II. Les corps mixtes, entant que tels, se comportent
DU MIXTE ET DU VIVANT
indifféremment , tant au point de vue de l’agrégation homogène que vis-à-vis de l’agrégation hétérogène.
Contrairement à ces faits, les agrégats qu’on nomme vivants et qui servent à constituer les corps doués de vie , se trouvent être , par une nécessité absolue , des agrégats composés de parties hétérogènes.
III. De plus, il existe de nombreuses variétés de corps mixtes , et presque tous ces corps , qui méritent d’être strictement appelés corps mixtes, résistent à une prompte et facile dissolution. On voit même des espèces composées , très - nombreuses , douées d’une force de cohésion, dans leurs éléments , si grande qu’elles sont réfractaires à toute tentative de dissolution , à moins que l’art ou le concours insolite de causes fortuites et particulières ne vienne la provoquer.
Tous les corps vivants , au contraire , sans en excepter un seul, possèdent et exigent même une mixtion ou composition particulière , faite avec des matières peu adhérentes et peu cohérentes entre elles , c’est-à-dire exposées à une prompte dissolution ou à une facile corruption putride.
IV. Nous dirons encore que les corps mixtes , étant par eux-mêmes étrangers et impropres à toute agrégation et n’y entrant en participation que par accident et par le concours de causes externes , sont , d’eux-mêmes et par eux-mêmes , indifférents, à priori, à tout mode certain d’agrégation.
Dans tout corps vivant , au contraire , l’agrégation requiert et exige absolument , comme à priori, une disposition réelle et un arrangement particulier pour chaque espèce , conditions sans lesquelles ces mêmes corps ne sauraient ni vivre ni subsister.
V . Quant aux corps simplement mixtes , il ne paraît pas y avoir en eux d’autre raison spéciale de leur durée que celle qui se rattache à leurs propriétés purement matérielles et physiques: or, il en est tout autrement pour les corps dits
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vivants , et ceux-ci ont cela de commun que leur durée naturelle n’est pas longue.
La différence qui existe entre les corps vivants et les corps mixtes est très-grande , au point de vue de la durée proportionnelle , eu égard à leur étendue ; en effet , le plus petit, le plus imperceptible des corps mixtes, quel qu’il soit, a une durée de beaucoup supérieure à celle d’un corps vivant, quelque grand qu’il puisse être .
VI. En outre , les corps mixtes ou composés , en tant que simplement tels , ont en eux une raison naturelle de leur propre durée , comparativement à celle des autres corps mixtes ou composés , au milieu desquels ils se trouvent.
Mais les corps vivants , par une raison tout opposée , possèdent , au point de vue de leur mixtion , une raison proportionnelle bien différente. Les corps vivants , en effet, ont une mixtion éminemment disposée à la dissolution aussi prompte qu’imminente ; et cependant , contrairement à ces faits , il arrive que , malgré cette constitution qui leur est naturellement propre , et malgré leurs rapports avec toutes les autres matières au milieu desquelles ils se trouvent, cette mixtion, dans cet état comparatif, a une durée incomparablement plus longue que ne le comporterait son propre caractère matériel.
VII. Ce qu’il y a encore non-seulement d’évident, mais aussi de vraiment certain en ceci , c’est que la conservation des autres corps mixtes , en tant que tels, dépend en grande partie d’une condition proportionnelle de la matière qui les constitue ; tandis que , au contraire , les corps vivants n’ont besoin d’aucune espèce de condition matérielle semblable pour se conserver, et que même ils semblent s’y refuser comme défavorable à cette fin.
VIII. Mais pourquoi donc cela? C’est que , d’après toutes ces considérations (outre ce qui a été déjà dit) , on doit reconnaître d’une manière toute particulière , que , dans tout
DU MIXTE ET DU VIVANT
le règne des corps mixtes non vivants, cette disposition si remarquable à la corruptibilité ou à une dissolution quelconque , telle qu’on l’observe dans le règne des corps vivants , ne se rencontre réellement jamais , et qu’elle est l’apanage particulier des corps vivants.
Quoique nous ne disions rien ici sur ce fait , que la mixtion vitale doit , de toute nécessité , être formée des matières non vitales par elles-mêmes , nous ferons observer cependant qu’il ne faut pas croire que , par sa dissolution , cette mixtion puisse revenir tout entière aux principes élémentaires des mixtes non vivants , avec autant de promptitude qu’elle a paru en tirer elle-même son origine .
IX. Outre tout ce qui vient d’être exposé, nous ajouterons que la principale différence de cette cause de durée quelconque consiste en ce que les corps qui sont simplement mixtes ne possèdent en eux-mêmes aucune cause intrinsèque et propre de leur conservation, abstraction faite de la simple proportion matérielle de leurs principes constitutifs , ainsi que de l’analogie de cette proportion avec la mesure des matières extérieures concourant à leur formation , et de la proportion même de ces matières ; tandis que , chez les corps vivants, le feu, la chaleur, l’air, l’humidité (ces abîmes profonds où s’engloutissent les matières les plus mobiles) , exercent , d’une manière certaine et toute spéciale , une immense et incessante influence sur leur mixtion vitale ellemême , en tant que simple mixtion. On ne saurait douter cependant qu’il existe dans les corps vivants une autre raison spéciale de leur durée vitale , puisqu’en effet , en opposition avec la durée matérielle des mixtes , cette durée dépend directement et très-spécialement d’une cause particulière et vraiment intrinsèque , s’appartenant en propre , absolument étrangère à tout le régime des corps mixtes non vitaux , et luttant sans cesse contre tous ces principes tant naturels qu’artificiels de dissolution.
T. II
OEUVRES DE STAHL
X. A côté de toutes ces réflexions se présente encore ici, comme' sujet d’étude, une dernière considération trèsspéciale, savoir : que tout mode à’ action et d’ opération relatif à cette durée vitale diffère beaucoup , sous tous les rapports et relativement à ses effets, dans tous les mixtes vivants, de la durée des autres corps mixtes non vivants; attendu que cette durée ou conservation vitale , fondée sur un acte simple , formel , incorporel , s’exécute aussi par ce même acte entièrement étranger à toute mixtion matérielle.
XI. Or, cela a lieu d’une manière itérative et continue , par une nouvelle raison de variété , au moyen à’ un principe naturel , permanent , immanent, et agissant dans cet agrégat vital aussi long-temps qu’il est capable d’y produire de pareils phénomènes.
Rien de semblable à ce principe moteur n’a pu être constaté dans aucun des autres mixtes non vivants , et l’on n’a rencontré jamais rien d’analogue dans ces mêmes corps.
XII. Nous dirons , enfin , pour terminer ce qui concerne cette question, qu’il existe encore une dernière et remarquable différence entre les corps mixtes vivants et les corps mixtes non vivants. C’est que les individus des espèces vivantes, une fois que leur mixtion est entrée en dissolution, sont remplacés à mesure par la production incessante de nouveaux individus , à l’aide d’une direction toute spéciale , je veux dire en vertu d’un instinct primitivement uni dans cet agent vital. Or , cela se passe réellement ainsi dans tout le genre ou règne des corps vivants , non-seulement d’année en année et d’un jour à l’autre , mais effectivement d’un moment à l’autre , et en un nombre indéterminé de fois.
La plupart des espèces, et , qui plus est, toutes les espèces des corps mixtes non vivants , n’étant , ainsi que nous l’avons déjà vu , que très-difficilement sujettes à se dissoudre , ne peuvent, à dire vrai , que très- difficilement aussi parvenir
DU MIXTE ET DU VIVANT
à une rénovation individuelle, c’est-à-dire à la reproduction d’un grand nombre d’individus dans chaque espèce.
Tout ce qui arrive dans cet ordre de choses , parmi ces êtres , n’est réellement dû qu’au hasard , et dépend plutôt du concours fortuit de causes externes et inconnues : cela se passe d’une tout autre manière que chez les êtres vivants , attendu que même les végétaux produisent , par leur action spéciale , les semences de leur espèce , c’est-à-dire les principes propres à leur continuelle reproduction naturelle.
Quant aux animaux, un instinct particulier, un certain appétit, leur volonté, un désir les portent, d’une part, à des actes répondant à priori au but final de la reproduction de l’espèce , et les font , d’autre part , s’attacher à posteriori, de l’amour le plus ardent, à leur progéniture.
Il résulte de ce que nous avons dit au N° IX de ce paragraphe, que non-seulement la destruction, mais même la régénération des espèces mixtes sont en général soumises et obéissent à des causes externes , quelquefois même fortuites, violentes et désordonnées : l’art peut aussi provoquer et diriger , à son gré , de pareils phénomènes de décomposition et de recomposition.
Pour ce qui regarde , au contraire , la corruption et la destruction du corps vivant , il est pareillement au pouvoir de l’art de la provoquer , mais non d’une manière immédiate ; tandis qu’on n’a jamais pu, par aucun moyen artificiel quelconque , reproduire le moindre petit corps organisé et vivant.
Ceci est d’autant plus vrai , que , comme on est en droit de l’inférer de ce qui vient d’être dit , les hommes n’ont jamais pu imiter, par toutes les ressources de leur art, la plus simple mixtion vitale, non pas seulement en employant les mêmes matières , mais encore en affectant à cette fin les diverses espèces de matériaux qu’ils peuvent avoir sous leurs mains ; bien loin qu’il leur ait jamais été permis de consti-
tuer d’une manière convenable et régulière une agrégation vivante quelconque.
§ XI. Quel avantage y a-t-il pour la physique et la médecine de connaître cette différence entre le mixte et le vivant ?
De même , ainsi que nous venons de le voir, qu’il existe une très-grande différence entre le mixte et le vivant du corps humain , c’est-à-dire entre la vraie constitution matérielle apte à la mixtion , et la disposition formelle de cette mixtion à produire les actes et les effets propres à la vie ; de même aussi , au point de vue physique et médical , il est indispensable de savoir et de bien connaître à fond , et non d’une manière superficielle et fugitive , laquelle de ces deux choses tombe ou ne tombe pas dans le domaine de l’art. Il convient donc de bien établir cette utile distinction., afin que , d’une part , le médecin ne dirige pas en vain ses intentions et sa sollicitude vers telle partie de ces objets sur laquelle il n’a absolument rien à voir, et que , d’autre part , il s’occupe d’une manière toute spéciale et parvienne à se rendre parfaitement raison de ces choses , sur lesquelles il doit agir efficacement , afin qu’il puisse leur'porter secours , et, par leur intermédiaire, intervenir avantageusement dans toute l’affaire de la vie et de la santé humaines.
§ XII. Pareille étude n'est point aujourd'hui du goût de tout le monde.
On regarderait , sans doute , comme bien téméraire et hardi celui qui oserait avancer que , jusqu’à ce jour , aucune école médicale n’a établi , réellement connu et expliqué cette différence entre le mixte et le vivant ; et pourtant , si nous voulons bien l’avouer , nous devons certainement savoir quil en est véritablement ainsi. Ceci confirme pleinement
Voy. T. VIH, Comment. XXVII.
DU MIXTE ET DU VIVANT
du reste cet argument ou , qui mieux est , ce document en tout conforme à la vérité , savoir : que l’exposition et la démonstration de ces faits non -seulement ne sont pas du goût de tout le monde , et ne sont point accueillies favorablement , dans les écoles médicales , par les maîtres qui y sont chargés de l’enseignement , mais encore qu’elles ne sont pas même comprises par ces derniers ; et c’est dans le dédale obscur d’opinions étrangères à l’art et préconçues que l’on s’imagine follement de trouver la vérité.
§ XIII. Conséquences de ce qui précède , et transition au sujet.
Après avoir énoncé mon idée à l’égard de cette question , il est convenable maintenant de continuer notre travail sous ce même point de vue, et de démontrer, avant tout, quelle est la manière d’être propre et réelle du corps vivant , dont nous n’avons retracé que quelques traits épars dans la comparaison que nous en avons exposée naguère , avec la mixtion corporelle, pour en faire ressortir la différence. Par ce moyen, la constitution, tant matérielle que formelle du corps vivant , en tant qu’il est vivant , pourra acquérir toute l’évidence qu’on peut désirer.
§ XIV. La mixtion animale est sujette à se dissoudre et à se corrompre.
De quelque manière que l’on considère le corps vivant , deux choses principales se font remarquer en lui , savoir : une mixtion particulière d’abord , ensuite une structure ou agrégation spéciale.
1° La mixtion peut être l’objet d’une double considération , soit à son point de vue simplement matériel , soit même au point de vue de sa finalité , c’est-à-dire tant sous le rapport du but final que sous celui de l’usage en vue desquels la mixtion a dû être telle qu’on a découvert qu’elle est.
Sous le premier de ces rapports , la mixtion des corps vivants est un assemblage de terre subtile1, de graisse et d’eau. Or, il ne peut point se faire entre ces diverses substances une union solide et constante , et il ne peut exister entre elles qu’une espèce de cohésion , assez peu intime et véritablement durable ; voilà pourquoi une pareille mixtion a une si grande disposition à subir la dissolution et la séparation complète de ses éléments constitutifs : cette entière désorganisation des parties vivantes s’accomplit à l’aide dé la putréfaction2.
La portion terreuse du corps , en effet , a si peu de consistance , que , par sa propre nature , elle se rapproche singulièrement de la faiblesse saline , subit avec la partie aqueuse une espèce de combinaison assez prompte , il est vrai , mais non assez solide ( ce qui se passe du reste toutes les fois qu’il y a une très-grande ténuité saline ), et prend ainsi une consistance mucilagineuse.
C’est alors que la graisse peut adhérer plus facilement à la partie terreuse du corps ainsi constituée , et c’est aussi par l’intermédiaire de cette dernière substance qu’elle parvient à s’unir à l’eau ; union qui , du reste , ne saurait s’effectuer autrement d’une manière immédiate.
§ XV. Cette dissolution est l'effet d'un mouvement intérieur.
La vérité de ce fait devient entièrement manifeste dans l’acte de la corruption et de la dissolution de ces diverses substances , une fois séparées de leur état de mixtion naturelle ; car, tandis que cette séparation des molécules élémentaires de la mixtion corporelle , s’opère par un certain mouvement subtil intérieur, à l’aide duquel ces particules matérielles , outre leur simple séparation mutuelle , éprou-
1 Genèse , cap. II , v. 7 : « Formctvit igitur Dominus Deus hominem è limo »ierrœ. »
2 Voy. T. VIII, Comment. XXVIII.
DU MIXTE ET DU VIVANT
vent encore en elles-mêmes une espèce de secousse violente ultérieure et une sorte d’exténuation ; il arrive ainsi qu’une certaine portion de cette substance terreuse subtile qui , jusqu’à ce moment , n’avait fait qu’approcher de près la t.énui té saline, passe aussitôt, par l’acte de la décomposition, à l’état salin: en d’autres termes , elle devient sel, de mucilage délié et subtil qu’elle était. D’autre part , lorsque la graisse , ayant déjà beaucoup perdu de sa naturelle constitution par cette exténuation , s’allie plus intimement à ces molécules terreuses , il résulte de ce nouveau mode de combinaison un sel volatif oléagineux , d’une odeur fétide , pénétrante et inflammatoire 1 ; ainsi que cela arrive quand on traite le sel ammoniac (chlorhydrate d’ammoniaque ) par le nitre (azotate de potasse) ; attendu que , dans ces cas , la propriété inflammatoire ne provient pas de l’acide du sel commun traité par le nitre , mais bien de l’évaporation du sel volatil combiné avec ce même nitrate de potasse.
Une fois que la graisse qui a subi déjà cette première opération et s’est ainsi dégagée , abonde , il résulte et il naît de ces sortes d’atténuations une espèce d’esprit ardent (alcool très-rectifié)2. Or, le résidu, ou ce qui reste après que l’eau s’est séparée de cette substance graisseuse terreuse et oléagineuse plus grossière, consiste en une matière terreuse plus solide et en une concrétion d’apparence graisseuse3.
1 Ce procédé opératoire naturel de la décomposition de la graisse a trouvé une véritable sanction dans les expériences de MM. Bussy et Lecanu, faites en 1835. Il résulte, en effet, de ces expériences, que la distillation de la graisse donne, outre certains autres produits, une huile volatile odorante et une matière particulière volatile très-odorante , non acide et soluble dans l’eau; elle a beaucoup d’analogie avec le sel volatil oléagineux de la graisse dont parle ici Stahl.
2 Ceci correspond à ce que MM. Bussy et Lecanu ont observé à la deuxième époque de la distillation de la graisse , c’est-à-dire une espèce d’huile contenant un peu d’acide acétique, peu soluble daris l’alcool, non saponifiable par la potasse , et susceptible de brûler à l’air, comme les huiles essentielles.
3 Cette troisième réflexion à ce sujet prouve que Stahl connaissait avant nous (il y a 150 ans environ) la composition chimique de la graisse, et
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La chimie expérimentale peut , mieux que ne feraient tous nos raisonnements , démontrer la vérité de ces phénomènes et de ces documents; aussi j’y renvoie le lecteur.
§ XVI. Rapport final de la mixtion.
Le rapport final de cette espèce de mixtion se fonde sur cette vérité, savoir : que tous les corps vivants, et très-spécialement les animaux (à cause de leurs opérations locomotives et même sensitives) , requièrent une consistance légèrement flexible et nullement fragile dans la mesure des mouvements de flexion à exécuter, mais douée d’une consistance ayant une souplesse convenable et médiocre.
Il ne pouvait point se faire , en effet , qu’une mixtion destinée à une telle fin et à un pareil usage fût dans des conditions d’un mélange terreux trop raide , ou que sa constitution terreuse saline fût trop ténue , et par là toute disposée et très-prompte à la fluidité.
§ XVII. Proportion différente de mixtion des principes dans les différentes parties du corps.
Or, une saine considération logique , au point de vue de ces intéressantes observations sur la mixtion du corps humain , peut nous conduire à une sage appréciation touchant la diversité dont elle est susceptible dans tous les êtres vivants , c’est-à-dire à la connaissance de la différence proportionnelle qui existe entre les divers tissus des corps vivants, à savoir : 1° qu’il y a dans les êtres des parties possédant une mixtion terreuse plus consistante . tels sont
Orfila , qui ignorait probablement les travaux chimiques de Stahl , était dans l’erreur quand il disait ( Éléments de chim. appl. aux arts , T. III, p. 131): « Avant MM. Bussy et Lecanu (ce dont M. Dupuy revendique la découverte), »on se bornait à indiquer comme produits de la distillation de la graisse , »l’eau, le gaz hydrogène carboné, l’oxyde de carbone et l’acide carbo- »nique, les acides acétique et sébacique , une matière grasse particulière «et du charbon. »
DU MIXTE ET DU VIVANT
les os (chez les animaux) , les troncs et les branches (chez les végétaux) , parties destinées , pour certains usages et certaines fins , à avoir peu de flexibilité , mais beaucoup de solidité ; 2° et que , par contre , il y a dans ces mêmes êtres une sorte de mixtion , quelque peu accidentelle , répandue çà et là , et plutôt entremêlée que vraiment mélangée d’une nature terreuse saline très-déliée et propre aux parties non flexibles, mais tout-à-fait fluides. Ce genre de mixtion est plus abondant chez les végétaux , et a un goût plus franchement salin dans les humeurs ou sucs qu’ils contiennent ; chez les animaux , ce même principe se présente sous la forme d’une sérosité saline excrémentitielle , transitive et se reproduisant sans cesse 1 .
§ XVIII. Circonstance très-spèciale de la mixtion par rapport à la saveur et à l'odeur .
Tout cela , comme tout le monde le sait , n’est que l’expression véridique de ce qui se passe réellement, tant au point de vue général qu’au point de vue le plus spécial , chez tous les êtres vivants de la nature. Je vais, maintenant, pour compléter cet aperçu sur la mixtion , dire un mot de cette singulière et très-spéciale circonstance d’une plus intime mixtion, comme surajoutée à la mixtion ordinaire, et si surprenante qu’elle varie même dans chacune des espèces vivantes : je veux parler de cette inénarrable propriété si variable d’odeur et de goût que présentent les espèces animales et surtout végétales.
Ce qui est plus encore , c’est que (chose incroyable ! ) , en ce qui regarde l’odeur, il existe une différence bien tranchée parmi même les individus d’une seule et même espèce ; ce dont on peut se convaincre par l’exemple des chiens , si habiles à les distinguer. Ces intéressants animaux , en effet , non-seulement savent établir, par l’odeur, une véritable
1 Sujet du 18e doute de Leibnitz. ( Voy. T. VI.)
OEUVRES DE STAIIL.
différence entre les espèces et les innombrables individus d’une même espèce, mais encore ils reconnaissent ces mêmes individus par leur simple émanation odorante : c’est ainsi que le chien distingue parfaitement , parmi tous les autres hommes, son maître par la simple odeur de ses pas et, comme on dit, à la piste.
§ XIX. Structure du corps humain.
Après avoir fait l’exposé de tous ces faits dans toute leur vérité , et après avoir mis en relief toute la dignité dont la mixtion des corps vivants est susceptible, je vais, en second lieu , considérer à son tour cette raison particulière de structure, de construction, d’arrangement, d’ordre et de distribution par laquelle non -seulement s’accomplit, d’une manière complète et consistante , la charpente et l’agencement des diverses parties solides des êtres vivants, mais encore s’exécute la distribution normale et parfaite des fluides , dans ces corps , par des voies et des moyens particuliers , à l’aide desquels ces divers liquides vont , d’une manière différente pour chaque espèce , se répandre dans les parties solides.
§ XX. Différence entre la structure et la texture.
Il est à propos , je pense , d’établir en cette occasion une sage distinction entre la plus intime et la plus subtile partie de la construction de la machine corporelle , et celle qui est plus diffuse : la première connue généralement sous le nom de texture, plus délicate et plus déliée, en opposition avec la seconde de ces parties , vulgairement connue sous le nom de structure, et désignant la partie la plus commune et la plus applicable à des compositions plus grossières.
Quoique , en effet , sous l’acception la plus large , le mot construction puisse se prendre pour une simple disposition , un arrangement naturel, et que, dans le corps vivant, toute
DU MIXTE ET DU VIVANT. 379
construction soit accomplie et se fasse par une véritable disposition des parties , de telle sorte que toute la masse du corps , tant dans l’éléphant et dans la baleine que dans la puce et le ciron, se construit par la juxta-position d’un seul point physique ou atome (plus petit qu’un point visible) à un autre point ou atome physique ; cependant , comme le mot structure désigne habituellement , dans sa signification la plus ordinaire , la liaison moins intime et plus grossière de parties solides entre elles, tandis que le mot texture exprime vulgairement et d’une manière spéciale le délicat assemblage de parties plus ténues : ce mot peut , dès à présent , conserver en cette occasion la place qu’il occupe et qui lui appartient d’ailleurs , attendu que, dans tous les cas, la raison des rapports mutuels des parties les plus délicates doit occuper la primauté , et que toutes les parties subissent une contexture simultanée par le moyen de lignes ou linéaments physiques, ou de filaments extrêmement dégagés, avant que n’arrive le temps et le lieu d’entrer, d’une manière visible , en participation à la construction de la masse universelle du corps.
§ XXL La texture et la structure du corps procèdent chacune selon son rang et dans un rapport mutuel-
L’une et l’autre de ces deux conditions de la formation du corps humain procèdent et s’exécutent d’une manière naturelle ou, comme l’on dit, spontanée, sans aucun secours et aucune intervention directe venue du dehors.
C’est ainsi qu’en suivant un ordre vraiment admirable et une marche éminemment régulière , la texture et la structure du corps arrivent toutes les deux à leur propre fin , nonseulement dans chacune des parties et même dans chaque atome ou corpuscule constitutif de ces mêmes parties , mais encore , ce qui exige surtout une considération plus exacte , elles arrivent à ce même but , en conservant toujours entre
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elles une mutuelle proportion, un accord, une harmonie un équilibre social proportionné en toute chose, comme entre associées , c’est-à-dire , en deux mots , comme guidées par une seule et même raison sociale.
Ainsi qu’on le voit , la chose mérite , sous tous les rapports, une sérieuse considération, quand on la considère surtout au point de vue de la formation du côté droit et du côté gauche du corps.
§ XXII. Les mixtions spécifiques ne se font pas par concrétion spontanée.
Voilà tout ce que je m’étais proposé de dire à ce sujet, car il n’entrait nullement dans mon plan et je ne devais pas non plus entreprendre de traiter en détail et à fond ces diverses matières ; je n’ai jamais eu dans la pensée d’étudier et d’examiner absolument tout ce qui peut ou qui mérite être dit à cet égard. Dans ce cas, il faudrait, en effet , démontrer d’abord que ces susdites mixtions spécifiques ne peuvent , en aucune manière , se faire par une méthode de concrétion spontanée quelconque , attendu qu’il est contraire à toute saine raison qu’une collection déterminée de choses toutes différentes puisse non-seulement avoir lieu dans un seul et même organe et s y localiser naturellement , mais qu’elle ne puisse pas ne pas avoir lieu dans ce dit organe, et là, de préférence à toute autre partie du corps.
§ XXIII. Ces mixtions sont l'effet d'un acte libre opéré par logent vital, qui est l'âme.
Nous pourrions cependant , en cette occasion , faire remarquer de quelle manière ces agents vitaux (que les plus illustres philosophes de l’antiquité ont appelés tantôt nature, tantôt âme) administrent par un acte purement électif et règlent selon leur choix ces diversités de mixtions
spécifiques , qu’on ne rencontre jamais ailleurs que là où se manifeste leur énergie particulière, et que l’on ne saurait trouver ni reconnaître dans ces choses ou lieux et matières dans lesquelles ces agents vitaux puisent et choisissent les matériaux propres à constituer les différentes mixtions qu’ils opèrent , de telle sorte que ces mêmes agents sont réellement, directement, et les véritables architectes et les vraies causes efficientes de ces sortes de mixtions spécifiques qui font le sujet des présentes considérations.
§ XXIV. Circonstances et conditions de la structure.
Mais je crois qu’il ne me convient point d’entrer ici dans de plus longs détails à cet égard et d’entamer en ce moment d’interminables digressions. 11 me suffira de m’arrêter simplement aux faits qui se rattachent de plus près , et appartiennent plus directement au domaine et au but médical , ou même de discerner, parmi les observations générales et contemplatives de ces faits , celles qui se prêtent le plus à l’observation médicale, et celles qui lui sont inutiles ou nuisibles.
Afin que nous puissions, du moins autant qu’il le convient à notre but , passer en revue les circonstances mêmes et les conditions de la structure , il convient de savoir et de retenir que toutes les parties du corps humain et ‘chacune d’elles ont , surtout à cause de leur usage organique , une telle disposition directe et formelle , que , depuis les filaments les plus déliés des organes jusqu’à l’entière et complexe étendue de tout le corps, ces dites parties offrent dans leur conformation une structure spéciale.
§ XXV. Étendue , continuité , forme et position de la structure.
Nous allons donc considérer ici les diverses parties du corps, non -seulement sous le point de vue général de 1 étendue intime et propre de chacune d’elles , mais encore
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au point de vue de leur mutualité et de leur association particulière, c’est-à-dire: 1° leur continuité (dans les solides) tant intérieure , à l’aide de leurs filaments et de leurs fibres élémentaires , qu’extérieure , par les rapports de véritable association qu’elles ont avec les parties voisines auxquelles elles adhèrent et avec lesquelles elles conspirent et communiquent directement; 2° leur figure, au point de vue des rapports qu’ont chacune des plus petites particules les plus intimes des organes avec l’ensemble complexe du tout; 3° enfin, la position convenable de ces parties, considérée dans son rapport social ou d’association, tant propre que respectif. C’est sous ce dernier point de vue qu’il convient de prendre en sérieuse considération la configuration organique spécialement appropriée tant au côté droit qu’au côté gauche du corps humain.
§ XXVI. Ces conditions de la structure regardent le corps vivant et les actes vitaux.
Toutes ces circonstances de construction regardent proprement le corps vivant , non-seulement au point de vue du mode général d’acception et d’usage, qu’on a l’habitude d’attribuer, dès la plus haute antiquité , à la vie et à la nutrition , sous l’expression assez vague à’ acte vital ou de faculté vitale, mais encore à l’égard d’un véritable progrès subordonné de Y acte vital, considéré de la manière la plus stricte et dans le sens le plus vrai , c’est-à-dire en parfaite harmonie avec la chose elle-même.
11 est certain que , de quelque manière que l’acte vital , proprement dit (qui n’a d’autre objet que l’entière conservation du corps ) , fût administré et exécuté , il ne pourrait cependant pas atteindre purement et simplement son but final, sans qu’il survînt dans la partie la plus noble du corps humain (dans le sang et dans les humeurs vitales) une très-grande fatigue, un épuisement réel et même la mort.
DU MIXTE ET DU YIYANT
Par conséquent , à moins qu’un corps ne soit destiné qu’à vivre un très-court espace de temps , il devient nécessaire (et cela ne saurait se passer autrement) que la réparation entière de cette masse matérielle , qui échappe et est réfractaire à une absolue conservation , s’effectue et s’entretienne avec le plus grand soin. — Or, comme l’effet immédiat qui résulte de ces phénomènes de conservation n’est autre chose que la nutrition du corps , il doit en résulter, d’une manière évidente , la subordination directe de l’acte nutritif à l’acte conservateur lui-même , ou , pour parler plus exactement , à l’acte vital.
§ XXYll. Le principe actif de la vie est aussi le principe de la nutrition.
Voilà dans quel sens il arrive que la méthode ou marche instrumentale de l’action vitale , dans son acception la plus rigoureuse, requiert absolument l’intégrité de toutes les parties même solides , et le passage partout convenable, suffisant et libre des fluides. C’est absolument pour cela que l’acte nutritif lui-même se trouve étroitement lié et subordonné à l’acte vital proprement dit.
