CHAPITRE P
DES DOULEURS CONGESTIVES.
§ I. Dans la partie spéciale de ce Traité, nous avons déjà placé les douleurs au dernier rang, parmi les effets les plus généraux des congestions : nous avons été amené à suivre cet ordre par la considération surtout que les douleurs n’ont pas leur principe naturel dans les congestions proprement dites et qu’elles sont au contraire trèssouvent occasionnées ou entretenues par les mouvements et les contentions spasmodiques. Que s’il est d’usage
d’en rejeter la faute sur la congestion elle-même, on conviendra néanmoins que la contention spasmodique y contribue le plus et provoque d’une manière formelle la partie la plus importante de l’élément douleur.
§ IL Toutefois, comme les aperçus qui fournissent le moyen d’établir de véritables indications dans la pratique médicale, sont par là même on ne peut plus utiles à la théorie, nous établirons une différence positive et à l’abri de toute équivoque entre les douleurs provenant d’une simple congestion et celles qui reconnaissent pour cause unique les contentions spasmodiques. A cette fin, nous traiterons, en leur lieu, dans cette partie très-spéciale de la pathologie, chacune de ces diverses affections et nous placerons en première ligne les douleurs engendrées par les congestions.
§ III. L’ordre que nous suivons est, du reste, exactement conforme à la marche même de la nature ; car, d’après l’opinion commune à tous les pathologistes, c’est aux simples congestions sanguines que l’on doit rapporter habituellement les douleurs.
De la Céphalalgie sanguine.
§ 1. De tous les maux de tête, le plus simple, le moins compliqué, celui dont les suites naturelles sont les moins à redouter, c’est, sans contredit, la céphalalgie sanguine. Cette douleur attaque de préférence les individus, sains d’ailleurs, jouissant même d’une santé florissante, d’une couleur vermeille et d’une bonne constitution, chez lesquels le sang est on ne peut plus riche (comme le prouve l’état de plénitude continuelle des vaisseaux), qui sont, en un mot, dans la force de l’âge et d’un bon tempérament.
§ IL Pour ce qui est de son siège, nous dirons que
la douleur céphalalgique occupe quelquefois toute la tête; mais, le plus souvent, c’est le sinciput qui en est le siège ; parfois, enfin , elle se localise au front, aux tempes et sur le sommet seulement de la région sincipitale^ 11 n’est pas rare non plus de voir cette affection envahir la racine du nez ; elle est même si vive en pareil cas, que les patients ainsi atteints accusent une extrême ardeur dans le fond des fosses nasales et un sentiment de forte pression vers la région ethmoïdale , accompagnée dar\s l’intérieur du globe des yeux , d’une douleur cuisante, compressive, pongitive et semblable à celle qui serait causée par le choc ou le contact d’un corps étranger.
§III. A cette constitution symptomatique, viennent se joindre pour éclairer le diagnostic de cette affection des symptômes ordinaires et appréciables aux sens : ce sont;
1 “ une chaleur du front, manifeste au toucher ; 2® la rougeur et l’injection de la face, à moins que la douleur ne provienne d’un état spasmodique prédominant et venant compliquer la céphalalgie en provoquant un genre particulier de souffrance, caractérisée par la pâleur du visage ou par une distribution inégale dans sa coloration ; 3® au surplus, si le patient est d’une complexion spongieuse (tempérament lymphatique), la rougeur provenant de la congestion céphalalgique est accompagnée d’un gonflement et d’une turgescence assez manifestes de la figure, ou du moins (si cette dernière partie en est exempte) d’une dilatation des vaisseaux temporaux et jugulaires. Quant aux yeux, s’ils ne sont pas toujours enflés ou injectés de rouge, ils sont certainement gravement affectés chaque fois, parceque, non-seulement la vision ne s’effectue pas norma-
' C’est là ce qu’on nomme vulgairement migraine; mais Stalil consacre ce dernier mot pour désigner ces mêmes douleurs lorsqu’elles se manifestent chez des sujets soumis à la diathèse rhumatismale,
lement, mais encore parceqiie l’organe visuel ne peut pas
même supporter, sans malaise, la lumière en plein jour.
§ IV. Or, ces douleurs cessent et disparaissent de deux manières différentes : 1 “ après une sorte de remittence successive et graduelle-, 2” à l’aide de certaines évacuations spontanées.
D’abord , la rémittence de la céphalalgie peut avoir lieu d’une manière hâtive, soudaine et prompte, ou bien d’une manière lente et tardive, après de longues contentions. Les personnes jeunes (surtout du sexe masculin) en sont promptement délivrées. Les personnes âgées, au contraire, et notamment les femmes, n’en sont débarrassées que difficilement, lorsqu’elles y sont déjà habituées et (|u’elles éprouvent les atteintes du mal , sous forme de vrais paroxysmes, opiniâtres ou rebelles. Car s’il y a des intervalles bien déterminés dans les accès, la céphalalgie finit par abandonner le poste et par s’évanouir complètement, après qu’elle a jeté tout son feu, selon l’expression vulgaire.
§ V. En second lieu , la cessation des maux de tête peut s’opérer à l’aide de certaines évacuations, surtout si elles produisent de véritables déplétions sanguines. De ce genre, sont les hémorrhagies naturelles qui, survenant tôt ou tard chez les sujets jeunes, ont pour effet l’allégement de la masse du sang et la disparition des souffrances occasionnées par le gonflement des parties distendues L
Parmi les nombreux cas de ce genre qui tombent journellement sous les yeux, nous nous contenterons d’en citer un seul , concernant un jeune homme de 20 ans. Ce jeune homme n avait pas les moyens de hoire du vin tous les jours, mais lorsqu il lui en tombait sous la main , il ne savait pas s’en passer, quoiqu’il fût assez évident qu’il était d’une comploxion
‘ Voyes ï. VllI, Commentaire CCLlll,
à n’en pouvoir supporter la plus petite quantité. En outre, depuis déjà 3 ou 4 ans, il avait pris l’habitude des scarifications qu’il répétait tous les deux mois et môme plus souvent. Mais , ayant négligé quelque temps ces sortes d’évacuations , comme il était d’un tempérament phlegmatico-sanguin, il fut atteint précisément des douleurs céphalalgiques dont il est actuellement question ; ces douleurs , qui n’étaient pas toujours légères, augmentaient surtout d’intensité au retour des équinoxes. Il faut dire que, dans sa première adolescence, ayant de plus fréquentes occasions de boire du vin et faisant en sus beaucoup plus d’exercice, il avait éprouvé d’abondantes hémorrhagies nasales; cependant, comme ces évacuations naturelles ne s’étaient pas toujours accomplies d’une manière satisfaisante, il lui était survenu de violentes douleurs ophthalmiques contre lesquelles on avait employé les scarifications. A vingt ans (âge où le patient fut atteint de céphalalgie), il avait encore, mais bien rarement, quelques épistaxis ; or, ce fut ce qui le guérit. Nous nous souvenons très-bien, en effet, que, à deux reprises — à l’équinoxe du printemps et à l’équinoxe d’automne — après trois jours de souffrances continues, vives et lancinantes, une copieuse hémorrhagie nasale enleva en un instant et d’une manière si complète la douleur céphalalgique, qu’elle cessa , comme si elle n’avait jamais existé.
