‹ Œuvres médico-philosophiques et pratiques de G. E. Stahl... traduites et commentées (volume 3)Chapitre 30 sur 51 · CHAPITRE UNIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE UNIQUE

§ 1er. le désir de savoir est une preuve évidente de la nature intime de l’homme.

L’esprit humain, par le privilège absolu d’une raison qu’il possède d’une manière exclusive parmi tous les êtres qui lui sont connus ici-bas , se trouve tellement avide de science, qu’il se sent constamment entraîné vers ce noble but par une incessante et facile activité intentionnelle , et qu’il ne goûte de repos que lorsqu’il a acquis la connaissance de ce qu’il se proposait de savoir ; aussi, par là même se révèle un enseignement touchant le fond de sa nature intime, qui consiste dans une action, dans une agitation permanente, dans une marche progressive au milieu des objets et du passage varié d’un objet à un autre , si bien que tout ce que nous savons à l’égard de cette nature (c’est-à-dire que tout ce que notre nature sait d’elle-même), c’est précisément et uniquement ce que nous voulons savoir, acquérir, découvrir et comprendre.

§ II. L’effort de la volonté en est une autre preuve.

La volonté elle-même , cet acte souverain de la nature humaine , qu’est-elle , sinon un continuel effort que fait l’esprit pour découvrir, pour savoir, pour expérimenter ou comprendre parfaitement les qualités intimes des choses (to quale rerum ) , c’est-à-dire ce qui fait que nous jugeons ces choses agréables , aimables , acceptables enfin et dignes des mouvements de la volonté pour se les approprier ; ou bien ce par quoi nous rejetons ces mêmes choses , à cause de ce qu’elles ont de désagréable , et parce que la nature

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humaine éprouve une certaine répugnance et un véritable dégoût dans son contact et son commerce avec elles.

§ III. Habileté d'acquisition par l’intellect et la volonté.

C’est assurément plutôt au point de vue de l’intention pure de l’acte que de l’action elle-même , qu’est digne de remarque cette intime et très-subtile habileté d’acquisition, qui , d’une part , atteint la connaissance d’un grand nombre d’objets , différant entre eux par l’espèce et surtout par le nombre , et cela avec une incroyable promptitude ; tandis que , d’autre part , elle en poursuit la conquête avec une intention toute particulière et une ardeur sans égale.

La première de ces opérations est directement exécutée par Y intellect, manifestant de toute manière sa puissance et son énergie ; la seconde est du domaine de la volonté, douée pour certaines raisons particulières d’une constance telle , qu’elle demeure généralement inébranlable durant toute la vie , et qu’elle poursuit constamment et sans relâche l’objet de ses recherches.

§ IV. Explication.

Je ne parle ici que des espèces les plus subtiles des choses qui sont du ressort de la perception délicate des organes sensitifs, tels que X odorat, le goût , l 'ouïe, la vue même et le tact le plus exquis.

L’action de l’intelligence, dans ces diverses opérations, est on ne peut plus manifeste < , attendu que , à l’instant même de la perception , non-seulement 1 0 elle reconnaît la présence réelle des objets, mais encore 2° elle les distingue parfaitement , et cela , non pas tant d’une manière générale et négative, en contrôlant simplement ce que tel ou tel objet n’est pas dans sa réalité, au point de vue de la sensation , en sorte que chacun d’eux puisse être facilement

1 Voy. T. VIII , Comment. XV.

distingué d’un autre (quoiqu’un esprit clairvoyant et attentif doive bien s’apercevoir qu’une pareille distinction ne peut s’opérer que par un acte profond de l’intelligence , par un sérieux jugement de la pensée , touchant la véritable différence de nature formelle des objets), mais surtout d’une manière spéciale si positive et si directe ; que 3° l’objet est défini et compris plutôt par les attributions qui lui sont propres que par ce qui lui est étranger 1 .

Or, quoique ce qui vient d’être dit suffise pour démontrer directement que toutes ces choses sont l’œuvre de l’entendement, il y a là cependant comme un troisième et dernier agent principal , la volonté , qui , de concert avec l’intelligence et la pensée , admet favorablement toutes ces distinctions, et qui agrée ou rejette toutes ces espèces de choses , telles qu’elle les a saisies ; puisque , en effet , elle les tient non-seulement pour agréables , délicieuses , belles et désirables , et qu’elle les déclare telles , c’est-à-dire que , par un mouvement qui lui est propre , elle se porte vers ces objets ; mais quelquefois encore (et combien d’exemples n’en avonsnous pas ! ) la volonté , par un mouvement impétueux et souvent opiniâtre , poursuit ces mêmes objets, désire évidemment les atteindre , et fait tous les efforts imaginables , les plus pénibles , les plus fréquents et les plus soutenus , pour les posséder et en jouir toujours.

