DES MODIFICATIONS APPORTÉES PAR DES INFLUENCES DIVERSES
§ Ier. Influence de la constitution et des caractères.
Un auteur espagnol, Huarte, dans un livre intitulé : Examen des esprits , fait dériver toutes les différences qui se remarquent
‘ Müller, Manuel, etc., T. II, p. 102-103.
APPENDICE, etc.
entre les intelligences humaines des divers degrés de chaleur, d’humidité et de sécheresse de nos corps. Et si nous citons Huarte , ce n’est pas , tant s’en faut , qu’il soit le seul qui ait professé une semblable doctrine; mais elle a chez lui un caractère si net, si tranché , si géométrique pour ainsi dire , et l’application en paraît si facile , qu’en vérité la préférence lui est due.
Voici le point de départ; rien n’est plus simple; je laisse parler le traducteur : « Mettons , par exemple , quatre hommes malades en la composition de la puissance visive , et qu’en l’un une goutte de sang s’imbibe dans l’humeur cristalline, dans l’autre une goutte de bile , dans le troisième une de pituite et dans le quatrième une de mélancolie. Si, ceux-ci ne sachant rien de leur infirmité, nous leur présentons à tous devant les yeux un morceau de drap bleu pour les faire juger de sa véritable couleur, il est certain que le premier dira qu’il est rouge , le second qu’il est jaune , le troisième qu’il est blanc, le quatrième qu’il est noir, et que chacun d’eux ne craindra point d’en jurer, et se moquera de son compagnon comme d’une personne qui se laisse tromper en une chose si claire. Et si nous faisions passer ces quatre gouttes d’humeur jusqu’à la langue , et donnions à quatre personnes un verre d’eau à boire , l’un dirait qu’elle est douce , l’autre qu’elle est amère , le troisième qu’elle est salée et le
dernier qu’elle est aigre . Faisons remonter ces quatre humeurs
en plus grande abondance jusque dans le cerveau , de sorte qu’elles y fassent une inflammation , et nous verrons mille sortes de folies et d’extravagances : d’où vient qu’on a dit que chacun a sa folie où il s’obstine. Ceux qui ne sont pas incommodés de cet excès nuisible semblent être d’un jugement fort sain, et dire et faire des choses fort raisonnables ; mais , en effet , ils extravaguent , encore qu’on ne le remarque pas , à cause de la douceur et de la modération avec laquelle ils s’y portent '. *
Voilà qui est on ne peut plus positif, et rien n’est plus approprié , ce semble , à la théorie mathématique des proportions. Qui ne croirait , après cela , que notre auteur va tracer d’une main ferme les caractères des diverses constitutions intellectuelles , lors surtout
» J. Huarte, l’Examen des esprits, vol., an xn. Paris, 1668, T. 1, préface.
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qu’il intitule ainsi un de ses chapitres 1 : « Où il est prouvé que de ces trois qualités seules, la chaleur, l’humidité et la sécheresse, proviennent toutes les différences d’esprit qui se trouvent parmi les hommes »? Et comme il réduit toutes les facultés à trois , l’entendement, l’imagination et la mémoire, il ne s’agit plus, semble-t-il, que de reconnaître la qualité physique qui répond à chacune de ces qualités intellectuelles, et qui, par sa prépondérance, constitue la faculté prédominante de l’esprit. Vaine attente cependant! C’est à peine si l’on peut dire que l’opinion de l’auteur incline à donner la sécheresse, l’humidité et la chaleur comme conditions organiques de l’entendement, ou, comme m’appelle , delà faculté raisonnable ; l’humidilé présiderait plus particulièrement au souvenir et la chaleur à l’imagination. Après cet échec , on est moins surpris de ne point trouver au chapitre XVIIIe ce que le titre semble promettre , quoiqu’il soit soit précédé de cette note : très-considérable. Ce serait très-considérable, en effet, si l’auteur avait tenu parole, puisqu’il promet de « rapporter de quelle diligence doivent user les pères pour engendrer des enfants sages et pourvus de l’esprit que demandent les sciences1 2. » Mais, hélas ! le monde marche encore depuis 1668 comme auparavant, c’est-à-dire que la majorité est encore ce qu’elle a toujours été. Est-ce la faute de la formule? Est -ce la faute de l’application ? Ni l’une ni l’autre , car il n’y a pas même de formule.
S’il fallait passer en revue tout ce qu’on a débité d’extravagances sur les constitutions élémentaires ou simples , sur les principes qui en sont la base, sur les combinaisons variées dont ces principes sont susceptibles , sur les caractères auxquels on peut reconnaître une constitution simple ou mixte, sur les influences multipliées que chacune d’elles opposent dans nos instincts , nos états , nos opérations > nous dépasserions de beaucoup les limites d’un ouvrage dont la sobriété doit faire un des mérites, et qui est beaucoup plus dogmatique d’ailleurs qu’historique.
Nous nous bornerons donc à quelques-unes des indications générales qui nous semblent le plus incontestables et le plus fécondes.
Il n’y a pas de constitution pure , c’est-à-dire telle qu’un système-»
1 Ghap. VIII, p. 138, etc., T. I.
2 Tom. 11, p. 464.
APPENDICE, etc.
le sanguin, le bilieux., le nerveux ou le musculaire, exerce toujours une influence prépondérante. Mais il y a peut-être des constitutions pures , en ce sens que tel ou tel système y est proportionnellement plus marqué que dans la moyenne des constitutions ; proportion qui entraîne dans tous les états et dans toutes les opérations des différences plus ou moins notables.
