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DES AFFECTIONS SPASMODIQUES

Sous cette dénomination générale à.' affections spasmodiques, nous comprenons ici tant les affections qui , d’après leur acception vulgaire , sont simplement des variétés frappantes des mouvements anormaux, que maladies dont on peut faire une étude à part, vu leur spécialité caractéristique.

Dans la première classe , nous rangeons les spasmes proprement dits et les divers mouvements convulsifs. La deuxième classe comprendra toutes les douleurs tensives et lancinantes , désignées sous les noms de douleurs catarrhales , rhumatismales et arthritiques.

Or, bien que nous ayons déjà, dans la partie spéciale de cette pathologie, traité de la plupart des affections de la première classe dont la connaissance est si importante , nous allons néanmoins donner ici , du mieux possible , quelques nouveaux aperçus tout particuliers sur les circonstances propres de ces mêmes affections ; nous abor-

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derons ensuite , d’une manière plus étendue, l’étude des prineipales espèces de douleurs spasmodiques et de leurs conditions morbides.

Du spasme simple , du spasme cynique et de l’asthme convulsif.

§ I. Vulgairement parlant, le spasme simple est un énergique mouvement de traction et de tension , en vertu duquel les parties musculeuses prennent en peu d’instants et d’une manière violente une certaine situation qu’elles conservent durant quelque temps : une fois cet état de constriction disparu , elles reprennent leur souplesse naturelle.

g II. Le spasme occupe quelquefois un seul muscle , sans provoquer un sentiment notable de douleur; parfois il envahit une région entière , c’est-à-dire un ensemble de muscles ayant entre eux une conspiration mutuelle , de telle sorte qu’ils perdent pour un certain temps leur synergie habituelle et que , tombant à la fois dans la raideur tensive, ils fléchissent ou font plier le membre sur lequel ils agissent et contribuent à provoquer un sentiment de profonde douleur, semblable à celle que l’on ressentirait si l’un de ces muscles venait à se rompre. Un spasme de ce genre envahit tantôt une main, tantôt une jambe , tantôt un pied et notamment les orteils.

g III. Il est en outre l’apanage des individus à complexion spongieuse et à tempérament pléthorique ; cela est si vrai que de tels sujets peuvent en être atteints à la moindre occasion. 11 attaque encore les personnes maigres , mais jamais d’une manière aussi prompte et aussi certaine que lorsqu’elles sont pléthoriques ou que , déjà accoutumées à des évacuations sanguines, soit spontanées, soit artificielles , elles en ont perdu ou négligé l’habitude.

PATHOLOGIE TRÈS-SPËGIALE. 447

g IV. Les causes qui exposent singulièrement de semblables constitutions à des atteintes plus fréquentes et à des exacerbations plus violentes de cet état morbide , ce sont les choses qui agitent le sang ou qui agissent directement sur les mouvements vitaux. De ce nombre , sont . les excès de vin , l’usage immodéré des liqueurs aromatiques, l’emploi inopportun des préparations médicamenteuses trop chaudes ou volatiles et les exercices corporels trop violents. En seconde ligne, viennent les affections de râme et l’abus des plaisirs vénériens. Parfois enfin une fausse position de la partie , au point de vue de la flexion, un effort de tension disproportionné aux forces et à la capacité du membre , se trouve pour beaucoup dans l’apparition du spasme : c’est ce qui arrive notamment pour les mains ^ quand on essaie de tenir quelque chose avec trop d’efforts ou que, l’objet étant d’un volume trop grand relativement à la dimension de l’organe, on veut le serrer plus fortement encore.

g V. Au point de vue du pronostic, nous dirons que les spasmes trop fréquents, à un certain âge surtout, sont les préludes infaillibles des affections vulgairement appelées arthritico - rhumatismales : généralement parlant , dans la jeunesse , ils ne présagent pas d’autre danger plus grave; mais, à dire vrai, plus ils sont fréquents, plus ils exposent les patients aux maladies arthritico-spasmodiques qui se manifesteront plus tard, à mesure qu’on avance en âge, à la moindre occasion. La seule conspiration ou connivence qui existe entre les spasmes simples et les spasmes convulsifs, c’est que, lorsque des mouvements spasmodiques simples mais inaccoutumés se déclarent dans une maladie pernicieuse, ce n’est pas sans raison que l’on doit redouter de les voir dégénérer en de véritables convulsions.