§ V. Le mode d'action de l'intelligence est insaisissable. — On se rend mieux raison de la volonté.

Voici un fait bien digne des plus sérieuses considérations :

1 Ce haut et transcendant langage , frappé au coin de la fine scholastique , est néanmoins bien intelligible. Quelle profondeur de pensée dans notre médecin-philosophe! Quiconque est tant soit peu familier avec S. Thomas reconnaîtra ici le cachet de la haute École créée par le docteur angélique. Mais, de grâce, qu’on ne vienne point accuser Stahl de sensualisme , encore moins de matérialisme ; il vient de le déclarer lui-même : « Je parle ici des •espèces les plus subtiles des choses qui sont du ressort des sens. » Qu’on pèse donc bien ces paroles avant de juger !

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l’esprit humain agit avec une véritable et solide raison, avec une réelle liberté de choix (sans aucune espèce de raisonnement vulgaire), et je pense que mon sentiment sera partagé et facilement adopté par toutes les personnes chez qui la puissance de la pensée fait goûter les jouissances de l’usage du jugement le plus exact , et qui ont à cœur d’employer cette éminente faculté à la méditation de ce fait ; je m’explique , et je dis :

Au point de vue du mode de l’intelligence , et de la manière dont elle s’exerce si bien à propos sur tant de choses , il n’y a certes aucun espoir de comprendre quelles en sont les mystérieuses raisons ; tandis que , au point de vue des motifs de cette volonté (je veux dire de cet appétit d’après lequel un certain objet , et même un si grand nombre de choses sont appelées agréables , acceptables , délicieuses, etc.), l’idée de ces objets pourrait naître dans l’esprit sans qu’il y eût préalablement un acte de désir, de choix , ni même un sentiment de plaisir, comme si nous étions réellement portés par la volonté vers ces objets-là, et à leur plus fréquent usage , parce que l’esprit humain désire connaître à fond la véritable nature des choses , afin d’entreprendre ou au moins de tâcher de les saisir par le raisonnement, et surtout d’atteindre à l’intelligence ou plutôt à la conception absolue de leur absolue constitution naturelle.

§ VI. Aversion et répulsion de la volonté.

Mais , en tout cela , il peut y avoir un acte d’opposition contradictoire , je veux dire un acte bien volontaire de répulsion et d’éloignement , une déclaration formelle de la volonté, sur ce que ces objets ont de désagréable, de nuisible, d’odieux, de répulsif et de dégoûtant.

Certainement les choses pour lesquelles notre âme a de l’aversion , peuvent facilement être aussi nombreuses que celles qui font l’objet de ses désirs ; mais cela n’a aucune

analogie avec le but des investigations de l’esprit, c’est-à-dire avec l’intention d’acquérir une plus profonde connaissance de la nature intime et absolue des êtres ; puisque , en effet , refuser d’acquérir la notion des choses , ou d’une chose quelconque considérée en elle -même, ce serait certainement envelopper de plus grands embarras encore la faculté de raisonner et de comprendre.

§ VII. L'esprit se porte avec passion à la connaissance de la nature intime des choses.

Il nous serait , évidemment , bien facile de donner une meilleure raison de cette appréciation des choses agréables ou désagréables , une raison , dis-je , d’autant plus solide qu’elle est fondée sur la comparaison des objets au point de vue de leur utilité pour le corps ; mais ce n’est pas ici le lieu d’en faire l’application. Cette réflexion nous amène du moins à une plus exacte considération de la vérité du fait, c’est-à-dire que l’esprit humain se porte avec une certaine passion et avec une ferme volonté à connaître la nature constitutive et absolue des choses, comme si celles-ci étaient susceptibles d’être soumises au raisonnement ; en d’autres termes , comme si elles étaient accessibles à l’intelligence et à l’imagination , sous une forme constante , une dimension réelle et une proportion numérique locale.

§ VIII. L'étude de cette connaissance a été le sujet de soigneuses recherches.

S’il fut jamais une époque où l’esprit de l’homme se soit porté à cette étude , c’est bien certainement depuis la renaissance , alors qu’on s’est occupé de cette question avec non moins d’ardeur, de soins et d’exactitude qu’avaient pu en déployer quelques anciens plusieurs siècles auparavant : ce qui est prouvé par les monuments que nous ont laissés Démocrite , Épicure et leurs nombreux disciples.

Mais nous constatons avec douleur que cette sollicitude

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ne s’est pas maintenue. Nous voyons, en effet, de part et d’autre , ces hommes prétendre avoir écarté toutes les difficultés et regarder la science de la nature comme arrivée à sa perfection ; ils s’en réjouissent et assument sur eux une grande responsabilité lorsqu’ils assurent qu’ils sont parvenus à pénétrer à fond tous les mystères de la Création.