La constitution la plus heureuse , mais qui n’est sans doute qu’un idéal, serait celle où les différents systèmes qui ont le plus d’action sur tout le reste seraient tellement proportionnés, équilibrés, que l’empire d’aucun ne se fît point sentir. Encore n’est-on pas bien sûr que ce parfait équilibre ne ressemblerait pas à un morceau de chant où il n’y aurait aucune note dominante , aucune marche indiquée , aucun ton régulateur.
Ce qu’il y a de certain , c’est que les constitutions sont diverses , et qu’elles présentent, au moral comme au physique, des accidents qui leur correspondent par l’influence variée qu’elles exercent sur le fond commun des phénomènes de la vie.
Il n’est pas douteux non plus que si une constitution est tempérée par une autre , les accidents plus propres à la première en seront altérés ou affaiblis.
C’est un fait encore que les mariages peuvent être assortis de manière à corriger un tempérament par un autre , et à ramener dans les produits de l’union conjugale une sorte de diapason plus voisin de ce qu’il est convenu d’appeler l 'harmonie idéale des principaux systèmes de notre être physique.
Le libre arbitre de l’homme , joint au régime le plus intelligent , ne va pas sans doute jusqu’à pouvoir changer du tout au tout une constitution originelle ; mais un régime alimentaire et médical bien conçu, un genre d’exercice et d’occupation bien choisi et bien calculé peuvent , avec les années , apporter des modifications profondes dans une constitution , et produire ce qu’on appelle un tempérament acquis. La force des choses , la conduite la moins réfléchie opèrent inévitablement des effets analogues ; mais ils peuvent être fâcheux , comme ils auraient pu être salutaires si la sagesse ou des circonstances favorables y avaient présidé.
Indépendamment de la part de la liberté sur la constitution naturelle , il faut faire celle des sexes , des âges , des conditions , des
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professions , de l’éducation , de la religion , des mœurs , du climat des races , de la civilisation , des habitudes de veille et de sommeil de certaines maladies enfin.
Il faudrait , pour bien étudier les tempéraments , passer en revue les modifications qu’apporte chacun d’eux aux différents phénomènes de la vie , tant intellectuelle qu’organique ; mais ce travail aurait , en outre , l’inconvénient d’être long et fastidieux. C’est là toutefois un thème qu’il serait peut-être utile de développer, au moins pour soi ; on en trouve l’esquisse dans plus d’un auteur 1 .
Qu’il suffise d’indiquer ici le trait principal de chaque tempérament. Suivant Carus , le tempérament sanguin porte à la légèreté : c’est celui de l’enfance et du Français. Le bilieux ou cholérique est marqué par l’action : c’est celui de la jeunesse et des Italiens. Le mélancolique ou mâle se distingue par la profondeur : c’est celui de l’homme fait et des Anglais. Enfin , le tempérament phlegmatique se distingue par la débilité , la lassitude et le repos : c’est celui de la vieillesse et des Allemands.
Le caractère , fruit du tempérament , réagit sur lui et tend à fortifier encore son action ; il peut être étudié dans les sexes , dans les âges , dans les individus , dans les nations et les races 2 .
§ II. Influence des âges.
Ici encore il suffirait de renvoyer aux grands moralistes, aux poètes mêmes , s’il ne s’agissait que de psychologie 3 ; mais comme il s’agit encore de l’influence du physique sur le moral et de celle du moral sur le physique , il convient tout au moins de citer des physiologistes.
1 Voy. surtout Carus , Nachgelass. Werke, T. II, p. 92-121 ; — Müller, Man. de phys., T. II, p. 545; - Gioja , Ideol., T. I, p. 69-74, 174, 194, 202; — Cabanis, Rapports , etc., T. III de l’édit, de 1824; Œuvres complètes, p. 366-437 et 429-454 pour les tempéraments, et tabl. alph. des matières; — Virey, l'Art de perfect. l'homme, T. I, p. 79-115 ; — Kant, Anweisuny mr Menschen und Wellkenntniss , p 54 ; Menschenkunde oder philosophische Anthropologie , p. 338; Anthropologie in pragm. Hinsicht, p. 215; — Lavater, avec les notes de Moreau (de la Sarthe).
2 Voy. Kant, ouvrages précédemment cités, et à la suite de ce qui est relatif aux tempéraments.
3 Voy. Aristote, Rhétorique; Bossuet, Juvénal, Horace, Boileau.
APPENDICE, etc.
On divise ordinairement la vie en quatre périodes : l’enfance , la jeunesse, l’âge moyen et la vieillesse. Chacun de ces âges ne se distingue pas moins des autres par les caractères physiologiques que par les caractères psychiques 1 .
Mais ces deux sortes de caractères se tiennent; les uns amènent les autres. Il en est du moins qui ne s’expliquent point par euxmêmes , tel que l’affaiblissement des perceptions dans la vieillesse.
Au point de vue des âges , le corps semble exercer sur l’âme plus d’influence qu’il n’en reçoit ; mais n’oublions pas que les phénomènes mêmes de la vie sont un effet d’un principe vital , et que le corps ne rend qu’en raison de ce qu’il reçoit.
