DES AFFECTIONS INFLAMMATOIRES
§ 1. Les inflammations qui, étant la conséquence immédiate d’une véritable stase franchement sanguine ou affectant un caractère évidemment sanguin, nécessitent une élaboration pénible et se terminent par suppuration, de manière à avoir besoin du concours paisible de l’agent vital ; ces sortes d’inflammations, disons-nous, méritent de notre part une étude on ne peut plus attentive, à l’aide de laquelle nous serons à même de reconnaître plus nettement leur marche, leurs progrès, leur durée, leur dénouement et leurs résultats plus ou moins avantageux, plus ou moins funestes et périlleux.
§ II. L'inflammation comporte en elle, d’une manière absolue, naturelle et implicite, les stases sanguines; c’est un fait certain. Mais tout ce qu’il y a dans la masse du sang de vraiment contraire à sa franche constitution physique peut aussi vicier et même souiller à son tour le caractère intime de l’inflammation, au point d’y surexciter, tant dans sa marche que dans son issue, (juelque chose de contraire et d’hétéroclite. En d’autres termes, de même que la formation normale d’un pus, louable et consistant , provient d’une franche hémostase ; de même aussi toute corrupion, d’un caractère différent et de plus en plus mauvais, toute corruption , disons-nous , ulcéreuse, colliquative et corrosive a toujours sa source dans une constitution sanguine anormale , trop séreuse et de nature lymphatico-salivaire ou dans une dyscrasie adventice du sérum. En outre, toutes les inflammations, quelles qu’elles soient, qui ne suivent pas un cours naturel
et régulier, donnent naissance à une corruption gangréneuse, toujours funeste et délétère.
§ III. Au point de vue du sujet qu’elles envahissent, les inflammations franchement sanguines se localisent surtout dans les régions du corps qui présentent un accès plus facile à un afflux abondant : ce sont les parties principalement qui se distinguent par leur réceptivité poreuse et par la multitude des rameaux vasculaires qui les parcourent. Quant aux parties qui sont moins aptes par leur disposition particulière à livrer passage à un sang nonseulement trop abondant, mais encore très-ténu ou trop délayé et qui sont habituées à donner accès aux humeurs lymphatico-séreuses encore plus ténues, elles se trouvent quelquefois, en des circonstances accidentelles, affectées d’un engorgement humoral dont il leur est bien difficile de se débarrasser, soit en fournissant ainsi matière à une ulcération saline très-âcre, soit en devenant le foyer d’un excessif écoulement ulcéreux , soit enfin en occasionnant une grande difficulté pour la consolidation des tissus. Toutefois, dans cet état de choses, malgré les souffrances et les malaises sensibles inhérents à cet état, ces parties en dehors de toute dépravation spontanée ou occasionnelle et excessive, sont naturellement à l’abri des plus graves corruptions actuelles.
Cela posé, nous allons, suivant un ordre naturel et convenable, soigneusement étudier chacune des espèces inflammatoires.
ARTICLE PREMIER
De l’inflammation apostémateuse ou purulente.
§1. Vinfl.ammation apostémateuse ou purulente, dans le sens strict du mot et d’après son caractère le plus
spécial , est celle qui provient d’une hémostase franche, établie dans des parties de l’organisme habituellement en contact avec l’humeur sanguine, qui n’y séjourne jamais en trop grande quantité et n’y est point retenue par un état violent de contention.
Avec de semblables conditions, en effet, le sang forme, dans ces parties, un engorgement et, par suite, un gonflement assez considérable-, il se manifeste plus tard delà rougeur, une tension, une dureté et une chaleur extraordinaires ; la tumeur est extrêmement sensible, arrache des cris au patient et offre au toucher une sensation de chaleur brûlante. Or, si dans un pareil état le sang ainsi épanché et retenu se trouve abandonné à luimême , il ne peut évidemment qu’entrer en décomposition, et cette corruption est non seulement intime ou profonde, mais encore très-active et surtout trèsévidente.
§ II. Mais, comme une semblable corruption est positivement contraire aux lois générales de la nature animale, celle-ci, en vue de la destination générale de l’économie, ne peut tolérer une pareille constitution et s’y oppose même d’une manière énergique, en imprimant une direction particulière à ses actes vitaux ordinaires de sécrétion et d’excrétion. Comme en pareil c.as il ne convient pas d’imprimer à l’organisme une commotion universelle pour dissiper la stase inflammatoire qui n’occupe qu’un seul organe ou une seule région — à moins qu’à cause de la grandeur du péril il ne faille recourir aux plus puissants moyens auxiliaires , — ce n’est que vers la partie immédiatement affectée que la nature porte toute l’activité du mouvement vital et qu’il se forme une contention plus grande dont les conséquences habituelles sont : une tumeur dure, une rougeur insolite, une clialeur excessive, plus sensible pour le patient qu’elle ne
l’est pourtant en réalité, devenant même intolérable, à eause surtout d’une vive lancination et d’une donleur extrêmement piquante qui viennent s’y joindre
g III. Hormis le cas d’une soudaine et anormale irruption , on peut dire que plus ces symptômes sont intenses, plus on doit s’attendre à la formation imminente d’un abcès. Or, dans un cas de simple et légitime inflammation, l’abeès sera d’autant plus franchement suppuratif que tous les symptômes inflammatoires auront suivi une marche graduelle plus régulière et affeeteront un earactère normal , tant sous le rapport de la matière réellement sanguine qui a fourni les seuls matériaux de l’inflammation, que sous le rapport àes parties affectées, àe l'étendue de la stase, de Y administration modérée, unifbrme, exacte et assidue des mouvements vitaux. A toutes ces conditions^ il faut néanmoins en ajouter une dernière non moins essentielle : c’est celle de la libre issue de la matière purulente; car, s’il en était autrement, il serait à craindre avec raison que les progrès trop lents de la suppuration ne finissent par engendrer des corruptions plus graves et plus funestes.
§ IV. Telle est la constitution de l’inflammation purulente, de nature louable et suppurative, pour parler comme l’école. Elle embrasse encore, dans sa formation, une condition très-spéciale de temps; ainsi, sa durée naturelle et complète va de 4 à 8 jours, le plus, abstraction faite cependant du cas où la disposition particulière d’une région exsangue nécessiterait un plus long retard ; mais alors la partie affectée encourt le danger perpétuel de voir l’inflammation passer du caractère franchement purulent et bénin à une eorruption anormale et fâcheuse^.
* Voye% T. VIII. Commentaire CCLXVIII.
* Voyez T. VHI. Commentaire CÇLXIX,
§ V. Veffet ultime de Vabscession inflammatoire eonsiste en une dissolution si intime du sang épanché ou retenu dans la partie enflammée et en une altération si profonde de cette meme partie, que l’espace entier occupé par la stase se convertit en un liquide blanc, un peu épais, n’exhalant aucune mauvaise odeur, impropre à subir ultérieurement une corruption putride de nature âcre, susceptible, tout au plus, à dégénérer en acrimonie saline h
§ VL En outre, l’énergie toute spéciale de l’acte suppuratif mérite une sérieuse considération. Ce qu’il importe principalement d’observer ici , c’est que la perte de substance matériellement survenue, à cette occasion, dans la texture solide d’une partie quelconque, est assez promptement restaurée, à moins que la constitution gflandttlosotubuléuse, toute particulière de l’organe , n’oppose une grande résistance à ce travail réparateur et ne devienne incessamment le foyer d’un écoulement opiniâtre , ou que la corruption purulente , prenant une mauvaise allure , ne convertisse en ulcération ce qui n’était d’abord qu’une simple suppuration^.
Le caractère distinctif de la suppuration simple, naturelle et louable, c’est une appulsion interne, un afflux constant et vraiment inflammatoire sur tout le périmètre de l’abcès, où se forme, par cela même, une tumeur circonscrite par une circonférence rubiconde, accompagnée d’une sensibilité générale, sans cesse croissante et d’une chaleur on ne peut plus intense. Plus cette rougeur fait défaut, plus lente et plus difficile devient la consolidation des tissus; l’on voit même se substituer à la place, une fluxion ulcéreuse opiniâtre, parfois réfractaire à toute cicatrisation.
' VoyesT. VIII. Commentaire CCLXX. (avec planche).
* Voyez T. VIII. Commentaire CCLXXI. (avec planche).
§ VII. Tels sont les earaetères avee lesquels se présente à l’observation l’inflammation franehement purulente dans sa plus naturelle simplicité. Pris dans sa rigoureuse et stricte signification , les Grecs ont désigné cet état morbide par le mot apostême, que les Latins ont
traduit par celui à’ ahscessus, séparation, abcès L En effet, Pacte pathologique propre est de séparer une partie quelconque du reste de l’organisme vivant : phénomène que la nature exécute d’une manière aussi prompte qu’efficace et salutaire , dans le but d’arriver par le chemin le plus court à la' réparation des parties altérées, ou du moins à leur consolidation réelle.
Les abcès de nature ulcéreuse, au contraire, procèdent non-seulement avec plus de lenteur, mais encore avec une allure douteuse , réellement indécise et sont, par là même, dès leur début, plus sujets à des anomalies: néanmoins, à bien apprécier le fait, les abcès ulcéreux débutent aussi par une inflammation suppurative. Nous aurons bientôt occasion de parler plus au long de ce genre particulier de corruption , après que nous aurons exposé ce que nous avons à dire d’important sur les inflammations à forme purulente.
§ VMI. Nous allons donc jeter un coup d’œil rapide sur les phénomènes appartenant aux inflammations qui se manifestent le plus habituellement sur les diverses parties de l’économie corporelle, en dehors de toute cause externe, sensiblement apparente. A cette classe de phénomènes appartiennent d’abord Vodontalgie,
V inflammation aiguë des parotides, V angine simplement inflammatoire, ta vomique des poumons, les abcès ou apostèmes externes et spontanés des mamelles, les inflammations soudaines et noueuses ou tuberculeuses dans les
» Voye: T. VIII. Commentaire CCLXXIl.
constitutions robustes; viennent en second lieu, mais plus rarement, avec une marche moins heureuse et dune issue beaucoup plus équivoque, les ahcès du foie, du panc7’éas, des glandes intestinales et enfin la suppuration si douloureuse des reins et des testicules^.
§ IX. Or, rien n’est plus important et plus rationnel que d’établir ici une sage distinction entre les tumeurs à forme apostémateuse ou apostématoïdes et Yapostème actuel ou Vabcès vrai ; c’est-à-dire ce mode inflammatoire qui tend franchement vers l’abscession et produit immédiatement son effet, attendu qu’il est certain que toute inflammation (principalement celle qui manifeste dès le principe un caractère purulent) tend directement vers la résolution ou vers l’élimination des matières impures. Mais il est encore bien plus important de distinguer soigneusement d’avec ces dernières les affections inflammatoires de certaines parties du corps, qui, pour l’ordinaire, ne sont pas destinées à parvenir jusqu’à la suppuration, bien qu’elles soient profondément disposées à la subir ; tel est du reste leur mode de terminaison d’une manière convenable, à moins qu’il ne s’opère une résolution et une élimination salutaires.
§ X. C’est dans ces conditions que Vhypopion (iTrdn-uov) se localise aux yeux^ ou qu’il se manifeste souvent dans les mâchoires et les gencives de semblables douleurs de nature purulente, dont le pus ne s’échappe pas facilement de lui-même et demande presque toujours une incision des parties.
Quant à Vangine simplement inflammatoire, elle se déclare ordinairement — les cliniciens habiles le savent très-bien — chez les individus pléthoriques qui suivent im régime trop éehauffant et surtout chez les personnes
Voyez T. Vlll. Commentaire CCLXXIII.
PATHOLOGIE TRÈS-SPÉGIAIÆ. 379
qui sont déjà prédisposées à cette affection , par un épanchement sanguin opéré une ou deux fois vers la région qui en est le siège, notamment si cet état fluxionnaire a un caractère approchant de l’apostème, c’est-à-dire tendant à une suppuration actuelle.
La vomique des poumons ne présente jamais des signes équivoques ; on ne saurait la reconnaître à d’autres indices qu’à la manifestation même de la suppuration.
§ XI. Pour ce qui est des inflammations suppuratives des viscères abdominaux, comme leur irruption est en général plus violente, on les reconnaît avec beaucoup moins de difficulté ; leur diagnostic n’offre par conséquent pasle moindre doute et l’indication formelle est ici d’arrêter à temps et de dissiper aussitôt que possible le développement des phénomènes, avant que la suppuration ne se soit établie. Car, si dans les autres parties du corps humain où l’on peut aisément obtenir une évacuation immédiate, une réparation libre ou du moins une véritable consolidation , on attache moins d’importance à l’établissement de la suppuration ; il n’en est pas de même pour une inflammation abdominale. En effet , la disposition toute particulière et la texture délicate des viscères est telle que, sans parler de leurs fonctions, qui ne doivent jamais être interrompues sans danger, la restauration d’une de leurs parties ne pourrait que difficilement s’effectuer, surtout s’il y avait épanchement soudain des éléments corrupteurs : du reste, on ne saurait en agir habituellement ainsi. Loin de nous, par conséquent, l’espoir de voir s’accomplir, même d’une manière lente et embarrassée , une consolidation quelconque des viscères lésés , avec perte de substance ; ce n’est que dans le sein maternel qu’on peut admettre une première et unique formation de leur structure. Quant aux fonctions continuelles de l’organe, nul ne peut disconvenir que ce ne soit
là un obstacle très-grand à la restauration complète de ces parties ; puisque l’arrivée incessante et continue des humeurs destinées à ces fonctions devient un embarras de plus, à cause de la solution de continuité de la partie abcédée, attendu que cet afflux continuel des humeurs intestinales provoque une sortie ou écoulement incessant à travers les lèvres de la plaie, et devient par là un empêchement réel à toute espèce de restauration et de consolidation que tout écoulement arrête ^
§ XII. Nous avons un exemple de ce fait dans les abcès profonds des parties glanduleuses externes ; ces abcès ne sauraient presque jamais , en effet , se tarir d’euxmêmes et les parties glanduleuses se consolider, sans une active intervention de l’art. Parfois même , tout moyen artificiel, quelque habile qu’il soit, devient inutile, à moins qu’il ne soit promptement aidé par une sage médication interne. On voit donc par là combien il serait imprudent de s’attendre à une consolidation prompte, facile, fréquente et satisfaisante d’une lésion des organes glanduleux.
I XIII. La théorie tout entière de ces sortes d’inflammations consiste surtout dans l’appréciation du vrai moyen et de la véritable méthode thérapeutique qu’il faut employer pour en obtenir la résolution ou la dissolution éliminatrice. Or, ce n’est qu’en procédant avec ordre, modération et régularité qu’on pourra en venir à bout avec succès. En d’autres termes, l’emploi rationnel des moyens thérapeutiques doit nécessairement correspondre tant à l’intensité des symptômes qu’à la proportion quantitative delà stase; mais, comme cette proportion ne saurait être suffisamment connue, ce sont là des choses qu il est impossible de gouverner ou de diriger sûre-
‘ Voyez T. VIII. Commentaire CCLXXIV,
ment; il convient alors de porter son attention sur les mouvements de la nature et la capacité des voies. Ce n’est que sur ces indications, du reste, que s’appuient raisonnablement les tentatives établies par l’art afin de diriger sagement et avec modération les commotions indispensables pour dissiper le mal et éloigner le danger.
§ XIV. Comme exemple, nous citerons à l’appui le fait de Yophthalmie simple. Dans ce genre d’affection, la tunique albuginée (vulgairement appelée blanc des yeux) rougit notablement par suite de l’engorgement et de la distension visible des vaisseaux qui tapissent la sclérotique', l’œil est chaud, brûlant même, et le malade y ressent une sensation de douleur âcre et pongitive. Or, cette affection suit son cours normal, et ce n’est qu’après un certain nombre de jours que tout rentre dans l’ordre : ce qui démontre évidemment que la résolution des stases inflammatoires repousse une trop grande précipitation et qu’elle requiert dans l’emploi successif des moyens curateurs une méthode en tout semblable à celle que la nature prudente suit dans tous les actes de l’économie animale ; en sorte qu’il ne faut pas trop avoir aveuglément confiance dans les instincts de notre raison , mais s’en rapporter préférablement aux témoignages de l’expérience, en s’appuyant sur les paisibles résultats de l’agent curateur.
