légitimées par l’observation. Nous croyons que le système vasculaire artériel est fermé , que ses capillaires s’étalent sur un tissu poreux , spongieux, indépendant, placé en dehors des artères et de leurs capillaires : c’est là que transsudent , à travers les pores artériels , la lymphe nourricière et le sérum, qui passent de là, par transsudation, dans les capillaires veineux sécréteurs et excréteurs1. Le tissu parenchymateux ne contient pas le sang proprement dit ; il ne renferme que les portions lymphatiques et aquoso-séreuses de la masse humorale.
1 Dans ce qui précède, Stahl soulève ou résout plusieurs questions dont on a senti de nos jours toute l’importance. Quels sont les usages spéciaux du plasma, des globules, de leurs diverses parties, de leurs différents éléments? Le plasma est la portion nutritive; dans les élaborations sécrétoire et nutritive, il passe à travers les pores vasculaires. Le sang est-il homogène partout? Legallois a fait, à ce sujet, un long mémoire. On sait aujourd’hui que le sang n’est pas homogène dans toutes les veines, conformément aux idées de Stahl. Ainsi, dans les veines sus -hépatiques, ce liquide contient du sucre (Claude Bernard). Stahl n’admet pas la continuité des artères et des veines, que des recherches anatomiques ont établie. Cette rectification ne détruit pas l’importance du tissu intermédiaire spongieux qui joue un grand rôle dans l’école Stahlienne.
ET COMMENTAIRE
3° Le sang circule dans les vaisseaux sanguins sous l’influence de l’impulsion cardiaque et des vaisseaux. Le cœur est actif dans la systole seulement , sa diastole est passive ; il agit par impulsion et non par aspiration. Les artères sont actives aussi, mais seulement dans la systole : il n’y a pas dans le cœur et dans les vaisseaux un esprit naturel ou vital moteur , mais une force motrice propre dirigée par la force motive de l’agent vital animateur. Aux forces motrices précédentes il faut joindre la force vitale tonique , qui est partout.
4° La circulation sert à porter en tous lieux la masse humorale sanguine, afin de la distribuer convenablement. Il y a, en outre, dans cette masse , pendant qu’elle circule , un travail plastique et moteur interne qui maintient la température , la fluidité , la crâse de ce liquide. Tous ces mouvements ont, en effet, une grande influence sur la chaleur ; l’acte respiratoire mérite surtout, pour cet objet , uile sérieuse attention.
On a cru généralement jusqu’ici que la respiration rafraîchit le sang; nous croyons, au contraire, qu’elle l’échauffe. Les anciens admettaient dans le sang un calorique inné > une flamme vitale qui avait son foyer principal dans le cœur et s’y entretenait par l’aspiration d’un éther calorifique : les poumons devenaient alors des soufflets , des ventilateurs qui tempéraient cette flamme. Nous avons attaqué depuis long-temps cette théorie de la flamme vitale cardiaque, et montré que. la chaleur vitale s’entretenait dans tous les points par le mouvement : on sait , en effet , que l’exercice accroît la chaleur; que celle-ci , môme pendant le repos, devient plus grande quand le mouvement circulatoire s’active ( dans la fièvre , par exemple). Le mouvement respiratoire, la vaste circulation pulmonaire deviennent ainsi de grandes causes de calorification.
Depuis nos travaux , plusieurs auteurs ont admis , comme nous , que la respiration est une fonction éminemment calorifique ; seulement , à notre explication mécanique , ils ont substitué une théorie physique. Pour eux , l’air absorbé par les poumons y dépose son éther calorifique et provoque l’exhalation de vapeurs fuligineuses dépuratoires : bien que nous admettions l’introduction d’une certaine quantité d’air dans les poumons par suite de l’acte respiratoire , et que l’exhalation vaporeuse pulmonaire soit un fait remarquable,
564 RÉFLEXIONS
nous nous en tenons encore à notre théorie mécanique de la calorification respiratoire 1 .
Le travail plastique intime qui marche de concert avec le mouvement circulatoire pour maintenir la crâse et la fluidité de la masse sanguine , se combine avec les sécrétions , les excrétions , la nutrition.
5° La circulation et l’état du sang exercent une grande influence sur toutes les fonctions végétatives, sensitives, intellectuelles; cellesci ont, à leur tour, une action très-marquée sur le sang et ses mouvements. Les passions, la pensée et ses divers modes impriment leur cachet spécial aux battements du cœur , au rhythme du pouls ; la circulation et les conditions particulières du sang réagissent aussi sur l’exercice des facultés intellectuelles et morales , ainsi que nous allons le voir à propos des tempéraments.
Art. 2. Des tempéraments. — Dans les débris des traditions antique? , nous trouvons beaucoup de fragments mutilés ou défigurés prouvant que chez les auteurs les plus anciens il y avait un certain ensemble d’observations et de doctrines relatives à la physique médicale , qui embrassaient des idées supérieures , par leur évidence et leur utilité , à celles que leurs successeurs leur ont attribuées ou ont acceptées franchement. Tels sont ces deux principes : « 1° Les tempéraments physiques dépendent de la crâse et de la texture des fluides et des solides; 2° les habitudes de l’âme sont liées aux tempéraments. »
On a altéré ces deux aperçus , au lieu de les perfectionner, en admettant simplement des tempéraments froids ou chauds , secs ou humides , d’après le mélange des éléments et des qualités élémentaires; en parlant sans métaphore , d’esprit chaud, ardent, froid, torpide , lâche , humide , mou , sec , dur, lourd , ferme , etc., se réglant sur leurs tempéraments corporels analogues ; en établissant des tempéraments fondés sur la prédominance de tels ou tels organes, etc. Au milieu de bien des choses fausses et stériles , il y a pourtant là des
1 Stahl établit que la respiration sert à produire de la chaleur; il n’en découvre pas la théorie chimique. Mais nous pourrions montrer comment les premiers germes de la chimie pneumatique sont nés de ses discussions à ce sujet. On voit qu’il est déjà question ici de l’absorption de l’air, de l’exhalation vaporeuse des poumons, de la déposition dans le sang d’un principe éthéré calorifique extrait de l’air absorbé , etc.
ET COMMENTAIRE
germes d’une doctrine solide , dont nous allons indiquer les bases en quelques mots 1 .
lo Les tempéraments dépendent de la prédominance, dans les solides et les fluides, de tels ou tels éléments atomiques, graisso-sulfureux, fibrino-plastiques , séroso-salins , qui forment la base du corps vivant et de la texture correspondante de la masse humorale sanguine et des divers tissus. Ainsi , quand l’élément graisso-sulfureux domine , le sang est plus bilieux , les vaisseaux plus denses , le tissu spongieux plus serré ; alors le tempérament est bilieux ( chaud et sec des anciens) : ici le sang est bien coulant , mais inflammable; il circulerait difficilement , au milieu de solides trop résistants, s’il n’y avait un dynamisme vital énergique. Dans les atrabilaires , les sels sont trop abondants, les tissus encore plus denses; le sang est noir, épais et facilement stagnant : c’est le tempérament (ou l’intempérie) froid et sec. Les lymphatiques (ou plutôt les sujets à tempérament séreux) ont trop de principes séreux; leur sang est aqueux, leurs tissus lâches , imbibés d’humidité ; leur dynamisme vital peu actif : c’est le tempérament froid et humide. Enfin, l’on rencontre chez les sanguins un plus grand équilibre dans les divers éléments ; l’élément fibrino-plastique est un peu surabondant : c’est le tempérament chaud et humide.
Cette doctrine de Stahl, convenablement retouchée, serait féconde en utiles applications physiologiques, pathologiques, thérapeutiques. Ainsi , les bilieux ne seraient point caractérisés par la prédominance primitive de la sécrétion biliaire; celle-ci ne s’établit que consécutivement pour épurer un sang trop bilieux. Dans le Stahlianisme , tous les tempéraments sont classés d’après un mode général, uniforme, la crâse atomique de l’organisme, qui entraîne celle de la masse humorale sanguine , aussi bien que la texture de tous les tissus , de tous les organes, etc.. Les tempéraments réels sont le plus souvent une association des tempéraments cardinaux; mais le tempérament sanguin , le plus naturel à l’espèce humaine , est ordinairement la base de cette association.
1 On voit apparaître ici la double doctrine des tempéraments liés aux qualités élémentaires et des tempéraments organiques (vasculaires, nerveux, musculaires, hépatiques), etc. On comprend aussi d’après quels principes il faut les modifier. Ce serait une doctrine à remanier dans son entier.
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2° Les habitudes morales et intellectuelles sont liées aux tempéraments , c’est-à-dire aux rapports qui existent entre les humeurs et les conduits , les méats des solides : tel est le fait dont Galien avait reconnu simplement l’existence , ce qui prouve dans ce médecin une grande sagacité. Stahl en précise la démonstration expérimentale, et voici l’explication qu’il en donne : La première faculté que l’âme met en jeu , est sa faculté vitale constructrice et plastique, parce qu’avant de sentir et de penser, elle doit organiser son corps, son instrument; la vie végétative (organique) précède la vie sensitive ( animale) et la vie humaine ( la pensée , la volonté) ; de plus , la force vitale et les actes végétatifs ne se suspendent jamais , tandis que les actes sensitifs, animaux et intellectuels, sont intermittents : dès-lors, on conçoit sans peine que le dynamisme vital de l’âme, par son action qui débute et ne s’interrompt pas , exerce sur le dynamisme sensitif et intellectuel une grande influence, et lui imprime des modes analogues aux siens. Ainsi, le dynamisme vital des lymphatiques, étant froid, mou, peu énergique, communique à la sensibilité et à la pensée une froideur, une mollesse, une apathie correspondantes; au contraire, chez les bilieux, le dynamisme et l’organisme vital étant ardents, actifs, énergiques, communiquent au dynamisme sensitif et intellectuel des tendances et des habitudes analogues. Nous n’avons pas la conscience directe , nette , de ces modes du dynamisme vital propres aux divers tempéraments , parce que nous n’en avons qu’une notion intuitive , un sentiment instinctif que nous ne pouvons nous représenter sous une forme sensible, et qui échappe à la mémoire. Néanmoins , le lymphatique a le sentiment vague de sa faiblesse , comme le bilieux de sa vigueur. On peut dire aussi que, réciproquement, les modes sensitif et intellectuel se réfléchissent sur les modes vitaux.
Cette doctrine remarquable de Stahl contient un utile élément de la science des rapports du physique et du moral : ceux qui ont cru y voir une opposition radicale avec l’animisme , et un sensualisme évident , n’en ont point assez pesé les termes : ils n’en ont bien saisi ni l’esprit général ni la portée véritable. Si le professeur de Halle n’est pas irréprochable dans son exposition , il a néanmoins bien senti les rapports qui unissent les actes de la vie végétative , animale , intellectuelle et morale , de manière à faire voir que les dynamismes
ET COMMENTAIRE
vital, animal et intellectuel, sont trois facultés qui se rattachent à une même substance incorporelle et spirituelle ; il a indiqué de même ici et développé ailleurs les applications de l’étude des tempéraments aux affections qui dépendent des lésions de l’agrégat matériel et des troubles (ataxie) des divers dynamismes.
Art. 3. J)e V énergie de la force vitale et des modifications que lui impriment les âges. — Stahl vient de nous montrer que la force vitale et la vie végétative varient avec les tempéraments physiques , avec la crâse , la texture , la disposition instrumentale de l’agrégat matériel, et que de^plus, les variations du dynamisme vital ont, dans les différents tempéraments, des rapports positifs avec celles des dynamismes sensitifs et intellectuels ; il va prouver maintenant qu’il en est de même relativement aux âges.
La durée de la vie , pour chaque espèce vivante , dépend moins de l’agrégat matériel que du dynamisme vital et des impulsions primitives ou successives données à cet agrégat par l’activité vitale de son dynamisme; sans cela, on ne concevrait point qu’un cheval ne vive en moyenne que vingt ans , tandis qu’une baleine vit , dit-on , pendant plusieurs siècles. De même , les variations bien déterminées apportées par les âges tiennent plus aux variations primordiales du dynamisme qu’à celles de l’agrégat et du milieu dans lequel il vit. Ces variations du dynamisme sont soumises à la loi primordiale de la septennalité, loi bien établie expérimentalement, et dont la cause rationnelle , encore mystérieuse , éclairerait bien des points de la médecine , si on pouvait la découvrir.
Pourquoi le fœtus est-il viable à sept mois? Pourquoi naît-il à neuf? Pourquoi la première enfance finit-elle à 7 ans? Pourquoi la puberté commence-t-elle à 14? Pourquoi la menstruation s’établitelle d’abord à 14 ans, se reproduit-elle chaque 28 jours (4 fois 7)? Pourquoi finit-elle à 49 ans avec la fécondité, etc. ? La mécanique , la physique, la chimie, l’anatomie, etc., sont insuffisantes pour expliquer complètement ces faits, qui sont plus dynamiques ( organiques) qu’inorganiques 1 .
La vie et le dynamisme sensitif, comme la vie et le dynamisme
1 Dumas a fait remarquer que le mot inorganique (supérieur à l’organisme physique) est mal choisi pour l’opposer à l’expression organique ( physique ) : il lui substitue l’épithète tiypérorganique.
RÉFLEXIONS
intellectuel , obéissent , ainsi que le dynamisme purement vital ou végétatif, à la même loi primordiale de la septennalité. Ici encore les théories organiques sont insuffisantes ; il faut y joindre les lois dynamiques. Pourquoi l’enfant a-t-il plus de mémoire, l’adolescent plus d’imagination, l’adulte plus de jugement, le vieillard plus de circonspection? Cela dépend, dira-t-on, de ce que l’adolescent ou l’adulte ont développé davantage, par l’exercice, le matériel de leurs organes cérébraux: ces explications sont trop superficielles. Développez beaucoup le cerveau d’un enfant par un exercice intellectuel prématuré, avant que le dynamisme intellectuel ait pris à l’époque marquée par la nature son développement normal, vous étoufferez ou vous dévierez cette intelligence ; vous aurez un arbre précoce qui portera des fruits prématurés, mais imparfaits, et n’en donnera jamais de bons au moment de la maturité. Ce qu’il importe de remarquer ici, c’est que le dynamisme vital et le dynamisme sensitif souffriront comme le dynamisme intellectuel, et que la vie, la crâse, la texture, l’instrumentation seront altérées, au point de vue sensitif et intellectuel, comme dans leur partie végétative ; vous aurez sensibilitas et mens morbosœ in corpore morboso. Pourquoi cela? Parce que l’âme humaine est un tout végétatif, sensitif, intellectuel, moral; que ce tout forme, avec la crâse, la texture, l’instrumentation, un second tout harmonique dont l’évolution est soumise à des lois primordiales synergiquement coordonnées. Certainement, le matériel joue un rôle important , mais le dynamisme est fait pour le dominer.
