‹ Œuvres médico-philosophiques et pratiques de G. E. Stahl... traduites et commentées (volume 3)Chapitre 48 sur 51 · AYANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AYANT-PROPOS

Sans cesse guidé par un profond sentiment de nos devoirs et par la ferme volonté de disposer convenablement de notre temps , nous avons toujours eu à cœur, dans les différents Essais que nous avons livrés à l’impression -jusqu’à ce jour , de donner aux médecins quelques avis sur l’art précieux qu’ils cultivent, et principalement sur la saine théorie de la science ; théorie conforme à la vraie et solide pratique médicale. Mais il nous est arrivé ce qui arrive habituellement en pareil cas : les uns ont loué , les autres

1 Cet opuscule est le 161» écrit que Stahl a produit de 1683 à 1707, tant sur la chimie que sur les différentes branches de l’art médical.

ont blâmé , mais tous au-delà d’une juste mesure , et nos

conseils et nos travaux.

En effet, quoique nous soyons convaincu qu’il existe dans nos divers opuscules certaines assertions auxquelles tout médecin éclairé et expérimenté doit applaudir , bien loin de les improuver et de les critiquer , attendu que ces assertions sont en elles-mêmes vraiment dignes d’éloges; cependant nous dirons qu’elles appartiennent moins à notre propre fond qu’au domaine général de la vérité, et qu’on peut les regarder comme d’indicibles bienfaits accordés par la bonté divine à la nature humaine. Aussi nous n’avons fait en tout ceci qu’essayer de les proclamer avec notre faible voix au milieu du silence du monde médical ; mais il ne nous a pas été possible d’accepter et de mettre à profit les offres et les observations qui nous ont été faites , en diverses circonstances , par des hommes habiles dont nous reconnaissons publiquement ici les louables intentions et le zèle bienveillant. Nous avons préféré, pour le moment du moins, renoncer à tout commerce littéraire, sachant trèsbien (c’est à peine si les enfants l’ignorent) que ce moyen est le suprême ressort que mettent en jeu ceux qui recherchent une éphémère et menteuse célébrité.

Certes, nous pourrions passer entièrement sous silence les critiques dirigées contre nous , en attendant avec pleine sécurité le jugement que portera sur elles et sur nos travaux une postérité plus éclairée et plus habile ; mais nous avons cru indispensable cependant de relever quelques erreurs , et de signaler certaines remarques indignes de gens bien intentionnés. En effet, quoique le nombre et la valeur des témoignages favorables que nous avons reçus de la part d’hommes habiles, nous exaltant même au-dessus de nos mérites,

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soient plus que suffisants pour paralyser toute l’importance des attaques vaines et futiles lancées contre nos écrits ; néanmoins , comme au milieu de ces censures^il pourrait rester certaines impressions qui feraient croire aux personnes peu habituées à ces matières que les dents acérées de nos adversaires ont laissé quelques traces , nous avons jugé à propos de renverser leurs assertions et de montrer , en peu de mots , que leurs morsures n’ont pu nous atteindre en quoi que ce soit.

Mais, nous le demandons, des hommes de ce genre , si peu honnêtes et si peu délicats , de tels censeurs, disonsnous , ne sont-ils pas doublement coupables d’ingratitude , lorsque , se voyant dans l’impossibilité d’attaquer nos opinions , non-seulement dans leur fond propre , mais même à leur surface , ils ne dédaignent point de se nourrir surabondamment de nos œuvres , persuadés et convaincus de leur véritable utilité?

De semblables individus, en effet, ont d’abord fort mauvaise grâce quand ils se plaignent de ne rien trouver qui satisfasse leur palais blasé , alors surtout qu’ils savourent eux-mêmes avec tant d’avidité et qu’ils offrent pour toute nourriture aux autres ces mets qu’ils affectent de déprécier? Et puis , ne sont-ils pas également coupables d’ingratitude, lorsque , rencontrant quelque chose qu’il leur est impossible de rejeter comme mauvais, ils n’hésitent pas, imitant en cela le méchant vulgaire , à calomnier la bonne foi des hommes les plus honorables ; les accusant d’avoir emprunté à des sources riches et abondantes, afin de s’attribuer à eux-mêmes la meilleure part de ces trésors , et de ne livrer aux autres, en guise d’aumône, que ce qui n’a aucune valeur et qu’on peut se procurer partout ailleurs sans

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travail et sans peine ; leur reprochant aussi d’amoindrir de cette manière la dignité des auteurs qu’ils ont copiés, et de discréditer enfin leur œuvre comme vaine et superflue.

