INFLUENCE SUR LES PROGRÈS DE LA MÉDECINE ET DE LA
chirurgie pratiques. Grande et belle question que j’ai eu l’occasion d’étudier dans tout son jour, et qui recevra dans la présente publication toute l’extension dont elle est susceptible !...
Qu’il me soit permis de dire seulement et de proclamer hautement ici , que , si ce n’eût été l’intelligent secours de mon bien-aimé père , ancien membre de l’Université, et familier avec toutes les difficultés philosophiques , scholastiques et grammaticales , dont fourmillent les œuvres de Stahl, j’aurais peut-être retardé l’exécution de mon entreprise , et la science aurait été privée , pour quelque temps encore , d’une traduction , aussi exacte que fidèle , de la pensée médicale et philosophique du grand homme qui , de son temps , avait déjà mérité le nom d’Hippocrate moderne , mais qui , hélas ! aujourd’hui était déjà oublié pour la plupart , défiguré par les uns , méconnu par les autres et complètement ignoré par le vulgaire des philosophes et des médecins.
La littérature médicale éprouvait un grand vide par le manque d’une traduction de Stahl : serai -je parvenu à satisfaire à un tel besoin ? C’est ce que j’ignore ; mais ce dont je suis bien et dûment certain , c’est que j’ai accompli un travail que bien d’autres peut-être avaient tenté d’entreprendre avant moi , mais dont nul n’a eu le courage de poursuivre l’exécution et de la mener à bonne tin.
Aurai-je été téméraire ? Non sans doute ; car je n’ai fait , dans ce pénible et long travail , qu’obéir au zèle et à l’amour réel que j’ai toujours eu pour la science.
Ce qui a principalement soutenu mon courage pendant ces quinze années de pénibles labeurs , ce qui a ravivé mes forces , ce sont les conseils et les encouragements , aussi flatteurs que sincères , de mes vénérables professeurs , MM. Lordat, Golfin, Ribes, Risuefio-d’Amador , Bouisson, Jaumes et Boyer.
Je dois encore dire ici que j’ai des remercîments à faire aux honorables MM. Rosenbaum, Ch. Witte , professeurs à l’université de Halle; à l’excellent M. Stahl, professeur de droit à l’université de Berlin ; à MM. les dignes et vénérables abbés Caval, Frizet, Branchereau, aux RR. PP. Bénigno , Lacordaire, Alexis, etc.
Que MM. Tissot et Boyer veuillent bien recevoir ici l’hommage public de ma reconnaissance inaltérable pour les bons conseils qu’ils m’ont donnés , et de la large coopération qu’ils daignent prendre à la publication de mon travail. Leurs noms seront pour moi la plus puissante égide que je puisse opposer à ceux qui , obéissant à une funeste et maligne influence , auraient été portés peut-être à établir leur critique sur de fausses données.
Parmi les traités divers et les ouvrages ex professo de Stahl que j’ai traduits et dont la liste détaillée se trouve sur la couverture de chaque volume , les principaux sont : i° la Theoria mediga vera, comprenant quatre traités spéciaux de Philosophie médicale pratique , la Physiologie et la Pathologie en entier ; 2" le Negotium otiosum , ou polémique entre Stahl et Leibnitz ; 3° le Collegium casuale , ou recueil raisonné de 102 observations médico - pratiques et cliniques ; 4° I’Ars sanandi , ou critique de la méthode expectante de Gédéon Harvey ; 5° enfin , divers traités de Physiologie et de Médecine - pratique .
Nous voici enfin arrivé à la distribution des diverses parties qui constituent cet ouvrage , c’est-à-dire au mode de publication que nous avons cru devoir adopter de concert avec l’honorable M. Boyer.