Je ne vois pas la nécessité de pousser plus loin nos curieuses investigations , au point de vue du rapport intime et naturel qui existe entre la structure et la vie du corps. Dans ce cas , en effet , il faudrait un chapitre à part pour traiter spécialement cette question , savoir : que le principe actif qui préside à la vie, est aussi le même principe qui préside à la nutrition du corps, puisqu’il est réel que la vie et la nutrition ne sont en elles-mêmes autre chose que certains phénomènes d’action , et qu’elles ont toutes les deux un seul et même agent, qui non-seulement ne saurait accomplir ces actes l’un sans l’autre , mais qui encore , par la raison donnée déjà, ne pourrait effectuer l’un de ces deux actes sans l’autre, attendu que, par une nécessité de dépen-
dance réelle et d’inévitable subordination (voire même de conspiration entre eux ) , ces deux actes de vie et de nutrition sont tenus d’être perpétuellement en exercice , de manière que, dans leur simultanéité, l’acte nutritif soit le soutien de l’acte vital.
§ XXVIII. Il n'y a de corps vivants que les corps organisés.
Pour nous , il nous suffira donc de poser en principe que , dans la véritable acception du mot ,&ü n’y a de corps vivants que les corps organisés i .
Ainsi donc, quoique une grande partie de la structure, dans un corps organisé quelconque , ne soit pas sous la dépendance directe de la vie et ne lui appartienne point d’une manière immédiate et propre; cependant, comme cette même partie de la structure est elle-même nécessaire à d’autres usages et effets organiques qui , par leurs propres fins , sont aussi d’une nécessité même absolue , il faut bien que la raison de cette structure même embrasse la texture et la consistance organiques qui, sans une incessante et toute particulière énergie conservatrice et ses perpétuels secours, ne sauraient nullement subsister. De là, par conséquent, découle cette mutuelle subordination et cette véritable harmonie de rapports indissolubles.
§ XXIX. Répétition de ce qui vient d'être dit plus haut.
La considération qui se rattache de plus près à mon but et s’y rapporte le plus directement , c’est celle de la raison formelle de la vie elle-même ; c’est-à-dire , que ce qu’il nous convient le plus de savoir ici , c’est ce qu’est réellement la vie , et quel est son objet direct à l’égard de ce corps ( touchant lequel elle est dite vie ) qu’elle anime et quelle vivifie.
Jusqu’à présent nous n’avons parlé que du corps vivant;
Voy. T. VIII, Comment. .XXIX.
nous avons démontré son extrême corruptibilité au point de vue de la matière dont il se compose ; nous avons fait observer son étonnante durée , naturellement contraire à son aptitude à la corruption matérielle , et néanmoins indispensable à sa fin et à sa destination ; nous avons indiqué ensuite quel est le véritable acte de conservation qui pourvoit à cette nécessité et lui porte aide et protection , afin que , d’une part, cette durée ait lieu et se maintienne malgré l’acte de la corruption , quoique , d’autre part , cette disposition naturelle à la corruption demeure cependant toujours la même en puissance dans sa nature propre. Ceci montre que ce n’est point du tout, la corruptibilité , mais uniquement le seul effet ou le résultat éventuel de la corruption , que le principe vital conservateur combat sans cesse , et s’efforce perpétuellement d’éloigner du corps vivant.
§ XXX. Raison formelle de la vie. — Le corps , éminemment corruptible , a grand besoin de conservation.
C’est pourquoi, comme cette chose, je veux dire cette véritable essence, cette raison formelle de la vie, mérite grandement et sous tous les points de vue une exacte et sérieuse considération, nous pensons qu’il convient d’en faire un exposé un peu plus clair, et d’insister davantage sur la connaissance de son véritable état.
Ainsi que nous l’avons dit naguère , le corps vivant , nonseulement à posteriori tel que nous le voyons , est d’une constitution matérielle éminemment corruptible ; de plus , en le considérant à priori, il ne paraît pas possible qu’il puisse être doué d’une autre constitution et d’une autre consistance , attendu que cette dernière , telle qu’elle est et qu’elle se présente à nos sens, est la seule propre, de préférence à toute autre , à ces usages et effets ou avantages auxquels ce corps , en tant que instrument , se trouve proprement et directement destiné. Malgré cela cependant,
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comme ces usages et ces effets sont extrêmement nombreux et variés , au point de ne pouvoir , à priori, s’exécuter et s’accomplir simultanément et une fois pour toutes ou seulement dans de très-courts espaces de temps ; comme , d’une part , à posteriori et selon l’importance solennelle du fait , il paraît , d’après une loi suprême d’institution et d’ordination divines , que ces corps , si soigneusement confectionnés , existent non pour une courte et fugitive durée ? mais plutôt pour un long usage et la production d’effets incessants ; comme , aussi , la production primitive de ces corps ne saurait avoir lieu qu’en s’appuyant sur une assez longue durée de temps et une longue suite de jours , avant que ces corps ne soient propres à remplir leurs fonctions les plus spéciales : pour ces motifs , se trouve réellement indispensable une positive conservation actuelle. Aussi faut-il en conclure que , dans un pareil état de choses , cette puissance conservatrice , certainement et véritablement étrangère aux organes corporels , doit résider dans un principe tout autre , quel qu’il soit du reste , qu’une disposition quelconque , soit de la matière , soit de la consistance , soit même de la structure du corps , d’autant mieux que cette faculté conservatrice se trouve en tout contraire et opposée à cette disposition constitutive purement matérielle du corps.
§ XXXI. Cette conservation requiert un tel sujet et un tel objet corruptible.
Or, ce principe de conservation comporte avec lui et garantit avant tout , d’une manière spéciale , l’intégrité d’une telle constitution matérielle ; de telle sorte , en effet., que le corps ne change en rien ni de texture ni de structure, soit dans la matière dont il est formé , soit dans la consistance qui est propre à sa forme ; mais , au contraire , il demeure en son entier simplement et absolument tel qu’il
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est, en vertu de sa propre constitution matérielle ; de plus, d’après ce qui vient d’être dit , il doit , par rapport à ses propres fins , être maintenu et conservé nécessairement tel ; et si quelque chose vient à lui manquer, ou bien même est en défaut quelquefois dès le moment de sa première formation , c’est encore ainsi que , par l’acte d’une telle conservation et non autrement, le corps est restauré et rétabli dans sa primitive constitution naturelle.
Je veux dire , en un mot , qu’une telle disposition corruptible , et non une autre , est le véritable sujet le mieux assorti à une pareille faculté conservatrice , et , sous un certain rapport, son objet naturel; quoique, après une mûre et sévère appréciation , on soit porté à penser que le but primitif de cette puissance de conservation ait pour objet réel l’empêchement d’une corruption actuelle.
§ XXXII. Réfutation d'une contradiction apparente.
C’est ainsi que je proclame et que je prouve l’existence de cette conservation du corps, en tant que nécessaire et activement efficace , non-seulement à priori pour empêcher la corruption , mais encore à posteriori pour en répéter et suspendre les fâcheux effets (et cela afin d’écarter l’apparence même de toute espèce de contradiction , puisque , en effet , j’avance que la conservation a été établie et même a été rendue assez puissante pour éloigner et chasser la corruption , et qu’elle est indispensable à cet usage et à ce but). Mais comme j’ai dit également plus haut que, malgré la puissante intervention de ce principe conservateur, quelle qu’elle soit , la corruption n’en a pas moins lieu , et qu’il faut , par conséquent , que ses dommages soient matériellement réparés et restaurés par l’acte vitalo-nutritif qui vient en aide à l’économie corporelle ; comme , enfin , j’ai déjà dit précédemment que cette même action vitale provoque ellemême en certaines circonstances , et facilite bien certaine-
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ment plus qu’elle n’empêche et n’arrête cette corruption , qu’elle est appelée à combattre plus tard , je me vois dans la nécessité d’entrer dans le vif de la question , et d’en pénétrer le véritable fond, pour en élucider les points obscurs et litigieux.
§ XXXIII. La corruptibilité du corps est putride ; il faut lui venir en aide.
Il importe donc de savoir , dans tous les cas , que cette corruptibilité très-spéciale , à laquelle se trouve naturellement et directement exposée la mixtion des corps vivants, et à l’action de laquelle il est absolument nécessaire d’opposer un puissant obstacle , une vive résistance par l’intervention et l’énergie de Y action vitale ; il importe , dis-je , de. savoir que cette disposition, toute particulière à la corruption, n’est autre chose qu’une simple , naturelle et directe putréfaction. Or, comme celle-ci consiste en une espèce réelle , puissante et très-efficace de fermentation, qui se répand et s’insinue dans toute l’étendue de l’agrégat avec une facilité extrême et une étonnante rapidité, il devient pour cela indispensable d’en arrêter le cours progressif et les effets en les prévenant ; de peur que, si on n’agit pas ainsi et qu’on donne le temps ( par une coupable négligence ) à l’acte fermentatif d’accroître son énergie et d’augmenter ses ravages, et que , une fois que l’effet de la corruption aura pénétré dans la masse matérielle des tissus , il ne soit désormais inutile et impossible même d’espérer , selon les lois immuables qui régissent la vie , que l’agent vital puisse enfin écarter le danger actuel qui menace le corps et le corriger d’une manière positive ; dès-lors , il ne reste plus absolument aucune autre espèce d’espoir , si ce n’est uniquement que , par la simple ablation ou l’extirpation de la partie corrompue et sa séparation complète des tissus , il peut encore s’opérer une nouvelle , entière et positive restauration naturelle des parties lésées.
§ XXXIV. On observe chez l'homme quelque chose de particulier à l'égard de la prévision de la putréfaction.
Au point de vue de cette intervention active de la part du principe conservateur , il se présente , surtout dans l’espèce humaine , plus que dans toutes les autres espèces connues des êtres vivants, certaines circonstances de la plus grande importance et dignes du plus haut intérêt ; attendu que chez l’homme toute l’affaire vitale semble s’appuyer plus évidemment sur une raison chancelante , livrée à la plus vive hésitation en des cas difficiles , et manifestant surtout plus de crainte en face d’un travail actuel que de sollicitude pour l’avenir. Rien de semblable n’a été observé , que je sache , chez les autres espèces animales, si l’on considère la promptitude et la constance de résultats analogues.
§ XXXV. Retraite et défection de l'agent dans la résistance.
Or , cette circonstance , particulière ici à l’espèce humaine , consiste en ce que , une fois que la corruption est passée en acte et a pris le dessus dans une partie quelconque de l’économie corporelle , les actes vitaux eux-mêmes semblent abandonner cette même partie ainsi lésée, comme s’ils n’avaient plus assez d’énergie pour continuer leurs efforts sur et à travers la partie affectée ; mais, qui plus est encore , ils n’exercent déjà plus leur action sur les parties contiguës à ■celle qui est ainsi atteinte de cette invasion corruptrice actuelle , ils se retirent ainsi d’un moment à l’autre et s’éloiguent de plus en plus des parties qui avoisinent le siège du mal.
Il résulte donc de ce défaut de prophylaxie naturelle , c’est-à-dire de cette négligence de la part du principe conservateur à s’opposer à la corruption , et de l’abandon complet où se trouve la mixtion matérielle du corps ainsi livrée à ses propres ressources , ou , mieux encore , soumise à l’influence délétère de ces causes qui exercent sur elle
une action directe et une puissante énergie corruptrice ; il résulte , dis-je , de ce délaissement complet de la matière ainsi abandonnée à elle-même , qu’elle subit cette espèce de dissolution, ou, pour parler notre langage habituel, cette sorte de corruption avec laquelle elle a des rapports si directs et si naturels de convenance. De sorte que, une fois que le principe conservateur cesse ses actes de préservation et de résistance , que la cause corruptrice présente continue , au contraire , son action avec une incessante énergie , et que la mixtion corporelle , reprenant ainsi son état matériel primitif , acquiert par cela même une plus grande réceptivité ; dès-lors , ce qui peut uniquement résulter de cet état de choses , c’est que la cause corruptrice poursuit son œuvre de destruction et produit des effets aussi prompts qu’inévitables.
Cependant , comme il est non-seulement certain à priori, d’après la nature même des choses, mais encore incontestable et réel à posteriori , par de nombreux exemples même , que cette espèce d’invasion corruptrice ( si rapide et si facile à s’étendre à travers les parties encore saines du corps) pourrait être anéantie néanmoins , pourvu que Yagent vital continuât seulement à faire son office et à poursuivre son action habituelle : je conclus que , selon toutes les apparences , c’est à cet agent préposé à la conservation de l’être vivant qu’il faut attribuer directement toute la faute du mal et le défaut d’action à priori. (Je dois faire simplement remarquer que l’agent vital ne renoncerait pas ainsi directement et à priori à ses actes conservateurs , s’il ne rencontrait , à posteriori , dans ces mêmes parties déjà atteintes de corruption un obstacle à son action réparatrice.)
§ XXXVI. La faute de cette défection de l'acte vital ne peut pas être dans la constitution matérielle du corps.
Si l’on veut sagement apprécier la chose en elle-même ,
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et qu’on l’observe avec une sérieuse attention , on se demandera naturellement comment il se fait que cette action vitale soit ainsi suspendue en pareil cas ; ou , pour mieux parler le langage de la vérité , on voudra savoir pourquoi le principe de vie et de conservation cesse d’exercer son énergie , et sur la partie atteinte de corruption , et même sur les parties encore saines ! .
Certes , ce ne sera pas sur le compte de la constitution purement matérielle delà partie lésée, quel que soit d’ailleurs l’état de l’organe voisin , qu’on pourra jamais rejeter la faute de cette désertion de l’acte vital ; c’est là , en effet , une chose que tout le monde peut facilement comprendre , tant à priori qu’à posteriori.
A priori, dis-je, parce que dans les parties qui ne sont pas encore atteintes par la corruption et qui sont saines , il n’y a , par cela même , aucune nouvelle raison pour qu’il doive s’y passer autre chose que ce qui s’y passe ordinairement. Pour ce qui regarde à posteriori la corruptibilité imminente, certainement cette imminence, en tant que telle , n’est point encore quelque chose de matériellement positif.
§ XXXVII. Lacorruption d'unorganene peutpas , physiquement
parlant , disposer l'organe voisina la même corruption.
La disposition à un pareil résultat éventuel et effectif, dans un corps plein de vigueur et de santé , ne se montre jamais matériellement moindre, que lorsque ce corps se trouve exempt et éloigné d’une corruption gangréneuse actuelle et profonde ; en sorte que , lorsque sa présence se fait sentir quelque part , cette corruption ne peut physiquement augmenter cette disposition dans toute l’étendue des autres parties du corps ; elle ne peut , dis-je , augmenter en aucune manière cette disposition à la corruption, quoiqu’elle soit bien grande d’ailleurs.
En outre , cet acte de corruption , déjà commencé dans
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quelque partie du corps, ne peut, dans un pareil cas, rien ôter, soit simplement, soit directement, à l’acte vital conservateur dans les autres parties voisines , encore intactes et à l’abri de toute corruption. Car , puisque cet acte conservateur est sans cesse mis en opposition et résiste même efficacement à l’acte corrupteur, il ne peut jamais, survenir dans les parties saines aucune espèce de changement physique, qu’un tel acte de corruption ait déjà commencé ou non à exercer son action funeste sur l’organe voisin.
§ XXXVIII. L'acte de corruption n'occasionne aucune différence physique.
Comme pour les personnes peu expérimentées et peu habiles dans l’art d’établir des distinctions , — ainsi qu’il est notoire et certain qu’il y en a beaucoup dans les écoles médicales et dans les autres écoles, — il ressort, d’une manière évidente , indubitable et certaine (comme dans les cas dont il est ici question) , qu’une corruption actuelle , déjà commencée dans une partie quelconque , y amène un changement physique, une différence matérielle. Il convient ici de ne pas confondre et de ne pas perdre de vue, d’une part , que la chose se passe bien autrement quand le corps se trouve absolument et réellement à l’abri de toute corruption actuelle , et que , avant qu’elle ne fasse invasion , il peut en être préservé avec un entier succès par cette méthode conservatrice naturelle, que nous avons déjà signalée comme exerçant son efficacité sur le corps , surtout en prévenant le mal ; mais que , d’autre part , il en est bien autrement aussi lorsque cette corruption est déjà passée en acte , qu’elle se manifeste avec énergie dans le corps , quelle s y développe, y progresse et s’y établit définitivement.
§ XXXIX. L'acte corruptif ne peut porter aucune atteinte à l'acte conservateur.
Je prie le lecteur de vouloir bien peser la valeur réelle
de notre manière de voir et de parler à ce sujet, car elle est l’expression pure de la vérité. Quand je dis, en effet, que l’acte de la corruption n’exerce aucune action funeste et directe sur l’acte même de la conservation , je ne prétends pas pour cela parler d’un seul et même sujet , d’une seule et même partie du corps ; non , mais j’entends évidemment déterminer par ces mots des parties bien différentes , c’està-dire des organes dont les uns sont effectivement atteints d’une véritable corruption , et dont les autres , seulement voisins , adjacents , ayant un rapport de contiguité et même de continuité réelle avec ces derniers, sont cependant exempts encore de toute atteinte corruptrice et entièrement sains. C’est sous ce point de vue que j’avance et soutiens que ces dernières parties , ces organes voisins, contigus, etc. , de l’organe lésé , ne diffèrent en rien , physiquement parlant, de toute autre partie saine du corps. Et, par cela même que ces parties sont encore intactes et libres de toute fâcheuse atteinte , elle n’a besoin d’autre mode de conservation que de l’acte naturel préservatif par lequel tout le corps entier se trouve également , directement et efficacement conservé dans l’intégrité de ses parties et dans toutes ses proportions matérielles.
§ XL. Un organe atteint de corruption ne peut plus se conserver.
Mais il en est bien autrement, avons-nous dit, sous tous les rapports d’une partie quelconque du corps , quand elle est déjà sous l’empire destructeur de la corruption ; car vouloir faire qu’elle ne soit pas corrompue , tandis qu’elle l’est en réalité, ce serait là une prétention aussi absurde que contradictoire et même impossible. Et dans l’hypothèse que cela ne fût pas contradictoire , on avouera néanmoins que , selon les lois physiques de l’économie universelle des êtres vivants , il est tout-à-fait impossible que l’organe même qui
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est déjà atteint par l’acte de la corruption , ou , pour mieux dire , qui est envahi par une corruption actuelle , soit guéri ou rétabli de cette profonde lésion, soit en son entier, soit même simplement en partie ; de telle manière que ce qui a supporté déjà l’acte corrupteur puisse encore être conservé et continuer à être et à demeurer une partie naturelle et intégrante du corps.
En effet , quoique , dans le fait de la suppuration , l’acte libre de la corruption soit modifié et interverti par l’acte vital conservateur , qui s’oppose à ce que cette corruption , de simple qu’elle est , ne prenne le caractère putride qui , comme on dit, couve déjà pour éclore plus tard; ce n’est pourtant pas à croire pour cela que ce genre , ou , si l’on aime mieux, cette espèce subalterne de corruption soit tout-à-fait éloignée du corps. Une telle espèce de corruption, en effet, après avoir apporté dans la matière organique une semblable modification qui en change la vraie crase corporelle comparativement à ce qu’elle devrait être , la rend ainsi si étrangère aux conditions voulues, que celle-ci (la matière organique), une fois corrompue , non-seulement est désormais impropre à pouvoir, en aucune manière , demeurer dans le corps , mais encore est destinée à être complètement éliminée et expulsée.
§ XLI. La désertion coupable de Vacle vital retombe sur la
rationalité de Vame , en tant que dépravée et téméraire.
Or , comment se fait-il que lorsque la putréfaction envahit une partie du corps , l’acte conservateur vital abandonne la partie voisine encore saine, tandis qu’il pouvait et qu’il devait même arrêter les progrès de cette corruption actuelle? Certes, et ce que je ne cesserai de rappeler à l’attention de chacun, on ne saurait citer aucune espèce animale chez laquelle de pareils phénomènes se produisent aussi aisément et d’une manière si solennelle que chez l’homme.
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Mais à quoi donc attribuer cette prodigieuse anomalie , si ce n’est à ce principe vital actif et vivifiant de l’homme , doué de la faculté de raisonner, je veux dire à Y âme raisonnable, telle qu’elle est , mais non telle qu’elle devait être , au point de vue de sa rationalité, non telle , dis-je , qu’on se l’imagine plutôt qu’on ne la. suppose ordinairement? Cette faculté de raisonner, cette rationalité, dis-je, n’est ni droite, ni simple, ni directe, ni, ainsi qu’on le dit vulgairement, naturellement saine, mais dépravée , timide et incertaine , téméraire et trop hâtive à tirer des conséquences erronées et intempestives , se mêlant et s’occupant de nombreuses et différentes choses à la fois , mais n’entreprenant et n’exécutant jamais rien avec exactitude et précision , si ce n’est après de nombreux détours et de grandes hésitations; se livrant plutôt à la contemplation qu a la simple méditation des choses , ou bien , quand elle parvient à délibérer avec calme et sagesse , cherchant avec plus d’empressement à prévoir l’avenir qu’à imaginer les moyens propres à y pourvoir; faculté, dis-je, tantôt craintive et tremblante, tantôt impatiente à l’égard des chose^imprévues ; bien souvent désordonnée et inconstante , et se hâtant témérairement d’arriver à son but avec précipitation , tout en négligeant d’employer les moyens convenables et propres à cette même fin.
Tandis que, chez les autres animaux, cette sorte de faculté , cette rationalité , dis-je , s’arrête directement , mais moins long-temps et simplement , sur chacun des objets qui viennent tour-à-tour et naturellement frapper leurs sens grossiers ; elle les poursuit ensuite de cette manière spéciale et naturelle qui répond à la représentation sensible que cette faculté se fait elle-même de ces objets , et cela à l’aide de conséquences simples et naturelles , ainsi que par l’application directe qu’elle en fait 1 .
J’ai, du reste, déjà parlé de cette matière dans une disser-
1 Voy. T. VIII , Comment. XXX.
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tation sur la fréquence des maladies chez l'homme comparativement aux brutes 1 .
§ XLII. D'après de pareils motifs, il est plus raisonnable de
suspendre les actes vitaux que d'en continuer l'exercice.
C’est pourquoi, comme cet acte vital, avec son incessante persévérance et son exactitude (tant qu’il n’est pas violemment dérangé), est, par ses effets réguliers, utile à prévenir toujours la corruption et à en préserver ces parties organiques , qui , encore à l’abri des atteintes funestes de l’acte corrupteur, sont néanmoins menacées sans cesse de tomber en sa puissance prochaine ; comme aussi toute l’intention de cet acte vital a pour but unique (tout occupé de son plan , de son dessein perpétuel et de son action) de s’exercer à éloigner, par ses vigilants efforts et sa prompte activité, toutes les occasions et tous les commencements d’atteinte de cette corruption , afin qu’elle ne puisse nulle part exercer librement son influence délétère et produire ses fâcheux effets ; il est certainement évident et bien conforme à la saine raison que , toutes les fois et partout où cette corruption (sans cesse imminente, et qui doit être éloignée du corps avec tant de zèle et de vigilance , avec une sollicitude si constante et si attentive , avec de si pénibles efforts d’invention continuelle et d’administration extrêmement étendue); toutes les fois, dis-je, que, néanmoins malgré toutes ces destinations et ces opérations , la corruption fait (ainsi que cela arrive habituellement) une prompte et violente invasion dans le corps , et qu’outre cela , en y multipliant et y étendant son influence , elle oppose son action si rapide à cette énergie vitale devenue plus languissante et moins active qu’à l’ordinaire ; nous le répétons , il est certes bien logique de penser qu’il est tout-à-fait conforme à une
1 Dissertatio de frequentiâ morborum in corpore humano prce brûlis- Halle, 1705.
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raison jouissant de son calme et assez tranquille dans son état normal (mais pareille , en ce moment , à une imagination livrée à toute l’agitation du trouble ) , d’être en proie à la précipitation, à la crainte et au découragement de toute intention active et efficace , sans néanmoins éprouver la moindre agitation tumultueuse dans l’acte ' .
Bien plus, lorsqu’il n’y a pas absolument espoir de conserver (chose d’ailleurs assez difficile , quelque saine que soit la raison) la partie du corps déjà envahie par la corruption ; dès ce moment , cette portion de la machine corporelle (perdue à jamais) est vouée à un simple et naturel oubli , et l’âme n’éprouve désormais plus pour elle qu’une indifférence et une insouciance qui tiennent de l’insensibilité et de l’apathie. Aussi est-ce pour cela que l’on ne devra pas regarder comme absolument déraisonnable cette crainte désespérée , par cela même que l’énergie de l’action vitale naturelle , devenue plus lente , a perdu toute espèce d’espoir de résistance au prompt envahissement de la corruption, même dans les parties voisines et encore saines. Voilà aussi pourquoi il me paraît plus conforme à là saine raison de suspendre plutôt que de poursuivre tout acte vital.
En effet , la raison tend toujours , en pareil cas , vers la conséquence, et vise sans cesse au but et à la fin dans l’administration de ses actes , toutes les fois qu’elle suppose ou s’imagine (en appréciant comme vraie une chose fausse) qu’il lui est impossible d’opposer une résistance suffisante à la corruption , et partant d’atteindre son but. Dès-lors, il est facile de comprendre combien sa détermination est juste et légitime en tout point , attendu que lorsque l’on nie la fin , il faut également nier les moyens qui conduisent uniquement et naturellement à cette même fin.
Pourquoi cela, direz-vous? C’est parce qu’il n’est nullement faux ni même hypothétique , mais qu’il est au contraire
1 Voy. T. VI, Sujet du 19e doute de Leibnitz.
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absolument vrai et incontestable que, par cette simple, naturelle et ordinaire méthode vitale, il est très-certainement impossible de combattre victorieusement les progrès de cette puissante corruption actuelle , et que tout moyen efficace de conservation est également impossible , en présence d’une aussi formidable atteinte actuelle de corruption , par la simple méthode naturelle , et principalement dans la mesure ordinaire que peut , en pareil cas , employer l’acte conservateur de la vie.
§ XLIII. Ce qui précède est confirmé par le fait de la suppuration simple et du sphacèle.
Tout ce qui vient d’être dit trouve à posteriori une preuve évidente et une confirmation pleine et entière dans les exemples du sphacèle , dont on arrête les progrès par certains moyens médicaux et chirurgicaux convenablement employés, et de h, suppuration pure et simple. Il ressort, en effet , parfaitement de ces deux exemples que si l’acte vital se continue seulement d’une manière normale et dans une proportion convenable , il peut aussi opposer avec succès une résistance suffisante et satisfaisante à la violence de l’acte corrupteur, qui a envahi une partie quelconque du corps , y occupe déjà une certaine étendue , mais qui n’est encore qu’à son début.
En effet , de même que , dans la suppuration simple , tout le mouvement , l’afflux et le passage du sang (je veux dire tout l’acte inflammatoire ) est un acte purement et vraiment vital , naturel , convenable et propre à la conservation de la vie et à l’élimination de la corruption franche et librement putride ; de même aussi ce mouvement vital se trouve absolument et naturellement nécessaire dans une pareille constitution , et , partant , plus évidemment que probablement destiné à cette fin en vue de laquelle il a été positivement établi , entrepris et dirigé dans de justes pro-
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portions. De même aussi et pareillement, dans cette sorte de corruption putride elle -même vulgairement appelée sphacèle, il n’y a pas d’autre moyen de modifier une semblable corruption , si ce n’est en provoquant le changement de cette corruption putride en une simple suppuration. C’est là la seule méthode vitale , vraiment salutaire , à l’aide de laquelle les parties ambiantes les plus voisines de l’organe ainsi lésé sont mises à l’abri de l’invasion du sphacèle et protégées contre ses incessants et imminents progrès.
Tout cela est généralement obtenu par un procédé purement vital , nous voulons dire à l’aide des sécrétions et des excrétions. Mais j’arrête ici toute considération à ce sujet , dans la crainte , en entrant dans des détails trop spéciaux , d’entamer des questions étrangères an plan que je me suis tracé.
§ XLIV. L’action et la résistance vitales se proportionnent au caractère de la corruption.
Qu’il nous suffise donc de conclure , de tout ce qui vient d’être dit , que la principale et la plus remarquable de toutes les formes de corruption, c’est la corruption putride , à laquelle toute saine raison conseille , veut et exige qu’on oppose une résistance directe , vigilante et avant tout opportune , en tant que cette corruption est non-seulement simple et directe, mais encore lorsqu’elle est plus grave, plus énergique, et surtout plus prompte et plus subtile.
Quant aux autres espèces de corruptions moins violentes , l’action vitale y pourvoit et s’y oppose subsidiairement d’une manière plus calme et beaucoup plus régulière que dans l’espèce ci-dessus. Certes , je ne veux pas dire pour cela que ce principe vital actif puisse , d’une manière générale et absolue , supporter avec moins de sollicitude la corruption , puisqu’il est censé avoir une connaissance quelconque de sa puissance d’élection , en vertu de laquelle il peut choisir et
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allier à son gré les matières convenables pour la mixtion et la structure de son corps , en prévision de ses usages futurs. D’où l’on peut concevoir que le principe de vie a, de cette inévitable corruptibilité en général , une connaissance telle , qu’il n’éprouve aucune répugnance naturelle , ni aucune crainte notable à son égard , en considérant la chose à un point de vue générique ; et cela d’autant mieux qu’il a à sa disposition des moyens propres à y pourvoir et à y remédier, etc., et qu’on peut, à ce propos, appliquer d’une manière fort convenable cet adage : Qui veut la fin veut aussi les moyens, etc.
Considérant donc le fait tel qu’il est en lui-même , nous dirons seulement que , comme le sang surtout ne peut point ne pas être éminemment corruptible, il est pareillement impossible que cette humeur ne soit pas atteinte un jour de corruption.
Pour ce qui regarde la différence des modes variés d’action de la puissance corruptrice , voici dans quelle proportion plus spéciale elle a lieu : c’est que plus le caractère et les progrès de cette .corruption sont lents et modérés , plus intimes et plus prochains sont leurs rapports avec le caractère de toute méthode d’action vitale conservatrice , qui se prête merveilleusement à toutes les exigences du moment , avec autant de justesse et de célérité dans l’intention , que de promptitude et de régularité dans l’exécution ou invention de ses mouvements.
§ XLV. Le mouvement intérieur ralentit la corruption du sang.
