TOUCHANT LES ŒUVRES DE G.-E STAHL
§ Ier. Triple cause de l’abondance des livres.
Personne n’ignore quelle est aujourd’hui l’immense quantité d’écrits qui inondent de toutes parts le monde scientifique : la doctrine médicale, au point de vue tant théorique que pratique , n’a pu même se garantir contre un pareil déluge.
Les causes d’un tel abus sont faciles à découvrir ; les trois principales sont : 1° la facilité avec laquelle on a recours à la typographie ; 2° la liberté de penser, en ce qui ne regarde pas directement la religion , — quoiqu’en cela on ne se gêne pas trop pour manifester publiquement ses opinions; — 5° enfin, d’une part, le prestige de certains noms pour lesquels on a une trop grande déférence , et , d’autre part , l’attente et l’impatience démesurée , — proprement nommée curiosité, — que d’autres témoignent pour de pareils personnages et des travaux si variés.
§ II. Typographie.
11 faut reconnaître que l’imprimerie est une des plus précieuses inventions , je ne dis pas seulement pour populariser et répandre les choses utiles , mais encore pour les transmettre d’une manière indubitable et certaine ; puisqu’en effet , la postérité pourrait n’en retirer aucun avantage , si la connaissance des temps passés , et surtout celle
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des siècles les plus reculés , ne parvenait jusqu’à elle au moyen d’une si belle industrie.
Notre Germanie , par exemple , vu le grand nombre de ses typographes , a poussé la chose à tel point , que le vil prix auquel se vendent les livres est déjà une raison pour ne pas décrier tous ceux qui sont réellement inutiles; car; si l’on n’a pas un grand profit à retirer de ces livres, on ne s’est pas du moins exposé à de grandes dépenses; tandis que l’avantage que peut assurer un seul bon livre, compense suffisamment le prix qu’on a donné d’un grand nombre d’autres pleins d’inepties ridicules.
Ainsi, sous quelque point de vue que l’on considère l’imprimerie , gardons-nous bien de la condamner comme une invention dangereuse par les abus qu’on en fait.
§ III. Liberté de penser .
La liberté de penser et celle de livrer à la publicité ses propres opinions ont une raison d’être quasi identique. Peut-on nier , en effet , et n’est-il pas au contraire fort évident , que bien des choses , je ne dis pas seulement inutiles, mais surtout très-mauvaises , sont aussi livrées à l’impression et répandues dans le public ?
C’est là , du reste , un inconvénient qui devient plus tolérable , dès-lors qu’on peut aussi penser librement dans un tout autre sens , de manière à dévoiler par des raisonnements contraires toute la turpitude et la vanité des opinions nuisibles, et à porter des jugements plus rationnels et plus sains sur les mêmes sujets.
§ IV . Il est difficile de mettre des entraves à la liberté de. penser et d’écrire: des mesures cohibitives seraient d’ailleurs ici sans utilité.
Quoique l’on soit généralement persuadé qu’il serait bien plus avantageux de ne point tolérer les choses inutiles,
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ineptes, oiseuses, suspectes ou évidemment pernicieuses , et de les étouffer , pour ainsi dire , à leur berceau ; néanmoins , un examen un peu attentif nous montre clairement qu’une telle pensée ne serait pas raisonnable du tout, et que son exécution rencontrerait de très-grandes difficultés.
Et, d’abord, sérieusement parlant, qui est-ce qui aurait le droit de juger de la valeur réelle des écrits , et de déterminer s’ils méritent , ou non , d’être livrés à la publicité ?
En second lieu , autant d’hommes autant de goûts différents, et, à cause même de la variété des études particulières , les sujets que l’on traite , à moins qu’ils ne heurtent de front les bonnes mœurs , peuvent paraître aux uns mal fondés et d’une futilité flagrante, tandis que d’autres ne les croient pas indignes du grand jour et du bon accueil des lecteurs. Ajoutez à cela, qu’à cause de la diversité des caractères, les esprits naturellement méchants , frivoles, insouciants et ineptes, trouveraient toujours de quoi satisfaire leurs goûts dépravés et leur mauvaise nature , lors même qu’ils seraient privés de nouveautés ; tandis que d’autres esprits plus solides et de meilleure trempe , véritablement occupés de leur objet, bien loin de se laisser séduire par des exemples aussi scandaleux , savent au contraire en tirer avantage , pour tenir en éveil , exciter et exercer une excellente nature, afin de soumettre plus aisément à un libre examen et à une sévère discussion ces doctrines erronées et mal comprises.
§ Y. Bâillonner la liberté de penser , c’est violer l’égalité du droit et fouler aux pieds la justice.
Pour ce qui est de la liberté de penser et d’écrire considérée en elle-même , puisqu’on ne peut raisonnablement exercer une juste répression .contre elle , il me paraît peu équitable de montrer une si grande sévérité envers quelques personnes, surtout envers les esprits superficiels et
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médiocres , par exemple ; tandis qu’on ne veut ou qu’on ne peut pas comprimer la liberté de ceux qui se distinguent par un plus grand mérite.
Nous avons une preuve bien saillante de ce fait , dans certains écrits publiés depuis deux siècles , et ayant tous pour titre : Défense de la vérité religieuse.. En effet, tandis que les uns préféraient demeurer dans une croyance calme , modeste et sans bruit , persuadés que les vérités religieuses sont trop claires d’elles-mêmes pour avoir besoin d’appeler l’éloquence à leur secours ; les autres , entraînés par une opinion contraire , ne cessaient de publier à ce sujet des ouvrages fastidieux et de se livrer à des explications ‘qu’on avait cent fois répétées.
Or, ceux qui ne peuvent souffrir aucune défense ni aucune censure en pareille matière , profitent de ces circonstances pour inspirer des doutes aux personnes peu instruites , mais justes et sans prévention , en leur disant que la cause religieuse a sans cesse besoin des appuis de l’éloquence; ils s’efforcent en même temps d’agir auprès des personnes plus expérimentées, en discréditant la science et les mœurs de ceux qui prennent intempestivement la plume en sa faveur.
C’est pourquoi , puisqu’on ne peut pas ou qu’on ne veut pas réprimer certains écrivains , il me semble que l’on ne saurait , sans violer l’égalité du droit et fouler aux pieds la justice, persécuter et tourmenter ceux qui se trouvent dans la même catégorie, en invoquant contre eux tantôt l’autorité des lois , tantôt celle des mœurs.
Je laisse donc chacun libre d’examiner mûrement la question , et de juger s’il est réellement équitable de supprimer et de réprimer indifféremment tout ce qui n’a point un caractère subversif , au point de vue de la morale publique et des lois sociales, et ce qui ne s'élève pas directement et ostensiblement contre la bonne police des eités.
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§ VI. Les bons ouvrages devraient être préférés aux frivoles et absurdes productions.
Il serait donc plus sage et plus raisonnable, en pareil cas, que l’on prît en sérieuse considération (si toutefois il est permis d’espérer une saine appréciation ) les meilleurs ouvrages, et que ceux qui sont le plus convenablement écrits fussent mis au jour, soutenus et propagés par les soins de l’autorité, qui userait de tous les moyens possibles pour assurer leur succès, afin de faire tomber dans un juste discrédit les productions ridicules et sans but louable.
Mais il nous semble, à posteriori, et d’après l’expérience, que ce projet ne saurait avoir un résultat satisfaisant , vu que nos espérances seraient évidemment déçues , et que , à priori, ce serait là aussi un vœu défectueux et inique , attendu qu’il serait peu raisonnable et injuste même d’espérer ou de mendier, pour le triomphe de la vérité , des secours intempestifs et étrangers.
§ VII. On doit les livrer à leur destinée.
Mais c’est là un soin dont se charge la Providence , qui ne manque jamais d’agir dans ce sens , au moment opportun , pour réaliser le triomphe de la vérité ; il lui suffit de fournir un petit nombre d’exemples , en suscitant, quand l’heure décisive a sonné , quelques hommes qui servent d’instrument à son œuvre , et qui ont assez de force et de volonté pour se dévouer tout entiers à la lutte. 11 résulte de là, qu’il est très -convenable de consentir de bonne grâce, comme l’on y est contraint par la nécessité, à abandonner à leur heureuse destinée l’appréciation et le sort ultérieur des bonnes choses , qui ne manqueront pas , bien certainement en leur temps, de couronner d’une auréole de lumière
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ce qui est vrai, ce qui est d’une réalité positive, ce qui, à cause de son utilité , a déjanté consacré par des éloges mérités.
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S VIII II existe une multitude d’ouvrages sur ta science, médicale/
Ce que je viens de dire jusqu’ici peut s’appliquer à tous les livres; l’on voit, en effet, de nombreux écrits çle cette espèce parmi ceux qui traitent de dmtrim médicale et qui s’occupent de l’art médical , ainsi que de tout ce qui s’^ rattache par son sujet et son objet. Que si l’qn prétendait faire le dénombrement des auteurs , et surtout des ouvrages de ce genre , , depuis que l’imprimerie en a rendu l’usage plus familier, on en trouverait des masses incroyables, fabuleuses. no ; aîvii/a Jao alTop aboiU
. Mais si l’on veut se donner la peine d’apprécier , eCsi l’on a patience de juger pourquoi et comment ces ouvrages ont été écrits ; si l’on examine le ur substance , et que l’on considère ce qu’il y. a de plus saillant dans leur forme, on reconnaîtra aisément que les auteurs de ces livres ont presque partout et toujours traité les mêmes sujets, les mêmes questions , et à peu près de la même manière.
§ IX. La plupart des auteurs n’ont écrit que pour le vain plaisir d’écrire.
C’est donc avec raison que l’on se demande à quoi bon produire tant de fois et avec tant de profusion toujours les mêmes choses , ou , comme dit Térence , pourquoi perdre ainsi son temps à agir simplement pour agir. Que peuvent nous dire, que peuvent nous apprendre de tels auteurs? Certes, c’est à ceux que cette question intéresse de nous en donner la solution.
Vous en trouverez qui répondront , aussitôt, que de telles œuvres ont eu et ont encore pour base une méthode plus facile de développement et de démonstration ; mais comment peut-il se faire alors que tant d’hommes savants , que
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tant de docteurs versés dans l’art d’enseigner n’aient jamais été assez heureux ni assez habiles, après tant d’essais de ce genre et après tant de siècles , pour former une doctrine solide et inattaquable , pour trouver enfin et pour indiquer les véritables lois, lès trais principes de l’art d’enseigner et de démontrer là science dans toute sa vérité?
Et pourtant cela n’est que trop vrai : les écrivains et les docteurs les plus éclairés parmi les anciens , et parmi les modernes surtout, nous ont suffisamment démontré et prouvé la vanité des prétentions de ces auteurs , qui n’ont jamais pu atteindre ce résultat. Mais on ne voudra jamais convenir que le vice radical de ces travaux tienne uniquement à la méthode qu’ils ont suivie ; on aimera mieux dire que cela dépend de la nature même des choses dont ces auteurs se sont occupés , et qui ont besoin d’être examinées sous des aspects et des modes très-divers ; on accusera surtout la faiblesse naturelle de l’esprit humain en face des difficultés médicales.
§ X. La médecine est-elle une science aussi incertaine qu’on le dit ?
Une telle assertion a donné lieu à cette question aussi perplexe qu’importante et sérieuse , savoir : Comment se fait-il que , après tant de siècles et tant d’ expériences , après un si grand nombre d’essais ou plutôt de déductions aussi hardies qu’étendues, après une si immense quantité de systèmes reposant sur de semblables fondements et exposés dans tant de livres; comment se fait-il que, malgré leur grande multiplicité et l’esprit si différent de ces productions, l’on ne soit point encore parvenu à constituer une doctrine assez nourrie , assez solide pour qu’un esprit raisonnable puisse lui donner son adhésion avec une conviction ferme et entière ? Devons-nous conclure de ce fait à l’incertitude absolue de l’art médical 1 ?
1 Risuefio d'Amador [De la certitude en médecine) a hardiment traité aette question. — Voy. T. VIII, Comment. XL1I
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§ XI. Cette incertitude s’accroît par la multitude des opinions contradictoires.
A cela je réponds que, si l’incertitude en médecine n’a pu, jusqu’à ce jour, être emportée par le torrent des années, il ne faut pas croire que nous soyons plus heureux? maintenant, puisque, au contraire, le nombre des systèüies opposés n’a pas cessé d’augmenter dans ces derniers temps.
Aussi, qu’arrive-t-il dans l’exercice journalier d’un art qui repose sur des fondements si incertains ? Pourra-t-on jamais raisonnablement mener à un heureux et légitime résultat ce dont on ignore les principes , ce qu’on ne comprend nullement? Pourra-t-on prodiguer des soins intelligents aux malheureux malades, et de quel droit osera-t-on réclamer des honoraires considérables au milieu des incertitudes de l’art, qu’on ne saurait dissimuler? En effet, que dix médecins soient consultés séparément : non-seulement ils émettront des opinions diamétralement opposées, ils combattront et condamneront , chacun en particulier, les sentiments et les actes des autres ; mais encore , passant de la théorie à la pratique , chacun tiendra une ligne de conduite particulière : je dirai plus, les traitements adoptés par eux ne seront pas seulement différents , ils seront même le plus souvent opposés.
§ XII. Motifs qui pourraient faire renoncer un esprit sincère à la pratique de l’art médical.
Les personnes vraiment douées d’un jugement sain apprécieront , sans effort , combien cet état regrettable de notre art peut être nuisible et doit produire une impression fâcheuse sur l’esprit de tous les médecins, soit que, se bornant à vivre au jour le jour, ils agissent d’une manière irréfléchie et téméraire , soit que , prenant au sérieux leur
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profession , ils aiment l’étude et s’acquittent consciencieusement de tous leurs devoirs.
S’il était absolument vrai que la médecine fût une science tout-à-fait incertaine , s’il ne pouvait en être autrement , il serait certainement préférable de ne plus exercer cet art , ou , pour le moins , de renoncer entièrement à des spéculations aussi vaines que stériles, qui n’ont jamais pour résultat rien de bon et d’avantageux. Mais si l’on prouve, au contraire , que l’art médical est susceptible d’atteindre un but utile et vrai à l’aide de la pure et simple expérience , il est de la plus grande nécessité de s’occuper de celle-ci avec le plus grand soin , avec toute la prudence , toute la vigilance et la circonspection possibles.