On voit aisément l’analogie qui existe entre cette doctrine et celle que M. Lordat a développée avec tant de supériorité dans son beau Traité de l’insénescence ou agérasie du sens intime 1 . Le dynamisme vital et l’agrégat matériel s’affaiblissent et s’usent avec l’âge , tandis que le dynamisme intellectuel ne vieillit pas : ce qui manque au vieillard , c’est la force et l’activité vitales , c’est l’organe physique ; artiste consommé , il est trahi par son instrument. Nous irons encore plus loin ; nous suivrons la tradition Mosaïque adoptée par Platon et par son école , la pensée de la haute scholastique ,
1 Les germes de cette pensée Hippocratique avaient été déjà largement commentés par Aristote et son école , et surtout par plusieurs médecins du moyen-âge et de la renaissance. ( Voir Arist. , I)e anima, avec les com-, mentaires d’Albert le Grand, de S. Thomas, des Coïmbrois, etc. )
ET COMMENTAIRE
celle des Stahliens théologiens, et nous dirons avec eux : * La partie immortelle de l’âme humaine , c’est-à-dire ses facultés intellectuelles et morales , tendent toujours à grandir pendant cette vie passagère, comme elles continuent à le faire dans un monde meilleur ; l’âme humaine est riche de nombreux trésors obscurs et cachés qui travaillent , suivant l’expression Thomiste , à passer sans cesse de la puissance à l’acte , des ténèbres à la lumière , de sorte que notre vie future ( inpatriâ , dans les cieux), où l’intelligence marchera de clartés en clartés, suit absolument, sous ce rapport, la même loi que notre vie terrestre , lorsque nous sommes assez sages pour ne point en dévier. Aussi l’homme qui , pendant le cours de son existence , ménage son organisme physique , son dynamisme vital et sensitif, et développe , par un exercice convenable, les facultés de son esprit et de son cœur, étonne encore, dans sa verte vieillesse, par la maturité , la vigueur, la fermeté des hautes qualités qui le distinguent. » La vraie physiologie médicale et psychologique des tempéraments et des âges est un vaste domaine où nous pourrions recueillir un grand nombre de vérités aussi neuves qu’importantes.
Art. 4. Des sécrétions et des excrétions en général. — Stahl blâme la théorie toute mécanique très-compliquée des iatromécaniciens ; il la réfute d’après les véritables lois de la physique et de la physiologie , et lui substitue une partie mécanique plus simple et plus rationnelle. Sa doctrine est fondée en grande partie sur ce principe : « Dans toute sécrétion , la portion la plus ténue , la plus liquide , d’une humeur , s’échappe à travers les pores des conduits qui la renferment, et la portion la plus consistante continue sa route dans ses conduits. »
Prenons pour exemple la sécrétion de la sérosité. Le sérum est la portion la plus liquide du sang; à mesure que la masse sanguine chemine dans les capillaires artériels , elle se débarrasse d’une certaine quantité de sérum qui transsude à travers les pores de ces vaisseaux, et pousse sa marche vers les capillaires veineux, où elle arrive d’autant plus consistante , qu’elle s’est dépouillée davantage de sa sérosité : voilà pourquoi tous les tissus sont imprégnés de ce fluide aqueux , qui est plus abondant et plus ténu dans les organes les plus lâches et les plus poreux ; voilà aussi pourquoi le sang veineux
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tend à s’épaissir par les sécrétions. Sans l’absorption veineuse , cet épaississement serait considérable.
Voici maintenant le mécanisme de cette transsudation.
Le sang pénètre par ondées dans les capillaires artériels , sous l’impulsion intermittente de la systole cardiaque et artérielle ; à mesure qu’une ondée s’écoule , l’ondée suivante qui la remplace la heurte et la pousse : de là résulte un choc qui presse une ondée sur la suivante et sur les parois vasculaires , et oblige la sérosité moins consistante à sortir par les pores de ces canaux. Cet élément mécanique des sécrétions est désigné , dans quelques doctrines allemandes, sous le nom de tension vasculaire* .
Les sécrétions sont donc , dans ce mode physique , une filtration des parties ténues de la masse sanguine , opérée par un choc à travers les pores des capillaires : la consistance de la matière sécrétée dépend de la force du choc et de la grandeur des pores.
A l’appui de sa théorie, Stahl fait intervenir les remarques suivantes. 1° Tous les liquides sécrétés sont , au moment de la sécrétion , plus ténus que le sang ; on peut voir , en effet , qu’aucun d’eux ne contient des globules sanguins. 2<> Les liquides sécrétés les plus abondants sont les plus ténus ( liquides séreux , aqueux). 3° Leur abondance et leur ténuité augmentent à mesure que l’on introduit dans l’économie une plus grande quantité d’eau , que l’on fait plus d’exercice , que la circulation est plus active ( on urine et l’on transpire beaucoup quand on fait de longues courses après avoir bu largement des boissons aqueuses; alors aussi les urines et la sueur sont peu consistantes). 4° Partout où les pores se resserrent par un spasme , une irritation compressive , la sécrétion diminue. 5° Les liquides les plus ténus (urine, transpiration cutanée, etc.) sont sécrétés par des tissus denses et fibreux ( les reins , le derme , etc., etc.).
On objectera sans doute que certaines sécrétions (la bile, le sperme, le lait, etc.) sont fort épaisses ; mais ceci vient confirmer la théorie. Ces liquides, en effet, ne deviennent denses qu’en parcourant les canaux qui les renferment : ainsi, le lait, le sperme etc., sont peu consistants au moment de leur sécrétion , c’est-à-dire avant
Voir Phys, de Müller.
ET COMMENTAIRE. g71
leur pénétration dans les conduits galactophores, spermatiques, etc. ; ils acquièrent plus de densité à mesure qu’ils y cheminent , qu’ils y circulent, parce qu’ils se dépouillent ainsi de leurs portions ténues, toujours au moyen de la transsudation. Aussi leur excrétion est rapide, cette transsudation est moindre, et la sécrétion plus fluide dans les flux diabétiques, séminaux, diarrhéiques, etc. Plusieurs sécrétions (biliaire , lactée , spermatique, etc. ) üé présentent une consistance prononcée que dans les réservoirs où elles séjournent et où la transsudation se continue.
Telle est la partie mécanique de la sécrétion et de l’excrétion ; mais il y a aussi la partie dynamique et vitale. C’est l’agent vital qui dirige l’élargissement ou le resserrement des pores et des conduits, le degré d’impulsion des liquides, afin d’accommoder partout le mécanisme sécréteur aux besoins de l’organisme. Pour se mettre en harmonie avec les exigences variées de l’âge , du sexe , du tempérament, etc., le principe vital augmente les. sécrétions séreuses, biliaires, salivaires, etc., il en modifie aussi les qualités. Ainsi, chez les lymphatiques (tempérament séreux) , la spoliation séreuse est plus considérable ; chez les bilieux , la sécrétion des matières graisso-sulfureuses est plus abondante; aux périodes menstruelles, et chez les pléthoriques sanguins, c’est du sang qui est excrété, malgré la consistance de ce fluide ( ceci est une excrétion et non une simple sécrétion ordinaire). De même , pendant les périodes successives de la digestion , on voit augmenter tour-à-tour les sécrétions salivaires , pancréatiques , biliaires, etc. Tout cela ne se fait point aveuglément, mécaniquement , mais avec sagesse , avec régularité , avec une intention, une tendance prévoyante , dirigée vers un but d’ensemble : nous ne sommes plus dans le domaine d’une nécessité fatale et rigide, mais dans celui d’une contingence élastique ; nous sortons du monde inorganique et du mécanisme, pour entrer dans un organisme vivant , réglé par un agent spécial, l’agent vital, dont la présence active et pleine de sollicitude marque tout de son cachet supérieur : il meut tout par des mouvements spéciaux, vitaux, parmi lesquels la tonicité se place en première ligne.
La théorie que nous donne ici Stahl est-elle irréprochable et complète? Non certainement; mais elle est, d’une manière générale, bien supérieure à celle de ses contemporains , qu’il a soumise à un
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remarquable examen critique; elle contient de précieux éléments qu’on n’a pas encore suffisamment mis à profit. Ce que l’on doit surtout regretter , c’est qu’il n’ait pas accordé à la partie chimique , dynamique, psychologique, toute l’attention qu’il pouvait lui donner : mais l’auteur n’a pas dit son dernier mot sur les sécrétions et les excrétions dans sa Physiologie ; il a examiné sous d’autres aspects les questions qui s’y rattachent , dans divers écrits dont les principales idées seront mises successivement sous les yeux de nos lecteurs. Cette remarque s’applique à la physiologie tout entière; mais n’anticipons point, puisque nous suivons pas à pas le médecin allemand, et que nous ne voulons le devancer qu’avec une sage mesure, même dans les progrès que nous voulons accomplir avec lui. Plaçons néanmoins ici quelques remarques sur les sécrétions et les excrétions en général.
En forçant plus ou moins les analogies , quelques auteurs ont ramené tous les actes végétatifs et même ensuite toutes les fonctions, sans en excepter celles qui sont du domaine intellectuel , à de simples sécrétions ; l’économie entière a été ainsi transformée successivement en une série d’organes glanduleux. C’est ce qu’avaient fait quelques prédécesseurs ou des contemporains de Stahl , sortis de l’école de Van-Helmont. Pour eux, la nutrition était une sécrétion de sucs nutritifs ; les organes nerveux , centraux ou périphériques , sécrétaient les esprits naturels , vitaux , sensitifs , intellectuels , et l’on arrivait ainsi à un matérialisme pneumatique complet, qui s’est reproduit plus tard sous une autre forme et en changeant seulement les mots , quand on a dit que le système nerveux sécrétait la sensibilité, la motilité, etc., et qu’enfin le cerveau sécrétait la pensée. Cabanis n’a donc pas eu le mérite entier de cette singulière invention. Ses imitateurs mêmes lui ont reproché la fameuse phrase que nous indiquons , parce que , exprimant nettement leur pensée commune , elle met à nu tous les vices et tous les dangers de cette doctrine.
Quand on examine sérieusement les sécrétions , on y découvre les éléments suivants : 1° une absorption; 2° une élaboration; 3° un mouvement de progression, etc. Dans les excrétions, il y a aussi: \ 0 des exhalations , c est-à-dire des absorptions en sens inverse ( de dedans en dehors); 2° des élaborations; 3° des mouvements progressifs, etc.
ET COMMENTAIRE
Tous ces actes élémentaires dans lesquels on trouve des opérations physiques, chimiques, etc., soit ordinaires et connues , soit transcendantes et mystérieuses encore pour notre science appelée à tant de découvertes ultérieures , sont dirigées , suivant les besoins et le but par le loyhç de la force vitale , c’est-à-dire par sa sagesse ou science intuitive sans conscience, sans souvenir, innée, pour parler le langage Mosaïque d’Hippocrate , de Platon , de Stahl , de toutes les Écoles monothéistes sorties de l’Égypte et de la Judée : ce sont les lois positives de ce loyb; que le vitalisme cherche à déterminer d’après les règles d’une méthodologie et d’une logique expérimentale et rationnelle légitimes. Les vitalistes croient que l’abeille , dans la confection de son miel et de ses cellules , que le pavot , en fabriquant l’opium , que le foie , en sécrétant de la bile , du sucre , etc. , déploient beaucoup de science , de sagesse , etc. , en mettant en œuvre les trésors du loyoç qui est dans l’organisme vivant; mais ce lojbç est raisonnable et non raisonnant; il n’agit pas moins d’après des lois qui se trouvent dans tout acte sage mis en rapport avec sa fin. Dans nos actes les plus sublimes , nous rencontrons un élément qui se rattache au \oybç : l’inspiration des grands poètes , celle qui produit des traits sublimes de dévouement et de vertu , n’appartiennent pas simplement au domaine du raisonnement froid et calculé.
Dans les absorptions , les élaborations , les mouvements progressifs sécrétoires , la faculté vitale fait usage de toutes sortes de forces mécaniques (transsudation, imbibition , endosmose et exosmose, etc.), physiques (électricité, etc.), chimiques (réactions diverses, etc.); mais elle les varie , les combine, les dirige , etc. , suivant des sensations, des idées intuitives, instinctives, ^obscures, ou même sans conscience ; d’après des intentions , de simples tendances vers un but marqué d’avance par le suprême ordonnateur, etc. Telle est la pensée-mère, législatrice , qui domine le Vitalisme , l’Hippocratisme, le Stahlianisme , et qui se retrouve dans toutes les nuances des grandes Écoles allemandes modernes , où l’on reconnaît le cachet plus ou moins modifié , plus ou moins combiné des disciples de Stahl et de Leibnitz * .
1 Voy. l’article Sécrétion { Absonderung ) du Dict. de physiol. de Wagner (en allemand) et la Physiologie allemande de Valentin.
RÉFLEXIONS
L’élaboration plastique et sécrétoire ne produit que des fluides plus ou moins organisés , et ne dépasse point la formation de la cellule : cette dernière , variable dans sa composition , ne se trouve même que dans certains liquides , ainsi qu’on peut le voir dans le chyle , la lymphe , le sang , le lait , le sperme ; en général le liquide sécrété est d’autant plus élaboré , que les conduits qu’il parcourt sont plus longs ou plus étroits , que le contact avec les solides vivants est plus prolongé. L’élaboration plastique nutritive produit des liquides destinés à se solidifier en s’organisant davantage , elle donne naissance non-seulement à des cellules , mais aussi à des fibres qui s’unissent , s’associent et finissent par constituer des organes , des appareils, etc.