La principale et plus notable espèce de corruption , affectant un caractère lent et tardif , est celle par laquelle , chez les animaux vivants pourvus de sang , celui-ci s’épuise et s’altère peu à peu. C’est ainsi, en effet, que les choses se passent lorsque , par le perpétuel mouvement intérieur
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du sang, par le mouvement plus précipité de sa circulation, surtout chez les animaux à sang chaud , et par une plus violente agitation de la portion graisseuse de la mixtion sanguine , il s’opère peu à peu non-seulement la séparation d’une seule partie de la masse sanguine d’avec une autre , mais encore l’élimination et la disparition ultérieure et complète de certaines autres parties constituantes de cette même masse. D’où résulte une plus grande ténuité du sang, et partant une plus grande mobilité , pouvant , dans sa- suite , facilement servir comme d’instrument à une trop grande commotion de cette espèce , à uhe corruption , dis-je , capable de s’étendre et de se communiquer de plus en plus , à moins que le principe de vie ne vienne y pourvoir à l’aide d’un acte méthodique et proportionné.
Or, cette méthode consiste plus généralement dans la destruction complète de la partie ainsi lésée ou corrompue , dans la crainte que le reste de la masse sanguine (bien que n’ayant encore éprouvé aucune espèce d’altération) ne soit affaibli et vicié par le simple rétablissement ou la restauration de cette portion matériellement ruinée par la corruption.
§ XLVI. La raison formelle de la vie, ainsi donnée, confirme V explication touchant V acception de la vie corporelle.
On peut voir assez clairement , d’après tout ce qui vient d’être dit , quelle est cette raison formelle de la vie corporelle , c’est-à-dire de cette faculté si excellente par laquelle les corps dits vivants , sont naturellement supérieurs aux corps simplement mixtes et l’emportent sur eux en dignité. Cependant je pense qu’il ne sera point superflu d’ajouter encore ici quelques mots , pouvant servir à compléter notre idée au point de vue de l’acception propre de la vie, en tant que opposée à la mixtion, et du vivant, en tant que opposé au mixte , je veux dire de la vie corporelle ou de la vie considérée quant au corps.
T. II
OEUVRES DE STAHL
On dit communément que les choses même les plus connues peuvent être avantageusement enseignées et inculquées aux jeunes gens. Pour moi , qui ne me suis pas cru trop jeune , j’ai appris , par une bien longue expérience , qu’il est indispensable de bien expliquer , de démontrer clairement toutes ces choses , même à des personnes qui , ayant déjà dépassé l’âge de la jeunesse , sont encore jeunes du moins par leur intelligence et leur science.
§ XLVII. La véritable essence de la vie nest pas encore bien connue.
En effet, personne, jusqu’à ce jour, n’a encore donné une bonne et exacte définition de la vie , et les diverses interprétations , auxquelles elle donne lieu , engendrent dé toutes parts de graves embarras et favorisent les perplexités qui régnent à ce sujet ; tandis que , d’un autre côté , on ne sait point apprécier et apercevoir convenablement sa manière d’être à l’égard du sujet , auquel on dit qu’elle est attachée et unie. Après une pareille négligence, nous dirons même après un si coupable oubli , comme nous avons simplement cru qu’il était dans notre devoir, en notre qualité d’homme, de nous efforcer d’acquérir, à posteriori du moins, la connaissance des choses , et , suivant l’ordre naturel et méthodique des études , de procéder de l’espèce au genre , il est résulté de là l’impossibilité d’arriver à la véritable conception générique de la vie , telle que nous la considérons vulgairement , par rapport aux divers sujets qui la possèdent ou en jouissent.
§ XLVIII. Trois sujets auxquels la vie est attribuée.
Or, on est généralement d’accord de n’attribuer proprement la vie , dans son acception la plus solennelle , qu’à trois sujets, savoir : Dieu, l'âme, le corps.
Quant à Dieu et à l’âme , il n’est nullement douteux que le mot vie, sagement interprété, ne signifie (dans
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son acception tant propre et générique que métaphysicomatérielle) rien autre chose qu 'activité; et, dans son acception spécifique ( en tant qu’on peut la distinguer de l’activité simplement prise dans le sens le plus naturel véritable ou supposé, ou prise formellement dans ce sens), la vie doit être regardée comme activité se rapportant aux affections1 corporelles, ayant surtout une action directe sur les corps ; c’est-à-dire , en prenant les choses dans un sens plus exact et plus vraisemblable , que le mot vie désigne une force active, une activité exerçant sa puissance sur les affaires et les affections corporelles , ne les exerçant même qu’en vue de ces affaires et de ces affections ; force active , dis-je , éminemment conservatrice et restauratrice .
§ XLIX. Explication de ces paroles de V Écriture-Sainte :
« L'homme fut fait en âme vivante. »
Lorsqu’il est dit , en effet , dans l’Écriture-Sainte , en parlant de la création des êtres, que l’homme fut fait en âme vivante 2 , est-il possible de ne pas voir dans ce passage de la Genèse que l’âme humaine fut réellement infusée 3 dans le corps , et pourrait - on lui donner une autre signification en se tenant au sens littéral de ces mots ? De plus , comme l’expression même des termes en mémoire de l’œuvre divine a été exposée de telle sorte que les interprètes latins sont convaincus qu’elle doit être rendue sous cette formule : « Factus est homo in animam viventem, l’homme fut fait en âme vivante» , c’est-à-dire afin quelle fût vivante, « ut viva sit » ; certes , cette même expression ne signifie pas autre chose que l’homme fut fait âme vivifiante, « vivifica, »
1 On doit entendre ici par affections les divers états passifs qui peuvent affecter les corps , c’est-à-dire se manifester en eux.
2 Genèse, chap.ll, v. 7. — Première épître de S. Paul aux Corinthiens t chap. XV, v. 45.
3 Infusée, c’est-à-dire répandue dans le Corps par infusion ou par un don surnaturel , comme on dit : Les Apôtres avaient le don des langues par infusion.
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c’est-à-dire capable d’exercer l’acte conservateur de la vie du corps, capable aussi d’agir dans le corps et par le moyen du corps , en vue des affections corporelles ; capable enfin , à l’égard de ces mêmes affections , d’exécuter, d’accomplir, de poursuivre, de considérer, d’apprécier avec persévérance ces actes de la vie , et de s’en occuper d’une manière digne de la sagesse du divin Créateur.
§ L. Il ne faut pas [confondre la vie de l'homme avec la vie du corps.
Comme nous savons et comprenons combien peu il est raisonnable de vouloir mettre sur le compte de la vie tous les embarras et toutes les difficultés qu’éprouve l’esprit humain , si prompt à se tromper, nous pensons que nous ne devons pas perdre un temps précieux à critiquer et à redresser ces sortes de discussions, aussi oiseuses que vaines, qui viennent sans cesse échouer devant la moindre difficulté. Qu’il nous suffise , à ce propos , de prévenir, en passant , quiconque ne serait que peu versé dans les connaissances ordinaires de la philosophie , de ne tomber dans les mêmes excès et de ne commettre les mêmes erreurs. En d’autres termes , je conseille , à quiconque est peu expert en ces matières , d’éviter d’employer à contre-temps des mots auxquels on se plaît à donner une signification tout-à-fait étrangère à leur véritable acception : telle est, par exemple, la confusion que l’on fait entre la vie de l’homme et la vie du corps , ou bien encore le défaut de distinction entre la vie du corps et l’action organique ou faite à l’aide d’un instrument.
§ LI. En quoi consiste la vie de l'homme ou de Pâme humaine?
En effet, comme l’homme est proprement âme, toute la masse corporelle ne doit être regardée que comme son officine. Et cependant cette âme est étroitement liée non-seulement à la matérialité de cette officine corporelle , mais
encore à l’inhérence de ses propres objets dans les matières, c’est-à-dire qu’elle a des rapports intimes avec les affections de la matière .y
Il s’ensuit donc que la vie de l’homme ou de l’âme humaine consiste , non pas simplement et en général dans l’action, mais aussi tout spécialement dans l’action exercée et faite dans le corps , par le moyen du corps , sur et touchant les affaires corporelles et même sur son propre corps ; et cela , en effet , autant qu’il nous est évidemment et véritablement permis de le concevoir à l’égard de l’âme par une simple notion physique , chose sur laquelle les physiciens surtout ne daignent pas toujours fixer leur attention. Devons-nous les tourner en ridicule, ou simplement prendre pitié de leur indifférence ? Je ne sais trop ce qui convient le mieux.
§ LU. Le corps est l'instrument de l’âme1.
Or, puisque ce corps, par le moyen duquel l’âme humaine ou l’homme agit, n’est réellement en lui-même qu’un simple instrument , et que autre est la constitution matérielle d’un instrument, et autre aussi est sa raison formelle,; bien certainement, toute personne intelligente et raisonnable comprendra aussi combien ces deux conditions diffèrent essentiellement entre elles , au point de vue de leurs rapports réciproques.
Mais, comme toute action que l’âme exerce par le moyen du corps est dite organique, ou, en d’autres termes, comme le corps, à l’égard de l’âme, n’est qu’un simple instrument , et comme jusqu’à ce jour on n’a jamais ouï dire, et qu’il soit sans exemple , que l’action d’une cause supérieure sur un instrument, ou, comme on le dit vulgairement, que Y actuation < de l’instrument ait été appelée du nom de vie par
1 Toutes ces questions, et les solutions que leur donne Stahl, respirent l’esprit philosophique de l’école de S. Thomas.
2 J’ai cru devoir traduire ici le mot actualio par actuation, attendu qu’il
aucune école avant nous , il s’ensuivra donc qu’en parlant de la vie , personne ne craindra plus de s’égarer dans une formule perplexe et douteuse , en disant : corps organique 1 .
§ LIII. De la vie du corps organique.
Puisqu’il existe réellement et indubitablement une naturelle différence entre les mots corps et organique, pris dans leur sens propre, il n’est dès-lors personne qui ne comprenne aisément, par la seule expression des termes, quelle est la différence qu’il y a entre la raison du corps considéré en lui-même, en tant que non organique, c’est-à-dire en tant que inorganique dans l’acte même , et la considération due au corps organique , lorsque aussi long-temps que , et même plutôt en tant qu’il est, brièvement et formellement, mis organiquement en action.
C’est dans ce sens que nous disons que cette formule : la vie du corps organique, ne peut jamais fournir à l’homme occasion ni matière d’erreur.
Car , si l’on refuse d’admettre cette locution : la vie du corps , qui est organique , il faudra admettre du moins celle-ci : la vie du corps , en tant qu’il est organique. Tous les jeunes élèves qui fréquentent nos écoles savent, en effet, que cette dernière locution équivaut à celle-ci : la vie de l’organe ou de l’instrument qui est corporel.
Or , sous cette acception significative , apparaît cette vie inaperçue de l’instrument , qui prend la place de son actuation , c’est-à-dire de l’acte transitoire d’une cause supérieure , s’exerçant au moyen d’un instrument sur un objet quelconque.
Mais en voilà bien assez; et n’est -ce pas même trop
rend beaucoup mieux qu’aucun autre la pensée de Stahl ; pensée neuve et sans exemple parmi les médecins-philosophes ses devanciers. Une périphrase aurait affaibli le sens et paralysé la vigueur de la conception Stahlienne.
‘ Voy. T. VIII , Comment. XXXI.
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long-temps nous arrêter sur un sujet que les écoliers peuvent eux-mêmes juger et sainement apprécier?
§ LIV. De la vie relativement à Dieu.
Ge qu’il y a de bien certain et d’indubitable , c’est que , en parlant de Dieu lui-même , quand on dit qu’il jouit de l’attribut vivant , ce ne peut être, sous aucun autre rapport, plus prochain que sous ce double point de vue , savoir :
1 0 que la durée de Dieu est réelle , et qu’elle ne saurait avoir de fin ; 2° que c’est de Dieu lui-même que relèvent et la durée et la pérennité de tous les êtres créés par lui; ce que nous enseigne , du reste, bien clairement l’Apôtre1 par ces paroles si sublimes : « In ipso vivimus , movemur » et sumus , — c’est en Dieu que nous puisons la vie , le » mouvement et l’être. »
C’est dans ce même sens qu’on rencontre assez souvent dans l’Ancien Testament cette manière de parler : « Vivit » Deüs , et vivit anima tua, — Dieu est vivant et ton âme » est vivante aussi» ; ainsi que celle-ci : « Vivit Dominos meus » rex, — le Seigneur mon roi est vivant 2 . »
Or, ces diverses locutions non moins optatives qu’affirmatives ne signifient-elles pas ceci ? « Dieu , qui est la véritable » source infinie de la vie , et qui en est aussi le souverain «maître et dispensateur, daigne vouloir que ton âme vive,
» comme lui-même , mon seigneur et mon souverain maître , » est vivant. — VelitDEUs, vitœ Dominüs atque fons, ut » anima tua vivat, ut Dominüs meus vivat. »
‘ S. Paul. — Le lecteur sera convaincu , par cette citation entre mille, que non-seulement Stahl savait puiser à la bonne source quand il volait à la recherche de la vérité ,*mais qu’encore il regardait les livres saints comme les premières autorités en matière philosophique. Il serait à désirer que nos hauts génies du XIX® siècle comprissent l’importance d’une pareille conduite, et que l’esprit humain fit un sincère retour vers la philosophie chrétienne , la seule vraie source de toute vérité. Les progrès n’en seraient que plus sûrs et plus rapides , car cette philosophie n’exclut aucune sage et solide expérimentation raisonnée.
2 S. Augustin a dit aussi : « Anima , vita est quâ vivimus. »
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Qu’il daigne donc aussi, ce Dieu puissant, principe de tout, avoir encore pour agréable pendant long-temps et bénir durant une longue série de siècles la vérité ferme, constante et manifeste que je soutiens ici! Qu’il me punisse s’il me trouve menteur; mais qu’il daigne m’être toujours propice et m’accorder ses divines faveurs si j’ai dit la vérité 1 !
§ LV. Quelle idée présente à l'esprit le mot vie dans son acception absolue, et quelle notion en avons -nous dans son acception relative ?
Ainsi donc , quels que soient la manière et le sens dans lesquels on admet l’acception universelle des mots vie et vivant, quelque signification, dis-je, qu’on leur donne ou qu’on veuille leur donner , ils rappellent toujours à l’esprit l’idée d’une évidente activité quelconque , ou mieux encore d’une action sur les choses corporelles ; action , soit véritablement, soit apparemment innée et même immanente, non transitoire , et ne cessant jamais d’agir tant qu’on y reconnaît sa présence.
Telle est l’idée que le mot vie, pris ët conçu dans un sens général et, par cela même, dans un état plus absolu, présente à l’esprit de l’homme.
Mais , au point de vue de l’état respectif de la vie par rapport aux corps , et, qui plus est, au point de vue de la manière d’être des corps à l’égard de la vie elle-même , la chose mérite une double appréciation en rapport avec le caractère mutuel et réciproque de la vie et du corps. Ce n’est pas , en effet , seulement d’une manière générale qu’il convient de considérer et d’étudier les rapports et le mode d’être de la vie à l’égard du corps ; mais il importe surtout d’observer réciproquement les rapports naturels ou la manière d’être des corps à l’égard de la vie .
Voy. T. VIII , Comment. XXXII.
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Car , enfin , c’est de cette comparaison que résulte et se manifeste une plus spécifique et plus formelle raison , tant de la vie elle-même , que du corps par rapport à là vie.
Ce qui vient spécialement à l’appui de cette considération, c’est, d’une part, l’observation sérieuse du corps humain, en tant que privé de sa vie , et , d’autre part , l’étude de ce corps uni d’une manière concrète à la vie , c’est-à-dire jouissant de sa propre vie 1 .
§ LVI. Véritable existence et essence de la vie du corps.
Telle est T unique et la véritable voie , tel est le seul et vrai moyen de faciliter à l’esprit humain la perception raisonnable et l’intelligence solide , non-seulement de l’existence réelle de la vie corporelle , mais encore de sa véritable essence.
Je m’explique , et je dis que c’est seulement à l’aide d’une pareille investigation que l’on parviendra aisément à savoir et à comprendre , d’une part , qu’il existe , en toute vérité , une réelle constitution particulière , dans certains genres de corps , selon laquelle ces genres diffèrent éminemment de ceux qui ne sont pas ainsi affectés ; et , d’autre part , quelle est aussi dans ces mêmes corps cette constitution en vertu de laquelle , étant si merveilleusement affectés, ils diffèrent singulièrement des autres qui en sont privés entièrement ; et , réciproquement , on apprend à découvrir enfin quelle est la loi selon laquelle ces corps ont reçu cette toute particulière constitution différente et déterminée.
§ LVII. C'est perdre son temps que de considérer la vie seulement sous un simple point de vue général.
C’est pourquoi , si l’on veut bien se donner la peine de procéder distinctement à l’appréciation et à la comparaison
' Voy. T. VIII , Comment. XXXIII.
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de ces divers phénomènes, il est impossible de ne pas comprendre clairement combien diffèrent entre eux l'état ou le mode d’être respectif de la vie , en tant que , touchant le corps et par rapport au corps , elle est dite vie corporelle , et le mode d’être du corps , en tant que , quand on parle de vie à son égard , on veut dire qu’il en jouit , c’està-dire qu’il vit. Il en serait bien autrement d’une acception et d’une considération différentes quelconques, ou même d’une autre opinion et d’une hypothèse toute fictive touchant la vie , qui prétendraient l’expliquer d’une tout autre façon.
N’est-ce point , en effet , et en toute vérité , se livrer vainement à des idées purement chimériques et fugitives , ou du moins n’est-ce point perdre son temps en de folles et inutiles spéculations , que de donner pour vraies ces opinions mensongères qui font consister la vie du corps seulement dans f union de l’âme avec le corps , ou bien simplement dans l’action en général , et non dans X activité de Xâme dam et sur le corps ; ou qui la font provenir plutôt d’une simple activité immédiate et absolue , ou d’une action générale quelconque, s’exerçant sur le corps lui-même, mais dépendant uniquement de cette union immédiate de l’âme et du corps 1 ?
S LVIII. La constitution de la vie et du corps vivant est moins médicale que physique.
J’espère maintenant , et j’ose me flatter en toute confiance , que j’ai surabondamment satisfait à cette question , savoir : ce que c’est formellement que la vie du corps. j’ajouterai cependant que , quelque bien comprise qu’elle soit , cette manière d’être naturelle et constitutive de la vie et du corps , en tant que vivant, est encore entièrement stérile, je dirai même vraiment inutile et superflue, au
1 Voij. T. VIII , Comment. XXXIV.
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point de vue de tout usage , de tout avantage directement médical. Mais, pour ce qui regarde la notion physique de ces choses , je dirai non-seulement que ce qui vient d’être développé ci-dessus est parfaitement approprié et convenable à cette connaissance , mais encore que cette sorte de déduction que j’ai établie ici peut suffire , au point de vue de ces rapports matériels et formels , de manière que l’on peut, par ce moyen, très -bien concevoir: 1° d’une part, ce qu’est le corps vivant, et ce qu’est le principe selon lequel le corps est tel et dit tel ; 2° ce qu’est le corps non vivant ; 3° d’autre part , quelle est la chose qui , dans ce corps déjà vivant , est d’elle-même et par elle-même non-seulement étrangère, mais même contraire à la vie ; 4° quoique ce ne soit nullement par quelque activité , ou , comme on dit vulgairement , par une sorte de résistance qui lui soit propre , mais tout simplement par une proportion portant en soi un certain caractère de passivité à l’égard d’autres causes très-puissantes , qui ne sont rien autre chose que ce principe d’activité vitale inhérent au corps, ou qui du moins lui est étroitement uni, et dont il jouit par une faveur si remarquable.
§ LIX. A quelle fin conduit une 'pareille déduction.
Mais , cher lecteur, vous me direz peut-être : A quoi bon un si grand étalage d’érudition , et pourquoi tant de prolixité s’il ne doit en ressortir aucune utilité réelle ? Il est vrai que , puisque j’ai pris sur moi d’exposer et de démontrer ce qui appartient de plus près au domaine médical et le constitue en quelque sorte , on pourrait bien me regarder d’ores et déjà comme n’ayant encore rien fait pour la science et l’art; on pourrait même me faire passer, méchamment, pour avoir fait tout le contraire , et pour avoir perdu mon temps parce que je me serai appesanti , avec un peu trop de complaisance et de prolixité, sur des matières si con-
412 OEUVRES DE STAHL
traires et si opposées à mon but. Cependant, qu’on ne se hâte pas trop de juger, et que l’on sache bien que ma curiosité et ma prolixité s’appuient sur une raison autrement importante qu’on ne le pense. Les choses qui sont du ressort de la science médicale , ne sont pas de nature à nous laisser la liberté d’établir cette science et d’en déterminer les propres limites, comme (en géométrie, par exemple) l’on peut librement procéder du centre à la circonférence d’un cercle ; d’autant mieux , au contraire , que la médecine a subi une telle réduction , que non-seulement elle n’a plus aujourd’hui une place qui lui appartienne réellement, et même un endroit solide où elle puisse se réfugier en sûreté , mais encore à peine est-il si , comme vivant çà et là d’emprunt au milieu d’usurpations étrangères , et comme se traînant de porte en porte , elle peut trouver une humble retraite qu’il lui soit permis d’approcher; et c’est ainsi que , partout , son domaine se trouve aliéné , assigné et dévolu à des étrangers , je dirai même envahi et occupé par eux.
D’où il résulte , par conséquent , que , pour rétablir la science médicale dans ses droits naturels et pour la remettre en possession des limites de son vaste empire , il est absolument indispensable que la nature , l’état et la situation de ces lieux où elle ne fait aujourd’hui que passer furtivement, soient soigneusement explorés; il faut, dis-je, qu’on examine avec attention comment elle s’y trouve , comment elle y est traitée , et qu’enfm , délivrée de ses entraves, elle soit rendue et remise en- sa place naturelle, où et d’où elle puisse librement administrer son propre patrimoine , et y trouver même de quoi fournir aux autres sciences , tout en y puisant certains documents 1 .
1 Un peu avant Descartes, et surtout après l'admission presque universelle des doctrines mathématique, mécanique, chimique, hydraulique, etc., la médecine était devenue si vague, et son domaine si peu distinct de celui de toutes les sciences physiques , que l’on ne guérissait et qu’on ne traitait plus
§ LX. La doctrine médicale doit être corrigée et prendre une autre forme.
En deux mots, exclure tout-à-fait du domaine de la doctrine médicale ces sortes de choses qui , au point de vue de l’art, sont vraiment inutiles, superflues, et qui, même en bien des occasions , donnent lieu à un scandale et à un danger réels, tout en ne laissant pas de lui être souvent funestes : tel est le but où doivent tendre nos incessants labeurs , et cela avec d’autant plus de zèle et de persistance que ces choses ont été introduites dans la médecine par un audacieux et détestable abus. C’est là, du reste,, une entreprise certainement plus difficile que d’établir et de produire simplement des choses qu’on doit prendre, accepter et traiter d’une manière absolument différente et parfois même contraire.
C’est dans ce but , dis-je , qu’il est indispensable aujourd’hui de dégager la doctrine médicale moderne , et de rejeter complètement de son sein toutes les choses qui ne lui sont proprement d’aucune utilité réelle et absolue, mais qui y ont usurpé le droit de domicile et de libre possession , et qui, sous de faux titres et de spécieux prétextes , s’y sont franchement installées plutôt que furtivement introduites; et cela , afin de parvenir à ce but si désiré et si nécessaire de corriger et d’épurer la vraie doctrine médicale moderne, et de lui faire subir ainsi une réforme complète 1 .
Un semblable travail fournira l’occasion et l’avantage de tirer profit de cette déduction plus étendue ; de telle sorte que , en temps et lieu convenables , chacun pourra , d’après
en général les maladies d’après les préceptes Hippocratiques , mais bien seulement au nom des lois mécaniques, chimiques, mathématiques, etc.... 11 n’y avait plus de vraie doctrine médicale.
1 Tel a été le but incessant des efforts de celui qui a mérité le nom d’Hippocrate moderne. Ce sera donc à juste titre que nous l’appellerons le réformateur de la doctrine médicale et le fondateur du vérilable Hippocratisme médico-philosophique christianisé. C’est là ce qui fait la vraie gloire du Professeur de Halle.
le véritable caractère connu de cette nouvelle forme , voir clairement , malgré les cris d’indignation du vulgaire, combien peu d’utilité lui revient de ces choses étrangères à l’art véritable, et combien est stérile et vain, souvent même contraire , l’abus qu’on en fait ; abus si fertile d’ailleurs en périls bien gratuits et en dommages toujours regrettables.
g LXI. Transition à une autre démonstration de la cause organique de la conservation du corps.
Nous allons donc passer à la démonstration déductive d’une autre proposition , touchant laquelle il est bon , avant tout, de donner un avertissement au point de vue d’un double et très-grand paradoxe , savoir : « 1 0 que cette démonstration » appartient si directement à l’art médical qu’elle en constitue » véritablement le fond le plus évident et le plus solide ; et «cependant, 2° à peine est-il, surtout parmi les sciences » enseignées dans nos écoles médicales modernes et dans » l’enseignement de la médecine pratique , à peine est-il , » dis-je , si on daigne accorder à cette démonstration , en » tant que fondamentale , la place d’honneur qui lui est due » à cause de son rang et de sa dignité , alors que déjà même » chez les anciens elle n’avait pas été convenablement exa- » minée, et qu’on ne lui avait point assigné la véritable place » qu’elle aurait dû occuper. »
Or, voici la proposition qu’il s’agit de développer et de soumettre à une sérieuse démonstration : « Quelle est la «véritable raison instrumentale, ou, selon l’expression « vulgaire , quel est le mode d’être et d’agir, quels sont les » moyens, dis-je , à l’aide desquels ce que nous appelons la » vie , c’est-à-dire l’acte conservateur du corps , s’exécute et » s’accomplit? »
§ LXII. La plupart du temps les causes de la conservation vitale sont supposées être matérielles .
Ce n’est ici , je pense , ni le lieu ni le moment de signaler
ces frivoles et vaines assertions , qui font quelquefois tant de bruit à ce sujet dans les écoles médicales.
Ne voit-on pas en effet, dans ces diverses écoles, substituer impunément quelque autre chose à la place du vrai principe de la vie, et sans se mettre en peine, quand ils essaient de s’occuper de la vie , de faire mention le moins du monde de la raison formelle ou instrumentale surtout de cette vie ? Ne les voit-on pas aussi, les uns et les autres, mettre à la place de ce principe, tantôt (et ceci très-communément) les esprits, tantôt un baume vital ? On en a vu même faire intervenir une puissance astrale (ens astrale), et d’autres enfin, à l’exemple deVan-Helmont, invoquer une forme substantielle quelconque et, qui plus est encore, un véritable ens medium, un être intermédiaire ou mitoyen entre lame et le corps, entre X esprit et la matière, entre le matériel et l’immatériel 1 .
Tous ces faiseurs de théories sont en effet forcés , quels qu’ils soient , d’admettre ou de supposer l’existence d’une certaine cause simplement matérielle et d’une raison instrumentale, qui , par sa seule présence (faute d’autre raison plausible), accomplit ce qu’ils nomment fort bien, mais qu’ils ne savent pas définir, ce qu’ils appellent la vie .
§ LXIII. C'est par une action particulière et vraiment mécanique que ce phénomène de conservation a lieu.
Mais les choses se passent bien autrement qu’on ne le suppose dans ces diverses théories purement hypothétiques ; attendu que le phénomène de la vie s’accomplit en entier, non sous une influence ainsi matérielle , mais simplement sous une influence vraiment formelle , c’est-à-dire sous l’action toute particulière , non cependant sans nom réel et propre ou bien incompréhensible, mais bien réellement sous l’action purement mécanique d’une puissance très-
1 Voî/. T. VI , Comment. XXXV.
manifeste , qui , une fois que la disposition physique et relative du sujet auquel elle est dévolue est suffisamment comprise comme lui étant apte, devient aussitôt accessible à notre intelligence , au point de vue de l’effet qu’elle accomplit et consomme complètement.
Je dis donc que cette cause instrumentale , par le moyen de laquelle cette conservation du corps que nous appelons vie, est accomplie, et qui, par son simple mode formel d’agir , influe habituellement sur cet effet vital , n’est absolument qu’un certain acte mécanique accomplissant , en vertu d’une puissance purement et directement mécanique , toute cette énergie naturelle et conservatrice.
$ LXIV. Cet acte mécanique n'est autre chose que le mouvement.
Or, cet acte mécanique n’est effectivement en lui-même que le mouvement à l’aide duquel ces matières hétérogènes, qui non-seulement sont étrangères et contraires à la disposition naturelle du corps , mais encore très-dangereuses , se trouvent éliminées de toutes les parties du corps , et rejetées entièrement au -dehors au moyen d’une perpétuelle et successive agitation , afin que tout effet nuisible au corps leur soit désormais impossible.
Mais il devient absolument indispensable que la chose elle-même , je veux dire l’énergie du mouvement , qui produit et maintient proprement dans le corps le phénomène de la vie d’une manière vraiment instrumentale ou organique , soit convenablement , explicitement et distinctement conçue ; et cela est d’autant plus nécessaire , que certains esprits inquiets et jaloux se plaisent parfois à murmurer, ironiquement sans doute , cette assertion obscure et perplexe, savoir : que la vie ne consiste que dans le mouvement.
§ LXV. C'est une confusion que de dire que la vie est dans le mouvement.
On voit souvent , dans le vaste domaine de la science médicale , comme dans le sujet qui nous occupe présentement , régner une certaine ambiguité , une incertitude et une confusion réelle dans les choses que Ton reconnaît en général , que l’on admet, que l’on avance et que l’on établit même, mais qu’on n’ose cependant pas affirmer comme vraies et certaines , et dont on ne peut acquérir aussi une notion claire, distincte et irréfragable.
