AVANT-PROPOS
Il est de la plus haute évidence que toutes les parties du corps animal qui tombent sous nos sens et qui donnent accès à notre intelligence, sont purement et simplement organiques ; d’où il suit que, l’âme cessant d’être le moteur principiant de toutes ces parties organiques, le repos et la cessation de tout mouvement succède à cet état cï activité: dès-lors , ce corps , qui n’est déjà plus celui de l’homme et qui ne jouit pas de l’animation , ne présente désormais plus qu’un agrégat de substances corporelles , mélangées et confuses , eu égard à l’essence propre de ce mixte. Il est
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vrai que ce tout matériel , que ce mixte , dis-je , n’est pas responsable de ce chaos ; car la confusion et la mort n’y sont arrivées que par la retraite de l 'agent microcosmique qui le dirigeait.
Or, tant que cet agent microcosmique dirigeant ce tout, c’est-à-dire ces parties corporelles liées entre elles, non seulement comme mixtes et simplement composées , mais encore , en tant que telles , comme agrégées les unes aux autres dans un but final certain ; tant que cet agent , dis-je , meut et fait agir ces parties ainsi coordonnées; tant qu’il commande enfin à cet organisme , non simplement comme à des corps , mais d’après une direction reconnue et une intention projfre, vu qu’il le met en action, il s’exécute des actes dans ce corps animal , et , pendant ce temps , tout s’y soutient dans une perpétuelle et incessante opération , dans un mouvement incessant et continuel.
Les choses étant ainsi établies et constituées, dans le développement scientifique de l’essence de toutes et de chacune de ces parties, on ne doit pas considérer cette essence purement sous le point de vue physique et seulement telle qu’elle est en soi ; il faut aussi et par-dessus tout l’examiner dans ses rapports; c’est-à-dire qu’après l’avoir vue d’abord telle qu’elle est en soi , sans doute , on doit l’étudier ultérieurement au point de vue final pour lequel elle a été ainsi instituée.
Cela posé, l’essence des parties organiques du corps animal , en tant que telles , suppose leur conception matérielle ou générique , et leur conception formelle ou spécifique : par l’une nous verrons des corps réels , par l’autre des corps organiques ou des instruments; par l’une nous contemplerons beaucoup plus l’essence absolue et simplement relative aux autres corps qui diffèrent par l’espèce, par 1 autre nous verrons cette môme essence dans ses rapports de relation avec tous les autres êtres.
La distinction du divin Vieillard de Cos a tracé et coordonné tout cela ; en ce que , considérant l’essence de ce corps visible et nécessairement organique , il a distingué les parties qui le composent : 1 0 en contenantes (en vertu de leur premier emploi ou de leur essence organique), et 2° en contenues (en vertu de leur manière d’être propre, et de la nécessité de leur substance) ; puis, 3° considérant aussi la cause efficiente en vertu de laquelle ces organes sont mis en action et employés comme instruments , il appelle d’autres parties tâ èvopuwm pèpn , agents qui poussent , qui provoquent l’action et qui meuvent le corps en entier ' .
C’est donc en s’appuyant sur les principaux chefs de l’essence organique, que toutes les parties du corps humain et chacune d’elles sont classées de la manière suivante : dans leur plus grande généralité d’abord , quant au matériel de leur essence organique , et ensuite d’après leurs propriétés physiques générales : ainsi , les unes , simplement mixtes, sont dites similaires ; les autres, au contraire, composées de substances mixtes, diffèrent pour la plupart par leur nombre et leur espèce^- et sont appelées dissimilaires. Parmi ces dernières , on a fait encore une nouvelle division d’après la condition et la connexité des parties intégrantes et constitutives : les unes sont appelées solides , et les autres fluides, et , sous le point de vue de la nécessité de leur essence , les unes sont dites cohérentes et les autres inhérentes. Au moyen de cette distinction, on évite l’inutile proscription du sang, que quelques anciens prétendaient ne pas faire partie du corps , d’après la mauvaise interprétation de la définition que Fernel en a donnée.
A leur point de vue spécial , c’est-à-dire formel , et d’après leurs affections compétentes comme instruments, les unes sont dites contenantes et les autres contenues ; les premières instrumentalement mouvantes et recevant
‘ Voy. T. VIII, Comment. II.
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plus immédiatement une action qu’elles communiquent et quelles continuent ; les secondes simplement unies d’une manière plus médiate, et recevant l’action ou la supportant, en tant que terminativement passives .
D’après' ces conditions, comme, ainsi que je l’ai dit, toutes et chacune des parties du corps animé peuvent être l’objet d’une considération suffisante , adéquate et scientifique , je me propose , moi aussi , dans cette dissertation, de suivre cette même marche, et je me bornerai à n’étudier qu’une seule partie du corps humain , c’est-à-dire les intestins , en tant que organe qui préside à la première digestion. Je diviserai mon travail en autant de chapitres qu’il y a de points de vue distincts sous lesquels j’examinerai mon sujet. Je me propose donc de le considérer : 1° sous le rapport de Y Anatomie et de la Physiologie, 2° sous celui de la Pathologie et de la Thérapeutique .
SECTION Pe.