Nous présentons d’abord Stahl , et nous l’étudions comme élève, mais, pénétrant peu à peu, sous les plus heureux auspices , dans le sanctuaire de la médecine , une fois initié aux mystères de la nature vivante. Nous le montrons ensuite auteur, et, dans l’ordre que nous suivons pour la publication de ses œuvres théoriques et pratiques , nous offrons en premier lieu au public ses travaux critiques, plaçant immédiatement après ses productions dogmatiques, et réservant pour la fin ses œuvres justificatives , dans lesquelles il se défend contre de subtiles et vaines accusations. Partout Stahl reste ce qu’il est réellement ; partout on le voit philosophe profond , sage observateur , habile praticien , maître consciencieux : aurait-il pu en être différemment?
Ce qui contribuera à augmenter l’intérêt de notre publication , ce sont les nombreuses notes et les commentaires que nous y avons ajoutés; ce sont encore et surtout les arguments et les réflexions dont le savant professeur Boyer a enrichi chaque traité spécial ; ce seront enfin les remarquables' travaux qui nous seront fournis par l’excellent et très-érudit M.le professeur Tissot , si avantageusement connu par ses nombreux travaux littéraires et philosophiques.
Ajoutons à cela les documents précieux que nous devons à la bienveillante sollicitude de savants distingués , français et étrangers , qui ont bien voulu devenir nos collaborateurs et compléter ainsi une œuvre aussi importante.
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Notre publication , ainsi distribuée , se compose de huit
volumes , dont voici le contenu ou exposé sommaire :
1er Volume. — Introduction (par MM. Boyer et Béchamp). — Discours préliminaire , avec trois tableaux synoptiques , représentant un résumé complet et historique de la théologie , de la philosophie et de la médecine (par le docteur Blondin). — Histoire du Vitalisme animique , depuis Homère jusqu’à nos jours (par M. le professeur Tissot). — Notice biographique de G.-E. Stahl (par deux professeurs éminents de l’université de Halle).
IIe Volume. — Préface du traducteur. — Discours fie Faschius et Thèse inaugurale de Stahl. — Notice sur l’académie de Halle. — Discours sur la philosophie d’Hippocrate. — Quatre traités servant d’introduction à la Theoria medicavera , savoir : 4° Parænesis, etc. , ou nécessité d’éloigner de la médecine tout ce qui lui est étranger; 2° Recherches sur la différence qui existe entre le mécanisme et l’organisme; 5° Distinction à établir entre le mixte et le vivant du corps humain.
(Le 4e Traité sera placé en tête du IIIe volume.)
IIIe Volume. — Avant-propos du traducteur. — Récréances, indications et remarques justificatives de Stahl, touchant ses œuvres. — Dissertation sur la sanguification , etc . — Vraie théorie médicale , traité complet de physiologie; suivi d’un appendice ayant pour titre : Corrélation des phénomènes organiques et des phénomènes psychiques, etc. (parM. Tissot).
IVe Volume. — Avant-propos. — Dissertation sur la certitude de l’art médical. — Pathologie générale et spéciale.
Ve Volume. — Pathologie très-spéciale. — Prologue inaugural sur les erreurs de l’expérience; suivi d’une dissertation médicopratique sur le sentiment de la nature, touchant les curations intempestives ou incongrues.
VIe Volume. — Avant-propos. — Negotium otioswn, ou polémique célèbre entre Leibnitz et Stahl. — Appendice : Questions transcendentales sur le principe de vie (par M. Tissot).
VIIe Volume. — Avant-propos. — Collegium casuale, etc., ou recueil de 102 observations médico-pratiques , avec l’exposé raisonné et le traitement circonstancié de chacune des affections
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morbides. — Silène - Alcibiade , ou Ars sanandi , art de guérir, opposé à Y Ars curandi , art de traiter les maladies par la simple méthode expectante de Gédéon Harvey. — Chaque traité sera précédé d’un argument spécial, et suivi de réflexions intéressantes , par M. le professeur Boyer.