§ Vï. Quant au spasme cynique qui, imprimant aux

lèvres un rictus semblable à celui d’un chien essoufflé par la course , force l’homme à tenir sa bouche constamment ouverte ou opiniâtrement fermée à la commissure labiale, c’est là un état, non seulement se rapprochant beaucoup du spasme convulsif et ayant une issue presque toujours fâcheuse , mais encore étant le plus souvent l’indice d’une mort certaine.

§ VIL Une circonstance bien digne de remarque dans cet état morbide , c’est son infréquence ou son extrême rareté. Il suit de là qu’on ne saurait être trop prudent et trop circonspect dans l’appréciation , soit de ses causes propres et directes , soit de ses causes accidentelles, touchant lesquelles il est bon de ne point formuler des théories vulgaires , de peur que , en se laissant aller à une première erreur, on n’établisse une fausse étiologie.

§ VIII. Ce que nous disons ici de cette affection, est moins dans le but d’apporter nous-même quelque chose de nouveau à sa théorie , que dans l’intention de détourner les médecins d’exposer au ridicule l’art et la science , en établissant V étiologie du spasme cynique sur l’absurde hypothèse d’une acrimonie irritante des humeurs capable de stimuler les nerfs, ou d’obstructions pouvant fléchir et contracter les parties. Quant à nous , nous regardons cet état morbide comme simplement symptomatique vu qu’il n’a pas de causes manifestement directes et que l’art ne posséderait du reste aucun moyen pour les combattre efficacement. Nous ne voyons donc ni la nécessité, ni l’importance d épiloguer plus longtemps sur cette matière. A d’autres — plus habiles sans doute — le soin de fonder sur des faits aussi perplexes une étiologie, soit physique , soit médicale , plus claire et plus sûre, mais ne se payant ni de mots , ni d’hypothèses !

§ IX. Comme nous avons parlé ailleurs de ce genre

* Fyyw T. VlII. Commentaire CCCl,

de spasme simple dont la eause originelle peut se trouver dans la négligenee des évacuations sanguines habituelles, il ne sera pas déplacé de donner ici quelques détails historiques à ce sujet :

1. Un homme de lettres, âgé de 45 ans, d’un tempérammenthilioso- mélancolique, soigneusement appliqué à ses affaires, hongrois de naissance et, partant, d’un caractère très-vif, comme la généralité de ses nationaux, s’était d’abord livré à l’enseignement public, puis il avait été promu au grade d’inspecteur ecclésiastique et s’était continuellement acquitté de ses fonctions avec le plus grand zèle dans toutes les occasions voulues. Mais il arriva que, à l’époque dont nous parlons, ce fonctionnaire se voyait souvent atteint, surtout à l’équinoxe du printemps, d’une affection très-douloureuse qui se traduisait, le matin principalement lorsqu’il sortait pour vaquer à ses occupations, par une compression si vive et si soudaine entre les épaules, qu’il pouvait à peine avoir la moitié de sa respiration. Il ressentait, en outre, aux régions scapulaires, des oppressions lancinantes, ardentes et brûlantes qui le tourmentaient sans relâche ; en sorte que, durant trois jours et trois nuits, il était continuellement en butte à des souffrances corporelles et à des anxiétés morales. On lui administrait divers remèdes, soit internes, soit externes, mais tout leur résultat se réduisait à faire sortir sur les épaules des pustules brûlantes et prurigineuses. Cependant, vers la fin du troisième jour, les symptôm&sde cette affection se calmaient sensiblement; le malade revenait aisément à lui, mais il éprouvait toujours la même difficulté de respiration et les médecins considéraient comme très-sérieux le danger de la suffocation. Or, trois mois après-, l’affection se renouvelait encore avec une recrudescence beaucoup plus violente, à tel point que le malade finit par en être effrayé. Vu le poste honorable qu’il occupait, il se trouva à même d’avoir les secours de vingt médecins dont il prenait religieusement les avis et les conseils. Tous s’accordèrent à dire que la cause du mal était due aux sels scorbutiques, contre lesquels ils prescrivirent l’usage des martiaux, des antiscorbutiques, des anticatarrhaux, des antirhumatismaux, afin de donner plus d’agilité au sang et le rendre moins sujet à ces sortes de stases T, V' 29

dont ils croyaient reconnaître les effets : ils avaient presque tous recommandé l’emploi des substances acidulées; deux d’entre eux seulement ne les approuvaient pas et un seul les rejetait fortement.

