‹ Œuvres médico-philosophiques et pratiques de G. E. Stahl... traduites et commentéesChapitre 12 sur 23 · ARTICLE UNIQUE · texte numérisé non relu

ARTICLE UNIQUE

Des pertes de sang non spontanées qu’on doit regarder comme anormales,

§ 1. Les coups, dit-on , ne se comptent pas ; celui qui frappe en administre tant que son antagoniste lui en donne le temps. Cette comparaison vulgaire peut parfaitement s’appliquer aux hémorrhagies : ainsi , on ne peut pas, dans une constitution hémorrhagique, apprécier au juste les circonstances caractéristiques d’une perte de sang à son début, sous le rapport surtout de son intolérable opiniâtreté et de ses préjudices ; mais une fois que l’éruption s’est franchement manifestée, ce n’est certes pas sans raison qu’on peut nettement augurer non-seulement que ces évacuations seront plutôt nuisibles à tel individu qu’à tel autre, mais encore que, suivant telle ou telle condition de temps, elles auront pour conséquences les dangers les plus imminents ou les incommodités les plus graves.

§ II. Ce qui mérite à ce sujet une mention toute spéciale, c’est la méthode arbitraire des saignées artificielles, pratiquées sans discernement par d’imprudents praticiens qui , loin de porter ainsi secours et remède à l’état du patient, comme cela devrait être , l’exposent au contraire aux plus fâcheux inconvénients. Or, une évacuation artificielle peut être inconvenante et anormale.

Yoyex T. VllI, CotnmcntaUe CCXLIY.

tant au point de vue du temps, qu’au point de vue de la partie où on la pratique ^ .

§ III. Et d’abord, par rapport au temps; ee qu’il y a d’important à eonsidérer, c’est Vâge, trop tendre encore, du sujet (quHl soit dans l’enfance ou même dans l’adolescence) ; il est vrai que la nature opère souvent à ces époques de la vie de son propre mouvement des évacuations sanguines par les épistaxis ; mais ce n’est pas là une raison pour qu’on puisse sûrement , au point de vue des conséquences ultérieures , se permettre de pratiquer librement , pour ne pas dire libéralement, des saignées artificielles à ces divers âges. 11 n’y a pas de raison, disonsnous , pour entreprendre pareille chose, car les désagréments qui peuvent provenir chez les enfants , par suite des efforts hémorrhagiques ou de l’arrêt des évacuations sont si peu importants en eux-mêmes, qu’il n’est pas besoin du secours de l’art pour y remédier®. La vraie méthode, en ces circonstances, capable de suppléer l’agent vital, c’est, nonobstant d’autres moyens, l’usage pur et simple delà diète.

§ IV. Mais comme une pareille méthode n’est pas toujours sûre, il est certainement indispensable de bien comprendre que, lorsque la nature exécute laborieusement un acte morbide de ce genre, elle est , en général , peu disposée à en contracter l’habitude ; tandis qu’elle revient facilement à ces mêmes actes lorsqu’ils répondent ou satisfont presqu’exactement à ses intentions et qu’elle les exécute en même temps sans fatigue, sans embarras, sans entrave, en un mot avec la plus grande facilité. C’est là, assurément, une chose d’une importance souveraine au point de vue des secours de l’art ; car il faut prendre garde que, tout en voulant, par les auxiliaires

^ Voyes T. VIII, Commentaire CCXLV.

’ Voyes T. VIII, Commentaire CCXLVI.

les plus actils, prêter main forte à la nature dans ses fonctions vitales, on ne donne lieu aux plus funestes perturbations : chose que l’on sait avoir lieu parfois pour les phénomènes de l’ordre moral. En d’autres termes, il est à craindre r que , par une condescendance téméraire, on ne rende pour l’avenir trop sensible et partant très-impatient ou très- opiniâtre le caractère essentiel de cette même nature; T qu’une aversion, une répugnance prononcée pour ces sortes de moyens subsidiaires ne succède chez elle, dans la suite et quelquefois prématurément, au trop long usage qu’elle en a fait ; 3° enfin, que la conséquence de tout cela ne soit un trouble des plus confus et des plus insolites, comme aussi une véhémence et une pétulance des plus anormales dans ses habitudes intimes, si , une fois commencés, ces moyens superflus de soulagemèîit dont nous venons de parler ne sont pas franchement et officieusement continués en temps opportun , dans un simple but de complaisance.

