I. Avant-propos de Faschius
,Æoi Propempticum inaugurale est un fragment d’une haute - - Importance , ainsi que nous l’avons déjà fait remarquer.
I. Il nous fournit un exemple d’un usage établi en Allemagne et que nous pourrions imiter : les réceptions doctorales étaient de véritables solennités ; un professeur était chargé de faire connaître les antécédents du candidat depuis son enfance ; de mettre en relief le caractère des doctrines de l’école , et l’esprit particulier dans lequel la thèse était conçue.
II. Faschius nous apprend que le Vitalisme Hippocratique régnait encore, en 1684, dans la faculté médicale d’Iéna: là , comme partout ailleurs , le sage naturisme du Vieillard de Cos , fondé sur l’observation directe et profonde de l’homme sain et malade , et entouré d’ailleurs de tous les secours légitimes empruntés aux autres sciences , luttait avec plus ou moins d’avantage contre les tendances exclusives du mécanicochimisme , prêt à envahir la médecine entière , sous le prestige des grands progrès imprimés depuis peu à la physique et à la chimie, et sous l’impulsion donnée par le Cartésianisme , qui était lui-même une conséquence nécessaire de ce progrès si remarquable et si éclatant.
Développons un instant cette dernière pensée. L’on n’a pas assez vu que le progrès si merveilleux des sciences
RÉFLEXIONS ET COMMENTAIRE. dOl
physiques et chimiques aux XVIe et XVIIe siècles, dû en grande partie à des médecins , a précédé et produit le Cartésianisme, qui en a été la suite inévitable. A son tour, celui-ci a régularisé , accru et dirigé ce mouvement rénovateur auquel la médecine et les médecins ont pris une part, si large et si active. Descartes le savait si bien, qu’il dit <1 « S’il est possible de trouver quelque moyen de rendre » communément les hommes plus habiles et plus sages qu'ils » ri ont été jusqu'ici, je crois qu'il faut le chercher ckins la » médecine — Or, ayant dessein d'employer toute ma vie à » la recherche d’une science si nécessaire, etc. »
On sait que Descartes consacra ses dernières années à l’étude de l’anatomie, de la physiologie, etc. Bacon, Leibnitz, Bossuet, etc., sont tout aussi explicites à ce sujet; ils ont donné le même exemple pratique. On possède à la bibliothèque de Hanovre un exemplaire des œuvres de Van-Helmont, annoté tout entier par Leibnitz. L’évêque de Meaux est entré plusieurs fois dans de longs détails anatomo-physiologiques2 ; il a composé, dit-on, un traité complet d’anatomie et de physiologie, resté manuscrit, véritable chef-d’œuvre , où plusieurs médecins célèbres ont puisé , assure-t-on , le germe ou le développement d’importantes découvertes.
Nous ignorons, en général, bien des détails majeurs sur les rapports intimes de la médecine et des médecins avec les diverses sciences et leurs plus illustres promoteurs, parce que nous étudions peu l’histoire de notre art et la biographie de nos grands prédécesseurs : il est vrai que les bons livres de ce genre sont très-rares ; que la plupart de ceux qui sont dans nos mains , faits à la hâte et sans le moindre soin, fourmillent de lacunes étranges et d’inconcevables erreurs.
1 Disc, sur la méthode, 6e part. p. 52.
2 Voy , par exemple, sa Connaissance de Dieu et de soi-même.
RÉFLEXIONS
Quant à la preuve de la persistance des dogmes hippocratiques dans l’école d’Iëna au XVIIe siècle , on la trouve partout dans les écrits , trop peu connus aujourd’hui , de W. Wédel; elle est dans chaque page du Propempticum de Faschius. «Telle est» , dit-il, « la circonspection , la sollici- »tude, la prudence de la nature , que tous ses soins ten- » dent à sustenter et à conserver la machine si admirable » du corps humain, etc.» La même doctrine , plus avancée, plus précise , plus largement exprimée , régnait aussi alors à Montpellier.