§ VI. Chez certains individus, la guérison s’opère à l’aide d’une éruption catharrhale par les narines (coryza) ou d’un écoulement de chassie par les yeux ; mais, dans les cas les plus graves et dans les douleurs vraiment inflammatoires , il peut se manifester aussi un épanchement critique de pus par les fosses nasales ou par les oreilles. Toutefois, bien que ces phénomènes appartiennent plus particulièrement à la classe des catarrhes et des inflammations, il nous paraît d’autant plus nécessaire d’en faire directement ici une mention spéciale, que leur raison d’être, comme principe et foyer d’un certain genre de douleurs, s’accorde naturellement avec celle de la céphalalgie sanguine ; c’est-îWlire que leur cause pre-
mière est identiquement la même : e’est la congestion du
sang vers les régions encéphaliques.
§ VII. Or, s’il est manifeste que l’apparition de ces sortes d’écoulements soit d’un effet éminemment salutaire pour dissiper, diminuer et prévenir les douleurs céphalalgiques, il n’en est pas moins notoire, au point de vue historique, qu’il y a, dans les causes de ces douleurs, un long enchaîriement, une conspiration mutuelle qui , pour produire un semblable phénomène, ne peuvent pas ne pas faire sentir leur puissance d’une manière sensible. Ainsi , le vulgaire lui-même n’ignore pas que le défaut des évacuations sanguines habituelles ou nécessaires occasionne les plus violents maux de tête : témoin l’exemple des femmes , relativement à la suppression complète ou à l’écoulement insuffisant ou disproportionné de leurs menstrues.
§ VIII. Pour ce qui est du sexe masculin , il est prouvé par une infinité de cas que, chez les jeunes gens, il ne surgit jamais de douleur céphalalgique tant que les épistaxis, ordinaires à leur âge, ont leur libre cours -, mais s’il arrive qu’elles viennent à cesser et que les causes provocatrices des commotions antérieures disparaissent, la conséquence directe de tout cela est la céphalalgie sanguine. C’est là un fait que tout le monde est à même de constater ; il y a d’ailleurs un rapport manifeste entre la raison évacuatoire des causes et l’apparition des douleurs, en ce sens qu’elles se font sentir d’une manière immédiate et déterminée, alors surtout qu’il y a eu préalablement concours de causalité et habitude d’éruptions sanguines.
§ IX. Pour le médecin sérieusement attentif, les exemples ne manquent pas non plus d’hommes avancés en âge qui, en de pareilles conditions, comme dans tous les cas d’affection dont les mouvements morbides se portent du côté de la tête, sont atteints de vertige, de stu-
peur, d’inertie intellectuelle, d’affaiblissement de la vue et de l’ouïe, de dépravations vicieuses des sens du goût et de l’odorat, lorsque leurs évacuations accoutumées cessent d’avoir lieu , bien que tout le reste se passe d’ailleurs exactement de la même manière que pendant le cours normal de ces évacuations. Du reste, ce sont principalement les douleurs céphalalgiques , dont nous faisons présentement l’étude, qui se manifestent à la suite de la cessation d’un flux hémorrhagique.
A l’appui de nos assertions, nous pouvons citer l’expérience personnelle que Salmuth rapporte, de lui-même :
« Il me survint, dit-il , par suite de la suspension des hémorrhoïdes auxquelles j’étais sujet, une douleur violente à la tête, qui ne fut dissipée que par le retour du flux hémorrhoïdal , provoqué par l’euphorbe ^ »
§ X. Or, 1 “ les douleurs céphalalgiques éprouvées par les femmes à la suite d’une tergiversation préalable ou conjointe dans leurs évacuations menstruelles; les phénomènes morbides qui se traduisent alors sensiblement par la chaleur, la rougeur, le gonflement de la face et même de toute la tête, par la turgescence et la plénitude des veines temporales et jugulaires, par l’injection des yeux et l’impossibilité où ils sont de supporter l’éclat de la lumière, en un mot par un sentiment de pulsation dans les parties souffrantes en parfait accord avec les pulsations des artères et du cœur; 3“ le retour et la réinstallation des évacuations habituelles dans leur cours libre et leur écoulement successif, par le fait seul d’une révulsion ou d’un éloignement des maux de tête, au moyen d’un simple pédiluve, pour ne pas dire davantage: voilà certes des circonstances constitutionnelles dont le simple exposé suffit pour ouvrir facilement à l’intelligence une voie à
* Voyes T. VIII, Commentaire GCLIV,
la conception des rapports étiologiques que ces choses ont entre elles. Remarquons enfin que dans le sexe féminin , de préférence au sexe masculin , toutes ces lois d’harmonie sont bien plus sensibles et que toutes les causes morbides, tant antécédentes (.|u’occasionnelles ou conjointes, dénoncent clairement et cette congestion vers la tête et les débordements stagnatoires dans les régions adjacentes et la dilatation tant des vaisseaux que des parties , la tension ou la pression visible de ces organes et enfin les contentions effectives du sang accumulé.
§ XI. Une étude approfondie, jointe à une notion parfaite de toutes ces matières, jette une vive clarté sur la conduite médicale, dans le traitement pratique de ces affections, puisqu’il est logiquement dévoilé par là au praticien la véritable raison causale sur laquelle se fondent réellement ces souffrances et ces états morbides.
Cela posé, le devoir du médecin est donc de veiller, d’une manière directe, infaillible et convenable, à leur curation habile, ou du moins à leur mitigation , soit en calmant, soit en détournant, soit en diminuant, soit en neutralisant, soit en détruisant enfin la véritable efficacité des causes morbifiques ou en ramenant les molimens de la nature vers le lieu propre de leur issue légitime. Pour parvenir à ces fins, l’homme de l’art saura , dans son intelligente expérience, trouver et instituer les moyens préservatifs qui s’appuient sur un régime bien entendu , par un heureux choix dans les aliments et les boissons, par un exercice modéré, par l’établissement d’excrétions opportunes et par une sage méthode préventive contre le retour du mal. Pour la même raison, il évitera prudemment d’entreprendre ces vaines et stériles corrections, soit de l’acrimonie naturelle des humeurs, c’est-àdire de ce prineipe matériel qui les trouble, les irrite et les excite ; soit (d’après une opinion non moins imagi-
naire que contraire à la saine pratique) de cette mixtion grossière de la masse humorale que l’on veut regarder comme la cause efficiente des douleurs céphalalgiques par les obstructions et les stases qu’elle est sensée occasionner dans les régions cervicales ; soit enfin de la mauvaise disposition scorbutique et spécifique de ces mêmes humeurs, qu’il doit bien se garder de prendre pour l’architecte mécanique de ces sortes de phénomènes ; il apprendra par là même à s’abstenir sagement de ces frivoles manies d’une purgation perpétuelle et de l’habitude où l’on est d’employer sans cesse et sans raison les substances soporifiques ou narcotiques dont l’usage, en pareil cas, est nonseulement inopportun et vain, mais encore contraire à la santé universelle du corps, en altérant profondément le caractère propre de l’affection ^
De la céphalée.