VIIIe Volume. — Commentaires touchant les points doctrinaux et pratiques les plus culminants des divers traités et ouyrages ex professo de Stahl , compris dans la présente publication. — Synonymie chimique , ou exposé en langage moderne des principaux termes employés dans les nombreux ouvrages de Stahl sur la chimie. — Études sur Stahl et son école , au point de vue chirurgical. «-Fragments philosophiques. — Correspondances , etc.
Un mot maintenant sur les divers opuscules et traités qui composent ce IIe volume , constituant le Ier de la traduction des œuvres de Stahl .
I. La dissertation mise en tête de notre traduction , comprend deux parties bien distinctes , savoir : 1 0 le Discours inaugural de Faschius , professeur de la faculté de médecine d’Iéna; 2° la Thèse inaugurale de G.-E. Stahl, sous la présidence de R. W. Crause, professeur distingué de philosophie, de médecine et de chimie à ladite faculté.
Le Discours de Faschius est principalement remarquable en ce qu’il montre d’une manière évidente qu’à cette époque (en 1 684-), l’école d’iéna , sous les W. Wédel , les Bohnius, M. Etmüller, les Crause et les Faschius, professait la même doctrine du Vitalisme Hippocratique que l’École vitaliste de Montpellier professait aussi alors.
Les paroles prononcées à l’occasion de la soutenance de la thèse de Stahl portent en elles le cachet d’une pureté étonnante , au point de vue des idées doctrinales , bien que, au fond, il y eût un reste de l’esprit Helmontien, et l’on peut
dire que 1 ecole d’Iéna appartient de droit à celle du Vieillard de Cos.
Dans son compte-rendu de la thèse du jeune candidat , Faschius se plaît à prodiguer à ce génie naissant les plus flatteurs éloges qu’on puisse adresser à un élève , et fait entrevoir en lui la grandeur à venir de celui qui devait bientôt faire retentir le monde entier de la voix puissante de son esprit réformateur et créateur.
II. La Thèse inaugurale de Stahl : De intestinis, a pu paraître à quelques personnes comme étant peu en harmonie avec les tendances ultérieures du candidat, ce qui a fait penser ( bien à tort ) que la thèse doctorale de Stahl est cette dissertation ayant pour titre : De sanguificatione in corpore semel formato . Or, je possède, à cet égard, des documents irrécusables, qui prouvent que la thèse : De intestinis, a été présentée et soutenue par Stahl à Iéna , le 20 janvier 1 684-, pour obtenir le grade de licencié et le titre de docteur ; tandis que celle : De sanguificatione , faite par Stahl , il est vrai, a été soutenue par J. -S. Brehme, en avril de la même année , c'est-à-dire trois mois après , sous la présidence de Stahl lui-même , bien qu’il ne fût que simple docteur encore .
Ce fut là , sans doute , un honneur insigne pour Stahl , mais ce ne fut pas le seul; car, pendant les quelques années de son séjour à Iéna, non-seulement il fut désigné pour présider à la soutenance de plusieurs thèses , mais encore il fut appelé à faire, dans l’université, des cours publics de chimie, de physiologie et de médecine-pratique , qui furent suivis par la jeunesse savante et élégante du pays , ainsi que par ses confrères et ses maîtres eux-mêmes.
La thèse doctorale de Stahl est on ne peut plus remar-
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quable et heureuse ; l’auteur s’y montre savant anatomiste , physiologiste profond, et surtout habile clinicien.
Dans sa préface, il établit déjà les bases de sa doctrine médicale, et, toujours fidèle aux enseignements de l’Oracle de Cos , il divise le corps humain en parties contenantes (solides), en parties contenues (fluides, etc.), et en agent incorporel et invisible {roi evopgovra, impetum facientia ).
Il étudie ensuite son sujet sous le quadruple point de vue anatomique, physiologique, pathologique et thérapeutique.