§ XV. Une chose qui , dans toutes les inflammations (sans en excepter même, tant celles qui proviennent d’une cause externe que celles qui sont entretenues ou alimentées par une cause interne), mérite, à notre avis, la plus sérieuse attention , c’est la contention congestive qui s’établit aux alentours de l’endroit ainsi affecté. En effet, quelque embarras d’ailleurs que la coagulation d’un sang épaissi puisse apporter, d’une manière purement mécanique, à la
promptitude de la résolution de l’inflammation , cet effort congestif en oppose un plus grand encore, partout où il est fortement maintenu ; ce n’est même qu’après la cessation de tout mouvement congestif que l’on peut se promettre de dissiper la stase inflammatoire.
g XVI. L’opiniâtreté de cette contention congestive s’appuie d’une manière générale sur les commotions inhérentes à une abondante pléthore et, d’une manière spéciale, sur l’intention ou la destination d’un mouvement excréteur dirigé vers une partie quelconque de l’organisme ; parfois aussi elle a pour fondement une irritation persistante de la sensibilité ; parfois enfin, c’est au concours de ces trois causes qu’est due l’obstination de l’effort congestif, ainsi que l’arrêt opiniâtre des humeurs, par suite de l’arrivée incessante d’autres humeurs dans les régions envahies.
g XVII. C’était dans le but spécial de dissoudre ces sortes de stases inflammatoires que les anciens préconièsrent la phlébotomie comme moyen méthodique d’alléger la masse sanguine. Effectivement, cette opération bien comprise, pratiquée à propos et avec convenance a une valeur, une importance et une utilité telles que, sans cette pratique opportune, il est difficile et très-rare que les stases inflammatoires aient d’heureux résultats. Mais, hâtons-nous de le dire, cette méthode présuppose et nécessite même d’une manière absolue une appréciation très-prudente dans le cas où, loin d’être indispensable, la saignée n’est pas directement et indistinctement d’un égal et remarquable avantage pour toute inflammation et pour ses divers degrés. Des praticiens attentifs se sont même aperçu et ont constaté que les saignées faites mal à propos ont le fâcheux inconvénient d’engendrer la suffuration de la partie affectée, plutôt que d’eii dissiper l’inflammation ,
lorsque V évacuation du sang n’avait pas pour effet immédiat V excussion de lastase^.
§ XVIII. Dans la résolution de cés états morbides, la nature observe encore des périodes déterminées et des intervalles réguliers de temps : ce sont là des faits incontestables que l’on ne saurait raisonnablement nier.
Il n’est pas rare , en effet , de voir la péripneumonie guérir radicalement le jour de la crise par un mouvement acritique ou à' acrisie’^ . Il ne faudrait pas cependant en conclure que l’acte inflammatoire et fluxionnaire soit complètement dissipé et ne doive plus inspirer de crainte ; puisque les indices de coction qui se montrent assez abondamment dans l’urine, durant quelques jours encore sont une preuve du contraire. Mais il est plus convenable de penser que la contention qui s’était opérée ou effectuée (ainsi que l’indique l’observation) autour de la partie du poumon , devenue le siège de la stase, finit par cesser ou disparaître, et que, à l’aide d’une direction légitime que la nature imprime à ses actes curateurs l’excrétion définitive de tout ce qui peut rester d’étranger dans la masse humorale, plutôt comme produit que comme effet simple et direct de la cause morbifique, se trouve par là même complètement éliminé®.
Il n’est pas vraisemblable, néanmoins, qu’un tel acte s’accomplisse d’un seul coup, par un mouvement soudain et impétueux, et c’est plutôt par cessation de la contention congestive que ce phénomène s’effectue. En sorte qu’il est vrai de dire, non-seulement que la dissolution immédiate de la stase et l’engorgement sanguin ne se résolvent pas, mais encore — ce qui serait plus essentiel ou même plus indispensable — qu’un pareil phénomène
' Voyez T. VllI. Commentaire CCLXXV.
* Voyez T. VllI. Commentaire CCLXXVI.
^ Voyez T. VUI. Commentaire CCLXXVII.
ne s’effectue jamais dans un si court espace de temps, par la puissance d’un seül et unique effort de la force médicatrice.
§ XIX. Les considérations pratiques ci-dessus seront on ne peut plus importantes pour le médecin, parce qu’elles lui rappelleront sans cesse que, à la résolution de toute espèce d’inflammation , doit régulièrement succéder une excrétion exacte de tout élément impur, loin de lui faire espérer qu’une secousse soudaine puisse jamais dissiper tout embarras L Ce serait du reste en vain que, soit dès le début du mal , soit même après un certain laps de temps, on espérerait obtenir un semblable résultat et que l’on aurait l’imprudence de le provoquer par des moyens artificiels Il faut, au contraire, bien prendre garde de ne pas déterminer une surexcitation fâcheuse qui pourrait devenir une occasion capable d’engendrer cette congestion plus immodérée et plus fâcheuse encore dont il vient précédemment d’être fait mention.
§ XX. A ce propos, il convient de prendre en sérieuse considération l’utilité d’une méthode préservatrice ou préventive qui neutralise cette cause (appelée antécédente par les médecins) sur laquelle, comme sur une base fondamentale, s’appuient dans leur marche les stases inflammatoires. Mais, lorsque la stase est formée, le praticien ne doit désormais s’occuper qu’à trouver une méthode résolutive, proportionnée au mal et plutôt vigilante ou attentive que précipitée.
§ XXL Si l’on ne peut espérer ni de prévenir, ni de dissiper le mal à son début, il faut veiller à sa maturation, en prenant bien garde, toutefois, qu’une trop grande commotion n’augmente, rengorgement et ne lui ferme
' Voyez ï. VIII. Commentaire CCLXXVllI,
^ Voyez T. VIII. Commentaire CCLXXIX.
toute issue ou tout passage au dehors — seul et unique moyen de salut. Mais une fois que l’abcès est arrivé à sa pleine maturité, toute l’attention du médecin doitavoirpour objet une évacuation convenable des matières impures, en employant pour cela les secours de l’art, si la nature ne peut l’opérer d’elle-même. Après cette évacuation , la partie qui était le siège de l’abcès doit être purifiée par les différents moyens usités dans la pratique médicale — le plus souvent, en effet, cette partie en a le plus grand besoin — ; jusqu’à ce qu’enfm, après la répression artificielle tant de l’afflux que de l’écoulement importun de la matière humorale, la consolidation des parties puisse tranquillement s’opérer.
§ XXII. Tels sont les fondements réels du traitement thérapeutique et de la médication convenable de l’inflammation purulente ou apostémateuse , amenée à sa complète effectuation. Gela est si vrai que, lorsque quelqu’un de ces moyens est notablement en défaut , loin de s’attendre à un résultat heureux, à une issue avantageuse, on doit voir au contraire dans cette négligence un danger imminent plus ou moins grave. C’est absolument à ce point de vue que les abcès qui se localisent dans des parties dont l’évacuation naturelle ne peut avoir lieu sans l’intervention parfois difficile de l’art, qui ont des surfaces presque impossibles à nettoyer, et qui sont formés par une surabondance de matières dont on ne saurait arrêter l’afflux ou l’écoulement, peuvent à bon droit être regardés comme incurables ; ils le sont même réellement, ainsi que le prouvent un grand nombre d’exemples , à moins que par un effort inouï d’une nature éminemment bonne , il ne s’opère une guérison subite et inattendue. En fin de compte, la vraie méthode médicale consiste à prévenir le retour d’une pareille maladie, en combattant toute disposition à ces espèces d’engorge- T. V. 25
ments et en prémunissant l’économie corporelle contre toute cause capable de provoquer une congestion inflammatoire.
De la gangrène.
§ I. De même qu’il serait on ne peut plus absurde d’attendre des écoles médicales une théorie simple et vraie touchant le plus grand nombre des affections morbides et qu’il serait plus déraisonnable encore d’espérer de retirer à ce sujet une instruction quelconque des fictions hypothétiques aujourd’hui à la mode; de même aussi nous pouvons assurer que ces théories générales sont complètement nulles, si l’on veut en faire l’application particulière à la connaissance de la gangrène proprement dite et considérée dans sa plus rigoureuse signification. C’est pourquoi, comme nous n’avons ici ni l’intention ni le loisir de nous appesantir ou de passer trop légèrement sur les diverses acceptions étrangères au vrai sens du mot , qu’au contraire nous préférons purement et simplement nous en tenir à exposer et à élucider la chose elle-même, telle qu’elle est en réalité, nous suivrons notre méthode ordinaire dans la description de cet état morbide et de ses conditions individuelles.
§ II. La gangrène (en allemand « der heisse brand,^^ sphacèle ardent) se déclare lorsqu’une inflammation trèsintense revêt, dans toutes ses circonstances, un caractère tellement insolite que la partie affectée se tuméfie énormément ^ devient d’un rouge très-foncé , d’une dureté et d’une consistance extraordinaire, et prend enfin une teinte grise, violacée, tombant sur le noir : le tout accompagné d’une ardeur profonde, vraiment brfdante, de
douleurs spasmodiques s’irradiant dans les parties adjacentes, d’anxiétés morales et d’un état si alarmant de la région affectée qu’il peut en résulter non-seulement le danger imminent , mais encore l’apparition réelle du sphacèle ^
Les symptômes concomitants de cet état morbide sont quelque fois tellement graves, qu’il est indispensable d’intercepter par les septiques la partie saine de la portion gangrenée. Or, c’est principalement dans les stases inflammatoires que s’établit cette constitution funeste, lorsque ces stases ont lieu avec un abondant et impétueux afflux d’humeurs, ou que, par suite même de cet afflux, elles traînent après elles une irritation excessive.
§ III. Les conséquences de la gangrène sont aussi promptes que terribles et redoutables ; elles se terminent toujours par le sphacèle ou par un ulcère de la pire espèce — métaphoriquement parlant — , c’est-à-dire, pour parler sans périphrase, par un ulcère à caractère putride ou sphacéleux.
§ IV. Mais il n’est pas nécessaire d’insister plus longtemps sur ces détails et nous nous bornerons à faire simplement l’historique de cette affection.
La gangrène est une inflammation qui , par suite des profonds embarras d’une stase ou d’une impulsion trop violente du mouvement des humeurs, s’écarte de l’acte naturellement efficace d’une marche légitime sur laquelle étaient nécessairement fondés et l’effet universel et la destination totale de l’inflammation , en tant que salutaire. 11 suit de là que l’engorgement humoral, loin d’être diminué ou dissout, est, au contraire, retenu par une contention invincible et que la stase inflammatoire persiste de plus fort dans sa résistance opiniâtre. Or, si cette stase
Voyez T. VIII. Commentaire CCLXXX.
est ainsi livi’ée à elle-inêine et qu il soit impossible de la dissiper, que doit-il en résulter, sinon une véritable corruption? Car, en pareil cas, il faut désespérer de l’unique moyen de salut qui consiste dans 1 élimination et 1 expnlsion absolue de toute la matière corrompue ou des particules prêtes à se corrompre, ainsi qu’on a pu le voir parles aperçus que nous venons de donner en détail sur les suites de ce fait, dans l’exposé historique de l’inflammation.
En résumé, la gangrène n’est autre chose qu’une inflammation excessive causée par une précipitation trop violente de la contention congestive des humeurs ou par une dissolution indolente et prématurée de la partie affectée — qui livreraient ainsi passage à un trop libre et trop copieux engorgement — , ou bien par un encombrement et une irruption extraordinaire de la stase humorale; comme si la nature tentait un effort suprême et salutaire pour dissiper l’engorgement ou du moins pour établir une véritable suppuration ; mais c’est précisément à cause de la violence insolite de ces actes qu’aucun résultat avantageux ne saurait avoir lieu. Ce qui revient à dire que la commotion inflammatoire, tout à fait extraordinaire, qui s’effectue en ce moment ne peut obtenir une solution salutaire et qu’il ne peut en résulter qu’un effet entièrement opposé, partant nuisible et funeste.
§ V. Or, de même qu’un trop violent mouvement congestif ne peut opérer la dissipation des humeurs, et qu’un afflux humoral aussi abondant et aussi impétueux, en envahissant la partie abcédée, ne fait qu’augmenter l’engorgement et que provoquer, au lieu de la résolution de la stase, un amas plus grand de matières impures ; de même, toutes ces circonstances sont autant de conditions radicalement contraires au bon effet d’une suppuration
finale; car un tel résultat doit s’accomplir moins par l’appulsion que par le passage continu du sang à travers les méats de la région malade. En d’autres termes, c’est par un acte vital , subtil et modéré que s’élimine d’une manière graduelle et successive de la masse sanguine les particules prêtes à entrer en corruption ; sans quoi , à mesure què ces particules se trouveraient en assez grande quantité, il y aurait à craindre qu’elles n’eussent la funeste efficacité d’augmenter sensiblement la violence de la corruption : il serait dès lors, en effet, trop difficile d’en obtenir l’élimination et elles pourraient communiquer leur altération putride au reste de la masse sanguine. Or, c’est en suivant une méthode quasi mécanique, qui lui est familière, et en faisant subir au sang un semblable exercice (continu et^successif), que la nature veille d’une manière active à l’exécution heureuse de ces divers phénomènes.
En conséquence, aussi , lorsque l’unique moyen auxiliaire, seul propre à détruire cette corruption libre du sang, ne réussit pas, il en résulte directement, par une nécessité physico-mécanique, un effet funeste dont ne peut triompher le mouvement inflammatoire qui avait mission de le prévenir et de l’enrayer : en un mot, l’inflammation, se trouvant alors sans efficacité, n’est comptée pour rien et laisse le champ libre à ce dénouement fatal qu’elle aurait dû empêcher, nous voulons dire au sphacèle.
A cette fin, nous ne saurions trop recommander, pour avoir une perception plus claire du fait en lui-même, d’étudier avec soin notre théorie sur la suppuration que nous avons déjà exposée dans nos précédentes appréciations générales sur l’iuflammation. Ce que nous allons dire aetuellement du sphacèle pourra encore jeter quelque nouvelle lumière sur cette importante question.
Du sphacèle.
g I. L’étude que nous allons faire du sphacèle prouvera, d’une manière péremptoire, combien sont justes et raisonnables nos réclamations touchant les capricieuses hypothèses et les frivoles subtilités sur lesquelles sont fondées les diverses opinions médicales. Nulle part, en effet, nous ne rencontrons une définition franche du sphacèle ; tout, chez les auteurs, se réduit à des circonlocutions métaphoriques de sidération , de malignité vénéneuse ou de simple mortification : termes avec lesquels le mot grec sphacèle, (rÿàxe).oî, n’aurait aucune similitude de dérivation , à moins que l’attribut ayazTôî , participe passé passif du verbe «rfàÇw ne paraisse pouvoir offrir quelque analogie. Malgré cela, demeurerait encore obscur, à notre avis, le rapport de convenance des mots ff^iazTôç (inac~ tatus, mortifié, tué) et ffyàÇw {macto, jugulo , je mets à mort, je tue) avec le mot afàxsio; [sphacelum , sphacèle) ; excepté que, d’après la signification générale du verbe fffàÇw qui correspond chez les Latins à interficio, je tue, le terme (7?àxe).oç ne veuille simplement dire quelque chose de tué, Aq mortifié, de mort {inter f ectum , mortificatum, morticinum). Qu’on n’aille pas croire cependant que ce soit par mauvaise intention de notre part, si nous trouvons embrouillées ces locutions employées pour une chose qui devrait être désignée par le nom le plus naturel : c’est-à-dire simplement par celui de corruption putride, envahissant une partie quelconque du corps vivant, phénomène vulgairement appelé sphacèle.
§ IL Mieux vaut, disons-nous, donner à cette profonde altération organique le nom de corruption putride ou
putréfaction que celui mortification , employé, comme chacun lésait, pour l’équivalent nécrose, vszpùfftî, par les écoles médicales. En effet, cette mortification, d’après sa signification philosophique, désigne la privation de la vie ; or, le mot privation porte simplement en lui l’idée de l’impossibilité du retour à un état primitif, et il est bien évident, à considérer le fait dans sa réalité, que l’idée de disposition naturelle à reprendre un état vital n’est applicable qu’à une partie sous le coup d’une corruption actuelle ou tombée déjà totalement en putréfaction. Il eût donc été plus convenable, sauf erreur de notre part, de désigner cet état pathologique par un mot qui exprimât son véritable caractère physique, plutôt que d’en obscurcir le sens par une périphrase. Cette observation est d’autant plus juste que ce n’est pas seulement en vue de la connaissance pure et simple de l’état morbide, que ressort un avantage réel de cette manière sérieuse et logique de considérer les faits ; mais c’est au point de vue surtout de la méthode thérapeutique qui correspond à ces premières notions sur lesquelles le médecin s’appuie pour parvenir légitimement à comprendre, soit s’il y a quelque chose d’avantageux à faire , soit ce qu’il y a à faire et quelle est enfin la méthode à suivre en pareille circonstance.