§ I. Par le mot céphalée, toutes les écoles médicales entendent une douleur de tête extrêmement opiniâtre et presque continue. Mais, quand bien même la céphalée ait pour caractère vrai la continuité, il ne faudrait pas cependant la confondre avec une autre douleur de tête qui , pouvant se renouveler à la moindre surexcitation , nonseulement porte en elle une apparence de continuité, mais se rapproche encore peu à peu de ce caractère par Vhahitude : nous voulons parler de la céphalalgie continue.
g II. La céphalalgie continue n’est pas tout à fait de la même nature que la céphalalgie dont nous venons de faire la description dans le précédent article, vu notam-
• Voyez T. VIll, Commentaire CCLV.
ment l’état habituel qu’elle a pleinement contracté par suite de la fréquence de certaines causes spéciales. Quant aux douleurs continues de la céphalée qui viennent, en dehors de toute perturbation sanguine manifeste, tourmenter l’organisme, on peut dire que, lorsqu’elles ne sont pas fomentées par des causes très-particulièrement spécifiques — dont nous allons parler dans un instant — elles ont un caractère rhumatismal fortement accentué qui passe, par suite de l’habitude, à un état sans cesse eroissant de continuité. Aussi , puisque le sang est l’instrument générique, souvent même la vraie cause fondamentale et primordiale des congestions rhumatismales, on conçoit très-bien , en examinant à fond l’origine de la céphalée, qu’on ne peut ranger cette affection que parmi celles dont il a été déjà question , c’est-à-dire parmi les douleurs sanguines.
§111. La céphalée, survenue sans trace évidente de congestions et de contentions sanguines, fait éprouver au patient une douleur quasi fixe, ou plutôt fixée en quelque sorte au même endroit ; si quelquefois les signes congestifs existent, ils ne sont jamais dans une proportion telle qu’ils puissent produire de si violents effets. En dehors de ce cas, la céphalée dépend le plus ordinairement d’un état actuel ou imminent d’ulcération ou même de l’ulcération accomplie et réelle des parties souffrantes; elle peut encore avoir sa source dans l’invasion pure et simple d’une affection dartreuse ou galeuse, dans l’ulcération des parotides , ou bien encore dans une forte contusion, dans des plaies, des blessures, par cause externe, mal traitées ou abandonnées à elles-mêmes, ou bien enfin, dans certains ulcères spécifiques, vénériens, par exemple, atteignant les tissus sous-cutanés, cariant même les os, ainsi que dans des désorganisations organiques et malignes et de nature scabioso-lépreuse : la lèpre seule et isolée est incapable de produire ces lésions.
Nous avons eu l’occasion d’observer nous-même plusieurs cas de céphalées opiniâtres, dues à de semblables causes et dans lesquelles les douleurs céphalalgiques ne disparaissaient jamais totalement; elles revenaient au contraire à la moindre occasion et prenaient, dans les cas plus graves, un caractère d’exacerbation extraordinaire ; les avis étaient partagés sur leur mode de curation et c’est en vain qu’on faisait essai d’une médication basée sur ces opinions particulières. Mais lorsque, tenant compte des molimens congestifs du sang, on suivrait une méthode et on se servait de remèdes en rapport avec cette circonstance, on voyait les douleurs prendre une autre forme, une autre allure et s’évanouir même complètement. Qu’on nous permette de donner trois exemples de ces faits :
.1. Une dame de qualité, âgée d’un peu plus de 30 ans, d’une taille avantageuse, d’une constitution corporelle assez florissante, appartenant à une riche et opulente famille, déjà veuve et d’une conduite très-régulière, n’avait pas assez de force d’âme pour exercer un empire absolu sur les premiers mouvements de la nature et ne se trouvait pas à même par conséquent d’éviter les préjudices que peuvent causer des passions comprimées ou radicalement supprimées. D’ailleurs, son régime de vie était abondant et assez succulent. Elle éprouvait donc depuis quelques années de fréquents maux de tête, souvent accompagnés, comme nous le dirons bientôt, d’une infinité d’autres malaises, en sorte qu’elle n’était presque jamais sans indisposition. Or, voici quelle était la nature de ses souffrances ; la patiente avait la tête assiégée d’une douleur gravative, accablante ou, pour parler plus exactement, tensive, aiguë et si vive que les lancinations, d’ordinaire assez tolérables, prenaient un caractère soudain de recrudescence et d’intensité, dès qu’elle agitait un peu trop brusquement cet organe ou remuait trop rapidement le corps; mais ces douleurs atteignaient leur paroxysme, toutes les fois que les humeurs ou que les commotions vitales se trouvaient surexcitées plus que d’habitude par des émotions morales (la patiente était moins sujette à la colère qu’à l’inquiétude), par les secousses menstruelles, par certaines difficultés dans la digestion ou enfin par le changement des saisons, sans parler des médicaments dont on lui conseillait continuellement l’usage. La malade sentait en
môme temps sa tête s’échauffer à l’occasion de ces irritations; les artères temporales lui battaient plus fort que de coutume; les organes de la vue et de l’ouïe éprouvaient chaque fois, tantôt un appesantissement , tantôt une espèce de frémissement. A tout cela venaient se joindre des palpitations de cœur vives, fréquentes et assez fortes; une ardeur particulière et très-incommode le long de l’épine dorsale (à laquelle ardeur, au dire de la malade, en répondait une autre aussi cuisante dans les parties internes de la même région) ; des constrictions au diaphragme, aux hypochondres et, le plus souvent enfin , des embarras gastriques. La menstruation était assez régulière dans sa périodicité ; le flux môme en était assez abondant; mais l’excrétion s’exécutait plus péniblement et plus laborieusement, vu que, à cette époque critique, les douleurs habituelles étaient plus violentes. Parmi les médicaments dont la malade avait fait le plus d’usage, il faut citer les antiscorbutiques, les martiaux — destinés à résoudre le sang — les céphaliques, les substances volatiles, les antinéphrétiques, mêlés avec des vins médicinaux et pris dans le but de combattre les ardeurs et les cuissons dorsales, en un mot, diverses préparations purgatives. Malgré cela, le mal persistait toujours et devenait de plus en plus intolérable.
A la fin même s’étaient déclarés des étourdissements et des flatulences d’estomac qui, par moments, provoquaient de fortes constrictions dans les régions précordiales et hypochondriaques. Ce fut dans un pareil état que la patiente vint nous consulter et réclamer nos soins.
Nous lui enjoignîmes avant tout de renoncer à son ancienne méthode de traitement et aux remèdes qu’elle prenait depuis si longtemps. Nous fîmes aussitôt pratiquer une saignée convenable aux malléoles, lui recommandant de la renouveler aux équinoxes. Pour médicament , nous ordonnâmes quelque chose qui pût soulager le flux menstruel , c’est-à-dire lui rendre plutôt sa liberté naturelle que lui occasionner une recrudescence d’écoulement ; à ce moyen, nous en ajoutâmes encore un autre qui , suborbonné à de pareils effets, pût suffisamment favoriser aussi les mouvements excrétifs, en modérant paisiblement leur apparition. Nous fîmes comprendre à cette noble dame qu’elle devait suivre sagement et ponctuellement nos prescriptions, lui prédisant fran-
chemcnt que, si elle se soumettait à ces ordonnances , elle serait bientôt exempte de tout mal et n’aurait plus besoin de remèdes; nous lui recommandâmes surtout Tusage dos pédivules. C’est à l’aide d’une semblable médication et d’une pareille méthode que cette femme de condition qui souffrait déjà depuis 9 ans, fut complètement débarrassée de sa maladie, deux mois environ avant que nous écrivissions cette relation.
Elle vint en effet, à cette époque, nous remercier, en rendant grâces à Dieu de ce qu’il nous avait inspiré un conseil si salutaire et dont les résultats avaient été si heureux. Dès ce jour enfin , elle se vit exempte de la dépense énorme qu’il lui fallait payer tous les ans aux pharmaciens ou aux médecins et n’eut plus besoin de tous ces médicaments , qui lui gâtaient son tempérament et altéraient sa santé.