Aussi , pour parler au propre et sans figure , nous n’avons pu , sans peine et sans éprouver une juste indignation , voir se déployer contre nous la sotte prétention d’une érudition vaine et d’un faux talent littéraire , nous accusant de feindre d’ignorer les emprunts que nous avons faits , ou , ce qui est plus méchant encore , pour affirmer que nous nous sommes rendu coupable d’un réel plagiat , que nous avons usé d’habileté et de dissimulation en nous appropriant frauduleusement ce qui ne nous appartenait point. Mais , nous le répétons , si les anciens et les modernes ont eu à cœur l’étude de beaucoup de choses semblables à celles dont nous nous occupons , c’est plutôt parce qu’elles se rencontrent partout, et s’offrent ainsi d’elles-mêmes à une attentive observation , que dans le but de les considérer et de les approfondir sous un véritable point de vue scientifique .

Pourquoi donc ne serait-il pas permis , à nous aussi bien qu’à tout autre , de les soumettre au creuset de l’expérience journalière , pour en faire sortir les principes généraux et les enseignements qu’elles renferment? Pourquoi exigeraiton que nous invoquassions le témoignage d’auteurs , en si petit nombre du reste , lorsque nous pouvons faire parler les choses et les faits eux-mêmes, ce qui vaut mieux que des témoignages étrangers ? En attendant , voici les fausses imputations qu’on ne se lasse pas de répandre contre nous dans l’ombre, avec autant de maladresse que de perfidie : lü on répète méchamment que, depuis bien long -temps, d’autres ont fait avant nous ce que nous faisons ; qu’ils ont étudié les mêmes matières sous des points de vue et des

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rapports identiques à ceux qui font le sujet de nos méditations; 2° on suppose que nous nous attribuons ainsi d’une manière tacite les œuvres de nos devanciers , que nous dépouillons de leur gloire afin d’augmenter l’éclat de la nôtre , gloire , d’ailleurs , si vaine et qui repose sur de bien fragiles fondements.

Mais si , pour arrêter une méchanceté qui , sous plusieurs rapports, est le prototype de la plus grossière ignorance, de la lâche fourberie et d’une envie aussi vaine que stérile , nous jetions un gâteau en pâture à ces détracteurs , nous serions, ce nous semble, assez payé de nos peines, pourvu qu’il nous fût possible de fermer ainsi la bouche à cet envieux dépit , et de passer, sans être incommodé par ses fastidieux aboiements : tel fut le succès d’Énée auprès du Cerbère de la Fable, lorsque le héros troyen descendit aux enfers pour contempler la gloire de ses ancêtres et les consulter sur la prospérité de ses descendants ; mais nous désirerions épargner à ces Cerbères jaloux l’ennui de paraître malgré eux à un grand jour qui leur est odieux , et d’y subir la honte qui les y atteindrait si ( pour continuer la même allusion) un nouvel Hercule venait à les y contraindre.

Or, le présent opuscule est entièrement destiné à démontrer : 1° qu’il doit être permis et libre à chacun d’exposer et de développer ce que d’autres n’ont peut-être jamais pu bien apprécier, soit qu’ils n’aient vu ces choses qu’à travers de nuageuses rêvasseries ; soit qu’ils ne les aient aperçues que de loin ; soit qu’ils aient négligé de les signaler et de les contempler d’une manière sérieuse , les regardant comme des objets étrangers à la médecine, comme étant peu agréables et stériles ; soit qu’ils ne les aient observées que

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d’une manière fugitive ; soit , enfin , qu’ils n’aient pas eu le courage d’employer ces matières , pour eux et pour les autres, d’une manière suffisamment large et étendue ;

2° Que, pour chaque auteur, c’est un droit et même un devoir de s’emparer de ces diverses matières que l’on pouvait regarder comme laissées dans un complet oubli; qu’il ne doit pas se contenter de les posséder comme un bien particulier réservé à son seul usage , mais qu’il doit les propager comme étant destinées aux besoins et à la jouissance de tous et de chacun , ce qui est évidemment le véritable usage pour lequel elles paraissent être faites ;

3° Enfin , qu’il ne faut avoir égard ni aux frivoles oppositions , ni aux indignes accusations de quelques adversaires qui , voulant tenir en servitude et en retard la propagation d’idées importantes et neuves, affirment qu’elles sont du domaine public, qu’on les trouve circulant partout , et qu’elles sont connues de tout le monde ; et cela , parce qu’elles ont été peut-être aperçues en passant par quelques individus seulement , tandis que personne ne les a comprises , tandis qu’on les a généralement dédaignées, négligées, foulées aux pieds, et qu’on ne les a jamais su utiliser, ni pour le service de tous , ni même pour l’usage de quelques-uns.

RÉCLAMATIONS

DÉFENSE ET INDICATIONS JUSTIFICATIVES

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