§ IX. Le rapport spécial des choses est encore inconnu.

Or, le contraire de cette dernière assertion est attesté par cette grande et capitale difficulté , savoir : que l’homme , dans la jouissance de sa prétendue propre gloire , n’a nul souvenir de ce qui l’intéresse réellement en ceci : je veux dire que , quelle que soit la forme que notre imagination donne aux choses , nous ne saisirons jamais ( dans une seule espèce particulière, pas plus que dans l’universalité des objets considérés sous ce point de vue d’appréciation et de compréhension générale) aucune sorte de rapport pour lequel et selon lequel une chose quelconque de ce monde puisse être trouvée ou doive être regardée d’une manière absolue comme bonne ou mauvaise , agréable ou désagréable à l’égard de la nature humaine.

§ X. Parce que la condition propre de ces choses est aussi inconnue.

Et cependant, pourquoi ne saisirions-nous pas, d’une manière certaine , la raison de ce rapport , s’il est vrai que l’on puisse parvenir à la connaissance exacte de la véritable condition propre de l’essence constitutive de chaque chose en particulier ? N’est-il pas évident , en effet , que de la comparaison de plusieurs objets devraient ressortir les rapports mutuels qui existent entre eux , et de là , probablement aussi, leur raison d’être ? Mais on ne l’a pas fait ; il paraît même , au contraire , que l’esprit humain n’a pas reçu de son Créateur ce privilège d’intuition intime , et que

cette imperfection chez l’homme doit être attribuée à ce que les objets extérieurs ne transmettent à l’esprit que des impressions et des affections très-générales, par là même sans aucun résultat ni aucun rapport spécial.

§ XI. Raison encore défective du rapport général ou de l'affection. — Preuve tirée de l’absurde définition de l'agréable.

Quoique ce soit avec plein droit que j’insiste encore sur ce que la raison d’une affection , même la plus générale , n’est pas sans avoir un défaut naturel bien remarquable , car elle ne répond pas même , dans la moindre proportion , à ce véritable effet : de présenter à la volonté humaine la réalité de l’agréable ou de son contraire ; ce n’est ici cependant ni le lieu ni le moment d’apprécier la portée de ces expressions, par lesquelles on croit se tirer d’embarras, quand on dit que l’on doit appeler agréable ce qui affecte agréablement les parties sensibles ou les organes sensitifs du corps,. et cela certes, d’une manière complète, à l’aide de cette constitution corporelle qui absorbe déjà toute l’essence de l’objet sensible, c’est-à-dire perçoit l’essence absolue de cet objet par la connaissance des proportions réelles de sa forme, de son étendue et de sa mobilité spéciale.

Or, comme cette vaine argumentation n’est qu’une fade et grossière pétition de principe , elle ne mérite pas une sérieuse réfutation, mais elle me fournit l’occasion bien opportune de prévenir combien je suis l’ennemi d’une aussi faible dialectique, et que je dois m’abstenir de toute espèce de discussion sur de pareilles futilités. Mais s’il m’était permis de donner un avis à ce sujet, j’engagerais ceux-là mêmes qui veulent paraître y comprendre quelque chose , de ne pas user d’aussi absurdes arguments. Ne faudrait-il pas, en effet , qu’on eût à faire au plus mince de nos écoliers , et que ce jeune étudiant fût imbu de la logique la plus vulgaire, pour qu’il daignât prêter l’oreille à des raisonnements tels T. II. <8

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que celui-ci : « V agréable ou l’agrément, offert à la sen- » sibilité ou perçu par les sens , n’est que X effet particulier » de la forme certaine de quelque corps subtil, effet que » les personnes qui savent s’exprimer avec discernement et «convenance nomment du nom de douceur, de suavité » ou $ agrément. » — Loin de nous un pareil langage ' ! . . . ,

§ XII. Ces rapports conviennent à l'essence générale des choses.

Quoique tout cela ne soit qu’une pure invention assez futile de la raison humaine ou de son caractère, raisonneur, et pour l’ordinaire , même très-généralement , un fait trèssimple, d’un bien stérile avantage, ce n’est certes pas cependant un fait absolument nul ou contraire à la vérité; car, en l’absence du concours immédiat de toute volonté, ce fait peut atteindre certains rapports qui conviennent suffisamment à X essence générale des choses , et paraissent indiquer assez de vraisemblance, touchant même la puissance des faits spéciaux et des modes d’existence.

Puisque de même que tout être implique deux considérations distinctes, celle de son existence et celle de sa création , et , sur ce dernier point , deux modes divers , celui de la possibilité de sa production et celui des lois selon lesquelles il doit être produit ; de même aussi cette considération qui fait consister l’essence des choses dans leur extension numérique, leur forme et leur compréhension ou grandeur (selon leur nature, au point de vue de leur existence actuelle et de leur possibilité d’être), s’accorde certainement assez avec l’essence générale de tous les êtres.