IL Une autre lemme, du même âge à peu près (34 ans), d’une constitution frêle, de petite stature, d’un tempérament bilioso-sanguin, avait eu dans sa jeunesse d’abondantes et laborieuses épistaxis ; mais, après s’être mariée et avoir eu quelques enfants , elle n’avait plus ressenti d’hémorrhagies nasales. Or, il y avait 6 ans qu’elle ne faisait plus d’enfants ; elle était d’ailleurs dans l’aisance, obligée, par état, à manier beaucoup d’argent, à régler de nombreuses sommes et forcée, par conséquent , d’être dans une continuelle tension d’esprit. Aussi fut-elle bientôt atteinte de violentes céphalalgies qui peu à peu devinrent , à la moindre occasion , plus fréquentes, plus intenses, plus opiniâtres et plus intolérables, accompagnées toujours d’un symptôme spécial qni se traduisait par des tiraillements à la nuque , en cet endroit du cou où s’insèrent les muscles solides et courts qui dirigent les mouvements de la tête. Tel apparaissait l’état de la patiente, lorsqu’on appela le médecin — c’était vers le solstice d’automne. L’homme de l’art lui administra, au moment des paroxysmes, une préparation de coloquinte dont le succès dépassa son attente, puisque la malade fut délivrée de ses douleurs céphalalgiques ; mais elle ressentit comme qui dirait l’enfoncement d’un coin dans l’os sacrum : grave symptôme qui, prenant chaque jour de l’extension et de l’accroissement, fit naître plus tard dans cette région de profondes incommodités et des tourments sciatiques insupportables qui ne cédèrent qu’à un traitement méthodique.
III. Le troisième exemple nous est fourni par une femme âgée de 25 ans. Depuis trois années environ , elle éprouvait d’incroyables maux de tête qui lui laissaient rarement quelques instants de répit; quant à ses évacuations utérines, elles étaient irrégulières : une fois même, par suite d’une imprudente médication , il y eut excès dans l’écoulement, car la patiente ne paraissait pas avoir beaucoup de sang. Ce qui l’affectait le plus, enfin, c’était une contention anormale dans les mouvements vitaux. Nous ordonnâmes de suite une saignée au pied, qui déchargea la tête, calma les bouillantes ardeurs du mal , rétablit la régularité dans la menstruation et délivra à jamais cette femme des violentes douleurs dont elle était depuis si longtemps atteinte.
On le voit; ce sont incontestablement les contentions congestives du sang vers les régions encéphaliques qui fomentent ou entretiennent les douleurs opiniâtres de la céphalée, non toutefois comme une espèce particulière et propre, mais comme une conséquence insolite de leur fréquence , de leur impétuosité et de leur remarquable persistance.
§ IV. C’est donc ici le lieu d’étudier la cause pathologir que ou vice rhumatismal ou catarrhal de ces douleurs céphaliques. Nous avons déjà suffisamment démontré que les congestions et les contentions morbides, vulgairement appelées affections rhumatismales, puisent plutôt dans le sang que partout ailleurs leur fondement réel. C’est là, d’ailleurs, une chose complètement prouvée, non-seulement par le mouvement général des humeurs, à travers la masse entière du sang, vers n’importe quelles régions de l’organisme; mais encore par l’inaptitude de la matière humorale (si elle était spécifique) à se retirer dans ces parties, et enfin par l’inhabileté de ces parties ellesmêmes à sécréter spécifiquement une telle matière de la masse générale du liquide sanguin. Voilà pourquoi, d’une part , ce qu’on croit avoir afflué dans ces par-
lies à cause du rhumatisme, n’y a été poussé que par l’impulsion de la masse sanguine; d’autre part, pourquoi pendant ce débordement humoral , il y a un concours réel plus ou moins évident d’un sang plus délayé que d’ordinaire, comme le témoignent du reste la chaleur et la couleur des parties, ainsi que la sensation profonde de douleur contuse : phénomènes importants qui , basés sur une saine expérience, peuvent nous convaincre que le rhumatisme a une analogie parfaite avec les excrétions naturelles du sang et que eette eonspiration , positive par son caractère nuisible, est en même temps privative par son action préalable, préservatrice et salutaire.
Que conclure maintenant de ces divers aperçus, sinon que, lorsque certaines congestions rhumatismales paraissent se porter vers la tête, il faut regarder ce fait morbide comme relatif à la constitution sanguine elle-même des individus. En d’autres "termes, c’est cette constitution qui fournit au sang, dans un but en quelque sorte hémorrhagique, l’occasion principale de refluer vers la tête; c’est, du reste, à la suite d’un pareil épanchement qu’il s’opère bientôt une ségrégation plus profonde des particules intimes du sang et que ce liquide s’efforce alors de trouver une issue directe et toute spéciale par la réduction , même à une faible quantité , de l’épanchement primitif. De là ces sortes de fluxions d’apparence rhumatismale qui se manifestent en des régions fort peu étendues et qui ont beaucoup de ressemblance, par une raison simplement éventuelle, avec une constitution franchement rhumatismale.
§ V. Les femmes en général sont assez sujettes aux douleurs céphalalgiques ; nous possédons de ce fait un grand nombre d’exemples qui démontrent surabondamment que le caractère intime et propre de la céphalalgie
continue tend sans cesse à se rapprocher, dans le sexe féminin , de la persistance et de ta continuité des souffrances assignées à la eéphalée. Or, la céphalalgie a positivement son principe dans cette aecumulation de sang dont les eonséquenees directes sont un débordement et un gonflement sensible, tout à fait insolite vers la tête, avee ou sans rougeur appréciable, mais toujours avec une souffrance notable acquérant quelquefois un degré prodigieux d’intensité et de violenee : les douleurs produites par ee gonflement sont pongitives ou vibratoires, identiques d’ailleurs aux douleurs eéphalalgiques proprement dites, mais les surpassant seulement en gravité.
La eongestion céphalique est simultanément remarquable par un symptôme particulier qui se manifeste de deux manières différentes, selon les personnes : ainsi ehez les unes, elle est accompagnée d’un feu très-ardent, tandis que ehez d’autres, elle amène ordinairement un froid intense, qui se fait généralement sentir vers le sommet de la tête, c’est-à-dire dans toute l’étendue du sineiput. On donne vulgairement le nom de constitution érysipélateuse à ce dernier genre d’état morbide : s’il y a absenee de froid et de rougeur , on l’appelle érysipèle blanc : « Die weisse rose. »
§ VI. Or, quoique dans une semblable eonstitution rhumatismale il n’y ait pas toujours une contention assez grande pour oceasionner l’enflure des parties, la malade n’en éprouve pas moins, en pareil eas, des douleurs de plus en plus croissantes et généralement si opiniâtres que, à moins d’une efficace intervention de l’art, elles ne lui laissent presque pas un moment de répit et ne disparaissent jamais d’une manière radicale. Nous possédons à cet égard une collection variée d’exemples ; il suffira d’en citer deux où prédomine principalement le froid intense dont nous venons de faire mention.