§ III. Voilà pourquoi , en commençant cette étude par l’exposé historique du sphacèle et de son mode réel de manifestation , nous nous bornerons, pour montrer quelle est sa vraie pathologie, à en établir une étiologie simple, naturelle, nullement basée sur des hypothèses gratuites de malignité ou de principe vénéneux, capable néanmoins de comprendre toutes les circonstances positives de l’affection.
Le sphacèle se manifeste avec un appareil de circonstances externes, constantes et faciles à apprécier, en sorte
que la partie affectée perd d’abord sa chaleur et sa couleur naturelles, ensuite la sensation ; et la perception de tout contact disparaît radicalement pour le patient ou s’altère profondément.
Plus tard, toute chaleur vitale s’évanouit et l’organe affecté devient froid ; sa couleur prend un aspect livide, noirâtre même; le périmètre entier de la région présente enfin une teinte pâle et sans aucune apparence de vitalité. Le malade perd à cet endroit toute espèce de sensibilité et demeure complètement impassible aux incisions du scalpel. Le membre se tuméfie dans le voisinage et au pourtour du lieu où le spbacèle a immédiatement son siège: c’est une tumeur pale, froide et de la nature de l’œdème ; avec cette différence que, si dans l’espace de quelques heures on enfonce le bistouri dans l’organe tuméfié, le patient n’en éprouve aucune sensation et, de l’ouverture ainsi pratiquée, il ne coule pas une seule goutte de sang; il ne s’en échappe qu’un peu de sanie ichoreuse. On voit néanmoins au fond de la blessure un sang noir et épais, privé de sa fluidité naturelle. En outre, la partie atteinte, déformée par les progrès de plus en plus rapides du mal , tombe en très-peu de temps dans une manifeste putréfaction fétide, se ramollit tout à fait, devient presque liquide et exhale aussitôt une odeur très- forte de putrilage, suigeneris.
§ IV . Deux circonstances remarquables se présentent à l’observation , dans un pareil état morbide. Ce sont 1“ la rapidité, la promptitude avec laquelle la corruption étend, d’une partie d’abord très-restreinte, ses ravages progressifs sur les parties environnantes ; 2" la perte de la sensibilité et de la tonicité vitales autour de l’endroit immédiatement affecté : anesthésie spéciale qui non-seulement se déclare avant que la corruption vraie ait envahi les parties, mais qui s’effectue selon des conditions loca-
les et un mode temporaire tels que, si la curation a d’heureux résultats, ces mêmes parties (non sphacélées) recouvrent la sensibilité et le mouvement déjà perdus. Toutefois , la portion effectivement atteinte de sphacèle n’est nullement susceptible de restauration ; il faut absolument en opérer l’ablation^ sans quoi elle tombe et se détache d’elle-même de 1ê( substance vivace ; c’est-à-dire qu’il se forme une sorte à'abscession qui, à Tinstar de la véritable suppuration , se sépare des parties vivantes qui l’avoisinent.
§ V. Quant aux causes immédiates et les plus prochaines dont le sphacèle est ordinairement la conséquence, nous découvrons par l’étude de cet état morbide, en première ligne, Vinterception de la libre circulation du sang, ou plutôt son arrêt et sa détention passive dans la partie malade : hémostase funeste provenant, soit de la coagulation locale de la masse sanguine à cet endroit , soit des lésions graves de la tonicité des voies, soit d’une solution de continuité survenue dans les méats (sans donner issue néanmoins à leur contenu), soit d’une irruption rapide et d’une excessive contention de l’afflux humoral , soit enfin d’un simple arrêt du sang, par suite d’une forte ligature ou de violentes compressions.
Voilà pourquoi le sang, coagulé seulement dans les pores par un froid rigoureux ou par une profonde brûlure, peut encourir le sphacèle : résultat que l’on voit quelquefois survenir aussi à l’occasion d’une stase considérable provoquée par l’emploi immodéré des réfrigérants. Parfois encore, c’est à la suite de la perte (paralytique ou hémiplégique) de la tonicité vitale des parties que ce fâcheux accident se manifeste, à cause de l’engorgement subit produit par un afflux stationnaire (sans reflux) de la masse sanguine; tantôt enfin, c’est après de graves secousses qui, soit en lacérant violemment les parties
fibreuses, soit en leur donnant une trop grande extension, par l’arrivée impétueuse du sang, sans rétablir pour cela ^a tonicité, déterminent une copieuse hémostase. Nous avons une preuve irrécusable de ce fait dans les vibiees (vergetures ou ecchymoses) qui surviennent a la suite d’un coup grave fait avec un instrument contondant.
Quelquefois enfin, à l’occasion d’une lésion devant déterminer une inflammation simple, il se manifeste une sensation si vive que la congestion qui l’accompagne prend un caractère de violence et d’impétuosité inouïes, à tel point que le sang, ne pouvant reprendre sa circulation ordinaire donne lieu à un engorgement et partant à une coagulation immédiate.
§ VI. A l’égard des interceptions par compression trop énergique et dépassant les conditions d’une simple constriction , il est bon d’appeler l’attention sur le fait d’une ligature opérée par des mains inhabiles dans des cas de contusions graves, de luxations, de fractures ou d’hémorrhagies excessives. En pareils cas, si l’on exerce une trop forte ligature, un trop puissant resserrement sur une partie quelconque, au moyen d'attelles, de bandes ou de compresses; si, ce qui est néanmoins indispensable quelquefois, on laisse trop longtemps le bandage, on pourra souvent constater, en enlevant l’appareil , les premiers effets de l’invasion du sphacèleA : phénomènes que l’on attribue ordinairement à V étranglement de la partie, c’est-à-dire à un réel défaut de transmission de l’énergie vitale, comme l’indiquent ces locutions vulgaires : « Erstïkte schaden, etc.» — lésion par asphyxie des parties.
§VII. Il serait donc inutile, pour élucider la raison causale de ces phénomènes, de nous appesantir sur une
‘ Voyez T. Vlll. Commentaire CCLXXXl, deux cas fort remarquables de ce fait.
théorie plus spéciale encore du sphacèle; attendu qu’il est plus que suffisant de connaître la raison générale inhérente tant à la vitalité défectueuse qu’à la disposition des parties pour ce genre d’affection. Personne n’ignore, en effet, que toutes les parties du corps, notamment les parties molles et plus spécialement le sang, sont, par leur constitution propre, éminemment aptes à une corruption putride; car si ces parties se conservent dans leur intégrité , c’est uniquement grâce à l’incessante circulation du sang et aux continuelles sécrétions et excrétions qui s’exécutent par son intermédiaire. En d’autres termes, c’est le sang, qui, par sa marche constante et générale dans les parties solides de l’organisme, les entretient dans un parfait état d’équilibre, en charriant toutes les substances impropres à leur nutrition, en entraînant dans le courant de la circulation, avec elles, toutes les impuretés qu’il rencontre dans son va et vient perpétuel, en rejetant enfin au dehors les matières hétérogènes à l’aide des conduits colateurs ou émonctoires. C’est ainsi du reste, qu’il conserve tout à la fois sa pureté, son intégrité propre et la santé générale du corps entier. S’il arrive donc que cet acte conservateur soit totalement anéanti; que les parties soient abandonnées à leur imminente corruptibilité naturelle et constitutive (conséquence que la chaleur de la partie voisine, encore pleine de vie, favorise en quelque sorte, d’une manière très-puissante); il doit résulter du concours et de la conspiration fâcheuse de ces conditions, d’une manière positive, une dissolution organique, c’est-à-dire une putréfaction immédiate.
§ VIII. Une circonstance encore plus importante à considérer , c’est que la tonicité vitale, comme la sensi sïbïlité et le mouvement (nécessaire à la circulation du sang) disparaissent et cessent avant que la corruption vraiment sphacéleuse n’ait envahi les parties affectées.
396 OEUVRES DE STALH.
Or, on ne saurait donner de ceci une raison physique raisonnable, soit, d’une part, que Ion s appuie sur les opinions futiles, qui attribuent à des vapeurs putrides, répandues dans te voisinage, l’extinction de la chaleur vitale ou plutôt de la chaleur naturelle, c’est-à dire des esprits vitaux innés; soit, d’autre part, qu on admette les assertions de certains modernes , prétendant que , au point de vue de sa constitution matérielle, la corruption sphacéleuse n’est autre chose qu’une acidité volatile qui, par sa pénétration dans les parties ambiantes, opère cette coagulation du sang dont l’effectuation est le signe précurseur des autres phénomènes. Ce sont là, en effet, des théories tout à fait étranges et diamétralement opposées au caractère franchement déterminé du sphacèle, c’est-à-dire à l’idée d’une putréfaction absolue et libre.
Du reste , faire provenir la coagulation du sang (lorsqu’il perd la faculté de son mouvement progressif et de son agitation à travers les parties spongieuses) d’une cause absolument matérielle et accidentelle , n’est-ce pas le comble du ridicule , ainsi que le prouve la coagulation effective et inévitable de ce liquide une fois extravasé ? Mais cette coagulation , on le sait, arrive aussi d’une manière on ne peut plus certaine et naturelle , toutes les fois que le sang est enrayé dans sa marche, soit par une cause interne , soit par une cause externe , sans subir néanmoins l’influence directe d’une substance étrangère, en dehors même de toute influence corruptrice et matérielle du sphacèle. Du reste , ce n’est pas seulement pour l’explication du phénomène actuel de l’épaississement du sang qu’il est absurde d’invoquer une puissance acido-volatile provenant d’un vice humoral , mais encore il est positif que cette manière d’interpréter les choses est complètement opposée à toute loi chimique ;
car l’on n’a jamais vu un acide volatil se transformer d’une manière subite en une base volatile , c’est-à-dire en alcali volatil, ainsi que cela se produit expérimentalement dans la corruption putride du sphacèle, où l’on peut le constater, par le dégagement d’une odeur ammoniacale ^
§ IX. Ce qu’il y a de vrai et d’incontestable en ceci , c’est que Y acte ou Y effet de la corruption putride est diamétralement opposé au fait universel de toute manifestation vitale. Or, cette action vitale consiste spécialement en ce que toutes les matières aptes à se corrompre et principalement celles déjà atteintes de corruption sont soustraites ou éliminées par des mouvements paisibles , successifs et perpétuels. Parfois néanmoins cette décomposition se déclare d’une manière si grave et la texture organique est si profondément envahie , que les actes vitaux conservateurs, indispensables , sont dans l’impossibilité de s’exécuter ; quelquefois aussi , la corruption , outre ta promptitude avec laquelle elle poursuit son cours, est d’une efficacité telle qu’elle peut immédiatement atteindre les régions voisines et leur communiquer sa funeste influence. Ces faits, une fois établis, qui est-ce qui osera nier qu’un état morbide de cette nature ne soit propre à jeter l’incertitude , la perplexité et une crainte certaine dans la méthode à suivre , surtout si on la base sur des procédés lents , incertains , inefficaces et ne correspondant aucunement tant à l’activité prompte qu’à l’énergie de la corruption.
§ X. C’est pourquoi , en ce qui regarde la cause de la eessation de toute assistance vitale dans ces organes si gravement atteints qu’ils ne sont désormais plus susceptibles de guérison radicale et que les parties voisines se trou-
* Voyes T. VIII. Conimenlaire. CCLXXXil.
vent sous le coup d’une corruption imminente , il est on ne peut plus rationnel, ce nous semble, d assigner pour cause à cet anéantissement de la force vitale, l’impossibilité où est la nature d’atteindre complètement son but réparateur et l’abandon (en quelque sorte) des actes curateurs propres à cette fin, vu leur nullité. Un pareil état est encore motivé, au point de vue moral, par l’horreur qu’inspire à la nature cette pumancc léthifère, déjà en pleine activité ; en sorte que — quelque nom que l’on veuille donner au PRINCIPE directeur de l’économie des mouvements vitaux
— on peut dire qu’il lui répugne de se mettre en contact avec cette cause qui porte avec elle la mort et qu’il n’a plus confiance en la vertu de son action motrice , désormais impuissante.
Ce qui paraît démontrer la justesse de notre assertion, c’est que, d’après le témoignage de l’expérience, parmi les substances à vertu analeptique, la plus efficace, la plus active et la plus apte à fixer ou à ranimer l’énergie vitale , c’est l’buile essentielle de cinnamome ou de canelle.
— Preuve manifeste que c’est plutôt sur le retour et la conservation de l’énergie de l’activité vitale qu’il faut préalablement porter son attention, et non sur toute autre considération matérielle d’efficacité corruptive.
§ XL Voici du reste un autre fait ayant une parfaite analogie avec ce phénomène et tendant à confirmer directement la vérité de notre théorie : nous voulons parler de la morsure des animaux venimeux dont l’efficacité est si active pour produire le sphacèle.
Or, si l’on examine la chose selon son mode réel d’effectuation , on s’apercevra sans peine que cette cause — la morsure venimeuse proprement dite — doit occasionner un dommage tel qu’il est absolument impossible à la nature de le réparer et de le guérir, sans une intervention étrangère ou mieux sans un secours externe, simple
et direct , qui seul peut satisfaire aux exigences du mal et obtenir une guérison que la nature ne tente même pas d’opérer,
§ XIl. Du reste , toutes les fois qu’il survient une lésion à laquelle la nature ne peut nullement remédier, on voit aussitôt se manifester cet abandon anxieux, Upothymique , précurseur de la mort, enrayant même tous les actes vitaux et permettant ainsi au sphacèle d’envahir immédiatement la partie affectée. En d’autres termes , lorsque la nature n’exerce plus dans une partie ses actes vitaux si nécessaires , le sphacèle , ou mieux la putréfaction simple prend subitement le dessus et se trouve abandonnée à elle-même , sans qu’il se manifeste la moindre résistance vitale.
Bien s’en faut néanmoins que nous révoquions absolument en doute dans les morsures venimeuses l’existence d’un virus matériel , capable de favoriser puissamment par une sorte d’énergie fermentative la violence d’une corruption putride. Telle est au contraire notre conviction , n’importe quel argument on aurait à nous opposer.
§ XIII. Pour mettre dans tout son jour le caractère vrai du sphacèle par opposition à la suppuration , il est indispensable d’exposer ici les circonstances et les formes ordinaires , communes ou différentes de chacun de ces phénomènes... De cette appréciation ressortira ce fait important, que le sphacèle ne peut être traité d’une manière salutaire que par un procédé absolument unique , savoir: par l’ablation, immédiate et entière de la partie atteinte, à l’aide de procédés chirurgicaux.
A. — CArconstances communes. — 1° Le sphacèle a une condition matérielle et constitutive parfaitement identique à celle d’une suppuration salutaire : e’est un sang stagnant dans les parties appelées sanguifères dont
les pores spacieux reçoivent le sang pur en grande quantité ; avec cette différence cependant que, si la quantité de la stase , l’impétuosité et l’effort contentif de l’afflux sanguin sont excessifs ou ne sont pas en rapport avec l’énergie vitale ordinaire , normalement paisible et successive, il en résulte une corruption insurmontable et, loin de voir se déclarer une résolution snppnrative salutaire , il se manifeste une diminution dans Vappulsion et l’afflux de l’humeur sanguine , c’est-à-dire une funeste stagnation.
T Le sphacèle et la suppuration ont habituellementpour siège commun les parties, musculeuses et sanguifères principalement. Toutefois , le sphacèle s’empare aussi peu à peu des parties exsangues , non seulement lorsque le sang, se trouvant, d’une manière anormale, accumulé et emprisonné dans ces parties , vient à s’y corrompre, mais encore lorsque la corruption s’est étendue de la région voisine dans une région exsangue ; laquelle du reste n’est jamais franchement le siège d’une suppuration vraie.