§ XIII. Ces rapports ne conviennent pas à la manière spéciale dont les choses doivent être produites.

Mais, sous ce dernier point de vue, il n’existe réellement

1 Yoy. T. VIII, Comment. XVI.

aucune disposition, soit simple, soit réciproque, à une volonté. Cependant, est bien différente la considération d’un fait , selon qu'il doit être 'produit, attendu que , par l’effet même de l’obtention finale et de la perpétration de ce fait, cette considération présuppose non-seulement la volonté de X agent et la destination ultérieure de l’acte ou de l’effet lui-même , — car l’idée de la production qui doit avoir lieu renferme aussi toujours celle du but final du phénomène , but pour lequel on comprend bien qu’il se produit et doit même se produire, — mais encore une pareille destination des moyens propres à obtenir cet effet à l’égard de l’agent lui-même ; de sorte que l’agent , à cause de cette disposition , désire ces moyens en tant qu’ils lui sont avantageux , c’est-à-dire en tant qu’il les croit agréables et bons au but principal de sa propre destination.

§ XIY. Cette disposition n’est pas bien connue.

Or, quelque insignifiantes et , comme nous l’avons dit , quelque peu importantes que soient les conquêtes de l’esprit humain touchant cette considération déjà mentionnée de l’existence simple des êtres , tels qu’ils sont ou tels qu’ils peuvent être par hasard, il suffit cependant d’un peu de prudence et d’attention pour s’apercevoir que notre esprit n’a pas acquis assez de lumière , même pour connaître simplement (bien loin de connaître à fond) cette disposition par laquelle les choses doivent être faites de telle ou telle manière , et jamais absolument d’une autre ; disposition telle , qu’il y a nécessité absolue qu’elles se fassent de telle manière, c’est-à-dire qu’il ne peut pas ne pas se faire que les choses soient produites telles qu’elles sont. Je le' répète encore, à ce point de vue , les modernes ne me paraissent pas mieux avoir approfondi la question que ne l’ont fait les anciens , attendu qu’ils ne veulent admettre , ni comprendre , ni saisir presque rien touchant I’organisme , pour ne s’attacher uniquement ,

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au contraire , qu’à tout ce qui se rapporte à ce mécanisme que l’on étudie, mais que l’on comprend si mal.

§ XV. Aperçu des anciens sur cette disposition. — Quelquesuns ont prétendu qu'elle était l'effet du hasard.

Toutes les fois que mon attention se porte sur les fragments scientifiques que les anciens , quels qu’ils soient , ont légués à la postérité, je suis moins étonné de leur sagacité que de l’indifférence et de l’aversion qu’affectent à leur égard nos contemporains, alors qu’ils devraient mettre tout leur zèle à les imiter, à continuer leurs efforts et à les faire utilement fructifier par leur habileté spontanée et par toutes les ressources de leur génie, si fécond.

Les anciens comptent le hasard au nombre des causes physiques , et ils prétendent que les différents changements, les générations et les corruptions physiques sont dus à cette cause inconnue , le hasard.

Je suis certes bien loin moi-même de compter le hasard au nombre des causes qui ont quelque efficacité , et personne, je crois (pour peu qu’on s’applique à parler avec justesse, clarté et précision, afin d’être bien compris), ne pourra dire que le hasard soit la cause active et génératrice de quoi que ce soit.

Cependant il est raisonnable de faire ici cette distinction , qu’un certain nombre de choses sont , au moins, produites par le hasard , mais que beaucoup , ou même un très-grand nombre d’autres, sont, en réalité, le produit plus positif d’une véritable raison causale , tout opposée à cette ignorance de causes, c’est-à-dire au hasard « .

§ XVI. Les anciens font intervenir le destin dans les causes physiques.

La plupart des philosophes tournent les anciens en

1 Premier sujet de doute de Leibnitz. (Voy. Negotium otiosum , T. VI; Polémique entre Leibnitz et Stahl.)

ridicule , de ce qu’ils ont fait intervenir le destin dans les causes physiques ; quant à moi , je ne m’occupe pas de savoir dans quelle acception propre ces derniers prennent ce mot destin, et si la chose prise dans ce sens (de cause physique) mérite réellement d’être étudiée. Cependant je pense qu’il ne serait pas indigne d’une sérieuse considération d’examiner, non pas tant ce que les anciens ont dit touchant le destin , que ce qu’ils auraient pu et dû dire à ce sujet 1 .

§ XVII. Mauvaise manière d'argumenter en réfutant.