Le chyle est sécrété au moyen des aliments qui lui servent de matériaux ; toutes les autres sécrétions ( sécrétoires et nutritives ) se font avec le plasma du sang' (car les globules ne servent point à cet usage). On ne s’est pas assez occupé des sécrétions gazeuses; il reste aussi beaucoup à faire sur le développement des impondérables ( calorique , électricité , lumière à laquelle se rattache la phosphorescence) , sur la sécrétion des venins , la production des virus , etc. La division des sécrétions en excrémentitielles , récrémentitielles, excrémento-récrémentitielles ou mixtes , a besoin d’être retouchée. Les sécrétions excrémentitielles ne sont pas seulement dépuratives, elles ont aussi d’autres usages; plusieurs contiennent des ferments, des agents catalytiques : tel est le suc gastrique. Certains organes renferment des appareils sécréteurs de divers genres. Les sécrétions s’opèrent par divers modes : tantôt le liquide sécrété s’échappe directement à travers la membrane sécrétante , tantôt il se porte à l’extérieur après la rupture des cellules , parfois il parcourt des canaux excréteurs; dans d’autres cas, il s’accumule dans des réservoirs munis à leur tour de conduits d’excrétion. Quand il y a des canaux excréteurs , on trouve des muqueuses qui les tapissent , tandis que çelles-ci manquent dans les membranes et les cellules purement séreuses, etc.
Art. 5. De la lymphe. — La lymphe est la partie fondamentale du sang; c’est elle qui, jointe au chyle, le rajeunit et le répare : sa sécrétion est confiée aux glandes et aux vaisseaux lymphatiques. Ce que nous devons surtout remarquer, c’est : i» la ténuité des
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parois ; 2° l’augmentation du calibre des vaisseaux , en remontant des surfaces aux parties profondes; 3° les valvules, comme dans les veines; 4° la longueur des vaisseaux repliés cent fois sur euxmêmes; 5° leur accollement avec les artères qui les fait participer à l’impulsion circulatoire , etc. Le but de ces dispositions organiques (instrumentales) est facile à déterminer : la lymphe récrémentitielle est mêlée à beaucoup de sérosité excrémentitielle qui en altère la pureté; elle s’en débarrasse pendant sa longue circulation, par l’expulsion transsudatrice de cette sérosité ténue à travers les minces parois des lymphatiques .-Les secousses artérielles, viscérales, les mouvements toniques, etc., favorisent cette transsudation, et la lymphe pénètre ainsi dans les veines, plus épaisse, plus épurée, plus récrémentitielle.
Art. 6. Des sécrétions séreuses. — Les liquides séreux purs sont excrémentitiels; leur sécrétion, très-abondante, s’effectue dans des points et par des organes très-variés , dont chacun fournit une sérosité différente par sa consistance et sa composition. Il y a dans le sérum quatre éléments principaux, variant par leurs qualités et leur proportion dans les diverses sérosités ; ce sont : une aquosité ténue , des parties aqueuses salines plus consistantes , des viscosités plus épaisses , des portions bilieuses c’est-à-dire sulfuro-graisseuses. Les principales sérosités sont : l’urine , les exhalations cutanées, pulmonaires, gastro-intestinales, etc. Leur ténuité est en rapport avec celle des parties sécrétantes : ainsi, l’exhalation pulmonaire est plus ténue que celle de la peau. Il faut aussi tenir compte de la disposition des vaisseaux , du trajet parcouru dans les conduits excréteurs, du séjour dans des réservoirs*, etc. : ces dernières circonstances contribuent à l’épaississement du liquide sécrété , qui est moins consistant quand la sécrétion et l’excrétion sont rapides. Les excrétions séreuses sont bien souvent, sous forme de vapeurs, plus ou moins chargées de principes volatils odorants 1 .
1 De ce qui précède , il est facile de conclure que la sérosité des séreuses n’est point de la sérosité pure , mais un liquide séro-lymphatique récrémento-excrémentitiel ; on peut en dire autant de la sérosité du tissu cellulaire. Dans l’albuminurie , il y a un mélange de sérosité urinaire et de lymphe albumineuse nourricière dont la perte épuise l’organisme ; il en est de même dans les hydropisies albumineuses. Grimaud a parlé de l’albuminurie avant Bright. Les séreuses sont de véritables glandes à une seule tunique , sans
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Art. 7. Du mucus. — Le mucus est un fluide excrémentiticl sécrété par la peau et les muqueuses qui exhalent aussi de la sérosité. Cet excrément sert à lubrifier les parties sur lesquelles il se répand , à y rendre les glissements plus faciles , à les prémunir contre les effets d’un contact trop intime des substances dures, irritantes: ainsi, chez les enfants, il garantit les intestins de l’action trop excitante de la bile , qui y séjourne jusqu’au moment de l’expulsion du méconium, excrément formé par l’union de la bile et du mucus. La surabondance du mucus, ses altérations physiques, chimiques, vitales , etc., par le durcissement , les fermentations , etc., amènent de fâcheux accidents.
Art. 8. Sécrétion de la bile 1 . — Ce liquide n’est point , comme on l’a soutenu , l’extrait immédiat de la portion la plus subtile , la plus utile , la plus pure , des aliments ; il n’est pas non plus , dans sa totalité , une substance essentiellement balsamique : c’est üne sécrétion excrémento-récrémentitielle dont une partie seulement doit rentrer dans l’organisme , tandis que l’autre, chargée de matériaux usés et nuisibles , est irrévocablement expulsée. Voici ce qu’on peut dire ou ce qu’on a dit sur ses usages : 1° Willis a soutenu que la bile précipite et sépare le chyle contenu dans la masse alimentaire; dans tous les cas, elle partagerait cette fonction avec le suc pancréa-
canal excréteur : les follicules et les glandes en tube sont des glandes séreuses à double tunique fibro-séreuse ; les reins sont des glandes séreuses plus compliquées; la peau et les muqueuses, considérées dans leurs fonctions d’exhalation , se rattachent aussi aux organes sécréteurs séreux ; la peau renferme, en outre, des glandes séreuses (sudorifiques). Certains liquides séreux (le suc gastrique, par exemple) ont des usages spéciaux.
1 Des travaux récents d’une haute importance, parmi lesquels nous placerons en première ligne ceux de M. Claude Bernard , ont imprimé à la physiologie de remarquables progrès relativement aux actes de la vie végétative : on peut en faire d’utiles applications. Le foie sécrète la bile, du sucre, etc. La première fonction, confiée aux glandes et aux conduits biliaires, débarrasse l’organisme et le sang de l’excédant du principe nommé graisso-sulfureux par Stahl ; la seconde fonction est peut-être réservée au tissu hépatique intersli ciel ; les veines sus-hépatiques servent de canal excréteur à ce produit. Le sang artériel n’est pas le seul qui apporte au foie les matières de sa sécrétion , le sang de la veine-porte remplit le même office. Nous pourrions citer divers faits zoologiques analogues relatifs à plusieurs autres sécrétions, dont les matériaux sont fournis par le sang veineux : cest à celui-ci que se rattachent surtout les sécrétions graisseuses, comme nous le prouverons ailleurs.
tique auquel elle se mêle. 2“ L’on a prétendu que la bile est un baume qui , résorbé avec le chyle , se mêle à la masse humorale et la préserve d’un épaississement muqueux ou d’une fermentation évaporatrice qui les priverait de leurs éléments nutritifs les plus puissants et les plus utiles ( vapidam corruptelam J, et deviendrait ainsi la cause d’une diathèse séreuse et hydropique ; mais cette doctrine soulève bien des difficultés. Quelle est cette portion balsamique dans la bile , car ce liquide n’a point ce caractère dans tous ses éléments ? Quelle est sa composition? Par quel mécanisme s’opère cette action préservatrice ? etc. 3° Ce que l’on peut affirmer positivement , c’est : a. que la bile donne de la couleur aux excréments; b. que les acides portés par la bouche dans le tube digestif activent la sécrétion biliaire, la rendent plus âcre , plus excitante, et donnent aux excréments une teinte verte plus prononcée ; c. que la bile excite les sécrétions et les mouvements des intestins et facilite l’excrétion des matières stercorales.
Art. 9. Des matières fécales. — Celles-ci se dépouillent de plus en plus dans leur trajet des éléments nutritifs et des sérosités qu’elles contiennent; elles subissent aussi d’autres modifications qui en changent l’odeur , et auxquelles la bile , avec ses éléments sulfureux , nous semble prendre une part évidente , sans qu’on ait besoin de supposer un ferment stercoral particulier. Chaque espèce animale a des matières fécales caractéristiques dont le cachet ne dépend pas simplement de la nature des aliments. Les diarrhées sont dues assez souvent à une augmentation du mouvement intestinal qui paraît se lier , dans plus d’un cas , à une augmentation de la sensibilité : cette hyperesthésie n’est pas toujours avec conscience , car toutes ces diarrhées ne s’accompagnent pas de douleur.
Art. 10. Du sperme. — La sécrétion de la liqueur séminale s’accompagne chez l’homme , à la puberté , d’un changement notable dans la voix et les organes thoraciques : c’est alors aussi que le système pileux apparaît à la face et dans d’autres régions de la peau; la femme subit aussi des modifications analogues ; seulement, l’élément pileux se porte spécialement à la chevelure. C’est alors aussi que la texture du corps devient de plus en plus dense chez l’homme ; que les muscles se montrent plus forts , plus charnus , imprégnés de sucs plus visqueux ; tandis que les chairs de la femme restent plus
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lâches , plus humides. Il y a aussi une odeur spéciale plus marquée chez les mâles , dans les animaux , comme on le voit dans le bouc le taureau. Les mâles châtrés tiennent le milieu entre les deux sexes : aussi la chair du taureau , du bélier, du coq , etc., répugne par sa densité, son odeur, sa saveur âcre, tandis qu’on estime peu celle de la vache , de la brebis, etc., fade et se desséchant par la cuisson. La chair du bœuf et du mouton est bien supérieure. Les castrats conservent un timbre vocal féminin , de la rondeur dans les formes; la barbe leur manque; leurs cheveux sont longs et soyeux; ils sont peu exposés à la calvitie.
Ces remarques de Stahl pourraient donner lieu à des applications physiologiques et médicales d’un grand intérêt , en montrant les changements généraux et spéciaux introduits par une seule sécrétion.
Notons ici les pensées et les songes érotiques provoqués par l’accumulation du sperme dans ses réservoirs, ainsi que l’influence des idées et des lectures lascives sur la sécrétion et l’excrétion séminales : cela prouve l’influence réciproque de la vie végétative , de la vie sensitive, de l’imagination , des passions , des actes intellectuels et moraux 1 .
On n’a émis que des hypothèses insoutenables sur l’essence du sperme. Stahl réfute l’opinion des anciens d’après laquelle on affirmait que le sperme , provenant de tous les organes , en contenait tous les rudiments ; il attaque de même le système de l’évolution défendu par Leuvenœck, Malpighi, etc. Pour le premier, les spermatozoïdes étaient de petits hommes qui n’avaient qu’à grandir ; pour le second, l’homme en miniature était renfermé dans les ovules, de sorte que l’ovaire de la première femme contenait tout le genre humain à l’état microscopique : Stahl se déclare donc pour la théorie de l’épigénèse. Ce qui lui paraît probable , c’est que l’activité plastique formatrice, en tant qu’inhérente à l’agrégat matériel, est communiquée par le sperme.
1 Dans la sécrétion spermatique , il faut distinguer deux périodes et deux actes divers : 1» la sécrétion proprement dite , c’est-à-dire la séparation des éléments spermato -poiétiques qui proviennent du sang et passent dans les conduits séminaux; 2° l’évolution, l’élaboration du sperme qui acquiert ses propriétés et ses principes spéciaux, ses globules, ses spermatozoïdes , sa spermatine, etc. La même remarque s’applique, avec des modifications convenables , aux autres sécrétions.
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Art. 41. Sécrétion du lait. — La sécrétion laetée n’est vraiment une sécrétion que chez les sujets du sexe féminin , et n’existe qu’aux époques où ils doivent accomplir l’allaitement : le but à remplir est évident et se coordonne avec lui. Le lait , comme le sperme , peut se résorber et devenir un véritable aliment pour celui qui le sécrète , parce que le lait est un liquide récrémentitiel analogue au chyle : c’est un aliment tout préparé , fort disposé , comme la lymphe , à se transformer rapidement en sang. Le lait qui provient d’une nourriture végétale est, comme le chyle puisé à la même source, plus acescent , plus fermentescible , plus abondant et moins animalisé que celui qui est donné par des aliments végétaux. Le lait, comme le chyle, la lymphe, le sang, contient des éléments gras , des éléments fibrineux plastiques, des acides, des sels. Quand les femmes sentent le trait, l’ascension du lait, elles éprouvent dans le trajet des artères mammaires et de leurs divisions les plus déliées une douleur tensive ; la mamelle se durcit et s’érige : c’est le résultat du mouvement tonique qui augmente l’action des vaisseaux afférents et des conduits galactophores élaborateurs. De douces frictions suffisent pour diminuer le ton des conduits excréteurs, et le lait coule en abondance ; or, tout cela se fait par des excitations mécaniques , physiques , vitales , psychiques , qui manient , travaillent , modifient ces mouvements toniques, l’un des grands instruments des actes vitaux. La sécrétion du lait n’a pas pour objet principal de transporter sur un autre organe l’activité vitale et les matériaux excédants qui existent encore dans l’utérus après la parturition ; les anciens ont commis une erreur sur ce point, car les lochies, etc., peuvent accomplir en grande partie cette œuvre importante : la sécrétion lactée est une œuvre de prévoyance et de providence divine instituée pour le nourrisson plus encore que pour la mère qui l’a porté.
Art. 42. Sécrétion salivaire. — Les modernes seuls ont commencé à comprendre l’importance des sécrétions salivaires ; mais ce sujet n’est encore qu’ébauché. Nous disons les sécrétions salivaires, car on doit ranger dans cette classe non-seulement celles qui proviennent des parotides et des glandes sus et sous - maxillaires , mais encore celles que fournissent les glandes buccales, pharyngiennes, etc., et le pancréas : chacune d’elles présente une certaine diversité dans ses qualités , et doit offrir des différences correspon-
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dantes dans ses usages. Les sucs salivaires excitent dans les aliments la fermentation à laquelle ils sont disposés , et la rendent plus active : ce travail , préparé par la digestion buccale , pharyngienne, etc., se poursuit encore dans l’estomac, où les éléments nutritifs sont déjà dissous en partie et absorbés par les chylifères. Les portions qui ne sont pas suffisamment élaborées rencontrent dans le duodénum un nouveau liquide salivaire ; le suc pancréatique, plus récent, plus pur, plus actif, qui s’unit à la bile, complète la dissolution des aliments, ainsi que la séparation du chyle. Cette élaboration se continue encore plus ou moins loin dans. l’intestin *. La sécrétion et l’excrétion de la salive ne sauraient être expliquées par des actes ou des lois purement mécaniques : les agents physiques , comme les impressions psychiques , excitent les opérations vitales qui les produisent : c’est ainsi que des mets succulents, des assaisonnements de haut goût, les nausées, certains médicaments provoquent et augmentent la sécrétion de la salive , accélèrent son émission , qui a lieu par jets plus ou moins prononcés , etc.