I. Une darne de 36 ans, d’une constitution robuste pour son sexe, sans avoir pour cela un ensemble de forces qui répondissent à sa belle apparence, possédait un emploi à la cour, où elle vivait presque dans l’oisiveté, suivant un régime succulent et jouissant des bonnes grâces de sa royale maîtresse ; mais elle se voyait souvent, par suite du peu de cas qu’on faisait de ses ordres, exposée à s’indigner vivement et à se mettre en colère : ce qui l’affectait beaucoup. Elle était en outre visiblement pléthorique et d’un tempérament phlegmatico-sanguin. Devenue morose par suite de changements subits dans sa paisible et agréable position, elle fut bientôt atteinte de douleurs céphalalgiques du genre de celles dont nous venons de parler, lesquelles augmentèrent graduellement d’intensité et finirent même par passer à l’état chronique, à tel point que la patiente, n’avait pas un seul moment de tranquillité, et éprouvait d’incessantes souffrances , surtout si elle avait l’imprudence d’imprimer à son corps le moindre mouvement, de tourner la tête, de la remuer et même de la relever rapidement, lorsqu’elle était penchée vers le sol ; il lui prenait alors un vertige soudain, joint à une douleur intolérable. Les évacuations menstruelles s’exécutaient cependant d’une manière satisfaisante, et la malade ne se plaignait, en dehors de la céphalalgie, que d’une certaine oppression ou gêne notable qui se faisait sentir, après les repas, dans la région des hypochondres et notamment du diaphragme, lorsqu’elle avait trop mangé ou qu’elle avait pris des d’aliments trop solides. Si par hasard quelque violente commotion venait à raviver ses douleurs, elles augmentaient sensiblement d’intensité et tourmentaient la patiente beaucoup plus qu’à l’état naturel , à cause surtout de cette sensation insupportable de froid glacial qui se localisait dans la région sincipitale et qui ne venait jamais sans un gonflement insolite de .la figure. Cette noble dame lut délivrée plus tard de tous ses maux par l’usage des saignées aux pieds, des pédiluves, du nitre, des frictions camphrées et par le maintien d’une constante régularité dans le libre cours du ventre.
II. Une autre dame de qualité , âgée de 30 ans révolus, avait eu d’abord des fièvres intermittentes que remplaça une violente fièvre quarte dont les accès ne lui donnèrent pendant
deux ans que des répits courts et forcés ; après la fièvre quarte vint la fièvre tierce qne l’on combattit par l’usage un peu trop fréquent du quinquina ; ce qui jeta la patiente dans de graves désordres pathologiques et lui procura un dérèglement menstruel dont les symptômes présentaient ceci de particulier, savoir ; que l’époque des évacuations utérines conservait exactement sa périodicité, tandis que le flux sanguin ne durait que quelques heures, après quoi la malade éprouvait le long de l’épine dorsale et de la région cervicale une espèce de tiraillement très-sensible, mais léger et s’étendant jusqu’à la tête ; phénomène qu’elle exprimait en ces termes : « Es seye wicht mders, als warm ein glûender drath in die kôhe dwchgezogen würde ; » « Je ressens le môme effet que si l’on me passait un fil de fer de bas en haut, dans l’épine dorsale. » Avec tout cela, la noble dame ressentait aux tempes des douleurs très-aiguës et semblables en quelque sorte à la sensation produite par l’enfoncement de clous ‘ ; ces douleurs s’emparaient subitement de toute la tête et y causaient cette sensation de froid glacial dont il a été déjà question : toute la région encéphalique, la face principalement, s’enflaient d’une manière notable et trahissaient une rougeur bien prononcée qui , sans présenter aucun indice de rémittence ou d’intermittence, durait pendant 4 jours, après lesquels cette rougeur diminuait assez promptement. La patiente, alors accablée de langueur et prise d’une certaine faiblesse, faute d’appétit ou de repos durant tout le temps de l’accès, se trouvait cependant beaucoup mieux, mais non sans être exposée à une recrudescence de douleurs à la plus légère occasion. Après tous ces accidents, le calme arrivait et la maladie ne reprenait son cours naturel qu’au bout de 3 semaines, à l’époque du retour périodique des menstrues. Tel fut l’état de cette dame pendant plus de 10 mois, époque, enfin, où la céphalée céda aux calmants administrés contre les commotions et les congestions , à l’usage du sel de nitre surtout, au retour régulier de la 'menstruation, aux saignées du pied et aux pédiluves. Toutefois , à l’arrivée du printemps, vers le temps pascal, il se manifesta des symptômes de fièvre d’un caïuctère anor-
* De la le nom spécial de clavus (clou) donné par les anciens et quelfiues auteurs modernes à cette espèce de douleur hémicranique.
mal, ayant les apparences d’une fièvre tierce et faisant éprouver à la malade tous les tourments d’un rhumatisme goutteux; elle était en outre, après cinq ans de souffrances, au milieu des plus vives angoisses morales, en butte à une violente migraine qui jetait en elle une tristesse profondément opiniâtre et qui, l’ayant tourmentée plus fréquemment, d’une manière même plus impitoyable, pendant les six années suivantes, finit par lui faire perdre la vue.
Il est vrai de dire néanmoins que les symptômes céphalalgiques et le froid glacial ne reparurent plus. Or, c’était précisément parce qu’on avait suivi un traitement peu médical contre les fièvres survenues avant les menstrues, que se manifestèrent à l’époqne des écoulements périodiques des perturbations profondes qui furent la vraie cause fondamentale de tous ces mouvements désordonnés du sang et de toutes ces congestions rebelles vers la tète : on a pu en juger, du reste, par le phénomène spécial qui se manifesta un mois après la guérison de ces violentes congestions. Nous parlerons plus au long de ce fait en son lieu particulier ; nous ferons remarquer en outre la parfaite concordance qu’ont dans ces deux cas ces sortes de douleurs aiguës avec les violents efforts qu’entreprend évidemment la nature pour trouver à la masse sanguine une issue quelconque.
§ VII. Une pareille affection morbide — dans ses divers degrés — est parfaitement connue des femmes, qui l’appellent ordinairement état érysipélateux \ ainsi que nous l’avons déjà fait observer. Voyant, d’ailleurs, par de nombreux exemples, que la mort peut résulter d’une mauvaise méthode curative de cette affection, après quelques jours seulement de forme aiguë ; sachant en outre que la mort est aussi le résultat suprême de tout érysipèle de mauvais augure elles en sont fortement impressionnées.
§ VIII. Toutefois, nous devons rappeler ici que, même
' Voyez T. VllI. Commenlaire CCLVI.
** Voyez T. VIII. Commentaire CCLVII.
dans les céphalées qui , par leur apparence extérieure semblent visiblement dépendre d’une cause catarrhale spécialement séreuse, il ne faut pas perdre de vue qu’on a à faire à une véritable congestion également séreuse et catarrhale, dont l’origine et le but trouvent leur raison d’êlre dans un mouvement congestif du sang vers les parties supérieures et c’est précisément à cause même de ce mouvement, que, en vertu de conditions toutes particulières de tempérament, il se forme plus spécialement ici de profonds épanchements d’un caractère lymphatique.
g IX. Si l’on veut pousser plus loin l’étude de ces observations, nous ferons remarquer que tout ce que nous avons déjà dit sur la nature du rhumatisme, peut également se rapporter au caractère intime des céphalées qui manifestent une certaine opiniâtreté dans leurs exacerbations. On ne saurait disconvenir, du reste , que ces sortes de contentions congestives puissent se renouveler dans la suite, même à l’occasion d’excrétions séreuses qui auraient facilement et fréquemment atteint une issue complète : non que ce retour congestif s’opère simplement dans le but d’une excrétion séreuse proprement dite; mais plutôt en raison d’une évacuation sinon universelle, du moins importante ou d’un allégement de la masse sanguine implicitement compris dans cet appareil contentif vers la tête : évacuation et allégement auxquels ces congestions séreuses satisfont en partie, sinon d’une manière complète et salutaire ^ g X. Mais il en est bien autrement quand il s’agit des congestions ulcéroso-ichoreuses, qu’elles aient leur principe, soit dans une violence externe, soit dans une anomalie constitutionnelle des humeurs ou de leur mobilité.