§ V. Ce qu’il y a d’incontestablement vrai, c’est que, pendant le jeune âge, les incommodités et les dangers qui, à une autre époque de la vie, pourraient être prévenus ou dissipés au moyen de la saignée, ne sont ni assez sérieux, ni assez graves qu’on ne puisse les combattre efficacement par d’autres moyens. Du reste , les affections qui ne sont pas amendées par des agents thérapeutiques sagement administrés ne sauraient être avantageusement traités par la saignée. Quoi qu’il en soit, l’habitude prématurée des évacuations sanguines est très facilement contractée par la nature qui , â l’avenir, les réclame comme un service et parfois n’en accepte qu’avec répugnance l’efficacité suffisante.

§ VI. Le second genre non moins intempestif d’émission sanguine, que nous devons placer à côté des évacuations artificielles incongrues , ce sont les saignées que

l’on pratique dans certaines affections, où ne prédomine pas une abondance réelle de sang et chez lesquelles on ne peut pas constater de véritables efforts de la nature pour trouver une issue. Néanmoins, à cause même de certaines conditions cpnstitutionnelles actuelles, on peut parfois observer de pareilles tendances sur lesquelles il est facile de se méprendre, mais qui sont plutôt l’effet que la cause vraie et constante de la maladie : énergie eausale contre laquelle il paraîtrait nécessaire de lutter et dont il serait éminemment utile de diminuer l’intensité, d’après le témoignage de l’expérience clinique elle-même.

§ VII. Or, une pareille méthode est fautive pour quatre raisons : la première, c’est (lue l’évacuation sanguine dissipe et détruit rarement l’affection elle-même, (et cela paree que, dans nos pays et en nos climats surtout, les maladies, dues en partie à des influences climatériques, ne sont jamais simples et franches) ; la seconde, c’est qu’en général les saignées que l’on pratique sont insuffisantes et, partant, incapables de satisfaire à un pareil résultat (qu’elles obtiendraient peut-être par une émission quantitative plus convenable)*, la troisième, c’est que, comme d’une part, les symptômes morbides sont habituellement confus et leurs effets n’ont que fort peu souvent, ainsi que nous venons de le dire, un caractère nettement tranché et comme d’autre part , il n’en est pas de même pour les évacuations sanguines, attendu que cellesci pêchent par la quantité ou par l’à-propos, pour ces motifs, toute bonne efficacité non-seulement se trouve anéantie, mais encore se voit ordinairement remplacée par un fâcheux résultat; la quatrième raison, enfin, et c’est celle qui mérite le plus d’attention, c’est que, lorsqu’une fois on en est venu à donner par ce moyen, satisfaction à la nature occupée dans un moment d’exacerbation à combattre obstinément la cause de son malaise, on peut être sûr