Art. 13. Sécrétion de la graisse. — L’étude des substances adipeuses et de leur sécrétion est curieuse , importante et encore assez peu avancée. Quels sont les lieux, les agents, le mécanisme de leur sécrétion et de leur distribution?
4° Organes et lieux de la sécrétion graisseuse. — Ce n’est point
1 L’action digestive de la salive et des autres sécrétions buccales peutelle suffire dans certains cas et dans certaines limites , en se substituant à toutes les autres? Ceux qui soutiennent cette doctrine s’appuient sur des faits analogues au suivant :
Chez un malade atteint d’un rétrécissement considérable du cardiaque avec un resserrement excessif de tout l’estomac , on pouvait s’assurer que le pharynx et l’œsophage, largement dilatés, étaient devenus un vaste réceptacle où s’accomplissait une digestion ressemblant beaucoup à celle de l’estomac : les matières rendues de temps en temps par le vomissement, ou retirées de cette poche après sept ou huit heures d’élaboration, offraient les principaux caractères des aliments soumis à la digestion stomacale.
Des faits de ce genre bien étudiés , accompagnés d’examens physiques, chimiques, etc., etc., et d’expériences physiologiques soigneusement instituées, pourraient fournir de précieux documents. On croit généralement aujourd’hui que la salive et le suc gastrique sont destinés , la première, à la digestion des féculents , le second, à celle des principes azotés; tandis que le fluide pancréatique émulsionne les substances grasses, transforme les féculents , etc.
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aux petits sacs épiploïques seuls que cette sécrétion est confiée, car il est des animaux qui n’ont pas de véritable épiploon , bien que l’on observe chez eux un engraissement considérable et rapide : tels sont les oiseaux. Ainsi, l’alouette, après s’être largement rassasiée dans la journée, engraisse prodigieusement dans une seule nuit, à mesure qu’elle digère peridant le sommeil; l’ortolan , bien nourri, se surcharge tellement de graisse , qu’il périt bientôt par cette pléthore graisseuse. Le porc est également susceptible d’un engraissement prodigieux.
2° Usages de la graisse. — Les sécrétions adipeuses ont une utilité réelle ; elles s’interposent partout , donnent aux organes plus de mollesse, de souplesse, de flexibilité, de tendreté; le sang y puise son élément sulfureux (combustible) ; enfin, c’est un aliment que la nature met en réserve comme une provision dont elle fait usage dans les moments où la nourriture et l’assimilation deviennent insuffisantes. L’on devrait porter une attention particulière sur la substance adipeuse des os contenue dans les aréoles de la membrane médullaire qui tapisse leur canal central et les vacuoles de leur tissu spongieux [et même du tissu compact (canalicules de Clopton Havers et Howship ) ] : elle a des rapports intimes avec le sang qui arrose abondamment cette membrane, surtout chez les jeunes sujets 1 .
1 Tout,ce qui se rattache à la sécrétion graisseuse normale ou pathologique présente un grand intérêt : il serait utile de réunir les travaux nombreux publiés à ce sujet , de les compléter, et d’établir les lois assez simples qui régissent cette fonction. Pour cela , il faut mettre à profit : 1 0 les résultats obtenus par ceux qui pratiquent plus ou moins empiriquement et sur une grande échelle l’engraissement de certains animaux (oies, canards, porcs, etc.); 2° ceux que donne la méthode anglaise de l’entraînement pour produire chez l’homme un amaigrissement rapide ; 3° les cas d’engraissement et d’amaigrissement survenant sans que nous les recherchions ou malgré nos efforts pour les empêcher; 4° les hypertrophies graisseuses de certains organes tenant à une diminution et à un vice de leur nutrition (ramollissement gras des muscles, des os, des viscères, etc.). On verrait alors la lutte de l’organisme contre un état anormal qui lui est imposé , lutte où il déploie les forces régulières de son dynamisme vital qui triomphe parfois de tous les obstacles. Ainsi, j’ai vu à Strasbourg, dans mes études spéciales sur l’engraissement des oies, plusieurs sujets absolument réfractaires; d’autres, déjà très-gras, très-malades, dont le foie était énorme et le sang réduit à n’être que de la graisse unie à quelques globules et à un peu de fibrine, étaient pris de dévoiements graisseux abondants et incoërcibles ,
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3° Mécanisme de la sécrétion. — La transsudation directe , l’im bibition en est un grand élément. On sait , en effet, que les substances grasses fluidifiées , divisées , émulsionnées dans un véhicule aqueux, transsudent aisément à travers les pores des membranes qu’elles imbibent. Du reste , aucune théorie mécanique , physique , chimique, etc., ne peut expliquer complètement tout ce qui concerne la sécrétion , l’organisation , la conservation , la distribution régulière, les quantités, les dispositions, les qualités variées des productions adipeuses dans telles régions déterminées, dans tels âges, tels sexes, tels tempéraments, telles espèces vivantes, telles circonstances. Il faut nécessairement remonter jusqu’à l’agent vital directeur et à ses lois, jusqu’au but final qui doit être obtenu.
4° Les sujets d’un tempérament sec , dont les vaisseaux sont plus amples et le sang moins séreux , sécrètent moins de graisse ; mais , en revanche , leur peau est plus huileuse, plus luisante, plus brune : cela peut répandre quelque lumière sur les questions relatives à la couleur de la peau. Celle-ci tient moins au climat qu’aux races ; car les nègres qui ne se croisent pas continuent à avoir une postérité noire dans les pays froids , de même que la race blanche conserve sa couleur dans les pays chauds. Les Éthiopiens sont , en naissant , d’une couleur rouge foncée , qui devient de plus en plus sombre , et enfin tout-à-fait noire , sous l’influence de l’air, du soleil , etc., à mesure que la sécrétion pigmentaire se montre plus abondante. C’est à la même cause qu’il faut rapporter la couleur plus ou moins foncée des yeux et des cheveux : on ne doit point oublier l’action manifeste des agents extérieurs , tels que l’air, la lumière , la température , etc. 4.
VIII. Du sexe. — Nous avons fait remarquer avec .Stahl les rap-
jusqu’au moment où ces crises salutaires les ramenaient à l’état normal : ils n’étaient plus alors, de long-temps du moins, susceptibles d’engraissement. Ces faits, que j’ai étudiés dans tous leurs détails, sont bien connus des engraisseurs(voy. à ce sujet les travaux de MM. Persoz, Boussingault, etc.). L’étude des sécrétions graisseuses et de leurs usages se lie à un grand nombre de questions de haute physiologie; Stahl, dans divers écrits, en a posé plusieurs des plus importantes. Nous publierons bientôt l’ensemble de nos recherches sur cet objet.
1 Voy., à propos des sécrétions et des excrétions, Bordeu : Recherches anatomiques sur les glandes et leurs usages , et l’analyse médicinale du sang.
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ports qui unissent la crâse et la texture corporelle de la femme avec ses facultés vitales , sensitives , psychiques , et le but , la fin pour laquelle Dieu l’a créée : nous ajouterons que Stahl, ici, est trop resté dans le domaine physique ; la femme n’est pas seulement destinée à concevoir, à porter, à mettre au monde , à allaiter des enfants ; elle est appelée à remplir dans la famille et la société des fonctions plus délicates , plus importantes , plus élevées qui doivent être jointes aux précédentes et les dominer. C’est dans l’examen de ces fonctions que l’on doit chercher les données fondamentales qui peuvent permettre d’expliquer dans son entier sa constitution physique et morale : c’est ce que l’on a trop oublié. L’amour, qui joue un si grand rôle dans la vie de la femme , n’est pas simplement l’amour sexuel ou maternel ; il n’est point physique par-dessus tout, comme on l’a souvent répété : la femme aime avec son âme plus qu’avec son corps et ses sens, et son amour, large et compréhensif, s’élève sans effort, malgré les déviations que diverses civilisations lui ont imprimées jusque dans les régions les plus pures, pour se reposer dans le sentiment de la charité , transfiguration divine et chrétienne de ce lien puissant , mais insuffisant encore , que l’on nomme humanité . La femme présente un développement considérable des deux grands éléments de la vitalité : le sang et le système nerveux sensitif et affectif. Stahl a insisté sur le premier fait, sans le poursuivre dans ses nombreux et féconds développements ; il s’est moins arrêté au second. Il ne savait pas, et l’on ne sait pas encore assez aujourd’hui, que le -système nerveux sensitif et affectif dans ses parties centrales (cervelet, cordons postérieurs de la moelle) , et dans ses parties périphériques (nerfs sensitifs), est plus volumineux que chez l’homme, dans lequel domine le système nerveux moteur. A ces différences quantitatives s’en joignent d’autres qualitatives correspondantes , et les facultés vitales , sensitives , intellectuelles , morales, sont en harmonie avec ces dispositions instrumentales, etc. De cet exposé succinct , sous forme d’ébauche , découle une foule de considérations qui ont échappé à Stahl et à ses successeurs , de sorte que la physiologie de la femme a besoin d’être remaniée en entier '. Stahl a laissé, pour son époque, d’excellentes études sur
1 Ce travail formera un long article dans notre Dictionnaire de physiologie .
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la menstruation , sur son mécanisme et son utilité ; sur le concours synergique de tout l’organisme , et surtout des forces toniques qui poussent le sang vers l’utérus ; sur l’activité que déploie la force vitale pour accomplir ce qu’il nomme ses intentions finales; sur l’accord de cette force avec les dynamismes sensitif, intellectuel et moral, etc.
IX. De l’excrétion du sang pur. — Cette excrétion est une fonction normale chez la femme par la menstruation; elle peut, par d’autres voies, devenir une fonction anormale mais hygide dans les deux sexes ; ellejsert alors , comme le flux menstruel, à prévenir les dangers de la pléthore. Celle-ci estjjcommune , en voici les motifs: 1» jusqu’à 25 ans, au moins, l’homme prend de l’accroissement; son alimentation doit être assez abondante pour être plus que réparatrice; 2° après cet âge, l’alimentation dépasse les besoins par suite de l’habitude contractée , par une prévoyance de la nature , pour satisfaire le plaisir que l’on trouve à se livrer à une alimentation succulente, etc. L’adulte et souvent le vieillard mangent au-delà de leurs besoins; ils ne consomment point par la nutrition, les sécrétions, les excrétions, l’exercice corporel, etc., l’excès de sang qu’ils produisent : de là résulte la pléthore , qui est une altération quantitative du sang , unie souvent à une modification qualitative. La pléthore détermine des troubles dans la circulation et une série de viciations qualitatives dans la masse sanguine : les hémorrhagies naturelles s’établissent alors , et deviennent, sous de certaines conditions, des fonctions anormales hygides. Chez les adultes et les vieillards , ces excrétions du fluide sanguin s’effectuent , en général , comme le flux menstruel , par les vaisseaux du bassin * .
X. Des choses non naturelles. — Art. 1er. Considérations générales. — Les anciens ont compris la nécessité de bien savoir ce que sont les choses non naturelles, les choses naturelles, les actes naturels, les actes vitaux ; mais , tout en convenant qu’ils ont laissé là-dessus des aperçus ingénieux , nous devons constater aussi que tantôt ils n’ont pas assez distingué , tantôt ils ont trop séparé. Stahl essaie d’être plus précis et plus clair. Il fait néanmoins observer que
1 Voy. la thèse de M. Gausserand.
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ees objets se touchent et se mêlent si profondément , qu’on ne saurait les isoler dans la réalité. Les choses naturelles sont celles qui appartiennent d’une manière absolue à l’essence matérielle et dynamique des corps vivants. Avec elles , l’être vivant a la vie en puissance, ainsi que toutes les fonctions vitales ; les choses non naturelles se rattachent bien plus au milieu dans lequel il vit : sans elles , les fonctions vitales et la vie ne peuvent passer en acte , ou du moins durer un certain temps. Ainsi, une graine fécondée est vivante par l’existence en elle de ses éléments vitaux naturels constitutifs ; mais elle ne peut se conserver et germer sans le concours de l’air, de l’eau , etc., c’est-à-dire des agents extérieurs non naturels ou différents de sa nature propre. Dans cette doctrine, suivant Stahl, l’évolution des âges dépend des choses non naturelles comme des naturelles ; la force vitale est un élément naturel , les fonctions vitales s’appuient sur les choses non naturelles autant et plus que sur la force vitale primitive que ces agents modifient si énergiquement. On admet généralement six choses non naturelles ; passons-les rapidement en revue.
Art. 2. De l’air. — Arrivés à la vie indépendante , les animaux à respiration pulmonaire ne peuvent vivre long-temps sans être plongés dans de l’air libre et non combiné. Ce fluide agit par l’acte respiratoire et par son contact avec le corps.
1° A propos de l’acte respiratoire , notons la texture éminemment vasculaire des poumons , du foie , de la rate ; .mais occupons-nous ici exclusivement des poumons. La respiration pulmonaire est une fonction qui produit de la chaleur, en donnant au sang et aux solides un mouvement rapide, et en introduisant darfs l’organisme du phlogistique emprunté à l’air. Dans l’inspiration, les capillaires artériels se dilatent énormément en même temps que les tuyaux bronchiques , et le sang s’y précipite en abondance sous l’action de cette succion érectile ; dans l’expiration , la masse sanguine est poussée violemment de ces capillaires comprimés vers les veines. L’énergie motrice déployée dans ces actes est extrêmement grande , et produit partout une chaleur considérable qui s’ajoute à celle qu’on doit attribuer à l’absorption du phlogistique : celle-ci réclame de nouvelles études. 2° L’air ambiant agit mécaniquement sur le corps; il modifie les forces sensitives, motrices , et , de plus, la crâse des T. III. 38
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liquides et des solides; l’air froid, chaud , sec, etc., affecte la sensibilité; il met aussi en jeu les mouvements toniques. Ainsi, le froid resserre les parties et porte les fluides à l’intérieur en provoquant des contractions toniques , tandis que le chaud détermine des effets opposés. Ceci ne peut s’expliquer mécaniquement par les variations barométriques de l’air ; cela tient à une action vitale. L’air humide , par exemple , relâche les tissus , et excite l’organisme vivant à provoquer des mouvements toniques constricteurs pour remédier à ce relâchement. Ceci donne la clef de beaucoup d’affections morbides préparées ou accomplies par l’air humide chaud ou froid , etc. 1 Dans cette excitation du mouvement tonique , venant de l’action propre du dynamisme vivant pour remédier aux mauvais effets d’une constitution atmosphérique nuisible, nous voyons un exemple des volontés tacites du principe vital directeur, poursuivant une intention, une tendance conservatrice.