Tout ce que je puis dire dans cet exposé sommaire , c’est que Stahl est partout correct , minutieux dans ses détails anatomiques , savant et érudit dans ses études physiologiques , aussi exact que possible dans le compte-rendu des lésions intestinales, qu’il divise très-bien en vitales et organiques. Par lui la matière , c’est-à-dire l’agrégat , est soigneusement distinguée du principe moteur, nommé avant lui natura, spiritus insitus, archœus, et qu’il préfère appeler principium vitale (principe vital animateur), anima præses actionum (âme présidant aux actes vitaux).
Sa thérapeutique est riche, rationnelle et efficace : c’est l’argument le plus concluant , le plus péremptoire contre les assertions de ceux qui (sans l’avoir lu, sans doute) ont osé prétendre que la thérapeutique de Stahl consistait dans une expectation absolue , et que sa matière médicale devait nécessairement être fort restreinte et , partant, incomplète. Je dirai seulement, par anticipation, que non-seulement ces hommes ( pour si éminents qu’ils soient , d’ailleurs ) n’ont jamais connu une œuvre de médecine-pratique de Stahl, mais qu’encore ils n’ont peut-être jamais connu les détails de la vie médicale de l’habile Professeur de Halle et les heureux succès qui en ont fait la gloire.
III. La Notice abrégée sur l’École médicale de Halle , que nous avons placée immédiatement après la thèse de Stahl , est un document intéressant pour le lecteur, et que celui-ci doit nécessairement connaître , afin d’avoir une idée précise des circonstances qui ont précédé, accompagné et suivi la création de l’académie de Halle , dont F . Hoffmann et Stahl ont été les premiers professeurs, mais dont la fondation, en tant qu’école , revient de droit à Stahl.
Ce ne sera pas sans intérêt , je pense , qu’on lira les détails historiques qui y sont donnés de 1694, c’est-à-dire depuis la fondation de cette académie par Frédéric-Guillaume Ier, roi de Prusse , jusqu’à 1740, six ans après la mort de Stahl.
IV. Le Propempticon, ou discours sur la philosophie d’Hippocrate , a été placé en tête des travaux de Stahl , professeur , afin de le poser, avant tout, aux yeux du lecteur, comme philosophe , et de montrer que , comme Hippocrate , il enseigne, non ce philosophisme trompeur et mensonger, dont les sophistes font un vain étalage et duquel ils se parent , comme d’une puissante égide , pour agir plus sûrement contre la vraie sagesse , mais bien cette saine philosophie qui , selon Hippocrate , rend l’homme semblable à la Divinité , iaodsôç , et qui, d’après Stahl, place l’homme au-dessus de ses semblables et assure au médecin la couronne de l’immortalité.
A l’exemple du Vieillard de Cos , notre illustre auteur enseigne qu’il n’y a pas de vraie médecine sans philosophie , et qu’un vrai philosophe doit être nécessairement initié aux dogmes de l’anthropologie médicale .
Dans ce court entretien académique, Stahl enseigne ce qu’il a pratiqué lui-même durant toute sa vie , et ce qu’il a enseigné même dans tous ses écrits. Qu’on me permette ici
une seule citation entre mille ; il dit 1 : « Les médecins se «mettront à l’abri de la censure exercée contre eux ( et «quelquefois trop juste) , en n’aimant et ne cherchant que la «vérité, en se faisant les vrais ministres de la nature; alors «ils s’acquitteront de leurs devoirs , ils seront modestes et ré- «servés, en reconnaissant l’admirable puissance dont la sagesse «infinie du Créateur a doué la nature, ainsi qu’en ramenant, «en conformant sans témérité, sans jactance et sans alïecta- »tion prétentieuse, l’art médical, comme simple auxiliaire, «à la méthode régulière, à la loi et au génie de la nature «vivante. Ils seront patients, assidus, laborieux dans leurs «recherches, et recueilleront, par ces moyens, le fruit d’une » sage et utile expérience . »
Stahl était si fortement imbu des principes hippocratiques , que , dans sa longue carrière professorale , il s’est constamment appliqué à en commenter et perfectionner l’esprit , et que , dans ce but , il a publié une vingtaine d’opuscules aussi savants que curieux.
