CONSIDÉRATIONS PARTICULIÈRES SUR LES RHUMATISMES
§ I. Bien que nous ayons déjà à peu près tout dit touchant Y affection rhumatismale, dans la Partie spéeiale de ce Traité, nous ne -croyons cependant pas hors de propos de jeter encore iei un eoup d’œil sur ce ehamp si fertile en aperçus pratiques.
Il convient d’abord de distinguer, comme disent les éeoles médicales, la eause occasionnelle et la cause antécédente du rhumatisme d’avee sa cause instrumentale et sa cause continente V Dans le sujet qui nous oecupe, nous ne devons pas confondre non plus la cause en vertu de laquelle la congestion rhumatismale se déelare, ainsi que l’aete et l’effet réel de eette congestion , avec le mode et le mouvement vital au moyen desquels elle s’effectue. On doit surtout savoir bien apprécier quelle est l’origine réelle des eongestions rhumatismales, afin de déeouvrir la raison pour laquelle elles se trouvent ainsi aptes à envahir tels ou tels organes, elles se manifestent à telle
Voyez ï. VIII. Commentaire CCLXll.
ou telle époque déterminée et suivent telle ou telle marehe ; il importe enfin de connaître quel est le caractère vraiment spécial et tout à fait distinct des inflammations actives que ces congestions sont à même de revêtir,
g IL Sous ces derniers points de vue, il est bon de savoir avant tout qu’il n’est personne de plus disposé à subir promptement et facilement les atteintes du rhumatisme que les individus d’un tempérament lympbatico-sanguin et d’un caractère éminemment sensible. Or, ce qui influe beaucoup, en de pareilles conditions, sur l’acte même de la congestion rhumatismale, c’est l’abondance pléthorique du sang; ce sont surtout des agitations ou des exercices immodérés du corps ; ce sont encore une fâcheuse constitution atmosphérique, une nourriture trop abondante ou de mauvaise qualité, un mouvement ou un repos trop prolongé , une forte contention d’esprit, de violentes affections morales (selon les dispositions de l’âme) ; ce sont enfin certaines prédispositions accidentelles des parties externes de l’organisme ébranlé, soit par une cause adventice quelconque, soit par des blessures, par un écoulement ulcéreux, par des contusions graves, par des brûlures, par la congélation , etc.
La cause la plus puissante de toutes, c’est sans contredit Vhabitude une fois contractée ; elle peut se manifester, en effet, avec toutes les causes sus-mentionnées et prendre aisément pour fondement la pléthore elle-même. Ajoutons aussi que, en pareil cas, l’efficacité d’une prédisposition héréditaire n’est pas moindre que celle de l’habitude L
g III. Dans la deuxième partie de notre Pathologie, nous nous sommes clairement prononcé sur la différence qui existe entre les affections rhumatismales et les affec-
' Voyea, T. VIII. Commentaire CCLXIII.
lions arthritiques : nous avons établi que cette différence consiste dans les mutuelles subordinations de ces deux états morbides, vu que le véritable rhumatisme, se manifestant avec une appulsion sensible des humeurs viciées, admet une stagnation immédiate dans la région affectee, tandis que les affections arthritiques ont plutôt leur raison d’être dans une contention spasmodique qui repousse, pour ainsi dire, malgré leur résistance, les congestions rhumatismales et permet même, d’une manière plus directe encore, à l’effort de la nature pour une excrétion, de s’établir dans le voisinage des parties soumises à leur influence. C’est ainsi , du reste, que les choses se passent lorsqu’on a à faire à des congestions véritablement hémorrhagiques plutôt qu’à des évacuations supposées morbides et à type rhumatismal , dans le sens strict du mot. Un phénomène aussi spécial maintient encore dans toute sa valeur la distinction que nous avons déjà établie entre ces deux affections et donne une compréhension positive des relations communes qu’elles ont en général au point de vue de leur foyer véritable. C’est même sous ce point de vue qu’il faut étudier leur conspiration intime avec les causes occasionnelles des hémorrhagies , en faisant abstraction , toutefois, de celles qui doivent leur origine à certaines causes violentes extérieures et accidentelles.
§ IV. La distinction que l’on peut établir entre les espèces rhumatismales s’appuie principalement sur la différence du mélange constitutif du sang que le mouvement rhumatismal pousse dans les parties qui sont le siège du mal et à travers lesquelles il pénètre profondément, selon sa plus ou moins grande agitation, en se mêlant avec une substance légèrement séreuse. Ce sang, ainsi altéré, provoque une chaleur acre dans l’endroit où il séjourne; parfois, trop épais lui-même, il cède sa portion pure de sérum , qui s’épanche en
pénétrant intimérnent dans les tissus , à travers les mailles étroitement serrées des parties poreuses.