Abt. 3. Des aliments et des boissons. — Les animaux se nourrissent continuellement de leur sang, d’abord pour réparer leur corps et l’accroître, plus tard pour réparer simplement leurs pertes. Les aliments et les boissons servent à nourrir le sang , et , par son intermédiaire , le corps tout entier ; ils doivent donc contenir les éléments du sang, c’est-à-dire 1° la substance adipo-fibrineuse qui en forme la base organique , 2° l’eau, les sels, etc., qui lui sont propres. Les animaux à sang froid qui vivent dans l’eau , les serpents surtout parmi les amphibies , supportent aisément la diète. Ce fait serait curieux à bien étudier ; il se rattache à cette remarque des anciens : l’appétit et l’activité digestive sont en rapport avec la force calorifique propre 2. La résistance au froid dépend aussi de l’état et des
1 Ici l’on trouve un élément important pour éclairer l'étude des affections catarrhales et rhumatismales. {Voy. Stahl, De rheumatismo. )
2 11 ne faut point oublier que les animaux à sang chaud, forcés d’entretenir leur température proprè par des actes spéciaux énergiques , sont de vastes foyers de combustion et d’autres actes intimes calorifiques : il faut donc que les aliments leur fournissent de la matière combustible et tout ce qui est nécessaire pour la calorification. Au milieu des circonstances qui exigent un grand développement des fonctions calorifiques, un dynamisme vital puissant a besoin de puiser dans une alimentation abondante, substantielle, adaptée à son objet, les matériaux nécessaires pour réaliser le but qui doit être atteint. Hippocrate et les Hippocratistes nous ont fourni , à cet égard , d’importants documents pratiques , dont les rapports avec nos théories les plus récentes ne sont pas difficiles à saisir.
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modes des forces sensitives, motrices, psychiques, ainsi que le prouve l’étude de l’aliénation mentale. Quel est le régime alimentaire qui convient le mieux à l’homme? Est-ce la diète végétale ou la diète animale ? Quelles sont les substances , appartenant à chacune de ces deux classes, que nous devons préférer? Il est certain d’abord que les végétaux , et même l’eau et le pain , pourraient nous suffire ; la diète végétale convient si bien à l’homme , que , dans une foule d’états morbides , il éprouve de la répugnance pour les substances animales ; néanmoins , les considérations anatomiques semblent faire pencher la balance du côté de ces dernières : en somme , les hommes sont naturellement omnivores et s’accommodent de régimes très-variés.
Art. 4. Du mouvement et du repos. — Le mouvement, ainsi que nous l’avons dit , est l’acte fondamental de la vie ; mais nous ne parlons point ici des mouvements involontaires ou demi -volontaires , nous nous occupons surtout de ceux qui sont réglés par la volonté. Entre les uns et les autres il y a bien des analogies : les premiers, comme les seconds , ont aussi des régulateurs. Un grand principe pour les mouvements volontaires , c’est qu’ils doivent être prolongés plutôt que violents , et poussés jusqu’à une légère fatigue ; il est bon de ne point passer brusquement d’un grand exercice à un repos complet , etc.
Art. 5. Du sommeil et de la veille. — Ces deux actes, comme l’exercice et le repos, sont placés justement parmi les choses non naturelles, parce qu’ils aident les forces naturelles. Le repos répare la locomotilité volontaire que l’exercice avait mise en jeu ; le sommeil répare la sensibilité correspondante et les forces intellectuelles. La vie végétative peut se déployer alors sans trouble et avec plus d’énergie. Le sommeil ne saurait être expliqué par des causes simplement mécaniques, telles que la compression, l’humectation du centre sensitif, l’obscurcissement des esprits par des émanations vaporeuses, etc. Il ne suffit point de tenir compte des modifications organiques ou instrumentales ; il faut remonter aussi jusqu’aux dynamismes et avoir égard aux facultés de l’âme , qui ne veut plus sentir et penser parce qu’elle éprouve de la satiété pour ces actes. Elle obéit alors par une volonté formelle ou tacite au besoin raisonné ou instinctif de reposer ses organes sensitifs et intellectuels , de mettre énergi-
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quement en jeu ses autres facultés, de donner plus de développement à d’autres fonctions, etc. Pendant le sommeil, la vie végétative pure, la vie nutritive s’accomplit avec plus de puissance et de régularité. On objectera peut-être que la circulation est moins rapide , le pouls plus lent, la respiration moins fréquente : mais ces fonctions ne sont point exclusivement végétatives; le système nerveux, intellectif, sensitif, locomoteur, n’a pas besoin de recevoir un sang aussi abondant et aussi stimulant ; les fluides et les forces viennent se concentrer vers les viscères nutritifs , et Hippocrate a posé ce principe : In somno labor visceribus. C’est pendant le sommeil que les organes ëlaborateurs et surtout les voies digestives travaillent le mieux. Le sommeil est troublé lorsque ce travail est pénible : la réciproque est également vraie. Le rêve est un demi-sommeil pendant lequel les sens éprouvent des sensations subjectives; alors la mémoire, l’imagination veillent aussi ; l’entendement , la volonté mettent en œuvre ces matériaux ; la vie sensitive et morale s’exercent ainsi suivant des modes spéciaux subordonnés à ces conditions particulières. Dans l’ivresse , les différents narcotismes , ces modes spéciaux varient ; voilà pourquoi l’ivresse par le vin , la bière , etc. , le narcotisme par l’opium, la belladone, le haschisch, etc., ont des modes distinctifs dont l’étude présente un très-grand intérêt. Il y a dans ces modes de curieux antagonismes : c’est ce que l’on voit , par exemple , pour l’opium et le vin. Nous ferons remarquer , en passant , que l’âme n’est jamais inactive dans toutes ses facultés à la fois , pas plus que l’organisme dans toutes ses parties : quand un ressort se relâche pour se reposer , l’autre se tend davantage pour mieux agir 1 .
Art. 6. Des excrétions. — Les excrétions sont des choses non naturelles, en ce sens qu’elles ne sont point nécessaires pour l’existence pure , mais pour sa durée. Il s’introduit dans les corps vivants
1 Des gradations analogues s’observent dans les divers êtres : les forces inorganiques (attraction, affinité, lumière, électricité, etc.) offrent leur plus grande puissance dans le règne inorganique ; là les éléments premiers sont plus nombreux et plus combinés. Dans le règne végétal et les animaux inférieurs, les forces élaboratrice, plastique, reproductive, ont plus d’énergie; les animaux supérieurs ont les sens plus actifs et plus fins, quoique moins délicats que l’homme (l’aigle a la vue perçante, le vautour, le porc, le chien ont des facultés olfactives prodigieuses , etc.); enfin, l’homme seul a un entendement, un sens moral et religieux qui lui marquent sa destination sur cette terre et lui présagent ses destinées futures.
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des substances inutiles ou nuisibles ; elles pénètrent seules ou unies à des matériaux utiles : il faut donc qu’elles en soient séparées , puis éliminées. La sécrétion opère la séparation, l’excrétion se charge du travail éliminateur.
Art. 7. Des passions de l’âme. — Tout n’est pas intellectuel, raisonné , tout ne se rapporte pas même à la sensation avec conscience , dans les passions de l’âme ; on y trouve aussi un élément matériel , organique , un autre dynamico-vital : il y a là un type dépendant de la crâse des solides et des liquides , de leur texture , de leur mécanisme instrumental , de leurs rapports avec la dynamité vitale; ce type, transmissible par hérédité, se réfléchit sur le dynamisme intellectuel et moral , et lui crée des habitudes, des mœurs, dont les effets modifient le type primitif que lui a imprimé le suprême Créateur. Par là , l’embryon , le jeune enfant sucent en quelque sorte les passions de leur mère et de leur nourrice avec le sang et le lait qu’elles leur donnent en aliment: c’est ainsi que divers éléments passionnels qui peuvent tourner en habitude , s’introduisent en nous par tous nos rapports avec le monde extérieur. Il ne faudrait pas en conclure que notre dynamisme intellectuel et moral , et notre âme spirituelle qui le possède , sont dans une dépendance absolue de ces éléments étrangers : elle peut les dominer par sa force proportionnelle ou acquise ; elle peut les modifier par un juste discernement dans leur usage , mais on ne doit point méconnaître leur influence. Il importe, au contraire, d’étudier les lois de leur action, pour les diriger. Les changements qui surviennent dans la crâse matérielle , la texture , la disposition des organes , le dynamisme vital, retentissent dans les facultés intellectuelles et morales, et réciproquement. Si l’instrumentation mnémonique, imaginative, etc., est puissante , si leur dynamisme vital est vigoureux , les actes de ces facultés seront énergiques ; si vous les soumettez à un exercice convenable , leur instrumentation et leur dynamisme vital acquerront un développement correspondant. Ce principe est fécond en applications utiles dans l’agronomie , la zoologie , l’anthropologie physique et morale , surtout quand on songe aux transmissions instrumentales dynamico-vitales et sensitives par la voie de l’hérédité 1 .
1 Voy. Hippocrate , Des airs , des eaux et des lieux ( texte , traduct. et comment.de Coray, 1800); - Galien, Quod animi mores tempérament a
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Art. 8. De l’habitude. — A propos des passions , Stahl dit quelques mots sur l’habitude, nous nous en occuperons avec lui dans la pathologie. ( Voy ., en attendant, la thèse de M. Gausserand. )
XI. De la nutrition. — «Jusqu’ici nous avons étudié, d’une part, la force vitale et ses actes considérés en eux-mêmes et d’une manière absolue; d’autre part, cette force et ces actes examinés sous un point de vue général *dans leurs rapports avec les circonstances extérieures qui assurent leur développement et leur durée , nous allons maintenant ajouter quelques considérations qui feront connaître plus spécialement l’enchaînement et quelques détails intimes des fonctions nutritives. Ges recherches appartenant surtout à la partie physique de la physiologie , nous insisterons particulièrement sur les questions qui se rapportent à la partie vitale, aux lois du dijnamisme vital , et nous montrerons que l’âme déploie ses forces directrices dans le gouvernement des fonctions nutritives , en poursuivant , à leur égard:, ses tendances , ses intentions , ses volontés spéciales. »
Dans la nutrition, nous distinguons la succession régulière des actes suivants : Y appétit directeur, Yinsalivation , la rétention des boissons et des aliments , leur élaboration , qui en fait des substances en rapport avec' la crâse de l’organisme, la séparation des éléments réparateurs , leur distribution, leur assimilation et leur apposition dans toutes les parties, enfin Y expulsion des résidus.
\o L’on s’est efforcé de séparer les appétits naturels, l’appétit vital nutritif, l’appétit sensitif. L’ appétit vital nutritif est un acte volontaire de l’âme vivante, qui dirige, d’après son arbitre, conformément à ses intentions, à ses tendances vers un but fixé , les divers actes nutritifs : de là les manifestations de cet appétit qui se poursuivent pendant les songes , qui subissent tant de variations , de formes diverses sous l’influence de l’imagination et des passions. Cette remarque s’applique à tous les appétits vitaux. La faim est plus pressante , plus vive- chez les enfants , les jeunes gens , les
sequuntur ; — Huarte, Examendes aptitudes pour les sciences, et le remarquable travail de Guardia sur ce sujet (1855). - Voy. aussi De Sèze , Sur la sensibilité , etc. Coray, De Sèze, Guardia sont des docteurs de notre École. Joignez à cela F. Bérard , art. Passions ( Rapports du physique et du moral ) ;
Lordat, sur le même sujet; — S. Thomas, Traité des vertus, des vices, e te., dans la Somme , etc.
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hommes livrés à de rudes travaux corporels. L’appétit est plus inconstant, plus délicat: il choisit et varie ses préférences suivant les pays, les états divers normaux et anormaux du corps et de l’esprit. Mais la faim comme l’appétit naissent dans l’âme , et en partent , indiquent ses idées, ses intentions, ses tendances, qui se formulent dans la volonté pour s’exécuter par des mouvements. Toutes les explications fondées sur des actes mécaniques , sur des dispositions anatomiques, des stimulations physiques, chimiques, etc., sont insuffisantes : on doit voir là principalement des excitants , des éléments accessoires qui mettent en jeu la faculté appétitive de l’âme, mais qui ne la constituent point. Avec une volonté forte, l’homme peut résister à leurs sollicitations les plus puissantes et mourir volontairement d’inanition. Cela s’applique aux divers appétits.
2° Élaboration digestive. Un fait saillant dans ce travail élaborateur, c’est la dissolution des substances alimentaires dans laquelle la fermentation a une part remarquable 1 .
Nous devons faire observer que cette fermentation est spéciale , souvent différente de celle qui est naturelle aux substances élémentaires, à tel point, qu’elle arrête leur fermentation putride. L’élaboration digestive donne aux mêmes aliments chez les diverses espèces (bœufs, moutons, chevaux, etc.), une crâse ( temperies ) analogue à celle du sujet qui digère cet aliment.
Quel est le ferment digestif? Quelles sont ses sources? Y a-t-il un suc gastrique spécial? Ce sont là des questions difficiles: nous croyons que les sucs salivaire, pancréatique, biliaire, suffisent à tout2.
Quels sont les vaisseaux qui absorbent le chyle réparateur extrait des aliments? Nous pensons que ce sont particulièrement les vaisseaux chylifères, sans exclure les autres lymphatiques.
1 11 n’y a pas seulement dissolution; on observe, de plus, une transformation : les féculents , les saccharins deviennent du glucose ; les substances protéimiques, de l’albuminose. Les aliments gras subissent sans doute des changements analogues après avoir été émulsionnés, etc.