L’occasion fit que le patient nous demanda notre avis; mais, comme le moment n’était pas opportun pour lui donner une consultation en règle, il eut soin de nous envoyer par écrit non seulement l’historique très-détaillé des antécédents et de toutes les circonstances de sa maladie, mais encore les prescriptions de ses nombreux médecins. Quelques heures plus tard, il vint nous trouver lui-mème et nous ratifia de vive voix les détails exposés dans son écrit. En première ligne, il éloignait tout soupçon de mal hypochondriaque. Cependant il se ressouvint qu’il avait été jadis, durant plusieurs années, sujet à cette affection dont il nous laissa aussi par écrit une relation bien circonstanciée. Il nous assura néanmoins en être exempt depuis une douzaine d’années, exaltant nommément, comme un spécifique salutaire contre f hypochondrie , la station volontaire [ôpôoa^aSia.ç), c’est-à-dire le plaisir qu’il éprouvait à rester plutôt debout qu’assis ; condition à laquelle il croyait devoir sa guérison.

A peine eûmes-nous pris connaissance des documents qui nous furent transmis que nous fîmes à un collègue du patient le précis exact de toutes nos conjectures sur une semblable particularité ; mais cette personne nous répondit qu’elle n’avait jamais rien ouï-dire de semblable par son supérieur et que par conséquent, il serait prudent de ne pas faire remonter la maladie présente à une pareille cause. Voilà pourquoi, un autre jour, en présence du malade, avant de nous expliquer plus clairement, nous fîmes d’abord quelques allusions concernant l’hypochondrie et tombant ensuite sur les vrais symptômes du scorbut : le patient reconnaissait de suite, à nos paroles, les outrages de l’affection hypochondriaque qui lui avait été familière et dont il avait triomphé, assurait-il, depuis longtemps; mais il n’avait aucune intelligence de f affection scorbutique et ne croyait avoir aucun motif de s’en plaindre (abstraction faite des accidents qu’il venait d’éprouver et de la juste crainte qu’ils lui avaient inspirée).

Nous exposâmes purement et simplement nos opinions à cet égard, lui disant que, sans nul doute, il avait dû jadis être

habitué soit à la saignée, soit à la scarification, mais que la négligence qu’il avait mise dans ces derniers temps à faire usage de ces évacuations sanguines, était la seule cause de la congestion et des efforts contentifs qui s’étaient portés vers les épaules. Après nous avoir considéré quelques instants sans rien dire : « oh ! s’écria-t-il, soUe das etwas dazu thun « konnen , cela pourrait-il y faire quelque chose ? •>

Quoi qu’il en soit, il avoua que depuis plusieurs années il s’était fait pratiquer des scarifications, régulièrement tous les mois, mais qu’il avait naguère renoncé à ces moyens d’évacuation, parce qu’il avait appris d’un bon médecin que les scarifications favorisaient les effets de la consomption à laquelle, vu l’état frêle et sec de son corps, il se croyait exposé. Nous tâchâmes de dissiper ses craintes ; nous l’avertîmes même que le renoncement absolu à une pratique de ce genre, tant de fois et si longtemps répétée déjà, pouvait être la cause vraie de sa présente maladie. Nous avions d’ailleurs parfaitement raison d’attribuer cette affection à cette espèce de contention spasmodique qui retient le sang captif dans ses conduits, alors que c’est vers une issue réelle que tendent tous les efforts de la nature ; cela nous fit condamner encore.Tusage des antiscorbutiques, comme des remèdes inutiles, nuisibles même à la santé par l’excessive agitation qu’ils déterminent dans le sang ; nous réprouvâmes aussi les martiaux, comme plus propres à exciter qu’à dissiper, par des constrictions superflues, ces transports particuliers delà masse humorale ; mais ce que nous blâmâmes par dessus tout, ce fut l’usage des substances aigres, comme inutiles à une pareille affection et contraire au système universel d’un semblable tempérament. Notre avis était que le malade revînt à ses scarifications habituelles; en outre, pour obtempérer aux désirs de ce noble patient qui nous priait de lui tracer nos ordonnances par écrit, afin qu’il n’oubliât rien, nous écrivîmes en propres termes qu’il courrait le plus grand danger s’il ne s’abstenait pas de l’usage inconvenant des substances acidulées qui l’exposaient à encourir lapthisie ou l’hydropisie et même ces deux affections à la fois.Toutefois, le malade donnant, non sans un semblant de raison, son adhésion à la majorité des médecins et se fiant à leur réputation, ne s’en tint pas à nos bons conseils ; il revint, dès l’année suivante, aux préparations acides qu’il

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avait abandonnées à l’époqnc où. il nous lit l exposé de ses souffrances, alors qu’il portait sur lui des traces évidentes de troubles profonds et d’atonie. Mais bientôt après l’usage de ces substances, il fut atteint d’une hydropisie qui l’enleva au bout de six semaines.

