CHAPITRE IL
ARTICLE I»
Traitement des symptômes ou lésions de contenance relative des intestins.
J’ai établi ci-dessus une distinction entre les symptômes des lésions de contenance ; c’est-à-dire que je les ai divisés en relatifs, en tant qu’ils se rapportent directement aux intestins , et en corrélatifs , en tant qu’ils se rapportent au contenu ou aux matières fécales. Les premiers symptômes, ceux qui ont trait aux lésions de la substance même des intestins , disparaissent en même temps que la maladie d’où
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ils provenaient comme de leur propre cause ; les seconds peuvent être traités comme je l’indique ci-après.
Les substances contenues et contre nature , quelles qu’elles soient, mais venues du dehors, solides et fluides, aiguës ou âcres, peuvent être chassées du corps: les premières, à l’aide d’aliments , de facile digestion d’ailleurs , pris en quantité abondante , afin que les intestins distendus outre mesure par ces aliments puissent ménager aux substances étrangères contenues une plus facile issue , à l’aide de cette distension exagérée.
Quant aux substances subtiles et âcres , on peut employer comme moyens préservatifs et curatifs les corps gras , tels que le beurre, X onguent rouge potable, matières qui , en lubrifiant et en oignant les surfaces , et en absorbant en quelque sorte la subtilité et la puissance corrosive de ces substances, en neutralisent et en détruisent les funestes effets.
Lorsqu’on a affaire seulement à des substances âcres et corrosives , il faut employer les absorbants qui leur conviennent et qui sont capables d’en paralyser l’effet délétère* C’est ainsi que, lorsque le sujet aura avalé du mercure sublimé , on administrera avec succès un sel alcalin quelconque, car celui-ci absorbera aussitôt les esprits salins, acides, qui s’étaient déjà combinés avec le sublimé, détruira par cette dissolution le lien , le mode de combinaison qui seul constituait ce virus si délétère , et rendra enfin la présence du mercure inoffensive et nulle. On emploiera contre X arsenic toutes les matières butiracées, laiteuses, etc. , seules capables de modérer la violence des propriétés corrosives de ce poison. Pour prévenir les effets délétères et terribles de 1 eau forte (acide azotique) et des autres substances également douées de propriétés acides et drastiques , il faut , en vue de prévenir leur imminente effervescence , administrer une large et copieuse boisson d’eau pure tenant en disso-
lution des matières alcalines et terreuses , et atténuer par ce moyen leur énergie drastique. Si l’on a à combattre les effets funestes produits par quelque fruit vénéneux, narcotique , narcotico-âcre ou septique , il convient d’administrer tout d’abord un vomitif, afin d’évacuer et d’expulser par ce moyen la cause continente de l’empoisonnement. On donnera ensuite des substances légèrement acides, principalement le bézoard : on peut même donner le vinaigre commun à haute dose, par exemple, à la dose de 2 onces. Ces moyens , en effet, sont très-puissants, et partant recommandables dans les cas d’empoisonnement par une substance végétale 1 .
Les vers intestinaux regardés comme formant une affection spécifique , ou provenant de germes introduits ou infiltrés au-dedans du corps, fournissent diverses indications, savoir: dans le premier cas , où les vers constituent un état spécifique , il convient d’abord de les tuer ou exterminer et puis de les expulser au- dehors, ainsi que je l’ai dit plus haut en parlant de la lésion du contenant. Or, on arrive à ces fins, soit au moyen d’une alimentation procurant des matières fécales plus sèches que d’habitude qui les entraînent sur leur passage, soit, après avoir mangé de semblables aliments, par l’usage de purgatifs capables de provoquer l’excrétion des sérosités de mauvaise qualité , tels que la coloquinte , dans la crainte que les matières fécales dissoutes dans du bon sérum ne soient trop aisément excrétées , et qu’on ait ainsi tenté en vain l’expulsion de ces entozoaires humains par la contraction de l’intestin.