Quel est l’homme qui, le premier, voudra se hasarder à donner un semblable conseil? Et qui pourra-t-on espérer de convaincre, alors que, de nos jours, par une singulière bizarrerie , par un étrange caprice , on voit de toutes parts les médecins prendre , en toute hâte , le titre de docteur, s’emparer de la considération et du crédit inhérents à ce titre , exercer même leur profession sans chercher à approfondir l’art et la science , et s’occuper enfin de leurs intérêts personnels plutôt que de veiller avec probité au salut de leurs semblables , avant d’avoir pu ou même voulu employer les moyens légitimes pour parvenir à la connaissance de la médecine?
§ XIII. Inutilité de toutes ces plaintes.
Nous bornerons là toutes nos plaintes à ce sujet , quelque légitimes qu’elles soient, puisqu’il est suffisamment avéré qu’à l’aide de semblables moyens on n’obtient jamais rien , pas même ce qu’on pourrait et ce qu’on serait en droit d’en attendre ; et cependant , en présence d’une conduite si peu digne , à la vue de si notables abus et de défectuosités si
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préjudiciables tant à l’art qu’aux malades et à toute l’espèce humaine , il serait vivement à désirer que l’on pût enfin se résoudre à chercher et à employer de la manière la plus stricte , la plus rigoureuse et la plus intelligente , des moyens convenables pour procéder à l’étude de la médecine, de manière à rendre l’art et la science plus honorables. Nous n’insisterons pas davantage sur ce sujet, attendu que nous ne connaissons pas les véritables obstacles qui s’opposent à une réforme utile, et que nous sommes loin d’espérer quelque succès de l’avertissement public que nous venons de donner. Nous pensons qu’il est plus à propos d’exposer ici notre sentiment et le résultat de nos travaux à cet égard.
§ XIV. L’art médical peut être embrassé par une méthode vraie.
Personne n’ignore combien nous sommes convaincu de la possibilité de faire reposer la médecine sur une méthode vraie , de sorte qu’elle puisse être facilement conçue sans fard et sans erreur par tout homme qui saura en lire et en comprendre le simple exposé : à cet égard , notre conviction est certes bien mieux fondée que celle des hommes qui, entraînés par d’injustes préventions , n’ont pas craint d’affirmer qu’on ne saurait faire reposer l’art médical sur aucune théorie évidente et certaine . Notre assertion entière s’appuie principalement sur la démonstration du caractère réel de la théorie médicale; et cette démonstration , nous l’établissons, du mieux qu’il nous est possible, sur la distinction de la vraie théorie médicale d’avec la contemplation plus éloignée de la pure physique , science tout-à-fait étrangère et opposée à la médecine.
§ XV . La base de la théorie médicale repose sur la distinction du mixte et du vivant.
Nous nous efforçons de procéder à cette étude avec le soin et l’attention que nous avons l’habitude de donner à toutes
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les autres matières qui regardent notre art. Le document le plus important , qui doit servir de base à notre doctrine , c’est la distinction que nous établissons entre le simple mixte et le vmmidàns le corps humain.
Bien que l’on pût, sous ces deux aspects, nettement observer et étudier le corps humain au point de vue de l’anthropologie physique, au domaine dé laquelle cette double considération appartient aussi ; nous tenons, néanmoins , à donner à cette contemplation un caractère médical , et à diriger notre attention (sinon exclusivement et uniquement, du moins d’une manière complète , minutieuse et approfondie) vers l’appréciation de lois en vertu desquelles le corps est appelé vivant et est réellement tel , c’est-à-dire vers la connaissance de ce qui, dans le corps , est appelé Vie , et des divers points de vue sous lesquels on peut parler de la vie telle qu’elle est dans un corps vivant.
§ XVI. De cette distinction. $e déduit la doctrine vitale, et comte*
quemment celle de l’étiologie 'pathologique et thérapeutique.
Or, puisque, dans l’étude que nous faisons du corps vivant et des véritables lois organiques qui président à la vie , nous posons pour tout fondement radical de la théorie et de la pratique vraiment dogmatique ou rationnelle , des principes en parfaite harmonie avec la vraie et réelle théorie médicale ; il nous paraît indispensable, nous dirons même obligatoire, d’établir et d’exposer avec soin et détail la doctrine de la vie dans toute sa grandeur et toute sa vérité , sans omettre une seule des causes et un seul des phénomènes qui s’y rattachent. C’est en nous appuyant sur toutes les circonstances, sur tous les rapports de la constitution entière de cette vie, que nous devons procéder à l’étude et à la démonstration des faits pathologiques et thérapeutiques au point de vue de l’étiologie ; c’est-à-dire que nous devons
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examiner attentivement quelles sont les évolutions , quels sont les troubles et les défectuosités des mouvements vitaux qui surviennent dans chacune des espèces morbides. Nous devons constater jusqu’à quel point ces mouvements pathologiques s’éloignent de la véritable mesure ou proportion normale des actes vitaux , comment ils en diffèrent , en quoi consiste cette différence bien constatée , et jusqu’à quel point ils doivent être ramenés et rétablis dans leur harmonie primitive; enfin, nous devons considérer comment, sans aucun secours étranger , il peut se faire que , sous la seule influence de X autocratie spontanée d’une direction vitale, ainsi qu’on le voit tous les jours , toutes sortes de maladies se guérissent spontanément par les seules actions vitales , dirigées dans une proportion toute particulière ; comment il peut se faire aussi que le corps se rétablisse et soit enfin rendu à son état normal et primitif.
C’est alors que nous faisons l’exposé simple et vrai d’une thérapeutique méthodique et médicatrice ; c’est alors que nous indiquons clairement comment le médecin peut et doit même seconder puissamment les opérations vitales ainsi que leur constitution spéciale individuelle, et cela en se conformant aux indications et aux instincts de la nature, en lui prêtant enfin , d’une main secourable , une prompte , active et intelligente coopération.
§ XVII. Ces assertions et ces enseignements ont été mal accueillis.
Or, pendant que , depuis quelques années , nous nous occupions sérieusement de cette doctrine médicale, nonseulement dans le but d’une utilité personnelle , mais encore dans l’intention de la faire servir à l’utilité publique , et que nous travaillions , par des publications partielles , à la propager, suivant nos espérances , dans la plus saine partie du monde médical ; voilà que nous avons découvert dernière-
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ment un stratagème singulier, à l’aide duquel on cherchait non-seulement à jeter du discrédit sur nos propositions et nos opinions, mais on allait même jusqu’à les incriminer gravement, en leur prêtant un caractère dangereux et les attaquant sur un point ou nous avons la conscience intime d’être entièrement inattaquable et à l’abri de tout soupçon. Nous avons , du reste , la certitude qu’il nous serait trèsfacile, par l’évidence même des faits, d’écarter et d’anéantir à cet égard toute espèce d’allégation dont on pourrait se servir pour tirer une interprétation malveillante contre nous.
§ XVIII. Il existe deux classes d’hommes : l'une vouée à l’ineptie et l’autre à l’iniquité.
D’après une observation faite déjà depuis long-temps par les hommes les plus éminents , il existe deux classes bien connues d’individus, dont les uns voués à Y ineptie et les autres à Y iniquité suivent invariablement l’étroit sentier de l’erreur et de la calomnie.
Les premiers passent leur temps à vouloir concilier et mettre d’accord sur un seul et même fait les opinions les plus dissidentes et les plus contradictoires, voire même les plus discordantes et les plus disparates. Or, ce qui, entre autres absurdités, met le comble à la vanité de ces hommes, c’est qu’ils font une dépense énorme de peines et de labeurs pour fondre ensemble des opinions qui , soumises à un examen régulier, seraient toutes regardées comme également controuvées et dépouillées de tout caractère de vérité, ce qui rend inutile et frivole tout le travail qu’on a le tort de leur consacrer.
Les seconds d’entre ces hommes , faisant une ridicule ostentation d’une vaste érudition littéraire , se livrent avec un prodigieux entraînement à leurs recherches , et sont décidés à accabler indistinctement tous les auteurs sous les
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traits piquants de leur maligne plaisanterie, en répétant sans cesse à propos de tout ce qui paraît : « On ne peut rien » dire aujourd'hui qui riait été déjà dit depuis long-temps; » on ne saurait rien imaginer qui n'ait été déjà connu. »
On pourrait certainement abandonner à leur propre sort de pareilles affirmations , s’il était possible de les mettre au même rang que les assertions des gens de la classe inepte et de se contenter de les taxer d 'oiseuses et de vaines ; mais il ne saurait en être ainsi , attendu que ces dernières renferment évidemment en soi quelque chose d 'odieux et d’inique. Il est donc aussi convenable que juste, en cette occasion, de démasquer ces honteuses machinations, afin d’éviter que , du milieu de ces ténèbres , les dards acérés des méchants puissent jamais nous atteindre.
§ XIX. Il est injuste de s’ approprier ou d’attribuer à autrui les productions de certains auteurs.
Il serait certes bien peu digne d’un homme savant et honnête de s’emparer (en dissimulant et en supprimant à dessein les noms des auteurs véritables pour y substituer le sien ) d’une production quelconque qui nous aurait été transmise par nos devanciers , et de se l’approprier en la publiant comme une nouveauté : ce serait vouloir renouveler l’ancienne fable de la Corneille d’Ésope. Mais on ne doit pas moins flétrir la conduite vile et déshonorante de ceux qui, quels qu’ils soient, accusent à tort les autres de s’être rendus coupables de ces honteux plagiats, et qui lancent méchamment contre eux les traits empoisonnés de cette odieuse calomnie. Je ne me livrerai à aucune réflexion à ce sujet; je me contenterai seulement d’établir la ligne de conduite que je dois suivre , et de bien déterminer la loi invariable selon laquelle ces sortes de questions doivent être appréciées et jugées , aussi bien que tout ce qui a un rapport naturel et légitime avec elles.
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§ XX. Triple point de vues sous lequel on peut considérer et apprécier ces questions .
Or, pour éviter toute espèce de confusion et pour apprécier convenablement s’il s’agit d’une chose ancienne ou moderne, si elle appartient en propre à tel auteur ou si elle lui est étrangère, il faut 1° prendre en sérieuse considération le véritable sens des propositions en elles-mêmes , puis examiner si elles ont entre elles quelques traits de similitude et jusqu’à quel point on pourrait constater le fait.
2° Il ne faut pas craindre de rendre hautement justice à l’habileté et à la sagacité des hommes de pratique , d'étude , d’investigation , quand elle est bien connue ; et , au lieu de crier tout de suite au plagiat ou d’en insinuer le soupçon , l’on doit reconnaître que les mêmes faits peuvent se présenter, ou se présentent nécessairement , à l’observation de plusieurs personnes appliquant leur intelligence à la contemplation d’une seule et même chose; de telle sorte que plusieurs auteurs peuvent très-bien observer un même fait , et chacun d’eux pourrait naturellement en accuser directement un autre de lui avoir dérobé sa propriété , de même que plusieurs d’entre eux pourraient formuler cette accusation contre un seul. Cela doit se présenter d’autant plus aisément que la chose dont il est' question est plus fréquente, plus familière , plus journalière ", et qu’on ne peut senipèchér de la voir, de l’observer à ‘ chaque instant malgré soi.
3° Enfin , il faut prendre en considération Ywsàge réel , les applications des choses : je veux dire l’usage des observations que l’on fait et des phénomènes que l’on constate , quelle qu’en soit l’origine.
Tant s’en faut, en effet, que, sous ce dernier point de vue , l’on doive accorder une véritable gloire à de simples historiens ou narrateurs de faits quelconques, s ils n ont
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pas su en faire un usage convenable , soit en concevant et en proposant de nouvelles applications , soit en les exécutant et les faisant tourner au profit des autres. Si de pareils hommes ont la sottise de célébrer bien haut leur triomphe , à cause des observations fécondes qu’ils ont rencontrées par hasard , sans rien y voir, sans y rien faire et sans en rien tirer de nouveau et d’utile , il faut les renvoyer au Coq de la fable , trouvant dans le fumier une pierre précieuse dont ni lui ni les siens ne connaissaient l’usage réel, et leur rappeler la belle maxime de l’orateur romain : « Nisi utile est quod facimus, stulta est gloria. » (Cic.)!
Tout est vain ici-bas, fortune, gloire , honneurs,
Si l’utile n’est pas le fruit de nos labeurs !
§ XXI. Curiosité qui se plaît dans les recherches et les inventions.
Ce n’est certes pas sans raison que nous portons notre attention vers cette curiosité frivole des temps modernes , qui se complaît tant dans de nombreuses recherches , et vers ces prétendues inventions dont elle s’arroge la gloire , je ne sais à quel titre.
Nous citerons, à ce propos, la sage observation de Sénèque, en parlant du consulat de Cicéron : « Ce n’est pas » sans motif, mais c’est sans but atteint que ce consulat a été » glorifié. » Le philosophe ne révoque pas en doute le grand avantage que Rome avait retiré de la savante habileté et de l’activité de l’orateur le plus éloquent et le plus populaire , ainsi que de sa sollicitude pour faire comprendre combien la République avait à craindre pour elle-même et devait se tenir en garde contre les pièges de Catilina , dont le consul dévoilait ouvertement les criminelles intrigues , en révélant son infernale conspiration ; mais , en tenant un pareil langage , Sénèque avait bien raison de faire ressortir ironiquement l’impuissance de l’homme , qui ne pouvait en
ETC
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aucune façon s’octroyer le droit de s’arroger à lui seul, comme un bien propre , cette heureuse découverte et ses conséquences, de manière à se faire la réputation d’un citoyen éminemment habile , et de mettre le peuple et sa patrie dans l’obligation de lui vouer une reconnaissance éternelle.
Si nous pensons que Sénèque n’a pas eu tort de s’exprimer ainsi dans cette circonstance, que ne pourrions-nous pas dire de ceux qui , regardant l’univers entier comme affranchi de tous ses maux , par leurs frivoles découvertes , auraient l’impudence d’exiger qu’on reconnût comme leur tributaire , quiconque oserait faire l’application et tirer un sage parti de ces choses , qu’ils prétendent leur appartenir en propre.
§ XXII. Interprétation des mots : invention , découverte , périr, perdre, trouver , inventer.
Arrêtons-nous d’abord sur une explication demi-sérieuse , demi-plaisante des mots invention, découverte, parfaitement en rapport avec la destinée ordinaire des choses inventées, Personne n’ignore le vrai sens que les Latins attachaient au mot perire (périr), soit dans son acception simple , soit dans son analogie avec tw perdere ou amittere (perdre). Le mot reperire (trouver) semble faire allusion à cette idée, comme si l’on disait rappeler ou rendre à la vie ce qui a déjà péri. Le mot invenire (inventer, trouver) a la même signification que les mots allemands darüberoder über etwas kommen, c’est-à-dire , survenir ou intervenir en quelque chose de fortuit, comme venir, arriver , tomber vers ou sur quelque chose déjà réellement existant ; tandis que reperire (trouver, découvrir) paraît signifier que l’on acquiert, que l’on recouvre une chose qui a pu sembler avoir réellement péri.