L’ineptie se mêle, en effet, bien souvent au sérieux de la controverse , lorsqu’il s’agit de réfuter les erreurs des autres sur de pareilles matières ; mais on ne défend pas mieux pour cela l’intérêt de la cause , et on n’a pas le courage d’avouer que ce qu’on réfute est plutôt un vice de l’opinion que l’on se fait des choses, que le vice des choses elles-mêmes. Car, quoique souvent dans le feu de la discussion il se glisse d’ailleurs de grandes méprises (7 raoopa/xa) , lorsque l’opposant, au lieu de réfuter simplement la thèse contraire, se jette témérairement dans la critique de cette thèse ; — attendu qu’il y a une gran le différence entre enseigner une vérité et soutenir comme vraie une chose qui est réellement faùsse , et qu’on peut aisément prouver qu’une proposition fausse ne mérite pas d’être admise comme vraie ; bien qu’on ne puisse pas arriver toujours à la déduction propre de ce qu’un fait a de vrai en soi, — cependant le contraire vaut infiniment mieux , soit que l’on entreprenne de mieux déduire et de mieux expliquer la nature de la chose, soit que, au lieu de réduire à néant une fausse hypothèse sur un fait quel-

1 La principale cause des erreurs des anciens à ce sujet avait son origine dans les défectuosités et les vices des croyances superstitieuses de leur époque ; elle provenait surtout de cette espèce d’influence tyrannique exercée par le paganisme sur tous les esprits. Qu'on se rappelle que l’accusation capitale dirigée contre le sage Socrate par ses ennemis s’appuyait sur ce qu’il enseignait l'existence d'un seul Dieu !

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conque , on s’efforce sans réflexion d’en révoquer généralement en doute, ou d’en détruire et nier l’existence et la vérité.

§ XVIII. Ce qu'on entend par hasard et destin.

Quant à moi , si j’examine ici le sentiment des anciens sur le hasard et le destin1 par rapport aux choses naturelles ou physiques , c’est afin de faire comprendre la véritable distinction qu’implique la production des espèces , en tant qu’elle est , ou plus indifférente dans sa raison d’être , ou plus conforme à un dessein , à une destination pour une fin évidemment certaine. Aussi faut-il concevoir que difik rentes espèces d’êtres corporels , et surtout qu’une quantité innombrable d’individus dans ces diverses espèces, naissent et périssent certainement sans avoir eu aucune destination évidente , sans aucun but final positif et posé d’avance , et que la cause occasionnelle d’une pareille génération , qui n’a rien de certain , rien de stable , rien de fatalement ou de finalement nécessaire , peut bien être appelée hasard.

Attendu que ce mot , employé à l’égard de toutes autres choses quelconques, présente à l’esprit l’idée .d’une telle nature et d’une telle série de circonstances , que rien ne s’y produit avec un plan bien arrêté , avec une intention réelle et un dessein délibéré; mais que, quoiqu’il y ait production, tout ne se fait dans ces espèces que par le concours (sans prévision et sans dessein) de circonstances aveugles.

Il faut cependant concevoir aussi que différentes autres espèces sont plus évidemment , d’une part , destinées , à priori, à des usages certains , comme à leur fin constante et inévitable , et par conséquent nécessaire à ces mêmes usages qui, sans ces espèces, n’auraient aucune valeur, aucune raison d’être; mais, d’autre part, à posteriori, il ne se présenterait jamais ou ne se trouverait nulle part telle espèce ou même tel individu qui , par sa constitution for-

1 Voy. T. VIII, Comment. XVII.

melle plus encore que par l’acte lui -même, ne soit, trèsréellement et sans aucun doute , destiné et tout dévoué au service de semblables usages ; à tel ou tel usage , dis-je , et non jamais à telle ou telle autre fin.

Or, que cette destination plus vraie ait un rapport positif de cause , pour lequel , à l’égard du genre , d’après lequel , à l’égard de l’espèce, l’acte de production soit non-seulement entrepris, mais encore dirigé et régulièrement accompli, avec toute l’exactitude qui convient à son but final ; il est assez évident, je pense, que tout cela a une parfaite synonymie avec une nécessité fatale de production physique.

Pour ce qui est du hasard , au contraire , nous sommes bien loin de le prendre comme indiquant la notion exacte et positive d’un fait réel , bien loin de le regarder en lui-même comme une chose réellement efficace ; mais nous le considérons plutôt comme une simple constatation de l’absence de ce caractère , sur lequel se fondent évidemment (d’après les nombreux et les frappants exemples matériels que nous possédons à cet égard ) et la destination et la marche régulière des choses vers une fin certaine et arrêtée.

g XIX. Nécessité de distinguer entre la destination de l'impétuosité fortuite.