Car, de même que le sens de cette locution : consiste dans. est évidemment incertain et ambigu par lui-même , puisqu’en effet, dans une signification plus absolue , cette formule paraît devoir être prise pour s’appliquer à la disposition formelle d’une certaine chose plutôt que sous un autre rapport quelconque; de même aussi les personnes qui s’expriment de la sorte ne se soumettent jamais cependant d’une manière franche et réelle à cette assertion ainsi exprimée : que le mouvement même c’est la vie , et encore moins à cette manière de parler : Le mouvement est l'instrument de la vie. Mais elles paraissent du moins incliner davantage en faveur de cette assertion : Le mouvement est l’effet de la vie, comme qui dirait : Im vie consiste en ce qu'elle donne le mouvement au corps.
Or, je soutiens en face du monde entier et je déclare solennellement que le sens de ces paroles est encore étranger à l’acception dans laquelle je prends les mots : efficaciœ motus ad vitam, puissance motrice produisant le phénomène de la vie 1 .
g LXVI. Sécrétion et excrétion.
Par conséquent , afin que l’on puisse mieux et plus positivement reconnaître comment et par quelle raison le mou-
1 Voy. T. VIII, Comment. XXXVI.
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vement est directement utile à l’acte conservateur de la vie il faut nécessairement savoir que cela s’opère principalement par l’élimination des matières étrangères ou contraires au reste de la crase constitutive naturelle et encore intacte de toutes les parties du corps , et de chacune d’elles en particulier. Or, cette soustraction et cette élimination se fait de deux manières , savoir : à l’aide d’une véritable séparation de certaines particules organiques d’avec d’autres meilleures et par leur expulsion absolue de l’économie corporelle, ou, en termes ordinaires , par la sécrétion et X excrétion.
g LXYII. L’intégrité du corps n'éprouve aucune perte par ces mouvements.
De même , en effet , qu’il est assez évident aux yeux de la simple raison que s’il est sans cesse expulsé de tout le reste de la crase corporelle (dans un état constant de santé) et de sa consistance matérielle , tout ce qui , sous le nom de cause, pourrait léser ou troubler de quelque manière cette crase ; ou bien si , quelque chose ayant déjà subi une certaine altération dans cette dite constitution matérielle et ayant ainsi perdu ses qualités constitutives, c’est-à-dire étant devenue hétérogène ou désormais étrangère ou contraire au commerce du corps ; si, dis-je, cette partie de la crase est aussitôt rejetée et chassée hors de l’économie corporelle , avant surtout qu’elle n’ait porté plus loin son influence funeste; si tout cela, je le répète, s’exécute constamment ainsi par ces moyens éliminatoires , n’est-il pas vrai alors et conforme à la saine raison que , de cette façon , rien ne doit absolument se détériorer ni manquer à l’égard de la véritable intégrité de toutes les parties du corps et de chacune d’elles; attendu que si, parmi des choses inégales, on fait disparaître celles qui constituent l’ inégalité, celles qui resteront seront nécessairement égales entre elles ; de même aussi , pour peu qu’on veuille fixer son attention sur la véri-
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table économie des corps vivants (principalement dans le règne animal , où la corruptibilité exerce de préférence son action énergique), l’on s’apercevra bien facilement et partout, non-seulement de la présence manifeste , mais encore de la puissante efficacité des sécrétions et des excrétions, aussi avantageuse et positive (en tant qu’elles ont régulièrement lieu et pendant tout le temps qu’elles s’exécutent normalement) que privative et dangereuse quand elles n’ont pas lieu.
§ LXVIII. La raison instrumentale de l'organisme s'explique.
Je crois donc en toute confiance , d’après ces faits , que , tant à priori qu’à posteriori , au point de vue de la vérité de ces phénomènes généraux , il est aussi naturel qu’évident que l’incessante soustraction des matières étrangères , faite à propos , convient et satisfait pleinement à la conservation des autres matières domestiques ou intérieures , bonnes et indispensables ; de telle sorte qu’il ne reste plus aucune incertitude , et qu’il n’est pas possible d’élever raisonnablement aucun doute formel à l’égard de cette conservation vitale.
Il nous est donc permis maintenant de procéder à l’étude de l’état instrumental , ou , avec plus de vérité , à l’examen sérieux de la constitution matérielle et de l’appareil de tout cet organisme, afin de savoir et de connaître par quel moyen l’organisme procède lui-même à la production de son effet, c’est-à-dire accomplit son ministère.
§ LXIX. Les sécrétions s'exécutent sans confusion.
En effet , les procédés qu’emploie la nature pour arriver à la sécrétion et à l’excrétion des matières hétérogènes ne sauraient être simplement immédiats et confus. Non; le mouvement, considéré en lui-même et d’une manière absolue , ne peut être ici , pas plus que dans tous les autres faits physiques, d’aucune efficacité réelle.
Le mouvement , dis-je , n’a point une origine purement
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mécanique, et il ne se précipite pas directement sur les matières pour les pousser en avant et les expulser simplement aü-dehors ; mais il s’applique d’une manière immédiate à ces mêmes matières dans la machine corporelle ; il s’en empare , les travaille et les agite dans l’intérieur et à l’aide de cette même machine. Cependant ce mouvement est administré , dirigé et appliqué dans toutes ces matières par différents moyens et procédés successifs et subordonnés. Or, en général, le mouvement s’attache particulièrement, d’une manière directe et de très-près, à ces matières mêmes qu’il doit expulser du corps , quoique néanmoins il soit bien plus intimement lié à toute la masse corporelle , exposée à l’influence de ces matières , soit en raison de leurs produits, soit même en raison de leurs effets. Mais, au point de vue spécial, le mouvement semble déborder de toute part , et , découlant comme d’une manière progressive et successive de sa propre énergie plus générale que nous lui connaissions , il agit violemment sur ces mêmes matières , afin d’en effectuer la complète élimination. Et ces phénomènes sécréteurs et excréteurs s’accomplissent, enfin, à l’aide de certaines directions spéciales coopérant naturellement à l’acte , directions auxquelles président , comme premiers serviteurs , les structures matérielles et toutes spéciales des organes préposés à la transmission.
§ LXX. Le mouvement de la circulation du sang n'accomplit pas seul le phénomène de la conservation du corps.
Il existe dans le corps un mouvement plus général : cest ce mouvement même d’impulsion de toute la masse sanguine , à l’aide duquel celle-ci est emportée dans une perpétuelle agitation progressive, qu’on pourrait appeler cours incessant et progressif , auquel on a vulgairement donné le nom de circulation du sang. Mais ce n’est pas ici
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le lieu d’expliquer, d’une manière détaillée , l’effet que produit et le bien que confère directement à sa propre crase naturelle le mouvement circulatoire du sang.
Il convient principalement d’exposèr en ce moment cette vérité : que ce simple mouvement , en tant que simplement tel , n’accomplit pas même dans le sang le phénomène de la conservation vitale, bien loin qu’il l’effectue réellement dans le corps. De même, en effet, que la bonne qualité du sang ne dépend pas , à priori et exclusivement , de sa fluidité, mais qu’elle exige aussi une crase tout particulièrement convenable , ainsi qu’une constance et une pérennité inviolables dans sa constitution ; de même aussi , bien s’en faut qu’un pareil mouvement progressif du sang soit d’une utilité directe pour sa véritable crase ou mixtion , et puisse, à lui seul, assurer et encore moins constituer la durée de cette véritable crase ; car, contrairement à ces faits-, le mouvement du sang se montre très-propre à faciliter sa dissolution et sa destruction complètes. Mais , qui plus est encore, non-seulement ce mouvement peut produire cet effet avec facilité , mais encore il le produit et l’accomplit effectivement lui-même. C’est ce que l’on peut voir dans mon Traité spécial de physiologie (destiné aux études médicales), où j’ai expliqué ce fait avec toute la clarté et l’étendue convenables que j’ai l’habitude de donner à ces matières.
§ LXXI. Manière dont se font les sécrétions.
Or, puisque la masse universelle du sang , dans ce perpétuel mouvement progressif, se distribue dans toutes les parties du corps , et en particulier dans chacune d’elles , et qu’il les arrose successivement dans son passage transitif, il arrive certainement , par ce fait même , que , partout où , dans ces parties , adhère une substance étrangère et hétérogène, — directement plus nuisible à la régularité
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du mélange naturel des particules composant la mixtion corporelle , que vraiment préjudiciable à la structure ellemême, et d’ailleurs si ténue, si subtile et par cela même si bien disposée , que le sang peut facilement la saisir et l’entraîner dans le courant rapide de son énergique circulation ; — cette substance , dis-je , est aussitôt enlevée du lieu où elle se trouve , et cette partie en est ainsi débarrassée désormais.
Mais, tandis que le sang, ainsi poussé çà et là, arrive dans son incessante et active circulation vers les différents organes sécréteurs et excréteurs , il s’opère, au moment de leur rencontre et à cause de cet obstacle , ou , comme on , le dit , en vertu de la réceptivité mobile , ou même plutôt par la réceptivité de la consistance de certains corpuscules entraînés avec le sang dans le torrent de la circulation ; il s’opère, dis-je, en ce moment une véritable retraite, ou pour mieux dire , une sécrétion telle , que certainement le reste du sang ( qui , à cause de sa consistance , ne peut passer à travers des méats si déliés et si ténus) coule et s'échappe, par le seul fait de son mouvement progressif, en dehors de ces méats si exigus. Mais s’il y a dans la masse sanguine une substance quelconque qui, dans son cours, se soit dirigée avec lui vers ces organes servant d’émonctoires ; si, dis-je , dans son parcours avec le sang, cette substance rencontre des méats capables de la recevoir, il arrive alors, par une conséquence toute naturelle , que cette dite substance ou matière quelconque , entraînée et agitée par un mouvement commun avec celui du sang, est poussée et forcée d’entrer dans les réceptacles qui lui sont ménagés sur son passage ; et c’est ainsi , enfin , qu’elle se sépare de la masse plus homogène du sang.
§ LXXII. Les physiologistes désignent la sécrétion-sous le nom de colature ou filtration.
Je ne vois certainement aucun inconvénient à ce que les
physiologistes modernes donnent communément le nom de colalio, filtration , à cette méthode naturelle de sécrétion, de séparation, afin qu’on comprenne , par cette expression, que ce phénomène a lieu ici de la même manière que les autres séparations des substances ayant une consistance différente, mais constituant un seul et même liquide, et que l’on conçoive aussi que cette opération de la nature se passe à peu près de la même manière que lorsque des substances ou matières plus subtiles quelconques se séparent des matières plus grossières ou plus consistantes , avec lesquelles elles étaient unies. Mais, comme ce phénomène (ainsi que cela se passe réellement pour toutes les matières qui, différant entre elles par une diverse proportion de ténuité, parviennent à se séparer par une semblable opération de filtration) s’opère dans une proportion simplement mécanique ; de même aussi il est tout -à -fait avantageux que de pareilles matières parviennent , à l’aide des divers émonctoires naturels du corps, à leur complète séparation des autres matières plus épaisses, avant de subir de nouveaux détours et d’éprouver de nouveaux obstacles , et cela toujours en rapport de la plus ou moins grande ténuité de leur consistance.
§ LXXIII. Quelle est la forme des pores colateurs?
Je crois qu’il n’est point à propos ni même utile de traiter ici , d’une manière toute spéciale , le sujet en question , et qu’il ne vaut pas la peine non plus de censurer ces opinions que certaines personnes se sont imprudemment créées avec tant de sollicitude , dans leur imagination , touchant la forme ou figure nécessaire et toute particulière des méats colateurs , appropriée à la figure des corpuscules qui doivent être expulsés par leur entremise. J’ai traité, du reste , cette matière d’une manière spéciale dans une brochure ayant pour titre : Bu paralogisme , ou erreur
de raisonnement touchant la forme des pores colateurs d’après les démonstrations que j’en avais déjà faites sommairement dans mes leçons, plusieurs années même avant que Pitcarn1 Il eût publié son opinion à ce sujet et que j’eusse connaissance de ce travail.
§ LXXIV. Les matières qui doivent s'éliminer par elles-mêmes et par les excrétions , inspirent des craintes à cause de leur ténuité trop légère.
Il n’est pas plus à propos , ni plus convenable sans doute, d’entrer ici dans une discussion générale , dans le but de prouver : « que la plupart des matières qui , par le moyen » des sécrétions et des excrétions vitales , doivent être clias- » sées de la masse du corps et du sang lui-même , dans le » but de la conservation de la vie , inspirent quelque crainte » à cause surtout de leur très-grande ténuité et de leur exces- » sive agilité , ainsi qu a cause de leur efficacité trop active » ou subtile, trop grande, je dirai même périlleuse à entrer «subitement en dissolution; attendu qu’il ne se présente » jamais à la fois , ni dans une et trop grande proportion, » qu’une seule espèce de matière hétérogène grossière à » expulser. »
§ LXXV. Principaux organes de l’excrétion.
Ce ne sera qu’en passant et sans m’y arrêter que je vais dire un mot ici des principaux organes excréteurs destinés à entraîner au-dehors de l’économie animale ces dites matières hétérogènes. Ce sont: 1° la peau, qui recouvre toute la
1 Pitcarn (Archibald), célèbre médecin, né à Édimbourg en 1652, étudia avec ardeur la théologie et puis la jurisprudence. Il vint ensuite étudier la médecine à Montpellier. De-là , il alla à Paris et puis à Édimbourg.
Il professa à Leyde, en 1692 , pendant un an seulement; il rentra dans sa patrie , où il mourut en 1713. îl consacra la plus grande partie de sa vie médicale à combattre les erreurs de la chimiatrie et de la secte des Iatromathématiciens. Ces œuvres furent collectivement publiées sous le titre de: Opéra omnia Pitkarni. In-4», Venise, 1793 , et Leyde, 1797.
surface du corps, et à travers les pores de laquelle les matières très-ténues et étrangères au corps sont ordinairement et manifestement éliminées au moyen de la transpiration , soit sous forme vaporeuse , soit même et plus habituellement sous forme aqueuse ; 2° les intestins, à l’aide desquels les substances ou matières les plus grossières , les plus épaisses et les plus impures du corps et des humeurs sont rejetées au-dehors avec les résidus excrémentitiels des aliments absorbés; 3° les voies urinaires, par lesquelles les matières salines surtout , ainsi que les parties oléagineuses 1 les moins grossières , les plus subtiles , sont expulsées de l’économie , mêlées à une certaine quantité de liquide aqueux et en suspension dans l’urine ; 4° la vésicule biliaire (avec son conduit hépatique), qui va, à l’aide des 'canaux cystique et cholédoque , déverser immédiatement la bile plus pure dans le duodénum , et de-là dans la cavité intestinale , d’où la portion qui n’a pu servir à la digestion des aliments, est rejetée avec le résidu des substances récrémento-excrémentitielles , qui , par leur mélange avec la bile , en avaient modifié l’âcreté et l’ardeur d’un caractère oléagineux et salin , en même temps qu’elles avaient reçu de celle-ci une modification , une énergie nouvelles dans leur lenteur et leur inertie.
Telles sont donc les voies ordinaires , habituelles et naturelles, par lesquelles les substances hétérogènes et non naturelles , provenant tantôt des matières alimentaires , tantôt du sang lui -même et des autres parties du corps, sont éliminées de l’organisme , le laissant ainsi , après
1 Les substances volatiles, telles que la térébenthine et autres, communiquent en effet aux urines une odeur particulière , et sont entraînées par conséquent avec les urines. On peut comprendre dans la même catégorie toutes les matières oléagineuses subtiles , c’est-à-dire les huiles volatiles et essentielles. J’ai observé que l’éther, le chloroforme, l’esprit de camphre opéraient le même effet, et qu’après leur inhalation, les urines du sujet exhalent une odeur caractéristique , facile à être perçue lorsqu'on a l’organe de l’odorat tant soit peu exercé à ce genre d’expériences.
m OEUVRES DE STAHL.
l’accomplissement de ces actes successifs et perpétuels, dans un état de pureté et d’équilibre parfait entre ses parties constituantes, homogènes et nécessaires, débarrassé d’ailleurs de tout ce qui lui est étranger et préjudiciable.
§ LXXVI. Avec quelle régularité les mouvements , comme instrument, conservent le corps corruptible.
On peut concevoir, d’après ce simple exposé, avec quelle régularité , dans quel ordre , certainement fort éloigné , les mouvements vitaux s’accomplissent : mouvement de circulation du sang dans un ordre moyen et intermédiaire , mais néanmoins encore trop éloigné ; mouvement de colalure, de filtration ou sécréteur, dans la masse entière du corps , dans un ordre plus prochain ; enfin , dans un ordre plus prochain encore et plus immédiat , mouvement d 'excrétion, le dernier de tous. On concevra, dis-je , comment ces divers rnouvements , ainsi ordonnés , ne sont autre chose que l’instrument à l’aide duquel le corps , éminemment corruptible , se trouve néanmoins préservé tant des atteintes des causes que de celles de leurs effets corruptifs , qui l’assiègent de toute part , et , par le fait , constamment conservé dans sa propre intégrité parfaite.
§ LXXVII. Résumé de ce qui précède.
x J’espère donc qu’àprès ce qui vient d’être dit, on ne pourra plus désormais reprocher la moindre obscurité ni le moindre doute à ce principe dogmatique de ma doctrine médico-philosophique , savoir : « que la vie ou la conser- » vation du corps , au point de vue de la corruptibilité sans » cesse imminente de l’agrégat , toujours exempt néanmoins » de l’atteinte réelle de la corruption ; la vie , dis-je , s’ac- » complit et se maintient dans le corps à l’aide d’un simple » acte mécanique , formellement incorporel ou immatériel , »je veux dire par le mouvement, et cela, certes, d’une » manière très-spéciale , par l’élimination des matières hété-
DU MIXTE ET DU VIVANT
» rogènes et leur perpétuelle séparation , en tant que étran- » gères et nuisibles à l’économie , de tout ce qui y est bon et »pur, afin que, par cette opération incessante et par cette » séparation soigneuse et préalable , le corps organique de » l’homme soit perpétuellement conservé dans sa plus par- » faite intégrité. »
J’ose aussi espérer avoir suffisamment démontré nonseulement comment le corps , en tant que simplement mixte, diffère du corps vivant, et comment, en tant que vivant, il doit nécessairement être mixte , mais encore ce qu’on doit entendre par vie corporelle, c’est-à-dire ce en vertu de quoi le corps est dit vivant ; je crois encore avoir convenablement prouvé de quelle manière et par quelle méthode ce phénomène, je dirai mieux cet acte que nous appelons la vie du corps, existe , s’opère et s’accomplit ; par quels moyens, enfin, elle s’établit, s’exécute et se maintient ainsi pendant un laps de temps indéterminé.
§ LXXVIII. Méthode particulière que suit la nature dans ces mouvements conservateurs.
Il ne me reste donc à ajouter uniquement ici que ce qu’il est indispensable de savoir touchant la méthode particulière que suit la nature dans ces mouvements conservateurs ou vitaux, attendu d’ailleurs que ces développements auront une très-grande importance pour l’intelligence vraie des divers modes d’être ou nature des mouvements vitaux établis dans le reste de l’économie , et qui y ont lieu nonseulement d’une manière normale et selon les lois naturelles, mais encore en dehors de ces mêmes lois.
Et d’abord, nous devons regarder comme certain et indubitable que ces mouvements excrétoires et sécrétoires s’accomplissent successivement d’une manière tranquille , régulière, paisible, admirable et vraiment avantageuse, alors surtout que le corps , en pleine et constante santé ,
n’est pas sous le coup d’une fâcheuse et active corruption , et n’est point atteint d’une affection morbide quelconque. En effet , une fois que l’énergie de ce mouvement vital est convenablement établie ; une fois, dis-je, quelle est également constituée et distribuée sur tous les points de l’économie vivante , et qu’elle se maintient ainsi dans la perpétration d’actes perpétuels, successifs et continus, il faut nécessairement que , pour ainsi dire , chaque petite parcelle de matière étrangère et nuisible au corps , d’où qu’elle provienne , en soit sur-le-champ et complètement expulsée , sans lui laisser le temps de s’accroître par elle-même ou de s’associer à une autre matière également étrangère à l’économie corporelle, en sorte que tout séjour prolongé et, pour ainsi dire , tout droit de domicile lui soit désormais interdit , et qu’elle soit , à l’aide de mouvements paisibles et incessants , modérés et successifs , repoussée , mais en petite quantité et sans difficulté, jusqu’au plus profond des organes émonctoires.
De même , en effet , que , pour arriver à un pareil résultat , la méthode et l’énergie de ces mouvements vitaux ont été convenablement instituées , et qu’elles ont été même proprement et directement destinées à ces sortes de mouvements , non-seulement avec une intention formelle , mais encore avec un instinct inventif de la nature , institué et disposé avec sagesse, ordre et proportion, à l’exécution d’un semblable effet ; de même aussi , chez l’homme en santé , rien ne s’oppose à ce que ces phénomènes de sécrétion et d’excrétion perpétuelles s’exécutent , avec toutes les circonstances qui les accompagnent et d’une manière générale, dans l’ordre le plus convenable et le plus naturel , paisiblement, régulièrement, avec une exactitude, enfin, et une proportion vraiment surprenantes.
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§ LXXIX. Différence entre la méthode calme et les actes violents de la nature.
D’après ces faits , il est évident qu’il existe une réellé et bien notable différence entre cette disposition naturelle du corps où les actes sécréteurs et excréteurs se passent dans le plus grand ordre et avec une incessante harmonie, et cet état si opposé de l’économie où les mouvements vitaux font invasion d’une manière impétueuse et subite, s’accomplissent avec trop de violence et d’intensité, et détruisent , par leur funeste apparition , l’ordre , la régularité et la proportion des actes vitaux ordinaires. De la même manière, en effet , que , à priori et par la raison même de l’intention ou du moins de l’administration de ces mouvements , ainsi que de tous les autres (alors qu’ils s’exécutent pendant un long temps avec constance , liberté , ordre et mesure) , l’agent , quel qu’il puisse être , qui dirige ces actes si bien proportionnés de mouvement , s’habitue si facilement à une telle continuité de rapports , qu’il ne peut nullement être disposé à adopter un changement si subit et si violent , et qu’il ne peut, même volontairement, passer d’un pareil état de tranquillité et de convenance primitives à un état si différent ; pareillement aussi , dans une telle administration si étendue des mouvements vitaux et dans leur distribution lointaine et proportionnée dans tout le corps à l’aide d’une tardive succession , le tout devant s’exécuter et s’accomplir avec une mesure et une proportion bien différentes , il est évident qu’il est bien plus difficile, à priori, que cette importante et habituelle proportion des mouvements , ainsi que leur longue , égale et régulière continuité , puissent se changer immédiatement et s’appliquer à des proportions extraordinaires et surtout bien différentes d’objets accidentels, d’ailleurs insolites.
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g LXXX. Les mouvements vitaux de l'économie humaine s’accordent parfaitement avec les mouvements moraux; quand ceux-ci sont troublés, ceux-là sont en désordre.
L’économie des mouvements vitaux, tels qu’ils se passent dans l’homme , nous donne une preuve solennelle et péremptoire de cette vérité.
En effet , tout ce qui , dans cette économie humaine , s’adresse d’une manière directe , naturelle et manifeste , à cette si excellente proportion des mouvements , peut , de l’ordre vital , s’appliquer exactement à l’ordre rationnel et moral ; et réciproquement, toutes les fois qu’il survient dans l’ordre des choses rationnelles et morales un désordre subit et extraordinaire qui porte le trouble et la confusion dans une idée fixe et uniforme que s’était faite l’âme , toutes les fois, dis-je, qu’il se manifeste dans ces fonctions rationnelles et morales de l’âme pensante une violente perturbation qui, par l’incidence d’objets nouveaux, la contrarie dans la perpétration de ses actes : dès-lors , non-seulement l’âme , dans son trouble , ne se reconnaissant pour ainsi dire plus , devient impuissante à poursuivre son activité et à suivre l’ordre habituel qu’elle apporte dans ses actions ; mais encore , dans sa précipitation et son épouvante , elle transmet , comme on dit , elle imprime d’une manière directe et immédiate , à l’économie des mouvements vitaux , cette même perturbation ; oui , je le répète , cette même perturbation (et non une autre) qui a déjà porté le désordre dans la suite régulière de ses idées et de sa propre activité morale et rationnelle.
Ce dernier fait est de l’évidence la plus frappante dans cette puissante énergie des affections de l’esprit sur la concaténation des mouvements vitaux.
Eh ! certes , puisque ceux qui s’arrogent impunément le droit d’enseigner la simple physique (ignorant bien certainement tout ce qui peut se rapporter à l’étude de la pathologie
DU MIXTE ET DU YIYANT
médicale , comme tant d’autres choses) , iie peuvent pas! cependant méconnaître -l'authenticité de ces phénomènes naturels ; il ne peut point se faire aussi que , puisqu’ils se tiennent en dehors de ces vérités si palpables , comme des profanes, ils ne soient condamnés toute leur vie à ignorer aussi les choses les plus vulgaires , qui sont d’ailleurs à la portée de tous les hommes.
J’ai déjà démontré tous ces faits , soit en en faisant indistinctement l’application dans plusieurs endroits de mes écrits, soit d’une manière plus directe même sous le premier point de vue : comment l’idée des mœurs , c’est-àdire des mouvements de l’esprit, naît principalement de l’idée des mouvements du corps 1 . Au second point de vue , j’ai également démontré , dans une autre brochure , que les anomalies pathétiques des mouvements vitaux ne doivent pas simplement être regardées comme des actes tumultueux et confus.
J’ose avancer et soutenir que toutes ces choses ont été suffisamment démontrées dans ces divers écrits ; je désire néanmoins que celui qui voudra s’ériger en censeur me comprenne avant tout.
§ LXXXI. Qualité des matières proportionnée à la méthode d'excrétion.
En considérant ici la juste proportion qui doit exister* entre les matières destinées à être rejetées hors de l’économie corporelle , et la manière paisible et régulière dont le mode d’excrétion doit avoir lieu, il est convenable d’ajouter encore quelques réflexions sur la condition des matières et sur leur qualité par rapport au fait même de l’acte excréteur. C’est pourquoi j’ai déjà parlé quelquefois de ce phénomène ; mais comme ce n’a été que dans un sens plus absolu , sans nul
1 Voy. ma dissertation : De temperamentorum varia consideratione , et de sanguinis optimâ lemperie. ( Considérations diverses sur les tempéraments , et de la meilleure constitutiou du sang. )
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égard pour les considérations opposées , il importe donc que je traite ici ce sujet d’une manière plus spéciale et plus ample.
Or , il est on ne peut plus certain que , pour que l’effet des actes sécréteurs et excréteurs puisse s’accomplir avec un entier succès et avec un avantage réel , il est indispensable que la proportion de la matière réponde justement tant aux organes matériels de la sécrétion et de l’excrétion , qu’au but que se propose la nature ; ou bien , comme dit l’école , il faut que cette proportion soit parfaitement analogue à la raison expulsive.
§ LXXXII. Première condition.
La première condition d’une heureuse et facile exécution, c’est que cette matière hétérogène , non-seulement inutile , mais encore nuisible au corps , corresponde si bien à la capacité des organes destinés à les recevoir et à les transmettre , qu’elle puisse , sans aucune difficulté , y être introduite et y poursuivre aisément son cours, et que, une fois introduite dans ces parties , elle y séjourne et y soit retenue assez long -temps, afin qu’elle puisse ainsi être amenée jusqu’à l’organe de la dernière excrétion ; afin, dis-je , qu’au milieu de son trajet, elle ne s’épanche pas dans une autre partie , qu’elle ne dérange pas l’acte incessant de la sécrétion , et qu’elle ne porte point enfin , par ce moyen , un 'obstacle réel à l’accomplissement d’une excrétion complète.
11 est urgent , en outre , que ces matières hétérogènes ne soient point trop épaisses et n’aient pas une consistance trop grossière ; car il faudrait nécessairement que les organes sécréteurs et excréteurs qui les reçoivent, qu’elles parcourent et par lesquels elles sont expulsées , fussent en proportion parfaite avec les conditions physiques de ces mêmes matières.
§ LXXXIII. Deuxième condition.
Une seconde condition , nécessaire pour l’accomplissement
DU MIXTE ET DU VIVANT
régulier de ces phénomènes , consiste en ce que la matière à expulser n’exige pas une activité trop intense , et qu’elle ne favorise pas surtout cette naturelle corruptibilité putride du corps, à laquelle s’oppose sans cesse et d’une manière directe ce laborieux appareil des mouvements vitaux ; car, enfin , ce serait là une raison pour que cette énergie , si active sur une telle matière , ne fût pas en rapport avec la proportion ordinaire des mouvements vitaux , correspondant si bien , par leur lenteur notable et leurs résultats tardifs , à la crase naturelle du corps , à la conservation de laquelle ils ont été préposés. Ce serait encore une raison pour que cette mesure proportionnée des excrétions , abandonnée à son mode d’action ordinaire , ne fût certainement pas apte à satisfaire aux exigences d’une subite et profonde corruption, résultant de cette activité anormale et si puissante.
Or, voilà pourquoi , si cette condition n’est point gardée , il doit s’ensuivre nécessairement , ou la ruine complète du corps et celle de tous les appareils vitaux matériellement organiques , ou bien , si les choses ne se passent pas absolument ainsi, il est alors de toute nécessité que ces actes vitaux soient extraordinairement reconstitués et dirigés en vue de cette proportion nouvelle et pressante, et qu’ils soient surtout convenables à cette actuelle nécessité , créée par la nature particulière d’une matière si urgente et si nuisible.
Mais comme , dans cette affaire , on doit justement supposer une difficulté réelle dans l’intention d’accomplir ces mouvements extraordinaires , insolites et vraiment pénibles ; de même aussi devient tout-à-fait évidente cette autre difficulté, bien plus grande et plus sérieuse, de trouver non-seulement une espèce convenable de ces mouvements extraordinaires , mais encore Tordre qu’il convient de suivre en pareille circonstance, et surtout la véritable méthode de coordonner ces mouvements et de les maintenir autant qu’il T. II. 28
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le faut dans ce mode d'action avec la plus grande régularité, et cela d’autant mieux , qu’à l’occasion de certains incidents externes, il y a lieu de craindre et d’avoir des doutes par rapport à l’issue de l’entreprise laborieuse du principe conservateur, non-seulement à l’égard du succès , mais encore touchant la juste espérance , la ferme et inébranlable confiance qu’a la nature dans ses propres actes.