qu’à l’avenir elle comptera sur de semblables serviees et qu’à la moindre occasion elle se livrera aux mêmes aetes, à de semblables mouvements d’impétuosité , dont elle ne départira qu’à la condition qu’on viendra à son aide par les mêmes moyens. Néanmoins , une pareille méthode a pour conséquence inévitable la surexcitation de ces mouvements impétueux et le retour plus prompt, plus violent ou plus obstiné des nombreuses affections qui se rattachent à ces désordres. Or, le moyen de dissiper sûrement et efficacement ces désordres, c’est lorsque tout est tranquille et en dehors des paroxysmes, de venir au secours de la nature en prévenant par une médication spéciale les phénomènes morbides qu’elle s’efforcerait en vain de combattre dans un moment de surexcitation par de violents efforts U § VIII. La troisième classe d’évacuations intempestives du sang, comprend celles qui se pratiquent inconsidérément à des époques spéciales et critiques : ce qui arrive quelquefois par une imprudence dont la perpétration a sa cause dans une fatale méprise ; mais le plus souvent aussi , c’est dans l’inexpérience réelle que l’on a de ces sortes de choses, tant par un oubli inexcusable que par le dédain même de ce que l’on ignore, faute de connaissances expérimentales suffisantes , et enfin par la coupable habitude où l’on est, soit de confondre les parties inférieures avec les parties supérieures du corps, soit d’ignorer l’utilité et l’importance qui est attachée à ces divers genres d’évacuations artificielles. C’est ainsi que, pendant l’écoulement menstruel et le flux régulier, plus ou moins périodique des hémorrhoïdes, on a la témérité de pratiquer d’abondantes saignées dans les parties supérieures du corps. Mais qu’en résulte-t-il? surtout si,

Voyeg T. Vlll, Commentaire (iCXI.VU,

d’un côté l’écoulement (spontané d’ailleurs) du sang est habitué à s’opérer avec abondance et que, d’un autre côté, tout en observant assez régulièrement sa périodicité, ce flux hémorrhagique soit embarrassé ou laborieux dans sa marche. Il en résulte que la nature, mémorieuse et avide de faveurs, en raison de l’issue facile qui lui a été largement ouverte ailleurs et où le sang a trouvé un prompt passage, persiste dans la suite, avec une sorte de penchant, à diriger vers cette nouvelle issue tous les efforts hémorrhagiques.

On peut lire dans les auteurs quels désordres et quels bouleversements peuvent naître, à l’époque des menstrues par exemple, de ces pratiques hétéroclites ; comme aussi les préjudices qu’elles apportent au flux hémorrhoïdal, d’ordinaire si délicat, n’échapperont pas aux cliniciens qui n’ont jamais cessé, dans leur pratique, de porter leur attention sur l’appareil général des hémorrhoïdes.

§ IX. Il reste encore un quatrième genre d’anomalie dans la pratique de la saignée : c’est celle qui provient de l’insouciante négligence de bien distinguer les régions supérieures d’avec les régions inférieures du corps, distinction fondamentale et essentielle pourtant^, surtout au point de vue des âges en général et du sexe féminin en particulier. Ainsi, on pratiquera (pourvu que l’opportunité du moment soit prudemment saisie) avec une euphorie universelle et des plus satisfaisantes, les évacuations artificielles dans les régions inférieures du corps, si c’est vers ces parties que tendent et se portent les mouvements de la nature. Ce qu’il y a de remarquable et de positif en ceci , c’est que la saignée, pratiquée dans l’une comme dans l’autre région du corps, sera d’autant plus

Voye;: T. VIII. Commentaire CCXLVIII.

322 OEUVRES DE STAHE.

avantageuse ou nuisible, que, spontanée et principalement en dehors de l’état normal , la congestion sanguine, ne pouvant trouver une issue convenable et n’ayant pas avec les organes vers lesquels la nature a fait ses premières tentatives, des rapports de temps et de lieu, s’opère d’une manière intense vers les parties supérieures.

Il ne sera pas déplacé, nous pensons, de rapporter ici deux exemples, parfaitement appropriés à la question présente, quoique nous les ayons déjà cités dans un autre ouvrage.

1“ Une femme de 25 ans révolus éprouvait, entre-autres anomalies, dans le cours périodique de ses menstrues, de fréquentes céphalalgies , d’tme gravité alarmante et d’une violence presque continue. Etant enfin parvenue à surmonter l’horreur instinctive qu’elle avait pour le sang, elle consentit à se laisser pratiquer des saignées aux pieds, et reconnut que ce moyen joint à d’autres auxiliaires convenables , tels que l’usage opportun des pédiluves, procurait à ses douleurs des trêves répétées et même un soulagement très-considérable. Il s’écoula ainsi trois bonnes années , pendant lesquelles , s’étant fait saigner au pied , à la saison du printemps et de l’automne, elle jouit d’une assez belle santé et n’éprouva aucun de ses violents accès d’autrefois.