Une distinction entre la fatalité ou destin et le hasard nous semble devenir d’autant plus nécessaire , que , dans ces derniers temps, on a remis en vigueur et le système de Démocrite et celui d’Épicure.

Le sentiment de Démocrite , comme plus simple , nous parait certainement assez vraisemblable et clair ; car il prétend que tout ce qui tombe sous nos sens , et qui même affecte notre sensibilité la plus subtile, se trouve accompagné et grossi d’un nombre incompréhensible de corpuscules insaisissables un à un et ne pouvant tomber isolément sous les sens.

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Mais comment toutes ces choses -là ne forment -elles qu’un seul corps par l 'acte même ? Quel est l 'agent qui les unit?.... Démocrite ne paraît pas avoir dit grand’chose de positif à ce sujet.

Mais Épicure , ayant eu l’audacieuse témérité de nier tout concours de la Divinité dans ces phénomènes , n’hésita pas à leur attribuer une sorte impétuosité , — je ne sais laquelle , — d’une nature si douteuse et si indécise , entre une nécessité générale et les fluctuations spéciales du hasard, que ce serait en vain qu’on en espérerait quelque chose de positif, et surtout un résultat ayant quelque analogie avec la nature des choses physiques possédant une destination connue et déterminée.

§ XX. Réunion corpusculaire.

Un grand nombre de ceux qui ont embrassé le système de la réunion corpusculaire , ont été plus réellement entraînés dans ce même gouffre d’erreurs profondes , qu’ils n’ont été les sectateurs avoués de Démocrite : je veux dire , en effet, que n’ayant aucune idée de la destination de ces phénomènes, ou bien se les imaginant bien autrement qu’ils ne sont en réalité , ceS mêmes hommes renversent l’ordre naturel des choses , pour attribuer au hasard les plus considérables de ces phénomènes , et à la nécessité les moins importants.

§ XXI. Les sectateurs d'Épicure ont mal interprété la destination des choses physiques.

Qui pourrait , en vérité , prêter l’oreille à Épicure s’il est l’auteur de pareilles absurdités, ou aux sophistes qui affectent d’en paraître eux-mêmes les auteurs, alors qu’ils posent en principe, comme une vérité universellement reconnue et qu’il faut absolument croire , savoir : que toute la masse immense de ce vaste univers , et que ce grand

système d’êtres innombrables , de la multitude et de la grandeur desquels ils n’ont eux-mêmes aucune idée exacte , ont , un jour, si bien reçu du hasard leur disposition présente , que chacun d’eux en particulier a adopté la situation qu’il possède encore aujourd’hui , ou que , après l’avoir une fois subie , il est tombé dans un autre état , pour y persévérer par le simple fait d’une nécessité inviolable ?

Des sophistes qui, avec une témérité inouïe, jettent ainsi la confusion et le désordre dans l’exposé scientifique d’un sujet si sublime, peuvent-ils nous faire espérer quelques considérations sérieuses de leur part, touchant, je ne dirai pas seulement , les choses les plus légères en apparence , mais même touchant celles qui ont en réalité la plus haute importance, vu qu’elles s’exécutent par la volonté de l’homme à l’égard de sujets corporels, et sur des choses qui , pour la plupart , sont évidemment assujetties et soumises d’une manière toute spéciale , avec exactitude et surtout avec un certain ordre , à la volonté humaine ; et tout cela cependant sans qu’il y ait aucune espèce de nécessité préalable , ni même aucune disposition absolument directe à ce que les choses se fassent ou ne se fassent pas ainsi , puisque rien ne se fait uniquement que selon l’intention de la volonté humaine , de la manière , au moment précis et autant de fois que cela lui plaît.

§ XXII. Comment les plus sages ont prétendu résoudre cette difficulté. — Lois éternelles.

Quelques philosophes un peu plus clairvoyants s’aperçurent de ces difficultés , et entreprirent de les résoudre par de bien regrettables inventions. L’un de leurs procédés fut de mettre d’abord à l’écart toutes ces choses (c’est-à-dire tout ce qui concerne la destination des choses physiques), comme trop difficiles et même insolubles. Mais c’est là certes un bien triste expédient , et une pareille exclusion

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est d’autant moins logique , qu’ils veulent faire considérer tout le reste comme une vérité incontestable, osant donner pour appui et fondement à leurs assertions erronées certaines lois éternelles.