'■ VoyesT. VIII. Commentaire CCLVIII.
PATHOLOGIE TRES-SPÉGIALE. 355
Nous allons à ce propos donner une observation clinieo-pratique qui, recueillie avec toute la circonspection nécessaire, démontrera au médecin que le fond primordial de l’affection morbide se trouve encore, nous ne disons pas seulement d’une manière accidentelle, mais quelquefois directement, dans les congestions et les contentions sanguines vers les organes affectés, d’où ces altérations de nature ulcéroso-ichoreuse qui en sont la conséquenee.
Sans vouloir insister plus longtemps sur l’état de la dernière malade dont nous venons de faire l’histoire, nous ajouterons néanmoins qu’elle éprouva, pendant les violentes migraines qui succédèrent après quelques années à ses vives congestions céphalalgiques — coïncidant avec l’époque menstruelle — une abondante éruption, un véritable écoulement purulent quasi continu, au coin externe de l’œil ; cette excrétion insolite devint môme, à chaque paroxysme hémicranique, si intense , qu’elle altéra l’organe profondément , et corroda la peau autour de l’apophyse zygomatique.
A l’appui de nos considérations, nous rapporterons un exemple à peu près semblable et non moins évident.
Une dame, aussi distinguée par sa naissance que par le mariage qu’elle avait contracté, menait habituellement un genre de vie assez somptueux et assez agréable; d’une fécondité remarquable, elle avait toujours été aussi heureuse dans la gestation que dans l’enfantement , en sorte que les suites de ses couches ne nuisaient en rien à la fraîcheur de sa santé et à la richesse de son sang dont l’abondance se traduisait par des signes non équivoques. Or, il y avait quelques années qu’elle usait de temps à autre de la scarification et qu’elle se faisait parfois saigner sans observer aucune règle pour les époques. Il arriva sur ces entrefaites, que, ayant subitement négligé ces pratiques, ayant môme éprouvé de profondes affections morales inaccoutumées et s’étant livrée avec trop de complaisance à l’abus de certains élixirs forts ou échauffants, elle fut saisie de violentes douleurs congestives à l’occiput, du côté droit principalement, depuis la partie supérieure de la suture lambdoïde jusqu’au sommet de l’apophyse mastoïde. Lessouf-
frances, dans cette partie, furent non-seulement très-aiguCs, mais encore, après plusieurs paroxysmes , se terminèrent d’abord par l’apparition d’une tumeur sensible et enfin par une éruption ulcéreuse, au-dessus de l’adophyse mastoïde : phénomène qui se renouvela plusieurs fois avec une persistance tellement opiniâtre, que la malade, après la cessation de la douleur principale qui la tourmentait durant plusieurs jours, ressentît à la tête une espèce d’endolorissement accompagné de sensibilité extraordinaire. Il faut dire aussi que, vu la constitution de cette dame, les souffrances devinrent de plus en plus intolérables.
Appelé en consultation , nous recommandâmes l’usage régulier de la saignée au pied et la pratique opportune des scarifications; d’un autre côté, nous cherchâmes à modérer les mouvements impétueux du sang par l’emploi des tempérants; nous conseillâmes enfin d’une manière toute particulière l’usage des pédiluves. Notre malade fut ainsi radicalement délivrée de ses violentes et vives douleurs. Trois ans après (durant l’intervalle desquels elle n’usa pas de beaucoup dé remèdes) elle devint enceinte : ce qui fut pour elle une nouvelle cause de souci , considérablement accru par la perle douloureuse qu’elle fit de son mari. ‘Pour comble de malheur, elle fut prise par des souffrances affreuses, de nature névralgique et arthritico-sciatique, depuis la région dorsale jusqu’au coccyx. Les deux médecins qui avaient donné leurs soins au mari de cette dame employèrent contre ces douleurs aiguës les remèdes ordinairement préconisés comme tonifiants ou calmants du système nerveux et qu’on désigne sous le nom de balsamiques, d’antiscorbutiques, d’anodins, etc. Il y avait déjà plusieurs jours que durait le traitement, sans qu’il y eût amélioration dans l’état de la patiente, lorsqu’il leur vint enfin dans l’idée de suspendre, quelque temps, l’usage de ces médicaments; mais, voyant que cette suspension n’avait aucun résultat heureux, on nous envoya de nouveau quérir en consultation. Nous nous opposâmes très-sérieusement à l’usage des substances âcres, chaudes et volatiles; nous les remplaçâmes par un remède capable de calmer l’agitation du sang et de le tempérer (car il possédait une chaleur extraordinaire). Aussi, la malade, après avoir pris dans le jour deux doses de ce médicament, passa une nuit fort tranquille ; tou-
PATPIOLOGIE TRÈS-SPÉCIALE. 357
tefois, comme elle avait eu jusque-là le ventre plutôt sec qu’humide, nous lui ordonnâmes, pour le lendemain matin , un purgatif doux auquel nous ajoutâmes une potion tempérante saturée de nitre, qui devait être prise avant le repas de midi et avant celui du soir.
Toute souffrance dissipée, la noble dame passa encore une nuit calme et put môme dormir, quoique d’un sommeil léger, sensible au moindre bruit. Il ne lui restait donc plus de ces douleurs qu’un sentiment de tension, accompagné d’assez rares et insignifiants tressaillements; mais par la répétition de ces remèdes tempérants, sous l’influence d’une potion légèrement laxative durant le jour, par l’action combinée enfin de ces médicaments joints à un diaphorétique capable seulement de provoquer une transpiration normale pendant la nuit, en très-peu de temps, d’une manière progressive et satisfaisante, la malade, à son grand contentement, se vit pour toujours radicalement délivrée de ses malaises. A cette favorable délivrance, succéda, quelques jours après, une évacuation menstruelle que cette dame, quoiqu’au cinquième mois de sa grossesse, subit néanmoins sans danger. Plus tard enfin , à l’époque voulue, elle eut un accouchement des plus heureux; l’écoulement des lochies s’exécuta normalement, et, comme après la parturition vinrent les équinoxes, il arriva que cette évacuation utérine servit de ventilation ou d’allégement à la masse du sang. Aussi , Dieu aidant , cette dame a-t-elle joui depuis lors de la plus florissante santé, sans ressentir désormais ni ses anciens maux de tête, ni aucune douleur aiguë à la région dorsale, dans les lombes et les hanches L
§ XI. Les ravages que fait la carie sur les os du crâne sont très-graves, fatalement opiniâtres, incurables même si on ne peut pas au préalable en enlever la cause originelle. Toutefois, comme ceci n’appartient pas proprement à la classe des douleurs céphalalgiques, nous ne nous étendrons pas plus longuement sur cette matière. Qu’il nous suffise seulement d’avoir indiqué, comme chose opportune ici , la différence réelle qui existe entre
Vüijezl. VllI. Commentaire CCLIX.