Or, à une certaine époque (c’était durant l’automne), elle se sentit de nouveau incommodée par l’irrégularité de ses menstrues et par de légers maux de tète ; jugeant alors à propos de recourir, comme de coutume, à la saignée, elle fit appeler un chirurgien. Celui-ci , qui n’était autre qu’un barbier, essaya par deux fois, mais en vain ! de saigner au pied notre hémaphobe. Désireuse de se laisser pratiquer une saignée réelle, mais, redoutant un troisième essai semblable aux deux premiers , elle se rendit facilement aux raisons du barbier qui lui persuada que c’était chose indifférente que de saigner au bras ou au pied ; « Le résultat, disait-il, est le même; avec » cette exception , toute favorable en ce cas , que l’opé- » ration au bras est infaillible, tandis qu’au pied elle est énor- » mément difficile ou chanceuse. »

La patiente se détermina donc à obtempérer aux désirs du barbier qui , du reste, fit assez habilement son opération et

lui tira quatre onces de sang ; mais, trois heures après, cette jeune femme fut saisie d’une céphalalgie si cruelle et si opiniâtre, qu’elle n’avait pas idée d’en avoir jamais éprouvé de semblables : l’effet du mal fut même si violent que les veines temporales se gonflèrent d’une manière extraordinaire et que les yeux sortaient de leur orbite; en sorte qu’elle était devenue tout à fait méconnaissable par suite de la déformation de sa physionomie et de la dilatation des pupilles causée par leur protubérance : aussi se trouva-t-elle grandement exposée de perdre la vue et d’être réellement atteinte d’amaurose. Sur ce, ayant consulté des baigneurs, ceux-ci lui répondirent avec stupidité qu’elle était inévitablement menacée de cataracte; mais, ayant plus tard eu recours à un vrai médecin, elle eut le bonheui; d’être délivrée de tous ses maux au bout de trois semaines L 2° Nous avons encore cité ailleurs un autre exemple d’une pareille palindromie vers la tête, provoquée , chez une femme, par une saignée faite au bras. Les irrégularités menstruelles lui occasionnaient chaque fois, à elle aussi , une opiniâtre et intense congestion de sang vers la tête, qui persistait plusieurs mois; mais elle se trouvait à chaque attaque , soulagée par un traitement médical qui rétablissait la régularité de ses évacuations utérines. Il y avait même plus d’un an déjà que , grâce à une convenable saignée au pied tous les six mois, elle ne ressentait plus ses désagréables incommodités. Fidèle à ses usages, elle voulut à la fin de l’année se faire saigner ; or, il en fut de cette femme comme de la précédente : un barbier doublement inhabile essaya, mais sans succès, d’inciser la veine pédieuse ; il ne se déconcerta pas cependant pour cela; car, ayant fini par persuader à la malade que la saigner au bras ou au pied était une affaire parfaitement égale, il pratiqua la saignée au bras. Soudain , le soir môme, la face et la tête de la patiente s’enfièrent d’une manière extraordinaire, sans avoir nullement éprouvé ni les douleurs anciennes, ni la congestion excessive: qui en était l’avant-coureur... Ce ne fut que par un sage traitement, d’une efficacité immédiate, que le mal dont les progrès ne s’étaient pas encore développés, fut dissipé dans lat nuit môme.

