‹ Œuvres médico-philosophiques et pratiques de G. E. Stahl... traduites et commentées (volume 3)Chapitre 9 sur 51 · PRONONCÉ · texte numérisé non relu

PRONONCÉ

par Aug.-H. FASCHIUS,

Doct. méd., Professeur d’anatomie, de chirurgie et de botanique, premier Médecin du Duc de Saxe, Doyen de la Faculté de médecine d’Iéna !,

a l’occasion de la Thèse de G.-E. STAHL.

Messieurs,

Le caractère des grandes choses dont la nature est cachée , excite en nous le désir de les connaître ; plus elles sont sublimes et élevées , plus notre esprit est ardent à en pénétrer les profonds et majestueux mystères. Or, c’est dans cet ordre que nous plaçons la grande œuvre de la chylification, c’est-à-dire cette opération vitale par laquelle le chyle , conduit à travers le tube intestinal , s’en sépare ensuite peu à peu par voie d’absorption , pour entretenir la vie de nutrition. Telle est la sollicitude , la circonspection et la prudence de la nature , que tous ses soins tendent à sustenter et à conserver la machine si admirable du corps humain.

Il est certain , en effet , que le corps de l’homme est

Voy. T. VIII, Commentaire I.

OEUVRES DE STAHL

dans un mouvement perpétuel , et qu’il réunit tout à la fois en lui Y humide et le chaud.

Qui ne voit , en effet , que le chaud participe de la nature du feu , et qu’il se nourrit sans cesse de l’humide , qui est son aliment ? D’où il suit que la nature , toujours soigneuse et prévoyante pour préserver de sa ruine l’édifice microcosmique de l’homme , a fabriqué , avec une prodigieuse attention , des organes parfaitement aptes à préparer les aliments, et à les conduire à leur entière élaboration. Ces principaux organes sont : Y estomac, ce grand élaborateur de la nature , dont les divers réservoirs sont réchauffés par les foyers des parties voisines , et puis cette longue série des tubes intestinaux annexés au mésentère, à l’aide d’une suite de plis et replis dont les nombreuses sinuosités les protègent en tout point.

Il n’est sans doute pas besoin d’exposer ici les développements de cet arrangement naturel et de la conformation anatomique des intestins; il me suffira, je pense, de noter simplement leur usage et leur action. L’aliment, par une préparation préalable , imbu ou imprégné de salive , et dissous par les sucs gastriques ou ferment de l’estomac , répand un suc semblable à de la crème blanche , lequel , porté à travers la valvule du pylore dans les circonvolutions intestinales , attend son plus intime dépouillement ; puisqu’en effet ce ne sont pas les intestins qui engendrent réellement le chyle , car ils ne font que le dépouiller de toutes les matières qui lui sont étrangères. La digestion commence donc à se faire dans l’estomac , puis se continue et s’achève dans les intestins. Ces derniers semblent ne pas être aussi proprement destinés à la véritable coction ou élaboration du chyle ; leur destination serait plutôt de

DISCOURS DE FASCHIUS.

contenir ce que l’estomac leur transmet après l’avoir réellement digéré, afin d’achever la fermentation à l’aide de laquelle le pur est séparé de l’impur, de distribuer ensuite le premier, devenu suc nourricier dégagé complètement de toute matière fécale , et d’expulser enfin audehors de l’économie corporelle les excréments , pour l’en délivrer. Ainsi, la nature, jamais oisive, ne contribue pas à altérer le chyle , même alors qu’il séjourne et qu’il traverse ensuite , d’une manière si régulière et si admirable , le tube intestinal ; au contraire-, elle travaille sans relâche à Y épurer, et tend à pourvoir à l’alimentation incessante du corps par une nouvelle nourriture.

Les sucs renfermés et déversés dans la cavité intestinale, d’après une disposition naturelle toute spéciale , contribuent grandement à accomplir l’opération vitale si heureuse de la nutrition , et cela en vertu des ferments ou liqueurs qui leur sont propres , savoir : 1 0 au moyen de la bile , qui , de la vésicule du fiel , se porte dans le duodénum par le canal cholédoque; 2° au moyen du suc pancréatique , lequel , du pancréas , se déverse dans le même organe par un canal qui lui est propre ; 3° enfin , au moyen des sucs intestinaux , lesquels , grâce à de très-nombreuses papilles , lubrifient la surface intestinale , en s’échappant des glandes miliaires qui tapissent leur surface interne. C’est donc ainsi que ces sucs avancent et achèvent la chylification , par l’union , par la combinaison intime des parties sustentifiantes du chyle, de ses portions balsamiques et salinovolatiles , en les mêlant aux parties aqueuses ; bien plus , ils ont la faculté insigne d’ajouter à ce chyle quelque assaisonnement et de faciliter l’expulsion des matières fécales.