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§ XXIII. Application aux observations des modernes.
Le mot invention convient , on ne peut mieux , dans sa véritable acception de trouvaille fortuite, au plus grand nombre des observations des médecins modernes , puisque la plupart d’entre elles ne sont pour l’esprit rien moins que l’objet réel de sa pensée; de sorte qu’il est aussi raisonnable de dire que c’est plutôt pctr hasard que ces inventeurs et ces spéculateurs sont tombés sur ces observations , qu’il serait faux de prétendre qu’ils les ont cherchées et découvertes avec préméditation , et qu’au moyen de quelque expérimentation méditée , bien combinée , ils les ont trouvées ou inventées. Il y a plus : "bien que , au moment où ils se sont présentés à l’esprit , les faits découverts aient réellement fixé l’attention, s’ils ne deviennent point par la suite l’objet spécial d’une application utile, d’un véritable usage, ou qu’ils soient défigurés par de fausses et vicieuses interprétations, on peut très-bien soutenir que ce sont là des observations inutiles , nulles et perdues à tout jamais , c’est-à-dire , de nouveau rentrées dans le néant et vouées à l’oubli.
§ XXIV. La découverte d’une chose bonne et utile dont l’étude est négligée par les autres , ne doit pas être regardée comme une invention.
S’il est vrai que l’on ne doive avoir aucune reconnaissance envers quiconque découvre par hasard une chose bonne et utile en soi , lorsqu’il ne sait pas en tirer un parti avantageux, surtout lorsqu’il n’en fait qu’un mauvais usage et qu’il en altère ou en détruit l’importance réelle, l’utilité vraie ; l’on doit , au contraire , honorer beaucoup l’homme qui découvre et met en toute évidence tant le vrai caractère naturel que l’efficacité et l’utilité réelle d’une chose. On ne doit donc point établir de comparaison entre le simple aperçu
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d’un fait considéré en lui-même et la démonstration de ce fait avec ses conséquences ; pas plus qu’il ne convient d’accorder à la découverte d’une chose une aussi grande importance qu’à son étude réfléchie , et de classer au même rang ces deux opérations de l’esprit sous le nom générique d 'invention.
§ XXY. Une découverte doit plutôt être jugée et appréciée d’après sa dignité et son utilité.
De plus , ce qui peut aisément et solidement justifier un auteur aux yeux des hommes bien pensants et sérieux; ce qui doit éloigner de lui tout soupçon, toute attaque calomnieuse, c’est l’emploi d’une méthode déductive, nonseulement guidée par une attentive et sage application de l’esprit, mais encore basée en tous points sur un jugement sain , une juste appréciation des faits , à l’aide de laquelle on saisit le caractère réel et le véritable usage d’un grand nombre d’entre eux , de manière à les affranchir, à les faire sortir de l’obscurité du chaos , en les dégageant de la confusion des opinions les plus variées et les plus divergentes , et en les replaçant sous leur véritable jour. Celui-là doit espérer de la bienveillance pour son œuvre , qui , poursuivant cette marche en s’appuyant sur des raisonnements déductifs, et s’emparant d’une infinité de choses jusqu’alors inconnues, inaperçues et niées même par bien des gens, non-seulement en affirme la vérité , mais encore en fournit une démonstration aussi évidente que naturelle ; et qui , sans avoir besoin de rien imaginer, procédant par voie de comparaison , et s’étayant sur une argumentation exacte , rigoureuse et judicieuse, suivant la nécessité du sujet, arrive à des conclusions fermes et solides , établit le mutuel rapport ainsi que la constante harmonie de ces mêmes choses , et en tire des applications utiles et pour soi et pour toute l’humanité. Certes, une telle œuvre n’a nul besoin
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d’éloges , attendu que cela ne pourrait en rien rehausser sa véritable utilité, et il serait injuste de la déshonorer et de la ternir par des calomnies , alors cju’on est incapable de rien ajouter à sa dignité réelle.
§ XXVI. Tout dogme destiné à être transmis à la postérité doit être sérieusement étudié.
Lorsqu’on entreprend d’enseigner et de transmettre à la postérité des vérités dogmatiques, inattaquables et aussi utiles qu’indispensables à l’usage public , il convient , il est même absolument nécessaire , si on a résolu d’en faire une étude sérieuse , de poursuivre son projet avec assurance et dignité, ou du moins d’avoir l’intention arrêtée d’en agir ainsi , et que ce soit là l’unique objet de sa pensée. Il faut surtout bien se garder, en pareil cas, de mêler, d’une manière inconvenante et toute fortuite, à de frivoles récits, l’unique importance que peut avoir un fait ; de peur que , prenant le change , l’on ne soit entraîné à étudier un autre sujet que celui qui s’est présenté à l’intelligence , et que , soit par impossible ou , ce qui serait le comble du malheur, par une coupable négligence , ne dirigeant pas ses recherches vers le côté vraiment utile de cette étude , l’on n’en saisît pas convenablement tous les avantages réels.
§ XXVII. En agir autrement serait chose inutile et complètement ridicule.
Or, si pareille chose arrive ou qu’elle se soit parfois présentée à l’esprit d’une manière vague , sous une apparence fugitive et confuse , et qu’on donne à entendre en passant , dans une annotation , qu’une idée semblable a été produite par un auteur ; si néanmoins tous les autres traités de ce même auteur sont étrangers à un pareil sujet ; s’ils ne sont qu’un jeu de son imagination, et qu’en demeurant
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toujours éloignés de ce sujet , ils ne soient qu’une reproduction systématique des anciennes doctrines, sans avoir subi la moindre élaboration ; je le demande , qui osera assigner ou attribuer à un pareil auteur le mérite que semblaient vouloir lui donner ces citations? Prétendra-t-on qu’il ait fait quelque part mention de ces faits , ou qu’il ait eu même l’intention d’en parler? En agir ainsi, n’est-ce pas ressembler en tous points à un ravaudeur d’un mauvais babit d’arlequin , alors surtout qu’on s’avise de faire parade de pareilles citations et de produire au grand jour des idées contre lesquelles viennent follement se heurter, au milieu de leurs élucubrations , un , deux , trois , quatre et même cinq individus ? Parmi ces derniers , il n’en est pas même un seul qui daigne convenablement étudier une seule de ces idées systématiques ; au contraire , ils restent toujours plus attachés que jamais à leurs propres opinions, complètement étrangères et contraires à celles vers lesquelles ils se laissent entraîner.
Mais s’il arrive que des faits , nombreux même , reçoivent plus tard une réelle sanction , et que non -seulement la nature de chacun d’eux , mais encore leur usage particulier, auquel on ne croit pas , ainsi que leur rapport mutuel et réciproque , soient parfaitement démontrés par quelqu’un ; alors , non-seulement ces individus s’empressent inutilement de se mettre à l’œuvre , afin de glaner çà et là et de saisir quelques idées déjà émises par d’autres auteurs à ce sujet , mais encore ils font tous leurs efforts pour en imputer le mérite à l’auteur de quelque grand et fameux système , comme si ce génie novateur avait eu l’intention de s’affubler du rebut des haillons d’idées qui lui sont absolument contraires , ainsi que le font ces oisifs qui ne dédaignent pas de prendre pari à des recherches aussi frivoles que mal intentionnées.
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§ XXVIII. Avant de se plaindre que quelqu’un a dérobé une pensée quelconque, il faut d’abord bien savoir quel en est l’auteur.
Mais pourquoi donc de tels personnages ne s’empressentils pas de publier leurs manuscrits? Ce serait là une marque certaine de leur franchise et de leur bonne foi; ils nous prouveraient, en effet, par ce moyen, que les uns et les autres ont déjà exécuté les mômes travaux, et nous démontreraient aussi par là que non-seulement ils ont toujours mis leurs isoins à commenter attentivement cqs fragments qu’ils produisent maintenant au grand jour, mais encore que c’est à force de recherches nombreuses et hardies chez les auteurs anciens (qui, du reste , ne se sont jamais accordés entre eux sur de semblables matières), qu’ils ont fini par colliger ces faits dans le même ordre et dans le même but.
Or, quelle est la personne assez aveugle pour ne pas comprendre que ces hommes- là sont dans l’impuissance absolue de produire ces faits en public? Ne voit-on pas, en effet, qu’ils sont même incapables, ou du moins qu’ils paraissent peu désireux de bien comprendre aujourd’hui des choses qu’ils ne peuvent ou ne semblent vouloir affirmer avec d’autres qu’en manière de calomnie ? Et comme ils ne peuvent soupçonner que ces choses aient été dérobées aux anciens , ils s’efforcent néanmoins, par des voies détournées, de ramasser des faits grossiers , sans aucun égard pour l’idée qu’ils doivent s’en faire , sans se mettre en peine des démonstrations nécessaires pour établir leurs perpétuels rapports.
§ XXIX. La vraie et solide théorie médicale est le fruit de l’observation expérimentale des phénomènes , appréciés d’après un véritable état causal et d’aj)rès des rapports réciproques.
Quant à ce qui nous concerne , nous sommes suffisamment justifié d’une semblable accusation par la ligne de conduite que nous avons toujours suivie , dès les premières années de
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nos études médicales , dans notre vie et dans nos travaux universitaires. Nous étions, en effet , à cette époque , on ne peut plus éloigné de cette manie d’aller fouiller dans la poussière des vieux livres , et très-peu porté à copier des extraits et à faire des recherches dans des propriétés accessibles à tout le monde i En revanche , nous nous livrions tout entier et sans réserve à l’étude même des 'phénomènes naturels i que nous ne pouvions saisir que par une attentive observation de l’ expérience , et dont nous devions nous efforcer, avec toute la perspicacité de notre esprit, de découvrir la véritable constitution causale , afin d’apprécier, de bien connaître enfin leurs rapports naturels , et de pouvoir par ce moyen arriver à l’établissement d’une vraie , solide et inébranlable théorie médicale.
C’est là un fait qu’il nous est bien aisé de constater, nonseulement par des preuves péremptoires tirées de nos propres conceptions systématiques , mais encore par les démonstrations déductives que nous en avons faites dès l’âge de 24 ans , soit dans des discours publies, soit dans des dissertations écrites sous notre dictée. Les opinions què nous y avons émises n’ont été extraites d’aucun livre ; elles ont été puisées dans le fond de notre génie, et sont le fruit du ressort libre de notre esprit. Or, ces pensées et ces opinions, nous les avons hautement exposées et soutenues comme des vérités dogmatiques, dans l’Académie médicale d’Iéna, pendant les années 1684-85 et 86, en présence d’une brillante et nombreuse jeunesse , devant des hommes profondément versés dans toutes les sciences 4 . C’est pour
1 Outre les cours publics de chimie, d’anatomie et de médecine que Stahl fut autorisé à faire à l’Université d’Iéna, après qu’il eut reçu le bonnet doctoral , il publia divers travaux , dont les principaux furent : en 1683 (avant d’être docteur), ses Fragmenta œtiologiœ physiologico-chimicœ ex indigaiione sensu rationali; en 1684, sa thèse inaugurale De intestinis, èt sa belle dissertation De sanguipcatione ; en 1686, Exercitatio medicopractica de febre petvchiali seu purpuratâ, etc...
cette classe d’érudits et de savants que nous livrions alors à la publicité ces mêmes dogmes , à l’évidence et à la grandeur desquels nous travaillons avec tant de zèle aujourd’hui.
§ XXX. C’est bien mal de la part d’un disciple de citer çà et là quelques fragments appartenant à ses maîtres , et de leur donner un autre sens que celui qui, y a été primitivement attaché. y"
Nous ne pouvions passer sous silence la frivolité de cette apparente gratitude de la part de ces individus qui , voulant attribuer à leurs maîtres l’honneur de certaines productions ou conceptions de notre crû, en citent quelques fragments çà et là et y trouvent une certaine physionomie de ressemblance avec nos écrits auxquels ils les comparent. C’est là, certes, une conduite bien peu digne de l’approbation des maîtres auxquels on paraît ainsi faire bassement la cour, attendu que ces derniers, comme cela s’est passé jusqu’à ce jour, ne tiennent, en général, à rien moins qu’à paraître comprendre ou avoir jamais compris ce qui fait la base de notre enseignement. Du reste , si on veut se donner la peine de jeter un coup-d’œil sur les passages extraits de ces auteurs, on s’apercevra facilement qu’on s’est plu à en défigurer le texte , qu’on les a mal expliqués et encore plus mal appliqués.
§ XXXI. 'Nulle part il n’a jamais été question des dogmes que nous enseignons.
Bien que , pour la récréance ou la remise en possession des doctrines qui nous sont propres , il nous suffise d’en appeler aux dogmes publics des diverses Écoles médicales (car il n’en est aucune où rien de ce qui constitue le fondement sur lequel nous établissons notre vraie doctrine médicale ait été enseigné dans le même sens que nous, où l’on en ait même fait un simple exposé historique, bien loin d’en avoir jamais présenté l’ensemble dans un ordre tel, qu’il soit
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applicable à un véritable traité dogmalico-systèmalique , et qu’il se trouve en harmonie parfaite avec la clinique médicale) ; cependant nous croyons utile de citer, à l’appui de notre défense, certains faits et principes d’une très-haute importance , ayant un rapport immédiat avec la base solide de toute médecine : nous affirmons , en outre , bien sincèrement que ces faits n’ont jamais été , ni en apparence , ni en réalité , examinés sous le même point de vue spécial par aucun auteur, et qu’ils n’ont jamais fait le sujet d’un véritable enseignement dans aucune École médicale.
§ XXXII. 1° Disposition de l’agrégat à la corruption. 2° Le corps humain ne se corrompt pas malgré sa corruptibilité .
I. Qu’on veuille bien, par exemple, me désigner quel est, parmi les anciens (qui ont si longuement discouru et discuté sur le fait de la corruption ou putridité morbide dans le corps), l’auteur qui a convenablement traité la question de cette véritable aptitude naturelle de toute la mixtion corporelle à subir la corruption.