Les idées du premier âge sont des sensations et des perceptions associées ; l’instinct d’imitation porte ensuite l’enfant à répéter des sons, des mots, auxquels il n’ajoute encore aucun sens. Les premières idées générales qu’il forme manquent souvent de justesse , parce qu’il ne distingue pas assez, qu’il prend des ressemblances grossières et éloignées pour des similitudes par identité. De nouvelles comparaisons le mettent en état de réformer les vices de ces premières notions. Son langage prend plus de précision à mesure que ses idées deviennent elles-mêmes plus justes ; les idées aident à rendre la parole plus exacte , et la parole à mieux former les idées. L’adolescence se distingue par une imagination vive et brillante, par une mémoire facile mais peu tenace, par l’exaltation de la sensibilité et par l’avidité des récits romanesques. Le jugement, mal sûr encore, est rapide, irréfléchi, souvent faux. Une curiosité inquiète et vague tient constamment l’esprit en haleine ; la vie paraît pleine de mystères qu’on brûle de pénétrer. Les arts, surtout la musique, le dessin et la poésie, sont les délices de l’imagination, plus forte encore que le jugement et le raisonnement. La virilité amène la réflexion, et avec la réflexion, la maturité et la justesse du jugement. L’esprit brille d’une lumière tout à la fois plus vive et plus pure. L’importance de la vie sociale et des affaires publiques se fait sentir; un nouvel intérêt plus sérieux que ceux qui avaient absorbé la pensée jusque-là, réclame l’emploi de toutes les facultés. Mais arrive enfin la vieillesse , où les sensations et les perceptions
Voy. Burdach, Traité de physiologie , T. V, p. 515-530.
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s’éteignent peu à peu ; la mémoire et l’imagination partagent cette décadence ; le jugement tient plus long-temps „ et gagne peut-être en lucidité ce que les facultés précédentes ont perdu en vivacité et en force. A la fin , il faiblit et s’éteint ; une nouvelle enfance survient , mais bien plus triste que la première , puisqu’elle marche à pas redoublés vers la tombe.
On remarque entre les âges des différences non moins sensibles dans la conduite et les sentiments, que dans les phénomènes de la pensée. L’enfance, docile et timide, est accessible à des craintes déraisonnables qui durent quelquefois toute la vie. Ses sympathies ont leur raison dans les complaisances qui flattent ses besoins ou ses caprices et ses antipathies , dans les refus ou les sévérités qu’elle essaie. D’autant plus impérieux et plus .ingrat qu’il est entouré de plus de soins , l’enfant n’a conscience de sa faiblesse et du prix des attentions dont il est l’objet qu’ autant qu’il est traité avec une raison aussi ferme que bienveillante. L’adolescent, plein de fougue, est impatient du frein ; l’autorité , sous toutes ses formes , lui pèse et lui déplaît. Audace, imprudence,,, confiance excessive en ses forces,, amour des nouveautés, passion pour toute espèee de gloire, candeur,, générosité , intempérance de paroles , tels sont encore les traits de son caractère. Dans son besoin d’expansion , il contracte aisément des amitiés; mais ce même besoin, joint à la légèreté de cet âge, à une imagination qui exagère tout, à l’entraînement delà mobilité,, rendent ses affections peu solides et peu durables. Toute réalité tombe bientôt au-dessous de l’idéal, et le désenchantement qui survient , peut-être le défaut d’aliment sérieux à une passion dévorante, engendre une mélancolie que le temps seul peut faire disparaître. Sans être complètement guéri d’une passion qui a tenu dans l’adolescence une place considérable , le jeune homme qui atteint la virilité , se sent, aiguillonné par des passions qui seront peut-être un peu moins tyranniques , mais dont l’empire pourra durer plus longtemps: je veux parler de l’ambition et de l’amour de la gloire. La passion des richesses , du jeu,' des plaisirs, laissera peut-être une assez grande place à celle de la famille encore ; mais l’amour du bien public ne se fera jour à travers cet égoïsme que dans les âmes d’élite. L’affaiblissement des forces amènera celui de la volonté, du caractère et du courage. Les vastes desseins seront exécutés ou ne
APPENDICE, etc.
pourront évidemment plus l’être. L’espérance ne soutenant plus des efforts jugés impuissants , l’indifférence pour des évènements auxquels on ne peut plus être mêlé , activement du moins , remplacera l’ardeur d’autrefois ; ou si la vieillesse n’a pas encore glacé les sentiments , on restera spectateur, encore intéressé sans doute , mais atteint de la, tristesse inséparable du sentiment de l’impuissance , et du regret de voir le courage survivre aux forces qu’il réclame pour agir. Un sentiment plus prononcé de cette faiblesse fait revivre la timidité du premier âge, la docilité qui naît de la dépendance bien sentie. Heureux si cette même faiblesse, accompagnée comme la première d’une grande irritabilité , n’est pas de plus qu’elle en proie à l’humeur sombre et grondeuse, hélas ! trop naturelle à la conscience de notre décadence précipitée !
Les modifications apportées par les années dans nos tissus ne peuvent rester étrangères à celles que le cours du temps nous fait apercevoir dans les faits de l’ordre spirituel. Dans les enfants , le volume proportionnel des vaisseaux sanguins est considérable , et l’irritabilité musculaire très - grande , ainsi que la distension des glandes et de tout l’appareil lymphatique : de là sans doute, la grande mobilité de cet âge , sa grande faiblesse musculaire et ses opérations tumultueuses .