§ XIV. 13. — Circonstances diverses. — La principale différence , la différence caractéristique qu’il y a entre la suppuration et le sphacèle consiste en ce que le sang trouve dans la suppuration un accès constant , un transit subtil et facile à travers les méats organiques; d’où, par une sorte d’abstersion et d’ablation continues des parties les plus ténues et vraiment animales , il ne reste plus que les éléments grossiers (ou physiques) du sang. C’est dans ces conditions que s’opère le phénomène salntaire de la suppuration , tandis que , dans le sphacèle , tout passage étant fermé au sang et la portion coagulée se trouvant abandonnée à elle-rneme, il ne peut et ne doit en résulter qu’une corruption réelle qui, dans sa liberté d’agir , exercera ses ravages non seulement sur la région
affectée, mais encore sur toutes les régions environnantes. Il arrive néanmoins que lorsque la nature , par une sorte de retour sur elle-même , établit , dans le voisinage et le périmètre de l’organe lésé (qu’on ne peut plus désormais arracher à la corruption) , un vigoureux mouvement vital , ce mouvement a la puissance de poser des jlimites à la marche du sphacèle en enrayant son invasion progressive. En d’autres termes, le sphacèle s’arrête et disparaît , dès que partout se manifeste une réelle suppuration.
Voilà pourquoi on recommande tant de provoquer la maturation suppurative dans les anthrax pestilentiels ou charbons; voilà pourquoi on préconise à juste titre , dans les débuts du charbon , comme dans ceux du sphacèle, l’usage du cautère actuel, joint à une suppuration effective, facilitée par tous les moyens possibles. Comme aussi la cautérisation potentielle est surtout louable et efficace en ce que, sans attaquer la portion déjà morte, on brûle la partie vive et qu’on vient à bout par là de séparer ce qui est mort d’avec ce qui est vivant. Cependant, il est bonde faire remarquer que, une fois que l’on a opéré cette séparation corrosive des tissus, le rétablissement ultérieur de la partie lésée ne s’obtiendra qu’à la condition expresse du concours libre d’une franche et normale suppuration.
§ XV. D’après ces faits , il n’est pas nécessaire d’attribuer au sphacèle vrai une raison particulière , extraordinaire et spécifique de corruption, puisque sa simple énergie putréfiante suffit à sa propagation : et cela , soit en vertu du caractère évident et propre ou de l’intime disposition de la mixtion animale et notamment delacrase du sang (qui ne peut qu’entrer en décomposition, du moment où , par la puissante intervention d’un acte éminemment conservateur, il n’est plus maintenu dans son intégrité) ; soit, ainsi que te constate l’expérience et que l’observa- T. V. 26
tion le démontre , parce que la corruption spliacéleuse
est une dissolution éminemment et absolument putride.
§ XVI. Or, on ne saurait s’empêcher de reconnaître qu’il est très-difficile de modifier en quoi que ce soit ou de guérir les fâcheux effets de cette sorte de fermentation accompagnée de putridité, par les seules ressources qu’offre l’énergie vitale. Toutefois, comme un acte pareil de corruption est diamétralement contraire au but universel et à la tendance naturelle de tout acte vital , on peut aisément concevoir que les mouvements entrepris vers cette fin, soient profondément troublés, dès que cette fatale corruption prend le dessus ; avant , pour ainsi dire , que la nature ait pu s’opposer à son invasion par une sage distribution de ses actes vitaux ordinaires.
§ XVII. On ne doit donc pas s’étonner si, en ces circonstances , le principe vital dirige et administre ses actes avec tergiversation, hésitation et d’une manière désordonnée, et si , au lieu de lutter avec vigueur , il se retire et suspend entièrement toute résistance. Or , c’est précisément ce trouble, cette hésitation, cet abandon qui apporte le plus grand préjudice à l’économie , en ce sens que, par l’absence de toute tonicité organique et sous l’influence d’une hémostase plus considérable , la corruption putride et fermentative se propage indéfiniment et prend , sans obstacle, la place de la suppuration : acte morbide , constatant une opération éminemment conservatrice et réparatrice; à tel point qu’il n’est plus mathématiquement possible d’espérer, à l’aide d’un salutaire et dernier effort vital, d’enrayer la trop grande violence du sphacèle. Le désespoir de la nature est même si grand, en cette occasion que, non seulement elle recule devant toute tentative salutaire, mais qu’encore elle perd la vivacité et l’énergie qui lui sont indispensables.
§ XVIII. Une chose digne de la plus sérieuse consi-
dération , c’est qu’il est infiniment rare de voir la guérison du sphacèle s’opérer , d’une manière complète et spontanée , sans une intervention puissante des secours de l’art.
A ce propos , nous devons prêter toute notre attention à un fait rapporté par Bartholin * , relativement à une jeune fille pauvre qui, atteinte à l’un de ses pieds d’un horrible sphacèle, vit les ravages du mal s’arrêter spontanément vers le milieu de ce membre, dont la partie corrompue tomba en deliquium, se détacha du reste du pied qui fut dans un parfait état de conservation vitale, le tout, sans l’emploi du moindre remède. Or, si l’on veut bien considérer la conformation anatomique de cette partie, la connexion, les rapports intimes et mutuels qu’il y a entre les vaisseaux, les tendons et les muscles ou entre les muscles eux-mêmes, on ne pourra s’empêcher de regarder la guérison de cette pauvre enfant comme vraiment surprenante et providentielle ; il sera aussi aisé de comprendre que cette faveur toute divine a plutôt agi directement sur la nature elle-même (en portant la consolation dans les craintes mortelles de la jeune fille et en réveillant paisiblement sa gaîté et son activité ordinaires) que par toute autre intervention plus directe et plus positive. Néamoins , pour si admirable que soit cette énergique activité de la nature , il est pourtant utile de la considérer sous un point de vue physique. Ainsi l’on peut légitimement dire que , lorsque , après une légère excitation affective , la nature , encore pleine de confiance en elle-même , n’est nullement distraite par aucun mouvement étranger , elle exerce avec sécurité et avec une promptitude incroyable son activité vitale dans ses œuvres , soit de conservation , soit de restauration, soit même de décomposition de sa structure qui est son propre ouvrage, soit enfin dans ses procédés de reconstruction en une nouvelle forme. Ceci est d’une évidence frappante dans ces vices remarquables de conformation qui sont imprimés au fœtus par l’imagination de la mère, alors que la structure naturelle des parties , déjà même entièrement formées , éprouve une violente secousse et se décompose entièrement, non par une colliquation corruptive,
' Th. Bartholin. — Anatomie , Cent 1. , Hist. 69.
mais par une destruction réelle , pour servir à une autre structure d’un nouveau genre, d’une forme extraordinaire et toute différente des formes humaines U Or, comme, d’une part, un pareil phénomène n’est assurément pas l’effet d’un simple concours vital dont l’action se continuerait seulement avec vigueur et que, d’autre part, il s’exécute avec tant de facilité, sous l’influence d’une légère impression étrangère ; nous sommes convaincu que , dans ce cas , une intervention providentielle est on ne peut plus puissante pour seconder la nature dans ses efforts incessants et généreux, en favorisant son énergie dans la production de ses effets salutaires.
§ XIX. Il reste encore une double observation à faire sur V infréquence du sphacèle : T à un point de vue général , par rapport à l’universalité du règne animal ; 2“ à un point de vue spécial , par rapport à l’homme.
Et d’abord , pour ce qui est des bêtes , il faut remarquer qu’elles sont très-rarement sujettes au spbacèle; mais , lorsque cet état morbide se déclare , la violence de ses progrès n’est jamais aussi grande que chez l’homme. Ainsi, les exemples d’animaux atteints de sphacèle sont rares ; et plus rarement encore est-il donné de voir le mal prendre chez eux une marche tout à fait insolite.
Scholie. — On observe parfois, dans la race chevaline, des cas de ce genre de corruption qui, à la suite d’une forte compression ou d’une profonde contusion , prend assez rapidement le caractère d’une véritable corruption sphacéleuse, en ce qn elle n’est ni suppurative , ni sanieuse , qu’elle est simplement putride , qu’il est possible de la séparer du reste du corps, et qu’enfm elle peut tomber d’elle-même, soit spontanément, soit par la suppuration des parties ambiantes ; c est ce que nos vétérinaires appellent’ « brandfleck , so ausfallen muss » — « tache gangréneuse qv doit tomber, d On n’a, cependant, jamais ouï dire qu’une partie ainsi affectée, c’est-à-
’ Voyez T. VIIl. Commentaire. CCLXXXlll.
PATHOLOGIE TRES-SPÉGIALE. 405
dire non seulement complètement mortifiée, mais encore sous le coup d’une active corruption, ait été envahie avec autant de violence et dans une aussi grande étendue que chez l’homme. Quoiqu’il en soit , du reste, de ce genre de corruption gangréneuse , on la trouve plus rarement encore chez les autres espèces d’animaux; inouïe est enfin chez eux l’apparition du sphacèle , hors le cas où il serait occasionné par des lésions excessivement violentes.
Quant à l’espèce humaine , elle est aussi généralement à l’abri du sphacèle dont nous ne craignons pas , en ce cas , d’attribuer l’admirable infréquence à une grâce toute particulière de la Divinité , grâce toujours certaine , toujours manifeste et que l’on doit considérer sous le double point de vue de h permanence et de V émanation ^
V Elle est permanente en nous tous; car elle nous soutient , nous conserve , nous embrasse^ nous étreint , en nous préservant de ces graves et innombrables périls qui , notre vie durant , nous exposent sans cesse â des accidents mortels.
Elle arrive en nous par émanation; c’est-â-dire qu’elle se greffe et s’incarne pour ainsi dire à la nature huniaine , par cette activité et cette raison active , au moyen desquelles l’agent conservateur conibat, avec une méthode calme , paisible , régulière et vitale , les causes de corruption qui menacent de s’introduire ou de s’établir daris l’économie ; d’où il suit que l’action de la vie peut très-bien prévenir et détruire l’influence contraire d’une puissance mortifère, avant même qu’elle n’ait commencé ses ravages.
Or, une semblable disposition n’a pu être gravée dans la nature de l’homme que par la sagesse et l’omnipotence du Souverain Créateur ; comme aussi , ce n’est que par ses propres alarmes , ses méfiances et ses hésitations ,
* Foj/w T. VllI. Gontnenlairc. CGLXXXIV.
que la force vitale s’égare et se trouble dans la direction
et l’exécution de ses actes.
Nous ne saurions insister davantage sur un sujet étranger à notre but médical , mais ne craignons pas de déclarer en deux mots que telles sont nos convictions personnelles ^
De l’ulcère.
§ I. Les anciens donnaient, en général , le nom à’ ulcère à toute espèce de corruption attaquant à la fois et les humeurs et les organes. Cependant , en prenant le mot dans sa plus stricte et dans sa plus légitime acception , on doit entendre aussi par ulcère une profonde altération des tissus et des humeurs, absolument distincte de la suppuration et de toutes les affections qui ont avec elle un rapport quelconque de similitude ou d’analogie.
g IL Aussi, devons-nous, d’après cette définition , rejeter comme inadmissible cette maxime vulgaire : « Ubi pus J ibi ulcus. Là ouest le pus , là est aussi l’ulcère! » Car , partout où le pus se manifeste , loin de voir se former un ulcère , c’est au contraire une abscession suppurative proprement dite qui surgit. Or, bien que Vapostèmey a/roCTTïjpa, (abstracüon faite de l’acte général de
* Ces empreintes d’une foi religieuse, bien rare de nos jours et assez vive pour faire incliner la raison humaine devant la Tonte-Puissance divine et sa bonté providentielle, fera sourire sans doute les esprits sceptiques et irréligieux qui ont bu largement à la coupe fallacieuse du philosophisme moderne : qu’ils sachent néanmoins, ces esprits forts, qu’il n’y a rien qui donne plus de noblesse, de force et de grandeur que la foi; c’est elle qui fait les saints, les héros et les hommes de génie, tandis que le scepticisme et l’incrédulité — mèrenourrice de toute anarchie — ■ dégradent l’esprit, énervent l’âme, dessèchent le cœur et éteignent dans l’homme les nobles sentiments, les instincts généreux et la raison qui le distinguent de la brute.
PATHOLOGIE TRÈS^SPÉGIALE. 407
Vapostase par rapport à Vabcès) ne soit jamais pris indistinctement pour Yulcération véritable, axoxrtî, on peut néanmoins s’apercevoir que le mot ulcération est généralement et indifféremment employé, tantôt pour désigner un état d’abscession et de suppuration, tantôt pour indiquer un écoulement sanieux , ichoreux , séreux , âcre ou salin. ^
§ ni. Or, pour assigner leur véritable appellation à ces sortes de corruptions qui , tant au point de vue matériel qu’au point de vue formel, ne ressemblent en rien à la suppuration , il convient non seulement de les désigner sous le nom distinctif et propre d’ulcère , mais encore on doit, d’après le sens adopté par les anciens, bien examiner si les circonstances vraies, sur lesquelles est basée cette locution , correspondent exactement à l’objet qu’elles désignent.
Effectivement , Vulcère , pris dans sa stricte signification , exprime une corruption spéciale d’une partie privée de toute communication directe avec un sang pur et plas-. tique : en pareil cas , en effet , non seulement Yhumeur qui suinte dans la partie lésée , mais encore la substance même de cette partie (solide) , tombent en deliquium et se putréfient réellement.
§ IV. Du reste, un pareil phénomène ne peut se manifester d’une manière directe dans les régions qui reçoivent une grande quantité de sang et qui sont continuellement vivifiées par ce liquide ; il est surtout le triste apanage des parties exsangues, qui ont néanmoins un commerce parfaitement libre avec une humeur séroso-lympliatique, ou disposées accidentellement, de telle sorte que la portion pure et vivifiante du sang ne peut pénétrer assez profondément pour arriver jusqu’à l’ulcération. C’est pourquoi les parties du corps humain les plus sujettes à ce genre d’altération sont : la peau, les tissus membraneux, les ten-
dons , Igs ligaments et les glandes. Mais c est seulement par accident qu’on voit passer à l’état ulcéreux les abcès suppuratifs et les blessures dont on arrête imprudemment la consolidation ou la suppuration. D où il est facile de conjecturer quelles sont les parties exposees , d une manière spéciale , à ce mode d’ulcération. C est ainsi , par exemple : 1 “ que les parties extérieures de la tête deviennent le siège des achores; 2° que les jeunes enfants sont atteints de croûtes laiteuses et d'excoriations ulcéreuses derrière les oreilles; 3“ que, dans les divers âges de la vie, peuvent se manifester la gale, les différents genres d’intertrigo , les ulcérations des jambes par suite d’une blessure ou d’une forte excoriation sur ces parties. De semblables lésions peuvent également se manifester à la suite d’une érosion ou d’une brûlure des jambes et se comporter comme un véritable cautère.
§ V. Si donc il est incontestable que l’ulcération simple puisse atteindre toutes les parties du corps où abonde une humeur séroso-lymphatique, il n’en est pas moins vrai qu’un afflux , une intervention quelconque du sang modifie jusqu’à un certain point une telle constitution morbide. C’est ainsi : 1“ que la plus légère communication d’un sang seulement jaunâtre et imparfait dans sa mixtion rend âcre et brûlant l’écoulement ichoreux d’une ulcération de nature séreuse ; que, lorsque le sang qui afflue est rousseâtre et son afflux plus intense, il imprime à la corruption un caractère d’ardeur et de bouillonnement, ou mieux la rend colliquative et corrosive ; 3“ enfin, que, lorsque ce mélange devient plus copieux et plus épais , il en résulte des corruptions putrides beaucoup plus douloureuses, vraiment accablantes et se faisant jour violemment de toutes parts. De tels phénomènes peuvent se déclarer dans les états morbides les moins compliqués , en dehors du concours de tout ferment ou virus spécifique
capable de traîner après lui de profondes altérations organiques particulières, comme cela se voit dans la syphilis , la lèpre et certains ulcères phagédéniques.
§ VI. Ce qui contribue le plus à la raison formelle ou production physique de l’ulcération , c’est la crase , (mixtion ou constitution chimique) de la rmtière séroso-lgmphatique. Plus elle contient d’humeur saline, plus aussi elle contient de substance séreuse proprement dite ; plus elle approche de la nature de la lymphe, plus elle est âcre; plus enfin elle reçoit de matière salivaire , plus elle est fermenteseible : cette dernière propriété agit même avec une violence d’autant plus grande qu’elle participe davantage de cette mixtion particulière du sang qui favorise si puissamment la corruption saline.
§ VII. Après l’état constitutif de la matière , se place dans la catégorie des causes formelles qui déterminent et qui différencient même l’ulcération, la disposition spéciale de la partie. Ainsi , plus une partie est tubuleuse ou poreuse , plus elle favorise ou facilite la durée de l’écoulement ulcéreux. Or, comme une constitution trop poreuse est tantôt naturelle, tantôt adventice, il est important de la considérer sous le dernier point de vue principalement : nous devons même nous en occuper ici , comme en son lieu le plus convenable.