II. Dans quel siècle a-t-il paru un écrivain qui ait jamais eu présent à son esprit et ait suggéré aux autres hommes cet étonnant et si remarquable paradoxe, savoir : que, quoique le corps soit éminemment corruptible en puissance, il n'est pas , en acte, atteint par la corruption ? N’est-il pas, en effet, extrêmement rare que le corps subisse ou éprouve les effets de cette espèce de corruption naturelle , toujours et directement existante en virtualité ?
§ XXXIII. 5° La distinction des anciens entre la nature du mixte et du vivant n’a pas été bien comprise. 4° L’homme est rarement malade.
III. Bien que, dans les fragments des vérités traditionnelles que les anciens nous ont transmises , nous possédions des documents prouvant que ces derniers ont établi une
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distinction entre la nature du mixte et celle du vivant, nous voudrions bien qu’on nous dît quel est l’auteur qui a convenablement traité ce sujet, ou qui , du moins, en a donné des explications nettes , plausibles et vraiment physico-médicales ? Prétendrait -on arriver à cette distinction à l’aide de cette confusion (qui constitue le fond de la physique moderne) qu’on établit aujourd’hui entre les substances mixtes et les substances composées , se basant pour cela sur la distinction qui existe entre les corps primaires et les corps secondaires, entre les éléments et les corps élémentaires, entre les principes et les corps principiants? Serait-ce en s’appuyant sur une pareille confusion qu’on voudrait débiter des niaiseries semblables à pelles que l’on enseigne touchant la chaleur élémentaire et la chaleur vitale , la chaleur répandue dans la matière et celle qui est infuse dans lé corps , touchant enfin l’humide élémentaire et l’humide radical? Et cependant les modernes n’admettent presque aucune de Ces distinctions dans leur esprit.
IV. Cette distinction une fois admise , entre le mixte et le vivant , dans un seul et même corps , qui est-ce qui a jamais cru, même sans trop approfondir la question, que les hommes sont très-rarement atteints de maladie , bien loin d’avoir enseigné et transmis à la postérité que les choses se passent réellement ainsi?
§ XXXIV. 5° En quoi consiste la vie du corps.
V. Nous voudrions bien qu’on nous apprît, car nous avouons notre complète ignorance sur ce point, quel est le médecin , le savant qui a enseigné , nous ne dirons pas avec distinction , mais simplement , ce que c’est que la vie du corps , c’est-à-dire quelle est cette condition particulière de notre corps d’après laquelle il peut être appelé vivant, et comment il se fait que, en tant que tel, il doit être distingué du simple agrégat de sa mixtion naturelle.
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Pour ce qui nous regarde, il est de la plus haute évidence que ce que nous professons à cet égard n’a rien de commun avec quelle production que ce soit de tout autre auteur ; notre doctrine sur la vie ne saurait , du reste , éprouver aucune fâcheuse atteinte ni aucune altération de la part de ces froides philosophies qui enseignent : tantôt que la vie consiste uniquement dans l’union simple et directe de l'âme avec le corps; tantôt qu’elle est le résultat de la présence directe, essentielle et matérielle , d’un esprit , d’un 7n/c0fw: corporel ; tantôt qu’elle est enfin , comme le soutiennent la plupart des modernes , la conséquence naturelle, directe et immédiate, de la circulation des humeurs .
§ XXXV. 6° La vie s'exécute et se soutient pcir un acte simplement mécànique.
VI. Quel est, parmi les mécaniciens modernes, celui qui a découvert dans ses recherches que la vie corporelle s'exécute et se maintient naturellement à l’aide dé un acte purement mécanique ; par un influx, comme on le dit en terme d’école, simplement formel , mais réellement mécanique (et non par le moyen de l’âme dans son inconcevable union immédiate avec le corps)1; non , surtout , par un
1 11 est évident aujourd’hui pour tous, non que Stahl admettait dans le corps •vivant, en dehors de l’âme ei du corps, un principe ou agent intermédiaire agissant par lui-même ; mais qu’il enseignait, bien jeune encore, qu’outre l’âme chargée de la surveillance et de la direction des actes vitaux, le corps vivant possède une sorte de mise enjeu, ou mécanisme, ou influx, posé par Dieu comme une loi immuable dans tous les êtres vivants et animés , et auquel l’âme préside. Ceci donnera bien à pensér à nos esprits systématiques modernes, mais prouvera une fois de plus combien Stahl professait des idées larges et généreuses en doctrine médicale: cela prouvera surtout, d’une manière péremptoire, que bien peu de critiques ont su apprécier Stahl , alors surtout que quelques-uns ont osé dire qu’il enseigne
que c’est l’âme qui sécrète la bile dans le foie , l'urine dans les reins .
ils n’ont pas osé dire la pensée dans le cerveau ! . Mais n’anticipons pas
sur un terrain aussi palpitant d’intérêt , et sur lequel nous reviendrons bientôt. L’on pourra s’assurer, dans le troisième volume, de la valeur réelle de cet enseignement ,. vraiment digne de figurer au premier rang dans les Ecoles médicales modernes.
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influx matériel, par un commerce corporéo-physique , ainsi que veulent bien se le figurer ceux qui attribuent le principe de la vie à la présence d’esprits, d’un certain baume vital, d’un être sidéral incorruptible , à la puissance de certaines irradiations, ou bien enfin à des forces magiques, tenant du merveilleux?
. « Quis verà eliarn mechanieorum modernorum
» prospexil, quod vita simpliciter fiat atque prœstetur actu »nudè mechanico; influxu, ut in scholis loquuntur, simy>pliciter formali , intérim reverà mechanico ( non ut «anima, inconceptibili Ma sua unione); non verô influxu «materiali, commercio corporeo-physico, ut illi fingunt » qui vitarn spiritibus, balsamo vitali, enti astrali incor- » ruptibili , irradiationibus , magnalibus , et sirnilibus por- » tentis, nullo usquàm conceptu, adscribunt ? »
§ XXXVI. 7° L’art est impuissant sur la mixtion du corps. .
VIL Quel a été, jusqu’à ce jour, l’homme qui, dans ses méditations , a su jamais reconnaître combien l’art est impuissant à produire quelque effet salutaire et direct sur la mixtion du corps, ainsi que sur toutes ces entités imaginaires que l’on se plaît à prendre pour la vie elle-même ou pour des phénomènes formellement vitaux? Cependant le véritable office du médecin ne consiste-t-il pas tout entier dans le soin de veiller attentivement à la conservation de la vie et au maintien d’une pleine et entière intégrité dans la libre exécution des actes qui y président?
§ XXXVII. 8° Comment et dans quel ordre les excrétions concourent à la vie.
VIII. Bien que les modernes aient fait sur les excrétions des recherches bien délicates et minutieuses, et qu’ils soient parvenus même dans leurs subtiles études jusqu’à découvrir
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la figure des pores destinés à ces fonctions ; cependant nous n’avons pas entendu dire encore , qu’à l’aide d’une observation digne du sujet, on soit parvenu à découvrir jusqu’à quel point et dans quel ordre ces excrétions concourent , d’une manière directe , à constituer le phénomène de la vie. Nos anatomistes modernes ne pouvaient , du reste , atteindre ce résultat , attendu qu’ils étaient incapables de se faire une idée bien arrêtée sur la participation que les sécrétions et les excrétions prennent réellement à la vie.
§ XXXVIII. 9° Dans la circulation du sang il y a une direction active digne d’observation.
IX. De même , pour ce qui regarde le phénomène de la circulation du sang, depuis les nombreuses investigations hérissées de difficultés que la science anatomique a poussées si loin touchant la constitution du cœur, des vaisseaux, des valvules , du terme du mouvement, etc. , il s’est introduit, sans raison, dans l’histoire de l’économie animale, cet énorme paralogisme : que le sang circule à travers toute V étendue du corps en vertu d’un mouvement trèssimple , naturel et égal ; que, si quelquefois cette uniformité vient à être troublée , cela provient simplement et passivement d’obstacles externes venant obstruer matériellement, les voies ; quï/ n’y a et ne peut g avoir jamais aucune espèce de cause de direction active ; c’est-à-dire , en d’autres termes, que le sang circule dans le corps à cause d’une impulsion qui lui est imprimée par le cœur, et le lance dans le tronc de l’aorte, unique voie par laquelle il puisse passer pour se répandre dans le corps en parcourant successivement les innombrables ramifications du système artériel.
C’est là certainement une assertion bien exacte en ellemême , mais de laquelle on ne saurait tirer une raison ou explication complète et suffisante du phénomène.
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§ XXXIX. 10° Le mouvement tonique provoque la circulation du sang ; il est subordonné aux battements du cœur.
X. Or, en cherchant même parmi les hommes qui composent nos universités , où trouvera-t-on un seul physiologiste qui ait reconnu , admis et enseigné avant nous , qu’il existe dans le corps un mouvement tonique qui , naturellement subordonné aux battements du cœur, entretient et provoque par une action incessante et perpétuelle la circulation du sang? Certes , il y en a bien peu, même de nos jours, qui osent admettre et reconnaître cette assertion.
Et cependant , c’est non-seulement ce mouvement tonique qui sert à maintenir continuellement les parties poreuses du corps dans un certain degré de tension tenant un peu de la raideur, afin d’éviter que ces parties ne prennent , sous l’impulsion du sang, une dilatation et un développement trop considérables ; mais encore c’est ce même mouvement qui peut facilement éprouver et qui éprouve en effet habituellement des variations nombreuses sous l’influence de la plus légère impression de refroidissement , de chaleur douce et agréable, de terreur ou de colère, de joie ou de pudeur, etc. C’est là , en effet , ce qui se passe à toute heure et d’un moment à l’autre , toutes les fois que de pareilles causes agissent sur l’organisme vivant.
§ XL. 11° Ce qu’on entend par cette tonicité des parties et des viscères.
XI. Au surplus, puisque les anciens ont employé l’expression de force ou vigueur des parties ( robor parlium ), et que les modernes désignent ordinairement le même phénomène sous le nom de tonicité des parties; je voudrais bien savoir quel est celui d’entre eux qui a jamais défini et bien connu ce qu’on entend par cette tonicité. Personne , je pense , n’ajoutera foi à l’opinion , émise par je ne sais quel auteur, qui fait consister le mouvement tonique dans
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l'acte volontaire de tenir un membre quelconque dans un état de raideur (que la partie soit dans une situation droite ou même courbe , pourvu que le degré de tension soit assez constant et assez énergique ). Une semblable assertion , en effet , pourrait-elle jamais faire concevoir ce que l’on doit entendre par ton ou tonicité des viscères?
§ XLI. 12° La respiration ne refroidit pas le sang , mais elle l'échauffe.
XII. Nous éprouvons une certaine répugnance à parler de ces aberrations de l’esprit , qui , bien qu’elles ne soient pas universellement répandues, n’en sont pas moins admises pour l’ordinaire , relativement au phénomène du mouvement progressif et intérieur du sang. Laissant donc de côté toutes ces erreurs grossières: qui est-ce qui, avant 1685, époque où, dans nos leçons publiques dans l’Université d’Iéna, nous dictions à plus de vingt auditeurs nos idées à ce sujet ; qui est-ce qui , disons-nous , a enseigné et démontré que l’acte de la respiration, bien loin de refroidir la masse sanguine , réchauffe au contraire? Personne n’ignore que , même après cette époque , certains docteurs ont , dans leurs cours , nié publiquement que le sang s'échauffe dans son mouvement progressif, et cela , contrairement à l’expérience universelle et quotidienne qui prouve que le sang s’échauffe réellement lorsqu’on soumet le corps à un exercice quelconque , même durant les froids les plus rigoureux de l’hiver. Pendant les chaleurs de l’été, lorsqu'on se livre à des occupations pénibles , cet échauffement de la masse humorale va même jusqu’à produire un sentiment désagréable de nausée.
C’est même avec peine que nous mentionnerons ici les idées purement fantastiques de Willis touchant cette sorte d’étincelle ou de petite flamme qui , logée dans le cœur, échauffe le sang , et rend ainsi la respiration comme un moyen nécessaire pour le refroidir et le tempérer.
T. II. 44
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§ XLII. J. -À. Borelli a-t-il affirmé avant nous que le sang s’échauffe par le mouvement de la circulation ?
Il serait fort étrange , du reste , qu’on voulût attribuer ici quelque mérite à J. -A. Borelli , parce qu’il a affirmé quelque part que le sang s’échauffe dans son mouvement progressif. En effet , s’il n’était question que du fait en luimême, pris d’une manière générale, il serait vraiment ridicule de disputer, non pour savoir quel est celui qui, le premier, a constaté ce phénomène , mais pour déterminer quel est celui qui l’a laissé passer inaperçu et ne l’a pas compris ; alors que nos simples paysans , oisifs sur la place publique, pendant la rigoureuse saison de l’hiver, savent très - bien que pour se garantir du froid et se réchauffer ils n’ont qu’à se livrer à l’exercice , et qu’en toute saison , lorsqu’ils se livrent au travail ou qu’ils occupent leurs animaux domestiques à des travaux pénibles, il en résulte habituellement un profond sentiment de chaleur, des sueurs abondantes et même de la soif. Il faut donc bien se garder de confondre ici de simples et futiles conceptions, avec des déductions et des principes solides et ‘péremptoires.
§ XLIII. 13° Défaut d’harmonie entre la théorie et la pratique vulgaire de la médecine.
XIII. Qui donc a jamais osé toucher, si ce n’est en passant et d’une manière insignifiante, à une de nos plus vieilles plaies de notre art , c’est-à-dire au défaut d’harmonie qui existe entre la théorie et la pratique de la médecine ? Les praticiens eux-mêmes s’en plaignent journellement avec une sorte d’indignation; mais je ne me souviens pas d’avoir jamais lu dans un auteur et d’y avoir trouvé formulé , en termes clairs et formels , où réside le vice qui produit ce défaut d’harmonie ; bien loin qu’on ait pu indiquer les moyens capables de le faire disparaître.
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§ XLIY. 44° Différence et opposition d’une théorie physique avec une doctrine médicale.
XI Y. Ce qu’il y a de bien certain encore, c’est que, jusqu’à ce jour, il n’est pas un seul auteur qui ait entrepris d’écrire ou de transmettre à la postérité aucun solide document , digne de l’importante vérité du fait , touchant la différence réelle , nous dirons même la véritable opposition qui existe entre une théorie physique et une doctrine vraiment médicale. Au contraire, tous les savants ont osé, presque d’un commun accord , prétendre et soutenir qu’une théorie basée sur la physique est absolument indispensable , tant pour l’étude que pour la démonstration et la grandeur de la science médicale.