2 11 est inutile de faire observer que , dans tout cela , nous exposons en général les opinions de Stahl , en les développant quelquefois ; nous les jugerons plus tard, en les appréciant d’une manière précise. On connaît bien mieux aujourd’hui le rôle spécial des diverses glandes salivaires , du suc gastrique, du liquide pancréatique, de la bile, etc. (Voy-, entre autres, les remarquables travaux de M. Claude Bernard.)
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Un point capital du travail assimilateur et désassimilateur qui se rencontre dans la nutrition , c’est la dissolution des éléments réparateurs et de ceux qui doivent être rejetés. De même que les éléments sont fluidifiés , dissociés avant d’être employés dans l’organisme , de même aussi les parties usées et vieillies de celui-ci sont liquéfiées et séparées: tout cela est de la physiologie physique. .Ce que nous devons étudier avec plus d’attention , ce sont les actes du dynamisme vital , et le soin avec lequel il règle tout , en s’accommodant à tous les besoins. La quantité, les qualités des fluides élaborateurs , la durée du séjour dans chaque compartiment digestif , l’activité de l’absorption, etc., tout se fait avec une mesure d’autant plus admirable, qu’elle se modifie avec une foule de circonstances en se mettant avec elles dans une parfaite harmonie. Il y a là des marques manifestes d’une élection, d’une estimation tacite , d’un entier accord caché dans les forces et les actes divers; on y trouve partout un caractère intuitif échappant à la conscience , mais que l’observation et l’analyse viennent mettre en évidence. Ceci est encore plus saillant dans l’apposition des molécules nouvelles , se disposant d’après ce plan primitif ou suivant les modifications qu’elles doivent naturellement subir.
XII. De la. génération. — Les hommes qui se sont occupés avec le plus grand soin de la génération , et qui ont donné dans cet acte la part principale au sperme , ont pensé qu’il devait y avoir dans celui-ci un esprit génital plastique créateur spécial , ou que l’esprit vital plastique général y recevait une modification spécifique à laquelle il devait sa puissance créatrice distinctive ; en outre , ils lu ont attribué la connaissance intuitive de son œuvre de création , et la force motrice nécessaire pour construire le nouvel être au moyen de la matière organique qui doit le former. Mais à quoi bon multiplier ces esprits vitaux, génitaux, etc., sans nécessité , lorsque la faculté vivifique de l’âme , douée de cette science intuitive , de cette force plastique directrice que nous avons reconnue, peut suffire pour accomplir toutes ces fonctions ?
Nous ferons valoir à l’appui de notre animisme un argument puissant : si 1 acte générateur plastique est étranger aux facultés de l’âme, pourquoi une affection morale vive , une passion violente , une impression qui frappe fortement l’imagination de la mère , altèrentelles si énergiquement l’acte formateur du fœtus , qui , tout en étant
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un être indépendant , se trouve aussi , sous quelques rapports , un membre de plus ajouté à l’organisme de la mère à laquelle il s’est incorporé?
La faculté plastique de l’âme maternelle est évidemment modifiée par l’impression que reçoit sa faculté intellective et morale , et une modification correspondante vient retentir sur le fœtus , en tant que formant une portion intégrante de son corps; car le fœtus peut, dans de certaines limites , être comparé à un bourgeon spécial détaché de la mère , revêtu d’une existence indépendante , mais greffé pour quelque temps sur celle qui l’a conçu ' .
Ici , la viciation de l’acte plastique formateur du fœtus , qui se continue du côté de la mère , est en dehors du type normal que suit la faculté plastique directrice de l’âme ; elle dépend de l’affection profonde produite par l’imagination , la crainte , le désir, etc. , dans ses facultés psychiques, qui se réfléchit sur ses forces vitales et en trouble les opérations. Quel est le mécanisme intime de cette communication de l’âme du fœtus et de celle de la mère? On ne peut pas le dire exactement, mais le fait est constaté par l’observation®.
XIII. De la sensation. — La sensation est un acte par lequel I® nous percevons les modifications de notre âme et celles de notre
1 De ces considérations on peut déduire le rôle important de la femme . pour la perfection physique et morale des races et de l’humanité. L’homme porte en lui-même, un instant seulement, un des éléments de son enfant; la femme élabore longuement celui qu’elle doit fournir; puis elle garde pendant neuf mois, comme faisant partie de son corps, l’embryon et le fœtus. Durant neuf mois, elle le nourrit de son sang; pendant un temps plus long encore, elle nourrit de son lait ce fœtus devenu un enfant. Dans ses premières années , elle le nourrit encore de ses enseignements et de ses exemples. Enfin, quand l’enfant est adolescent, adulte, vieillard, c’est la femme qui l’entoure sans cesse de ses soins et de son amour. C’est la femme qui fait la famille , et par suite la société , dont elle est la base , le ciment et le lien ; aussi lesjnations s’élèvent ou s’abaissent selon que la femme obtient ou perd le rang qu’elle doit occuper, le culte sage , juste , vrai , que l’homme doit lui accorder. Voilà ce que le Christianisme enseigne; voilà ce que la Médecine devrait enseigner à son tour.
2 La manière dont nous avons présenté le problème peut aider à le résoudre, en se renfermant dans des limites vraies, que Stahl a dépassées parce qu’il n’a point soumis les faits à une critique suffisante. Les lois d’évolution des malformations primitives dans l’espèce humaine offrent , par rapport à celles que l’on constate dans les autres êtres vivants, des modifications que nous pourrions expliquer.
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corps , soit que ces dernières surviennent spontanément , soit qu’elles s’établissent à la suite de provocations extérieures ; 2° nous apprécions ces modifications et nous éprouvons du plaisir ou de la peine , de la sympathie ou de l’antipathie , de l’amour ou de l’aversion : la faculté sur laquelle reposent ces perceptions et ces émotions se nomme sensibilité. Dans les actes de sensibilité vitale , les perceptions et les émotions sont obscures ; elles échappent plus ou moins à une analyse nette et bien arrêtée. Dans les actes d e sensibilité animale , ^intelligence, de sentimentalité morale, la perception et les émotions sont plus claires : on peut s’en rendre compte avec plus de précision. Par la sensibilité, la sentimentalité, accompagnées et suivies de tous les actes qui s’y rattachent, nous apprécions la convenance et la disconvenance du monde extérieur , des états de notre corps et de notre âme par rapport à nous-mêmes ; nous nous y abandonnons, nous les recherchons, ou bien nous tâchons de nous y soustraire, nous les évitons. La sensibilité suppose entre ces modifications et nous un rapport intime , un lien secret par lequel elles nous sont pénibles ou agréables. A la sensibilité se rattachent nos sensations et nos sentiments physiques , nos sentiments affectifs ( humanité , bienfaisance etc.) , nos sentiments intellectuels et moraux les plus élevés (amour du vrai, du beau, de l’Être infini source unitaire et inépuisable du bien, du vrai, du beau). Si nous poursuivons le vrai malgré les nuages qui l’enveloppent ; si nous admirons le beau malgré les voiles qui le couvrent ; si nous tâchons de réaliser le bien malgré les obstacles que nous rencontrons en cherchant à l’accomplir ; si nous nous élançons vers l’Être infini malgré la mystérieuse auréole qui l’environne de toutes parts , c’est que nous éprouvons pour ces œuvres un attrait irrésistible qui soutient et récompense nos efforts.
Il y a donc en nous une sensibilité physique , une sensibilité intellectuelle , une sensibilité morale ( car tout cela sont des modes de sentir ) , et cette sensibilité nous fait apprécier le monde extérieur et notre monde intérieur de telle ou telle manière , agréable ou pénible , selon des rapports primitifs établis par Dieu même mais qu’une foule de circonstances peuvent modifier. Quand ces rapports restent normaux et se perfectionnent dans ce sens , nous aimons , dans la sphère physique intellectuelle et morale , ce qui est vrai-
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ment beau, bon et vrai ; nos appétits , nos aspirations , notre volonté libre nous dirigent dans cette voie ; nous donnons au beau physique, intellectuel et moral, la part qui lui revient, subordonnant le premier au second, l’un et l’autre au sens moral. Quand ces rapports sont intervertis , nous dévions vers des voies d’autant plus funestes que la perversion elle-même est plus profonde. Envisagée à ce point de vue général, la sensibilité joue un grand rôle dans la vie physique, intellectuelle et morale ; Stahl l’a compris , mais il n’en a guère montré ici qu’un côté. C’est surtout à l’École de S. Thomas qu’il faut remonter pour trouver la doctrine dans son ensemble : le Thomisme, sous ce rapport, n’a pas été suffisamment étudié. Les médecins et les psychologistes ont, presque tous , sur la sensibilité , des idées inexactes ; elles manquent de largeur, de précision, de justesse. Stahl nous avertit, du reste, qu’il ne veut s’occuper ici que de la sensibilité considérée dans ses relations avec les objets externes et physiques : « De sensibus internis ullam prolixitatem subire placet d ; il nous annonce aussi que l’étude intime de la sensation , non pertinet ad physiologiam medicam , et qu’il en traitera minimâ ptolixitate, aussi brièvement que possible.
Il serait néanmoins assez facile de trouver dans ce chapitre si court les germes évidents d’une doctrine complète , dont plusieurs points fondamentaux sont énoncés souvent par quelques mots dont on n’aperçoit pas d’abord la portée ; mais ceci exigerait un long commentaire , qui se trouvera dans la suite de notre travail.
Stahl a cependant esquissé un cadre et posé d’utiles jalons , par exemple, dans les §§ IX et XVII; il a insisté sur un fait majeur : l’activité de l’âme dans la sensation.
L’âme a la faculté de tendre volontairement ses organes et ses facultés sensitives , de les actualiser par rapport à un but ; l’âme humaine a conscience de son action , de l’effort qu’elle lui coûte , et c’est ainsi qu’elle arrive à la connaissance nette et vraie de sa volonté, de sa personnalité , de sa liberté. Là-dessus repose la solution complète du problème psychologique le plus important et le plus difficile , sur lequel les hommes les plus éminents discutent encore aujourd’hui, et que l’on n’a qu’imparfaitement élucidé. Maine de Biran , marchant sur les traces [de Stahl et de Leibnitz , a bien vu qu’il fallait partir de l’effort actif et volontaire de l’âme ; mais il n’a
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point assez précisé le point de départ et le but , et il a frappé par côté. Il manque là plusieurs éléments majeurs que nous devrons développer. Maine de Biran a cru que l’homme arrive à la connaissance de sa personnalité par le sentiment de l’effort musculaire que dirige sa volonté ; mais ce sentiment est purement physique , et l’animal l’a comme nous». C’est dans l’effort intellectuel et moral, effort volontaire et indépendant , dans lequel l’homme exerce librement sa volonté , qu’il a le sentiment de sa personnalité libre et volontaire , et qu’il trouve le sentiment de son moi , des limites que lui impose son organisme matériel , une puissance supérieure , celle du Créateur, etc. Il arrive ensuite à une notion précise de sa personnalité par un travail très-compliqué qui lui permet de transformer ce sentiment en une connaissance scientifique. Il faut pour cela qu’il s’élève aux idées générales de cause et d’effet , de substance et d’accident, d’esprit, de matière, de vie, etc. Mais ce. sont là des questions de haute psychologie , très-obscures et très-difficiles quand on n’a pas le fil conducteur , très-claires et très-lumineuses dès qu’on a saisi le nœud de la difficulté. C’est surtout en abordant ces sujets que brillent S. Paul , S. Augustin , S. Thomas et leurs grands disciples.
Conclusion. — Nous avons dit précédemment que nous nous proposions d’examiner : 1 0 ce que Stahl a emprunté à ses prédécesseurs ; 2° ce qui lui appartient en propre ; 3° l’influence qu’il a exercée sur tous ses successeurs jusqu’à ce jour. Les documents que nous avons déjà fournis sur ces trois points importants , seront bientôt complétés. Nous nous bornerons , en ce moment , à faire observer que l’impression produite par les écrits de Stahl et de ses disciples , joints surtout à ceux des médecins de Montpellier , fut si grande , que le triomphe des doctrines Hippocratiques mises à la hauteur des travaux modernes fut définitif et universel dans le monde médical. Les grands chefs de l’iatromécanisme et de l’iatrochimisme , Hoffmann et Boërhaave , abandonnèrent furtivement leur
1 Voy. la thèse de M. Gausserand, où ce sujet n’a pu être qu’indiqué. — Voy. aussi F. Bérard, Rapports du physique et du moral. Le physiologiste de Montpellier est remonté plus haut que M. de Biran, et cependant sa théorie est encore incomplète, soit dans son ensemble, soit dans ses applications.
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système , pour se rallier à l’Hippocratisme Stahlien , ainsi qu’on l’a démontré dans notre École. Baglivi , solidiste plus ou moins mécanicien en physiologie , devint de plus en plus vitaliste , naturiste , Hippocratiste en pathologie , et déclara qu’il fallait , au lit du malade, abandonner toutes les théories physico-chimiques. Dès-lors , tous les médecins sérieux du X Y IIIe siècle arborèrent le drapeau du Vitalisme , et furent classés en Stahliens purs et Stahliens mitigés ou demi-Stahliens. On citerait difficilement quelques hommes remarquables dont les écrits soient restés et méritent d’être consultés , qui ne se placent pas eux-mêmes ou qui ne puissent pas être placés dans l’une de ces deux catégories. La plus nombreuse est celle des Stahliens mitigés , c’est-à-dire des Vitalistes qui modifièrent et perfectionnèrent le Vitalisme Stahlien en le ramenant à un Hippocratisme plus pur, plus expérimental, plus pratique , plus largement enrichi par les travaux de tous les siècles , et par les conséquences rigoureuses que l’on pouvait tirer du Stahlianisme même et que le chef de cette doctrine n’en avait pas fait sortir. Parmi les Stahliens purs ou mitigés les plus éminents , parmi les grands Vitalistes du XVIIIe siècle, nous pouvons citer : en Allemagne , en Suisse et dans les pays du Nord en général , Haller, Unzer, Gorter, Junker, Kaaw Boërhaave, Van-Swiéten , Stoll , De Haën, les deux Plater , Zimmermann... ; en Angleterre , les deux Hunter , Monro , Porterfield , Cullen , Pringle, Whytt, etc.; en Italie, Morgagni , Bianchi , Zinnani , Porta, Spallanzani, Fontana , etc.; en France, Fabre, Lecat, Du Hamel , Quesnay , la plupart des membres de l’Académie de chirurgie, Nenter et plusieurs médecins illustres de Strasbourg; enfin , l’École de Montpellier , qui se plaça au premier rang dans les voies du vitalisme moderne , comme elle l’avait fait dans celles du vitalisme antique , successivement perfectionné par les travaux des grands médecins de toutes les époques. On vit sortir de ses rangs un nombre considérable d’hommes supérieurs qui se répandirent de tous côtés en France et dans les pays étrangers , peuplèrent les universités et les académies , défendant , agrandissant, propageant la doctrine traditionnelle par la puissance de la parole, par le charme, la vigueur, la solidité de leurs écrits. Lapeyronie fonda l’Académie de chirurgie; Ferrein donna une impulsion nouvelle à l’Académie des sciences , au Collège royal , au Jardin des plantes de Paris , et
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à l’Université de Greiswald dont il fut quatre fois recteur; Bordeu, Astruc, etc., formèrent autour d’eux à Paris une école puissante qui fit reposer l’Hippocratisme sur des bases si solides que les plus grands efforts ne sont pas parvenus à les ébranler; Tissot dans la Suisse française, M. -A. Petit à Lyon , Bichat , Bayle, Laënnec, De Sèze , Lieutaud , Portai , Pinel , Maine de Biran ', et une foule d’autres médecins éminents , donnèrent , sur tous les points de la France , une forme nouvelle au Vitalisme , qui s’étendit et se perfectionna de jour en jour. Enfin, Sauvages, de Lamure, Venel, Barthez, Grimaud , Fouquet ,• Lafosse , Vigarous , etc., etc. , professeurs à Montpellier , y portèrent la doctrine traditionnelle au plus haut degré de splendeur.