III. Stahl, ainsi que le dit Faschius, après avoir terminé ses études humanitaires , a consacré trois ans entiers à approfondir la philosophie ;il s’est livré ensuite avec ardeur à la physique et à l’anatomie , appliquant sans cesse cette dernière théoriquement et pratiquement à la chirurgie ; il est botaniste et a fait de nombreuses herborisations ; il s’est adonné d’une manière spéciale à la pharmacologie et à la chimie , fréquentant les laboratoires publics , et faisant luimême des expériences en particulier. Il se laisse guider par sa raison , mais il tient compte des opinions qui ont cours dans le monde , sous le patronage des grands médecins dont il a médité les écrits. Le maître qu’il a pris surtout pour guide, c’est W. Wédel, le plus célèbre de ses professeurs à Iéna, qui était , nous le savcms, un infatigable écrivain, un praticien très-répandu, un profond érudit, très-versé dans les sciences physiques , chimiques , zoologiques , qu’il appliquait, avec autant de zèle que de succès, au perfectionnement du Vitalisme Hippocratique , dont il était un des plus ardents promoteurs.
Tels sont les antécédents de Stahl à 24 ans , au moment où il va soutenir sa thèse pour le doctorat. 11 a, comme nous le voyons , embrassé toutes les sciences ; il les a contemplées de haut , en les rattachant à leur lien commun ,
ET COMMENTAIRE
la philosophie , sans en négliger les détails : il fait grand cas des sciences positives , expérimentales ; il observe et expérimente beaucoup ; il est habile en physique , en botanique , en chimie , en anatomie , en chirurgie ; il aime l’érudition, et respecte sans fétichisme toutes les opinions respectables ; mais il soumet tout au contrôle de sa raison , prêt à attaquer, sans hésitation et sans crainte, tout ce qu’il trouvera de contraire à la vérité , qu’il regarde comme divine et qu’il place au-dessus de tout : Vitam impendere ver o, telle est sa devise. Pas de faiblesse, pas de détour, pas de lâche dissimulation , pas de feinte modestie plus orgueilleuse que l’orgueil même , pas de précautions oratoires ou de circonlocutions hypocrites pour déguiser ou voiler même sa pensée. La médecine est un sacerdoce ; elle en a les devoirs et les droits ; elle doit avoir horreur du mensonge quand il s’agit des intérêts de l’humanité , car le médecin, plus que tout autre, dit avec Hippocrate1 et avant Térence : Homo sum , et nihil humanum mihi alienum puto. «La » vérité engendre la haine.» Mais qu’importe? elle est utile , elle triomphe et impose le respect2.
Sous tous ces rapports , dira-t-on , Stahl est Cartésien , mais plus positif , plus ferme , plus intraitable que le philosophe français : non , Stahl est tout simplement Hippocratiste , car tout cela se trouve dans les écrits de Cos ; seulement, notre jeune candidat est allemand, très-religieux, piétiste même, et, de plus, il se nomme Stahl.
Ce portrait, qui ressort du discours préliminaire de Faschius, et dont tous les traits deviennent de plus en plus saillants à mesure qu’on médite la dissertation qui est sous nos yeux, ne ressemble guère au tableau de fantaisie que les
1 Hv yâ.p Ttzpyj yikctvOpumri , itipetni v.m fùore^viti : L’amour de la médecine est inséparable de l’amour de l’humanité (Hippocr., Ilxpxyys'kicu. — Van-der-Linden , T. 1 , p. 62.) — Voy. Opusc. hippocr, trad. sur le texte , avec comment, par L. Boyer et Girbal.
2 Voy. Stahl , Propempticum de curationibus in chartâ.
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historiens de la médecine reproduisent sans se lasser, en se copiant et en oubliant de remonter aux sources. A côté de quelques points exacts, ils placent des exagérations ou des erreurs. Ici, comme presque partout, le roman plus ou moins historique est venu se substituer à l’histoire. Stahl a-t-il subi , par la suite , une transformation profonde? Nous verrons qu’il n’en est rien ; des hommes comme lui se modifient légèrement avec l’âge , la position , les circonstances; mais , dans leur fond , ils ne changent pas.