V. La traduction du Traité hippocratique de la Bienséance , que nous donnons immédiatement après le discours sur la Philosophie d’Hippocrate , est un précieux document , regardé , jusqu’à ce jour , comme apocryphe par la plupart des bibliophiles et des savants. Le lecteur me saura gré, je pense, de profiter de cette occasion, pour mettre sous ses yeux cet écrit intéressant, qui doit désormais occuper une place distinguée parmi les véritables œuvres d’Hippocrate ; la traduction en appartient à M. le professeur Boyer et M. Girbal , docteur agrégé de la Faculté de médecine de Montpellier.
1 Ars sanandi, cap. 2.
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VI. Les quatre traités qui vont suivre, et dont les trois premiers seulement sont compris dans ce volume , forment l’introduction à la Vraie théorie médicale.
A . Dans le premier de ces traités , l’auteur avertit et enseigne que l’on doit soigneusement écarter de la science médicale tout ce qui lui est étranger , et , bien que habile physicien , savant professeur d’anatomie et chimiste le plus distingué de son siècle , il dit: «Gardez-vous bien de perdre »un temps précieux dans la contemplation des phénomènes «physiques du corps humain ; ne fatiguez point votre esprit «en de vaines et trop stériles recherches anatomiques ; fuyez «surtout les erreurs mensongères de la science chimique «appliquée à l’étude des phénomènes de la vie , car sachez «que l'art est long et que la vie est courte. »
Mais il ne faudrait pas croire que Stahl ait prohibé l’étude de ces sciences : les connaissances approfondies, qu’il avait en chacune d’elles , attestent dans quel sens on doit prendre ses paroles. En voici quelques preuves, puisées en dehors du traité qui nous occupe : Nous lisons , en effet , à la première page de son introduction à l’Ars sanandi : «L’étude spéculative de la nature universelle constitue la «science physique générale ; mais une étude plus spéciale , «renfermant l 'anatomie et même la physiologie humaine, «établit le fondement de la vraie théorie médicale et même «de la thérapeutique. Personne n’aura , je pense , la hardiesse «et la folle témérité, je dirai même, l’impudence de refuser «à l’étude de la physique vraie et éclairée les éloges et «l’estime dont elle est digne , ni rabaisser le prix des divers «avantages qu’on en retire... » Au deuxième chapitre du même livre , on lit encore : « Ne serait-ce pas d’ailleurs une
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«chose injuste et contraire à la vérité, que de tourner en «dérision et de flétrir comme une frivolité l’étude exacte et «complète de l’anatomie ? Cette science révèle des vérités, «que l’ignorant seul méprise ; elle fait part de ses trésors, «tant à l’histoire naturelle qu’à la vraie science anthropolo- «gique , qui n’en dédaigne pas les secours. L’anatomie, en «effet, présente divers avantages réels qui conduisent même «à la pratique médicale , à la théorie et à la pratique «chirurgicales surtout. »
Pour ce qui concerne la chimie , il est inutile de dire ici l’importance que Stahl lui donnait, en tant que science expérimentale, sagement appliquée à la médecine. Ce qu’il voulait , c’est qu’on n’en fît pas une étude trop spéciale , capable d’éloigner les esprits médiocres du véritable but médical ; car, dit-il, encore au même chapitre de l’ilrs sanandi: « Ce qui fait vraiment le malheur en ceci, c’est que la plu- » part de ceux qui s’appliquent avec tant de soin à des opérations chimiques, ignorent le plus souvent les éléments » de la science et ne méritent pas le nom de chimistes. »
« Ne se sent-on pas , en effet, mal au cœur, dit-il encore, » d’entendre mentionner, sinon de se trouver parmi tant et un » si grand nombre de saveurs, d’odeurs, de vapeurs, d’âcretés, >» d’irritations, de simulations, de fermentations? Et le dégoût » ne redouble-t-il pas quand on vous parle tantôt des indigna- » tions et de la fureur des esprits animaux, des archées vitaux, » et tantôt de leur contentement , de leur animation, de leur » transport de joie, etc. ? »
Le but principal de l’auteur dans cet opuscule , c’est de faire ressortir les avantages réels d’un langage médical , pur et dépouillé de toute ambiguité , d’une étude sérieuse et exacte de l’organisme humain , et du principe animateur qui
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préside à sa conservation ; son intention a été surtout de nous mettre en garde contre les fauteurs de la doctrine matérialiste , qui , depuis environ un siècle , avait de nouveau envahi les écoles médicales modernes. Stahl recommande surtout l’étude de la vie , et de cette force médicatrice dont le Créateur a doté la nature humaine.