En effet , une ulcération fluente de ce genre est celle qui , localisée sur une partie glanduleuse , spongieuse ou tubuleuse et après l’avoir corrodée en y ouvrant de nombreux orifices à travers les méats et les tubes ou conduits organiques , y ménage une issue facile à l’humeur qui s’écoule avec abondance et qui doit d’ailleurs être éliminée par cette partie.
Nous avons observé , il y a déjà quelques années — beaucoup de personnes du reste peuvent avoir observé avec nous — un phénomène remarquable qui vient à- l’appui de nos asser-
410 OEUVRES DE STAPÎL.
lions et qui a trait à un homme déjà sexagénaire , porteur depuis longtemps, à la joue gauche, d’un petit ulcère continuellement Ruent. Cet ulcère avait atteint , envahi , corrodé même le canal salivaire de Sténon : ce qui faisait qu’on ne pouvait pas aisément et qu’on ne devait pas du reste arrêter l’écoulement ; car, à la moindre tentative de ce genre, la parotide du même côté s’enflait sur-le-champ.
On voit également d’autres ulcérations, les écrouelles, par exemple , tendre directement , dès leurs débuts , à un épanchement incoërcihle pour ainsi dire et par suite à des corruptions très-actives
§ VIII. Un fait qui mérite encore la plus sérieuse attention , c’est la théorie vraie de l’ulcère se manifestant à la suite d’un abcès purulent. Or, comme Yahc'es proprement dit (l’abcès légitimement suppuratif) est inséparable d’un afflux hémostatique dont il favorise l’établissement et d’un mouvement fluxionnaire du sang plus intense que d’ordinaire ; comme les effets de celte perturbation sont conséquemment et inévitablement la tuméfaction, la rougeur, Vindu^rntion proportionnées et la chaleur sensible de la partie affectée dont la surface est d’un rouge vif (quand on en a ôté le pus) et présente un aspect à peu près semblable à celui d’une blessure récente ; de même, lorsque l’afflux vivifiant de sang pur qui peut seul provoquer une consolidation opportune vient à cesser , bien que la circulation continue néanmoins à s’opérer librement dans les pores d’une partie dont la structure trop dense est conformée de manière à ne pouvoir recevoir et transmettre que du sérum et de la lymphe délayée avec lui, il en résulte que, tant qu’il y a solution de continuité et que l’organe demeure lésé , l’épanchement libre, par les lèvres de la plaie , de l’humeur séroso-lymphatique , qui s’opérait naguère avec plus ou moins d’abondance , s’effectue d’une manière lente -, et dès lors se manifeste une éruption de plus en plus croissante, ayant
d’abord un caractère simplement muqueux prenant plus tard la forme saline.
§ IX. Que si , dans les parties qui offrent d’ailleurs un facile accès au sang et qui possèdent toutes les conditions nécessaires, non-seulement à une suppuration normale et louable, mais encore à la consolidation des tissus, l’on vient, soit par la négligenee des soins voulus, soit par un traitement mal entendu et basé sur l’usage des topiques gras, à porter obstacle au travail de la nature; si, en outre, les fibres de la partie affeetée, à cause même de l’acreté saline, inhérente à la mixtion de leur texture, corrodées dans tout le pourtour formé par l’ouverture de l’abcès, affectent et eonservent un aspect qui les fait ressembler à des franges rongées ; si, enfin, cette érosion pénètre jusqu’au vif et empêche la formation légitime de nouveaux tissus, ou que, par la persistance d’un pareil désordre, il ne puisse se produire rien de salutaire ni se reconstituer rien de définitif ; on voit peu à peu diminuer l’afflux d’un sang rouge et vivifiant d’ailleurs si utile à une prompte consolidation : l’arrivée de ce liquide ne se fait plus que d’une manière lente et irrégulière. Dès lors, la partie où est le siège du mal devient pâle sur toute sa surface ; l’ouverture de la plaie par où s’échappe l’écoulement sanioso-séreux incommode affreusement le patient et présente à l’homme de l’art une difficulté telle que, à moins d’une correction profonde, il est impossible d’en espérer la consolidation.
§ X. Dans ces diverses circonstances, il arrive le plus souvent que les abcès négligés par les malades ou traités par des mains inhabiles, dégénèrent promptement en ulcères, présentent à leur surface une teinte livide, pâle, décolorée, ont pour symptômes caractéristiques une démangeaison insupportable, une sanie sans couleur et ténue. Nos chirurgiens allemands appellent ces sortes de
plaies des lésions négligées, malpropres, qui commencent à moisir : « verwahrloste, mreine, angelauffene schaden. » Au surplus, ces abcès dégénérés tombent dans un état chronique, vieillissent avec le malade et constituent à la longue des lésions anciennes et incurables ;
« alte schaden. v '
§ XI. De semblables conséquences peuvent provenir de l’ignorance des chirurgiens, surtout s’ils ne savent pas qu’il est impossible d’obtenir la réunion des lèvres d’une plaie, sans en avoir préalablement rafraîchi les bords en en enlevant la superficie formée d’un tissu vicieux, sans l’avoir nettoyée par une abstersion suffisante à l’aide de matières passablement septiques, sans la raviver enfin, de manière à ce qu’elle soit légèrement sanglante, et qu’elle reprenne un aspect frais et nouveau :
« dass der schade wieder einen frischen grmd bekômmety). En résumé sans ces précautions, tous les efforts des chirurgiens seront non-seulement inutiles, mais encore nuisibles et dangereux.
Scholie. — C’est là ce qui arrive principalement, lorsque, d’après les usages reçus tant en médecine qu’en chirurgie, se basant sur les théories les plus frivoles touchant les causes spécifiques d’une ulcération réfractaire et la néeessité de remèdes non moins spécifiques, on emploie , avant d’avoir convenablement lavé ou nettoyé fulcère, des mercuriaux, des balsamiques , des topiques chauds , des septiques trop violents, des moyens artificiels enfin qui produisent à contretemps nne nouvelle érosion encore plus profonde et détournent l’action nécessaire ou opportune des vrais balsamiques. Ainsi, non-seulement on n’atteint pas son but, mais encore (ce qui serait le plus essentiel) on ne remplit pas dignement sa mission auprès des malades.
§ XII. Il faut d’ailleurs prêter une attention toute par- Ijculière à la dépravation successive d’une semblable
constitution ulcéreuse, lorsque, persistant trop longtemps et possédant en outre une facilité trop grande pour Tafflux ou pour l’écoulement des humeurs, elle se trouve par-là mêïhe plus exposée à l’avenir à leur accumulation dans le lieu ôù elle a établi son siège. Ainsi, tout ce qui désormais subira un déplacement dans l’universalité de l’économie, sera dirigé ou poussé de préférence vers cet endroit et la nature, alors même que l’issue purulente est fermée ou que l’ulcère est Consolidé, n’en conserve pas moins un penchant réel pour refouler vivement vers le lieu en question les humeurs viciées, destinées à l’élimination; en sorte qu’il se forriie là des congestions, des engorgements et de vrais rhumatismes de toutes sortes ; de plus, la partie primitivement atteinte est envahie derechef et transformée en ulcération nouvelle, sous l’apparence d’ün abcès anormal.
§ XIII. Le traitement le plus simple , le preinier traitement de l’ulcération , requis par la nécessité , est donc de s’opposer prudemment à un afflux excessif ou irrégulier de la masse sanguine , tout en se gardant bien de ne point mettre obstacle à l’arrivée légitime d’une assez grande quantité de sang pur et vermeil , dont le libre passage est si indispensable pour la consolidation, que nul ulcère ne peut guérir sans cette influence vivifiante ; comme on peut aisément s’en convaincre par la couleur vivace d’une plaie qui parvient à sa cicatrisation.
§ XIV. Une chose non moins urgente , dans la curation de l’ulcère , c’est l’abstersion et la purification de sa surface qui doit être ravivée au point de prendre un aspect un peu sanglant et que l’on doit débarrasser de toute impureté sanieuse , de tous les débris fétides de la substance solide , c’est-à-dire des fibrilles corrompues et rongées en franges inégales ; ce nettoiement enfin doit être fait , sans violence , avec ordre , d’une manière pro-
portionnée , pour que la partie ainsi purifiée soit susceptible (le prendre librement un nouvel accroissement.
§ XV. Ce n’est qu’après avoir suivi ces diverses prescriptions , qu’on peut faire usage des vrais balsamiques, A tout prendre cependant , ils ne sont pas d’une absolue nécessité, puisque la nature sait se suffire à elle-même , pourvu néanmoins qu’on lui déblaie la route , par les moyens dont nous venons de parler. On peut se servir aussi , lorsque la partie est charnue , de la myrrhe et de ses composés ; lorsqu’elle est exsangue , les topiques les plus convenables sont les substances actives résineuses et oléagineuses ; mais il faut user de beaucoup de réserve, afin de ne pas occasionner imprudemment de trop grands afflux sanguins ou des ardeurs inflammatoires.
§ XVI. Il importe beaucoup que la purification du fond de la plaie se fasse d’une manière uniforme ; car , si une portion seulement de l’ulcère est nettoyée et que le reste, ne l’étant pas , demeure impropre à recevoir un accroissement nouveau , il arrive que l’usage des balsamiques détermine à l’endroit purifié la formation prématurée d’une nouvelle texture^ trop hâtive , molle , lâche , que l’on appelle â juste titre luxuriante et dont la nature, spongieuse dans les parties charnues , est fongueuse dans les parties exsangues^.
§ XVII. Une fois que tout ce travail s’est normalement exécuté , il est indispensable d’opérer le raffermissement des parties ; en d’autres termes , il faut qu’elles recouvrent leur tonicité naturelle et qu’elles puissent résister â l’afflux des humeurs... Ceci est de rigueur principalement dans les ulcérations chroniques, habituées par là même à retenir sans cesse cet afflux nuisible.
' Membrane pyogéniquc des contemporains. — Yoyes T. vin. Commentaire CCLXXXV.
* Yoyex T. vin. Commentaire C(iLXXXVI.
§ XVIII. Appelons encore l’attention sur la texture vicieuse de la surface d’un ulcère ; soit que ce défaut de cicatrisation consiste dans un déchirement ou une arrosion — nous en avons déjà parlé — ; soit qu’il provienne , comme c’est l’ordinaire dans l’ulcération des parties sanguines , d’un obstacle opposé à l’affluence trop impétueuse du sang. Car, en pareil cas , il ne se forme qu’une texture superficielle , semblable à une toile d’araignée et laissant perpétuellement transpirer l’humidité séreuse : ce qui est un défaut, puisqu’on ne pourra jamais parvenir à une purification convenable et partant à une consolidation normale , sans avoir préalablement enlevé cette surface vicieuse V
Scholie. — Nous avons une preuve certaine de ces faits dans les ulcères superficiels qui se forment à la partie antérieure du tibia, par suite d’une grave, contusion ; si le sujet est d’une constitution cacochyme ou seulement pléthorique et que l’on fasse usage d’onguents ou d’emplâtres inopportuns , ces ulcères deviennent quelquefois d’une opiniâtreté telle qu’ils durent souvent des années entières. Ce qui les entretient surtout, c’est la texture lâche, molle et spongieuse de la peau dont ils sont entourés ; c’est encore l’engorgement continu d’un sang trop délayé , d’une couleur rose-pâle. Voilà pourquoi la portion lésée est boursoufflée , luisante , relâchée , excitant de vives démangeaisons, cédant sans difficulté au plus léger grattement. Quant à la surface externe de l’ulcère, elle est livide , décolorée , jaunâtre , noirâtre même quelquefois et naturellement revêche à toute ferme cicatrisation.
Que si néanmoins on vient à débarrasser cette surface de la légère pellicule qui la déprave et qu’on fasse successivement disparaître cette stagnation ambiante de matières séroso-sanguines qui entretiennent la corruption ulcéreuse , on verra spontanément succéder une consolidation heureuse qui obéira parfaitement à l’action des balsamiques les plus doux. Or, comme dans une semblable affection l’énuméra-
Voyez T. vin. Commentaire CCI.XXXVII.
tion des indications convenables demanderait presque plus de temps que l’appareil de la médication elle-même , nous dirons en deux mots qu’il faut établir cette médication sur des moyens peu nombreux , si l’on veut , mais bons et opportuns.
§ XIX. Il nous reste enfin à mentionner brièvement Veffet de la consolidation dans l’état ulcéreux : témoin , par exemple , ce qui se passe pour les cautères appliqués aux bras !... Lorsque ces exutoires sont, par un bandage maladroit, refoulés peu à peu de leur siège légitime (d’une partie exsangue) sur une partie charnue et musculeuse, ils prennent insensiblement un aspect rouge et provoquent une sensation douloureuse et un saignement presque continuel. Or, en ces cas, il est inutile, très-incommode et presqu’impossible de tenir ces fonticules ouverts et d’empêcher leur fermeture : d’où peut donc provenir cette obstination à vouloir se fermer ? sinon de l’état de la portion sanglante , puisque on n’a jamais eu à redouter un résultat semblable, tant qu’ils ont été localisés sur une pai tie exsangue.
Pour rendre témoignage à nos assertions précédentes , nous allons traiter ci-après de certaines formes anormales de la suppuration et de V ulcération.
Du furoncle et du charbon,
§ I. Le furoncle, appelé par les Allemands, ein Blutschwaren, Blutenssen, est une nodosité inflammatoire (nodus) , douloureuse, ardente surtout, entrant difficilement en suppuration, d’une couleur rouge vif, allant même jusqu’à prendre une teinte pourpre foncé. Mais une fois qu il est en suppuration , s’il a peu d’étendue et qu’il s ouvre de bonne heure , il présente une petite ouver-
ture qui dépasse rarement celle d’une aiguille et de laquelle, sous la pression du doigt, le pus s’échappe goutte à goutte. Si la pression est plus forte , il en sort un espèce à’ichor sanguinolent. Lorsque le furoncle a un volume plus étendu , qu’on l’a déjà traité avec des onguents ou des emplâtres peu convenables et qu’il est lent à s’ouvrir, on le voit s’abcéder dans toute sa sphère , s’affaisser sur lui-même et laisser à sa place un trou considérable , une ouverture , d’où s’échappe un pus trèsépais , parfois inégal dans sa consistance qui est tantôt dense, tantôt fluide , mais toujours de couleur variée et de nature ichoreuse.
§ II. Dans tous les furoncles, les plus considérables principalement, se manifeste une douleur extrêmement vive , excessive même pour leur volume comparativement aux autres inflammations. Non seulement cette douleur affecte le caractère ordinaire de l’inflammation , mais encore elle est pongitive et accompagnée de symptômes de chaleur, d’ardeur, de spasmes vibratiles répandus dans toute la partie affectée , et traîne après elle une grande inquiétude , l’agrypnie , une réelle anxiété , ainsi que des élans d’ardeur fébrile universelle.
§ III. Lorsque la suppuration ne s’établit pas heureusement , le furoncle tombe rapidement en sphacèle et se trouve conséquemment plus apte à voir sa suppuration dégénérer en une décomposition fétide. En pareil cas , lors même que la suppuration se soit fait jour , il reste encore tout autour comme un bourrelet beaucoup plus large et beaucoup plus dur que dans les autres abcès ; la partie devient en même temps plus ardente et plus douloureuse que dans les furoncles simples.
On voit par là combien sont importantes et l’observation théorique et la précaution pratique de ne pas imprudemment ou sans nécessité donner plus d’étendue qu’il T. V. 27
ne fautà la suppuration par l’emploi intempestif de moyens trop lents de maturation, comme les baumes et les emplâtres, par exemple. Mieux vaut avoir recours aux émollients et aux résolutifs, si faire se peut.
§ IV. Au fond , le furoncle n’est autre chose qu’une stase sanguine , plutôt retenue et limitée dans un petit conduit sanguifère que largement répandue entre les pores d’une partie musculeuse. Or, bien qu’il soit vrai que le sang parvenu à l’état de stase (à moins que la transsudation des portions ténues ne puisse librement s’exécuter à la surface, externe et qu’il n’en résulte l’induration squirrheuse des autres parties) tombe nécessairement en putréfaction ou en sphacèle ( hors le cas cependant où cette liberté de putréfaction serait modifiée au moyen d’un mouvement inflammatoire appulsif et transpulsif, par l’élimination des particules actives les plus subtiles qui se séparent de la masse) ; toutefois , il est presqu’impossible qu’un pareil phénomène s’accomplisse à travers la portion de sang retenue dans une partie tubuleuse , et la putréfaction , ainsi que le sphacèle sont , pour ce motif, inévitables: conséquence néanmoins contre laquelle la nature infatigable , dans son anxiété et sa vigilance , dirige tous ses efforts et sa sollicitude.