Cependant lorsque, en plein cours de ces lois supposées, il arrive un changement subit ou même frivole à certains égards, mais dans des rapports contraires à toutes ces lois hypothétiques , et partant tout opposés au système des lois et des raisons qu’on a gratuitement imaginées; lorsque, d’ailleurs , il n’est peut-être pas bien rare de voir, — par une longue série d’occasions insolites et le plus souvent même par une foule d’exemples très-familiers , — qu’un tel changement s’opère , pour la totalité des espèces , d’une manière solennelle, régulière, convenable et naturelle , et qu’il embrasse , dans les espèces physiques , des faits et des actions non frivoles mais très -importantes , non en petit nombre mais en très-grande quantité : je le demande et, de grâce, qu’on me dise qui pourrait , quand même tout le reste serait juste et vrai , qui pourrait , dis-je , se soumettre de gaîté de cœur à ce décret nouveau et certainement le plus unique de tous : qu’on doit considérer et admettre comme vraies et certaines toutes ces choses, mais qu’on doit rejeter toutes celles qui , quoique liées avec les premières par des rapports intimes, indiquent et montrent le contraire de ces hypothèses ?

Assurément personne n’aura l’envie d’improuver l’aveu qu’on a fait ici , qu’un grand nombre d’objets de cette nature résistent à toute explication ; mais personne aussi ne saurait approuver cette ardente et contentieuse assertion : que tels principes réellement faux pour l’explication d’une foule de choses de cette espèce doivent être néanmoins vrais pour une foule d’autres , quoique tous ces faits appartiennent à un seul et même genre de causes efficientes ou raisons d’être.

§ XXIII. D'autres philosophes regardent comme surprenants les effets physiques.

D’autres philosophes se font une vaine gloire de s’extasier dans l’admiration de ces phénomènes physiques, qu’ils regardent comme surprenants. Certes, je suis bien de leur avis ; mais ce qu’il y a de plus étonnant encore , c’est de voir ces philosophes , — au milieu de ces nécessités proposées et mises en avant par eux avec tant de confiance , non comme choses admirables et surprenantes , mais comme choses très -simples, — nier sans aucun égard pour ces mêmes phénomènes ainsi établis et pour le lien indissoluble qui les rattache et les unit les uns aux autres , nier, dis-je, et rendre vaine la vérité de ces nécessités hypothétiques , et s’efforcer même d’éluder absolument toute apparence de vérité , et ne pas rougir, au lieu d’en faire quelque application utile , de se livrer tout entiers à leur surprise et à une stérile admiration !

§ XXIY. D'autres conseillent de modérer le désir de connaître ces effets.

D’un autre côté, certains philosophes emploient une certaine fourberie dans leurs conseils et dans leurs paroles, soit qu’ils prêtent une oreille favorable à la mauvaise foi qui les trompe , soit qu’ils aient eux-mêmes recours à la supercherie pour faire des dupes. On les voit se livrer gaîment à leur humeur, et , sur un ton pathétique , on les entend condamner et blâmer un trop vif désir de savoir et de connaître ; ils font enfin appel à l’impartialité de l’esprit , afin qu’il se détermine de bonne grâce à ignorer certaines choses.

Cela serait beau , je l’avoue , pourvu que ce fût l’expression du sentiment d’un cœur franc et sincère ! Mais de pareils conseillers s’en tiennent-ils là , et ne prétendent-ils pas

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déguiser, par ce langage , la fausseté réelle de leur propre science? Attendu que ce qu’ils proposent , étant compris dans sa vraie signification naturelle , consiste seulement en ce que «l’on doit admettre comme vraies les opinions cer- » taines , pourvu néanmoins qu’elles concordent directement » avec la raison divine , et que, lorsque ces mêmes opinions » ne sont pas du tout vraies, mais réellement fausses pour un » grand nombre d’autres faits particuliers , il est convenable » alors d’en dissimuler avec calme la fausseté, sans se livrer à » de pénibles débats pour en déduire quelque vérité absolue.»

Mais est-ce bien là cette vertu qu’on a l’air de prescrire à d’autres sous le beau nom de modération ?

§ XXV. Négligence dans la distinction entre la destination et l'impétuosité fortuite.

Sans nul doute , si toutes ces choses étaient prises en sérieuse considération , il deviendrait bien évident que toute la difficulté a son principe dans la négligence de la distinction universelle de cette différence de faits accomplis et qui s’accomplissent , ou d’après une intention manifeste , ou suivant une destination convenable vers un but déterminé , ou tout simplement sans qu’il y ait évidemment ni intention réelle ni direction vraie , mais plutôt un mouvement fortuit , et comme qui dirait un certain cours naturel de causes concurrentes et allant aveuglément à priori à leur rencontre réciproque.

§ XXVI. Utilité de la vérité des faits et des modes de production.

Or, comme néanmoins cette distinction nous conduit à mieux connaître et quelquefois à connaître parfaitement , tant la vérité des faits que celle de leurs modes de production; comme elle est aussi d’un précieux avantage, et souvent tel que nous ne saurions nous en passer sans nuire

DU MÉCANISME ET DE L’ORGANISME. 28b

grandement à nos propres intérêts , j’en ai toujours fait et j’en fais encore aujourd’hui le plus grand cas.