Vot/es T. VIll, Commentaii'e CCXLIX,

§ X. Assurément, il ne manque pas de personnes qui, se basant sur une hypothèse ou sur une intention directement conforme, selon eux, à celle de la nature, proposent, en pareil cas, des saignées aux parties supérieures, dans le but surtout de faciliter (par un certain moyen de révulsion) aux évacuations sanguines qui s’exécutent difficilement vers les parties inférieures, leur rétrocession légitime vers les organes supérieurs ; mais comme, d’après ce qui a été déjà dit dans le précédent article , le retour des efforts évacuatoires vers les régions supérieures ne garde jamais une modération régulière et qu’il a des conséquences dont le caractère est beaucoup plus fâcheux, parfois même beaucoup plus périlleux, à cause de la délicatesse de ces organes, lorsqu’à cela se joint surtout l’anomalie de l’âge, nous pouvons en conclure hardiment la nocuité de cette pratique : sans invoquer même les funestes effets ultérieurs qui proviennent de l’interruption de ces décubitus hémorrhagiques dont une pratique habile peut seule, par sa circonspection, nous donner une connaissance positive.

On voit donc, pour peu qu’on y réfléchisse, quel est le désordre inhérent aux mauvais usages que l’on fait de ces sortes de choses : ataxie tellement bien prononcée, qu’on ne s’aperçoit jamais si satisfaction a été donnée à l’affection vers les voies inférieures ou si elle a été cornplétement détruite. Ce dernier résultat n’arrive pas souvent; car, en cas de soulagement, la diminution, nous dirons même la dissimulation du mal, n’est que temporaire et fictive : parfois aussi , par un mouvement transitif ou palindromique, anormal selon les âges, il se forme vers les régions supérieures du corps une constitution morbide plus importune encore et parfois plus funeste, capable de donner , de mille manières différentes, un accès facile aux affections hypochondriaques, pectorales, ca-

tarrhales, suffocatives, vertigineuses, apopleetiques, paralytiques; en un mot, à toutes les espèees d’arthrites qui ont, elles aussi , leurs anomalies.

§ XI. Le cinquième et dernier exemple, la dernière espèce de saignées intempestives consiste dans la quantité anormale du sang que l’on tire. 11 y a donc anomalie par défaut ou par excès-, par défaut, lorsque l’émission est trop parcimonieuse ou qu’il y a gêne dans la liberté de l’éruption ; par excès, lorsqu’on tire trop de sang en une seule fois ou qu’on répète trop souvent la saignée. On peut se tromper, enfin, au point de vue de V opportunité du temps; lorsqu’on pratique la phlébotomie à une époque tantôt peu convenable, tantôt même tout à fait contraire.

§ XII. En première ligne, des saignées vicieuses au point de vue de la quantité du sang extrait, nous mettrons celles qui pèchent par défaut; car il se commet à cet égard une erreur capitale, lorsqu’on ose proposer une pareille saignée dans une intention vraiment curative. Pour une telle fin , en effet, une insuffisante émission de sang (à moins que les sujets ne joignent à une grande sensibilité une nature excessivement calme) est absolument fallacieuse ; elle peut même bien des fois provoquer certaines perturbations considérables dans la masse sanguine, vulgairement appelées turgescences.

§ XIII. C’est ainsi que l’évacuation artificielle du sang est défectueuse lorsqu’il est impossible de tirer la quantité nécessaire de sang pour obtenir un effet salutaire. Mais il y a défaut réel d’éruption , lorsque l’ouverture de la veine étant trop petite, le sang coule avec trop de lenteur et de faiblesse; — tandis, au contraire, que tous les sujets qui, par leur exquise sensibilité, paraissent les plus disposés à éprouver quelque incommodité par suite de la saignée, sont particulièrement affectés, dans les

mêmes circonstances, d’une prompte, subite et copieuse

éruption sanguine.

g XIV. Il n’est .pas rare, cependant, qu’il y aiteæcès dans la pratique des saignées : 1“ d’une manière générale, lorsqu’on retire plus de sang qu’il ne faut (c’est là ce que les baigneurs et les barbiers se plaisent à faire quelquefois, de leur propre mouvement) ; 2" lorsque, ne tenant aucun compte de la circonstance très-spéciale de la grandeur, de la force et de l’abondance pléthorique des , individus, on les soumet tous et chacun en particulier à la même loi , à la même mesure , en leur tirant une égale quantité de sang.