J’ai , du reste , développé amplement ce sujet dans ma dissertation: De frequentiâ morborum in homine prœ brutis', — De la plus grande fréquence des maladies chez l’homme que chez les brutes.
§ LXXXIY. Soudaine efficacité des affections de l'â me sur les mouvements vitaux.
Or, quoique je pardonne bien volontiers l’ignorance de ces choses à ces hommes qui , du bout des lèvres , ne voient partout que mécanismes, mais qui, dans leur intelligence , n’en reconnaissent réellement aucun, attendu qu’effectivement , séparer de l’acte lui-même et non de l’agent l’idée du type formel de l’action , c’est sortir des bornes les plus triviales du bon sens , c’est se retrancher dans un subterfuge indiscret ; cependant il est vraiment scandaleux de voir ces mêmes hommes négliger, mépriser même ce simple tableau historique , qui , comme une image fidèle et véridique , présente incessamment, de jour en jour et d’un moment à l’autre, le moyen de trouver, d’une manière certaine et directe , le nœud de cette vérité connue de tous et qui ne saurait accepter des interprétations imaginaires : je veux parler ici de l’observation simple et naturelle de cette énergie soudaine, que les soudaines commotions des intentions de lame excitent d’une manière directe et immédiate dans le type, Y ordre et Vidée des mouvements vitaux, et cela avec une vitesse , une promptitude et une facilité de beaucoup
1 Halle, 1705, in-4°.
DU MIXTE ET DU VIVANT. 45b
supérieures à l’activité propre et directe d’aucune espèce de substance matérielle ou corporelle, quelle qu’elle puisse être jamais ; car la raison formelle de toute efficacité qui s’exerce à l’aide de la sensation , ne saurait être autre que celle des mouvements pathétiques de l’âme elle-même Je ne sau¬
rais , en effet , m’empêcher d’éprouver en moi un sentiment de vive indignation , de frémir même quand j’entends dire que les mouvements, tant hygides que morbides, vitaux bien entendu , ne sont en aucune manière et sous aucun rapport sous la puissance de I’ame pensante et raisonnable 1 .
En effet , lorsqu’à une nouvelle subite , quoique absolument feinte et mensongère, lorsque, dis-je, au simple bruit que nous prenons pour le mouvement d’un rat , nous éprouvons dans notre esprit une certaine frayeur, suivie d’un tremblement soudain, d’une précipitation dans nos actes et de battements de cœur ; cet acte , je le demande , éminemment vital, qui, en ce moment solennel et non dans un autre, surexcite l’âme , n’est-il pas lui-même , non-seulement en ce même instant, mais encore par le même motif, provoqué sous la même influence typique d’une agitation de crainte et de terreur. Or, je le demande encore , cet acte pourrait-il jamais être regardé comme un acte isolé , purement et simplement vital? Cet acte , en tant que tel , ou même sous quelque rapport qu’on veuille le considérer, peut -il être jamais supposé prendre son origine dans d’autres principes ou organes plus directement vitaux? Ou bien enfin , par l’intermédiaire de ces mêmes organes, aurait -il réellement quelque analogie, quelque lien intime avec cette affection même de l’âme?
§ LXXXV. Efficacité de l’envie de vomir artificielle et des autres mouvements chevrotants et convulsifs.
Or, qui oserait maintenant, sans rougir de honte et de
1 Voy. T. VI, Sujet du 20e doute de Leibnitz.
OEUVRES DE STAHL
confusion , faire ici une vaine parade de ces considérations et de ces questions touchant l’efficacité d’une envie de vomir fausse et simplement fictive , très-propre néanmoins à provoquer dans l’estomac des efforts quelquefois intolérables et opiniâtres de vomissement? 11 est inutile, à plus forte raison, je crois , de rappeler ici ces autres espèces de mouvements palpitants , chevrotants et tremblotants ; surtout ces mouvements convulsifs et violents de nos organes survenus à la suite , soit de la peur, soit de la colère , passés avec le temps à l’état de chronicité et revenant même à des époques fixes , ayant les plus intimes rapports avec les premiers mouvements qui , dans le principe , étaient issus de cette primitive sensation de frayeur ou de crainte.
Négliger d’apprendre à connaître , et ne point comprendre ces choses que le vulgaire même n’ignore certes pas , serait sans doute bien peu édifiant, et peu digne d’hommes qui veulent approfondir la vraie connaissance des faits en question.
Quant à moi , j’affirme et je persiste à dire que l’efficacité directe et identique des affections de l’âme sur les actes vitaux , même de premier ordre , desquels dépendent étroitement et d’une manière indissoluble les autres mouvements plus spéciaux et même très-spéciaux de l’économie vivante , constitue un phénomène tel, que, dans l’ histoire naturelle, comme dans la théorie médicale, aussi bien que dans la thérapeutique et surtout dans la science du pronostic, il mérite la plus sérieuse attention, et que toute négligence à cet égard , tout en tolérant les faussetés et les mensonges que l’on pourrait lancer contre la vérité de ce fait , serait une chose vraiment honteuse et indigne de tout homme de sens et d’intelligence.
§ LXXXVI. But de cette présente dissertation.
Gardons-nous bien cependant de prendre sérieusement à
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cœur de guérir et de vouloir dissiper des erreurs qui , bien loin de ne révolter que la saine raison , heurtent même de front nos sens grossiers; certes, il nous sera plus profitable de poursuivre notre route dans la voie de la vérité des faits. J’ai toujours eu, en effet, présentes à mon esprit ces belles paroles de l’orateur romain : « Il n’y a que vaine gloire à » faire des choses inutiles. — Nisi utile est quod faciamus,
» slulla est gloria ! » (Cîc.)
Quant à moi , je suis pleinement convaincu que quiconque ne vit pas sans soucis et au jour le jour, saura comme moi que Y art est long et que la vie est courte; il saura même que cet art médical sera infiniment long , s’il n’y a jamais personne qui, prenant la ferme résolution de subvenir à ses imperfections , n’essaie de les corriger ou du moins de les signaler, s’il ne lui est pas donné d’aller plus loin et d’atteindre au but qu’il s’était proposé.
Une chose qui depuis déjà long-temps m’inspire le plus profond dégoût , c’est cette démangeaison inconcevable qu’ont les modernes de vouloir toujours se mêler de tout ; c’est cette manie prétentieuse par laquelle on agite, plutôt qu’on ne fait avec quelque résultat , une foule de choses à la fois , mais le tout sans succès évident ; et , ce qui est pis encore , c’est que les esprits , une fois énervés par ces sortes d’études si hétérogènes les unes aux autres , non-seulement s’écartent , même avec intention , du but utile , et perdent ainsi de vue l’enchaînement naturel des rapports qu’ont les choses entre elles (le seul et véritable but qu’ils devraient sans cesse s’efforcer d’atteindre dans leurs études) , mais encore , perdant même de vue leur intention réelle et primitive , ils deviennent , par le fait , impropres aux choses sérieuses et à cette constance de l’esprit , si nécessaire à la découverte et à l’étude continuelle des rapports intimes et invariables que ces choses ont entre elles. Or, toutes ces digressions si vaines , libres et sans frein , tous ces écarts
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coupables d’une téméraire curiosité , sont absolument inutiles et même préjudiciables.
Je dirai donc que le but principal , le but unique de la présente dissertation déjà trop étendue , est d’être de quelque utilité avantageuse à la doctrine médicale et à Y art. Que si , néanmoins , il existe dans mon travail quelque chose capable de porter du retard ou du préjudice aux progrès de la science, et s’il est bien démontré que cela soit, que le masque soit arraché, que mon œuvre soit jetée au vent et proscrite du sanctuaire de cet art divin , qu’elle soit à jamais reléguée loin de son domaine , j’y consens !
§ LXXXVII. Affections intérieures attribuées à lu matière.
Il est complètement évident et même certain que , depuis déjà long-temps et même dès la plus haute antiquité (si l’on en juge par les documents qui sont parvenus jusqu’à nous), les hommes qui ont appliqué leur esprit , soit convenablement , soit avec une sorte de passion , à l’appréciation des affections simples , naturelles et internes de la matière , n’ont nullement apporté une attention digne et convenable, tant aux nombreux rapports de cette matière qu’aux actions multiples qui s’accomplissent autour d’elle.
Il serait hors de propos d’énumérer ici les exemples et les preuves qui attestent comment les différentes affections naturelles et intérieures, — ou, comme dit l’école, essentiellement inhérentes, — ont été, au pied de la lettre, attribuées comme propres à ces grands systèmes des choses corporelles. Je ne citerai seulement, parmi ces sortes d’affections, que la fluidité de l’eau et son humidité, la froideur de l’air ; pour le feu, un mouvement ascendant et gagnant les parties supérieures de l’atmosphère , ainsi qu’une simple matérialité propre et spécifique; pour les choses qui sont dites pesantes, une tendance naturelle absolue , une propriété, dis-je, toute spéciale de se diriger vers le
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centre de la terre , on gravitation , et autres choses semblables plus ou moins physiques et sensibles.
§ LXXXVIII. On ne prête point une attention suffisante au mouvement.
Malgré les efforts incessants de l’époque moderne pour attribuer aux choses corporelles la matière et le mouvement, ce langage ne s’est pas long-temps soutenu, et dèslors on s’est borné à leur accorder les simples attributs de la matière, savoir: le fini permanent, la grandeur, Yêtendue, la figure, et , ce qui met le comble à leur erreur, Y impénétrabilité des corps solides, à côté de laquelle ils placent cependant la divisibilité physique à l'infini. Mais lorsqu’on a voulu en venir à la question du mouvement, alors des génies plus clairvoyants , mais encore attachés à ces matières , ont certes eu assez à faire , si l’on veut bien apprécier la chose, en prenant sur eux d’ajouter simplement le mouvement aux autres propriétés intrinsèques et essentielles de la matière, en se gardant bien néanmoins de reconnaître (car la chose ne peut comporter la dissimulation) les preuves innombrables et les plus imposantes des mouvements transcendants , soit même des mouvements transcurrents subtils et rapides , ainsi que de leur communication, etc.
§ LXXXIX. Quoique certaines personnes aient essayé d’examiner plus attentivement le mouvement , elles ont cependant rencontré bien des obstacles et éprouvé bien des échecs.
Mais on vit , d’autre part , surgir d’autres génies profonds et plus remarquables, et par cela même en bien petit nombre , qui s’appliquèrent avec ferveur à aborder séparément (abstraction faite de toute matière) le mouvement et ses diverses affections. Cependant les difficultés immenses et si multiples qu’éprouvèrent ces hommes d’élite furent telles, qu’ils ne purent parvenir à saisir et à bien com-
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prendre les affections réelles du mouvement , en tant que étrangères à tout rapport d’identité avec la matière , et de cette incapacité il résulta bien des hésitations et des incertitudes à ce sujet ; de là aussi naquit un nouvel et trèsgrand embarras au point de vue du mouvement des atomes indivisibles et des agrégats matériels, au point de vue des mouvements universels et même des mouvements vraiment 'particuliers et spéciaux, et, partant, enfin, à l’égard des agents moteurs particuliers , attendu que tout acte est un mouvement, et surtout touchant les agents universels. Ces derniers sont bien certainement , tant par les espèces de leurs sujets d’action que par celles 'de leur objet, d’un nombre beaucoup moindre , et , si l’on veut bien y prêter son attention , d’un très-petit nombre, eu égard aux agents particuliers, qui, sous tous les rapports, sont en nombre bien plus considérable.
§ XC. La cause de ces embarras est dans l’imperfection de l’histoire des choses matérielles et de la chimie.
Or, je suis bien convaincu que l’obstacle le plus sérieux et le plus redoutable qui s’oppose à ce bon et généreux élan de l’esprit humain se trouve dans le manque de connaissances nécessaires touchant l’histoire des êtres matériels , aussi bien qu’on pourrait l’imputer surtout à l’ignorance des phénomènes chimiques , ainsi qu’à un vice radical dans l’appréciation suffisante et l’étude sérieuse de la science zoologique1, c’est-à-dire de la parfaite connaissance des êtres vivants. Car, de même que la chimie nous offre , à l’égard des dispositions des corps non vivants au mouvement,
1 Ce passage est une solide et certaine réfutation des prétentions de ceux qui se plaisent à reprocher à Stahl de détourner les médecins de l’étude de la chimie et des sciences accessoires à la science médicale. Il blâme en divers endroits , il est vrai , la mauvaise et fâcheuse direction et l’empiètement de ces diverses connaissances dans le domaine purement médical ; mais il n’a jamais prétendu nulle part qu’il fallût les ignorer : l’on en voit ici une nouvelle preuve.
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divers enseignements utiles , et qu’elle nous donne une démonstration de différents phénomènes, tant positifs que négatifs par rapport à des choses qui , selon certains théorèmes faux et préconçus, sont regardées comme pouvant avoir réellement lieu, mais qui ne sauraient d’ailleurs jamais être vraiment et physiquement conçues comme probables ; de même aussi l’énergie efficace des moteurs vivants nous est presque entièrement inconnue dans sa nature , et cela , à la vérité , non pas tant uniquement et simplement à l’égard de l’affaire vitale proprement dite qu’au point de vue surtout du but ultérieur, en vue duquel et pour lequel il est nécessaire que les corps organiques possèdent la faculté de vivre et de durer.
§ XCI. Mêmes résultats dans la négligence des mouvements dans l' agrégat organique.
Je désire ardemment aussi que les personnes qui en ont le loisir veuillent bien considérer combien sont grandes , en cette circonstance, les difficultés qu’oppose à une étude d’une si grande importance la négligence d’une sage appréciation des mouvements dans les agrégats , et principalement des mouvements si réguliers qui s’exécutent dans les agrégats organiques ; je désire surtout qu’ils jugent quelle est l’énormité du préjudice qu’une pareille négligence peut porter aux hommes qui , jusqu’à ce jour, sont encore imbus , n’importe comment , d’opinions générales quelconques touchant la nature du mouvement. Mais, de grâce, qu’il n’y ait que les personnes auxquelles des dispositions naturelles , une solide instruction , une indépendance d’esprit et des connaissances assez étendues . permettent un pareil travail et de si profondes considérations , qui s’occupent de ces choses , et qu’un pareil soin ne soit jamais confié à ces gens qui sont dépourvus de tout génie ; qu’ils ne s’immiscent jamais dans des questions de cette nature ! Ne savent-ils
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pas , en effet , qn’ils sont un sujet de honte et d’avilissement pour la science et pour la raison humaine?
§ XCII. Les corps dits vivants ne peuvent être conçus sans mixtion.
Pour ne pas devenir prolixe et ne pas dépasser les limites que je me suis imposées dans cette dissertation , en me laissant aller à des considérations dont l’extension propre est illimitée , je me restreindrai et me contenterai d’envisager ici la question pendante , dans son point de vue qui se rapporte le plus directement au but vers lequel je tends sans cesse , Y usage médical. Ayant donc toujours à cœur de signaler les fausses routes , du moins les plus rapprochées de la vraie voie , j’aurai bien garde de m’y fourvoyer; mais je m’appliquerai, en cette occasiop, comme toujours , à montrer en quoi ces chemins battus de l’erreur diffèrent essentiellement de la voie que je me suis tracée , et de laquelle je ne saurai dévier.
C’est pourquoi, m’appuyant sur ce qui a été dit jusqu’à ce moment, je déclare encore ici que les corps dits vivants peuvent, une fois dépouillés de toute vitalité propre, être regardés et conçus comme des corps simplement mixtes. Oui certes, mais de tels corps ne pourraient point également être dotés d’une mixtion semblable s’ils n’étaient destinés à vivre ; attendu que , sans cette condition de mixtion, ils n’auraient que faire d’une force vitale conservatrice, à tel point que la vie corporelle n’aura jamais de réalité possible, à moins que ces corps vivants ne soient affectés et pourvus d’une pareille mixtion.
Cependant la plus vraie et la plus évidente raison pour laquelle ces corps mixtes doivent exister et existent nécessairement , c’est précisément le but organique de ces mêmes corps , but auquel aucune mixtion d’un genre différent ne pourrait nullement satisfaire.
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§ XCIII. Le corps vivant est donc un agrégat régulier.
Enfin , tout corps vivant , dans le vrai sens du mot , et considéré tant sous un point de vue général que sous un simple point de vue spécial (il existe, à cet égard, un nombre infiniment plus grand d’exemples), tout corps vivant, dis-je, est toujours, et par une absolue nécessité, un agrégat parfaitement ordonné.
Dès-lors , quoiqu’il ne nous soit pas permis de connaître les véritables usages organiques de la structure des végétaux, nous pouvons néanmoins très-bien comprendre qu’il y a là dedans un véritable but final général; en sorte que l’homme doué d’une saine raison saisira et reconnaîtra aisément qu’il existe un nombre infini d’agents dont les espèces , quelles qu’elles soient, suivent et gardent un ordre particulier et très-régulier d’agrégation ; et que , par conséquent , tant pour chaque espèce que dans chaque individu, est immense aussi et incalculable le nombre des effets provenant d’une telle structure et réellement amenés en acte ; attendu que , dans les actions universelles de tous les animaux, principalement dans celles des brutes, prises individuellement surtout, il est impossible de donner, en fin de compte , une raison finale autre que celle de leur production nécessaire.
§ XCIV. Par quel moyen la durée du corps vivant est-elle obtenue ?
Mais comme , du moins à posteriori , dans l’ordre des choses, ce corps vivant et mixte a une absolue nécessité d’une durée assez longue, sans laquelle cependant sa mixtion , si importante , ne saurait nullement s’accomplir d’elle-même et par elle-même , car par sa nature elle est , au contraire , éminemment disposée , destinée et propre à un effet tout opposé à cette durée ; par conséquent, pour que cette destination de durée obtienne constamment un
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plein succès, il faut indispensablement ici l’intervention d’une puissance auxiliatrice quelconque, mais portant en soi le caractère d’une tout autre constitution que cette constitution essentiellement matérielle d’une simple mixtion.
Il faut, dis- je, un principe ou cause capable d’administrer et d’exécuter, non pas seulement d’une manière générale et simple , mais encore avec une régularité , une modération et un ordre singulièrement remarquables , des mouvements particuliers qui, par une raison qui leur est spéciale et propre , satisfont aux besoins de cette durée , chose qui est tout-à-fait opposée et contraire aux conditions et aux propriétés naturelles de la matière. Or, je dirai, en dernier lieu , que ces phénomènes ne peuvent avoir leur entier et véritable accomplissement d’une manière immédiate et formelle , qu’au moyen d’un acte incorporel en soi , quoiqu’il soit effectué par des organes corporels qui ont des rapports intimes et prochains avec cette même matière qui réclame et demande la durée.
§ XGV. La revendication de cette durée du corps est un acte
incorporel; elle peut cependant être altérée par des sujets
corporels.
Bien que cet acte, considéré en lui-même, soit réellement quelque chose d’ incorporel , cependant, comme il s’exécute 1° pour des choses corporelles, 2° sur des choses' corporelles, 5° enfin, par le moyen d’organes corporels, il pourra certainement éprouver des altérations moins fréquentes au point de vue de ce triple rapport corporel qu’au point de vue des sujets mêmes , quoique , en réalité , ni l’acte en lui- même, ni l’agent moteur qui en est la véritable cause efficiente , ne puissent aucunement être atteints ni altérés d’une manière immédiate.
Or, c’est ici que se présente avec tout son prestige cette distinction , que l’on inculque , avec raison d’ailleurs , dans les jeunes intelligences, et qui est, du reste, si simple
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par elle - même , savoir: comment le à priori diffère du à posteriori , X immédiatement du médiatement, le positif, enfin , du privatif ou négatif. Si ces distinctions puériles ne sont pas, en effet, bien saisies dès la plus tendre enfance, on ne pourra désormais plus rien comprendre dans tout le reste du cours de la vie , et cette ignorance deviendra un motif incessant d’erreurs et de vaines querelles, qui provoqueront la pitié la plus désespérante des hommes sensés et érudits 1 .
§ XGVI. Avantage de cette déduction.
En conséquence , afin de démontrer quel est le véritable avantage que la doctrine médicale et l’art , que la théorie et la pratique peuvent retirer de notre manière de raisonner en ces matières , nous recommandons expressément de bien apprécier, d’après ce que nous avons déjà dit , que la mixtion du corps , et notamment celle du sang , n’est en réalité , ne peut et ne doit être que ce qu’elle est, c’est-à-dire une chose éminemment corruptible , particulièrement exposée surtout par sa constitution toute matérielle à une corruption fermentative et putride. Qu’il ne vienne donc jamais à l’esprit d’aucun médecin la folle idée de vouloir modifier, corriger et même changer cette intime et essentielle disposition naturelle du corps à la corruption ; et cela même à priori, car il sera d’autant plus sage qu’il s’apercevra que ces choses-là lui sont complètement impossibles. Je ne sache pas , en effet ( le témoignage des expériences de tous les hommes est là pour le constater), qu’on soit jamais parvenu à préserver de la corruption , des substances putrescibles par leur nature , à l’aide d’une méthode et de moyens capables de produire le même effet sur le corps vivant, et de sauver ainsi, c’est-à-dire de conserver saines et sauves , et les matières qui composent le corps , et , par
Voy. T. VIII , Comment. XXXVII.
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une semblable raison, les actions de l’effet conservateur lui -même.
§ XCV1I. Examen de l’expérience du sel volatil d'urine.
Quant à ce qui concerne certaines expériences de quelques observateurs modernes , il est vraiment si pénible d’entendre parfois faire mention de ces expérimentations avec une telle effronterie , qu’on ne peut s’empêcher d’en éprouver une certaine indignation. Qu’il me suffise d’en citer un exemple : quelqu’un ayant remarqué que le sel volatil d'urine (urate d’ammoniaque) mêlé au sang en empêche la coagulation , aussitôt les médecins (avec la logique qui leur est, pour la plupart, ordinaire) décidèrent que ce même sel ingéré dans le corps vivant opérerait sans doute le même effet* . Mais lorsqu’une malheureuse expérience (cette digne et franche conseillère des sots) leur eut appris qu’une trop forte dose de cette substance ne pouvait que porter le trouble et une perturbation parfois bien grave et durable dans l’économie corporelle , ils convinrent qu’il ne fallait désormais plus administrer ce sel qu’à de très-petites doses.
Cependant , comme , d’une part , cette première expérimentation ne démontra pas cette efficacité si prônée et à laquelle on s’attendait (à moins qu’on n’ingérât de cette substance , non une petite quantité , mais bien une quantité proportionnée à la masse du sang); comme, d’autre part, ces spéculateurs attribuèrent cette efficacité , non à un mode formel d’action , mais simplement à une influence purement matérielle , c’est-à-dire à une saturation de l’acide du sang (cause coagulante de ce liquide), à l’aide de la partie volatile de ce sel ( l’ammoniaque , en tant que substance alcaline); comme, enfin, ce dernier effet ou phénomène purement chimique ne peut avoir lieu qu’à la condition expresse de la combinaison réelle de cet alcali volatil avec
1 Voy. T. VI, Sujet du 21e doute de Leibnitz.
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l’acide de l’humeur sanguine , opération qui suppose de part et d’autre une quantité proportionnée et précise , seule capable de produire l’effet physique désiré ; qui est-ce qui , je le demande , sera assez peu jaloux de sa qualité d’homme pour divorcer si ouvertement avec sa raison, et prétendre, sans aucune considération pour la différence naturelle et si manifeste de la diversité des rapports des sujets d’expérimentation, obtenir dans le corps un effet absolument semblable et toujours le même ?
§ XCYIII. Il n’est point au pouvoir du médecin de changer la corruptibilité du corps.
Comme l’on pourrait me répliquer ici , que jamais aucun médecin n’a entrepris sérieusement de changer en entier la crase universelle du corps et d’en exclure à priori toute corruptibilité , mais que ces efforts n’ont uniquement tendu qu’à modifier l’acte corrupteur en lui-même , à en prévenir la funeste énergie, même à en corriger les effets , et à rétablir enfin le corps vivant dans son intégrité parfaite ; il importe absolument de savoir que , comme en physique l’appréciation de la puissance à l’égard dd l’acte doit être sagement établie en général, de même aussi, et à fortiori , elle doit l’être nécessairement en science médicale , et l’on doit poser à cet égard ce principe fondamental et régulateur : que tout ce qui ne correspond pas « une similitude exacte des actes généraux symboliques , tout ce qui s’éloigne spécialement de toute certitude de ces actes , et partant tout ce qui s’écarte directement de toute expérience générale et spèciale, tout cela, dis-je, peut néanmoins avoir lieu, mais ne doit pas cependant être regardé comme vrai.
Dès-lors , si l’on soumet à cette suprême et fondamentale assertion ces frivoles espérances et ces simples intentions de nos expérimentateurs modernes , elles ne pourront être
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considérées que comme des choses vaines et chimériques ; attendu, d’une part, que la très -longue expérience des siècles passés les a voués au silence , et que , d’autre part , cette même expérience en a démontré toute la vanité et la frivolité par des résultats tout-à-fait opposés.
§ XCIX. Toute matière nuisible doit être au plus tôt chassée du corps.
Mais à quoi bon, me direz -vous, tous ces conseils, puisqu’il n’est pas absolument nécessaire de porter secours au corps, et qu’il possède d’ailleurs en lui une puissance capable par elle -même de subvenir à tous ses besoins? C’est qu’il y a réellement une autre matière adventice, qui, non-seulement par sa quantité et par son introduction dans l’économie , en se joignant aux matières impures existant déjà dans le corps , vient fatiguer et gêner singulièrement l’action vitale , mais qui encore , par sa qualité surtout et par son énergie vraiment trop efficace , acquiert un degré d’influence par trop funeste , et bouleverse avec trop de violence l’action ordinaire des mouvements vitaux et spontanés qui ne sauraient plus opposer une résistance suffisante et convenable ; de manière qu’il n’y a plus désormais que Yart qui puisse en triompher !
Si donc , en pareille circonstance , on ne consulte que la simple raison et que l’on s’y conforme , on peut être assuré , pourvu qu’on sache bien exécuter la chose, que la raison démontrera , comme la chose la plus utile et la plus pressante, de procéder sur-le-champ à l’élimination pure et simple de la matière nuisible contenue dans l’intérieur de l’économie corporelle.
En effet , aussitôt que cette matière sera chassée entièrement du corps , elle ne pourra plus lui nuire , quelle que soit d’ailleurs la puissance de sa malignité , et le corps en sera ainsi désormais à l’abri pourvu qu’elle en soit totalement exclue.
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Or , si à ce besoin si pressant il se joint une facilité évidente d’expulsion et d’élimination d’une pareille matière , il serait certes bien imprudent et bien coupable de la part du médecin de laisser plus long-temps séjourner dans le corps une matière aussi nuisible ; et il est donc de son devoir de l’en expulser, sans perdre son temps à une simple correction ou modification de cette matière par une medicamentation qui , par sa lenteur , son peu d’efficacité , par son incertitude enfin, ne laisse plus après elle que déception et désespoir.
§ C. Toute correction ou altération de cette matière est dangereuse.
De là provient un double danger réel et assez grave , mais néanmoins plus ou moins funeste , selon que 1 0 la correction de cette matière nuisible ne s’effectue pas assez promptement , car alors on aura toujours à craindre , avec raison , qu’avant que cette médication corrective ait produit son effet , la matière morbifique n’étende sa maligne influence dans le reste de l’économie vivante ; ou selon que 2Ü tous les essais tentés jusqu’alors demeurent infructueux, et que cette matière, persistant dans son action délétère et ainsi livrée à elle-même , continue d’exercer sa malignité , à tel point que la présence du médecin et son intervention avec ou sans le secours des remèdes devient désormais inutile et superflue.
Or, si l’on veut bien se donner la peine d’apprécier convenablement la chose , et qu’on en juge non d’après de frivoles allégations , mais d’après un usage circonspect et une observation franchement dépouillée de toute espèce de prévention , nous croyons que tout médecin sincère et éclairé dira , avec nous , qu’il n’y a rien sur la terre d’aussi rare que ces sortes d’agents thérapeutiques auxquels on a donné le nom à’ altérants* (des matières morbifiques), auxquels
1 Voy. T. VI , Sujet du 22e doute de Leibnitz.
T. II
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on reconnaît la propriété de corriger d’une manière directe et naturelle ces dites matières. Mais , outre la frivole vanité d’une pareille médication , indigne tant du malade qui place en elle tout son espoir que du médecin qui consent à l’employer, l’on peut dire encore qu’elle est complètement oiseuse , extrêmement douteuse , pour ne pas dire inutile et fallacieuse; cependant, que dire d’une méthode curative qui expose le malade à un péril certain et presque inévitable, malgré les efforts et les labeurs du médecin en de pareilles occasions ?
§ CI. Les altérants sont des remèdes incertains , trompeurs et vains.
Bien que le sujet spécial que je traite ici et les limites que je me suis imposées dans ce travail ne me permettent pas de donner un plus grand développement à ce sujet, je dois cependant déclarer (afin qu’on ne se plaise pas à croire que ce que j’ai dit touchant les vains éloges donnés à certains agents thérapeutiques et l’usage inefficace des agents ou correctifs simples et directs des matières morbides , soit de pure invention et par moi gratuitement supposé ), je dois déclarer , dis-je , que cela est certainement et absolument vrai , j’en ai moi-même la certitude , aussi bien que ceux de mes dignes confrères qui , ennemis de vaines ostentations, ne s’occupent que de leur devoir, et comme le savent peut-être aussi quelques -uus de ces malheureux praticiens vulgaires qui , quoique tout dévoués aux vaines et trompeuses persuasions des promesses de ce genre, confirment néanmoins, par leurs plaintes continuelles, la vérité des faits que j’avance , sans y penser et même sans s’en douter ; car ceux d’entre ces médecins qui sont encore à jeun de succès, regardant comme une impiété tout soupçon à l’égard de la bonne foi de pareils panégyristes , sont forcés de s’imputer à eux-mêmes ou du moins à leur peu d’habileté, ou bien encore, si leurs prescriptions n’ont
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pas été bien suivies , à leur propre malheur , leur désappointement et tout ce qui fait le sujet de leurs propos et de leurs plaintes) ; je soutiens , dis-je , et je déclare hautement et distinctement que les médicaments, si nombreux du reste , qu’on préconise et qu’on recommande ordinairement comme destinés à corriger d’une manière directe les matières morbides, sont pour la plupart inutiles et incapables de produire un pareil effet , et partant d’une nullité complète pour atteindre ce but ; j’affirme que quelques-uns d’entre ces remèdes sont fallacieux et incertains , et presque sans influence ; j’ajoute qu’il y en a un bien petit nombre qui agissent d’une manière -certaine et sûre ; ce nombre , je le répète , est , si l’on veut juger la chose en conscience , infiniment petit et limité ; je dis , enfin , que beaucoup d’entre eux, au point de vue des effets réels qu’ils provoquent dans les maladies auxquelles on les applique , les produisent effectivement en agissant évidemment sur les organes excréteurs, plutôt qu’en vertu d’une efficacité réelle de leur matière ou de son énergie spécifique et habituelle.