Ainsi purifié et dépouillé de ses particules hétérogènes ,

OEUYRES DE STAHL.

le chyle possède une saveur saline qui , par son extrême subtilité , pénètre la substance même des intestins ; tandis qu’il est absorbé lui-méme par les vaisseaux lactés, à travers les glandes et les petits pertuis qui se trouvent répandus dans l’épaisseur de leur tissu. L’absorption est bien plus active du côté de l’iléon , dont les vaisseaux lactés vont , en se réunissant, constituer le réservoir de Pecquet, et se porter de là au cœur, afin de revivifier le sang.

L’importance et la nécessité de cette opération chylifiante est démontrée , tant par l’action spéciale de l’estomac qui s’exerce silencieusement et dans le mystère sur les intestins , que par son action sensible et extérieure sur tout le corps. Mon assertion ne saurait être démentie , malgré ce que Pline a pu dire de l’estomac , dont la voracité et la gloutonnerie asservissent le genre humain, lorsqu’il le nomme le plus abject des viscères, et de tous le plus digne de haine ou d’aversion.

Bien que cependant je vienne de mettre en évidence l’importance et la dignité de ce mouvement fonctionnel des intestins , il faut convenir néanmoins que le trouble , la perturbation, les embarras et les obstacles , dans leurs opérations, sont les causes des plus cruelles et des plus affreuses maladies qui non-seulement attaquent les organes intestinaux , mais qui menacent d’une prochaine ruine tout le microcosme humain. Ces désordres morbides proviennent tantôt de la fermentation des humeurs alimentaires ; tantôt d’un principe salin , âcre et corrosif ; tantôt d’un état de resserrement ou de relâchement des intestins; tantôt, enfin, des flatuosités et autres choses semblables qui en bouleversent les mouvements normaux et réguliers , et font éprouver aux médecins qui traitent ces sortes d’affections morbides ,

DISCOURS DE FASCHIUS.

autant de peine et de difficultés qu'elles occasionnent d’atroces douleurs à ceux qui en sont atteints.

Je me plairais , Messieurs , à jeter un coup-d’œil sur les principales maladies de ce genre qui affligent l’humanité, si , sous ce titre : De l'état normal et contre-nature des intestins, l’illustre candidat G.-E. Stahl n’eût traité dans toute son étendue cette même matière , et ne l’eût prise pour sujet de sa thèse inaugurale de licence , afin d’obtenir le titre de docteur, dont nous le jugeons très-digne.

On ne saurait trop rendre un élogieux hommage à la vie et aux études approfondies du candidat.

Stahl est né à Onolsbach ou Anspach , noble ville de Franconie , capitale et résidence du sérénissime marquis de Brandebourg. Issu d’une famille très-honorable , il avait pour père le noble Jean-Laurent Stahl , assesseur et secrétaire distingué du consistoire de l’Église dans ladite ville ; et sa mère , femme d’un grand mérite , était dame Marie-Sophie Meelfuhreria , d’une ancienne et illustre famille. L’un et l’autre s’appliquèrent , avec un soin religieux , à inspirer à leur fils , dès sa plus tendre enfance , l’amour de la religion avant toute chose, et celui des études qui développent la raison et cultivent l’esprit. Lorsque l’enfant commença à grandir, ils le confièrent , pour atteindre ce but et le former suivant leur désir, aux soins et à la foi des hommes respectables placés à la tête de l’enseignement dans leur pays. Notre candidat fait une mention particulière et parle spécialement avec bienveillance et avec un sentiment de gratitude profonde , de la sollicitude avec laquelle il a été élevé par ses honorables maîtres Georges-Frédéric- Schoner et Jean- Martin Fraas , dans les basses classes ; il cite encore Jean-

16 OEUVRES DE STAHL

Christophe Scweiger , plus tard respectable doyen de Leutershusan, et Christophe Beer, devenu pasteur de Lehrbergen et ancien très-méritant du chapitre , lesquels furent aussi ses maîtres dans les classes supérieures. Mais bien qu’il conserve de tous ses professeurs un honorable souvenir, il se sent plus particulièrement obligé par la reconnaissance envers maître Beer, qui a eu pour lui une bienveillance spéciale et presque une tendresse de père : cette circonstance est pour son cœur une heureuse occasion de lui témoigner toute sa gratitude.