§ XV. Or, le grand mal , en tout ceci , c’est que , en répétant témérairement et sans discernement les saignées artificielles (que la faute en soit aux caprices volontaires du patient ou à la coupable ignorance du médecin), il se commet des erreurs graves sous plus d’un rapport : erreurs provenant de la négligence impardonnable où l’on est de ne pas tenir compte de l’opportunité de cette opération qui doit toujours être non-seulement utile, mais à l’abri de tout danger M Parmi les saignées anormales de ce genre, nous signalerons celles pratiquées au milieu de l’été, dans la saison des plus fortes chaleurs et les saignées faites sur n’importe qui , sous toutes les phases de la lune indistinctement.

g XVI. Reste maintenant un mot à dire de h scarification et de son usage plus ou moins convenable. En général , la scarification ne convient qu’aux tempéraments lymphatiques à constitution éminemment spongieuse : c’est plutôt comme une simple dérivation sanguine que comme une évacuation réelle qu’on l’emploie, surtout quand on a à faire à des contentions opiniâtres ou à de réelles congestions hémorrhagiques, à type rhumatismal,

' Voyez T. Vlll , Commentaire CCL.

vers la tête. On peut même considérer comme intempestive toute scarification pratiquée en des conditions autres que ces dernières.

Toute évacuation sanguine par la scarification n’a donc de véritable efficacité que tout autant qu’on la répète plusieurs fois; néanmoins, une abondante émission de sang pratiquée tous les mois, sans tenir compte ni des époques, ni des tendances des malaises actuels ou des souffrances accoutumées, ne peut êti’e qu’une chose inconvenante et une grossière erreur. Il serait bien plus raisonnable, en effet, de faire coïncider la scarification soit avec les variations du temps, soit avec les saisons, soit enfin avec les circonstances extérieures , capables de provoquer une exacerbation^.

§ XVII. Le plus grand danger inhérent à ces sortes de méthodes abusives et anormales , c’est l’habitude des scarifications entraînant toujours après elle cette double conséquence, savoir : 1° plus une scarification est abondante et immodérée, plus vite elle cesse de répondre au but pour lequel elle avait paru être de quelque utilité, dès les premiers essais ; 2" quand bien même l’émission du sang n’amènerait aucun résultat sensible et vraiment salutaire, il est imprudent et l’on doit bien se garder d’abandonner entièrement l’usage des scarifications , surtout d’une manière brusque. Car c’est un fait certain que des scarifications habituelles, malgré leur inutilité, ne sauraient ‘être imprudemment abandonnées sans exposer infailliblement le patient aux incommodités les plus graves.

§ XYIII. H en est, du reste, de la scarification comme de la saignée ; sa pratique n’offre pas moins d’inconvénients, lorsqu’on en fait l’application, sans égard pour les inclinations hémorrhagiques, basées sur la raison des

‘ Yoye^i T. VIll, Commentaire CGLl.

âges. C’est ainsi , par exemple, qu’on a l’habitude, tant chez les personnes âgées que chez les personnes jeunes, d’appliquer plus souvent des ventouses aux parties supérieures qu’aux régions inferieures ; or, c est précisément par ce moyen qu’on ouvre la voie aux retour des affections arthritico-rhumatismales et aux mouvements anormaux qui en constituent l’appareil ; comme aussi on favorise l’apparition et le développement d’une foule d’autres indispositions.