§ CIL Ce qui précède est confirmé par le rétablissement spontané d'un grand nombre de malades.
Ce qui confirme et rend tout-à-fait manifeste la vérité de ce que j’avance et soutiens ci-dessus, ce sont les observations faites sur les malades qui, dans des affections de différent genre et d’une très-grave intensité, n’ayant fait usage d’aucun de ces médicaments ou d’autres semblables, ont pourtant recouvré pleinement la santé , et les exemples nombreux de ces autres malades qui ont également guéri par l’emploi d’autres médicaments tout-à-fait opposés aux altérants. Et, certes , ces guérisons se sont opérées avec autant d’avantage , d’une manière aussi durable et avec un succès au moins égal que si le malade avait été soumis à un traitement le mieux entendu, par ces remèdes prétendus si héroïques.
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Mais il ne sera pas déplacé , je crois , qu’en cette occasion je dise un mot de ces guérisons spontanées d’une infinité de malades atteints de ces mêmes affections morbides, sans l’intervention du médecin et sans l’emploi d’aucune espèce d q medicamentation. Or, je ne parle. pas seulement du rétablissement pur et simple de la santé ; mais ce que je tiens à faire ressortir ici, ce sont ces conditions qui viennent si providentiellement concourir à ce naturel rétablissement.
A l’aide de ces dites conditions naturelles , en effet , la guérison du malade se fait avec non moins d’avantage, non moins de sûreté et de constance dans les résultats , avec autant de succès enfin dans l’issue non moins prompte et solide , et dans un aussi parfait retour à la santé que jamais on puisse l’observer et l’obtenir par l’usage de ces sortes de médications altérantes 1 .
§ CIII. Il faut suivre la voie naturelle, quoique la précipitation parfois s’y rencontre.
Une fois ces considérations et ces faits bien établis et bien avérés , qu’y a-t-il , je le demande , de plus beau et de plus convenable , même aux yeux des hommes d’une médiocre intelligence? Qu’y a-t-il de plus sage que de suivre la voie la plus naturelle et la plus battue, où la saine expérience , avec les mille moyens qu’elle nous offre , n’assure pas moins la certitude , qu’elle ne facilite et ne soutient l’espérance d’atteindre au but final? Écoutez plutôt Sénèque à ce sujet , et admirez la justesse de ces paroles : « Hœc est sapientia ad naturam converti, et eô redire »undè excidimus. — La vraie sagesse consiste à se con- » former aux lois de la nature, et d’y revenir toujours » quand on s’en est écarté. »
Néanmoins , dans l’état où se trouve aujourd’hui la logique
1 Voy. T. VIII, Comment. XXXVIII.
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médicale avec ses nombreuses voies , il est même à craindre de heurter et de faire un faux pas dans cette même voie naturelle , pour si peu qu’on y mette de la précipitation. Or, j’ai entendu moi-même, de mes propres oreilles, à propos de cette admirable sentence de Sénèque , j’ai entendu des hommes oser en conclure : « Ainsi donc , le médecin ne » peut et ne doit faire autre chose que de se montrer oisif » spectateur, afin que, puisque la nature accomplit tout » spontanément , il ne se donne la peine de rien faire lui- » même. >»
Voilà bien certainement une conclusion habilement formulée ; elle n’est pas cependant , malgré son astuce et son langage déguisé , assez subtile pour qu’on ne comprenne pas aisément qu’elle n’a été faite que dans le but de dissuader et d’écarter de la véritable voie ; mais elle est si frivole au fond et si peu décente, en faisant naître des soupçons et de la défiance dans l’esprit des personnes peu expérimentées , que ceux qui parlent , du reste , de ces choses d’une manière assez convenable , sont même assez étourdis pour finir par les comprendre dans le même sens qu’en ont parlé ces tristes raisonneurs, et qu’il ne leur fallait rien plus que de tels auxiliaires, je veux dire de telles paroles , pour revenir dans cette voie publique et vulgaire.
§ CIV. Quand et dans quelles conditions le médecin doit-il être simple expectateur ?
Cependant , quoi qu’il en soit , je suis tout disposé à leur faire une concession touchant cette voie d 'expectation, pourvu néanmoins que cette simple concession leur suffise , car ils ne sont pas même d’accord entre eux. En effet , quand les uns veulent, les autres ne veulent pas, et aussitôt que ceux-ci consentent, les autres ne veulent plus.
C’est pourquoi , je fais l’aveu et je déclare hautement, qu’à l’exemple d’un grand nombre d’individus, du reste
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réfléchis et prudents , moi-même aussi , qui que je sois et qui que je puisse être d’ailleurs , je conçois cette chose et je voudrais la faire comprendre , de manière que des trois conditions nécessaires pour le traitement des maladies ou le rétablissement complet de la santé , deux d’entre elles semblent dire d’elles-mêmes que Von doit laisser à la nature le soin de toute V affaire morbide, et que , dans ce cas , le médecin n’a rien de mieux à faire qu’à demeurer simple spectateur, ou mieux encore de demeurer chez lui'. Mes adversaires voient , en effet , par là , que je n’ai pas l’intention de rejeter toute leur assertion , et je me fais un plaisir d’en reconnaître certains points comme vrais et pleinement d’accord avec nos idées. Si donc, cette large concession une fois faite , ils veulent pousser la chose jusqu’au bout , qu’ils sachent bien que je suis l’auteur de cette assertion , savoir : que la plupart du temps (deux fois sur trois) le médecin n'a rien à faire et ne fait réellement rien du tout. J’en assume donc sur moi toute responsabilité : il ne tiendra qu’à eux de l’essayer ; j’y consens.
§ GV. Les maladies à traiter présentent trois conditions.
Or , voici quelles sont ces trois conditions.
La première , c’est lorsque la nature concourt , par son acte efficace , dans la curation des maladies , et qu’elle intervient d’une manière satisfaisante ; lorsqu’elle fait , dis-je , assez régulièrement et convenablement ce qu’il est urgent qu’elle fasse.
La seconde, c’est quand la méthode médicatrice de la nature , dans quelque sens qu’on la prenne , soit dans son action ordinaire , soit du moins dans son action particulière
1 Stahl explique nettement ici et sans ambages sa méthode expectante, si opposée à celles de ces personnes dont il cite le langage étrange, et qui semblent être l’écho de la doctrine de G. Harvée. Du reste , l’auteur développe sa pensée dans les §§ 105, 106, 107, 108, 109, etc. ( Voy . T. VII, Ars sanandi. )
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à l’égard des hommes les plus robustes (medicinische , entrepreneurs, maghalfe, und ritter von der ronder fafel ), est tout-à-fait contraire et opposée à ces maladies.
La troisième , enfin , c’est quand chez quelques individus l’énergie de la nature elle-même n’est pas convenablement et suffisamment constante à elle-même , que la matière morbide exige réellement , ou , du moins , qu’elle admette un secours étranger.
Dans les deux premières conditions, non-seulement il est utile que le médecin demeure simplement spectateur de ce qui se passe ; mais il faut et il est absolument nécessaire, dans le second cas surtout, qu’il n’intervienne jamais en aucune manière.
§ CVI. La première condition s’explique par le fait des varioles et des fièvres.
Pour ce qui est d’abord de la première de ces conditions, nous jdirons , afin de ne pas déroger à notre manière habituelle de parler, que de même qu’il ressort nettement de la propre évidence du fait, que ce serait tout-à-fait irraisonnable de vouloir intervenir d’une manière quelconque dans les actes spontanés de la nature , attendu que cette intervention serait , par le fait même de cette spontanéité , superflue et inutile , et que ce dont on peut se passer est sans valeur aucune ; de même aussi , le fait dont il est ici question trouve une démonstration pratique dans l’exemple des varioles ; exemple dont les praticiens intelligents savent, de nos jours , faire un bon usage et tirer des conséquences avantageuses.
Un certain nombre de médecins reconnaissent , en effet, et déclarent que, dans les varioles qui se manifestent et se développent spontanément et d’une manière régulière , toute médication artificielle et directe , bien loin d’être nécessaire ou même utile , est le plus souvent et réellement périlleuse.
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C’est là ce que Sydenham a été le premier à contrôler et à enseigner, avec l’esprit judicieux qui le caractérise.
Ce qui vient encore corroborer la preuve des nombreux avantages de ce principe dans beaucoup d’affections morbides, pour la plupart très-nuisibles , ce sont les différentes espèces de fièvres, et principalement les fièvres malignes. Dans quelques-unes de ces affections , l’on voit , en effet , survenir un soulagement manifeste et très-avantageux : tantôt par un vomissement subit et spontané, tantôt par une salutaire transpiration abondante et opportune.
Que si , cependant , alors que la nature a recours à de tels moyens et surtout au vomissement , et que même , à certains moments où elle montre et manifeste tout l’appareil de ses efforts pour arriver à ce résultat ; que si , dis-je , dans ce même instant, le médecin s’avisait de provoquer le vomissement à l’aide d’un médicament qui produit [de pareils effets sur l’homme dans un état hygide et tranquille , ce serait là, bien certainement, une conduite on ne peut plus étrange et coupable ; car, outre qu’elle serait tout opposée à la marche et à l’intention de la nature , elle pourrait encore exposer le patient aux dangers les plus graves et les plus funestes.
§ CVII. Deuxième condition.
A propos de la seconde condition énoncée ci-dessus , tout homme doué de bon sens et de raison est certainemept bien persuadé qu’il vaut mieux ne rien faire que mal faire ou mal agir , et cependant ceux qui agissent mal sont bien loin de faire un tel aveu. Mais, comme je l’ai déjà dit plus haut, c’est en vérité , ainsi que le dit Héraclite lui-même , de cette manière que toutes les choses se sont faites dans le but d’élever des difficultés et par esprit d’opposition ; de telle façon que ces sortes de gens s’appliquent à être en perpétuelle contradiction avec les autres hommes , à tel point qu’ils ne veulent absolument que ce que les autres ne
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veulent pas, et qu’ils ne veulent jamais ce que veulent et pensent les autres.
Ce sont , en effet , ces mêmes hommes qui , étant bien aises de ne jamais paraître oisifs en cette matière, se refusent à reconnaître ces conditions , et qui , — comme le dit Bêcher en parlant des astrologues, — proclament l’emploi des médicaments comme chose nécessaire et indispensable , afin de se faire valoir comme indispensables eux-mêmes. Et cependant ils ne voudraient pas que , de leur vivant , ces diverses méthodes, ces moyens artificiels, ces formules spécieuses de médicaments , ces interprétations , enfin , erronées et coupables, leur fussent imputés comme leur appartenant en propre.
Certes , je consens de tout mon cœur et je prétends même que ces personnes demeurent les paisibles possesseurs de leurs propres inventions et méthodes ; mais je ne saurais trop sérieusement recommander à ceux qui sont encore dociles et qui prêtent une oreille favorable à nos sages avis , de s’appesantir sur ces faits et de s’appliquer à leur étude , leur promettant par avance les plus douces consolations et les plus grands avantages.
§ CVIII. Troisième condition.
Nous pourrions , sans doute , continuer notre division et parler ici de ce qui a trait à cette troisième condition , qui comprend le traitement des maladies , et c’eût été même assez convenable ; mais nous nous sommes hâté de passer, des faits douteux , à des faits plus constants et plus clairs , et nous avons fait dès -lors mention, d’une manière plus spéciale, de cette méthode vitale spontanée qui réagit contre les constitutions anormales, et qui, en les combattant , finit par lès vaincre et provoquer une heureuse issue , une fin salutaire ; il convenait de parler de cette méthode au point de vue médical , avant de continuer notre
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étude du traitement des maladies. Maintenant , nous allons reprendre le fil de notre discours et continuer le développement de notre thèse là où nous l’avons laissée-, nous promettant de la mener à bonne fin , et nous réservant plus tard de faire ailleurs , d’une manière spéciale , l’exposé de notre méthode thérapeutique.
§ CIX. La constitution corruptible du corps ne doit ni ne peut être changée.
J’ai déjà exposé plus haut que la considération toute matérielle du corps et de sa mixtion ne présente aucune espèce d’avantage au médecin; je soutiens présentement ici, et à priori , ce que j’ai dit naguère, savoir : que la constitution matérielle du corps , telle qu’elle est en réalité selon sa nature , c’est-à-dire éminemment corruptible , ne doit pas cependant subir de changement ; mais je soutiens encore , à posteriori , que cette même constitution , pas plus qu’une autre constitution corporelle quelconque , ne peut point être facilement changée avec un avantage réel, attendu qu’il n’existe pas réellement de vrais altérants (sinon supposés et faux) capables d’opérer de pareils changements dans le corps , et que , dans la plupart des cas de ce genre , les moments précis de l’activité de ces sortes de matières étrangères et adventices ne peuvent suivre une semblable méthode.
C’est pourquoi , quand bien même tout ce qu’on dit deces substances, en tant que réellement existantes, serait vrai en soi et en tout digne de la science physique , cependant , comme ces matières n’apportent au médecin aucune lumière pour l’aider à faire la découverte de quelque puissant moyen direct, elles lui sont d’une bien mince utilité.
§ CX. La considération matérielle du Corps et de sa mixtion n’a qu’un usage physique et non pathologique.
Quoique , en effet , ces diverses considérations paraissent
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avoir quelque usage en pathologie, si l’on prétend néanmoins leur attribuer un véritable avantage au point de vue médicothérapeutique, cette assertion est absolument fausse.
Car, de même qu’il ne convient nullement de confondre l’étiologie physique avec la pathologie médicale, pareillement aussi , comme cette constitution matérielle du corps vivant nous montre plus directement son étiologie physique , c’està-dire comme elle insiste et qu’elle s’arrête purement et simplement plutôt sur la simple raison d’être du fait, qu’elle ne nous découvre les véritables rapports sur lesquels il nous serait donné de nous appuyer pour nous opposer au mal et pour mettre en pratique une raison directe de guérison, il reste donc invariablement vrai que toute considération matérielle de la constitution du corps humain est presque absolument étrangère à l’usage direct de l’art médical.
Or, ces paroles ne s’adressent certainement pas à ces cas où il existe réellement dans le corps quelque chose qui , en tant que objet matériel, puisse, à priori, simplement et directement, être expulsé de l’économie par les moyens artificiels qui sont en notre pouvoir, pas plus qu’il ne peut également , à posteriori, être traité d’une manière simple et directe ; non , mais je fais uniquement allusion ici à cet état de putridité dans lequel se trouve une partie quelconque du corps tombée en corruption, et je comprends, je reconnais et je sais, — à posteriori, — qu’une fois ainsi corrompue, cette même partie ne peut désormais plus , ni spontanément ni artificiellement , être reconstituée dans son état matériel ; d’où je conclus qu’il n’y a plus rien de possible, en ce cas, que l’extirpation de la partie lésée.
§ CXI. La véritable raison instrumentale de la vie , ou sa constitution propre, consiste dans V efficacité des mouvements.
Laissant donc de côté toutes ces vaines considérations, incapables de fournir au médecin le moindre sujet de con-
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solation et d’espérance , je passe à nn autre genre d’étude je veux dire à l’appréciation de la véritable raison instrumentale et manière d'être de la vie. J’ai déjà dit plus haut , à cet égard, que cette raison instrumentale n’est autre chose que l’efficacité des mouvements ; je dis des mouvements, non que le mouvement en lui-même soit tantôt une chose et tantôt une autre, selon le lieu, attendu que le mouvement ne saurait être partout qu’une seule et même chose, mais bien parce que les quelques rapports de différence qu’il affecte dans son allure proviennent de l’ordre de ses progrès successifs et de ses propres effets , à l’égard de la diversité des matières , des lieux , des organes corporels , et enfin du temps lui-même.
Ainsi donc, en poussant toute la masse du sang avec quelques autres fluides qui lui sont mêlés et d’autres qui lui sont étrangers, le mouvement concourt certainement comme simple instrument à la conservation et à l’énergie vitale, seulement d’une manière générale et éloignée.
Mais lorsque le mouvement pousse le sang et le dirige d’une manière plus spéciale vers et à travers des organes particuliers , à travers les organes sécréteurs surtout , et contribue ainsi par cet acte à séparer de la masse sanguine tout ce qui peut être étranger à sa crase- naturelle , il accomplit et il entretient par là même la pérennité de sa pureté, et devient enfin un vrai moyen de la conservation de cette liqueur si précieuse à la vie.
Or, comme ces matières , qui sont ainsi séparées du sang et expulsées du corps, sont déjà, jusqu’à un certain point , corrompues et corruptrices, elles ne pourraient être retenues plus long-temps dans telle ou telle partie du corps sans y causer des ravages, puisque, en effet, ce n’est pas seulement le sang qui se trouve exposé à la corruption , mais absolument toute l’économie corporelle , tout l’agrégat matériel , dis-je , dans ses parties même les plus solides ,
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tout aussi bien que dans les plus tendres et les plus délicates. Aussi ne suffit -il pas que ces matières hétérogènes soient, par voie d’excrétion, éliminées simplement de la masse sanguine; mais il est indispensable qu’elles soient chassées du plus profond des parties solides, et partant expulsées de toute l’étendue des organes corporels. Car si les choses ne se passaient pas exactement ainsi , les parties solides seraient bientôt envahies par cette puissante énergie corruptrice ; et c’est alors que le sang , forcé de traverser ces parties peu à peu corrompues et détruites , y subirait une stase mortelle et une corruption inévitable.
§ CXII. Ce qu'il importe au médecin de connaître.
Puisque ces faits renferment en soi et présupposent certains genres de matières corruptibles , ainsi qu’une certaine disposition particulière de toute la masse du sang et de sa circulation , ils devraient certes contribuer à instruire suffisamment l’esprit humain , quoiqu’il soit aussi peu capable à priori de s’élever aux notions exactes des rapports que ces faits ont entre eux , qu’il l’est à posteriori de saisir les enchaînements et les conséquences de leur durée successive et de leurs effets. Car, bien que je n’ignore pas que la connaissance à priori de la nécessité de ces faits exige une certaine justesse d’esprit, aussi bien que la connaissance à posteriori de la véritable analogie qui existe entre cette nécessité et ses résultats et effets successifs , cependant je ne pense pas qu’on puisse jamais reprocher à qui que ce soit de ne pas vouloir reconnaître les choses les plus visibles et les plus palpables ; principalement lorsque , à un point de vue moral , l’on saurait fort bien devoir fâcher quiconque à qui l’on oserait en imputer l’ignorance réelle.
§ CXIII. La conservation du corps ne dépend pas de la seule circulation du sang.
Pour jeter sur ces phénomènes la plus vive clarté , et
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pour prouver que toutes ces choses se passent effectivement ainsi , il faut en faire en soi et à priori une application directe à cette opinion , qui prétend faire consister tout l’appareil vital (d’une manière absolue et directe) dans la simple circulation du sang. Mais qui oserait soutenir ou simplement avancer que la matière stercorale qui se trouve dans les intestins soit du sang , ou du moins provienne du sang, et qu’elle ait participé à sa circulation? Et qui serait assez téméraire , enfin , pour soutenir que le trajet que font ces matières fécales dans toute l’étendue de l’intestin soit une espèce de circulation du sang , ou bien en soit une partie , ou bien encore en dépende d’une manière quelconque ? De pareilles gens , en effet , s’il s’en trouvait , pourraient-ils jamais penser qu’il n’est pas d’absolue nécessité que ces excréments soient rejetés au-dehors , et cependant dans quel but doivent-ils être excrétés * ?
Ainsi , l’urine , qu’a-t-elle désormais de commun avec la circulation du sang , une fois qu’elle en a été séparée et qu’elle a été déposée dans la vessie ? Or, je le demande , toutes ces matières impures , et chacune d’elles en particulier, ne doivent-elles pas être soumises, à priori, à une éjection nécessaire , et cela non-seulement parce qu’elles sont elles-mêmes sous l’imminence certaine de leur propre et rapide corruption, mais encore parce que les parties organiques qui contiennent ces matières , et le sang qui arrose et vivifie ces mêmes parties , sont aussi exposés aux effets de cette imminente corruption ?
Il est donc entièrement faux de dire que la véritable nécessité de la -conservation du corps dépend purement et simplement du mouvement naturel et de la circulation du sang. Cette conservation, en effet, est, à priori, aussi absolument nécessaire non-seulement , sous un point de vue général , aux fluides et aux solides du corps humain , mais
1 Voy. T. VI , Sujet du 23e doute de Leibnitz , 1er point.
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encore , sous un point de vue tout spécial , aux parties solides ; attendu qu’elles ne pourraient jamais être atteintes de corruption , sans que le sang lui-même fût sous le coup d’une corruption immédiate et directe.
§ GXIV. Réfutation de l'excitation des matières excrémentilielles.
C’est pourquoi, afin de ramener à une certaine règle plus simple toutes ces manières confuses et erronées d’observer et de raisonner, il convient d’abord que je dise un mot de cette malencontreuse stimulation, sous l’influence de laquelle on prétend et on se persuade que tous ces phénomènes peuvent avoir une plausible explication ; attendu que l’on soutient que ces matières excrémentitielles surexcitent et stimulent les organes intestinaux , de manière que ceux-ci se contractent et finissent par expulser ces matières stimulantes qu’ils contiennent. Mais , quoique je ne sache que trop bien que ceux qui s’appliquent à donner une pareille explication de ces phénomènes , professent une sorte d’éloignement , je dirai même de l’aversion , non-seulement pour ces mots : relations causales , mais même pour la simple connaissance historique de ces relations causales elles-mêmes, j’ose cependant espérer qu’ils ne pousseront pas leur rigueur et leur entêtement jusqu’à refuser de vouloir bien considérer dans leur esprit l’état de la question , et d’examiner laquelle de ces deux choses il est plus raisonnable d’accorder, savoir : si la vessie a été construite comme un organe devant être stimulé par la présence de l’urine ou bien si elle a été faite pour être le réservoir de l’urine , une fois sécrétée et séparée du sang, et pour la rejeter enfin au-dehors. Certes, il est bien évident que , pour ce qui regarde la stimulation de la vessie par l’urine , elle est complètement nulle ; attendu que ce n’est point par la contraction de cet organe , mais bien seulement par le fait de la
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contraction du sphincter vésical , qu’a lieu l’éjection de ce liquide.
Or, qui pourrait jamais oser entreprendre de prouver que l’action du sphincter de la vessie n’est simplement due qu’à une stimulation de l’urine?
§ CXV. La sécrétion ne suffit pas à la conservation du corps.
Laissant de côté des questions oiseuses et perplexes , je reviens à mon sujet, et je dis que la sécrétion ne peut pas suffire non plus au grand phénomène de la conservation nécessaire et universelle du corps , et pour le mettre à l’abri de toute cause destructive et corruptrice.
Car, quoique le sang , en tant que conservé par l’acte même de la sécrétion des substances qui lui sont étrangères, doive être considéré comme jouissant de sa parfaite intégrité, cependant je dois dire aussi que cette conservation ne saurait être de longue durée , puisque , si les substances désormais inutiles à l’économie et mises de côté par l’acte sécréteur étaient ramassées et rassemblées trop abondamment, elles pourraient provoquer la corruption des parties solides, et tout le monde sait à quel dépérissement et à quel danger serait exposée , dès-lors , la masse sanguine elle-même.
§ CXVI. Raison physique de la circulation du sang.
Pour ce qui concerne le sang lui-même et son mouvement circulatoire , je conseillerai simplement et directement de bien examiner quelle est la raison physique (oui, la raison) qui paraît la plus vraisemblable au point de vue du mouvement circulatoire, c’est-à-dire de l’incessante circulation du sang, savoir: Est -il plus probable que ce mouvement ait lieu en dehors de toute loi d’ordre , d’une utilité ou d’une nécessité physique réelle , et qu’il n’ait lieu ainsi que pour avoir simplement lieu? ou bien: Est-il plus vraisemblable et manifeste que , si les choses ne se passaient pas réellement ainsi, le sang lui-même n’aurait point de durée? En effet,
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cette opinion qui enseigne que la vie consiste immédiatement dans la circulation du sang , implique et présente cette condition que le sang n’existe que pour être mis perpétuellement en mouvement; quoique, selon une plus juste considération et dans un sens plus correct , c’est évidemment le contraire qu’il faut dire , savoir : que le mouvement circulatoire n’a été imprimé au sang qu’afin qu’il puisse exister long-temps et jouir d’une durée perpétuelle ; bien que , dans le fait , l’acte circulatoire du sang ne soit point un acte isolé et n’existe pas seul , car il est , par un effet, ultérieur et naturel , accompagné d’un acte sécréteur et excréteur permanent et perpétuel aussi.
§ GXVII. Avantages que le médecin peut retirer des rapports organiques des actes vitaux.
Mais en voilà bien assez sur des considérations de ce genre. J’arrive, enfin, à l’appréciation du phénomène considéré sous son véritable point de vue touchant le présent traité, et je vais, dès à présent, comme en son lieu convenable , chercher ici quel est l’avantage réel qui peut revenir à l’art médical de l’étude des rapports des actes vitaux organiques. J’ai dit, bien souvent, et tout homme raisonnable doit certainement savoir, que l’on ne doit compter au nombre des connaissances médicales que les choses qui ont un rapport réel avec l’art de guérir, et que leur avantage est d’autant plus direct que leur rapport est plus immédiat et plus vrai. Si donc l’on considère , sous un point de vue plus éloigné , cet acte conservateur organique qu’on appelle la circulation du sang , et si l’on examine sérieusement ce que peut le médecin sur cette circulation ou , par elle , sur tout le reste du corps, tout ce qu’on pourra découvrir à cet égard se bornera à savoir que le médecin ne possède réellement aucune puissance d’agir directement sur la circulation , c’està-dire sur l’impulsion et les mouvements progressifs et suc-
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cessifs du sang (à tel point qu’il puisse exercer réellement sur lui son influence et administrer tout l’acte circulatoire avec ordre , modération , facilité et une proportion en tout régulière et efficace) , bien loin qu’il lui soit donné la faculté de diriger et d’administrer convenablement ces actes , de diverses manières et selon l’exigence du moment.
Mais nous touchons ici à cette profonde erreur et à ces fausses théories s’arrogeant le pouvoir d’opérer, soit ces actives altérations de la matière , soit ce prompt et facile rétablissement des forces, pouvant non-seulement arrêter, tempérer ou susciter toutes les anomalies des agents moteurs, quelles qu’on les suppose, mais étant encore capable (ce qui constitue proprement ici le fond même de la question) de rétablir dans un état normal toutes ces dites anomalies ; de les rétablir, dis-je, dans un ordre tel, que, d’une part , il soit en parfaite harmonie , d’une manière générale , avec la succession naturelle des mouvements ordinaires qui ont l’habitude de s’accomplir dans l’économie corporelle , et que , d’autre part , cet ordre convienne et satisfasse à toutes les proportions insolites quelconques des matières nuisibles adventices, quelle que soit d’ailleurs leur active énergie.
Contrairement à ces faits, le médecin exerce une véritable puissance sur les actes sécréteurs et excréteurs, sur ces derniers surtout. Quel est l’homme , en effet , qui ignore ou qui oserait nier que l’art puisse , à son gré , provoquer principalement les diverses excrétions , les augmenter, les diminuer, les arrêter enfin ; et qui ne sait aussi que le médecin , à l’aide des moyens artificiels qu’il possède , peut aisément obtenir de pareils résultats au moment qu’il veut et par les organes de son choix , toujours d’une manière généralement convenable et efficace ?
§ CXV1II. Comment le médecin peut-il venir en aide au corps ?
Tels sont les organes (ceux de la sécrétion et de l’excré-
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tion) par lesquels le médecin peut , comme en dernier ressort, agir d’une maninière toute spéciale sur l’organisme et sur toute l’économie vitale elle -même; tels sont les instruments à l’aide desquels il lui est uniquement et véritablement permis , en vertu de la puissance qui lui a été accordée , de porter de mille manières un prompt secours au corps contre les différents périls qui viennent sans cesse l’assiéger.
Le médecin , en effet , peut de bien des façons , par une efficace intervention, porter aide et secours à la conservation du corps, surtout au moyen d’une abondante évacuation, et par l’expulsion pleine et entière , du corps , des matières qui lui sont absolument étrangères et nuisibles. Il le peut, certes , d’une manière immédiate , soit en excitant directement et simplement ces sortes de mouvements excréteurs , soit même en en suspendant l’action , soit encore en disposant favorablement les voies quand l’excrétion est plus difficile et d’un succès incertain , soit enfin en préparant simplement et directement , à l’aide d’une énergie très-obscure en elle-même et difficile à obtenir, cette matière hétérogène dite peccante, en l’adaptant ainsi et la soumettant enfin au mode particulier d’excrétion qui convient à sa nature propre » .
§ CXIX. Les sécrétions et les excrétions sont utiles à l'économie animale.
C’est donc avec raison que je dis que l’on peut retirer un très-grand avantage de l’observation et de la connaissance de cette efficacité que possèdent et que manifestent , sans le secours de l’art , les sécrétions et les excrétions qui s’exécutent spontanément dans l’économie animale , pour maintenir la conservation vitale , non-seulement en temps ordinaire et régulier, quand le corps jouit de son intégrité, mais encore,
1 Voy. T. VI, Sujet du 24e doute de Leibnitz (2e point).
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en dehors de ce temps , lorsqu’il arrive que des matières insolites et dangereuses sont introduites dans le corps , jouissant d’ailleurs d’une entière santé.