Après avoir ainsi passé sa première jeunesse à faire ses études préliminaires selon le cours habituel des écoles , il termina enfin sa philosophie et ses études élémentaires , en 1676, sous la direction du révérendissime G.-Fréd. Junius, recteur et adjoint du ministère de la cité ; puis enfin , appelé à des études supérieures, il fit à tous ses adieux.

A la suite de quelques incidents domestiques qui survinrent à cette époque , le digne candidat différa forcément le moment où , suivant ses vœux les plus ardents , il pourrait être admis à suivre les exercices de l’académie ; il ne put les fréquenter que trois ans après ses études de collège. Pendant ces trois années , il appliqua tous ses loisirs à approfondir plus sérieusement la philosophie ; plus tard, il apprit les éléments fondamentaux de la physique , de la botanique et de l’anatomie, dont il faisait, dans les limites de ses forces, toutes les applications théoriques et pratiques au point de vue chirurgical. Il ne cessa jamais surtout de cultiver la chimie avec le plus grand soin , soit par les expérimentations auxquelles il se livrait chez lui , soit en fréquentant les laboratoires des pharmacies. D’ailleurs , dans toutes ces diverses études , il ne perdit pas un instant de vue son

DISCOURS DE FASCHIUS. 47

intention bien expresse de se consacrer à la science médicale. Ce fut, en conséquence , en 1679 qu’il fit son entrée dans cette académie , ayant à cœur de continuer et d’achever le cours complet de toutes ses études.

C’est pourquoi il assista aux cours publics de l’excellent Rodolphe-Guillaume Crause , docteur en philosophie et en médecine , ancien professeur de chimie et de médecine pratique dans notre faculté , alors que celui-ci traitait dans ses leçons de la diététique ou du régime que doivent suivre les femmes enceintes ; il écouta également avec assiduité la parole éloquente du respectable Georg.-Wolfg. Wédell , lorsqu’il développait en public ses institutions médicales, sa matière médicale, l 'art de formuler et les cas usuels de la pratique. 11 ne fut pas moins assidu à l’entendre dans ses leçons de thérapeutique et de pharmacologie. Il ne manqua pas aussi de suivre ponctuellement mes cours publics , assistant exactement à toutes nos herborisations et à des démonstrations dans le jardin botanique ; en même temps , notre honorable candidat fréquenta soigneusement les cours publics d’anatomie et les collèges où se font ces sortes de démonstrations.

Or, de même que, dans la théorie médicale, il pense que la manière de traiter rationnellement les maladies doit l’emporter sur toute autre méthode , en se basant sur cette théorie intelligente comme règle de médicamentation ; de même aussi il regarde comme étant de la plus haute importance pour lui de suivre , pour son usage et l’application habituelle de sa raison , les opinions des médecins les plus expérimentés.

C’est donc pour atteindre ce but qu’il a lu attentivement les livres publiés par Jean Bohnius et Michel Ettmüller ,

T. II. 2

48 OEUVRES DE STAHL

tous les deux célèbres docteurs, professeurs de philosophie et de médecine , et notre candidat avoue avoir retiré de cette lecture le plus grand fruit pour ses études. 11 n’a jamais négligé l’occasion de faire , dans ses loisirs , les expériences qui pouvaient lui être utiles. Une fois parvenu au terme heureux de ses travaux scolastiques , il est venu enfin , avec l’agrément de ses vénérables parents , donner son nom à notre faculté , et il a demandé , avec la modestie de l’homme qui ne présume pas trop de lui -même, d’être admis aux examens accoutumés. C’est pourquoi je me plais à dire qu’il a manifesté, dans toutes les épreuves qu’il a subies jusqu’à ce jour, les marques les plus évidentes d’une des plus éminentes capacités. 11 a été, en, conséquence , autorisé par notre vénérable doyen Crause à se présenter en ce jour pour obtenir tous les grades honorifiques de l’art médical, et à soutenir sa thèse de licence sous ses auspices, ce qui aura lieu le 26 du présent mois de janvier. Je prie donc notre honorable et illustre Recteur, tous les Professeurs de tous les ordres , les Docteurs et les Maîtres qui prêtent leur puissant concours à la science médicale , de vouloir bien honorer de leur présence cet acte solennel; je le leur demande au nom de l’estime et de l'affection que j’ai vouée à cet illustre candidat !

Donné à léna, A. 0. R.

le 20 janvier 1684.

Page 1