§ XIX. Il nous reste encore â dire quelque chose d’un fait qui , dans la pratique médicale, est d’une importance considérable; nous voulons parler de V omission intempestive des évacuations artificielles auxquelles l’économie corporelle est déjà habituée. En ce cas on agit autrement qu’il ne convient , et de plusieurs manières différentes. D’abord, lorsqu’on croit simplement devoir mettre de côté des évacuations devenues habituelles à la suite d’un fréquent usage, par l’unique raison que, seules, elles ne satisfont plus entièrement à la sotte attente de l’impérétie ou que leurs résultats légitimes sont anéantis par l’emploi d’autres moyens perturbateurs. En ces cas, disons-nous, malgré leur impuissance reconnue, l’omission des saignées artificielles est inévitablement nuisible.

g XX. En second lieu , nous mentionnerons à ce propos une formule des plus sottes que ne cessent de répéter les bonnes vieilles femmes en général et beaucoup d’autres personnes en particulier, touchant tous les phthisiques, jeunes ou vieux indistinctement, ou ceux qu’une perturbation quelconque dans la libre circulation du sang a fait tomber dans une consomption apparente : « Ces personnes-là, dit-on, ne feraient-elles pas mieux de renouveler la masse de leur sang ^ que de le prodiguer ainsi témérairc-

* Littéralement : « emprunter un sang étranger pour l’infuser dans son corps, »

ment par la saignée. » « Siesolten sich lieber das blut in den leib kauffen, etc. » Cette manière de s’exprimer, (entendue dans le sens de la quantité du sang) est bonne, mais simplement pour les vieillards ; notamment tant que le patient mange et boit sans difficulté ; mais un semblable conseil ne peut rien en faveur de la qualité du sang, et la saignée, loin de porter préjudice à sa quantité, lui est certainement favorable. Quel est donc le résultat d’un tel langage? C’est de porter un préjudice positif à toute espèce d’amélioration , de favoriser, de faire naître et de surexciter des incommodités plus nombreuses, plus profondes et plus certaines, toutes les fois qu’il a pour résultat la folle témérité de s’abstenir (chez des individus accoutumés à la saignée) d’une évacuation opportune et d’en négliger désormais la pratique. Le vulgaire lui-même peut se convaincre de la vérité de nos paroles par le fait de la scarification : il est aisé de voir, en effet (à moins d’être aveuglé par la vaine autorité des demi-savants, sans expérience), que la négligence irréfléchie de ce moyen chez les personnes avancées en âge favorise énormément le retour de leurs ancienne infirmités.

§ XXL Ce qu’il y a de bien certain en tout ceci , c’est que les saignées prudemment ordonnées et habilement pratiquées sur des sujets à qui l’allégement ^ du sang est opportun, peuvent avoir des résultats si avantageux que, non-seulement elles neutralisent puissamment les libres progrès et les effets proportionnels de diverses affections, mais qu’elles ménagent encore un accès facile à l’efficacité d’une convenable médicamentation : aussi , en suivant une semblable méthode, prend-on mieux en général l’intérêt des malades qui , par cette raison , sont délivrés de la nécessité de faire de folles ou de vaines dépenses,

Voyes T. VIU , Commentaire CCLll.

330 OEUVRES DE SÏAHL.

soit en remèdes, soit en consultations médicales. En outre, un médecin honnête et probe se concilie, en agissant ainsi, l’estime publique, tout en sauvegardant l’honneur de sa conscience ; en sorte qu’on obtient, par un habile et prudent usage de ces auxiliaires, ce qu’on n’eût pas été en droit d’espérer sans eux : une semblable méthode, d’ailleurs, satisfait pleinement, soit à la volonté du Créateur i, soit à la puissance de l’art, soit aux devoirs de la conscience, soit enfin aux vœux du malade.

Mais ce n’est pas ici le lieu d’énumérer une à une toutes les erreurs provenant de l’administration inconvenante de la phlébotomie; une pareille étude est plutôt l’objet d'une pratique journalière que d’un traité théorique de la pathologie médicale ; aussi , nous borneronsnous, dans nos enseignements actuels, à recommander aux hommes intelligents d’user de la plus grande circonspection dans l'emploi de ces moyens.

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