En effet , l’on voit des individus , chez lesquels il existe une énergie et une constance régulières dans le type et l’exercice des actions vitales ordinaires, capables de tout faire spontanément ; tandis que chez d’autres , au contraire , une pareille énergie naturelle fait complètement défaut, et à l’égard desquels on est obligé d’avoir recours à des moyens artificiels assez puissants pour la provoquer d’une manière convenable.
§ CXX. Le médecin n'a, par lui-même, aucune puissance sur
l'exécution des fonctions vitales; l'énergie des individus
doit y concourir.
D’après ces paroles, il est évident que , chez ces derniers, bien qu’il y ait un manque d’énergie suffisante , elle existe néanmoins en puissance , et qu’on peut la provoquer et la faire se manifester. Car non-seulement , en premier lieu, le médecin peut très-bien arriver à de tels résultats , c’est-àdire' produire un effet sécréteur réel , et le poursuivre avec ordre, selon un type naturel ; mais encore, en second lieu, il est absolument indispensable, en pareil cas, pour que ces phénomènes vitaux (de sécrétion et d’excrétion) s’accomplissent, que cette puissance individuelle vienne, par son énergie propre , concourir à l’acte ; attendu que le médecin ne pourrait par lui-même rien opérer dans le corps , je veux dire des phénomènes qu’il se propose d’y provoquer utilement , savoir : des mouvements tant éloignés que prochains, mais capables d’effectuer Yéjection des matières étrangères au corps , et qu’il ne doit uniquement attendre de pareils effets, en général, que du sujet lui-même sur lequel il exerce sa puissance artificielle ; de sorte que le rôle de ministre de la nature ne consiste pas tant à produire ces mêmes mouvements, qu’à en modifier simplement la
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marche. Car, enfin, en troisième lieu, dans la plupart des constitutions non naturelles, le médecin ne peut trouver une méthode plus facile , surtout plus sûre et plus certaine , que celle qu’emploie la nature chez les individus de cette catégorie , et à l’aide de laquelle , même sans aucun secours étranger, la force médicatrice interne , par un acte propre et spontané, par une sorte d’énergie qui lui est toute particulière, débarrasse le corps de ces mêmes espèces d’épreuves périlleuses et graves.
§ GXXI. Cette énergie est propre au corps humain.
Mais je ne dois jamais oublier de faire remarquer, et j’insiste sur ce point; que cette énergie dont je parle ici doit être réellement comprise comme appartenant en propre au corps vivant , et que , en tant qu’étant parfaitement réglée dans sa marche, elle ne peut être soumise à de certaines variations , que tout autant que celles-ci ont pour but une modification d’un mode particulier ou d’une mesure spéciale, soit en vue d’une légère augmentation dans son intensité, soit dans le but d’une direction particulière vers un certain lieu ou organe , soit enfin d’après un certain type ou ordre déterminé. Ce phénomène a assez fréquemment lieu d’ailleurs , ainsi qu’on peut le comprendre aisément , chez les personnes douées de vivacité de caractère et d’une activité vitale plus constante. Telle est donc, en réalité , cette théorie , cette connaissance , cette science , en un mot, qui seule est utile , je dirai même seule nécessaire au médecin et la seule qu’il doive posséder à fond , au point de vue de l’économie vitale ; car c’est cette énergie qui , seule, non-seulement est utile et même nécessaire à ses intentions , et favorise ses moyens de recherches et d’inventions , mais encore qui se présente et se comporte presque toujours uniquement ainsi, d’après la disposition générale et médiate de l’économie vitale. En effet, d’après tout ce
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que j’ai déjà surabondamment démontré , toutes les autres circonstances sont réellement étrangères tant au pouvoir qu’à l’usage du médecin.
§ CXX1I. Quel rôle doit-on attribuer à l’âme dans l'administration des actions vitales ?
Mais quoique , par ces motifs , on puisse voir assez évidemment combien il est important, pour l’art médical, d’avoir une connaissance certaine de la diversité du corps humain , considéré non-seulement à son point de vue matériel , mais encore et contrairement en tant que vivant , et bien que je puisse paraître avoir atteint le but que je m’étais proposé ; cependant , puisqu’il exista une foule d’individus qui sont dans l’impossibilité de s’armer eux-mêmes d’assez de courage pour attaquer les doutes qui se présentent publiquement et solennellement devant leurs yeux , et qu’ils ne sont pas capables de les combattre victorieusement, sans le secours d’autrui; je pense qu’il est indispensable , avant de terminer ce travail , d’ajouter quelques mots touchant cette question équivoque , que la routine et la chicane ont mise tant et tant de fois en avant , savoir : Quel est le rôle quon doit attribuer et imputer à V ame humaine dans l’administration des actions vitales 1 ?
C’est ainsi , en effet , que doit se formuler le véritable sens de la question qui, dans la perplexité du doute, est assez ordinairement enveloppée d’une obscurité et d’une confusion réelles.
On s’est bien gardé , certes , de refuser aux âmes des brutes la puissance de diriger les actions vitales, selon que l’exige la constitution matérielle de leurs corps , attendu que , dans l’àme des bêtes , il n’existe pas cette raison qu’on allègue, comme étant un empêchement, pour Xâme humaine, dans la direction des actes vitaux : c’est ainsi que l’on dit
1 Voy. T. VI, Sujet du 25e doute de Leibnitz.
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que , en tant que immatérielle , l’âme raisonnable ne peut plus agir sur les choses purement matérielles , que la matière elle-même ne peut agir sur elle et Y impressionner 1 .
§ CXXIII. Le corps a été fait pour l’âme; elle est en lui , elle agit par lui et sur lui.
Je ne pense pas cependant qu’il soit nécessaire d’insister longuement ici sur ces considérations , que j’ai déjà suffisamment .développées, soit dans mon précédent traité sur la différence du mécanisme et de Y organisme , soit aussi dans bien d’autres endroits de mes œuvres, et qui consistent en ce que le corps humain doit naturellement et nécessairement exister pour Y âme humaine ou raisonnable, et absolument non pour aucune autre chose. Le corps , par sa propre constitution tout organique, ne saurait avoir la moindre utilité réelle pour aucune autre substance que pour Y âme, par ces motifs que non-seulement cette âme raisonnable se trouve intimement liée à ce corps , mais qu’encore elle agit par le moyen de ce corps à l’aide de la sensibilité , et qu’elle agit même sur lui en produisant en lui des mouvements locaux. Je pourrais ici montrer le ridicule de ces gens qui parfois condamnent inconsidérément les abstractions métaphysiques, mais qui , en cette circonstance , invoquent et imaginent un quelque chose qui n’est ni physique ou matériel (étant, d’après leur propre aveu, le fait propre de l’âme raisonnable ), ni métaphysique , mais agisssant d’une manière très-efficace dans les mouvements corporels , locaux et physiques (comme ils le prétendent grossièrement), c’està-dire ayant une influence sur l’acte de direction lui-même : or, d’après ces mêmes individus, ce quelque chose de
1 Mais comment peut-on comprendre avee cette doctrine, même la perception par le sens, l’action directe de la volonté sur les organes qui lui sont soumis? (Voy. Tome VIII, Questions transcendentales sur le principe de vie.)
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non physique et de non métaphysique serait substantiellement différent et séparé de l’acte de mouvement.
§ GXXIV. L'âme agit sur le corps au moyen des affections de l’esprit. — Elle peut mouvoir le corps , et s'afflige des lésions qu’il reçoit. — Considérations sur les éphélides ■ congéniales.
Mes assertions acquièrent une évidence incontestable , à l’aide de ces exemples si dignes de l’attention du physicien et du médecin. Ils prouvent, en effet, que I’ame peut agir sur le corps d’une manière prompte, efficace et énergique (et cela à tout instant), sous l’influence des affections de /"esprit * .
Il en est réellement ainsi , parce que , avant tout , l’âme se montre naturellement , à priori, comme une puissance capable de mouvoir le corps, attendu que le mouvement, en tant que chose incorporelle , présuppose une cause de même nature que lui, c’est-à-dire incorporelle. L’on voit aussi , du reste , à la suite des violentes épreuves qui assiègent le corps, et surtout après les lésions qu’il subit, l’âme raisonnable se livrer à divers sentiments de tristesse, d’inquiétude et de crainte. Ce qui peut çlore surtout et faire cesser toute, contestation à ce sujet , c’est ce qui se passe chez le fœtus à l’occasion d’une idée passagère et qui lui est tout-àfait étrangère, idée perçue par une autre âme (celle de la mère livrée à tout le vague d’une imagination erronée et de fausses appréciations) exerçant une influence réelle sur la formation d’un autre corps, c’est-à-dire sur l’acte de la formation du fœtus lui-même : or, cette idée n’est pas 1 agent direct et immédiat , elle n’est pas la direction ellemême , mais elle est une idée communiquée et capable d établir une telle ou telle direction , ou plutôt , à l’aide d’une telle direction , pouvant opérer la motion par laquelle la structure du corps est accomplie et exécutée de point en
1 Voy. T. VIII, Comment. XXXIX.
point , ainsi que cela se manifeste bien souvent dans les envies maternelles ou éphélides congéniales 1 .
Dans ces phénomènes , ce qu’il y a de plus étonnant et de plus digne de la considération des savants , ce n'est pas tant cette construction insolite que la destruction , dans sa plus grande partie , de la structure déjà existante , et une nouvelle coordination prenant la place de l’ancienne.
Il n’est donc pas étonnant que ce dernier fait , comme tous ceux qui précèdent , ainsi que les profondes et légitimes réflexions qu’ils suggèrent, soient, pour des esprits peu intelligents , de véritables écueils en ces matières , et les laissent dans une position désespérante à cet égard.
§ CXXV. Jusqu’à quel point peut-on imputer à l'âme ces actions , et comment peut-elle être troublée ?
Mais j’arrête là ces sortes de considérations et me borne à l’examen de cette question , savoir : Jusqu'à quel point , comment et sous quel point de vue est-il permis et possible d’imputer ou d’assigner à Xâme ces différentes actions? Comment peut-il se faire que dans ces mêmes actions et par ces actions l’âme elle-même puisse être dérangée et détournée de sa direction , et que , même à cause de certains modes d’intervention , elle soit éloignée assez souvent de
1 Je pourrais ici citer une masse de cas tirés des auteurs, pour prouver l’énergie des affections de la mère sur la formation de son fœtus; mais il me suffira de citer deux cas que je prends dans ma propre pratique médicale :
1° Une jeune dame , enceinte de deux mois , alla visiter une de ses amies, récemment accouchée d’un enfant atteint d’oblitération de Y anus, et qui mourut quelques jours après. Le récit de ce malheur fit une telle impression sur son esprit, que, pendant toute sa grossesse, son unique chagrin était la crainte de faire un enfant qui eût le même vice de conformation que celui de son amie. Ses craintes, hélas! ne furent que trop réelles, car elle mit au monde une petite fille chez laquelle on put constater une imperforation de l’anws.
2° J’ai accouché, en 1849, une jeune dame qui enfanta d’un petit garçon qui avait deux mains en tout semblables à deux pattes de singe. Cette dame avait eu continuellement devant ses yeux , pendant sa grossesse , un petit singe appartenant à son voisin.
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toute intention, à l’égard de pareilles actions variées? Et lorsque , enfin , les choses se passent réellement ainsi , quelle est l’explication qu’on peut en donner?
§ CXXV1. Hypothèse contraire.
Ne voulant pas trop long-temps m’appesantir sur les propositions énoncées dans ma thèse ci-dessus , je saisis l’occasion qui m’est fournie, pour dire un mot en passant sur cette hypothèse particulière , qui prétend que ceux qui attribuent les phénomènes vitaux à l’âme, ne le font qu’au point de vue et suivant la condition d’un lien immédiat, c’est-à-dire d’une action qui ne s’appuie sur aucun moyen instrumental. Mais quoique ceux qui confondent ainsi les choses , ne s’expriment pas en ces termes (car , ou ils en ignorent le sens , ou bien ils ne savent pas appliquer aux choses la force de , ces termes , ou celle des autres termes qui expriment , selon l’usage vulgaire , l’ordre des causes , sans les confondre avec leurs effets, tozepov npérepov), cependant ils ont d’autres mots pour exprimer leur pensée , puisqu’ils disent : « Si » l’âme est elle-même supposée être l’auteur des mouvements » vitaux ; si ces mouvements sont sujets eux-mêmes à quelque » anomalie , et que le médecin prenne le parti de les régu- » lariser , ou, comme on dit vulgairement , qu’il entreprenne » de les guérir , il faut entendre par ces mots que le médecin » est censé vouloir guérir V âme. »
Or, comme il n’est pas possible qu’une pareille hypothèse trouve jamais son application, je pense que ceux qui s’avisent de parler de la sorte , assument sur eux un très-grand ridicule.
§ CXXVII. Une pareille hypothèse est feinte et mal intentionnée.
Si cette hypothèse n’était une pure et méchante invention , si elle n’était une preuve évidente de l’ignorance sophistique de ses astucieux auteurs , si elle n’était enfin
DU MIXTE ET DU VIVANT. m
basée sur une imputation , une explication et une acception vraiment ridicules , il serait certes bien difficile d’y remédier, il serait même impossible d’y parvenir par une méthode logique de distinction et de démonstration ; car ces mots à priori, immédiatement, comme ceux à posteriori, médiatement, deviendraient désormais inutiles et vains : bien loin de s’entendre sur ceux de directement, ou d’une manière effective, et d ’instrumentalement , ou d’une manière indirecte.
Mais s’il était enfin possible de concevoir ce que l’on veut désigner ordinairement par ces termes , et qu’on pût bien s’entendre sur l’importance de leur signification et de leur valeur, touchant l’économie universelle des êtres, il deviendrait désormais impossible, à tout homme de sens et de logique, de tomber dans d’aussi graves erreurs, et de s’abandonner aussi méchamment aux plus simples conceptions erronées de ce genre.
§ CXXVIII. Il faut en ceci avoir recours à l'argument ad hominem.
Or, l’unique et le meilleur moyen de remédier^ de pareilles frivolités, c’est de rentrer, franchement et sans hésitation , dans la voie la plus naturelle , dans celle qui , pour m’exprimer convenablement , est aussi la plus facile , attendu qu’il est indispensable , pour des hommes qui savent se respecter, de ne pas s’ingérer dans de tels labyrinthes ; et cette voie , c’est l’argumentation , vulgairement appelée en termes de l’école argumentatio ad hominem, zax av9pü~ov.
Si , par exemple , tel homme qu’on a vu naguère sur la place publique, se montre bientôt après sur le faîte d’une maison ou bien au haut d’une tour ; certes , il ne faut pas se hâter de conclure qu’il y ait volé , comme le ferait un oiseau , ou qu’il y ait été transporté par quelque esprit ou même par le vent , mais il faut penser tout d’abord qu’il n’y est parvenu qu’à l’aide de ses propres jambes.
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Lorsqu’un pilote veut faire changer la direction déjà imprimée à son navire , ou bien lorsqu’il veut en ralentir la marche , il n’a pas besoin de faire diriger le vent dans un autre sens, ou, comme le représentent grossièrement certains peintres , de lui fermer la bouche et de l’empêcher de souffler ; mais il convient simplement d’imprimer un mouvement convenable au gouvernail , ou bien de plier les voiles.
C’est ainsi encore que , lorsque les femmes ( et certes aucune n’ignore ce fait) veulent arrêter le mouvement rapide de leur tourne-broche , elles y réussissent facilement , non en brisant et en détruisant la tige spirale élastique qui est le moteur de toute la machine , quoiqu’elles sachent très-bien que , de cette manière, elles pourraient parvenir à leur but ; mais elles se contentent , par un moyen quelconque, d’enrayer un rouage, serait-ce même un des moins importants , voire même le ventilabre que les unes appellent mindfang et les autres die unruhe.
Or, il résulte de ces divers exemples , comme chacun pourra le reconnaître , qu’il est tout-à-fait possible , non que l’énergie elle-même d’un moteur quelconque , mais bien son effet (abstraction faite de tout langage métaphysique), non que le moteur, dis-je , soit gêné dans sa libre activité, mais que la chose qui devait recevoir son action motrice soit embarrassée , de telle sorte que l’agent moteur lui-même ne puisse déployer sur elle toute la liberté de sa puissance.
Toutes ces considérations peuvent , dans la force et la légitime acception du mot , aussi bien s’appliquer à l’âme humaine qu’à la pierre qui sert de puissance impulsive et motrice à nos horloges publiques.
§ UXXIX. Autre fausse hypothèse touchant les actions de l’âme.
Mais afin de démontrer combien il serait utile d’appli-
DU MIXTE ET DU VIVANT
quer ee même remède, — ce mode d’argumentation ad hominem, — - à ces sortes de maux qui peuvent présenter le plus grand embarras , et dans lesquels un homme même instruit s’expose au ridicule , je vais en peu de mots , d’après les exemples déjà cités , procéder à l’examen des questions suivantes , savoir : si Y âme raisonnable , en supposant que tout se passe normalement , sans suspendre un seul instant les mouvements vitaux et sans manquer à leur proportion , exécute ses propres actions en affectant le même ordre ; si elle les aborde , les entreprend et les accomplit dé cette manière; bref, si les choses se passent réellement ainsi, ou bien une telle diversité d’action de la part de l’âme est en elle -même telle , qu’on puisse, à priori, l’appeler spécifique ; ou bien , si ce changement d’action ne peut pas être dit spécifique, essentiel, interne, ne serait-il pas possible de lui donner le nom de diversité générale ? Mais pourquoi pas? Et courrait-on , pour cela , le risque de passer pour ridicule ( parmi des hommes qui sont déjà si ridicules eux-mêmes), et de devenir pour eux un sujet de moquerie?
§ CXXX. Sur quoi cette hypothèse se fonde.
L’hypothèse dont je viens d’exposer la substance est de la plus grande évidence pour quiconque a l’habitude de bien raisonner, et ce qu’elle renferme de plus évident, c’est qu’elle se fonde sur ces deux faits : 1 ° qu’elle n’a d’origine et de fondement qu’à posteriori ; quelle retombe sur l’âme; qu’elle se surajoute pour ainsi dire à elle ; quelle se joint et s’associe à ses actions , et qu’elle n’est pas tant une nouvelle chose spéciale qu’un simple mode particulier de la chose , je veux dire une modification des actions de l’âme , mais non de l’âme elle-même; 2* qu’elle prend sa source pins haut dans des causes toutes corporelles, et de plus près dans des mouvements ayant un rapport immédiat et direct avec des causes corporelles.
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§ CXXXI. Différence entre la constitution à priori et la constitution à posteriori d'un objet quelconque. — Autre différence entre l'objet lui-même et son mode.
Tout, homme doué d’un jugement sain et de raison sait parfaitement quelle est la différence qui existe entre la simple constitution d’une chose, quelle qu’elle soit, telle que cette chose la possède en elle-même , à priori, par rapport à d’autres objets , et la constitution de cette même chose , telle qu’elle la reçoit ou l’acquiert , à posteriori , et provenant du concours d’objets étrangers. Or, ce n’est pas cette chose elle-même , mais bien une certaine énergie de cette chose qui reçoit cette constitution et la contracte; et ce qu’il y a de plus remarquable en ceci , c’est que la chose même ne reçoit pas d’une manière absolue cette constitution comme une nouvelle combinaison intime, mais elle se l’associe plutôt d’une manière superficielle , non pour la posséder et la retenir absolument , mais bien seulement pour s’attacher à elle , comme on dit , afin de la maintenir et de la gouverner.
En effet, de même qu’on ne peut ignorer la différence qu’il y a entre un objet quelconque et son mode , de même aussi l’on comprendra que cette différence est d’autant plus grande dans le sujet du mouvement ; en pareil cas, le mode de mouvement n’est qu’une certaine mesure de proportion , un certain mode de succession , un ordre suivant lequel le mouvement lui-même s’exécute.
§ CXXXII. Toutes ces choses ne sont point inhérentes à la substance ou essence de l'âme , c'est-à-dire à l'agent moteur.
En vérité, je soutiens que personne, excepté les fauteurs des erreurs que je combats ici , n’ira s’aviser de croire que toutes ces choses, et chacune d’elles en particulier, soient existantes et inhérentes dans l’agent moteur lui-même, et dans sa substance ou son essence; car, quoique l’idée
DU MIXTE ET DU VIVANT
selon laquelle l’âme règle et dispose ses propres opérations, quelles qu’elles soient, puisse être regardée et comptée comme essentiellement innée pour ce qui regarde l’espèce humaine elle-même ; cependant , quelque rapport que cette idée puisse avoir avec les proportions qui existent entre les actions et les choses elles-mêmes sur lesquelles ces actions s’exercent , et quelle que soit son analogie avec cette proportion qui est ou se présente telle en un tel temps , et certaine en un certain temps , ceci se trouve , comme on dit , plutôt, circonscrit et déterminé par la réceptivité de la matière , qu’il ne dépend purement et simplement de l’activité même de l’agent.
Ainsi , qui que ce soit pourra , je pense , comprendre la différence qu’il y a entre une disposition plus générale de cette activité, et un état plus spécial dans lequel cette activité peut être amenée par différentes modifications.
Et cela d’autant mieux que , pour parler d’une manière propre et convenable , toutes ces modifications qui surviennent et retombent sur les actions dont il est question ici , ne diffèrent jamais entièrement par l’espèce , mais seulement par un simple degré de variation, ou, comme je l’ai dit ailleurs, par le plus ou le moins. Mais, ainsi que tous les jeunes élèves sont loin de l’ignorer, comme l’espèce ne peut varier du plus au moins , on ne saurait inférer de là d’une manière absolue cette diversité dite spécifique.
§ C XX’XIII. L'âme a-t-elle de l'aptitude pour les mesures du temps et du mouvement ? — Rapport de Vâme avec les mouvements corporels. — Mouvement de l’âme très- apte à ce commerce.
Chacun peut raisonnablement sentir et connaître, sans difficulté, si l’âme raisonnable est capable de comprendre , de distinguer et de répéter, suivant une certaine détermination , ces mesures de temps et de mouvement , et même si elle est capable de le faire selon sa propre volonté. Or, il
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suffit pour cela de considérer ces sortes d’habitudes, nonseulement assez fréquentes et non tout-à-fait insolites mais au contraire journalières et communes à tous les hommes , par lesquelles l’âme , suivant sa simple volonté et sans le concours de causes corporelles , voire même quelquefois avec ce concours , nous fournit divers exemples de faits , dont le plus familier est l’acte de s’éveiller à certaines heures , ou , au contraire , de s’endormir habituellement à une heure donnée , etc.
C’est donc ainsi que les rapports intimes de l’âme raisonnable avec les mouvements corporels, non-seulement se manifestent par les directions des mouvements volontaires, mais deviennent plus évidents encore par l’efficacité de l’âme contemplant l’ordre et la série, ainsi que l’acte universel des mouvements corporels les plus importants, tels que ceux du pouls, le mouvement tonique universel et les mouvements toniques particuliers de la région épigastrique ou stomacale; les mouvements du pouls, dis-je, dans ses profondes variations et ses altérations dangereuses et imminentes sous l’influence de la terreur ou de la colère ; les mouvements convulsifs (ou la surexcitation dû mouvement tonique uuiversel) , survenus également après un paroxysme de terreur ou de colère ; l’hypéresthésie stomacale dans les troubles organiques provoqués par une envie de vomir purement imaginaire , etc.
De l’universalité de tous ces phénomènes ressort , même à posteriori (pour ce qui regarde l’homme), avec une évidence bien manifeste , l’activité réelle de l’âme et son aptitude , tant à la distinction de ces sortes de mesures par rapport au temps, qu’à leur conception et à leur détermination par rapport aux mouvements vitaux. De la même manière que , pour les véritables observateurs , il est tout-à-fait évident, à priori, que non-seulement le mouvement lui-même, en tant que chose incorporelle , est très-propre au commerce
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d’une âme incorporelle, ainsi qu’à un véritable accord , à une naturelle conspiration avec elle , mais qu’encore et d’autant mieux la proportion des mouvements , non pas tant au point de vue organique qu’au point de vue final , est quelque chose de vraiment et absolument incompréhensible, QeapYixéov , mais non corporel , non autem corporale .
§ CXXXIV. La proportion du mouvement a une tendance moins organique que finale.
Or, cette proportion des mouvements existant plus directement pour un but final plutôt que pour un but simplement organique, deviendra réellement compréhensible , si l’on considère que , être mu toujours ou pendant un certain temps , avec plus ou moins d’intensité , plus vite ou plus lentement , d’une manière toujours uniforme ou saccadée et interrompue , ne dépend pas du tout d’une disposition organique quelconque , mais simplement d’une raison et d’une proportion vraiment finales ; d’une fin , dis-je , absolue et nécessaire, soit vraie et dès-lors conforme à la nature, soit fausse et par cela ayant des tendances contraires aux lois de cette nature < .
§ CXXXV. On accorde à l’âme une direction volontaire sur le
corps ; cette direction requiert la disposition des organes. —
Idée de mouvement. — Habitude.
Cette proportion finale des mouvements devient plus manifeste encore par la direction volontaire que l’on se plaît généralement à accorder à lame sur le corps ; car, d’après ce même aveu , l’on ne peut s’empêcher de reconnaître que cette direction , que cette administration , dis-je , sa célérité ou son retard dans son établissement ne dépend nullement des organes eux-mêmes , mais purement et simplement d’une ferme résolution , d’un dessein intime , d’une volonté d’accomplir ces actes de cette manière. Mais comme
1 Voy. T. VI, Sujet du doute de Leibnitz.
T. II
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le succès de cette intention , pour être effective , demande et exige de la part des parties organiques certaines conditions d’aptitude , à tel point que , lorsque des organes sont moins bien disposés , quoique rien d’essentiel ne manque à l’accomplissement de l’acte , un plus grand effort d’énergie devient indispensable , il découle naturellement de cette disposition organique , naturelle à la direction intentionnelle de l’agent , une modification nécessaire , qu’on désigne ordinairement sous le nom d’idée de mouvement, dont l’allure , si variée qu’elle soit et qu’on désigne sous le nom d’habitude, est aussi naturellement stable dans les actes éventuels, mais fréquents, que dans les actes permanents.
§ CXXXVI. Actes de sensation.
La question que je viens d’agiter ci-dessus recevra une évidence réelle , une fois qu’on sera parvenu à bien comprendre l’acte de la sensation. Je m’adresse ici aux hommes de sens et d’intelligence ; car il est certain , et personne n’ignore, que ceux dont je combats les opinions ne sont pas susceptibles de saisir toute l’importance de ces considérations.
En effet, puisque la sensibilité n’est autre chose que la réaction de mouvements subtils externes sur les mouvements, plus subtils encore , directement établis par lame dans lé but d’avoir des perceptions (je dis sur des mouvements extrêmement subtils, réellement établis et entrepris avec dessein par l’âme; ce qui constitue vraiment, comme je l’ai dit, une réaction des mouvements externes); à quoi n’eston pas en droit de s’attendre des réactions internes de ce genre 1 , des retards des simples actions et de leur efficacité pour provoquer les idées et même les intentions particulières à l’égard des proportions des motions à établir, ainsi
1 Lamartine a dit ( Cours famil. de littéral., 6e entretien) : « L'équilibre »des sensations est la santé de l’âme. » C’est en philosophe qu’il parle ici.
DU MIXTE ET DU VIVANT. 485
qu’au point de vue des habitudes, tantôt d’un usage fréquent, tantôt aussi d’une stabilité permanente et continue1 .
Celui qui ne comprend pas ces choses ne parviendra certainement jamais à la conception des choses les plus grossières * .
§ CXXXVII. Si l’on ne peut concevoir que l’âme est capable de mouvoir le corps , comment pourra-t-on comprendre que ses actions puissent être altérées par des choses corporelles ?
Or, comme , d’après ces faits , il n’est personne qui ose attribuer, à priori, une différence essentielle entre les âmes d’une même espèce , entre les âmes humaines surtout , dont il est uniquement question ici ; de même évidemment , si l’on ne peut point parvenir à comprendre , dans le vrai sens de la chose , que l’âme puisse être capable d’imprimer des mouvements , et surtout de percevoir pour le moins leurs proportions (sinon autre chose), et qu’elle ne puisse pas, par ce moyen , contracter l’habitude de cette idée d’après laquelle elle dispose même ensuite ses actes directs ; comment pourra-t-on parvenir jamais à acquérir la conception de ces opinions purement spéculatives, qui arrêtent là toutes leurs méditations à cet égard , mais qui allèguent en cette occasion un mode d’efficacité tel, que non-seulement les choses n’en sont que plus difficiles à expliquer, mais qu’encore elles deviennent tôut-à-fait impossibles et inexplicables , si l’on veut bien se donner la peine de considérer le fait d’une manière rigoureuse ?
Je veux parler ici de ces sortes d’opinions qui supposent que les actions , les inclinations ou volontés et les mœurs de l’âme raisonnable peuvent être et ont coutume d’être altérées d’une manière tout-à-fait différente par les choses corporelles, mais qui nient que cela ait lieu par le mouvement de ces choses corporelles , affirmant simplement que
1 Voy. T. VI, Sujet du 28e doute de Leibnitz.
3 Voy. T. VI , Sujet du 29e doute de Leibnitz.
OEUVRES DE STAHL
le phénomène dépend uniquement d’une raison matérielle des corps 1 .
Cependant, quoique, vu l’impossibilité d’exprimer ces opinions en des termes clairs et distincts , ces paroles n’expriment pas bien le fond de la pensée et qu’elles ne soient pas en rapport avec la force des termes , il est réel néanmoins qu’elles ne sont pas susceptibles d’une autre interprétation , en ce qu’on y regarde comme ridicule le sentiment qui fait consister ces choses dans les mouvements.