les douleurs provoquées par la earie et les autres douleurs eéphalalgiques : différenee dont le earactcre spécial consiste en ce que les douleurs provenant de la carie des os du crâne ne sont pas aussi brûlantes, mais plus corrosives et plus piquantes que celles de la céphalalgie ; elles sont en outre moins tensives, mais plus pressives et plus gravatives; moins lancinantes, mais avec cela de particulier qu’elles engendrent une sensation bien prononcée de térébration ; la douleur puîsative de la carie, enfin , n’accuse pas tant un sentiment aigu d’élancement qu’une sensation de profonde secousse et de percussion prolongée. Les Allemands expriment cet état par la comparaison suivante : « Es seye nicht anders, aïs wann ihnen ein hammer auf den kopff schlûge ; » « les patients ressentent le même effet que si on les frappait avec un marteau sur la tête. »
§ XII. La circonstance principale ou le signe pathognomonique de ce genre spécial de souffrances comprend deux conditions : la premièbe , c’est que les personnes ainsi atteintes éprouvent effectivement des douleurs continues et ineessantes' qui ne leur laissent aucun moment de relâche ; la seconde, c’est que ces douleurs prennent un degré constant ou presqu’uniforme d’exacerbation , pendant la nuit principalement, en proportion de la chaleur du corps, surtout si le malade se trouve couché dans un lit de plume. De là eette expression populaire en Allemagne : » Diese schmertzen kônnen die federn nicht leiden ; » « ce sont des douleurs qui ne peuvent souffrir les oreilles dans les plumes. »
§ XIIl. Avant d’abandonner le sujet qui nous occupe, nous croyons convenable de mentionner encore une autre douleur céphalalgique, espèce particulière de céphalée, plus rare que celles dont il vient d’être question , mais assez fréquente néanmoins, très-vive et de nature ner-
veuse ou convulsivo-spasmodique. Quoique cette douleur, loin d’affecter toute la tête, n’en envahisse que la moitié — ce qui l’a fait encore appeler hémicrânie — nous devons pourtant avertir qu’il se trouve des cas où elle occupe toute la région encéphalique. A ce propos, nous allons citer un exemple remarquable.
Une Dame, d’une délicate constitntion physique et morale, d’un caractère néanmoins assez vif et assez résolu , entreprit un jour, au milieu de l’été, un voyage suffisamment long ; il faut dire encore que Tétat de l’atmosphère n’était pas normal ce jour-là ; or, après avoir parcouru en voiture dans la plaine une distance de plusieurs milles, elle fut forcée de gravir à pied la plus grande partie d’une côte rapide dont le chemin était peu convenable à la marche du véhicule dont les cahotements avaient du reste accablé la voyageuse de chaleur et de fatigue. Pendant qu’elle gravissait ainsi la colline, il s’éleva un vent impétueux qui, joint au mauvais temps dont les indices menaçants s’étaient déjà déclarés depuis plusieurs heures, ne tarda pas à prendre le caractère d’une véritable tempête, d’un ouragan violent , froid, mêlé même de pluie et de grêle, d’une énorme grosseur. L’imprudente femme qui, selon la mauvaise habitude de notre éqoque, marchait la tête nue, fut totalement inondée par les averses pluviales ce qui ne l’empêcha pas de retourner chez elle, dans cette voiture découverte , malgré l’orage , malgré le froid humide dont elle ressentait les atteintes et malgré une douleur gravative à la tête qui n’avait pas encore pris un grand degré d’intensité. Mais, le soir du même jour, le mauvais temps ayant repris avec plus de violence, elle se mit à la fenêtre de sa maison pour regarder l’orage et fut éblouie soudainement par un éclair si vif, qu’elle crut voir la foudre tomber sur une des maisons voisines : la frayeur qu’elle en eut redoubla son mal de tête. Aussi, tomba-t-elle le lendemain dans une très-grave exacerbation morale qui fut suivie d’un profond tremblement dans tout son corps, puis, au moment où après une longue souffrance, elle paraissait un peu revenir à elle, voilà qu’elle fut prise tout-à-coup et au milieu d’un paroxysme, d’une convulsion épileptique. Quant aux maux
de tête, ils augmentaient d’heure en heure ; alors on eut recours à certains remèdes, mais ils furent sans effet; il y eut même une recrudescence telle dans les souffrances céphalalgiques, quelles devinrent intolérahles. Or, comme à la suite de ces perturbations qui tenaient de la nature du vertige, il s était manifesté, après quelques écarts de régime, de violentes et pénibles envies de vomir, le médecin se détermina à administrer un vomitif. La patiente, qui craignait beaucoup ce mode de médicamentation, insista avec prières pour qu’on n’en fît pas usage ; mais on parvint à la tromper et elle avala l’émétique, sans s’en douter. Toutefois , lorsque ce vomitif eut opéré son effet, elle s’indigna qu’on l’eût ainsi trompée; mais son emportement ne servit qu’à lui procurer urie recrudescence telle dans ses douleurs, qu’elle ne se possédait plus, qu’elle n’avait pas une seconde de répit et que ses yeux sortaient de leur orbite d’une manière extraordinaire. Le soir même, elle fut atteinte d’aurose complète, par suite d’une énorme dilatation des pupilles ; les douleurs internes ne discontinuèrent pas pour cela de la tourmenter d’une manière indicible , du reste , ses gestes et ses cris l’indiquaient. A la fin cependant , ces douleurs cédèrent à l’emploi répété des calmants ; au bout de quatre jours, elles étaient sensiblement mitigées et même complètement appaisées ; s’il y en avait encore quelque réminiscence, les atteintes n’étaient plus les mêmes; bref, au bout de huit jours, toute douleur parut complètement dissipée par la continuation des mêmes remèdes, mais, malgré son entier rétablissement sous ce rapport, la malade n’en demeura pas moins radicalement aveugle.
Nous pourrions assurément citer encore un grand nombre d’autres exemples assez nombreux de ces douleurs et s’appliquant parfaitement à ces manières de parler, en usage chez les malades de nos pays : « Es wolle ihnen die augen aus dem kopff reissen, es habe ihnen den kopff gantz zu schanden gerissen; » « cela m’arrache les yeux de la tête ; cela me brise la tête d’une manière horrible ! » — douleurs manifestement suivies de mouvements convulsivo-spasmodiqucs ; mais comme l’é-
PATHOLOGIE TIIÈS-SPÉGIALE. 361
tude de semblables phénomènes se rapporte d’une manière plus directe et plus rationnelle à la question des spasmes, nous pensons qu’il n’y a pas lieu d’insister plus longtemps là-dessus. Nous allons donc passer immédiatement à l’étude des céphalalgies catarrhales par congestion.
ARTICLE ni.
Des douleurs catarrhales de la tête'.
§ I. Nous avons déjà traité plus haut des fluxions catarrhales qui trouvent un libre cours par les narines, et nous avons donné hphlegmatojrhagie comme un exemple fréquent de cette sorte d’affection. Nous ajouterons maintenant qu’il existe une variété on ne peut plus commune et presque quotidienne de cette affection : c’est l’inflammation catarrhale des muqueuses nasales, appelée coryza ( mpùKa. ) par les Grecs , gravedo par les Latins, — toujours dans le même sens — et qui a reçu chez nous le nom vulgaire de rhume de cerveau.
§ II. Néanmoins, comme la condition morbide exprimée par le mot gravedo (pesanteur de tête, rhume de cerveau) n’est pas absolument commune à tout écoulement muqueux , mais constitue plutôt un état propre à opposer un obstacle à ce flux, il serait plus raisonnable de donner à cette affection catarrhale le nom seul de pesanteur de tête, qui lui est beaucoup plus convenable que toute autre dénomination exprimant l’idée d’un écoulement muqueux en général. Les Allemands appellent « den stok schnuppen » coryza sec, la douleur catharrhale lente, tixe, gravative, oppressive, siégeant dans la tête et répondant plus proprement à l’idée de pesan-
teur ou liiume de cerveau qu’à celle d’un flux quelconque.