Voilà principalement pourquoi la pathologie modelée sur une théorie purement physico-chimico - mécanique , se trouvant presque exclusivement établie sur de pures fictions ( ce dont on pourra facilement se rendre compte pour peu qu’on se donne la peine d’examiner franchement la question), a fait d’abord fausse route , en ce qui regarde la vraie méthode de l’art de guérir le corps vivant , et a enfanté , par la suite , les idées radicalement fausses qui font la base de la pratique médicale moderne, reposant uniquement, d’après cette hypothèse, sur des principes étrangers au sujet, absolument vains en eux-mêmes et radicalement nuisibles à la médecine.
§ XLY. 43° Dans le corps , les mouvements méritent de fixer notre attention bien plus que la matière organique.
XV. Nous osons soutenir, enfin, qu’en aucun lieu et dans aucune École médicale du monde , personne n’a dit ni enseigné avant nous que , en médecine , V étude des mouvements dans le corps humain mérite de fixer notre attention d’une manière plus directe et plus sérieuse que l agrégat
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matériel. Nous pouvons, au contraire, affirmer, en toute assurance , que nos spéculateurs modernes font des efforts inouïs pour tourner et retourner en tout sens leurs considérations sur les diverses matières qui composent cet agrégat, afin de donner à cette étude une forme apparente de vérité. A l’aide de ces considérations, ils cherchent en vain à prouver que c’est la matière organique qui imprime le mouvement au corps , sans vouloir reconnaître une force motrice active qui provoque le mouvement de cet agrégat matériel luimême * . De pareils spéculateurs sont aussi bien loin de comprendre que c’est précisément dans le but de mouvoir la matière organique que les mouvements sont et doivent être nécessairement établis et dirigés , ainsi qu’en vue du concours ultérieur de circonstances qui pourront ou devront survenir.
Pourrait -on maintenant révoquer en doute l’assertion émise ci-dessus , lorsqu’il est bien avéré que tous les fauteurs des doctrines médicales modernes ne croient même pas à la vérité de ces faits , bien loin d’être capables de procéder à leur démonstration?
§ XL VI. Les anciens recommandent d’observer dans la pratique
les mouvements de la nature ; ils enseignent aussi , à cet égard ,
bien d’autres choses utiles.
Néanmoins , ce que nous reconnaissons , ce sur quoi
1 .C’est là un reproche qu’on pourrait , sans craindre d’être démenti , adresser à la plupart de nos anatomistes et même de nos physiologistes du xix® siècle. Ils ne voient, en effet, dans le corps , rien autre' chose que de la matière, et pour eux l’âme et le principe vital ne sont que des rêveries absurdes. Le corps se meut parce que la matière organique a la propriété de se mouvoir d’elle-même : pour certaines pauvres têtes même , le cerveau pense , et cela parce qu'il est organisé pour penser , comme le foie pour sécréter la bile et le poumon pour respirer. C’est là surtout la doctrine de l’École médicale actuelle de Vienne. Pauvres intelligences!...., dans quel abîme sont-elles plongées ! Mais où est la source d’un semblable scepticisme, d un matérialisme si excentrique.. . ., sinon dans un manque d’études sérieuses en philosophie ?. . . .
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nous insistons , ce que nous louons surtout et nous proclamons bien haut , c’est que , au point de vue du sujet qui nous occupe en ce moment , les médecins anciens ont émis des opinions infiniment plus recommandables que celles des médecins modernes ; en ce que , dans la pratique , ils se sont toujours attachés à suivre pas à pas et à imiter les mouvements de la nature ; tandis que nos contemporains s’appliquent à redouter, à éviter et à éloigner ces mêmes mouvements , les considérant tous comme étant seulement des phénomènes pathologiques dangereux et en rapport avec le degré d’intensité de la cause morbifique.
Nous croirions aussi manquer à notre devoir si nous n’adressions aux anciens nos plus sincères remercîments , et si nous ne disions hautement combien ils sont dignes d’éloges pour nous avoir transmis les vérités les plus grandes et les plus utiles, dans les termes les plus convenables, en les accompagnant des plus précieux enseignements , lorsqu’ils ont dit que la nature jouit de facultés rétentives et expulsives ; que cest elle qui provoque les crises et les mouvements critiques survenant à des époques fixes , à des jours indicateurs ; que la nature est capable dJ efforts généreux ; qu ’ elle possède une puissance convenable pour arriver à ses fins , et que le médecin doit savoir lui porter secours et lui prêter son ministère , soit en observant attentivement ses inclinations et ses tendances, soit en les secondant pour le mieux.
Nous devons ajouter cependant que les anciens ont posé à cet égard des principes trop généraux , et qu’ils n’ont pas procédé avec assez d’assurance et d’exactitude dans l’étude des faits particuliers. Ils se sont laissés trop aveugler ou éblouir par le charme des matières corporelles , et se sont écartés de la vraie raison intime des mouvements de Y action vitale qui est établie et dirigée contre ces matières ; car c’est surtout cet acte vital qu’il faut seconder et surexciter même au
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besoin. Ils se sont enfin lancés , avec trop peu de prudence et de réserve , dans les spéculations relatives aux vices de la matière morbifique et au traitement qu’il convient de diriger contre ces vices. Il est résulté de tout cela qu’ils n’ont retiré que peu d’avantage de ces idées , et qu’ils se sont même, par le fait, fort éloignés, en divers sens, de l’utilité réelle qu’on pouvait en retirer.
§ XLVII. Les anciens ont dirigé leurs moyens de secours vers les mouvements sécréteurs et excréteurs.
Néanmoins , ce que l’on doit toujours considérer avec une véritable satisfaction , c’est que , dès la plus haute antiquité , tous les médecins , en exerçant leur action auxiliaire et coopérante sur ces mêmes matières, ont presque toujours senti qu’ils devaient avoir pour but de diriger à leur guise les mouvements vitaux ; et s’ils ne se sont occupés qu’implicitement des mouvements sécréteurs, ils ont insisté, d’une manière évidente et expresse , sur ceux qui président aux excrétions. Voilà comment nous leur sommes redevables des procédés ordinairement employés pour préparer les humeurs dans le but spécial d’une excrétion.
Les moyens pratiques de la plupart de nos modernes sont bien éloignés de ce mode de curation , ils lui sont même contraires : de nos jours , en effet , les auteurs n’en font mention que d’une manière vague , ambiguë , incertaine , discordante et à double sens , sans être jamais d’accord entre eux à ce sujet.
Ne voit-on pas , du reste , ces mêmes hommes attribuer une plus grande efficacité aux simples corrections immédiates de la puissance nuisible des matières peccantes, et avoir plus de confiance en ces moyens que dans les sages directions que la nature est capable d’imprimer aux mouvements vitaux ?
RÉCLAMATIONS, DÉFENSE, etc.
§ XLVIII. 16° Les modernes traitent et enseignent bien autrement aujourd’hui la doctrine des excrétions.
XYI. Dire comment cette doctrine touchant les excrétions , examinée et développée dans le sens , dans l’ordre et dans le but que nous venons de voir, nous a été transmise , et comment elle pourrait encore de nos jours parvenir à notre connaissance ; c’est là un fait pour lequel nous avouons hautement notre ignorance. Nous pourrions bien certainement signaler bon nombre de systèmes où l’on traite d’une manière fort peu convenable, je dirai même étrange et fort légère , cette question ; mais si l’on prend la peine d’établir une comparaison entre un de ces systèmes quelconque et la théorie des anciens , on verra aussitôt combien cette dernière est supérieure à toutes ces idées systématiques des modernes et doit être appréciée d’une manière plus avantageuse , surtout si notre appréciation porte , soit sur la convenance et la prolixité , soit sur la valeur et l’importance réelle des expressions usitées dans ces langages systématiques , dans lesquels on parle tantôt à’ esprits et d’irritations mècanico-physiques ; tantôt de fermentations , de ferments, de caractère propre aux diverses humeurs ; tantôt de particules et même , dans un langage assez mal choisi , de pores sanguins et de la structure organique de chacun d’eux; tantôt de la disposition des fibres aptes à produire le mouvement , de la forme ou figure des pores sécréteurs ; tantôt enfin d’autres niaiseries aussi excentriques , telles que les puissances salines, ou les mille saveurs d’Hippocrate, portées seulement à six cents par certains commentateurs.
§ XLIX. 17° On parvient à surmonter plus facilement les difficultés
par l’histoire et l’ expérience , une fois qu’on a abandonné des traditions obscures , embarrassées , fausses et trompeuses.
XVII. Vouloir chercher à faire sortir la vérité du sein de ces traditions profondément embarrassées et si étrangères ,
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d’ailleurs , à la nature vraie des faits , ce serait un travail qui exigerait encore plus d’efforts intellectuels que de fatigue corporelle. On ne saurait, en effet, trouver la vérité dans de pareilles traditions , attendu que dans ces systèmes , au milieu desquels elle est enfouie et défigurée , il y a des opinions disparates et opposées , qui l’obscurcissent et la font même disparaître sous un tissu d’absurdes fictions.
Aussi , croyons-nous qu’il est plus naturel et plus facile de découvrir et de déterminer le vrai lien fondamental et évident de toutes ces choses, par leur seule étude historique et expérimentale , laissant de côté toutes ces incohérentes et fabuleuses traditions.
§ L. Telle est la voie que nous avons franchement suivie dans V étude de l’ économie du corps humain.
D’après cet exposé , tout homme de sens et d’intelligence nous absoudra facilement de cette sotte accusation qu’on a osé lancer contre nous , d’avoir souvent eu recours aux travaux d’autrui , pour observer le merveilleux spectacle de l’économie du corps humain , tel que nous l’avons étudié et que nous l’avons représenté jusqu’à ce jour; car nous l’avons fait sans nous couvrir jamais d’un faux masque et sans faire servir à notre profit le travail des autres.
Nous espérons , en outre , que l’on verra clairement que c’est en nous appuyant sur la seule vérité des faits que nous avons pu mettre à profit ce que l’expérience nous montrait. Aussi voilà pourquoi nous avons cru de notre devoir d’éviter soigneusement ces dédales inextricables , desquels il est toujours bien plus difficile de sortir sain et sauf d’esprit et de jugement, que de marcher d’un pied ferme et sans hésiter dans la voie de la vérité, d’ailleurs si facile , si simple et si naturelle.
RÉCLAMATIONS, DÉFENSE
ETC
§ LI. Nous n’ avons jamais négligé les ressources fournies par les anciens sur les faits de l’expérience.
Ainsi que nous l’avons toujours avoué, pour rendre témoignage à la vérité , nous déclarons encore aujourd’hui avoir bien souvent profité des sages avis des anciens , et avoir puisé de salutaires enseignements dans les documents et les œuvres monumentales qu’ils nous ont transmis , mais uniquement touchant les faits et X expérience. C’est dans ce but que , dès nos premiers pas , et bien jeune encore , nous nous sommes efforcé , dans le cours de notre pratique médicale, de nous assurer par nous -même de l’exactitude de ces faits , ainsi que de leur valeur doctrinale et clinique. Depuis lors , nous avons fixé de plus en plus notre attention sur une semblable pratique , et nous nous sommes appliqué à recueillir toutes les observations que l’expérience nous fournissait à ce sujet : c’est ainsi que nous sommes parvenu à comprendre que nous devions ajouter foi aux auteurs anciens , et , dès ce moment , cette croyance nous a imposé la loi de nous confier pleinement à leurs écrits.
§ LII. S’en rapporter exclusivement à l’opinion des autres et à la
confiance qu’elle inspire , devient un obstacle à l’étude médicale.
C’est précisément pour cette raison que nous trouverions étonnant qu’on nous imposât l’obligation d’avoir recours surtout à l’autorité quand il s’agit de choses devenues familières et mises à la portée de tout le monde , et de jurer par la parole de ceux qui les rapportent, plutôt que d’en appeler à nos observations , à notre propre témoignage et à celui de la vérité elle-même , qui doit être notre seule autorité , alors que nous devons , par nos propres soins , tâcher d’acquérir ce témoignage pour en confirmer la certitude et la réalité.
Ajoutons encore , pour rendre un solennel hommage à
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la vérité , que ce qui est la principale pierre d’achoppement pour les études médicales , c’est que , dans ce siècle , on préfère se borner à croire et se fonder sur la tradition et l’opinion d’autrui, qu’examiner sérieusement ce qui constitue le véritable fond des choses.
§ LUI. Suppression et complète négligence des histoires morbides; formation de fausses étiologies.
Dès-lors on a créé quantité de maladies nouvelles , et l’on a négligé et supprimé même les véritables descriptions morbides transmises par les anciens. C’est ainsi que , par l’omission des véritables circonstances des affections morbides , en introduisant à la place certaines autres circonstances imaginaires, accidentelles, individuelles, et en prenant pour causes essentielles et directes des phénomènes issus de la complication d’autres circonstances concurrentes , on est parvenu à établir une étiologie plus simulée que réelle , et l’on a assigné des causes , propres en apparence , à des effets on ne peut plus disparates.
§ LIV. Il peut très-bien se présenter des circonstances particulières dans l’histoire des maladies.
Néanmoins , bien que , par la raison que nous venons d’indiquer , nous ayons déjà traité d’une manière digne et convenable , et dans le but de provoquer utilement l’application générale , tout ce qui constitue la vraie physionomie historique des faits les plus journaliers et sanctionnés d’ailleurs par le suffrage des autres; nous reconnaissons cependant qu’il peut , ou , si l’on veut , qu’il doit y avoir une différence réelle non tant entre les histoires universelles des maladies qu’entre leurs circonstances particulières et fortuites , qui souvent ne sont point indiquées dans les observations vulgaires. Si elles se trouvent mentionnées dans quelques-unes d’entre elles, elles n’y sont présentées que
RÉCLAMATIONS, DÉFENSE, etc.
sous un faux jour, y sont regardées comme un signe fâcheux et sont prises dans un sens contraire à leur véritable signification : l’auteur , qui a tenu compte de ces circonstances afin de paraître se rapprocher de la vérité dans le genre, se laisse aller dans l'espèce à des opinions préjudiciables.
En pareil cas , celui qui veut porter à la connaissance de tout le monde un fait qui , à tous égards , est spécialement conforme à la vérité , ne doit point être astreint à rechercher tout ce qu’ont pu dire sur un pareil sujet les auteurs qui , par hasard , ont traité cette matière , d’une manière confuse , générale et indéterminée : par ce motif , on ne devrait pas non plus être nécessairement tenu de s’appuyer sur ces auteurs , dans le but unique de ne pas laisser soupçonner qu’on ignore aucun des travaux de ce genre . Ce ne devrait pas enfin être là une condition (sine quâ non ) sans laquelle on est exposé à encourir les rigueurs d’une censure amère et flétrissante ; comme si , en taisant le nom des véritables auteurs , on avait eu l’intention de s’arroger la gloire attachée à leurs œuvres et d’en jouir comme d’une découverte propre.