Je dis donc que j’établis une distinction dans l’évolution de ces modes et méthodes de production , par lesquelles un grand nombre de choses corporelles reçoivent l’existence , périssent, renaissent et se remplacent dans des modes variés , sans qu’il y ait en cela dessein réel ni époque déterminée, et sans qu’il y soit question de quantité, de situation, d’ordre et de proportion absolument nécessaire , ni même d’aucune espèce de but certain , soit d’utilité , soit de nécessité (surtout si l’on n’en fait aucun examen convenable , aucune appréciation): j’établis, dis- je , une distinction entre toutes ces choses et une foule d’autres faits spéciaux qui naissent si laborieusement , se produisent , se forment , se coordonnent et déploient des rapports mutuels de convenance, bien certainement en vue d’une fin toute spécifique, sous certains points de vue noble et excellente ; et ces rapports se trouvent dans un parfait accord de proportion physique avec cette même fin.

§ XXVII. Leur usage spécial.

De même , en effet , que ces choses , considérées ainsi , peuvent répandre une grande lumière sur l’étude et la conception de leur histoire naturelle complète , en les rendant plus claires ; de même aussi elles possèdent un avantage d’autant plus précieux , qu’on peut venir à leur aide et secours, non - seulement avec et d’après une intention directe , certaine , pour une fin destinée , mais encore avec des moyens et une méthode parfaitement analogues à une telle intention ou destination.

§ XXVIII. Entrée en matière.

Or, ce n’est pas ici le moment convenable de faire une application toute spéciale de ces principes , surtout avant

OEUVRES DE STAHL

d’en avoir donné quelque explication ; il ne convient pas non plus de les employer encore à cet usage précieux, excellent, unique , qu’ils ont en médecine 1 .

Si bien que tout ce qui n’est point reconnu et su selon cette manière et cette pratique habituelle, et qui, par suite, n’est pas arrangé dans cet ordre artificiel , doit être regardé comme inutile et vain. La chose , d’ailleurs , ne pourrait pas se faire ou exister autrement , attendu que la vérité est une et simple en elle -même , et que tout ce qui s’en écarte de quelque manière doit être considéré comme lui étant étranger.

Appuyé donc sur ces principes universels , je vais aborder d’une manière générale ce qui fait le fond de mon sujet , je veux dire non-seulement la différence en elle-même entre le mécanisme et 1’ organisme 2 , mais encore ce qui concerne leur existence et leur vérité , dans des choses diverses assez sérieuses, importantes et nombreuses : c’est là, dis-je, ce que je vais m’efforcer de démontrer.

§ XXIX. Mécanisme. — Son explication.

On ne parle aujourd’hui généralement et partout que de mécanisme, de mécanique, de machine, de puissances mécaniques ; mais je serais très-curieux de savoir où l’on pourrait trouver le vrai sens, la véritable signification de ces diverses dénominations , et où l’on a pu en faire un exposé assez clair pour convenir et satisfaire surtout aux diverses applications qu’on en fait journellement aujourd’hui.

1 Si les raisonnements qui précèdent paraissent parfois superflus , fastidieux même (ainsi que plusieurs pourraient les appeler), qu’on se rappelle seulement que Stahl (ainsi que je l’ai dit dans mon Introduction), dans toutes ses Œuvres, critiques surtout, réfute les opinions de ses adversaires avant d’établir ses dogmes; il parle en médecin-philosophe, et il veut que ses paroles aient un véritable but d’utilité : qu’on ne perde pas de vue enfin le siècle et l’époque à laquelle il vivait.

2 Cette question a fourni à Leibnitz le sujet de son Deuxième doute. — Voy. Negot . otios., T. VI.

Il est de toute évidence qu’on appelle indistinctement propriétés mécaniques, la figure, la grandeur, la position et même la mobilité des corps physiques : or , personne n’ignore que ce sont ces mêmes propriétés que quelques-uns ont désignées sous le nom de puissances mécaniques ; et ces mêmes auteurs, dans des explications éparses çà et là, plutôt que dans l’exposé systématique de leurs opinions , font intervenir indistinctement , au nombre de ces puissances mécaniques, le mouvement , où, comme d’autres l’appellent , l’effort moteur ( nisus motorius ) , la force motrice ( vis moloria ) 1 .

De telle sorte que, pris dans ce sens, ce mécanisme doit être compris , dans sa véritable signification concrète la plus générale , comme quelque chose pourvu d’une certaine disposition, d’une certaine grandeur, d’une certaine figure propres à recevoir le mouvement , nanties enfin d’un certain mouvement actuel , et , qui plus est , douées d’un principe inné de mouvement , c’est-à-dire possédant le mouvement en puissance.

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