C’est ainsi que se manifestent, en de pareilles circonstances , ces actes et ces mouvements inflammatoires si remarquables , inquiets , mais salutaires dont rinlluence se fait sentir bien au-delà du siège restreint de l’affection , ne bornant pas leur action à la stase elle-meme , n’ayant pas pour but unique une imminente suppuration, et enfin , lorsque la suppuration , l’ouverture et l’évacuation opportunes du lieu de la stase arrivent à bon terme, obtenant une résolution autre c[uc celle obtenue ordinairement dans tout cas de suppuration ou de corruption quelconque.
§ V. Lorsque , avec une telle constitution morbide, il y a une hémostase trop copieuse , ou un afflux trop précipité et trop opiniâtre de la masse sanguine , lorsque, en dehors de la propension générale du sang à se corrompre , il se déclare un principe spécial de fermentation et de putréfaction ; dès lors , sous l’influence de pareilles dispositions se forme un vrai furoncle , mais d’un caractère bien plus dangereux et tendant particulièrement vers le sphacèle. Voilà pourquoi , non seulement en de telles circonstances (même les plus légères) , les mouvements inflammatoires , pleins d’anxiété , s’accroissent considérablement , une douleur universelle et insolite , une vive chaleur générale envahissent le corps ; mais encore une ardeur locale indicible et une couleur rouge- pourpre , tendant au noir, se manifestent sur la partie affectée. De là , le nom A' anthrax ou plus spécialement de charbon , dansle langage vulgaire, donné à cette variété de furoncle, soit parce qu’il brûle réellement et qu’il est d’une rougeur intense ; soit , parce qu’il devient noir, ou que , en dégénérant en sphacèle , il laisse la partie comme brûlée.
§ VL Qu’est-ce donc que le charbon 1... En deux mots , c’est une inflammation très-intense dans laquelle , àl’aide d’une commotion indispensable, mais très-difficile, la nature a pour but d’arriver à la suppuration et de prévenir le sphacèle. Ce genre d’inflammation comporte en lui-même un caractère gangréneux et , si l’effort de la nature n’aboutit à rien, le sphacèle en est le résultat. C’est ainsi qu’on distingue deux sortes de charbon : le charbon bénin et le charbon malin ou pestilentiel. On entend par bégninité un état simplement en opposition avec la malignité du charbon pestilentiel. Le charbon bénin , c’est le furoncle lui-même , du moins , sous le rapport du genre. L’anthrax, au contraire, est toujours malin, même en dehors de l’idée de contagion ; avec cette complication , il est de la pire espèce.
§ VIL Lorsque , dans un cas de charbon pestilentiel , on n’a pas eu recours à la cautérisation actuelle ou à l’excision profonde des parties et qu’on s’est contente d’une simple application de topiques légers ( si 1 issue doit être salutaire) on voit se putréfier le noyau de la tumeur; sa partie externe entre en suppuration , et , par ce moyen , la portion gangrenée qui le constitue tombe d’elle-même. Lorsqu’au contraire le charbon n’est pas pestilentiel , bien qu’il soit cependant accompagné d’une ardeur violente , il se termine parfois en une suppuration louable; en outre, il s’échappe de sa partie centrale une odeur caractéristique de pourriture. Profondément altéré dans sa couleur et dans sa substance , bien loin de présenter l’aspect d’un pus fluide, il se détache de la partie vivanteL
Le charbon d’ailleurs est réellement si dangereux qu’il a donné lieu à ce dicton populaire : « Tout charbon — même sans caractère pestilentiel — qui se déclare sur une partie du corps où le malade peut V apercevoir ^ est généralement mortel. »
Ce fait, tout entier, est fondé sur le phénomène de la corruption sphacéleuse, laquelle, lorsqu’elle a puisé dans une contagion pestilentielle une énergie souverainement fermentescible , envahit tout le corps et marche d’une manière rapide vers son dénouement fatal.
§ VlII. Nous partageons complètement Uopinion de ceux qui soutiennent que le charbon pestilentiel, à son début , consiste en une pustule apparaissant à la surface de la partie où le mal a son siège et dégénérant bientôt en une prompte et profonde corruption.
Mais ce ne sont pas là les signes absolus de tout anthrax malin, attendu que l’on cite plusieurs cas d’anthrax pestilentiels encore à l’état latent ou interne, par rétrocession, néanmoins très-périlleux et réellement funestes.
* Voyeg T. VIII. Commentaire CCLXXXIX.
Aussi, la plupart des nosographes qui se sont soigneusement occupés de cette affection affirment-ils que les personnes atteintes du charbon éprouvent parfois, avant l’apparition de la pustule ou phlyctène externe, des douleurs excessives, brûlantes et spasmodiques dans tous leurs membres. En outre, on a principalement observé que, à mesure que la pustule externe apparaît au sommet de la tumeur charbonneuse, celle-ci gagne en même temps en profondeur et en volume, de manière à former une pyramide à base interne et très-dure ; d’où il est plus raisonnable de conclure que le siège du charbon est intérieur (c’est-à-dire localisé dans les mailles du tissu cellulaire sous-jacent) que de penser qu’il consiste uniquement dans la pustule externe qui exercerait simplement son influence sur les parties sous-jacentes.
§ IX. Il convient en outre d’établir une différence réelle entre le furoncle et le charbon. Le furoncle, en effet, a simplement son siège dans le tissu cutané lui-même ; tandis que le charbon, se fixant plus profondément, embrasse une plus grande étendue vasculaire, s’enfonce en même temps dans une texture plus consistante (c’està-dire dans le tissu cellulaire sous-cutané) et partant offre des difficultés plus graves à surmonter. Ainsi , il est reconnu que le furoncle naturel forme seulement une simple protubérance extérieure ; mais il n’en est pas de même pour le charbon qui s’indure d’habitude à l’intérieur , en sorte que , lorsque la corruption se déclare, même d’une manière satisfaisante, dans les parties, ce n’est qu’à la condition d’une ouverture assez grande et d’une perte considérable de substance.
§ X. Au reste, la distinction que nous venons d’établir non seulement nous dévoile le caractère propre de chacune de ces affections, mais encore nous indique la véritable méthode à suivre dans leur traitement et nous
422 OEUVRES DE STAllL.
donne la connaissance précise des moyens à employer et
des indications à remplir pour la curation difficile de ces
états morbides, tout en nous montrant les cas où l’art est
impuissant.
On peut voir aussi , d’après ces considérations générales , quels sont les signes propres qui distinguent le furoncle et le charbon d’avec l’abcès simple ou apostèmeet d’avec le sphacèle qui en est le degré suprême ctfatal. Cette distinction s’appuie principalement sur la raison mécanieoorganique et sur le mouvement vital conservateur de la circulation du sang, ainsi que sur toutes les circonstances matérielles et vraies de chacune de ces diverses affections.
ARTICLE Vi.
Du Cancer.
g 1. Les conceptions générales tant des physiciens de l’antiquité sur les éléments corporels et les tempéraments élémentaires, que des physiciens modernes sur les formes des corpuscules et les puissances salines, ont été aussi peu utiles les unes que les autres pour établir une solide théorie physiologique. Mais une connaissance plus exacte des faits est ressortie de l’examen approfondi des conditions intimes de ce qui fait l’objet de nos études, des rapports naturels qu’ont entre elles les diverses régions de l’économie humaine , ainsi que de leurs dispositions réciproques à une imminente mais lâcheuse corruption. C’est ainsi qu’on peut aisément se convaincre que le sang est sujet à la putrélaction, que le sérum et la lymphe peuvent contracter une décomposition saline, que le propre de la salive est la fcrinentation ou l’acrimonie, que le lait s’aigrit et que la bile est exposée à une corruption corrosive et pénétrante, lorsipic ces diverses
PATHOLOGIE TRES-SPÉGIALE. 493
matières ne sont point soumises à l’acte vital de la sécrétion et de l’excrétion. Par là, on est encore parvenu à saisir quel est le siège de prédilection de ces sortes d’humeurs. Si, d’après ces données, on établit enfin une comparaison entre ces diverses constitutions et les phénomènes subséquents qui en découlent, en tant qu’affections déterminées, on se formera une idée plus simple, plus exacte et plus évidente de la raison d’être et du mode de succession de tous ces phénomènes pathologiques.
§ il. Nous avons une preuve irréfragable de cette vérité soit dans les cas que nous avons déjà signalés touchant la corruption des humeurs, limitée à certaines régions de l’organisme, soit surtout dans l’idée exacte, positive que l’on doit se faire du Cancer.
Sous le nom de Cancer, on entend proprement et plus particulièrement une affection — des mamelles — qui, dès la première atteinte, avant même qu’il se soit manifesté une véritable corruption définitive, fait souffrir aux patientes des maux intolérables, provoque plus tard une solution réelle de continuité, affecte le caractère le plus malin de l’ulcère et plonge la malade dans des tortures atroces.
On applique aussi le nom de cancer à d’autres altérations ulcéreuses à peu près identiques, lesquelles, pour parler le langage ordinaire, ne conspirent que de loin et comme qui dirait au troisième degré avec le cancer proprement dit; en d’autres termes, ce sont des affections qui progressent en rongeant les tissus et s’alimentent aux dépens desparties environnantes. Les états cancéreux qui approchent le plus du cancer des mamelles, sont : 1" les ulcérations scr^ofuleuses ou écrouelles ; 2“ \' ulcération des lèvres ; 3" le cancer de l’utérus chez la femme, et des divers tissus glanduleux, dans les deux sexes; 4“ enfin, les excroissances fongueuses {fungus hématode).
§111. Le mot cancer se trouve également dans la
langue grecque et dans la langue latine ; cette coïncidence vient sans doute de l’analogie que l’affection qu’il désigne a avec le cancre ou crabe \ Mais, n’est-ce pas plutôt un simple fait d’imagination ? car cette opinion n’est nullement d’accord avec l’étude expérimentale de toute tumeur cancéreuse.
Sans doute, les nosographes comparent aux bras et aux pattes du cancre les vaisseaux gorgés de sang qui enlacent l’ulcération cancéreuse; néanmoins, comme les choses ne se passent pas toujours ainsi dans tout cancer et que la disposition de la tumeur des vaisseaux, loin d’avoir une analogie réelle avec les membres d’un cancre, affecte au contraire une direction variée et tortueuse, il eût été plus rationnel de donner à cette affection organique le nom àe polype ou àepolypode^. Mais, soyons indulgents pour les mots.
§ IV. La dénomination de carcinome ® doit attirer ici spécialement notre attention, parce que , prise quelquefois pour le cancer , cette tumeur en est pourtant bien distincte. Le carcinome , en effet , désigne une constitution cancéreuse ou du moins très -approchante du cancer plutôt que le cancer lui- même. Les auteurs latins ne sont pas les seuls à avoir écrit dans leurs œuvres cliniques, qu’il ne fallait pas confondre l’ulcère cancéreux avec le cancer proprement dit, attendu que les Allemands eux-mêmes , par cette expression vulgaire, « ein krebs schaden » (affection cancéreuse), ne veulent pas désigner d’une manière aussi directe ce mal hideux, qu’une diathèse particulière qui lui serait en tout identique.
§ V. Afin d’être complet dans l’exposé historique du cancer, nous prendrons pour type de notre étude le
’ Voyez T. Vlll. Commentaire CCXC. (avec planche).
* Voyez T. Vlll. Commentaire CCXCl. (avec planche).
Voyez 1. Mil. Commentaire CCXGll. (avec planche).
cancer des mamelles^. Or, ce dernier peut tirer sa raison épigénésique d’une cause étrangère ou provenir simplement et direetement d’une cause interne. La première condition est inhérente, tantôt à un état vicieux de la sécrétion lactée, tantôt à^des contusions violentes, à de fortes compressions ou de profondes piqûres des mamelles ; la cause latente provient d’une anomalie de l’évacuation menstruelle.
Pour ce qui est des autres parties du corps , mais surtout des tissus glanduleux , tendineux ou cutané , ils sont exposés à cette affection par suite de coups violents provoquant l’induration squirrheuse des parties, par l’influence de causes externes, telles que des pressions violentes, des pincements, kneipen, zwicken, klemmen, de fortes contusions et de profondes piqûres, traînant après elles un afflux sanguinolent qui se dessèche et prend l’aspect et la dureté du squirrhe. Le même résultat peut encore être produit par l’état profondément variqueux d’une partie qui reçoit beaucoup de vaisseaux et qui a pris peu à peu la consistance squirrheuse.
§ VL Mais ce qui, dans l’organe mammaire, facilite l’ulcération cancéreuse, c’est cette espèce de plissement variqueux, de nature sanguinéo- squirrheuse, des vaisseaux gonflés de sang qui affectent une distribution tortueuse et pampiniforme à travers les ganglions mammaires. D’oû il résulte que , s’ils sont d’abord dilatés outre mesure et qu’ensuite la circulation y éprouve des obstacles, il s’y forme une stase dont la corruption est la fatale conséquence.
§ VIL On voit parla combien le diagnostic d’une semblable constitution pathologique exige de prudence , dans le cas oû les vaisseaux mammaires se gorgent de plus en plus et prennent insensiblement une plus grande exten-
* Voyes T. Vlll. Commentaire CCXClll. (avec planche).
426 OEUVilES DE STAHL.
sion. Incontestablement, un pareil phcnoincne est une arme puissante contre les conceptions impossibles et les locutions erronées de ceux qui prétendent que, en ces cas, il n’y a simplement qu’obstruction des voies. La condition, en effet, de rampliation des vaisseaux, progressant graduellement dans toute leur longueur, prouve formellement le contraire, savoir ; que, loin d’etre obstruée par les obstacles, la circulation dans cette région n’en continue pas moins son cours ; mais, que, lorsque le sang est frappé de stase, il y a dès ce moment corruption inévivitable, imminente, actuelle même et d’une spécificité en rapport avec de semblables dispositions. En d’autres termes, d’un sang plutôt grumeux que coagulé, dépouillé peu à peu de ses particules les plus subtiles, doté d’une matière non seulement séreuse, mais encore chyleuse, laiteuse et prompte à s’aigrir, doit nécessairement résulter un caractère tout à fait spécial de corruption.
§ Vlll. Avant d’aborder immédiatement Y étiologie de l’ulcération cancéreuse , nous allons dire brièvement (pielle en est la marche progressive. Le premier phénomène qui se déclare dans l’état cancéreux (qui ne doit pas son origine directe à une ulcération préexistante)', c’est que, une tumeur de nature variqueuse et de consistance squirrheuse, ayant l’apparence d’une nodosité dure et inégale, est en quelque sorte greffée sur la glande mammaire, durant un long espace de temps, et persiste dans le même, état durant plusieurs années, sans offrir un accroissement sensible et remarquable. Bien des fois cependant, c’est tout le contraire; la nodosité acquiert un volume si énorme qu’elle peut égaler la grosseur du poing, bien qu’elle soit néanmoins susceptible d’acquérir un plus grand volume.
Nous avons vu un exemple de ce genre chez une dame de (jualité, de 45 ans environ. .ïeune encore, dans sa 18"'“ année
tout au plus, elle se livrait avec ses amies à l’un de ces jeux d’enfants vulgairement appelé cligne-musette ; courant à la légère, elle alla heurter contre l’angle aigu du jambage d’une porte et se donna une forte contusion au sein gauche où elle ressentit instantanément une violente douleur qui se dissipa l)eu à peu avec le temps: toutefois, il resta désormais à cet endroit une certaine dureté et un point plus sensible que dans les parties voisines. S’étant mariée, notre jeune dame devint mère de deux enfants et ne fut pas plus malade pendant la gestation qu’après la délivrance, si ce n’est que la tumeur devint de plus en plus sensible au toucher et que la douleur, d’abord légère, prit un caractère d’acuité plus vive, accompagnée de lancinations et d’ardeurs pénétrantes, mais simplement transitoires.
Cette tumeur s’accrut imperceptiblement durant plusieurs années et prit un dévelo})pement remarquable, en sorte qu’elle égalait déjà la grosseur d’un œuf ordinaire , lorsque la malade fut arrivée à sa trente-sixième ou trente-septième année.