§ LV. Dans le traitement des fièvres pétéchiales on a surtout observé le flux du ventre.
Par exemple : dans les nombreux cas de ces fièvres que nous nommons, pour cause, pétéchisantes * ou pétéchiales, et que nous avons eu l’occasion d’observer une infinité de fois, nous avons pu constater un certain caractère de flux abdominal , et ce phénomène a attiré d’une manière particulière notre attention; ensuite, nous adressant à ce symptôme, par un heureux effet de la grâce divine , nous avons obtenu le plus grand succès de l’application directe d’un traitement spécial inconnu jusqu’à nous , et qui sera regardé comme incroyable par ceux qui veulent par leur autorité faire pré-
1 Voy. T. VIII, Comment.
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valoir leurs préjugés , en les répandant impunément parmi leurs adeptes. Ce mode de curation ne plaira pas non plus à ceux qui , par une sorte d’attachement à l’opinion communément acceptée , se feront une idée peu exacte de ces sortes de flux.
C’est en 1695 que nous avons d’abord exposé nos observations à cet égard , avec la plus grande franchise , dans un petit opuscule contenant des Questions relatives à la véritable histoire des fièvres 1 , et plus tard , dans nos cours pratiques de la Faculté de Halle , où nous avons donné un entier développement à nos observations médicales.
§ LVI. Cette même observation avait été signalée par d’autres auteurs avant nous.
Quatre ans après (1699) , en parcourant quelques ouvrages que nous avions achetés à la vente de la bibliothèque de Sébastien Scheffer, médecin distingué de Francfort-surle-Mein, nous pûmes nous convaincre que l’observation que nous avions faite nous-même avait été déjà signalée par d’autres avant nous, et que ce que nous avions eu l’occasion de constater à propos de la fièvre pétéchiale était connu de ces mêmes auteurs.
1 Probl. pract. febrium pathol. et therap., etc.... Juin, 1695. — Halle Magd. — Dans cette publication , l’auteur a eu principalement l’intention de ramener les praticiens à l’étude raisonnée des fièvres ; il veut qu’on ne se laisse pas aller à l’appréciation des phénomènes secondaires, afin de pouvoir ainsi mieux saisir et étudier par l’observation et une expérience éclairée les vraies circonstances essentielles tant générales que spéciales des maladies; et que , par une connexion vraiment scientifique et causale , on parvienne ainsi à établir une véritable généalogie des fièvres. Cet écrit, très-rare aujourd’hui, est très-remarquable de science et d’érudition. Stahl , âgé alors de 36 ans , avait déjà produit douze écrits différents , tant sur la chimie que sur les diverses branches de la médecine. Il a développé plus tard les idées émises dans celte brochure, et l’on peut lire dans ses Traités : De autocr. nat, p.29 ; — De febr. pathol. , p. 42 ; —De febr. therap., p. 11 et 18 ; — De febr. tert., p. 52 ; — De curât, equiv., p. 26 ; — De melhod. mal. febr. , p. 37, des aperçus fort judicieux et très-instructifs sur cette matière.
RÉCLAMATIONS , DÉFENSE , etc. 643
Celui qui , par le temps et par l’importance de ces observations, occupait le premier rang parmi ces derniers, est Gérard Columba', de Messine; vient ensuite Jacques Moreau1 2 3 , de Bruxeltes , presque notre contemporain ; et enfin Joachim Burser 3, plus ancien que ce dernier, premier médecin de la ville d’Annaberg. Depuis cette époque, nous n’avons jamais manqué de citer ces trois auteurs , toutes les fois que nous avons traité ces mêmes matières dans nos leçons publiques, et que nous avons touché à l’histoire delà fièvre pétéchisante. Les élèves qui à ces dernières époques ont suivi nos cours , ont pris des notes qu’ils ont même transcrites ailleurs , si bien que, pour leur rendre la chose manifeste, nous consentîmes à prêter le livre de G. Columba à ceux qui n’avaient jamais entendu parler de cet auteur et qui, par conséquent, ignoraient ce qu’il y avait dans ses œuvres : du reste , cette sorte d’observation se trouvait dans un endroit du livre où personne n’aurait jamais songé à aller la chercher ; elle n’était pas , en effet , dans le corps de son ouvrage, si prolixe d’ailleurs; c’est dans la préface que l’auteur l’avait placée.
§ LYI1. Les observations de ces auteurs ne concordent pas avec les nôtres.
Et cependant , malgré le concours de toutes ces circonstances , notre observation demeure debout , et la vérité du fait n’a éprouvé aucune atteinte dans son intégrité , attendu qu’au jourd’hui , comme à l’époque de Columba si l’on en juge
1 Gérard Columba, né à Messine , professa avec distinction la médecine à Padoue, vers le milieu du XVIe siècle ; il a laissé plusieurs ouvrages , entre autres: De febris pestil. coynit. et curât, disput. medicin., lib. XI ; Venise, 1620. C’est dans ce livre curieux que Stahl a lu les notes en question.
2 Moreau (Jacques ), ami de Guy Patin , auteur assez original qui , entre autres , publia un Traité de la véritable connaissance des fièvres.
3 Burser ( Joachim ) , auteur de plusieurs ouvrages , parmi lesquels nous citerons son Comment, de febris epidem. ; Leipsig , 1621 , in-8°.
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par ses écrits , on n’enseigne pas que les fièvres pétéchiales soient jugées par des flux particuliers du ventre ; ce n’est pas là non plus l’opinion de Moreau , car, nulle part , ce médecin n’enseigne que ces sortes de fièvres possèdent un certain caractère de bénignité positive et réelle ; bien loin que l’on puisse citer aucun auteur qui dise que les fièvres pétéchiales portent en soi un avantage évident misa profit soit spontanément par la nature elle-même , soit par un art sagement dirigé. D’après Burser enfin , ces fièvres sont plus particulièrement nuisibles; mais, lors même qu’il en serait ainsi quelquefois, on peut cependant, d’après notre observation, et , n’en déplaise à certaines gens , d’après notre propre invention, on peut, dis-je , les ramener facilement à leur état normal et naturel.
§ LVIII. En cette matière, en vain citera-t-on des auteurs.
C’est pourquoi , bien que, quand il s’agira de ces sortes de fièvres, si on cite la chose elle-même ou du moins les auteurs de ces faits , que l’on fasse ou non précéder ces observations de nos propres indications ; il n’en sera pas moins évident que le fait a été mal conçu et faussement interprété, si on l’accepte tel qu’il est présenté dans ces écrits ; ou que , si on le présente réellement tel quil est en lui-même, c’est certes bien inutilement qu’on s’appuiera sur l’autorité de semblables auteurs chez lesquels les faits ne sont point appréciés sous leur véritable physionomie ; car alors il y aurait un danger réel pour quiconque voudrait , dans sa pratique médicale , s’en rapporter entièrement aux observations de ces auteurs.
§ LIX. De semblables assertions peuvent induire en de fâcheuses erreurs quiconque se laisse aller à les imiter.
D’après l’assertion de Columba et une certaine autre médication empirique particulière trop légèrement appréciée
RÉCLAMATIONS, DÉFENSE, etc. 64b
et prouvant une ignorance complète de la vertu naturelle du remède , on est porté à penser qu’à l’aide d’une simple purgation artificielle , on peut soulager d’une manière positive la fièvre pétéchiale.
Nous nous bornons uniquement en ceci à faire des vœux bien sincères , pour que celui qui tentera une pareille expérience soit assez heureux pour en sortir honorablement et sans charger sa conscience.
Mais ceux qui seront convaincus que c’est là , pour le moins, une chose inutile, comprendront aisément qu’une évacuation artificielle est capable de porter préjudice aux forces, et qu’il vaut beaucoup mieux , dès-lors , s’en abstenir complètement ; car, si on se laisse aller à en agir ainsi , on s’expose à localiser dans le ventre les mouvements constricteurs et spasmodiques généraux, et l’on commet une erreur très -grave , en ce sens qu’en suivant une pareille voie , on ne satisfait ni aux exigences de la vraie et solide science médicale , ni à la conscience , sans laquelle on ne devrait jamais rien entreprendre.
§ LX. Que doit -on penser de ceux qui ne s’appuient que sur le témoignage d’autrui?
Il existe cependant une certaine classe d’écrivains qui , se mettant encore plus à l’aise quand ils parlent de ces matières , s’appuient directement sur le témoignage de semblables auteurs , qui , dans un sujet aussi important , considèrent et transmettent les faits sans s’inquiéter le moins du monde de leur véracité. De tels écrivains se placent néanmoins dans l’impossibilité réelle de pouvoir reconnaître si les auteurs cités par eux ne sont pas justement soupçonnés d’avoir puisé ailleurs tous ces mêmes faits qu’ils tirent , soit de leur propre fonds , soit d’autres auteurs dont ils ne rapportent pas le témoignage.
OEUVRES DE STAHL
Nous laissons aux personnes intelligentes et capables de juger d’une manière équitable , le soin d’examiner la question.
§ LXI. Que penser ainsi de ceux qui copient les autres auteurs?
Quant à nous, nous nous croyons parfaitement à l’abri de pareilles accusations, et nous pourrions même, si la chose nous touchait de près et que nous voulussions bien nous en donner la peine, nous pourrions, dis-je * montrer sur-le-champ et par des exemples irrécusables ce que l’on doit penser de certains écrits livrés à la publicité, et dont toutes les propositions ( rendues avec des expressions , inusitées ailleurs , qu’ils n’ont pas toujours évitées avec assez de soin ) sont copiées d’un bout à l’autre sur un seul et même auteur, et transcrites d’après son propre sentiment sur cette même matière ; et cela , non-seulement sans jamais citer le nom du véritable auteur (chose que ces mêmes gens osent exiger des autres sous peine de leur faire un crime d’un semblable oubli), mais encore en reproduisant , avec une certaine affectation de stupide malveillance et de méchanceté , certains fragments détachés et pris çà et là dans des manuscrits que les auteurs eux-mêmes n’auraient jamais voulu faire servir à un usage sérieux , et qu’ils n’auraient jamais consenti surtout à faire paraître par fragments insuffisants et incohérents/aussi témérairement lancés au vent de la publicité sous d’aussi mauvais auspices.
§ LXII. Ces individus ne partagent pas la même opinion que les auteurs qu’ils copient.
Il nous serait certainement bien facile de prouver, d’une manière irrévocablement vraie, que ceux qui s’occupent à recueillir et à colliger divers faits tirés de différents auteurs , et qui veulent paraître , sinon les avoir trouvés
RÉCLAMATIONS, DÉFENSE, etc. 047
dans leurs œuvres, du moins les avoir inventés sous leur inspiration ; il nous serait facile, disons-nous, de démontrer que de tels personnages ne doivent point avoir l’honneur ni de X invention, ni de X arrangement , ni de la connexité de ces fragments ou extraits. En effet , dans bien d’autres circonstances ou il faut établir une certaine connexité dans les faits et où l’on devrait , pour les étayer, les coordonner dans un ordre pareil à celui que l’on a employé ailleurs , les opinions de ces mêmes écrivains si célèbres, non-seulement diffèrent énormément de celles des auteurs qu’ils ont cités , mais même elles sont , en pareil cas , on ne peut plus opposées aux assertions émises par les mêmes auteurs.
§ LXIII. Double faute littéraire qu’on nom impute.
Bien que , pour nous justifier contre une maligne critique lancée à notre adresse , il ne soit pas nécessaire d’insister plus long-temps ; cependant , afin d’éloigner tout soupçon , il nous semble indispensable de faire un exposé fidèle des faits et de donner les éclaircissements suivants. On nous a accusé d’avoir commis dans nos œuvres une double faute littéraire : 1° on nous reproche de ne jamais citer les écrits des auteurs, principalement des auteurs modernes ; 2° on prétend que nous ne citons que nos propres écrits.
Pour ce qui concerne le premier de ces deux chefs d’accusation, nous possédons trois puissants moyens pour les rétorquer , à l’aide d’arguments aussi solides que dignes de la circonstance.
Et d’abord, il est complètement faux que nous soyons dans l’habitude de ne citer aucun auteur ; mais ce qu’il y a de vrai , c’est que quelquefois nous pensons qu'il ne vaut pas la peine de faire certaines citations , alors qu’il nous paraît superflu d’invoquer un témoignage auquel on est toujours à temps d’avoir recours ; persuadé qu’il vaut mieux
T. II
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en appeler à la chose elle-même , puisque là où l’on voudrait faire paraître le témoignage d’un auteur, le fait parle assez par lui-même et tient lieu de toute autorité.
En second lieu, nous dirons qu’en pareilles matières, il se présente presque toujours un si grand nombre d’auteurs à citer, qu’on se trouve dans l’embarras du choix ; et c’est là cependant ce que quelques-uns exigent de nous.
Troisièmement , enfin , comme les choses en faveur desquelles on pourrait trouver de nombreux témoignages n’en ont en général aucun besoin ; de même aussi aucun de ces témoignages , que nous sachions , ne pourrait suppléer aux faits, attendu qu’ils sont moins familiers et qu’ils se présentent moins souvent à l’esprit.
C’est précisément cet étrange abus de la liberté et cette licencieuse passion d’imaginer et de publier des choses inconvenantes , aussi indignes de la presse que de la science , qui fait que l’on éprouve une espèce de dégoût profond pour de semblables productions , dont nous n’avons point le loisir de nous occuper. Voilà pourquoi nous croyons qu’il est bon de livrer à leur propre sort ces auteurs et leurs livres , soit bons, soit mauvais.
§ LXIV. Principes dogmatiques de notre jihysiologie qui diffèrent de ceux des autres auteurs.