Telle est à proprement parler la constitution que les anciens appelaient bilieuse : constitution vraiment vicieuse et très-propre à former des stases d’une nature absolument mauvaise, surtout lorsque le sérum est trop visqueux et que le sang , au contraire , trop ténu dans sa substance, se trouve ainsi poussé ou retenu à l’étroit dans une région quelconque K
§ V. Plus une pareille constitution prédomine dans les stagnations rhumatismales, plus intenses sont les incommodités morbides qui en résultent; la récrudescence qu’elle leur imprime est si prononcée que tout en elles a un caractère excessif, tant la violence de l’engorgement que la chaleur, la rougeur, l’ardeur âcre et les contentions spasmodiques de la partie. D’où il suit que, au lieu d’une forte agitation fébrile provenant de la simple stagnation du sang et propre d’ailleurs au rhumatisme, on voit se manifester plutôt de véritables inflammations, des phlegmons et même des érysipèles, ou du moins certains états morbides dont la constitution se rapproche beaucoup de la nature de ces diverses affections.
§ VI. Or, traiter ces maladies, soit par des moyens externes, tantôt à l’aide de certains chauds, capa¬
bles d’agiter fortement la substance du sang proprement dit, tantôt au moyen de certains topiques froids ou réfrigérants, capables de condenser la lymphe et le sérum , ou avec d’autres agents aptes à relâcher et à énerver, par une trop copieuse humectation, la tonicité des voies ; soit, au contraire, par une médicamenta tion interne qui agit peu convenablement sur la lymphe et le sérum , ou par l’emploi intempestif de certains remèdes propres à occasionner des constrictions toniques inopporlunes, ce sont là
* Voyez ï. VllI. Coinmenlaire CGLXIV,
tout autant de pratiques aussi irrationnelles qu’imprudentes. Il en résulte d’abord ce désagrément — le plus léger de tous, il est vrai — qu’en pareils cas les patients soumis à ces divers traitements ne s’en trouvent pas mieux que ceux qui , affectés d’une semblable maladie, ne font usage d’aucun remède et laissent la nature, comme le mal lui-même, suivre librement leur cours. Mais, si par malheur on vient à abuser de cette médication inconvenante, il se manifeste aussitôt des perturbations symptomatiques dans le mode, la durée, la marche et l’issue de la maladie ^ Les dangers en sont, du reste, beaucoup plus graves , beaucoup plus funestes et plus imminents chez les personnes ainsi traitées que chez les individus qui non-seulement n’ont point usé de tels moyens, mais se sont même abstenus de tout secours.
§ VII. Les agents thérapeutiques vraiment curateurs ou qui peuvent apporter du soulagement à ces maladies, contrairement à ceux qui leur sont nuisibles, témoignent ici d’une manière palpable — surtout si on les applique avec prudence et discernement — du véritable caractère des affections rhumatismales, et démontrent que V allégement préventif du sang, la dérivation méthodique de son afflux (pratiquée sans porter la perturbation dans l’économie), les moyens propres à calmer l’ardeur brûlante de la masse sanguine, la modification de sa ténuité et de son âcreté tant adventice que naturelle , une convenable évaeuation diurétique — une fois le calme rétabli, — la provocation douce d’une transpiration halitueuse, enfin l’usage externe de légers résolvants sont tout autant de moyens propres à améliorer d’une manière active et sensiblement efficace l’affection rhumatismale.
§ VIII . Une ehose généralement reconnue du vulgaire
Voyea T. VIH, Commentaire CCLXV.
lui-même,, c’est que la négligence coupable de la saignée et des scarifications, chez les personnes qui en ont contracté l'habitude, produit infailliblement les symptômes rhumatismaux les plus ordinaires. Pour ce qui est du sexe féminin (à moins qu’on n’aime mieux s’en tenir à des fictions purement gratuites), on pourra aisément se convaincre qu’il est plus exposé encore que le sexe masculin aux atteintes rhumatismales, lorsque la menstruation , fonction si nécessaire ! s’exécute d’une manière tout à fait anormale et vicieuse. Il en est de même pour le flux hémorrhoïdal : les personnes qui en connaissent les effets savent très-bien que , lorsque cet écoulement habituel devient irrégulier, il se déclare bientôt des fluxions et des stagnations sanguines du genre de celles qu’on appelle communément rhumatismales et surtout sciatiques ^
§ IX. Nous ne saurions trop recommander, en finissant, comme une chose très-essentielle, de bien se garder de confondre la chaleur et l’ardeur plutôt âcres que simplement effervescentes, qui se manifestent dans les épanchements rhumatismaux avec la chaleur vive, propre aux stases inflammatoires. L’avantage réel qui ressort de cette distinction, c’est de reconnaître la constitution spéciale qui caractérise les rhumatismes et en vertu de laquelle, malgré leur persistance de plusieurs jours dans les régions extérieures les plus fortes et les plus robustes, il ne s’y forme habituellement et ne peut s’y former ni abcès, ni suppuration^. En pareil cas, il est évident qu’il faut s’abstenir de tout moyen qui pourrait favoriser la maturation et qui , loin d’être de quelque utilité à l’affection, lui conviendrait peu, ou serait, par cela même, contraire à son véritable caractère.
* Voyes T. VUl. Commentaire CCLXVI.
^ Voye:s T. VIll. Commentaire CCLXVII.