II. Un autre individu plus âgé que celui-ci, dans sa soixantième année environ, s’était aussi habitué depuis longtemps à de fréquentes scarifications qu’il négligeait depuis un an ou deux. Il avait du reste le teint vermeil, la constitution robuste et faisait, sinon habituellement, du moins chaque fois que l’occasion s’en présentait, un usage inopportun de boissons alcooliques ; il menait, en outre, une vie peu active et exerçait la profession de musicien civil ou de société. Avec tout cela, il étaitsuiet, depuis quelque temps, àcause de scs affaires domestiques à encourir de vives impressions morales et tombait enfin dans un état non seulement identique à celui de l’inspecteur ecclésiastique, mais encore dans un malaise beaucoup plus désagréable. Ainsi, après une forte contention musculaire au thorax, il éprouva un embarras tel dans la respiration et une douleur si vive entre les épaules, qu’il lui semblait subir l’effet d’une rupture imminente et qu’il ne lui restait que la faculté de respirer à de courts intervalles, tandis que l’aspiration lui était impossible, à cause de l’énorme souffrance qu’il ressentait aux régions scapulaires et de la résistance qu’opposait à cette fonction naturelle une douleur pareille à celle d’un clou enfoncé entre les épaules. Gomme ce malade ne voulait pas se laisser soigner, il trouva du soulagement, durant quatre jours, dans l’emploi de divers agents pharmaceutiques, mais il éprouva une grande diminution de forces ; en sorte que, tout en repoussant sans cesse l’idée de la saignée et des scarifications, il retomba encore, aprèsavoir repris un peu l’usage de ses sens, sous l’empire du mal qui fut moins violent cependant. Nous ignorons de quels remèdes il usa à cette nouvelle attaque, mais ce que nous savons, c’est qu’il fut pris d’une hectisie qui, dans trois mois, le conduisit au tombeau. Ce pauvre malheureux avait prêté une oreille trop complaisante aux raisonnements absurdes de quelques ignorants qui prétendaient que son affection était une attaque d apoplexie [ein schlagfluss), qu’il en serait déjà mort si elle avait atteint la nuque, et que l’apoplexie enfin a sa cause

principale dans l’insuffisant influx des esprits vitaux dont la saignée rend encore le concours plus faible. ... etc,... etc.

g X. Nous avons déjà exposé notre sentiment sur eertaines affeetions spasmodiques qui , loealisées dans les régions du thorax , intereeptent la respiration, d’une manière si soudaine, que l’activité des autres mouvements corporels disparaît et cesse conjointement. Quant à nous, nous doutons que ce soit là des caractères d’apoplexie , ainsi qu’on le croit généralement. En effet , l’injection sans cesse croissante des joues et le gonflement des vaisseaux temporaux , symptômes identiques à ceux de la suffocation, nous autorisent à penser que la cause principale du mal consiste ici dans une gêne spasmodique des mouvements précordiaux. Nous croyons également que le catarrhe suffocant doit beaucoup à ce vice paralytique des organes thoraciques, relativement à l’énergie suffisante de la respiration ^

g XI. Au reste, les cas particuliers d’état spasmodique que nous venons de signaler doivent aussi , avec d’autres cas moins graves de la même catégorie (vulgairement désignés sous le nom ù’ asthmes convulsifs) leur origine habituelle et générique , soit : 1 ° aux embarras qu’éprouvent les humeurs dans la liberté de la circulation universelle ', soit même , d’une manière spéciale, à la direction de ces humeurs vers telle ou telle partie du corps ; soit enfin , 3" d’une manière plus spéciale encore, à l’impulsion donnée, à l’effort imprimé à ces humeurs dans le but d’une expulsion effective.

g XII. Les affections spasmodiques de la première division sont le lot ordinaire et commun des pléthoriques en général ou des personnes sujettes à de fortes commotions sanguines : celles du second ordre sont le propre des jeunes gens à tempérament sanguin ; celles enfin de la

‘ Voyeg T. Vlll. Commentaire CCCII.

dernière eatégorie sont le partage des individus habitués

aux évacuations du sang.