Quant aux vers provenant de germes animaux avalés ou infiltrés de quelque manière dans le corps et qui finissent par y éclore , il faut les traiter de la même manière ; mais , pour parvenir à la destruction de ces germes , comme par exemple de ceux de grenouille et d’autres animaux aquatiques
* Voy. Fabre, Slrychnomanie.
semblables que nous pouvons très-bien avoir dans le corps , il faut employer les huiles d ’ olive , d’ amandes amères, ainsi que des substances amères, telles que la myrrhe, Y absinthe, la centaurée , le chardon bénit, etc. Je conseille enfin de mettre en pratique l’éjection de ces substances par en haut, attendu que ces sortes d’animaux résident principalement dans l’estomac*.
Les substances contenues contre nature et déposées dans les intestins, péchant par cela même par leur mode d’exister, doivent être expulsées , et on doit mettre un puissant obstacle à leur reproduction naturelle , d’après ce que j’ai dit dans les chapitres précédents. (Voyez ce que j’ai dit naguère sur les hémorrhagies.) Or, comme il arrive bien souvent que leur mode d’être en eux-mêmes s’oppose souvent à une expulsion facile , à cause de leur état visqueux surtout ou de leurs propriétés âcres et corrosives inhérentes à leur nature, il convient d’en provoquer l’élimination et la disparition à l’aide d’absorbants. Mais comme il arrive bien souvent que les sels possèdent une vertu incisive bien marquée , et que , bien que dissous dans un véhicule , ils lèsent profondément les vaisseaux lactés vers lesquels ils sont entraînés et pro-
1 J’ai eu , dans ma pratique médicale , trois faits remarquables de ce genre; ce sont : i° Le cas d’une jeune petite fille, âgée. de 3 ans, qui était en proie à des angoisses terribles faisant craindre la mort. Je diagnostiquai un état vermineux , et l’administration de 5 centigr. de tartre stibié suffit / pour faire rendre à l’enfant 26 vers lombrics , de la longueur environ de 30 à 35 centimètres chacun. Après un jour de repos, l’emploi du mercure doux à petite dose lui en fit évacuer 29 autres du même genre par Y anus dans l’espace de quinze jours. — 2° Le cas d’un jeune militaire , revenant de l’Afrique avec les fièvres intermittentes, accompagnées, au moment du paroxysme surtout, de douleurs violentes à l’épigastre . Pour moi l’in¬
dication était formelle et pressante, et, sans égard pour les symptômes gastriques , j’administrai un vomitif qui fit rendre à mon malade deu5t sangsues énormes. Guérison au bout de huit jours. — 3u Enfin, une jeune personne de 19 ans accusait des douleurs vagues à l’épigastre , avec anorexie , dilatation de la pupille, etc. Je diagnostiquai un état vermineux, et, à l’aide d’un éméto-cathartique, la malade rendit, au grand étonnement des parents, cinq lombrics par en haut , et, deux heures après, trois autres par __ le bas.
duisent, par cette sorte de diérèse, l’effet funeste, — qu’on voulait éviter, — que devaient produire ces mêmes substances corrosives , et cela avant même que ces sels aient pu atteindre le but qu’on s’était proposé dans leur emploi ; on se gardera donc bien de les administrer jamais , si ce n’est associés à des purgatifs; on ne les emploiera, dis-je, jamais seuls, afin qu’ils soient détournés avec le liquide séreux attiré à l’aide de l’action incessante des intestins , et qu’ils accomplissent ainsi leur fin par leur contact nécessaire; je conseille, en pareils cas , l’emploi du sulfate de potasse ou tartre vitriolé 1 , l’esprit de salpêtre, etc.