§ III. En pareils cas, les principaux symptômes sont, à la base du front et autour de l’os ethmoïde, une certaine tension sensible et même le sentiment d’une véritable pression, qui est sans doute provoquée par une sorte d’appesantissement douloureux s’étendant des yeux jusqu’aux tempes. De là ces locutions familières aux malades ainsi affectés, dans nos pays : « Es drûcke ihnen in dev stirn nichtanders, als oh ein stein darinnen lâge; konnen kaum die augen dafür aufthun^ und ins licht sehen, drücke sie in denen augen wie sand, etc. » « Nous avons un poids dans le front , comme s’il y avait une pierre ; à peine pouvons-nous ouvrir les yeux et regarder la lumière ; il y a dans nos yeux quelque chose de gênant, comme du sable. »
§ IV. Cette douleur s’accroît souvent au point de faire éprouver, tant dans la région frontale qu’aux tempes proprement dites , non seulement une espèce de tremblement sensible d’un genre tout particulier, mais encore une impression pongitive et certains mouvements vibratoires tout à fait distincts des simples lancinations. Ce qui amène le malade à s’écrier : « Es summe ihnen im kopf, dohne ihnen der kopff, reisse sie im kopff, fahre ihnen durch die schlàffe , etc. » « J’ai des bourdonnements dans la tête -, la tête me bouillonne; j’y ressens des douleurs déchirantes qui me traversent les tempes. »
A ces divers symptômes viennent se j oindre : 1 ° une inertie toute spéciale des sens internes, pour l’exercice des facultés intellectuelles ; 2" un dégoût singulier pour ces fonctions et une répugnance invincible dont les signes visibles se traduisent par une sorte de stupeur plus ou moins somnolente. Or, cette pénible sensation, variable de sa nature, se fixe quelquefois vers le sommet de la tête , d’où elle s’étend jusqu’à l’occiput et principalement vers la région mastoïdienne.
PATHOLOGIE TRÈS-SPÉCIALE. 3(i3
g V. Il arrive assez ordinairement que le patient éprouve en meme temps des vertiges qui semblent être néanmoins les suites naturelles et directes de certaines agitations de la tête et qui ont pour cortège immédiat des lancinations transcursives. Lorsque l’affection est légère, les douleurs et les incommodités qu’elle provoque sont dissipées par l’éruption du flux (catarrhal seulement) qui a lieu par les narines; en d’autres termes par le vrai coryza. Si le mal prend un caractère plus opiniâtre d’intensité, il survient habituellement une altération dans le sens de l’ouïe; le plus souvent même, il ôte tout appétit et altère aussi profondément les sens du goût et de l’odorat, que ne le fait ordinairement le coryza fluent lui-même.
g VI. Mais, lorsque la congestion qui se forme ainsi vers la tête n’est pas de nature simplement séreuse et que le caractère des douleurs concomitantes présuppose d’autres causes, ces douleurs deviennent plus aiguës, plus vives, plus ardentes et provoquent une sensation insolite de tension, de pression, d’appesantissement et de frisson : le tout accompagné d’un état de trouble et d’étourdissement qui tient de la somnolence et de la stupidité. De plus, tous ces phénomènes morbides sont généralement joints à une fièvre violente, plus ou moins aiguë selon la quantité, ou mieux selon la qualité acrimonieuse des humeurs.
Pour l’ordinaire, cette espèce de congestion envahit tantôt la région auriculaire, tant interne qu’externe; souvent aussi elle se porte sur ces deux régions à la fois. Dans ce cas, il se manifeste une douleur sensible (à laquelle nous venons de faire allusion); c’est la véritable otalgie, avec ou sans gonflement considérable des parotides L
Voyez T. Vlll, Commentaire CCLX.
§ VII. Or, quoique cette douleur soit , par sa propre obstination , le plus communément liée à une stase inflammatoire actuelle, provenant de la congestion ellemême, et qu’elle n’ait pas, à proprement parler, son siège immédiat dans cette partie de l’organisme; cependant , comme elle est quelquefois assez aiguë, comme elle exige une curation opportune, et qu’elle est enfin l’apanage presque exclusif des individus prédisposés aux affections catarrhales, ou plirtôt rhumatismales, nous sommes autorisés à la ranger dans la classe des douleurs catarrhales de la tête.
g VIII. Nous ne saurions, en vérité, à ce propos passer sous silence une circonstance qui regarde d’une manière toute particulière cette dernière affection — Votalgie rhumatismale; — c’est qu’elle est parle fait assez rare: à tel point que, sur mille individus atteints de céphalalgie sanguine et même de céphalalgie absolument catharrhale ou rhumatismale, à peine en trouve-t-on un seul sérieusement tourmenté par une véritable otalgie rhumatismale; ce ne serait que sur des milliers de cas de céphalalgie qu’il pourrait se rencontrer un ou deux exemples d’otalgie bien prononcée.
Mais il faut bien se garder de confon(^e ici la manifestation accidentelle de cette douleur avec le décubitus spontané, pour ne pas dire avec la tendance habituelle de la congestion à se former vers cette partie de la tête. Car, quoique l’otalgie (quand elle s’est une ou deux fois manifestée) reparaisse ensuite assez souvent et comme par habitude; néanmoins, ce qu’il y a d’incontestablement vrai , c’est qu’un pareil état morbide , pour si habituel qu il soit individuellement, est infiniment rare, en général.
g IX. Pareille affection enfin , partout où on la rencontre, est beaucoup plus particulièrement le résultat d’une
fluxion séroso-salivaire ^ que la conséquence de tout autre disposition : c’est là un fait prouvé d’une manière surabondante par la propriété funeste qu’elle a de sè localiser dans les parotides. D’où l’on doit conclure que l’otalgie subit moins l’influence d’un mouvement sanguin que l’influence plus congénère et plus directe d’une fluxion salivaire. Or, comme dans cette affection , ainsi que dans Vodontalgie, il survient presque toujours un état spasmodique qui constitue la principale cause de la violence des douleurs; comme, en outre, toute recrudescence grave d’otalgie est constamment accompagnée d’inflammations locales et partielles qui constituent la plus grande partie de la difficulté du mal , la cause respective d’après laquelle ces inflammations fomentent des difficultés doit être isolément et uniquement localisée dans ces parties de l’organisme, et l’on peut, d’après la nature de ces circonstances, asseoir un jugement définitif sur le caractère de cette affection.
§ X. Nous en dirons autant des douleurs qui assiègent les autres régions du corps, lorsque, sous un point de vue quelconque, elles dépendent d’une congestion sanguine : ces douleurs, en effet, sont dues alors, en grande partie, à des resserrements ou constriclions spasmodiques qui les localisent dans ces régions, les y retiennent et les y surexcitent par diverses impulsions. C’est absolument ce qui se passe pour les douleurs appelées arthritico-rhumatismales , surtout lorsqu’elles se déclarent avec un gonflement visible (de nature non œdémateuse) des organes affectés, ainsi qu’avec un sentiment varié de souffrance. Toutefois, pour ce qui concerne les douleurs congestives de la tête, il est certain que c’est l’afflux abondant ou le débordement du sang vers cette région
' Voyez T. VIII. Commentaire CCLXI.
366 OEUVRES DE STAML.
qui constitue le principal foyer des douleurs catarrhales, et que, en pareil cas, la masse sanguine tend réellement à une évacuation prochaine, comme étant capable d apporter du soulagement.
Etudiée sous ce dernier aspect , la question présente quelques eonsidérations particulières qui vont faire 1 objet du chapitre suivant.