Un peu plus tard, c’est-à-dire de sept à quatorze ans, le cerveau perd par degrés de son volutne proportionnel ; mais son action et celle des autres stimulants deviennent plus fermes, sans cesser d’être aussi vives.
Dans l’enfance, les humeurs se portent vers la tête. A l’approche de l’adolescence , elles commencent à se diriger sur la poitrine , avec laquelle les organes de la génération soutiennent une relation cachée mais intime. Bientôt ces derniers organes entrent en action , et il s’introduit dans l’économie animale un nouveau principe qui en accroît la chaleur et la force.
Tant que règne la supériorité des puissances sur les résistances , la pléthore sanguine est dans le. système artériel ,'et le sentiment de bien-être et de confiance subsiste ; mais quand l’action de la vie commence à être balancée par la rigidité des parties solides, la pléthore veineuse se manifeste.
Vers la fin de l’âge mûr, c’est-à-dire de cinquante à cinquante-six
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ans, il s’opère un commencement de décomposition dans les humeurs qui amène la goutte , la gravelle et la pierre , les rhumatismes et les dispositions apoplectiques. Quelquefois l’acrimonie des humeurs excite une réaction de l’organe nerveux sur lui-même , et produit momentanément une sorte de seconde jeunesse ; mais bientôt le vieillard existe , agit et pense avec difficulté , ne songe qu’à lui , et enfin n’aspire qu’au repos qui doit mettre fin à cet état pénible.
Si lorsque la mémoire nous abandonne , on se rappelle mieux les ^pressions de l’enfance que celles reçues postérieurement , c’est que la vivacité de ces premières impressions , leur facile et fréquente répétition, la rapide communication des divers centres de sensibilité, les a, pour ainsi dire, identifiées à l’organisation et rapprochées des opérations automatiques de l’instinct. 11 est encore à remarquer que, dans la vieillesse , la faiblesse du cerveau , et celle des opérations qui se font sentir, rendent à ces déterminations les mêmes caractères qu’elles ont eues dans l’enfance 1 .
§ III. Influence des sexes.
L’homme et la femme diffèrent physiquement par les attributs sexuels, par les tissus, par leur disposition, par la forme du squelette, par la taille, la force corporelle, l’époque de la puberté, les limites de la fécondité , le pouls , la voix , les sens , les odeurs , etc.
Les instincts diffèrent en conséquence ; ils sont plus turbulents chez les petits garçons , plus pacifiques chez les petites filles. La raison et la folie apparaissent plus tard chez l’homme que chez la femme ; mais le nombre des aliénés est plus grand chez les premiers. Une imagination plus forte et plus fixe ; plus de capacité pour les sciences ; plus de génie , plus de force , d’étendue et de profondeur; des occupations plus viriles ou qui exigent plus de savoir, de raisonnement , de force ou de courage ; le soin des affaires publiques caractérisent l’homme au point de vue intellectuel. La femme a une imagination plus vive , plus mobile ; sa mémoire est plus mécanique; elle a plus de capacité pour les arts , la musique, la danse,
1 r oy Gioja , T. I, p. 80-83, 172-174, 192-194; — Cabanis, T. III, p. 229-292 , et l’analyse de Destutt deTracy; — Virey, T. I, p. 115, 281 ; T. II, p. 146; - Adelon, Traité de physiologie , T. IV,’p. 379-644.
le dessin que pour les sciences ; elle a plus de talent , plus d’esprit et de tact ; elle sent plus qu’elle ne raisonne. L’économie domestique est plutôt son affaire que l’économie politique , l’éducation de ses enfants plutôt que le gouvernement de l’État; mais si elles ne régnent pas souvent , souvent néanmoins elles gouvernent , et cela non-seulement au sein des familles , mais encore dans l’État.
Au point de vue moral , la femme diffère de l’homme par une sensibilité plus vive mais plus superficielle, par un dévouement maternel sans bornes , par une plus grande part faite à l’amour, par une délicatesse supérieure des sentiments , par la pusillanimité , le penchant à la vengeance, l’obstination, la vanité, le respect humain, l’avarice, l’envie , la superstition. L’homme , au contraire, est naturellement plus grossier, plus courageux, plus colère , moins entêté, plus accessible aux sentiments nobles; sa vanité a un caractère moins personnel. L’ambition, la générosité, l’émulation, le fanatisme sont aussi des traits de son caractère.
En rapprochant la nature physique de la nature spirituelle des sexes, on en voit aisément certaines corrélations. Si la faiblesse musculaire, par exemple, porte naturellement les femmes à des habitudes sédentaires et à des soins plus délicats , la force du même système doit faire naître chez les hommes le besoin du mouvement et de l’action.