On donnera également en ces circonstances les substances absorbantes terreuses surtout et en grande quantité , les sels de plomb , et principalement les composés de fer associés aux purgatifs , puisque , en effet , en resserrant les voies , cès substances mettent obstacle à un écoulement ultérieur, et l’on pourvoiera ainsi à l’afflux de la diaphorèse; de même que l’on cherchera dans Y opium une sauvegarde contre cette corruption spécifique des humeurs , inhérente , par la fermentation , à leur masse , même dans le cas où une trop grande turgescence de ces substances s’opposerait à l’astriction exercée sur les voies ; mais on n’emploiera cette substance que quand il y aura urgence, et que les efforts critiques de la nature se manifesteront par leur violence propre ou par la souffrance du patient.
Les contenus propres ou ordinaires peuvent provoquer des lésions diverses par leur mode d’être insolite , savoir : 1° par leur état de siccité, qui peut être accidentelle, et même provenir de la vertu astringente des aliments ou de leur propriété absorbante , comme quand on mange une grande quantité de biscuits, de pain recuit, dur et sec. On obviera donc à cet inconvénient par l’ingestion d’une décoction
1 L ’arcanum duplicatum de Stahl était le sulfate de potasse ou tartre vitriolé.
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purgative quelconque , que l’on laissera séjourner quelque temps dans les intestins. Dans les cas de sécheresse habituelle des surfaces intestinales internes , on y obviera d’une manière prëservative en évitant les transpirations trop abondantes , qui rappellent et poussent l’humidité du centre vers la périphérie du corps , et , pour empêcher une récidive , on emploiera les apéritifs et les humectants, tirés tant de la matière médicale que de l’hygiène et du régime. On parviendra enfin à établir et à fixer le mouvement des humeurs vers l’appareil intestinal , au moyen des lénitifs et des laxatifs pris de temps à autre. 2° Les substances contenues dans la cavité de l’intestin pèchent par leur degré de maturité vicieuse , par où elles sont en défaut dans la lienterie et dans la diarrhée ou flux cœliaque , états pathologiques dont je n’ai rien à dire ici , leurs indications étant toutes fondées sur la digestion.
Les matières contenues en excès , comme dans les cas de corruption putride familière aux scorbutiques et aux hypocondriaques , prenant leur source et leur origine dans ces affections morbides mêmes, il faudra employer, pour les combattre, les mêmes moyens qui sont indiqués dans le traitement du scorbut et de l’affection hypochondriaque.
ARTICLE II et DERNIER.
Traitement des lésions de contenance relative au temps, ou des altérations du mouvement des intestins et. de la sensibilité insolite qui en est la conséquence.
J’ai démontré plus haut que les mouvements des intestins pouvaient être altérés de trois manières différentes : 1° par excès; 2° par défaut ou absence complète ; 3° enfin, par dépravation ou déviation de leur but. Or, comme ces divers genres de lésions reconnaissent pour causes les maladies des parties et les symptômes fournis par les contenus, ainsi que je l’ai fait remarquer, il est évident que le
symptôme et l’effet ne cesseront que tout autant que la cause elle-même disparaîtra; et cependant ce mode d’être pathologique et sa violence pressante , agissant d’une manière énergique sur les forces vitales et sur la sensibilité surtout , fournissent une indication réelle à laquelle il faut prêter une sérieuse attention. Mais comme la cause active on passive, selon le point de vue sous lequel on considère la chose, se trouve de part et d’autre dans les substances spiritueuses , il faut en réprimer l’effervescence qui se manifeste dans l’activité insolite et du mouvement et de la sensibilité. C’est ce à quoi Ton parvient à l’aide des opiacés employés à l’intérieur et par l’usage externe des parégoriques saturés de cinnabre ( vide suprà ); on peut même obtenir ce résultat avec avantage par l’emploi de la camomille seule , ou au moyen de l’eau-de-vie. Je me borne à donner ici ces simples indications , bien que je pusse aisément énumérer, avec un pompeux étalage de paroles, nombre de formules et d’ordonnances ayant trait à cette matière.