C’est ainsi qu’il est impossible de supposer que nous ayons puisé à une source étrangère la doctrine que nous enseignons dans notre Physiologie, et que nous avons toujours défendue et propagée jusqu’à ce jour ; attendu que nous nous écartons presque entièrement des opinions universellement admises , en ce que nous professons que la plupart des phénomènes vitaux tirent leur origine des mouvements 'proportionnés et dirigés en vue d’une fin nécessaire, surtout ces grands et étonnants phénomènes que d’autres physiologistes , notamment les modernes , osent
RÉCLAMATIONS, DÉFENSE, etc. 649
attribuer à des stimulations, à des instigations purement mécaniques de la matière organique, dirigées non vers une fin réelle et déterminée , mais simplement selon les dispositions matérielles de l’organisme et capables de suppléer à l’efficacité du mouvement lui-même. On ne saurait, d’un autre côté , nous accuser avec raison d’avoir emprunté la moindre des choses aux recherches oiseuses de la science anatomique moderne, lorsque nous indiquons et nous démontrons quels sont les avantages réels que la médecine peut retirer d’une étude bien entendue de l’anatomie.
Nous indiquons , en effet , en diverses circonstances , d’une part , que toute sérieuse considération de la texture intime des parties solides est complètement étrangère à l’observation vraiment médicale ; attendu qu’il est entièrement en dehors de la puissance de l’art médical d’intervenir d’une manière active et sûre dans la mystérieuse formation de la texture de nos tissus; mais que, d’autre part, lorsqu’on n’a pas une suffisante connaissance sur la structure organique , sur les rapports de connexité et sur les commotions de la veine-porte, on est incapable de se former une vraie conception physico-organique touchant les nombreuses et graves affections hypochondriaco-hy stériques et coliques. Nous prouvons , enfin , de la manière la plus évidente , que ne considérer qu’au simple point de vue mécanique et anatomique les raisons finales des mouvements exécutés dans le but d’accomplir des actes, c’est vouloir s’exposer à ignorer toujours pourquoi les phénomènes vitaux ont ainsi lieu, dans tel ordre, en tel temps, avec une telle précision et avec une universelle proportion vers un but final .
§ LXV. Dogmes pathologiques qui s’écartent de ceux des autres médecins.
Nous ne croyons pas non plus qu’il soit possible d attribuer à autrui les dogmes que nous enseignons dans nos œuvres
650 OEUVRES DE STAHL
pathologiques , et que nous nous efforçons sans cesse d’appuyer sur une démonstration solide et raisonnée.
En effet , si l’on examine les prétendus principes si peu fondés que l’on vante de toutes parts, ne verra-t-on pas qu’ils sont tout-à-fait contraires et opposés à ceux que nous établissons comme les bases inébranlables tant de notre pathologie que de notre physiologie , et dans lesquels nous soutenons et nous prouvons que toute altération provenant d’un écart dans l’ordre naturel des mouvements est d’une portée bien plus grande et infiniment plus digne de sérieuses considérations qu’une lésion profonde et proportionnée de X agrégat, alors surtout que cette lésion est directe et qu’elle n’a pas été précédée par une lésion préalable des mouvements vitaux.
Nous persistons encore aujourd’hui dans ce même sentiment, et nous ne cesserons de faire nos efforts pour inculquer de plus fort dans les esprits, que les diverses manières d’être successives des mouvements ne dépendent pas et ne sont pas l’effet de la présence de ces matières corruptives, vulgairement appelées matières peccantes, mais quelles sont simplement provoquées et exécutées en vue même de ces matières. De plus, nous insisterons encore sur cette pensée , que ces matières pressées de tout côté par les mouvements vitaux, bien loin d’en être la cause déterminante , ne participent pas en général à l’acte de la corruption , ainsi que le supposent certains auteurs , et que , contrairement à cette supposition , il faut reconnaître que ces mouvements ont pour objet spécial de prévenir ces sortes de corruptions, et d’empêcber qu’elles ne s’effectuent ou qu’elles ne prévalent enfin par leur action énergique et désastreuse.
§ LXVI. Dans les maladies , les mouvements sont utiles et même
nécessaires ; ils ne sont point soumis à la matière , mais ils sont
dirigés d cause d’elle et dans le but de l’expulser.
Dans la question actuelle , nous sommes tellement opposé
RÉCLAMATIONS, DÉFENSE, etc. 651
au sentiment propre de tous les auteurs , que nous parvenons à établir et à prouver, par une suite d’arguments invincibles , qu’un grand nombre de mouvements , bien que s’exécutant dans le corps en dehors de l’ordre naturel, ne sont pas cependant contre nature , ainsi qu’on se plaît à le dire, et qu’ils ne sont pas réellement morbides, c’est-à-dire altérés , troublés directement par la cause même de la maladie , et dirigés dans un sens opposé et contraire à toute proportion et à toute intention vitale salutaire , de manière à lutter contre l’action curative de la nature 1 .
Nous soutenons, en outre, que dans toute espèce de constitution morbide ces mouvements sont non-seulement utiles, mais même vraiment nécessaires et indispensables dans les cas les plus graves ; à tel point que , s’ils n’ont pas lieu de eette manière , on doit s’attendre à un préjudice des plus grands et des plus imminents de la part de la matière peccante 2 ; en sorte qu’il est de la plus haute évidence que les mouvements vitaux sont naturellement provoqués, non simplement à cause de cette matière dans le genre, mais bien plutôt dans l’espèce , contre cette même matière peccante si nuisible ; bien loin que ces mouvements soient directement excités par cette matière , ainsi qu’on le pense communément.
• Dans soïi Propemticon inaugural de .1101 (Hall e), monens anomalias motuurn vitalium pathematicas non esse tumultuarias aut turbulentas , Stahl développe ses idées à cet égard, et prouve que, tant dans l’état hygide que dafts l’état morbidè , la nature agit sans cesse dans le but de la conservation de la :\ie , et que c’est se tromper d’une manière bien étrange que de penser que , les mouvements vitaux qui se manifestent dans le coUis d’une maladiè doivent être regardés comme des actes purement pathologiques et contre nature. C’est là cependant ce que professent certains médecins, qui se plaisent à ne pas reconnaître l’unité vitale et le but final qui y est attaché.
2 Les humoristes entendaient par matière peccante un vice radical quelconque dans les humeurs, une altération apportée dans leur état chimique ou physique; ciest-à-dire que tout vice, en qualité ou en quantité, portait avec lui l’épithète de peccante. Les théories matérialistes, à l’époque de Stahl, mettaient partout cette matière peccante , même dans les affections purement vitales.
OEUVRES DE STAHL
§ LXVII. Bien souvent il n’ existé aucune proportion entre les mouvements et les matières.
C’est en nous appuyant sur ce principe que nous mettons en évidence manifeste la raison d’un paradoxe très-connu des praticiens habiles, mais généralement ignoré par les théoriciens ordinaires , qui ont été entraînés pour ce’ motif vers divers paralogismes d’autant plus dangereux qu’ils sont plus séduisants. Ce paradoxe, le voici : il arrive bien dés fois qu'il n’existe absolument aucune proportion entre les matières et les mouvements , et que ces derniers manifestent surtout une violence et une énergie de beaucoup supérieures à la véritable proportion des matières; et cela, notamment dans les étals morbides habituels de l’économie , alors que , suivant l’hypothèse généralement admise , il devrait arriver , tout au contraire , que toute matière morbifique devrait perdre de plus en plus son énergie.
Or , c’est ainsi que les choses se passent réellement pour certaines espèces morbides, et c’est là aussi ce qui rend chez le vulgaire des médecins la chose plus inexplicable encore , attendu qu’il est impossible d’établir une distinction convenable entre les faits d’après leur propre histoire, et qu’il devient très-difficile de découvrir et de discerner d’une manière évidente leur véritable étiologie.
§ LXVIII. Cela posé, on peut déduire de ces principes la pathologie des fièvres , ainsi que les divers appareils et les translations des mouvements.
C’est d’après ces principes fondamentaux que nous exposons et que nous établissons notre doctrine universelle des Fièvres ; c’est ainsi que nous déroulons la scène curieuse des divers appareils de mouvements tendant à une exonération, à un allègement quelconque de l’humeur sanguine , et que nous nous efforçons de rendre plus accessibles à toutes les intelligences les autres genres d’affections mor-
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bides qui se manifestent par suite des embarras que peuvent éprouver les mouvements vitaux , mais qui ne reposent pas simplement sur le seul effort morbide de ces sortes d’affections. Or , on nous objecte encore à ce sujet que , bien avant nous Campanella ( Thomas ) « a déclaré que la fièvre semble être une chose utile. Certes, nous reconnaissons sincèrement ce fait , et nous le faisons avec d’autant plus de satisfaction qu’il était de notre devoir d’en agir ainsi , et que nous étions mieux à même d’apprécier la valeur des paroles du savant Docteur Dominicain qu’aucun de ceux qui ont prétendu nous donner un avertissement à cet égard : attendu que nous savons parfaitement tout ce qu’a dit cet auteur sur ce point, dans son livre sur les fièvres, dont nos critiques ignorent positivement l’existence. Nous avouerons , avec la même bonne foi, qu’il est incontestable que Sydenham1 2 a regardé la fièvre comme un travail de la nature médicatrice , et que Van-Helmont 3 lui-même l’a enseigné avant lui.
1 Th. Campanella , né en 1568 , à Stillo , petit bourg de la Calabre , fut , dâns'sés jeùiies ans , un martyr de la science. On sait qu’il paya par vingtsept années de prison les idées hardies qu’il émit dans une dispute publique. Pendant cet espace de temps , il reçut sept fois la question : Urbain VIII ïüi fit rendre lk liberté. Il continua alors ses études en philosophie et en théologie: une fois qu’il fut reçu dans l’ordre des Frères-Prêcheurs ( Dominicains ) et qu’il eut obtenu le bonnet de docteur en médecine , il se fit une réputation des plus méritées , tant en Italie qu’en France , où il s’était retiré à l'âge de 56 ans. Il vécut à Paris jusqu’à l’âge de 71 ans , et mourut victime des expériences, sur lui-même, de l’action de l’antimoine. Outre les nombreux ouvrages théologiques et philosophiques qu’il a laissés, nous avons de lui : Medicinalium juxià propria principia libri septem. Lyon", 1635 , in— 4° ; ouvrage d’une très-haute érudition, dont le 7e livre est réservé , ainsi que l’indique Stahl , à un traité complet de fièvres. C’est là où Campanella dit ( chap. II , art. 1 ) : Febris non est morbus sed remedium , etc.
2 Sydenham répète , en mille endroits , que la maladie n’est qu un effet de la nature , etc., qui se sert de la fièvre comme d’un moyen curateur.
3 Van-Helmont, Opuscula medica in auditu; Lyon , 1677 , chap. H , De febribus , et ailleurs. C’était là , du reste , le sentiment de tous les anciens Hippocratistes, que nous citerons en temps et lieu.
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§ LXIX. Rapport qu’a eeiic thèse avec les idées des anciens.
Néanmoins , si l’on voulait prouver clairement qu’il existe certains rapports entre notre thèse et les assertions de ces auteurs, il faudrait , avant tout, démontrer qu’ils ont été d’accord entre eux sur ce sujet , et prouver ensuite qu’il existe réellement non-seulement quelque analogie , mais encore une ressemblance réelle entre de pareilles assertions et les nôtres ; et cela en s’appuyant sur d’autres motifs que ceux qu’on fait valoir ordinairement. En 'effet , puisque les faits se passent réellement ainsi dans la nature, et non autrement ; puisque c’est à l’aide d’une observation attentive que nous sommes parvenu à fixer ces mômes faits dans notre esprit , par une suite de démonstrations de plus en plus évidentes , comment aurions-nous pu leur donner une interprétation différente? *•. > -in ivitws
Il faut reconnaître cependant qu’il n’y a que les hommes réfléchis et doués d’une haute intelligence auxquels il soit donné de saisir la véritable différence qui existe entre la simple connaissance, à posteriori , de la véritable utilité d’une manifestation quelconque de symptômes fébriles et l’art de comprendre , ù\ priori , et de démontrer, d’une manière aussi claire que solide , la valeur de ces faits à l’aide du caractère naturel et instrumental de l’économie animale. A quoi bon, en effet, savoir qu’il y a du pain dans le monde , si vous ne savez où le trouver , et si vous ne connaissez les moyens de le préparer et de vous le procurer ?
§ LXX. Les anciens ont considéré les crises dans les > fièvres comme le combat et la victoire de la nature contre la maladie.
On doit en dire autant relativement aux considérations des anciens sur cette matière ; attendu que , dans les fièvres aiguës surtout, en admettant que la crise s’opère
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principalement par des excrétions tout-à-fait convenables ils la regardent comme le combat de la nature contre la maladie; et que, si la crise est suivie d’un prompt et heureux résultat, ils disent alors que c’est là une victoire de la nature sur le mal.
En d’autres termes , les anciens nous prouvent, par ces observations , qu’ils sont persuadés que la nature entreprend elle-même et accomplit effectivement tout ce qui peut tendre au salut du corps; mais que si elle ne peut point atteindre le but qu’elle se propose, on doit en attribuer la raison à la constitution fâcheuse de la matière morbide contre laquelle on ne peut plus rien; ils nous prouvent encore que toute commotion de la nature qui parvient et qui tend à une heureuse issue doit être attribuée à une bonne intention, à une efficace vigilance, à une action proportionnée et continue.
Quant à nous , nous avouons franchement qu’on ne peut rien dire de plus raisonnable et de plus vrai; mai si l’on veut se donner la peine de lire et d’approfondir la pensée de ces auteurs , on s’apercevra aisément qu’elle est dépourvue d’une vraie théorie indiquant d’une manière directe quelles sont en réalité les circonstances intermédiaires, quels sont les actes continuels et successifs , quelle est cette marche proportionnée, quelle est cette matière en parfaite analogie avec les phénomènes , quels sont les faits enfin d’après lesquels toute scène pathologique a réellement lieu avec un tel ordre et tend vers un dénouement final avantageux.
§ LXXI. Les modernes auraient donc dû observer quelle est la part de la nature dans les maladies.
C’est donc avec juste raison que nous dirons que quiconque entreprend d’instruire les autres sur ce sujet intéressant, devrait, avant tout, en bien saisir lui-même
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toute l’importance , afin d’établir ses assertions , non sur de frivoles et stériles considérations , mais bien sur une solide démonstration des faits ; il devrait nous faire connaître , dans un bon traité d’histoire clinique , ce qu’Hippocrate a déjà indiqué depuis long temps, savoir : que la nature, sans jamais l’avoir appris, exécute tout ce qui doit être fait (xà iïkovTa), tout ce quil est convenable , décent et indispensable d’accomplir ; que les natures sont elles-mêmes les puissances médicatrices des maladies; qu’un grand nombre d’hommes enfin guérissent sans médecin 1 (et même sans remède), mais aucun sans médecine 2 ou moyen médicateur.