Pour concevoir comment un grand nombre de dispositions de l’âme peuvent dépendre de l’influence des organes de la génération , il suffit de remarquer : 4° que les parties génitales sont animées par des nerfs venant de différents troncs ; 2° que l’action de tout système nerveux est puissamment et diversement modifiée , lorsque quelques-unes des parties avec lesquelles il correspond commencent ou cessent d’agir, ou éprouvent des affections insolites;. 3° que les parties essentielles des organes de la génération sont de nature glandulaire, et que l’état des glandes influe grandement sur le cerveau; 4° que ces organes préparent une liqueur particulière qui, résorbée dans la circulation générale, lui donne une énergie nouvelle; 5° qu’apparemment les dispositions primitives inconnues qui sont cause que l’embryon est mâle ou femelle , le sont aussi des différents effets des deux sexes.
Chez les femmes , la pulpe cérébrale est plus molle et le tissu
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cellulaire plus muqueux et plus lâche , tandis que dhôz les hommes la vigueur du système nerveux et celle du système musculaire s’accroissent l’une par l’autre.
Aussi , à l’époque de la puberté , les organes de la génération agissent diversement chez les uns et chez lès autres ; leur développement rencL la différence dés sexes plus marquée ; mais ce développement a dés effets communs dans tous deux. Si cette révolution ’échoue , il en résulte Une maladie propre à Cèt âge.
Mais l’homme et la femme jouent un rôle différent dans cè grand acte de la reproduction, dont la naturè leur a fait un besoin pressant et le premier de leurs intérêts. La femme peut y être contrainte; l’homme ne peut qu’y être exfeité. Par cela seul, leur existence est déterminée; toutes leurs habitudes morales sont , pour ainsi dire, obligées. Mais partout où les appétits brutaux dominent , la femme est tyrannisée ; elle approche , au7 contraire , de plus en plus de l’égalité , à proportion que les besoins moraux se développent davantage.
L’homme agit sur toute 'la nature par la force; là femme agit par sa grâce sur l’homme Sensible ; elle est propre à remplir les autres fonctions par son extrême mobilité.
L’individu entre dans un nouvel ordre de choses quand il perd la faculté d’engendrer, comme quand il l’acquiert. Ces deux passages sont plus marqués chez les femmes 1 .
§ IV. Influence du sommeil.
Dans la veille , l’excitation vient principalement du dehors ; dans le sommeil , elle procède surtout du dedans, c’est-à-dire des viscères ou du jeu propre du cerveau , de l’action èt de la réaction de ces organes.
Le passâge de la veille au sommeil ne s’effectue pas en même temps pour tous les Sêns; il en est de même de leur retour du sommeil à la veille. On remarqué aussi qu’une forte impression exercée
1 Gioja, T. I, p. 220-224. - Cabanis, T. III, p. 293-365, et analyse de Destutt de Tracy. - Burdach, T. I, p. 276. - Roussel, De la femme. — Menville , Histoire médicale et philosophique de la femme , 3 vol. in-8°, 1845. - Virey, l’Art, etc., T. II , p. 14. - Carus, op. cit., p. 5-26.
APPENDICE, etc.
sur un sens réveille moins facilement qu’une impression moins forte exercée sur un autre. Le toucher lui -même n’est pas également sensible dans toutes les parties du corps.
Les sensations et les perceptions subjectives des songes ont quelquefois leur occasion dans les impressions antérieures que le corps éprouve ; mais le plus souvent elles sont déterminées par les mouvements organiques des viscères. Dans les deux cas , ces états sont subjectifs; l’imagination les détermine pour ainsi dire à son gré, en sorte qu’elles ont fort peu de rapport avec les réalités présentes ou passées. Cet état est donc comme une folie universelle , périodique et régulière.
La périodicité du sommeil tient sans doute à l’influence de notre système planétaire sur notre être physique , ou à une harmonie préétablie entre ces deux choses. Ce qu’il y a de certain , c’est que l’obscurité , le silence , la fatigue , le repos qui la suit , l’air frais, un bruit monotone , les bains tièdes , les boissons rafraîchissantes , les liqueurs fermentées , les narcotiques ; en un mot , toutes les circonstances capables d’émousser les impressions , ou d’affaiblir, momentanément du moins, la réaction du centre nerveux commun sur les organes , favorisent l’assoupissement et le sommeil.
Mais une lassitude excessive , douloureuse ; une faiblesse devenue maladive et qui a dégénéré en irritation des organes, empêchent le sommeil , loin de le favoriser.
Tout mouvement spontané n’est pas éteint dans le sommeil : les sphincters sont encore contractés ; on peut même se tenir à cheval et marcher pendant le sommeil ordinaire. Nous ne parlons pas du somnambulisme, qui est un état exceptionnel.
Le cerveau semble aussi continuer sourdement le travail de la pensée régulière de la veille, puisqu’au réveil on le trouve quelquefois plus avancé qu’au moment de s’endormir.
Mais les organes qui exercent le plus d’influence sur les songes , surtout dans une certaine période de la vie , ce sont ceux de la génération ; ils agissent sur le cerveau qui réagit sur eux. L’état de sommeil et de rêve est si intéressant , qu’il mérite une étude à part * .
» Voir Cabanis , T. IV, p. 355-394, et 515-519 ; — Virey, T. II , p. 186- 231 ; — Lemoine , Du sommeil , etc. ; — Gauthier, Histoire du somnambulisme.
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§ V. Influence de la maladie.
Le corps humain acquiert dans les maladies des dispositions particulières, et en perd d’autres.
Les sensations s’en trouvent souvent dénaturées , ou rendues plus vives ou plus obtuses. Les hystériques, les hypocondriaques en sont des exemples.