B. Le traité: De mecanismi et organismi diversitate , placé immédiatement après le Parœnesis , est une solide et spirituelle réfutation des doctrines erronées de l’Iatromécanisme , des Iatromathématiciens , et des hypothèses toutes gratuites de tous les Matérialistes de l’époque. L’auteur, après avoir établi que l’esprit humain travaille sans cesse à la découverte de la vérité , et que c’est par la force de sa volonté qu’il y parvient, explique en même temps comment il se fait que , au point de vue des choses matérielles et qui se trouvent en dehors de nous , l’esprit ne peut point s’en faire une idée sans le secours des sens. Il veut qu’on étudie d’abord les choses corporelles sous un rapport général , et puis qu’on les considère sous un aspect tout spécial : c’est alors , en effet , qu’on peut découvrir les qualités et les propriétés intimes des êtres ; que l’on parvient à connaître nonseulement X essence de l’être (ut est) et sa nature (ut fît) , mais encore , sous ce dernier rapport , comment l’être peut et doit recevoir V existence . Il arrive ainsi peu à peu à établir une différence entre le mécanisme et X organisme; il rejette la théorie des anciens sur le hasard , qui , n’étant tout simplement que l’ignorance même des causes , ne saurait être pour rien dans la création des êtres organisés qui font le sujet de son étude ; il combat victorieusement les opinions corpusculaires d’Épicure et de Démocrite ; il critique ceux qui , ne voulant pas se donner la peine d’approfondir
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les merveilles de la nature , s’appuient sur les lois éternelles posées par le Créateur, pour expliquer les phénomènes qui se passent dans le corps humain .
Sans se mettre l’esprit à la torture , on peut bien cependant parvenir à une distinction raisonnable entre le mécanisme et l’organisme ; pour cela , il faut éviter toute confusion de langage, et savoir bien distinguer une machine de la force motrice qui la met en jeu , un organe de l’agent vital qui le meut , je veux dire l’instrument de l’agent lui-méme. Il faut , ajoute l’auteur, soigneusement distinguer le x 6 efficere du x6 facere.
L’organisme, qui n’est autre chose que le mécanisme habilement mis en jeu et sagement administré pour un but final déterminé, diffère énormément du mécanisme en tant que tel. Pour- l’organisme , il faut une disposition mécanique particulière , et , sans cette condition , la fin spéciale de l’être ne pouvant être atteinte, l’organisme ne saurait exister, c’est-à-dire que l’organisation est détruite et qu’il ne reste plus que l’instrumentation.
L’auteur s’étend ensuite en des considérations philosophiques sur les divers modes de perception de l’âme humaine ; il prouve que , en tant que liée au corps , elle a besoin de ce dernier pour l’exercice de ses facultés , au point de vue des choses corporelles , de la constitution intime desquelles elle ne peut avoir une idée précise sans quelle s’en soit fait préalablement une idée préfigurable.