A cette époque, le mari de cette dame mourut lui laissant une infinité d’affaires sur les bras ; elle éprouva aussi diverses inquiétudes morales. Dès lors et durant les huit années qui suivirent, la tumeur s’accrut tellement qu’elle atteignit bientôt, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, la grosseur du poing. Les sinuosités tortueuses des vaisseaux étaient parfaitement visibles à l’œil nu ; leur capacité égalait celle d’un tuyau de paille; quelques-uns avaient môme un calibre semblable à celui d’une plume d’oie. Or, quoique cette constitution du sein fût devenue (surtout pendant les irrégularités menstruelles et les violentes douleurs hystériques dont cette dame, depuis ces derniers temps seulement, éprouvait les atteintes) extrêmement sensible et sujette à recevoir des impressions fréquentes, longues même ,de douleur violente ; cependant les souffrances furent jusque là assez tolérables pour que la patiente n’eût à subir ni de grandes incommodités, ni de profonds tourments. Le mal devint plus supportable encore, lorsqu’elle eut obtempéré aux sages conseils de s’abstenir de toute médication soit externe, soit interne qu’on pourrait lui proposer pour surexciter les humeurs, sous le coupable prétexte de corriger leur âcreté, d’après lés théories de quelques modernes.
§ IX. Cet état de gonflement et d’amas humoral, formé dans les anfractuosités vasculaires et se traduisant par l’induration des ganglions mammaires, est souvent accompagné de douleur. Loin d’être légère et modérée , cette douleur est des plus violentes ; elle tourmente les patients de mille manières et leur fait éprouver des ardeurs brûlantes , de subtiles lancinations , des ponctions trèspénétrantes, pareilles à celles que provoquerait l’introduction dans les chairs d’un instrument piquant et tranchant. Cette douleur, qui a donné lieu à la locution allemande « es wûte und tobe darinnen , — il y a quelque chose qui se déchire là-dedans, » est enfin accompagnée d’inquiétudes, d’anxiétés , d’angoisses extraordinaires qui vont parfois jusqu’à la lipothymie. Il est vrai de dire que ces souffrances ont divers degrés et que , relativement à leur intensité, elles sont plus souvent légères que graves. Ce qu’il y a de bien avéré cependant , c’est que la plupart du temps un squirrhe d’un petit volume cause des tortures horribles , tandis que bien souvent un squirrhe plus volumineux ne tourmente pas trop le malade.
§ X. Ajoutons que les nodosités cancéreuses qui provoquent des douleurs si cruelles restent quelquefois plusieurs mois , un an , deux ans même , sans acquérir un accroissement notable , bien loin d’arriver à leur complet développement et à la corruption. De semblables squirrhes sanguins sont l’indice imminent de cancers occultes : c est-à-dire que leur faculté d’entrer en corruption cancéreuse est en puissance prochaine , voilà tout ! Mais la douleur qu’ils réveillent ne mérite pas d’être regardée comme l’effet d’une solution immédiate de continuité , puisque cet effet présuppose une corruption présentement corrosive de la matière et que la solution de continuité comporte et présuppose une éruption ulcéreuse , plutôt manifeste que latente.
g XI. Faisons remarquer ici que la durée (l’incubation du cancer, à l’état occulte , peut être très-grande , sans donner aucune manifestation sensible de son existence et occasionner aucun désordre : phénomène qui ne saurait nullement avoir lieu , s’il y avait déjà ulcération. Mais, ce qui jette un grand jour sur notre assertion , c’est que les douleurs du cancer latent dorment , pour ainsi dire , pendant un assez long espace de temps ; or, pourrait-on attendre un pareil résultat d’un ulcère actuel et d’une sanie sans issue ? Assurément non. Ce n’est que lorsque la corruption a enfin prévalu et qu’elle envahit l’organe d’une manière violente , que le mal poursuit sa marche soit en provoquant des douleurs intolérables, soit en se propageant à l’intérieur , jusqu’à ce qu’il se manifeste au dehors et qu’il s’y développe librement ; conséquence in(3vitable en pareil cas.
g XII. La corruption cancéreuse , comme l’ont si bien enseigné les anciens , n’est , sous le rapport de sa nature, ni absolument corrosive , ni simplement putride ; mais elle participe à la fois de ces deux caractères. Ce mode de désorganisation ne tient pas seulement du pus et de la sanie ulcéreuse ; il possède au contraire une âcreté et une acidité saline si frappante qu’elle corrode même les instruments métalliques. L’odeur qu’exhale cette corruption est un peu acéteuse; mais cette propriété, loin d’être constante, n’apparaît d’une manière sensible que par intervalles. Cette odeur est en même temps putrédineuse : non que la puanteur soit uniformément continue , mais elle devient remarquable surtout à certaines époques , notamment lorsque les progrès du mal sont plus violents.
g XIII. Il existe en outre dans la marche successive de ce genre de décomposition organique des nuances purement accidentelles. Ainsi, à telle période, les douleurs sont moins vives , la corruption moins grande : à telle
autre , la douleur s’accroît et la corruption s’étend de plus en plus loin. Or, plus l’ulcération ronge les tissus, plus l’odeur est fétide. Moins elle s’acharne sur les parties , sans donner néanmoins aucun répit à la souffrance , plus l’énergie de 1 acreté corrosive augmente. Lorsque cet état s’adoucit — c’est-à-dire que , sans cesser d’exister , il se traduit d’une manière insignifiante —, tout devient calme , autant que le comporte une position aussi pénible. S’il ne survient aucune acrimonie notable, la putréfaction prend bientôt le dessus.
g XIV. Aussi , Heurnius ^ a-t-il expliqué la chose de la manière la plus logique , en reconnaissant , avec l’École, un double principe vénéneux dans l’affection cancéreuse ; l’un putréfiant, l’autre corrosif. Il regrette même qu’on ne puisse triompher de l’un des deux, sans encourir les ravages de l’autre : c’est-à-diré , qu’on ne puisse venir à bout de l’élément corrosif, sans faire prévaloir le principe putréfiant , ni combattre la putréfaction par de puissants remèdes (en vogue de son temps) , sans donner un plus grand empire à la corrosion.
g XV. Mais , par le mot corrosion , il faut dans tous les cas entendre ici moins la destruction progressive de la substance solide que le sentiment d’une douleur très-acre, c’est-à-dire plutôt une torsion douloureuse qu’une véritable érosion des parties. Lors donc qu’on aura suffisamment étudié le vrai caractère de la corruption séreuse , sanguine et sanguinolente par le concours de ces deux
^ Heurnius (Jean), né à Utrech, en 1543, étudia avec ardeur la Médecine dans son pays et à Paris , sous üurct. Devenu médecin des maisons les plus illustres de Hollande, il professa à Lcyde et y enseigna l’Anatomie. Mort en IGOi , à la suite d’une violente rétention d’urine , il a laissé plusieurs ouvrages dont les principaux sont: V InsHtuliones medicæ ; 2" Modus ratioque studendi medicinœ; 3® Praxis novœ medicinœ; 4“ dé morhis humani capüis; 5° enfin des commentaires sur Hippocrate. Ces divers traités ont été publiés par les soins de son fils, Otlion Heurnius, qui fut choisi pour succéder à son père dans sa chaire de professeur d’ Anatomie.
éléments; lorsqu’on se sera en outre convenablement rendu compte de la raison pour laquelle des causes incidentes, extraordinaires, déterminent des exacerbations morbides non moins insolites , on n’aura plus besoin de recourir à cette disposition sans nom qui produirait ou subirait la corrosion, pour ne pas dire la putréfaction.
§ XVI. Si l’on considère , en effet , l’aptitude naturelle du sang pour entrer rapidement en corruption sans autre stimulus que la simple interception de sa perpétuelle circulation; si l’on parvient à se convaincre de la présence d’un pareil état de choses dans l’enflure cancéreuse , compliquée et variqueuse des vaisseaux sanguins ; si l’on a enfin sous les yeux l’énergie effective de l’hémostase et de l’accumulation humorale , sera-t-il nécessaire , nous le demandons , de chercher ailleurs un principe matériel dont l’action est contraire non seulement au corps humain en général , mais encore à toute substance, comme le constatent les écoles médicales , à propos du poison ? Ne trouve-t-on pas plutôt cette matière intimement inhérente à l’organisme et à la mixtion corporelle?
•§ XVII. Pour ee qui est de l’acrimonie salsugineuse de l’ulcération cancéreuse , il est aisé de voir qu’elle procède directement des stases séreuses , sans l’intervention d’aucune autre cause.
Quant à l’acrimonie salino-ulcéreuse du sang et à l’efficacité extraordinaire de la mixtion sanguine dans la production de cette acrimonie , nous n’ignorons pas qu’il n’a été fait jusqu’à ce jour aucune observation satisfaisante là-dessus; mais cependant, nous osons espérer que les hommes vraiment savants, toujours disposés à appliquer ■leur esprit à l’étude des choses dans leur simplicité plutôt qu’à se livrer à de vaines élucubrations , nous fourniront un jour de meilleurs documents pour reconnaître que cette liqueur à laquelle les anciens ont attribué
432 OEUVRES DE STALH.
des propriétés ulcéreuses, n’est autre chose que le mélange d’une très-petite quantité de sang pur avec le sérum salin et la lymphe gélatineuse', c’est, disons-nous, un mélange ténu qui se fait dans les parties, exsangues d’ailleurs, où l’humeur sanguine passe à l’état de stase et de la à l’état de corruption ^
§ XVIII. Dans le cancer mammaire enfin, les esprits attentifs reconnaîtront aisément l’efficacité et le eaehet particulier d’un chyle trop eru eneore , c’est-à-dire du lait : ce liquide , en effet, est spécialement destiné à se loger dans les seins de la femme ; d’où il suit que, sous l’action de eertaines causes trop énergiques, il peut y affluer trop rapidement et s’y aecumuler outre mesure.
§ XIX. Dès lors, si l’on veut bien eomparer entre elles ces cireonstances , nous ne voyons pas quelle diffieulté il peut y avoir pour eomprendre , d’une manière pure et simple , que le sang , une fois qu’il a subi une certaine évaporation par suite de la mollesse ou de l’arrêt de son mouvement et qu’il a fini par tomber en stase complète , doit nécessairement et immédiatement encourir une corruption de nature absolument putride.
g XX. Or, uneeorruption de ce genre ne peut en général avoir lieu dans les mamelles, sans altérer profondément l’humeur qui y eircule, pour l’ordinaire, en grande quantité sous une forme lymphatieo-séreuse ou mieux cbylosolaiteuse ; en outre, le lait traîne toujours après lui des partieules alimentaires, aeides etfermentescentes, encore à l’état de erudité; déplus, ce liquide n’arrive jamais à se corrompre par son afflux, mais bien au contraire par sa stagnation, par la dilatation des voies et des méats, par un engorgement eopieux et, enfin, par une altération eorruptive qui peut ou précéder, ou aecompagner, ou suivre eette hémostase, cette expansion et cette corrup-
' Yoyex T. Vlll. Commentaire CCXCIV.
lion des humeurs ; enfin, l’action corruptive (encore à son début) de la substance contenue dans les mamelles est saline, acide même à cause de la matière chyleuse ou laiteuse ; parfois aussi elle penche vers un état d’âcreté urique, par suite de l’excrétion caséeuse et séreuse qui s’en échappe ; mais , avant tout , son caractère tranché , c’est le caractère salin. La conséquence naturelle et directe de tous ces faits, c’est qu’il se forme une espèce de putréfaction alcaline ou acide : non pas qu’une seule et même substance puisse affecter à la fois le caractère acide etalcalin, et delàentrer en putréfaction; mais, c’est que, tout organe et tout tissu doués d’une contexture différente sont sujets à un genre particulier de corruption, suivant la nature des éléments qui les composent.
Ainsi, nous le répétons, le sang encourt une simple putréfaction ; le sérum et le lait subissent une acrimonie saline spéciale, et ces deux ordres de phénomènes s’effectuent séparément, en des lieux distincts. En outre, les portions les plus ténues et des organes (siège du mal) et des humeurs qui sont répandues entre les mailles de leurs tissus, subissent en même temps (avant même que la corruption ne s’établisse réellement) une dissolution commune, qui, certes, est bien plus active et plus prompte à cause de cette hétérogénéité d’éléments, que si chacune de ces substances était séparément soumise à la décomposition.
§ XXL Avec de telles conditions, la constitution propre de chaque tissu doit être prise en grande considération *. comment, par exemple, avec la texture tubuloso-spongieuse des mamelles, une fois corrodée et criblée d’innombrables pertuis, peut-on s’attendre à un écoulement normal et à une fin salutaire? Il résulte, en effet, en pareils cas, un écoulement perpétuel qui, bien que la matière n’ait pas d’analogie avec le mal, ne peut cependant (en
mettant obstacle à la consolidation des parties) que favoriser la permanence opiniâtre de l’état ulcéreux. Mais cette obstination est sans contredit entretenue autant par l’arrivée que par la sortie embarrassée des humeurs déjà corrompues et qui ne sont plus assez mobiles, si l’on considère surtout la distension préalable et opiniâtre des vaisseaux mammaires.
Dans cette maladie, comme dans toutes les autres congestions chroniques et les engorgements dont elles sont la source, les vaisseaux sanguins, naturellement invisibles aux mamelles, par exemple, apparaissent alors non seulement très - développés , mais ils deviennent encore, à raison même de ce développement et de l’étonnante dilatation de toute leur texture, si durs et si denses dans leur structure ou leur conformation nouvelle, qu’ils égalent et surpassent meme la proportion de la capacité veineuse des gros vaisseaux naturels de l’organe: il faut dire, toutefois, que cette augmentation anormale de volume n’est qu’adventiceU
§ XXII. Pourquoi donc cette corruption, abstraction faite du caractère immédiat de putridité qu’elle est susceptible de prendre, ne suit-elle pas un degré progressif comme le sphacèle ou la simple putréfaction ? Pourquoi l’influx des mouvements toniques vitaux (qui, dans la libre ulcération sphacéleuse, abhorrent, pour ainsi dire, la partie affectée, et, lui refusant meme le secours indispensable au moyen duquel, par le succès constant de la suppuration, les progrès du mal seraient enrayés, abandonnent cette partie aux atteintes de la putridité), pourquoi cet influx, disons-nous, ne fuit-il pas aussi l’organe malade dans l’affection cancéreuse, pourquoi continue-t-il ses mouvements congestifs et scs commotions spasmodiques aux alentours de cet organe , et pcrsiste-t-il à se
' Voyeg T. VIII. Commentaire CGXCV (avec planche).
PATHOLOGIETRÈS-SPÉCIALE. 435
montrer actif?... La raison de tout cela se trouve principalement dans la marche trop lente d’une franche putréfaction, à travers une semblable constitution matérielle.
Cette putréfaction, en effet, par suite d’un concours trop abondant de corruption séreuse éminemment saline et laiteuse, acide même, éprouve des obstacles si grands qu’elle ne saurait nullement s’effectuer en liberté et que, à cause même de la mixtion naturellement sulfureuse du sang, cette putréfaction ne peut point s’établir à l’avenir ou suivre une marche purement fermentative, en vertu de la présence de ces matières salines et acides. En outre, non seulement elle se ralentit dans son activité, mais elle devient encore plus inerte, plus lourde, plus appesantie et plus inhabile à s’exécuter, par suite même de la nature et de la consistance de la matière.
§ XXIII. Il y a toutefois dans cet état morbide une activité remarquable et on ne peut plus manifeste : c’est celle qui se traduit par des mouvements spasmodiques exécutés en tous sens, principalement aux environs de la partie affectée et des parties voisines par des douleurs tant oppressives , tensives et compressives que lancinantes , pongitives , frémissantes , vibratoires et palpitantes; par des constrictions internes, enfin, suivies d’angoisses et même d’anxiétés morales. Or, ces symptômes peuvent se produire non seulement (d’après certaines opinions grossières et erronées) par suite de l’acrimonie proportionnelle et directe des matières, par l’engorgement du sang, le séjour delà substance nuisible, la distension des conduits et la dilatation des fibres ellesmêmes, d’où naît le spasme — car ces violentes commotions ne sont nullement subordonnées à la quantité ou à la qualité vraie de la matière — ; mais encore ces phénomènes peuvent se déclarer dans le cancer latent, sans qu’il y ait dégénérescence des tissus, avant qu’il ait
atteint son caractère de malignité spécifique, avant même que la tumeur soit parvenue à la grosseur d’une aveline ou d’une fève. Malgré cela , disons-nous , les efforts spasmodiques, les douleurs tensives, les anxiétés et les inquiétudes profondes n’en produisent pas moins des effets immensément plus grands que ceux qui se produisent chez d’autres malades, à peu près de la même catégorie, par suite d’amas, d’engorgements et de gonflements cent fois plus énormes et d’un genre identique. Qui plus est, on n’a jamais vu d’affection cancéreuse, arrivée à son degré suprême, provoquer de pareils accidents.