Les maladies affectent principalement les solides, ou les fluides, ou tous les deux ensemble , ou des systèmes tout entiers , ou des organes particuliers. Le système nerveux , spécialement , peut pécher, ou par excès , ou par défaut, ou par perturbation générale, ou par mauvaise distribution de son action. Tous ces dérangements peuvent être idiopathiques ou sympathiques , et , dans toutes ces circonstances diverses, les effets sont différents.
Par exemple , quand les affections nerveuses sont l’effet de la faiblesse de l’estomac et d’un excès de sensibilité dans son orifice supérieur, on remarque une grande énervation des muscles; il s’ensuit une grande langueur dans les opérations intellectuelles , et souvent une si excessive mobilité , qu’elle produit une succession de petites joies et de petits chagrins qui va jusqu’à la puérilité.
Lorsque ces affections viennent des organes de la génération, elles produisent plus souvent l’exaltation , les extases. On observe que les effets des dérangements par excès de sensibilité se confondent avec ceux par irrégularité des fonctions ; car l’excès dans une partie entraîne la perturbation dans l’ensemble.
L’affaiblissement général de la faculté de sentir produit tantôt un accroissement considérable dans la force des muscles et l’état convulsif, tantôt la stupeur et l’engourdissement de la paralysie.
Toute maladie peut être regardée comme une crise ; elle a trois époques : celle de la préparation , celle du plus violent effort , et celle de la terminaison ; chacune est accompagnée de phénomènes intellectuels particuliers.
Dans l’hystérie , la vue est plus pénétrante ; elle saisit des objets plus petits , et perçoit quelquefois dans la plus profonde obscurité. Certaines folies , chez l’homme , donnent à la vue le même degré d’acuité.
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Il est , au contraire , des fièvres adynamiques et ataxiques dans lesquelles la vue devient si faible , que les malades reconnaissent à peine les personnes qui les environnent. Dans l’hydrocéphalie interne , si les deux yeux ne sont pas devenus insensibles , le malade ne souffre que d’un œil.
Les affections du genre épileptique rendent la susceptibilité nerveuse excessive ; le moindre bruit , par exemple , produit des secousses presque convulsives. La surdité , au contraire , est un symptôme fréquent des fièvres inflammatoires ou des fièvres putrides.
L’odorat est de la plus grande finesse chez les hystériques ; elles reconnaissent par là, comme des chiens, les personnes, les objets qu’elles ont touchés, dont elles ont fait usage. Des fièvres ataxiques produisent des sensations subjectives d’odeur sui generis. La fièvre jaune occasionne des effets analogues.
Les maladies hystériques développent également à un très-haut degré le sens du goût. L’organe semble parfois doué d’un instinct qu’on ne rencontre que chez les animaux , celui de reconnaître les substances qui peuvent servir de remèdes. Les chlorotiques ont ordinairement le goût perverti; elles savourent avec délices des choses d’une saveur détestable , le sel, la craie , les fruits verts, etc.
Dans l’extase et l’épilepsie , le toucher est insensible ; l’homme est , pour ainsi dire , mort extérieurement. Dans une foule de maladies, la sensation de froid ou de chaud prend une intensité anomale.
Les causes physiques suivantes peuvent produire la folie : la suppression subite des menstrues , des lochies , du lait , des hémorrhoïdes , d’un vieil ulcère , d’un cautère , d’un flux de sang habituel ; la répercussion d’un exanthème , de l’érysipèle , des dartres , de la goutte , etc.; les coups à la tête, ou les chutes qui s’y font ressentir. La raison reparaît? quelquefois avec le rétablissement des évacuations, ou à l’époque de leur suppression naturelle. On a vu à la Salpêtrière une femme qui était devenue folle à sa première menstruation, et qui guérit à l’âge de 42 ans.
Les talents extraordinaires qu’amènent parfois avec elles les maladies nerveuses, peuvent aussi disparaître avec leur cause. C’est ce qu’on remarque encore lorsque l’exaltation provient d’une con-
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tinence forcée ; la cessation du mal physique met fin à la supériorité des talents.
Les rachitiques , dont le cerveau est extraordinairement développé et irrité , sont assez souvent doués d’une intelligence peu commune.
Les maladies aiguës entraînent l'affaiblissement de la mémoire du jugement. Les accès d’épilepsie font perdre momentanément toute connaissance. L’onanisme porte d’abord atteinte à la mémoire, puis au raisonnement , et entraîne enfin l’idiotie. Les maladies fébriles , en général, affaiblissent l'ensemble des facultés ; elles font naître l’anxiété , la tristesse , le délire , l’impatience , la colère , l’incertitude de la volonté 1 .
§ VI. Influence de la température; — du moment de la journée; — de la saison et du èlimat.
Si l’air est humide et manque d’élasticité , la machine humaine se détend , la sérénité ët la gaîté de l’esprit font place à l’oppression , au mal de tête, à une mauvaise humeur sans raison apparente. Les hypochondriaques sont particulièrement sensibles à cet état de l’atmosphère.
Un air plus élastique facilite la transpiration et tous.les mouvements ; les sensations , les pensées et les actes acquièrent plus d’intensité. Les fonctions deviennent plus actives , et communiquent à l’existence un bien-être indépendant des circonstances et des motifs.