Les opiacés , administrés à l’intérieur, seront de la plus grande utilité pour combattre , dans un cas pressant , tout excès et toute dépravation des mouvements , en en arrêtant le cours funeste. Ils auront aussi les avantages les plus satisfaisants contre tout excès fi t toute dépravation de la sensibilité vitale des intestins ; mais , dans l’un comme dans l’autre cas, il faut bien faire attention d’appliquer à propos les agents thérapeutiques que Ton met en usage , et qu’ils soient en analogie parfaite avec la cause , bien qu’ils n’opèrent que d’une manière secondaire dans l’économie corporelle.
Je conseille ces dernières substances , afin qu’on voie que je ne me borne pas, sous de vaines promesses fallacieuses, à opposer à une affection réelle et pressante les sulfures de vitriol aurique , etc., et les anodins , qui, jusqu’à ce jour, n’ont été que des substances purement nominales.
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figurant simplement comme telles dans les officines de nos
pharmaciens.
Dans les cas de lésion des mouvements par diminution, dans leur énergie naturelle et leur tonicité , comme dans la paralysie du muscle sphincter , on pourra, dans ce cas, administrer avec succès les nervins , le castor et ses préparations à l’intérieur. L’on peut aussi combattre ce genre d’affections par l’usage externe des fomentations chaudes de romarin , de sauge , de menthe , de mélisse , de marjolaine , etc. , ainsi qu’à l’aide des bains de siège avec les mêmes substances et des bains généraux de fourmis 1 . A l’intérieur, on peut encore faire l’emploi del 'essence de succin 2, de Y esprit de sel, du carbonate d’ammoniaque, des terres calcaires absorbantes , des yeux d écrevisse , des écailles d huître , des concrétions de corail. Ces diverses substances , en effet , remplissent parfaitement toute l’indication , en poussant et en prédisposant le corps à une douce et suffisante moiteur.
Dans toutes les affections intestinales, le régime doit être léger, à l’exception du cas où il existe une lésion quelconque par la présence d’un corps étranger contre nature ; les aliments doivent être choisis parmi les substances faciles à digérer ; les boissons doivent être chaudes , et tout ce qui est mis en contact avec la surface du corps doit également posséder de la chaleur. Aussitôt que tout symptôme inflammatoire a disparu, le malade peut user de vin. Le patient doit se livrer avec modération au travail et jouir du repos. Dans les flux abdominaux , et toutes les fois qu’il existe des symptômes du contenant , c’est-à-dire indiquant une lésion des tuniques intestinales, le sommeil est extrêmement nécessaire , et le malade doit s’y livrer aussi long-temps que possible. Les veilles prolongées sont funestes, les chagrins
1 D'acide formique.
2 Acide succinique des modernes.
et la tristesse de l’esprit sont aussi très-préjudiciables et doivent être bannis. Ne serait- ce que pour prévenir des accidents plus graves, il ne faut jamais laisser séjourner dans les intestins les matières qui doivent en être excrétées, leur stase pourrait devenir funeste ; cependant , toutes les fois aussi qu’il y aura lésion de la texture intestinale , il faut user des plus grandes précautions afin de ne point provoquer une trop grande irritation dans les parties malades.
Telles sont les considérations et les réflexions qui m’ont été suggérées par la raison et l’expérience sur la matière importante qui fait le sujet de ma dissertation inaugurale ; j’ose assurer par avance à quiconque les aura bien saisies et en fera une sage appréciation, j’ose assurer, dis -je, sans craindre de me tromper, le succès le plus satisfaisant et les résultats les plus heureux , toutes les fois qu’il aura à traiter quelqu’une de ces affections, tant internes qu’externes. Cette promesse, je la fais et la réitère surtout à ceux qui, appuyés sur la raison et l’expérience, sauront faire un usage éclairé et prudent des moyens que j’indique dans cette thèse comme propres à guérir.
1 Voy. T. VIII, Comment. IX.