Cette impulsion vigoureuse n’a point cessé de se faire sentir pendant la plus grande partie du XIXe siècle , surtout dans le Midi de la France , en Italie , en Espagne , en Angleterre , en Suisse , en Allemagne et dans tous les pays du Nord. Obscurci un instant, dans quelques écoles , par le génie aventureux des Organiciens, qui ont voulu créer une doctrine hybride où le physico-chimisme exagéré s’est uni à un vitalisme nominal mal analysé , l’Hippocratisme reprend aujourd’hui un nouvel essor, et ramène à lui avec une force croissante ses adversaires les plus éminents , en se servant des armes même avec lesquelles on a cherché à le combattre , et en tirant des conclusions légitimes des documents précieux que nous ont fournis les grandes recherches des physiciens, des chimistes , des vivisecteurs , des histologistes , de la zoologie , de la physiologie végétale , etc. L’Allemagne surtout et les pays du Nord sont restés profondément Stahliens ; les plus illustres professeurs de ces universités nombreuses auxquelles nous devons , en physiologie , des travaux si importants , portent tous l’empreinte du Professeur de Halle , dans les points même où ils semblent en être le plus éloignés. Il est facile de s’en convaincre, quand on connaît à fond le
1 Bichat, père de Xavier Bichat , fut, avec M. -A. Petit, le premier maître de l’illustre auteur de Y Anatomie générale. Laënnec l’oncle , élève de notre École , enseigna nos doctrines au professeur de Paris , dont le Traité de l’auscultation et les autres écrits portent partout l’empreinte de 1 Hippocratisme. Maine de Biran , père du philosophe , fut un médecin remarquable élevé dans nos doctrine*.
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Stahlianisme , en méditant les écrits de Meckel , Burdach , Müller , Carus ,«Heule , Schwann, Wagner, Lehmann , Gurlt , Frérichs, Valentin, etc. Citons un seul passage de Müller 1 : « Si Ernest Stahl avait connu les faits que nous signalons , il se serait attaché avec une force nouvelle à la doctrine par laquelle il soutient que l’âme , raisonnable elle-même , est le premier moteur de l’organisation; qu’elle est elle-même l’artisan suprême et unique de la puissance organisatrice ; que l’âme construit , développe , conserve et maintient son corps par des actes harmoniques , d’après des lois primitives qui résident dans sa propre activité ; que c’est elle qui guérit les maladies par sa force active organisatrice. Les contemporains , les disciples et les successeurs de ce grand homme n’ont pas compris sa doctrine dans son entier, quand ils ont cru que, dans la pensée Stahlienne , la faculté de l’âme qui crée les idées avec intention et conscience, est aussi celle qui donne l’impulsion à l’organisme simplement vivant..., . La force plastique organisatrice ne
saurait être regardée comme identique à la conscience , et ses créations, aveuglément soumises aux lois de la nécessité, ne peuvent être comparées à la formation libre des idées. Nos idées , dans cet ensemble qui constitue un tout organique unitaire , ne sont que des représentations , des images scientifiques dont nous avons conscience , tandis que la force organisatrice , la cause première de la vie organique dans l’être vivant , est une force créatrice- qui imprime à la matière des changements harmoniques 2. L’être organisateur, l’organisme , est constitué par l’association harmonique unitaire de la puissance organisatrice et de la matière organique ; elle est l’unité harmonique de ces deux facteurs. Peut-on assurer que ces deux facteurs aient jamais été séparés , que la force vitale créatrice , les principes proto - plastiques représentés par les idées typiques de Platon considérées comme des êtres indépendants , aient été primitivement unis à la matière ? C’est un problème que l’on ne peut
1 Nous traduisons directement le texte allemand, pour éviter les infidélités que Jourdan a laissé plusieurs fois échapper dans une traduction trop rapide.
2 La pensée que Müller émet dans ce passage se comprend , mais l’expression en est obscure : nous l’avons traduit textuellement pour ne pas l’altérer.
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résoudre scientifiquement1. » Müller dit ailleurs, dans son Parallèle de l’âme et de la force vitale : « S’il est permis de séparer A’âme de la force vitale, on peut remarquer, etc... » Ses idées, à ce sujet, sont vagues , flottantes , mal arrêtées ; sa psychologie est tronquée , défectueuse : c’est la partie la plus faible de ses travaux. Burdach, plus profond sous ce rapport , n’a jamais abordé ces sujets de front; il s’est contredit plusieurs fois, et semble avouer une compétence insuffisante pour des questions dont il proclame cependant toute l’importance. Nous sommes plus avancés en France, et nous pouvons donner aujourd’hui des solutions précises d’une haute valeur pour la morale et la civilisation.
1 Müller, Hanbuch der Physiologie, T. I, pag. 24. — Ici M. Jourdan n’a point compris le texte ; il n’a pas senti la force du mot gelrent ( séparé), et ne l’a point traduit : là réside tout le sens de ce passage. Müller fait allusion aux idées séparées de Platon , qui , pour le philosophe grec, sont des principes vitaux, pensants, etc. , des êtres animateurs. Les traducteurs de Platon , Aristote , Hippocrate , Galien , ont généralement mal compris leurs textes, au point de vue de leur doctrine philosophique et de leur théorie première qu’ils ont singulièrement altérées. C’est une œuvre à reprendre en entier.
ARGUMENT
DU TRAITÉ DE M. TISSOT SUR LA CORRÉLATION DYNAMIQUE ENTRE LE CORPS ET L’AME.
Le savant document <jue nous joignons à nos travaux, ainsi qu’aux importantes réflexions de M. le professeur Boyer, tendant à rendre plus complet le Traité de physiologie médicale de G.-E. Stahl, est dû à la généreuse coopération du savant professeur de philosophie de la Faculté des lettres de Dijon . Nous
sommes on ne peut plus flatté d’une collaboration aussi honorable, et nous avons tout lieu d’espérer qu’à sa voix bien des incrédules seront ébranlés , et que les travaux de ce philosophe serviront à élucider la question si intéressante du Vitalisme animique.
Le travail que M. le professeur J. Tissot livre aujourd’hui à la publicité , à la suite de la Physiologie de Stahl , a pour titre : Corrélation dynamique entre le corps et Came.
Chapitre Ier. — L’auteur, philosophe profond, physiologiste minutieux, critique délicat , s’efforce de montrer, dans ce chapitre, combien est intime et naturelle la corrélation qui existe entre les phénomènes psychiques et organiques , et réciproquement quelle est l’influence des phénomènes organiques sur l’âme , principe de vie et d’entendement.
§ 1er. Influence du corps dans les opérations de la raison et de l’entendement en général j et § 2. Influence du corps sur quelques opérations de l’entendement en particulier. — Ici , la négligence des physiologistes pour l’étude des faits de l’ordre psychologique est la seule cause de leurs erreurs et des différences qui existent entre eux , au point de vue des interprétations des faits qu’on observe chez les animaux. Les physiologistes sont, en général, étrangers à toute distinction entre l’entendement et la raison,.... entre la spontanéité et la volonté,.... entre la volonté et la liberté;.... ils confondent tout depuis la conception jusqu’à la sensation. — L’auteur analyse ici , à grands traits , les travaux des savants physiologistes modernes , sur Y action du cerveau dans les phénomènes de la pensée ; il démontre combien sont contraires et contradictoires les opinions émises par eux. D’après Magendie, les lésions les plus profondes de Y encéphale ne sauraient détruire Y intégrité des mouvements et empêcher le libre exercice des facultés intellectuelles* .
1 Lee. sur le syst. nerv. , T. I, p. 217.
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Cette opinion diffère essentiellement de celle deM. P. Flourens , qui ne professe pas à ce sujet une opinion conforme à celle de MM. Bouillaud et Calmeil. — Ici , l’auteur fait une sage appréciation critique des travaux de M. le professeur Bouillaud, si différents de ceux des autres expérimentateurs. M. Flourens , de son côté , pousse trop loin la chose lorsqu’il prétend : 1° que l’intelligence dépend du cerveau; 2° que l’équilibration des mouvements tire sa source du cervelet; 3° que la sensibilité et le mouvement sont localisés dans la moelle épinière , et 4° que le principe de vie a son siège dans la moelle allongée. Sans doute que l’illustre physiologiste ne prend pas ces choses au pied de la lettre , mais toujours est-il que , dans son langage vicieux , il confond le mouvement, la sensation, la pensée avec la motricité, la sensibilité et Y intelligence , avec les causes organiques ou occasionnelles et avec leur cause efficiente et véritable 1 . — L’auteur démontre ici que la faculté de mouvoir , et bien moins encore la sensibilité et Y intelligence , ne souffrent aucune espèce de localisation. — J. Müller repousse toute localisation du principesentant , pensant et voulant ; il ne voit dans les organes que des conditions physiologiques des phénomènes spirituels : il est vrai que Müller va trop loin , en disant que l’âme a besoin de l’organisation pour exister comme conscience ; car , quoi qu’en dise Leibnitz , l’âme une fois séparée du corps ne sera pas privée de la pensée. — L’auteur conclut de ces faits qu’il faut commencer à bien s’entendre sur les faits que la plupart des hommes compétents accordent généralement. — Ici commence l’appréciation sérieuse de ces faits , pour démontrer Yinfluence réelle de Y organisme sur les conceptions ou idées de raison pure.
La destruction de l’encéphale ne peut point abolir , chez l’animal, les conceptions de raison pure , attendu qu’ils en sont dépourvus ; mais une pareille expérience lèse les opérations de l’instinct qui les remplacent. — Il faut bien se garder de confondre , comme on est porté à le faire , Yinfluence avec la cause. L’âme peut subir l’influence du cerveau , quand elle pense ; mais ce n’est pas à dire pour cela que la fatigue de l’organe soit une conséquence immédiate de son service et de sa résistance à l’action spirituelle. Dans ce cas, en effet, le cerveau aiderait ou contrarierait l’action de l’intellect dans ses opérations , selon qu’il laisserait plus ou moins de liberté à la pensée pure. — Certaines lésions du cerveau développent certaines facultés en en affaiblissant d’autres : exemples. — L’aliénation mentale ne présuppose pas une constante lésion de l’encéphale ; l’on voit , au contraire , de profondes altérations de cet organe coïncider avec une parfaite lucidité et intégrité des facultés intellectuelles. On a vu des aliénés recouvrer leur raison quelques heures avant la mort, et cependant, comme le dit Magendie lui-même, une modification matérielle du cerveau ne pourrait s’évanouir subitement.
1 Telle est, quant au fond, l’observation que nous avons déjà établie, dans notre Préface et nos Notes de ce Tome III.
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Il ne faut point accorder une trop grande importance à la configuration, au volume et au poids de l’encéphale. — Jamais la science ne parviendra à établir la différence qu’il y a entre le cerveau d’un sage et celui d’un fou. — MM. Bouillaud et Longet, en désaccord avec Gall , placent dans les lobes cérébraux le souvenir des sensations et des perceptions ; la destruction de ces lobes en enlève tout souvenir , bien que les sensations et les perceptions soient encore possibles. — La pensée ne dépend pas du volume des lobes cérébraux. — La sensation elle-même s’opère dans les lobes et sans les nerfs du système cérébro-rachidien , pourvu que la portion centrale du nerf subsiste. — La lésion de l’extrémité centrale de l’appareil nerveux moteur amène une paralysie complète du mouvement , bien que l’activité intellectuelle et volontaire reste entière.
— Il est des animaux chez lesquels l’ablation de l’encéphale n’empêche pas les mouvements instinctifs. — La formation des nerfs est sporadique. — Une faut pas confondre Y irritabilité et la contractilité avec la sensibilité et le mouvement. — Aperçu général de la relation qui existe entre les divers tempéraments et les dispositions naturelles de l’esprit. — Anomalies en ce genre. — Etats pathologiques correspondants. — Le cerveau ne joue que le rôle d’instrument dans les actes intellectuels auxquels il coopère. — De la mémoire en particulier. — Le cerveau n’est pas la cause efficiente des opérations de l’esprit; son intervention est même douteuse en pareil cas, mais toujours son influence est réelle. — De la parole.
§ 3. Influence de la raison et de V entendement sur le corps. — Cette influence est encore plus frappante. — La pensée du plaisir, du luxe , nous anime ; le corps déploie en cette circonstance une activité outre mesure. — Passions. — L’attention seule change la physionomie , fait disparaître une sensation déjà existante. — L’imagination est encore plus puissante sur l’organisation : les exemples pullulent. — Les phénomènes si surprenants du somnambulisme naturel ou artificiel sont une bien grande preuve de cette puissance.
— Exemple de Crésus, et de paralysie à la suite d’une impression morale. — Hydrophobie après des mois et des années. — Contagion non existante et se manifestant par l’effet de l’imagination.