Stahl combat ensuite l’idée cartésienne touchant le mécanisme des bêtes , qu’il regarde comme animées et douées d’un principe de vie sui generis. Tout en s’inclinant devant la volonté et l’intention du Créateur, il rejette la théorie de Malebranche, qui admet l 'incessante intervention immédiate
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de Dieu sur les êtres organisés , et cela à l’aide d’un miracle permanent.
Il est donc évident que Stahl n’est ni Cartésien ni Malebranchiste ; il appartient à l’école de S. Thomas et de Bossuet.
Stahl termine cet intéressant traité en disant que le corps est X organe de l'âme , son véritable instrument , sur lequel et par lequel elle agit en vertu de sa puissance motrice substantielle , principe de vie que les anciens ont désigné sous le nom de nature vivante.
Le lien organique qui existe entre l’âme et le corps est un mystère bien difficile à découvrir. L’auteur démontre la réalité de ce lien : 1 0 par l’énergie de l’âme de la mère sur la structure du corps de l’enfant ; 2° par l’énergie des affections de l’âme sur le corps : ici , il distingue la raison du raisonnement, le 16yo$ du loyiagbç, ; 3° par la réaction des affections corporelles sur l’âme, c’est-à-dire par les effets produits sur l’âme par les irritations et les commotions organiques , par les lésions matérielles et les altérations de tous les genres de la machine organique, etc.
De ces diverses considérations , dit-il enfin , on arrive à la découverte de la véritable étiologie des fièvres , et à établir les fondements de la vraie théorie médicale.
C. Dans le Traité : De mixti et vivi corporis verâ diversilate , Stahl s’applique à réfuter les opinions des Iatrochimistes et des Physiciens de son époque ; il se plaint de ce qu’on a toujours confondu la mixtion du corps avec la vie dont il jouit; il critique l’idée aristotélicienne de la division à l’infini, et il prouve que dans les corps inorganiques, comme dans les corps organisés, il existe des parties indivisibles qu’il appelle éléments ; il distingue les corps en
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mixtes et composés ; il établit une différence entre V agrégat et X individu physiques , ainsi que entre l’agrégat homogène et l’agrégat hétérogène; il met une distinction entre l’agrégat inorganique et l’agrégat organique , et prouve ainsi qu’on ne doit pas confondre le mixte avec le vivant; considération qui est de la plus haute importance en médecine. L’auteur donne un aperçu sur la structure du corps humain et sur la texture des tissus organiques; il enseigne que le corps possède une mixtion * toute particulière et spécifique , conservée dans son état normal pendant toute la vie , par l’acte vital de la nutrition dirigé lui-même par un principe actif qu’il appelle , avec les anciens , nature ou âme vivifiante.
Le corps éminemment corruptible a besoin , pour sa conservation, de l’acte incessant de cet agent vital, immatériel, qui préside à la santé et à la vie du corps. Lorsque les organes sont atteints de corruption, il n’y a que cette puissance de vie qui ait la faculté de les rétablir dans un état normal et primitif, à l’aide d’une méthode vitale salutaire qui lui est propre , c’est-à-dire par un accroissement d’activité tant locale que générale ; et cela , en facilitant , d’une part , l’adhérence et la cicatrisation des parties lésées , et en provoquant , par voie de sécrétion et d’excrétion , l’expulsion de la matière morbide elle-même. Mais si cette opération est défectueuse , et que la corruption fasse des progrès envahissants , on en doit chercher la cause plutôt dans la faiblesse , 1 hésitation , le défaut d’énergie , le trouble et le découragement du principe vital actif, de la force médicatrice naturelle , que dans 1 agrégat et dans la mixtion du corps.
«Il existe, dit Stahl, trois sujets à l’égard desquels on » a coutume de parler de vie : Dieu , l’âme , le corps.
» Dieu , source de toute vie , est le Souverain Créateur
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