Que , si cependant on ne juge point indispensable d’hp diquer ces faits avant que l’observation ne soit venue les confirmer dans l’esprit , il me semble du moins qu’ils sont dignes de surexciter la curiosité, et que l’on doit, dès-lors,; s’empresser de rechercher : 1° sur quoi se fonde réellement cette triple énergie si étonnante de la nature ; 2° si les actes qu’elle accomplit sont vraiment convenables et nécessaires; 3° quels sont les procédés qu’elle emploie pour guérir elle-même les maladies ; enfin , en quoi consisté la force médicatrice, cette médecine spontanée de la nature, ainsi que l’appelle proprement Hippocrate lui-même3.
§ LXXII. Convalescence spontanée des malades.
Pour nous, bien que nous l’ayons déjà fait observer ailleurs , nous déclarons ici qu’il n’est rien de plus blâmable que la simple curiosité, non-seulement celle qui s’occupe de choses étrangères à un sujet donné, mais aussi celle qui
* Stahl développe cette pensée sublime d’Hippocrate dans un opuscule intitulé : De medicinâ sine medico; Halle , 1707 , in-4«.
2 Voy. , T. VIII , Comment. XLI1I.
3 Stahl , dans une dissertation inaugurale , intitulée : De autocratiâ nalurœ, sive spontaneâ morborum excussione et convalescentiâ ( soutenue en 1696 par J. -A. Lasius) , développe, on ne peut mieux, sa pensée à cet égard. Nous reviendrons plus tard sur cet intéressant traité.
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s’en occupe et les traite de manière à négliger et à passer complètement sous silence les phénomènes propres qui se passent dans l’économie vivante et les faits qui doivent réellement s’y accomplir.
Certes, nous n’avions pas, en cette occasion, besoin de recourir seulement à l’autorité d’Hippocrate et de nous en tenir à ce qu’il dit; puisque nous avons continuellement devant les yeux une masse innombrable d’exemples sur lesquels repose l’authenticité des faits : nous voulons parler de la puissance médicatrice de la nature, qui se manifeste d’une manière si évidente dans les nombreux cas de convalescence spontanée, même dans les maladies les plus graves.
Nous pensons, en effet, que jusqu’ici aucun auteur ni aucune école n’ont jamais exposé ce fait éminent, n’y ont pas même touché, bien loin de l’avoir dignement traité dans leur enseignement ordinaire des dogmes médicaux.
§ LXXIII. Les modernes auraient dû encore étudier ces actes nécessaires de la nature.
Au premier coup-d’œil, tout homme intègre dans ses appréciations et capable de porter un jugement en ceci , comprendra que , si l’on peut dire que la nature , dans ses opérations médicatrices , exécute des actes utiles et nécessaires , exerce une véritable médecine et obtient même des guérisons, il sera on ne peut plus avantageux, nous dirons même indispensable , de montrer d’une manière évidente si ces opérations de la nature , regardées comme vraiment convenables et obligatoires , sont naturellement telles ; si on doit les considérer comme absolument nécessaires , et si elles ne doivent et ne peuvent pas ne pas avoir réellement lieu de cette façon. Il sera également utile d’examiner si cet acte de la nature a besoin du concours de l’art médical pour se manifester et s’accomplir ainsi ; il faudra, en outre, bien établir aussi si ce ne sont pas les opérations seules de la nature
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médicatrice qui doivent être absolument et irrévocablement regardées comme nécessaires et indispensables. U sera encore fort important de démontrer si la nature guérit d’une manière j positive , et s’il est en son pouvoir de ramener le corps dans un état de santé parfaite; il conviendra de bien apprécier enfin si , Comme le prétendent les théoriciens modernes, la matière est vraiment susceptible d 'entrer directement en effervescence et de s'apaiser ensuite 1 , de sorte que, de nuisible qu’elle était d’abord , elle puisse perdre plus tard sa nocuité et devenir impropre à porter le trouble dans l’organisme , de manière à permettre à l’économie vivante , une fois délivrée de cet état affectif dans lequel l’avait jetée cette matière supposée active, de rentrer dans le plein exercice de ses fonctions et dans la parfaite intégrité de ses organes.
§ LXXIY. C’est ainsi qu’ on parviendra à comprendre la différence qu’il y a entre le simple exposé et la connaissance parfaite d’un fait.
Or, s’il se fût présenté un homme qui eût convenablement approfondi et traité cès diverses questions, il se serait certainement mis à l’abri de tout reproche déshonorant , uonseulement touchant une négligence coupable , mais encore touchant cette grave et très-complexe confusion qui règne tant dans fe domaine de la pathologie clinique, que dans la doctrine universelle des fièvres et la méthode rationnelle de les guérir ; il n’aurait jamais eu à supporter de la part des hommes savants et bien intentionnés aucune espèce de blâme haineux , ni les sarcasmes insensés que les méchants el les oisifs seuls se plaisent à débiter sottement, d’après
1 Ces opinions , regardées maintenant comme absurdes en France et dans toutes les Écoles vitalistes, sont encore favorablement écoutées aujourd’hui, en Italie, par l'École florentine , représentée par le savant Bufalini , et professées d’une manière exclusive dans une grande partie , éminemment matérialiste , de l’université de Vienne.
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ce prétexte qu’Hippocrate a déjà parlé de ces choses. En effet, ces hommes érudits et consciencieux auraient pu facilement reconnaître quelle est la différence qu’il convient d’établir entre le simple exposé ou la légère indication d’un fait, et la connaissance approfondie de ce fait, unie à la démonstration manifeste de sa véritable importance.
§ LXXV. Les anciens ont su ce que c’est que la pléthore, et l’ont reconnue comme "cause de certaines maladies. ' v
Par une raison tout-à-fait identique , il n’est personne qui ignore que les anciens ont parfaitement bien su ce que c’est que la Pléthore , et l’ont même reconnue comme cause de maladies diverses, à moins qu’on n’ait l’esprit prévenu en faveur des opinions helmontiennes , tachéniennes et mécaniques ', ou, comme on le dit, à moins qu’on ne se plaise à divaguer dans un champ inconnu. Néanmoins, on n’osera jamais soutenir que ces mêmes auteurs aient poussé jusqu’à une extrême limite leurs investigations à cet égard, tant sous le point de vue de l’espèce et du nombre, que sous le point de vue réel de l’ordre et du véritable lien étiologique d’après lequel on reconnaît dans la manifestation de ces faits la dépendance mutuelle et réciproque des circonstances et des diverses affections elles-mêmes.
§ hXX,\l. Diqression sur les rapports de causalité.
Si noiis parlons , en passant , de lien étiologique, qu’on n’aille pas s’imaginer cependant que nous voulions user ici de ces termes qu’on s’efforce d’inculquer dans l’esprit des jeunes logiciens, et qui, par le fait, ne fournissent rien à l’intelligence, bien qu’on en remplisse une page entière : telles sont les expressions de cause efficiente , cause matérielle, cause adéquate (dans une acception tout-à-fait étrangère à la science médicale), cause éloignée, cause pro-
• Voy. T. VIII , Comment. XLIV.
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chaîne , cause plus prochaine , cause essentiellement inhérente, cause essentiellement conséquente, >etc.
Or, sans blâmer d’une manière absolue l’emploi que l’on fait de ces termes , nous dirons cependant qu’il serait fort étrange , lorsqu’il s’agit d’indiquer simplement la marche ou le mode de succession des faits , qu’on imposât comme absolument indispensable une méthode historique à l’aide de ces expressions , et que , par cela même , on apportât la confusion dans l’idée réelle et intime des faits, en se laissant aller à des considérations étrangères au sujet et purement abstractives.
C’est là pourtant ce qui se passe ordinairement en médecine , et ce qui fait que des théoriciens ainsi plongés dans de pures abstractions ne peuvent que difficilement acquérir des connaissances exactes, et sont dans l’impossibilité de les transmettre aux autres. — Ajoutez à cela qu’avec des notions aussi vagues touchant les rapports de causalité (défectuosité inhérente à des spéculations aussi étrangères à l’art médical) , on ne peut que négliger et taire les vrais rapports d 'instrumentation et de finalité , et conséquemment s’éloigner de toute vérité fondamentale, ainsi que d’une juste appréciation des phénomènes qui ont lieu dans le corps vivant et des actes spécialement destinés à sa conservation.
§ LXXVII. Bien que les anciens aient fait provenir les hémorrhagies de la pléthore J ils n’ont cependant pas tout dit à cet égard.
Les anciens , il est vrai , ont fait provenir les hémorrhagies de la pléthore, mais ils ont été défectueux encore en cette occasion, non-seulement parce qu’ils ont négligé de faire une juste appréciation de ces espèces morbides en les considérant simplement comme des écoulements purement passifs, mais encore parce que, n’étant pas assez attentifs aux mouvements relatifs à ces sortes d’évacuations , et négligeant d’observer leur retour périodique, ils ont perdu de
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vue ce qui constitue tout le vrai caractère fondamental de ces sortes d’affections , tant sous le rapport des âges dans le genre que sous celui des différentes exacerbations dans l’espèce, à tel point que les modernes, pour combler le vide qu’a produit une semblable négligence, se sont crus dans l’obligation de reproduire ces six cents saveurs, pour pouvoir donner une explication à ces phénomènes 1 .
§ LXXVIII. Les anciens notisont transmis certaines précautions pour la guérison des hémorrhagies.
On rencontre , en effet , chez les anciens , quelques auteurs qui nous ont transmis çà et là , parmi les moyens méthodiques et pratiques qu’ils préconisent , des avertissements utiles touchant l’importance et le choix des précautions à prendre dans la curation des diverses espèces d’hémorrhagies; quelques-uns de ces médecins vont même jusqu’à reconnaître que la nature opère en ceci une influence salutaire.
Mais nous n’avons jamais entendu dire qu’aucun d’entre eux ait démontré la vérité de ces assertions d’une façon convenable, ni qu’il se soit efforcé, en l’honneur de la propagation des vrais principes , de faire accepter ces idées comme
1 Hippocrate, ne pouvant expliquer les désordres qui se passent dans le corps par suite de l’altération vitale ou mafériêllé des humeurs, avait mis en avant4à-Vi(^p^é(Midi^;-iia',stm^':ët imaginé ses 600 ou 1,000 saveurs, c’est-àdire une infinité de modes divers d’altération de la masse humorale , donnant à celle-ci tm caractère spécial" 'qu’il nommait saveur. Aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles,, les chimistes, les mécaniciens et les physiciens poussèrent plus loin cette hypothèse purement gratuite du Vieillard de Cos, et supposèrent, les uns , que les humeurs variaient de forme, de volume , d’aspect et de goût; les. autres, que leurs molécules constitutives étaient altérées d’une infinité de manières dans leur figure; les autres, enfin, attribuaient à la matière morbifique, — appel èe peccante, — la faculté d’entrer en fermentation, en effervescence, et de produire mille et mille variétés de maladies. C est à l’aide de ces diverses interprétations qu’à l’époque de Stahl on expliquait la plupart des affections morbides et les phénomènes qui les précèdent, les suivent ou les accompagnent.
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dignes de mériter l’assentiment des docteurs de la science et de figurer dans leurs livres au nombre des vérités dogmatiques.
§ LXXIX. Il y a défectuosité chez les anciens non- seulement dans leur manière de considérer les maladies, mais encore dans remploi qu’ils font de la saignée.
Il est , au contraire , de la plus grande évidence que , vu le vague de leurs connaissances à cet égard, les anciens n’ont eu que des notions incomplètes sur les considérations particulières qu’ils établissaient relativement à une infinité de faits , c’est-à-dire sur l’origine et la marche des diverses espèces d’affections morbides ; il est , de plus , certain que , malgré leurs nombreuses controverses , ils n’ont donné aucune démonstration plausible du véritable emploi de la saignée, à tel point qu’ils n’ont jamais pu prouver évidemment que ce moyen thérapeutique ne fût pas réellement nuisible 1 .
Nous n’ignorons pas qu’il existe de ces personnes incorrigibles qui , lorsque cette question s’agite en leur présence , ne se laisseraient jamais persuader par les meilleures raisons du monde ; mais , pour les convaincre de la vérité et pour les confondre devant des juges compétents et intègres , il n’y a qu’à leur montrer, d’une manière évidente , d’une part , quel est l’avantage réel que retire directement d’une hémorrhagie spontanée un sujet d’une constitution pléthorique et exposé à de fréquentes commotions, et, d’autre part, à quelles nombreuses et graves incommodités et affections successives ce même individu est exposé lorsque, se trouvant dans de semblables conditions , il ne lui survient aucune évacuation sanguine.
Or, une fois ces faits solidement démontrés, en s’appuyant sur la réalité même de la pratique médicale , nous sommes
1 Stahl , dans une dissertation De phlebolomiâ , traite cette question d’une manière on ne peut plus complète. — Halle , 1701 , in-4».
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en droit de regarder comme insensé et bien téméraire quiconque se refusera a y croire et à adopter la saignée comme un moyen utile en certains cas.
§ LXXX. Nos dogmes se distinguent de ceux des autres pctr Ik connexité qui existe entre eux et les heureuses conséquences qui en découlent dans V application à la pratiqûe7
Nous n’avons certes pas à craindre que les bons esprits veuillent jamais révoquer en doute la validité de nos raisonnements déductifs sur ces matières , et nous pouvons , dès aujourd’hui , soutenir plus hardiment que jamais , ën public, nos idées doctrinales fondées sur ces principes ,, et faire espérer qu’il en découlera , positivement , non-seulement une Théorie , mais encore une Thérapeutique médicales aussi simples que certaines et parfaitement d’accord avec la Pratique dogmatique.
Maintenant, si nous faisons allusion à ces idées particulières que l’on nous accuse d’avoir dérobées çà et là dans un, deux et même plusieurs auteurs, dans ce fatras obscur et difficile de tant d’opinions diverses et contradictoires , nous espérons què les personnes capables de bien juger porteront dans ceS questions un esprit équitable , et sauront les apprécier d’après l’histoire de leur constitution, ou d’après l’utilité bien reconnue que nous leur attribuons , bien qu’en général on ne l’accepte pas. D’un autre côté, pour ce qui est de la connexion simplement systématique que ces questions ont entre elles, et de X enchaînement des preuves, ainsique de leur application directe à une véritable méthode pratique , personne, nous espérons , à moins d’une coupable négligence , n’osera supposer que nous ayons emprunté à autrui nos lumières à cet égard.
En effet , comme il existe dans la nature même de ces choses un caractère de connexité que l’on reconnaît dans toute chose vraie et réelle , et qu’on ne saurait en rien