Un climat froid et humide , surtout dans les gorges des montagnes, est plus ‘fécond en idiots et en imbéciles : c’est la patrie des crétins.
Sous un climat chaud et humide , la vie est languissante ét timide , les facultés sont inertes ; il y a nonchalance et découragement dans le travail.
La folie est plus commune dans les températures extrêmes , surtout dans les grandes chaleurs ; c’est aussi la saison où il y a le plus de suicides, d’émeutes et peut-être de crimes. Hippocrate prétendait déjà que la folie est plus commune en Afrique qu’en Europe. U est
* Voy. Virey, ibid., T. I , p. 61-67, 178-208; - Gioja , ibid., T. I , p. 75-79, 178-182, 202 ; — Cabanis, T. III, p. 138-500; T. IV, p. 487- 490 ; — et tous les pathologistes.
APPENDICE, etc.
sûr, d’un autre côté , que le caractère et la moralité publique valent mieux dans le Nord que dans le Midi, quoiqu’on s’y tue davantage.
Un climat tempéré, plutôt chaud que froid cependant, tel que celui de l'Italie et de la Grèce , semble plus favorable aux arts que les climats du Nord. Mais sous un ciel plutôt froid que chaud , et où les beautés de la nature sont moins engageantes , l’homme est porté à vivre davantage avec lui-même ; il est pour ainsi dire plus retiré au-dedans de lui. Il s’y livre plus volontiers et avec plus de patience aux travaux de la pensée réfléchie ; il a plus de profondeur et de solidité : c’est la patrie naturelle des Leibnitz et des Kant.
Sous un ciel très-chaud, le cœur bat plus vite, la vie est plus rapide, l’exaltation cérébrale plus ordinaire. C’est là surtout qu’on rencontre les solitaires , les contemplatifs , les ermites , les moines , les fakirs , les caloyers , les brahmes , les derviches, les marabouts, les bonzes , les talapoins gris , blancs , noirs , et les dispositions les plus marquées aux querelles religieuses. Là se trouvent aussi un grand nombre d’épileptiques, d’hypochondriaques et d’hystériques. La profondeur et la bizarrerie, les idées les plus sublimes et les visions les plus extravagantes s’y donnent la main.
Sous un climat très-froid, tel que celui des Lapons, des Samoïèdes, des Groënlandais , où il n’y a point d’agriculture , où les hommes se nourrissent de la chair du renne et du veau marin, les longs sommeils sont nécessaires pour réparer une grande dépense de force. Un soleil pâle , une nature monotone , les longues nuits d’hiver, un froid engourdissant tendent aussi à donner à l’homme des habitudes d’hibernation. Une stupidité sombre, Pidiotie, l’ignorance des causes naturelles des phénomènes , une grande superstition , la magie , la sorcellerie , la diablerie sont les traits saillants des intelligences ainsi enchaînées 1 2 .
Le passage sùbit d’une température humide et tiède à une température glaciale , aux vents froids du nord , augmente généralement les dispositions irascibles. Ge qui accroît encore l’irritabilité dans les temps froids , c’est que ce sont aussi les saisons où il y a le plus de besoins et le moins de ressources *.
La différence du jour et de la nuit exerce une influence marquée
1 Gioja, p. 132-184.
2 Ibid., p. 203-205.
OEUVRES DE STAHL
sur les végétaux, les animaux et les hommes, dans l'état de santé comme dans l’état de maladie. Un grand nombre d’observations ont été recueillies à ce sujet, surtout par des médecins 4.
La différence des saisons a des effets non moins marqués sur notre globe : la terre elle-même y est visiblement soumise , au moins suivant les régions et les saisons. Pour elle comme pour tous les êtres vivants qu’elle nourrit, il y a la saison du repos, du sommeil, de l’engourdissement, celle de la fécondité et de la production. Dans chaque espèce animée , la reproduction de l’espèce a son temps privilégié, même chez l’homme. Les maladies apparaissent aussi plus volontièrs dans telle ou telle saison , et certaines maladies plutôt à telle période de l’année qu’à telle autre a. L’alouette perd son allégresse et son chant par les temps de pluie. Les animaux timides le sont encore davantage par les temps lourds , quand régnent les vents du midi ou du sud-ouest 3.
Le climat s'entend de toutes les influences extérieures , du chaud , du froid , des vents habituels , des eaux , de la végétation , de la nature du sol , de sa disposition montueuse ou plane , de sa latitude, de la distribution du jour et de la nuit , etc. : c’est ce qu Hippocrate appelait les airs , les eaux et les lieux. On sent combien toutes ces circonstances doivent amener de différence dans la manière d’être , de sentir , de penser et de vivre chez l’homme. On voit différentes races d’animaux modifiées insensiblement suivant les lieux. L’homme est encore plus sensible à toutes ces influences extérieures que l’animal; il y est soumis par un plus grand nombre de points. Son régime de vie , ses habitudes en sont profondément modifiés , et par là toute sa nature. Sa constitution en est directement atteinte y et, suivant qu’elle est telle ou telle , un genre de vie particulier s’établit et entraîne une foule de conséquences physiques et morales, trèsdistinctes. Les climats tempérés et agréables rendent plus communs le tempérament heureux , caractérisé par la liberté de toutes les fonctions. Des circonstances moins favorables et très-diverses produisent celui que l’on désigne spécialement sous les noms A’ atrabilaire et de mélancolique.