Mais cependant quels autres principes des corps pourrat-on alléguer désormais pour donner une explication satisfaisante de ces phénomènes , si on les cherche en dehors de la matière et du mouvement ?
§ CXXXVIII. Il faudra dire comment les choses corporelles peuvent agir sur l'âme.
Si l’on veut donc faire disparaître ces difficultés , il faudra nécessairement que les fauteurs de pareilles opinions s’expriment avec plus de clarté et de précision pour nous dire comment les choses corporelles agissent sur l’âme , et par quel moyen elles parviennent à ce résultat , si ce n’est par le mouvement ; ou bien , pour me servir du langage familier à ces personnes , par quelle autre modalité ces mêmes choses matérielles agissent-elles sur l’âme? Et qu’on m’apprenne sur quoi elles exercent leur action dans l’âme. Est-ce sur sa substance même? Est-ce sur son énergie ou bien sur son efficacité? Sur quelle faculté, dis-je, de l’âme ces choses corporelles agissent-elles ?
Ces manières de parler sont conformes , je pense , au langage usité par les fauteurs complaisants de ces doctrines , attendu qu’ils asservissent à ces mêmes conditions matérielles et le génie humain, c’est-à-dire l’intellect et les 'inclinations naturelles ou la volonté et les mœurs , ou bien les directions
• Voy. T. VI , Sujet du 30e et dernier doute de Leibnitz.
DU MIXTE ET DU VIVANT
motrices pour l’exécution de la volonté , et par conséquent tous les actes de l’âme.
Je parle ainsi, afin qu’ils se déterminent à se prononcer avec franchise , sans ambiguité ni détours , et pour les contraindre nécessairement à nous déclarer selon quelles lois d’ordre ils opposent ainsi des obstacles aux actions de l’âme. Je ne demanderai pas si la difficulté des termes métaphysiques compromet sérieusement , à priori ou à posteriori, la bonté de l’œuvre ; mais seulement si ces choses corporelles peuvent modifier et changer en rien l’âme ellemême , ou bien si elles peuvent détourner et affaiblir simplement son énergie en elle-même ou son efficacité, ou bien si elles s’immiscent seulement dans les effets euxmêmes, et si , enfin, par ce mélange de choses matérielles, ces effets-là perdent leur caractère de pureté.
§ CXXXIX. On accorde au corps un pouvoir sur l’âme , mais l'on refuse à l'âme toute puissance sur le corps.
Quoique , d’après l’exposé des opinions ci-dessus , il soi1 pleinêment évident que les substances matérielles ont réellement sur l’âme un droit et une puissance , tandis que , à son tour, l’âme n’aurait aucun pouvoir sur ces mêmes corps; cela ne suffit pas néanmoins, et il est indispensable nonseulement de mettre en avant , mais encore d’établir d’une manière solide une raison sur laquelle on puisse s’étayer comme moyen ou fondement pouvant servir de base à de pareilles assertions.
En effet , puisque ces théories en question répudient en quelque sorte ce puissant moyen de défense , c’est-à-dire ce précepte de l’ancienne philosophie qui enseigne qu’il n’existe aucune espèce de commerce entre le matériel et l’immatériel , il leur est absolument nécessaire de s’appuyer sur un autre principe fondamental qui puisse prouver que l’immatériel ne peut exercer aucune puissance sur le corps par le
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moyen du mouvement , mais que , au contraire , le corps jouit d'une liberté de puissance et d’action variée sur l’immatériel 1 .
Tout en laissant aux partisans de ces idées la pleine et entière jouissance de leurs droits, et bien que je ne prétende rien leur prescrire , je pense qu’ils ne manqueront pas , pour leur commodité , dans ce nouveau canon si indispensable , de faire une large mention de ces effets qui agissent d’une manière manifeste sur la vie entière , sur le mouvement du sang , sur les mouvements des parties solides , sur les variations des mouvements corporels selon certaines mesures de temps, sur l’estomac, sur la conformation d’une grande partie du corps , et même sur ces mouvements les plus énergiques ; mouvements nombreux d’ailleurs et multiples dans l’espèce , que nous appelons volontaires. Or, tous ces effets proviennent le plus souvent , par une sorte de direction déterminée, de la terreur, de la crainte, de l’anxiété , de la colère , du regret , de la joie , de l’amour, du dégoût , de la nausée , de l’imagination , et enfin du simple libre arbitre de la volonté. ,
§ CXL. Quatre arguments touchant l'impuissance de l'âme sur les choses corporelles.
L’intérêt public, la vérité et la science exigent néanmoins, dans un but d’utilité générale , que ces choses soient exposées avec clarté et lucidité , afin qu’il ne règne plus désormais d’obscurité en ces matières , et pour que l’erreur ne puisse plus se produire au grand jour. Voici donc, dans toute leur étendue et leur simplicité, ces quatre arguments, qu’on a pu voir formulés ailleurs , touchant l’impuissance de l’âme sur les choses corporelles ; les voici , dis-je , formellement exprimés.
« I. Comme tous les phénomènes vitaux s’opèrent par les
* Voy. T. VIII, Comment. XL.
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>» mouvements corporels , l’âme , en tant que puissance ,
» agissant simplement par un acte immatériel, ne peut,
» par cela même , rien sur ces mouvements. »
Il faudrait néanmoins déterminer ici, d’une manière absolue , ce qu’il y a de purement instrumental dans ces mouvements corporels , et ce qu’il y a , en outre , de vraiment efficient ; ou ce qui, pendant que ces mouvements, si variés d’ailleurs, s’exécutent avec une véritable convenance, administre l’acte de direction, ou , comme on le dit aussi , ce qui met en action.
«II. Nonobstant cela, cet agent, nanti du seul mouve- »ment immatériel, peut réagir sur les mouvements eor- » porels ; ce qui est prouvé par l’exemple des mouvements » qui suivent l’appréciation des sens ( et non leur simple «impulsion). Ces mouvements , en effet, s’exécutent, dans » leur efficacité toute physique , au moyen des organes cor- » porels , et même suivant une proportion de temps , de «degré et de finalité; et cette proportion des mouvements «sensoriaux correspond simplement, non aux objets des « sens tels qu’ils leur sont offerts en eux-mêmes , mais bien » tels qu’ils sont d’après l’appréciation actuelle.
» III. Quoique l’âme ne puisse rien sur les choses corpo- » relies (d’après le premier argument), par la raison que » sa puissance ne repose que sur des actes immatériels seu- » lement ; cependant il est évident que les choses purement » corporelles , même externes , peuvent exercer un im- « mense pouvoir sur cet agent , c’est-à-dire sur l’âme et sur » toutes ses actions même directes et propres , mais seule- »ment idéales et immatérielles.
» IV. Enfin , comme complément de ce qui vient d’être » dit dans les arguments qui précèdent , on peut poser cette » dernière argumentation entièrement décisive et concluante, « savoir : que , puisque les choses se passent réellement » ainsi , il s’ensuit très-évidemment que les actions de l’âme
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» sont entièrement différentes des mouvements des choses » corporelles. »
Or, je crois fermement que si l’ordre et la série de ces faits , si les liens étroits qui les unissent sont une fois bien connus et solidement établis; j’affirme, dis-je, en conscience, et tous les hommes prudents, habiles et sages croiront sérieusement avec moi (ce dont je suis pleinement persuadé et intimement convaincu ) , que quiconque entendrait avancer et soutenir ces assertions comme vraies et solidement établies , ne pourrait s’empêcher de les tourner en ridicule ; et je crois même que , saisi d’épouvante et de terreur, on s’attendrait à voir l’univers crouler et rentrer dans le néant ; car, si de pareilles hypothèses se réalisaient jamais, ce serait le signal de la destruction du monde et le commencement du chaos.
§ GXLI. Sur quel fondement le médecin doit s’appuyer.
Quant à moi , toujours attentif à ne pas m’éloigner du plan que je me suis tracé , ni à sortir de la sphère qui m’est propre , travaillant sans cesse à poser les solides fondements d’une vraie théorie médicale, je donne sérieusement ici pour conseil qu’à l’avenir ( suivant ce qui vient d’être dit plus haut), le médecin prenne et considère nonseulement comme le plus véritable , mais encore comme le seul vrai et l’unique fondement de son art, la réelle et profonde connaissance des sécrétions et des excrétions , ainsi que des mouvements et des organes intermédiaires et généraux , à l’aide desquels ces importantes fonctions s’exécutent ; qu’en outre de cette étude , le médecin cherche encore à savoir et à comprendre ce qu’est en elle-même la circulation universelle du sang dans tout le corps, en tant que telle. En effet, tant que la circulation de la masse sanguine est normale et régulière, elle ne devient point un objet de préoccupation pour l’art médical; mais si l’on
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parvient à constater quelque chose de fâcheux dans cette fonction (ce qui est, du reste, très-rare), lorsqu’on considère simplement l’état naturel des matières , c’est-àdire tant celui du sang que celui des vaisseaux et des voies, et que cette fonction soit lésée et ne s’accomplisse pas normalement , le médecin ne peut , en aucune manière, porter directement le moindre secours à l’acte circulatoire même ; mais il peut simplement et tout au plus corriger le vice de la matière, ou, plus fréquemment encore, il tâche (ce qui est certes bien plus difficile) de préparer à une bonne sécrétion et à une franche excrétion les parties incoercibles et corrompues de cette matière. Mais, bien certainement , si la nature n’accomplit pas elle-même , par sa singulière efficacité , ce travail vital des sécrétions et des excrétions , il est bien évident et réel que le médecin ne pourra jamais en venir directement à bout.
§ CXLII. En quoi consiste le principal devoir et l'habileté du médecin.
Tout médecin prudent et expérimenté n’a nul besoin que je lui recommande de ne pas confondre avec la circulation générale du sang , en tant que telle , toutes les différentes formes si variées et plus spéciales des mouvements des diverses humeurs du corps , tant inutiles qu’utiles parfois à ces séparations légitimes , je veux dire aux sécrétions et aux excrétions. Non-seulement il comprendra trèsbien que le devoir de son art a pour unique et véritable objet de bien connaître les nombreuses séparations ou désagrégations spéciales de chacune de ces humeurs de la masse sanguine, et l’élimination complète (de cette même masse) de toutes les substances qui lui sont étrangères ; et il saura qu’il lui importe de distinguer la véritable époque , le vrai mode de succession et les lieux convenables , ainsi que les résultats complets et les proportions réelles de tous
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ces phénomènes sécréteurs et excréteurs ; mais il comprendra aussi ce qu’il faut savoir et connaître d’une manière sûre pour exécuter en particulier tout ce qui , d’après l’expérience, est utile et nécessaire à chacun de ces actes auquel il doit porter aide et secours , et surtout ce qui est capable d’activer et de perpétuer d’une manière proportionnée ces opérations sécrétives et excrétives.
§ CXLIII. Vraie et solide théorie médicale.
Tels sont , en réalité , les seuls moyens pour parvenir à l’établissement d’une vraie et solide théorie médicale; c’està-dire , pour arriver à la perception vraie et rationnelle de tout ce qui concerne la vie, ou, en d’autres termes, de tout le phénomène vital, tel qu’il est vraiment en lui-même, considéré au point de vue de tous ses rapports et de tous ses liens de causalité , tel qu’il se présente au point de vue de son utilité toute spéciale , vraie , directe , je dirai même unique pour l’état médical. C’est la seule théorie qui puisse assurer à la science des fondements vastes et solides ; c’est elle qui inspire l’homme et peut conserver sa conscience tranquille, à l’abri de tout remords.
Quant à moi, je sais fort bien, avec la grâce de Dieu, ce que j’écris, et je fais hardiment à tous les hommes capables de raisonner le défi formel de me prouver , d’une manière sérieuse, qu’à l’égard de ces faits si simples en eux-mêmes , j’aie , en quoi que ce soit , violé les lois logiques d’une démonstration relative aux faits de la question.
§ GXLIV. Erreurs d'une autre théorie.
D’autre part, je suis toujours prêt et disposé à prouver en quelques lignes combien sont graves les erreurs que l’on commet en général à l’égard de cette grande affaire de la vie, en procédant même par antithèse {et quidem avziQeaiv ) : toutes ces opinions erronées ne sont qu’un tissu
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de choses qu’on ne doit pas dire (à&oya) , contradictoires (àvTi)iya) , inutiles ( adzxa. ), futiles (àâiaQexa), oiseuses (àovvSeTa); inconvenantes et irrationnelles (wiiurna), légères ( àavTkéyiaïct ) , blâmables ( r.apélsy'/xa ) , incompréhensibles (cfoxoroc), dont l’histoire de l’art ne fait aucune mention (IxjictïoçiiM), et qui ne sont bonnes qu’à susciter de nombreux embarras (àvxfapa.'/.xx') .
On pourrait , sans doute , s’étonner que j’aie pu rendre en si peu de mots un si grand nombre d’écarts commis au point de vue d’une chose si simple de sa propre nature et de la plus grande évidence pour toute intelligence raisonnable. Ce n’est pas que je prétende m’arroger le pouvoir d’établir l’art médical sur de pareilles bases , telles qu’il me plairait de les poser ; non , mais il est néanmoins indispensable, pour celui qui laisse volontiers les autres jouir tranquillement de leur propre bien , que ceux-ci s’abstiennent, à leur tour, de toucher aux choses qui lui appartiennent.
Je le répète donc , je suis toujours prêt et dispos à réfuter d’une manière péremptoire, en quelques lignes et sans trop de peine , ces opinions erronées ; je me sens fort d’en démontrer logiquement toute la vanité. Cependant je dirai (quoique l’on affecte de donner à ces raisonnements la forme d’antithèse) que je ne suis nullement désireux de me livrer à de pareilles occupations, attendu, d’abord, qu’avec la grâce du Ciel, j’ai bien de quoi passer mon temps ailleurs, et que , du reste , j’éprouve pour une telle entreprise un véritable dégoût et une profonde répugnance.
§ CXLV. En médecine, on ne doit pas employer des termes impropres. — Il ne faut pas intervertir l'ordre historique.
Or, ce qui met une sorte d’obstacle à toute conception vraie et à toute perception des choses, c’est l’impropriété des termes , ou cette insouciance avec laquelle on prend les
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choses dans une acception de sens large ou diffuse ; aussi pensons-nous qu’on doit la proscrire d’une manière absolue du langage de la science physique , attendu que , en tant que science , elle est entièrement destinée au développement des causes , et qu’on doit la faire disparaître de la science médicale et de l’art , en tant que l’on conçoit que cet art est dans un parfait rapport avec la saine et droite raison.
Mais comment peut-on dire que la raison soit droite et saine , tant qu’elle se livre aux égarements des conceptions perverses, inopportunes et étrangères, à l’égard des rapports des choses dont on doit traiter?
Cette impropriété des termes ne saurait convenir davantage à la simple histoire des faits , car elle contribue à bouleverser l’ordre des choses accomplies , et , en insistant sur les faits généraux , à négliger le récit des évènements spéciaux dont l’histoire doit s’occuper d’une manière toute particulière , et à faire supposer enfin qu’on puisse ou qu’on doive induire les faits spéciaux des généralités , comme s’ils en découlaient spontanément.
C’est pourquoi , de même qu’un pareil procédé serait aussi absurde pour les autres histoires qu’il l’est réellement en matière généalogique; de même aussi, comme les développements scientifiques ne sont en eux-mêmes autre chose qu’une espèce de généalogie des phénomènes, tout le monde comprendra facilement quelle folie ce serait de bouleverser l’ordre de leurs affinités , de leurs affiliations , ou même de garder quelquefois un silence obstiné sur leurs générations ou sur leurs alliances naturelles.
§ CXLVI. L'hypothèse que les battements du cœur et que la circulation du sang constituent la vie, embrasse bien des complications.
Ainsi , chacun peut aisément reconnaître dans quel dédale de distinctions vraiment nécessaires , mais fausses et' erro-
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nées, doit pousser cette manière de s’exprimer, quand on avance comme preuve démonstrative cette fameuse hypothèse, savoir : que les mouvements du cœur et la circulation générale du sang doivent être considérés comme constituant véritablement et immédiatement la vie ; parce que , à l’instant même que cette importante fonction cesse de s’accomplir , toutes les autres actions , tant sensitives que rationnelles , cessent aussitôt , d’une manière immédiate et simultanée , d’avoir lieu dans toute l’étendue du corps.
Nos jeunes logiciens, qui sont encore sur les bancs, sont en droit de répondre à de pareilles suppositions , qu’il n’y a rien de surprenant que , dès l’instant que le genre cesse d’être , toutes les espèces cessent aussi d’être avec lui ; que cependant il ne faudrait pas , pour cela , prétendre que le genre soit les espèces, et que celles-ci , au contraire, soient le genre. Qu’y aurait-il d’étonnant que, si l’on anéantit les causes éloignées , mais essentielles , l’on détruise par-là leurs effets immédiats et leur production directe , c’est-à-dire les causes plus prochaines et même très-prochaines qui en pro viennent ? Comment pourrait-il se faire , enfin , qu’en niant le ministère instrumental , on n’annulât pas pour toujours l’idée de toute perpétration possible de ses effets propres ?
Mais , en supposant ainsi une propriété d’ordre directement pour un effet spécial , il ne s’ensuivrait pas néanmoins en même temps une prérogative de dignité ou d’efficacité formelle et dernière. Car alors la circulation du sang, par cela même qu’on avance qu’elle constitue la vie , devrait aussi être appelée raison; chose, bien certainement , que nos élèves de logique sont prêts à démontrer par les mêmes arguments et au moyen d’une simple instance.
§ CXLVII. Examen de l'instance contre la corruption.
On peut ranger dans la même catégorie que cette hypothèse, cette instance contre la corruption , qu’on peut
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strictement appeler la mort, savoir : qu’un froid extrêmement intense préserve les corps de la putréfaction , quoique néanmoins ces corps soient réellement morts, et que, plongés dans l’esprit de vin ou l’alcool , ils s’y conservent aussi à l’abri de toute décomposition putride, quoique réellement privés de vie.
Mais on devrait cependant bien comprendre ici , sans le secours d’aucun guide , que , quoique dans un état ordinaire et très-naturel , il soit entièrement certain et constant que la corruption et la putréfaction sont la conséquence nécessaire de la véritable cessation des mouvements vitaux , il ne doit néanmoins, dans cette supposition énoncée ci-dessus, se manifester aucune espèce de corruption , tant extraordinaire que simplement ordinaire. Car , de même que le sujet direct de la conservation vitale se trouve placé dans cette mixtion corporelle , ainsi que dans la crase fluide ou consistante qui correspond convenablement à ses fins ; de même et pareillement , toute corruption de cette crase et dé cette mixtion , qui rend désormais le corps , d’une manière absolue et irrévocable , impropre à accomplir ses fonctions , c’est en toute vérité la mort effective du corps , de sa crase et de sa mixtion. D’où il faut conclure que le sérum excrémentitiel se trouve aussi fatalement privé de vie que l’est réellement un membre atteint de sphacèle 1 .
Cependant, comme c’est avec raison qu’on donne la préférence à cette dénomination , surtout à cause de l’usage ordinaire de son acception , plutôt qu’en vue d’une acception impropre , il en doit être de même pour cette prétendue énergie ou efficacité du froid. Car, par exemple, lorsque par l’effet d’un grand froid , une partie quelconque du corps
1 Stahl a parfaitement raison ici; car la conservation prétendue d’objets morts n'est pas applicable aux objets ou corps qui , par cela même qu’ils sont morts, ont été frappés de corruption et de putréfaction. Ces corps, conservés de quelque manière que ce soit, rentrent donc dans l’ordre des choses inorganiques, et le procédé n’est nullement applicable dans ce cas.
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se gèle et meurt , c’est-à-dire est privée du mouvement vital sans pouvoir être désormais rétablie dans son état normal , et se trouve sans retour dans une telle altération qu’il n’y a plus d’espoir de la conserver à la vie , on aurait grandement tort de dire que le froid maintient l’incorruptibilité du corps dans toute sa crase et sa mixtion. Or, telle serait la conséquence d’un pareil abus de mots et de langage , de cette espèce de catacbrèse, semblable à celle qui précède.
§ CXLVIII. La chimie et l'expérience prouvent que le commencement de la corruption est un effet du froid.
L’assertion en instance contre la corruption des corps ne saurait être démontrée en termes formels par un chimiste doué d’une raison sagace , c’est-à-dire capable de comprendre et de bien distinguer les modifications successives des substances selon leur ordre naturel et vrai ; de telle sorte qu’il puisse se poser lui-même comme ouvrier et comme opérateur habile agissant avec une droite raison. Comme tel, en effet , il doit même connaître et savoir que les causes éloignées , mais véritables néanmoins, se rapportent d’une manière aussi certaine à un effet spécial et dernier, que le genre est relatif à l’espèce , et la matière à un agrégat quelconque susceptible de recevoir une forme spécifique. En tant que homme de science et de raison , notre chimiste doit savoir aussi que toute coagulation du sang se rattache d’une manière étroite et réelle à une imminente corruption putride prompte à s’effectuer, à moins qu’on ne parvienne de bonne heure à la dissiper, en rendant au sang sa fluidité naturelle.
Aussi les femmes savent-elles par expérience que lorsque l’effet du froid est si profond et si puissant que les choses ainsi congelées ne puissent plus reprendre leur primitive et ancienne consistance , c’est là le signe le plus évident d’un commencement de corruption. Ce qui veut dire qu’une fois (\uQ\&congélation a produit son effet , dès-lors commence
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la putréfaction, dont les progrès se font remarquer par une marche aussi rapide que funeste.
§ CXLIX. La congélation ne tue pas sur-le-champ.
Néanmoins , la congélation n’enlève pas la vie d’une manière immédiate et absolue aussitôt qu’elle se déclare ; mais ce n’est seulement que lorsque., après avoir pénétré bien avant dans les tissus, elle est parvenue à déterminer la corruption de la mixtion elle-même. On a été amené à reconnaître cette vérité par l’exemple de membres gelés qui , n’étant pas encore tout-à-fait pénétrés du plus haut degré de refroidissement , ont pu être ranimés et rappelés à la vie à l’aide de moyens prudents et sages, tels que des frictions avec de la neige ou des lotions avec de l’eau extrêmement froide ; de même que l’on a éprouvé , par l’expérience , que des fruits ou des œufs non entièrement congelés peuvent revenir dans leur état primitif en les plongeant dans une eau très-froide.
Il en est de même d’un poisson quelconque, — la carpe, par exemple , — qui , exposé à un très-grand froid jusqu’à ce qu’il en soit saisi , peut être laissé dans cet état pendant quelques heures sans danger de mort; car, si on le met ensuite dans une eau moins froide que la première , dans un lieu à l’abri du froid , comme , par exemple , dans un cellier, ce poisson se désengourdira peu à peu et finira par reprendre toutes ses facultés actives et vitales, etc.
§ CL. Une très- for te congélation décompose la mixtion la plus intime.
Que si cependant des fruits sont atteints par une intense gelée , à tel point que les glaçons brillent à leur surface , ce que les Germains expriment par ces mots : Dab sie zu glase gefrohren sind, ces fruits ayant éprouvé une véritable décomposition intime dans leur mixtion , de quelque ma-
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nière qu’on parvienne à les dégeler, présentent aussitôt une consistance molle et sont dans un état de putridité bien manifeste, passant bien promptement à une putréfaction complète, que les gens du peuple désignent, pour les pommes, par le mot de morseh, et pour les poires, par celui de leig , expressions que l’on applique d’ailleurs aux parties charnues gravement contusionnées , ou plutôt à leur consistance ainsi lésée.
Si une forte gelée agit sur une mixtion, sa consistance intime en est profondément modifiée ou altérée. Ce fait est réellement incontestable , par l’exemple non- seulement des œufs qui , sous l’influence d’un froid glacial , deviennent toutà-fait liquides , à tel point qu’une fois dégelés , ils conservent désormais cette dernière consistance anormale , de telle sorte que : 1° ils n’ont plus aucune ténacité et demeurent toujours dans un état fluide ; 2° le jaune et la portion albumineuse sont mêlés et confondus, et 3° si on les expose à l’action du feu, ils ne se cuisent pas comme les autres œufs et ne se durcissent pas; mais encore ce phénomène se passe de la même manière dans le vin, la bière , le vinaigre, et même dans l’encre, ainsi que dans les couleurs par coction, les plus tendres et les plus délicates, des teinturiers.
C’est donc se fourvoyer grossièrement et se révolter contre l’évidence des expériences chimiques , que de soutenir qu’un corps exposé à un froid rigoureux et continuel soit à l’abri de se corrompre et de se putréfier.
§ CLI. Recommandation de bien et dûment apprécier les rapports tant des mouvements que des matières.
Je conclus donc , en recommandant d’observer avec une sérieuse attention et de bien apprécier les véritables rapports (non-seulement des mouvements, mais encore des matières à priori et de leurs usages à posteriori ), dépendant, je ne dis pas uniquement des succès, mais même de la nécessité et de l’exigence de tout le système; car T. II. 32
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c’est de cette manière qu’on pourra facilement voir et qu’il apparaîtra clairement, soit dans les propositions qui ont été émises , soit dans les opinions qu’on a soutenues cidessus , quelle est la chose qui se fonde et s’appuie sur un rapport solide , exact et invariable , ainsi que sur l’ordre vrai des phénomènes , ou bien encore quel est le sentiment qui , dépourvu de tout fondement , ne se présente que sous un aspect trompeur, incertain et futile,
§ CLII. Les médicaments peuvent-ils agir sur V énergie même de la nature ?
Or, ce qu’il convient principalement de faire ici , c’est d’examiner ce fait au point de vue de l’application des matières médicamenteuses à l’usage de la médecine. Est-il vrai d’abord qu’il existe de ces substances médicamenteuses et une méthode uniforme , à l’aide desquelles il soit possible , en agissant d’une manière énergique sur le sang et les humeurs vraiment utiles au corps, de satisfaire comme spontanément à toutes les autres humeurs étrangères à l’économie et à leurs effets? Et cela peut-il encore se faire aussi commodément , aussi promptement et avec autant de sécurité que si l’on ne s’occupait purement et simplement , d’une manière particulière et plus directe, que de la séparation et de l’expulsion de certaines humeurs ? Est-on sûr, enfin , d’agir indifféremment chez tous les malades avec le même avantage, sur toute sorte de tempérament, de disposition et de caractère, au point de vue des mouvements de l’esprit et du corps si étroitement liés et unis ensemble par des rapports si intimes?
§ CLIII. C’est faire violence à V autocratie de la nature; mais
tout se passe sous les directions très-spéciales qu’elle donne
aux mouvements.
En effet, bien que, parmi les médecins modernes, je sois celui qui ai insisté le plus sur la puissance autocratique
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de la nature, capable même, sans le secours de l’art, de combattre avantageusement les affections morbides ; comme néanmoins la nature ne manifeste cette énergie que dans les individus chez lesquels elle se trouve établie dans un parfait rapport avec sa manière d’être naturelle , chez lesquels il existe aussi la meilleure disposition de la part de la matière, et dont les organes jouissent d’une liberté et d’une aptitude pleine et entière ; comme , en outre , toutes les fois qu’elle accomplit ce travail avec une si grande attention et tant de régularité, la nature n’y parvient pas seulement par un simple mouvement ordinaire et général du sang , mais bien absolument à l’aide de directions toutes spéciales des mouvements vitaux , en proportion exacte avec le temps , la mesure , l’ordre et les lieux destinés à l’excrétion des matières ; d’autant plus que, pour parvenir à ces fins, la nature dispose convenablement et met en acte des organes spéciaux propres à de tels effets particuliers qui ne sauraient être naturellement accomplis par les organes plus généralement réservés aux fonctions ordinaires de la vie : pour ces motifs, on n’aurait nullement le droit de m’imputer un tort que je ne mérite pas , comme si , par exemple , j’avais supposé et soutenu qu’il suffit au médecin de veiller simplement à la provocation de cet acte général de la nature , attendu qu’il faudrait , par cela même, poser en principe que la nature ne peut employer dans ce cas que ce seul acte général (de la circulation) , mais ne met point en usage les directions particulières que peut recevoir cet acte, pas plus que les actes concomitants particulièrement proportionnés d’autres mouvements spéciaux accomplis par le moyen d’organes spéciaux aussi.
§ CLIV. Si. la nature n'employait pour cela que le mouvement du sang , le médecin pourrait dès-lors venir à son aide par l'emploi des corroborants.
En effet, ce n’est pas tant d’après cette hypothèse, mais
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bien réellement d’après l’énergie autocratique de la nature , qu’il est seulement permis de conclure raisonnablement que cet acte général peut suffire , pourvu qu’au moyen de l’art la nature puisse être directement corroborée ou fortifiée (ainsi qu’on le dit vulgairement) dans sa propre énergie ou dans sa promptitude à agir, en conservant toujours néanmoins la direction des proportions convenables et pourtant bien différente du type ordinaire de tous les jours. Mais, au contraire, ce raisonnement direct ne saurait trouver là un solide fondement , comme si , par cette raison , il suffisait d’augmenter simplement la circulation du sang en général , ou d’en activer davantage la marche progressive , puisqu’il est évident , aux yeux mêmes de la plus simple observation , que toute cette affaire repose sur la direction administrative et des organes et des mouvements progressifs spéciaux à travers ces mêmes organes tout particulièrement proportionnés aussi.
§ CLV. Celte corroboration apportée à la nature par la
médecine universelle git encore dans l’espoir du possible.
Bien que je reconnaisse et que je déclare formellement et volontiers que ce serait certainement un très-bon conseil , une sage intention de soutenir et de surexciter d’une manière directe et simple les forces de la nature ellemême , afin qu’elle pût ensuite , par ce moyen , aisément poursuivre , exécuter l’affaire universelle de la vie , et cela à l’aide soit de sa propre énergie intrinsèque , soit enfin de la juste et convenable direction de cette même énergie ; cependant je n’ai pu m’empêcher de blâmer dans le cours de cette dissertation cette autre intention , qui prétend pour voir accroître d’une manière directe et proportionnée , au moyen de l’art, l’acte général de la circulation du sang ( chose qu’il n’a jamais été ni possible , ni permis au médecin , d’accomplir d’une manière absolue , bien loin qu’il