On ne peut expliquer ces faits par la théorie du principe vital séparé de l’âme : ceci complique la question. — Effets de la joie et de la tristesse sur le corps. — Guérisons opérées et maladies provoquées par l’idée. — Visions. — Sensations subjectives. — Nombreux exemples des effets de l’imagination sur l’organisme. — Langage des passions; — Instinct d’imitation même chez l’animal.
§ 4. Intervention du corps dans les sensations et les perceptions.
— Les organes des cinq sens , la moelle et tout l’encéphale y sont pour quelque chose. — En l’absence même des nerfs sensoriels préposés aux sensations et aux perceptions, ces dernières ont lieu. — Conditions. — Causes des variétés des sensations et des perceptions.
— Deux espèces de sensibilité organique : 1° propre, 2° commune ou générale (tactile). — Il est inconvenant de les réduire toutes à
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celles du toucher : preuves. — Le même organe peut servir à plusieurs espèces de sensations agréables ou désagréables. — Analogies entre les diverses sensations. — Action multiple dans les sensations ; simultanéité des sensations et des perceptions par plusieurs organes : ce ne sont donc pas les nerfs qui sentent. — Unité du moi et de son intention, unité de sensation et de perception : exceptions. — - La notion de mouvement est nécessaire pour expliquer ce qui se passe dans l’organisme , et ce qui arrive jusqu’à nous du dehors. — On ne doit pas localiser les états de l’âme. — La sensation et la perception n’existent que dans le moi. — Inexactitude des lois posées par Müller à l’égard des sensations. — Lois qui président à l’intensité et à la sympathie .
La machine corporelle forme un tout dont les parties sont liées par des tissus divers sensibles et susceptibles de mouvements. — Sympathie : sa définition,.... organes sympathiques.
Étude des cinq sens : odorat , goût , ouïe , vision et tact , sources des sensations perçues par le moi , — Rôle que joue l’imagination en ces circonstances. — Différence entre nos sensations et celles des animaux. — La paralysie des organes préposés à la sensibilité n’empêche pas le sentiment. — L’ablation de la partie antérieure et supérieure du cerveau n’empêche pas la sensation et la perception.
Chap. IL Rapport du physique et du moral dans le plaisir et la peine. — Pour ceux qui placent la douleur physique dans la lésion organique, il y a douleur partout où il y a lésion. La souffrance est en raison de l’altération physique des tissus , et là où il n’y a pas de douleur, là aussi il n’y a pas de lésion. — Bien qiç’il soit réel que la douleur physique suit habituellement l’altération organique, ces trois principes sont également exagérés et même erronés en bien des circonstances. — Effets de la douleur. — Du plaisir: opinions diverses émises à ce sujet. — Etat physique pendant le plaisir; état moral correspondant. — Le plaisir, comme la peine et la douleur, peut provoquer des contractions musculaires , la syncope , la mort même. — La douleur peut cesser sans entraîner le plaisir. — L’espérance est un sentiment agréable qui a plus de rapport avec le plaisir qu’avec la peine ; elle soutient les forces physiques et morales; la douleur les abat et les use. — L’un et l’autre, le plaisir et la douleur, ont une grande influence sur le physique.
Chap. III. Rapport du physique et du moral dans les besoins, les inclinations, etc. — ■ Les besoins varient suivant l’état du corps. Dans la santé , nous recherchons le repos , la fraîcheur, la chaleur, le mouvement, etc. Dans la maladie, ce n’est plus la raison qui guide. — Des sensations réitérées deviennent un besoin naturel, une habitude ; les organes eux-mêmes contractent des habitudes en se prêtant aux incitations internes.
Les passions qui ont un but physique ont une origine organique ; mais leur siège est différent. — Le cerveau est une des principales conditions organiques dans les passions ; néanmoins , les auteurs
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ont exagéré la valeur réelle de ces locutions ; car la honte n’est pas plus dans les joues que la crainte dans les jambes et la colère dans les dents. — Quel est l’organe à l’aide duquel les passions
réagissent sur tout l’organisme? . Est-ce par le sang? Est-ce par
les nerfs?
Les passions déprimantes exercent sur le sang des effets plus dangereux qu’une lésion locale. — La colère empoisonne le lait de la mère ; le nourrisson en ressent les plus funestes effets. — La douleur tue. — La morsure et l’inoculation de la salive d’un homme en colère est funeste et venimeuse. — La mélancolie (qu’on appelle affection nerveuse ) est plutôt le résultat d’une affection sanguine que nerveuse.
Les passions viennent de l’âme , mais les dispositions du corps engendrent dans l’âme des instincts passionnés. Leur siège est douteux, mais leur action est reconnue de tous. — Influence originelle du physique sur le moral. — Hérédité. — Idiosyncrasie alliée à l’éducation. — Habitudes naturelles ou acquises. — Elles deviennent un besoin impérieux si on ne sait les surmonter : Principüs obsta. — Chaque âge a ses instincts, son esprit et ses mœurs; ils déterminent presque toujours les vocations. — Le mouvement n’est d’abord que le produit de l’instinct, un effet de l’âme , et ne devient que plus tard un effet du moi ; puis enfin il s’associe aux sensations et aux sentiments , aux notions, aux vocations, etc., etc. Le mouvement , tant spontané que volontaire , est inconnu dans ses profondeurs. — Exemples des sangsues , du corail et des pyrosomes.
Chap. IV. Des modifications apportées par des influences diverses. — § Ier. Influence de la constitution et des caractères. — On a essayé d’établir un rapport intime entre les qualités de l’esprit et la constitution organique (sèche, humide , froide , etc.) du corps, le tempérament physique, etc., de sorte que, par ces dispositions corporelles , on pourrait deviner ou même produire les divers degrés des différentes facultés de l’entendement. Tous ces efforts n’ont pas encore fourni de résultat bien positif. On ne peut contester l’influence du tempérament sur les opérations de l’âme et sur ses modes variés , mais il ne faut point les exagérer : il y a là un thème qu’il serait utile de développer, plusieurs auteurs l’ont esquissé (voyez entre autres Carus , virey , Kant , etc. )
§ 2. L’influence des âges sur le corps , les actes vitaux , intellectuels et moraux , est généralement connue ; mais les relations que l’observation constate entre ces divers objets , ne s’expliquent point d’une manière suffisante par l’état matériel des parties; celui-ci dépend d’ailleurs du dynamisme vital lui-même.
§ 3. Influence des sexes. — L’homme et la femme diffèrent physiquement , non-seulement par leurs attributs sexuels , mais encore par la constitution intime de leurs appareils organiques : de là des différences analogues dans leurs modes de sentir , de penser , de
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vouloir, d’agir. Partout où les appétits brutaux dominent, la femme est tyrannisée ; elle se releve , au contraire , vers une égalité croissante , à mesure que les besoins moraux prédominent.
§ 4. Influence du sommeil. — Pendant la veille l’excitation vient surtout du dehors; elle part plutôt de l’intérieur pendant le sommeil: ici , les organes digestifs, génitaux, le cerveau, etc., exercent une ■ action plus ou moins énergique suivant les âges , les professions et un grand nombre d’autres circonstances.
§ 5. L’influence des maladies se manifeste en faisant perdre certaines dispositions et en en développant quelques autres. Ainsi, quand les névroses dépendent de l’affaiblissement de l’estomac joint à une susceptibilité très-grande de cet organe , on observe une débilité musculaire profonde unie à la langueur et à la mobilité des opérations intellectuelles. Dans l’hystérie, les organes des sens ont plus de délicatesse et de vivacité ; ils deviennent faibles et obtus dans plusieurs autres névropathies, etc.
§ 6. L’influence de la température, du moment, de la journée , de la saison , du climat , ne saurait être contestée. Sous un climat froid et humide l’intelligence est plus développée ; ses actes sont languissants dans les climats humides et chauds; un climat tempéré , plutôt chaud que froid ( celui de la Grèce , de l’Italie ) , développe les facultés qui se rapportent aux beaux-arts ; la folie est plus commune sous les températures extrêmes , etc.
§ 7. Influence de V éducation , de la profession , du régime , du genre de vie , de la condition, de l’état de fortune , de la constitution civile ou politique, des croyances religieuses , du degré de civilisation et des races. — L’action de l’homme sur les plantes et les animaux ,
far l’intermédiaire des agents extérieurs , est très-grande ; celle de homme sur lui-même et sur ses semblables est encore plus prononcée , parce que les agents sont bien plus nombreux et plus variés. L’éducation , en prenant ce mot dans un sens large , occupe l’un des premiers rangs ; après elle , l’état ou la profession est ce qui exerce sur l’homme le plus d’influence dans l’usage qu’on lui fait faire de son activité. Les genres de vie constituent en grande partie les degrés de civilisation et marquent de leur cachet spécial, au moral et au physique , les diverses classes de la société , les laboureurs et les soldats , les peuples pasteurs et les populations nomades , ceux qui exercent leur intelligence par de profondes méditations , leur imagination, par la culture des arts, leur force musculaire par des exercices violents , etc.
Chap. Y. Caractères physiques auxquels on a cru pouvoir reconnaître immédiatement le moral par le physique. — § 1er. Caractères qui indiqueraient le développement plus ou moins grand des facultés et la prédominance de l’une d’elles. — Une opinion qui a eu de tout temps de nombreux défenseurs , est celle qui consiste à prendre le volume du cerveau pour la mesure de l’intelligence ; mais cette théorie , peu rationnelle d’ailleurs ( puisque la pensée n’est
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pas, comme la forc.e musculaire, un acte physique), n’est point confirmée par l’observation.
Le cerveau étant le principal instrument des phénomènes psychiques , ses qualités diverses doivent être en rapport avec la nature et le développement de celles-ci ; mais il faudrait tenir compte de toutes ces qualités , et joindre à l’examen du volume celui du poids relatif par rapport au corps entier, aux autres parties du système nerveux, etc. De là sont nés autant de procédés bien incomplets, même dans leur ensemble. Examen critique de la théorie de Camper (angle facial); du système crânioscopique de Gall.
§ 2. Caractères physiques auxquels Lavater a cru pouvoir reconnaître les dispositions j les habitudes et les états de l’âme. — L’organisme étant un effet, une cause ou l’élément d’un tout harmonique, est une sorte de langage que l’âme parle fatalement ; le corps , dans toutes ses parties , est donc le signe de l’âme dans tout ce qu’elle a de plus intime , et l’on doit ainsi , par l’instrument , remonter à l’agent qui le met en jeu. Là-dessus repose le système physiognomonique de Lavater (exposition de cette doctrine).
Chap. VI. De la vie , de ses formes j de leur unité harmonique. — La vie de l’homme dans ses modes intimes , comme dans ses manifestations, présente trois degrés : le végétatif, l’animal , le mode humain caractéristique (la vie humaine). Quelques naturalistes ont soutenu que , dans son évolution successive , l’homme passe , même matériellement et dynamiquement, par tous ces degrés. Sans admettre cette opinion dans ce qu’elle a de plus absolu , on doit reconnaître que nous subissons des modifications nombreuses sur lesquelles repose la division de la vie en plusieurs périodes ou âges.
L’influence qu’exercent sur ces transformations les objets qui nous environnent, est incontestable. Mais doit- on en conclure que nous ne sommes qu’une partie d’un grand tout , et proclamer la vérité de la doctrine d’une vie universelle ? Non , certainement ; il y a des touts individuels qui conservent leur personnalité malgré leur union harmonique avec l’ensemble de l’univers.
Grâce à la conscience , nous avons le sentiment et la preuve irrévocable de notre individualité propre , parfaitement distincte de tout le reste, malgré ses rapports avec lui. Il n’y a pas plus de vie universelle que de sujet vivant universel.
En supposant , avec le panthéisme extrême , une âme du monde , elle ne détruirait pas la certitude psychologique consciente des âmes individuelles ; mais cette hypothèse s’écroule devant l’idée d’une cause supérieure sagement créatrice ou ordonnatrice , qui suffit pour expliquer le monde entier et sa merveilleuse harmonie.
Dans le panthéisme , il n’y aurait qu’un seul principe , qui ne serait ni esprit ni matière , et qui produirait cependant les phénomènes spirituels et corporels.
Dans notre dualisme , au contraire , il y a deux principes distincts , deux essences différentes : l’une pour ce qui est matériel , l’autre pour ce qui ne l’est pas.
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Donc, puisqu’il y a plusieurs genres de vie, il y a plusieurs âmes ou principes de vie : il y en a autant que de degrés vitaux , de sphères vitales.
Mais qu’est-ce que le degré de vie le plus inférieur ? Si tout principe de vie est force, toute force est -elle un principe de vie? Les forces corporelles elles-mêmes ne seraient-elles pas des foyers vitaux? Mais si elles agissent sans conscience, sans intelligence, sans spontanéité, comme cela est présumable, elles diffèrent radicalement par leur nature des forces vitales ( animales et végétales).
Ces forces , purement intelligibles , ne sont pas étendues ; ce que nous appelons étendue n’est que l’impression produite sur nos sens par la matière invisible qui produit en nous cette sensation.
Les forces physiques sont donc, comme les forces vivantes , inétendues , simples , indivisibles, douées d’énergie , toujours en action; mais elles en diffèrent par l’immobilité de la sensation qu’elles produisent d’ordinaire : ce ne sont donc point des forces vitales , ou du moins elles ne pourraient l’être que virtuellement.
Si les forces que déploient les énergies supérieures peuvent conserver celles des ordres inférieurs , il s’ensuivrait que les forces végétatives' comprendraient les dynamismes physique et végétatif; que les forces animales embrasseraient les dynamismes physique , végétatif et animal ; qu’enfin, le principe pensant , chez l’homme, suffirait à lui seul pour expliquer les phénomènes physiques , les actes végétatifs, animaux, et ceux enfin qui sont propres et exclusifs à la vie humaine.
Nous croyons cependant qu’entre les forces physiques et vitales il y a une différence trop grande pour les rapporter à un même principe , et que chez les êtres vivants il y a deux essences, deux ordres de forces appartenant à des principes distincts.
Mais la force vivifiante est-elle unitaire , quoique avec des facultés diverses , dans un même être vivant , de sorte que l’âme , purement végétative chez le végétal, serait en même temps végétative et animale chez l’animal , végétative , animale et intellectuelle tout à la fois chez l’homme? Nous acceptons cette doctrine.