4 Virey, T. I, p. 265-273; - Perrin, De la Périodicité, p. 9.
2 Perrin, op. cit., p. 3-9; — Virey, T. I, p. 249-265.
3 Gioja , T. I, p. 103.
APPENDICE , etc.
Mais l’influence du climat sur la maladie ne tient pas seulement à son influence sur le tempérament. Il est notoire qu’il les produit directement; que plusieurs maladies sont endémiques, et que presque toutes sont liées à des degrés divers aux changements des saisons.
Parmi les maladies , celles qui ont les effets les plus constants sur les opérations intellectuelles , telles que les inflammations lentes du cerveau ou des organes de la génération , et même celles du poumon, sont particulièrement propres à certains pays et à certains climats.
D’autres , qui ont des effets différents , appartiennent à d’autres circonstances locales. Celles des pays marécageux et humides sont les catarrhes , les pituites , les épanchements lymphatiques ; celles des pays brûlants et secs intéressent particulièrement le système nerveux.
Il y a plus, nombre d’exemples prouvent que dans les divers climats les mêmes maladies n’ont pas le même cours , et ne doivent pas être attaquées par le même traitement.
De tous les effets de climat , celui qu’ont les pays chauds de hâter le moment de la puberté des deux sexes , et de conduire à une impuissance précoce, est celui qui a le plus d’influence sur les habitudes et sur l’existence tout entière.
Le climat agit aussi sur les organes de la voix , et , par eux , il semble devoir agir également sur le caractère des langues 1 .
L’influence du climat n’est pas la même sur le riche et sur le pauvre ; le premier a beaucoup plus de moyens que le second de se soustraire à ses influences fâcheuses.
Les plantes marines et les poissons qui vivent dans les profondeurs des grandes masses d’eau sont les êtres vivants qui sont le moins soumis aux influences des climats 2 .
§ VIL Influence de V éducation , de la profession, du régime , du genre de vie , de la condition , de l’état de fortune , de la constitution civile et politique , des croyances religieuses , du degré de civilisation et des races.
L’action de l’homme sur les animaux et sur les plantes en modifie jusqu’à un certain point les qualités naturelles. A plus forte raison
1 Cabanis , Rapports , etc. , T. IV , pag. 132-231 , 497-501 . a Gioja, T. I, pag. 83-94 , 204-209.
OEUVRES DE STAHL
le môme genre d’influence doit-il être sensible lorsqu’elle s’exerce sur l’homme. Aussi le moral et le physique s’en ressentent-ils profondément; ils en reçoivent d’abord une impression directe, et réagissent ensuite l’un sur l’autre. La nature des aliments, les habitudes de sobriété ou d’intempérance, le nombre des repas , le lieu qu’on habite , l’heure du lever et du coucher , la nature et la durée du travail, sa variété ou son uniformité, la culture de telle ou telle faculté , l’inertie où certaines autres peuvent être laissées, ou la manière même de les exercer amènent des différences considérables dans le sujet. Un art de plus ou moins qu’on aura cultivé , par exemple la musique , sera une grande affaire. 11 en est de même de la gymnastique , de la natation , de l’équitation , etc. 1
Après l’éducation générale , qui doit être très - large , puisqu’elle doit s’étendre à toutes les facultés physiques , intellectuelles et morales , ce qui exerce le plus d’influence sur l’homme dans l’usage qu’on lui fait faire de son activité , c’est l’état ou la profession. Toutes ses facultés prennent alors , comme une direction et des habitudes spéciales , qui tendent d’autant plus à rapetisser l’homme que la fonction professionnelle est elle-même restreinte à un plus petit nombre de pensées et d’opérations , par exemple , dans le travail divisé de la plupart des industries , et qu’on y est plus long-temps et plus exclusivement astreint.
Quelle différence dans la vie et le caractère , suivant les professions, par exemple, entre la mère de famille campagnarde et bonne ménagère , et les femmes coquettes et désoeuvrées de nos grandes cités ! Une éducation de femme, sous l’une ou l’autre de ces deux influences, engendre des différences profondes tant au physique qu’au moral; différences morales par le physique, différences physiques par le moral2.
Quelle différence encore entre l’homme qui ne se sert que de son cerveau et celui qui ne fait usage que de ses membres !
Les effets de ces causes sont encore accrus par un régime généralement en harmonie avec le genre d’occupation 3 , par les influences
1 Virey, T. II , pag. 1-41.
2 Gioja , T. I, pag. 194-197. — Garus , op. cit., pag. 150 et suiv.
3 Cabanis, T. IV, pag. 3-131 , 411-497.
morales du dehors , et surtout par les croyances et les pratiques religieuses.
N’oublions pas non plus que les conditions inférieures ou supérieures , la constitution politique et celle de la vie civile , la richesse et la pauvreté, le genre d’industrie nationale , les croyances, ont aussi une influence considérable sur les idées et les mœurs d’un pays.
Et comme les genres1 de vie constituent en grande partie les degrés de civilisation , il est clair que la vie errante et solitaire , la vie pastorale et nomade, la vie agricole, industrielle, commerciale, littéraire, etc. , doivent avoir des effets très-prononcés sur les deux principes de l’homme. Ces différents états se compliquent encore par les influences extérieures , par le caractère propre des races et des individus.