‹ Œuvres médico-philosophiques et pratiques de G. E. Stahl... traduites et commentées (volume 2)Chapitre 65 sur 69 · RAPPORTS DU PHYSIQUE ET DU MORAL DANS LE PLAISIR ET LA PEINE · texte numérisé non relu

RAPPORTS DU PHYSIQUE ET DU MORAL DANS LE PLAISIR ET LA PEINE

En plaçant le siège de la douleur physique dans les lésions organiques, il était naturel de conclure : 4° qu’il doit y avoir douleur partout où il y a lésion ; 2° que l’intensité de la souffrance est en raison du désordre physique apporté à l’organe ; 3° qu’il n’y a pas lésion où il n’y a pas douleur.

En fait , cependant , il y a des lésions organiques qui ne sont pas accompagnées de douleurs , comme il y a des douleurs qui ne sont pas proportionnées aux lésions , et des douleurs qui se ressentent à d autres endroits qu’au siège même de la lésion organique.

APPENDICE, etc.

Si grands que. soient les désordres qui surviennent dans notre machine , s’ils ont lieu insensiblement , la douleur est nulle et n’en révèle pas l’existence. Au contraire, le changement le plus léger, s’il est rapide , se fait sentir.

La péripneumonie latente est un des exemples les plus frappants d’une profonde altération possible d’un organe important sans qu’il y ait douleur. La lésion se fait lentement , le poumon s’engorge peu à peu et devient incapable de remplir ses fonctions sans que la plus légère irritation en avertisse. Quelquefois même le malade succombe sans que l’observateur le plus attentif ait pu reconnaître l’existence de la maladie.

Pas non plus de proportions entre la douleur et la gravité de la lésion. Les parties nobles du corps, celles dont l’intégrité est le plus indispensable à l’existence et à la force, sont peu sensibles dans l’état de santé , et peuvent être profondément atteintes sans qu’il y ait souffrance. La plèvre peut être ossifiée ; le poumon hépatisé ou en état de suppuration ; le péritoine enflammé ; le foie tuberculeux , dur, plein d’hydatides ; la vésicule du fiel remplie de calculs; la rate et le pancréas durcis ; le cerveau à l’état de liquide purulent , etc., sans que le sujet en souffre très -sensiblement. L’odontalgie , les névralgies , le panaris , sont accompagnés de douleurs très-vives , tandis qu’une attaque d’apoplexie ou de catalepsie est souvent sans souffrance.

Il ne faut pas toujours s’en rapporter, pour apprécier l’intensité de la douleur, aux signes qu’en donnent les sujets : Posidonius et un Sybarite en donneraient également une fausse idée. L’intensité des effets de la douleur est un signe moins trompeur que les actes spontanés qu’elle peut provoquer. Au nombre de ces effets sont l’insomnie , l’inappétence , les nausées , l’amaigrissement, l’apathie, l’ennui , la tristesse , la petitesse et la concentration du pouls , la fièvre , l’altération de la physionomie , la contraction extraordinaire de tous les muscles (comme dans le Laocoon).

On a soutenu que le plaisir n’a rien de positif, que c’est une simple cessation d’action , celle de la douleur ; qu’il n’y a pas deux plaisirs consécutifs possibles ; que la douleur est le seul mobile de l’homme. Toutes ces propositions peuvent être combattues par des faits de l’ordre physiologique , comme par ceux de l’ordre spirituel pur .

OEUVRES DE STAHL

a. C’est ainsi, par exemple , que dans le plaisir, les organes qui en sont le siège se dilatent et semblent aller au-devant de la jouissance ; ils multiplient , pour ainsi dire , leur surface pour accroître leur volupté. Le phénomène contraire se manifeste dans la douleur.

Une peine ou un plaisir excessifs altèrent également la digestion et peuvent produire la syncope.

Les sensations agréables sont accompagnées d’efforts musculaires destinés à les faire durer, et les désagréables , d’efforts destinés à les faire cesser.

Des réflexions ou rêveries agréables déterminent dans le physique des effets tout différents de ceux qui accompagnent ou qui suivent des réflexions pénibles. Il en est de même de l’effet d’une lecture qui plaît, et de celui d’une lecture qui ennuie. Qui ne sait qu’on peut être frappé de mort par une joie comme par une douleur excessive ? On succombe subitement quelquefois à une douleur physiqne , telle que la torture, au chatouillement, à l’angoisse , au dépit, à la goutte , à la colère , à l’effroi , etc.

b. Il y a des douleurs qui cessent tout- à- coup sans qu’il y ait plaisir : tel est le cas de certaines névralgies qui agissent à la façon de la secousse électrique. Il en est de même dans l’apaisement subit des douleurs de dents par le pyrethrum ou l’éther, dans l’extraction d’une épine qui est entrée dans les chairs.

c. Il y a des plaisirs consécutifs ou sans douleurs intermédiaires : on prend encore volontiers le café après un bon dîner ; et si la société est agréable , le temps peu propice , on cause avec plaisir au coin du feu , jusqu’à ce qu’il prenne fantaisie de faire une partie de jeu , ou qu’une belle musique vienne interrompre la causerie , ou que le temps , plus engageant , permette de faire une promenade dans des lieux que l’art et la nature ont embellis de concert.

d. L’intensité du plaisir, en tout cas , ne correspond pas toujours à celle de la douleur ; elle est tantôt inférieure , tantôt supérieure.

Si le plaisir ne pouvait pas être plus grand que la douleur, s’il consistait uniquement dans la satisfaction d’un besoin , il serait assez difficile de comprendre comment on pourrait avoir des besoins factices , de luxe , d’autres besoins en un mot que ceux de première nécessité , et comment il ne serait pas indifférent de les apaiser par un des moyens quelconques qui y sont propres. Or, cependant, une

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môme situation du corps et de l’âme étant donnée , le plaisir change de caractère suivant la nature de l’objet extérieur qui le produit.

e. Le moteur principal de l’homme est l’espérance , et ce sentiment est agréable : on l’a appelé le baume de la vie. C’est une force morale qui soutient et conserve les forces physiques , tandis que la douleur les abat et les détruit.

Le plaisir et la douleur influent diversement sur les traits de la physionomie , sur le sommeil , la digestion , les forces physiques , les facultés intellectuelles et morales, la santé, la maladie, le bonheur, la durée de la vie , etc. Plusieurs de ces effets se rencontrent même chez les animaux 1 .

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