§ XXIV. Ce qui milite ici contre la vraisemblance d’une pareille vertu de l’acrimonie des humeurs , c’est que, dans toutes les affections de ce genre et dans le cancer latent lui-même , ces sortes de douleurs spasmodiques et vibratiles ne sont pas continuelles ; elles se calment , au contraire , de temps à autre, à de longs intervalles; mais ce répit n’a pas sa cause dans le volume que prend la tumeur, ni dans tout autre circonstance qui pourrait autoriser cette supposition , savoir : que , lorsque la douleur sévit , on doit en attribuer la raison à un surcroît proportionnel de gonflement, comme si , par cette proportion d’augment , la corruption effective était l’auteur direct , la cause aggravante de l’irritation temporaire , de manière à ce que , l’une de ces deux conditions soustraite , l’effet spamodique ne peut plus avoir lieu. Voilà pourquoi il faut reconnaître ici l’influence puissante des états pathétiques de l’âme dont l’énergie est , sinon plus grande — bien qu’il en soit réellement ainsi dans le cancer latent — du moins égale à celle d’une alimentation vicieuse et apte à subir une âcre fermentation saline ou même à faciliter la corruption.
§ XXV. Ces faits ne sont pas sans importance au point de vue du cancer, considéré en lui-même et sous le rap-
port de son caractère intime. Quoiqu’il en soit, on peut facilement deviner qu’une mauvaise disposition cacochymique doit avoir dans un individu affecté du cancer des conséquences générales beaucoup plus sérieuses que dans tout autre sujet et qu’elle est même capable de former , de préparer ou d’introduire des exacerbations morbides tout à fait particulières , inconnues , pour ainsi dire , à l’affection cancéreuse.
§ XXVI. Au reste , comme il est ici question des circonstances et des caractères distinctifs du cancer proprement dit , on peut fort bien lui appliquer chacune de nos précédentes considérations.
Maintenant que nous avons une idée bien précise sur la véritable généalogie de cette affection, nous allons nous arrêter un peu sur l’expression figurée du mot carcinome ou ulcère cancéreux V Cette appréciation nous permettra de déterminer quelle est l’espèce particulière d’ulcère qui doit porter ce nom et de le distinguer de celui qui , soumis accidentellement à un pareil genre de dépravation , peut être accessible à un traitement rationnel et guérir.
§ XXVII. Il n’est pas douteux — l’expérience d’ailleurs en fait foi — que les ulcères , même les moins compliqués , localisés sur des parties glanduloso-spongieuses, peuvent, par suite des vices d’un mauvais traitement , dégénérer en une espèce de corruption pire encore qui diffère peu du véritable type cancéreux, c’est-à-dire qui présente l’apparence d’une constitution ulcérosoputrilagineuse. Cependant, il y a une différence notable entre ces sortes d’affections et les conséquences morbides ayant leur cause originelle et la raison de leurs progrès dans la disposition intime de la partie malade. En ce cas, en effet, (et c’est là un caractère des plus distinctifs du cancer, ainsi qu’une condition essentielle et propre inhé-
* Yoyes T. VIII. Commentaire CXCCVI.
rente à l’organe affecté), les symptômes cancéreux conservent et poursuivent , une fois que l’affection a pris racines , une dépravation identique , malgré les tentatives qu’on ait pu faire pour en enrayer la marche.
§ XXVIII. Ce qui rend le cancer rebelle aux efforts de l’Art , c’est une double lésion dans la conformation des voies : la première a trait à la dilatation variqueuse et à la distension des vaisseaux sanguifères; la seconde comprend la déformation des tissus tubuloso-spongieux des mamelles , par suite d’une érosion difficile à consolider (si ce n’est par une médication habile) à cause du flux et du reflux perpétuel des humeurs viciées. Outre cela, la mauvaise disposition matérielle de la dyscrasie cancéreuse est souverainement réfractaire aux traitements ordinaires. A ce propos , nous n’entreprendrons pas de nier que cette corruption (putride et fermentative par rapport au sang , séroso-saline et chyleuse de sa nature), en acquérant un état spécifique tout particulier , soit non seulement fermentescible , mais encore en pleine fermentation à sa manière et constitue par là même un ordre de difficultés , au fond desquelles gît logiquement la raison pour laquelle le cancer résiste soit aux moyens pharmaceutiques , soit même aux moyens chirurgicaux.
§ XXIX. Sous un certain point de vue , les médications qu’il faudrait suivre et qui sont naturellement contraires aux méthodes ordinaires embarrassent singulièrement la pharmaceutique. Le but en effet que le médecin se propose ici , c’est d’évacuer , de liquéfier et d’éliminer les matières coagulées ; c’est de réprimer le trop grand afflux des humeurs , de neutraliser la corruption présente, de barrer chemin à son efficacité future , de provoquer une consolidation prompte , ferme , régulière et durable , de restaurer la partie et d’extirper en même temps d’une manière aussi parfaite que convenable
les restes impurs de cette fâcheuse constitution. Mais les . succès tardifs de ces moyens thérapeutiques portent obstacle au but que l’on se proposait , savoir : d’arrêter l’énergie sans cesse croissante de la corruption. Il n’est donc pas étonnant que tous les efforts de l’art diriges vers un but curateur, n’obtiennent que difficilement ou même jamais un résultat satisfaisant.
g XXX. Pour ce qui concerne l’art chirurgical , sa plus grande difficulté , quand il s’agit de l’extirpation cancéreuse (supposé même que l’opération réussisse parfaitement), consiste, d’après le témoignage de l’expérience , dans un double danger. Le premier a trait à la nature fermentative de la matière elle-même dont il suffit qu’une parcelle reste dans la partie encore saine pour rendre inutile l’acte pénible de l’extirpation : laissée dans la plaie , comme un véritable ferment , cette parcelle impure, en effet, non seulement y engendre une nouvelle putridité , mais elle propage encore , notamment dans les parties musculeuses delà poitrine, une franche corruption putride ou sphacéleuse. D’où il suit que, tombés ainsi de Cbarybde en Scylla , les malades succombent bientôt aux atteintes du mal.
g XXXI. La seconde chose à redouter , c’est l’obstination opiniâtre et habituelle , quoiqu’un peu vague , où se trouve la nature pour accumuler et congestionner les humeurs vers telle ou telle partie. D’où il résulte que, après avoir extirpé une mamelle, il se forme souvent dans l’autre des stases semblables à celles de la première -, ces nouveaux engorgements font même des progrès plus rapides et montrent une tendance non moins grande pour la cori'uption. En outre, il est rare de voir une malade vivre de longues années, après l’extirpation d’une mamelle ; de même qu’il serait non moins extraordinaire de voir l’autre sein à l’abri d’une semblable lésion L
‘ \oyef T. VIII. Commentaire CCXCVII.
§ XXXII. D’après ces considérations, il est certain que l’extirpation d’une tumeur squirrheuse , quelque superficielle qu’elle soit , ne saurait nullement avoir raison de tout le mal , de manière à ce qu’on puisse s’attendre avec confiance à l’éloignement de tout danger ultérieur.
Puisqu’en effet le germe , ou pour mieux dire la vraie racine de cette infection , se trouve surlout dans la dilatation des petits vaisseaux sanguifères, dans l’engorgement et la stagnation des humeurs ou même dans la stase insensible de quelque particule sanguine (non qu’elle soit capable d’obstruer la capacité du vaisseau , mais en ce sens qu’elle peut porter un certain obstacle à la circulation), il peut se faire en définitive que quelques ramuscules plus amples et plus profonds , affectés de la même manière, entretiennent au fond de l’organe le foyer d’une telle constitution. En sorte que, après l’ablation delà partie qui reçoit les nombreux vaisseaux se répandant aux extrémités et au centre même de l’endroit affecté , non seulement les rameaux profonds qui restent s’opposent à une guérison radicale, mais encore la plaie énorme qui a été faite ouvre une voie certaine à une dégénérescence ulcéreuse, et, dès ce moment, le danger inaperçu jusqu’alors qui n’avait atteint que les parties extérieures et pour ainsi dire superficielles , se propage profondément , hâte et accélère les désordres généraux qui doivent avoir une fatale issue.
§ XXXIII. Nous avons la ferme confiance qu’après les considérations que nous venons d’établir , on pourra plus aisément saisir le véritable caractère des signes ou des symptômes qui constituent l’affection cancéreuse et en forment le hideux cortège , que si on s’en tient à ces théories confuses assignant à une semblable constitution morbide diverses autres raisons spécifiques ; surtout si l’on a éprd aux difficultés que présente la curation du cancer : difficultés qui , d’après ce que nous venons de dévelop-
per, sont d’une évidence telle, que, pour les comprendre, il n’est pas besoin d’avoir recours à ces hypothèses invraisemblables et occultes touchant une idée quelconque de malignité o\i de principe vénéneux''-.
ARTICLE vu.
Du Squirrhe,
§ I. A l’instar de l’École latine, on donne vulgairement le nom de squirrhe à toute induration provenant de l’épaississement d’une certaine quantité d’humeurs qui se dessèchent peu à peu, et dont les portions aqueuses les plus ténues se séparent, par voie à’ exosmose ou exhalation.
Cette affection mérite d’être étudiée, au point de vue surtout des diverses conditions de ses manifestations : ainsi, parmi les squirrhes, les uns sont d’un caractère simplement séroso-gélatineux ; les autres revêtent plutôt un type sanguin. Mais, en ces derniers cas, la substance sanguine doit beaucoup à la matière gélatineuse (sérosomuqueuse ou séroso-lymphatique) ; elle en contient même une grande quantité et c’est par son intervention qu’elle est ralentie dans sa promptitude à subir la corruption putride qui est l’apanage ordinaire du sang vermeil : on peut dire enfin que, grâce à ce mélange, le sang en est effectivement préservé.
§ IL Une pareille constitution matérielle résume à elle seule tous les caractères propres du squirrhe. Quant à ses causes antécédentes, elles lui sont communes avec les autres tumeurs et principalement avec les tumeurs glanduleuses et variqueuses. Ainsi, lorsque les humeurs se trouvent accumulées vers un point en grande abondance, jusqu’à perdre la faculté de se mouvoir, elles se eondensent d’une telle manière que, leurs parties fluides les plus
' Voyez T. Vlll. Commentaire CCXCVIII.
ténues s’étant dissipées sous la compression, il n’en reste que la portion consistante. Or, comme l’humidité vraiment aqueuse peut, par sa présence ou son puissant concours, hâter la corruption et la retarder par son absence, il arrive que la corruptibilité des humeurs renfermées dans une semblable tumeur, n’ayant pu par là-même entrer en acte, reste en quelque sorte à l’état latent, jusqu’à ce que, l’arrivée d’une plus grande quantité d’humeur aqueuse la faisant se réveiller, elle poursuive ses désastreux effets.
§ III. Mais ce n’est pas dans ce sens que nous entendons la chose; nous ne pouvons nullement comprendre d’ailleurs que , par l’établissement d’une pareille stase , toute entrée et toute communication soit absolument interdite aux autres humeurs. Nous admettons plutôt que, dans une tumeur formée par la détention d’un sang grumeleux, il puisse s’introduire une humeur séreuse subtile qui, dans son renouvellement et son mouvement incessant, ainsi qu’en vertu de son acrimonie saline, est préservée des libres effets de la corruption putride auxquels elle est d’ailleurs exposée, lorsqu’elle est livrée à ellemême.
§ IV. Un fait qui vient parfaitement à l’appui de notre assertion, c’est que, lorsqu’une trop grande portion d'humeur aqueuse s’infiltre de nouveau dans une tumeur squirrheuse, celle-ci entre aussitôt en décomposition ; ce résultat est infaillible principalement dans les squirrhes^ qui ont pour cause une hémostase de mauvaise nature et a type cancéreux, tenant en quelque sorte le milieu entre l’âcreté ulcéreuse et la putridité sphacéleuse.
§ V . Est-il donc étonnant (en se plaçant à ce point de vue) qu’Hippocrate donne pour conseil de ne point toucher aux cancers latents qui sont encore à l’état de simple
' Voyes T. Vlll. Commentaire CCXCIX.
squirrhe sanguin, dans les organes glanduleux^ ? Tous les chirurgiens, du reste^ sont ici unanimes pour détendre l’usage des émollients. Remarquons, à ce propos, que les émollients ont une analogie si étroite avec les maturatifs que l’on ne connaît pas un seul de ces derniers topiques qui ne soit en même temps émollient. Il arrive de là que, quelque bonnes que soient l’opinion et l’intention d’amener de semblables amas à une suppuration louable — complètement inutile d’ailleurs, vu le site et le caractère de la matière —, on n’aboutit qu’à un désappointement absolu dans ses vœux et son espérance: résultat, du reste, en tous points conforme à la nature vraie des circonstances.
§ VI. Or, de même que l’état squirrheux tient le milieu entre l’inflammation salutaire ou l’ulcération modérée et la corruption sphacéleuse, abandonnée à son propre génie ; de même et pareillement cet état morbide a sans cesse une disposition naturelle pour l’un ou l’autre de ces genres de corruptions.
C’est en quoi le squirrhe diffère de la stase purement inflammatoire qui peut aisément se prêter à une heureuse dissolution ; la résolution de la stase squirrheuse au contraire est très-difficile, désespérée même et d’un résultat souverainement équivoque, surtout si le squirrhe participe en grande partie d’une substance sanguine, à l’état de concrétion et de siccité. De quelque manière donc que l’on traite ces sortes de tumeurs , il faut toujours avoir particulièrement égard soit à l’arrêt du sang, soit à sa libre circulation. En pareils cas enfin , plus grand est l’afflux de l’humeur salivaire, plus prononcée devient l’acrimonie ulcéreuse.
§ VIL Pour ce qui est des engorgements et des bubons syphilitiques, comme ce sont là des tumeurs sujet-
'■ Voyez T. VUI. Commentaire CGC.
tes à une constitution et à une corruption spécifiques, il serait déplacé d’en parler ici d’une maniéré étendue. Ajoutons encore que les tumeurs arthritiques qui apparaissent le plus souvent d’une façon toute imprévue chez les personnes atteintes de la goutte, n’appartiennent pas non plus directement à la question présente ; pas plus que ces tubercules qui se forment par le plissement ou la crispation des fibres tendineuses et qui ne dépendent d’aucun engorgement humoral ; comme cela arrive pour les tumeurs ganglionnaires.
§ VIII. Une chose dont il faut bien tenir compte, tant par rapport au squirrhe que par rapport au cancer latent, c’est l’infréquence ou la rareté de ces deux affections qui ont leur origine commune plutôt dans une négligence externe et une mauvaise administration des actes naturels résolutifs et cliscussifs, que dans tout autre cause intime et spontanée.
§ IX. On peut dire également aussi qu’une semblable congestion a ordinairement sa source Occasionnelle dans une certaine accumulation violente et impétueuse des humeurs naturelles, par suite de profondes contusions ou de fortes compressions (%wicken und kneipenj, ou dans des médications imprudentes employées contre ces tumeurs squirrheuses, quelles qu’en soit l’origine : médications si lunestes qu’il peut en résulter le squirrhe, soit que provoquant l’évaporation des portions les plus ténues, il ne reste que les parties les plus denses, soit que, ayant provoqué l’épaississement des parties les plus consistantes, les particules aqueuses s’en séparent, comme d’une manière spontanée. C’est là ce qui arrive dans les tumeurs lymphaticosanguines, soit à cause de la négligence des malades, soit par suite d’un refroidissement inopportun. En pareil cas, en effet, la substance gélatineuse ainsi emprisonnée se coagule sous l’action énergique du froid, et l’humidité
séreuse qui est très-subtile s’échappe insensiblement par exhalation.
§ X. C’est ainsi que les squirrhes affectent un type tout spécial, suivant l’état particulier des organes où ils prennent naissance, suivant la propre disposition de ces organes à recevoir, d’une manière régulière ou anormale, les humeurs soit séroso-glutineuses, soit sanguinolentes, soit plus consistantes, et, enfin, suivant leur plus ou moins grande aptitude à persister dans le même état ou à éliminer promptement les matières morbifiques.