§ XIII. En fait néanmoins, l’asthme spasmodique n’est pas une affection que l’on observe journellement ; elle est même assez rare , si l’on considère surtout que ses paroxysmes peuvent se déclarer à la moindre circonstance externe et que ses accès ne sont ni rémittents , ni transitoires , comme les mouvements du spasme simple.

g XIV. Mais , plus cette maladie est violente ou opiniâtre , plus elle mérite de fixer notre attention ; car elle atteste directement le zèle et l’intention active, bien que craintive de la nature pour administrer les mouvements vitaux. Sans doute, ces phénomènes n’ont pas lieu sans de causes pressantes ; mais, quand ils ont lieu , l’activité craintive , inquiète , inouïe de l’agent vital , ainsi que son obstination, ne peuvent, une fois en acte, disparaître facilement ni être assez avantageusement maîtrisées , pour ne pas redoubler d’intensité aux occasions les plus prochaines.

g XV. Nous ferons particulièrement observer que de semblables vices spasmodiques de respiration (la dyspnée) sont éminemment suspects, lorsqu’ils se manifestent dans les maladies aiguës. De même , en effet, que , en pareil cas , les aberrations des mouvements spasmodiques — ■ sans avoir même le caractère convulsif — sont toujours d’un mauvais |)ronostic; de même aussi des paroxysmes de ce genre méritent l’attention et doivent éloigner toute sécurité.

g XVI. Hippocrate faisait néanmoins preuve de tact et d’babileté , lorsqu’il disait que , en maintes circonstances, certains frissons nerveux peuvent résoudre la fièvre : l’essentiel ici est non seulement de bien discerner ce qu il a voulu entendre par ce mot résolution (solutio) , et si 1 on doit l’interpréter au point de vue de la fièvre ou

du paroxysme; mais il importe encore de saisir, au point de vue de la vérité pratique , ce qui est analogue ou en harmonie avec les faits eux-mêmes ; ce qu’il y a quelquefois de salutaire dans les mouvements tonico-spasmodiques ; ce qu’il y a enfin de convulsif, dans ces contentions opiniâtres d’où dérivent les plus fatales conséquences. Car il est manifeste qu’Hippocrate attribue à ces divers phénomènes tantôt une solution simple du paroxysme, tantôt une solution salutaire du mal, tantôt au contraire les présages d’une nouvelle exacerbation et des suites plus funestes encore. Or, tous ces faits nécessitent de convenables distinctions que l’on trouve dans la diversité même des manifestations morbides. Ainsi, les spasmes, dans leur cause ou leurs effets, se présentent sous une apparence plus simple et plus bénigne que les convulsions. Les convulsions au contraire sont toujours plus violentes et partant plus graves , sous quelque point de vue qu’on les considère.

De l’épilepsie,

§ I. S’il est une affection qui ait jamais fourni à l’esprit humain matière à controverse, c’est assurément V épilepsie!

Mais , d’après le plan que nous avons adopté et qui est d’exposer, en termes très-simples , les faits tels qu’ils sont en réalité et non les opinions plus ou moins hypothétiques qu’on émet sur leur compte, ce serait s’écarter du sujet , que de passer en revue les opinions des anciens païens, qui ontrüngéV accident épileptique püTUïi les mystères de leur religion et ont considéré cette maladie soit comme une cause de suspension de leurs cérémo-

nies, soit comme une manifestation du mécontentement des dieux touchant leurs propres affaires^; s’accordant à dire , d’ailleurs , que celte affection était une punition infligée aux mortels par quelque puissante divinité.

C’est pourquoi nous abandonnons aux spéculateurs de la science le soin de rechercher jusqu’à quel point le nom de morbus attonitus (mal foudroyant) convenait à l’épilepsie et même à l’apoplexie. Nous laissons encore , à ceux qui en ont le loisir, la tâche d’expliquer ces passages du Nouveau-Testament, où il est dit d’abord, à propos d’une femme : ici — en termes très-clairs — qu’elle était tourmentée d’ une pgf te de sang ou à\me affection hémorrhagique ; là , qu’elle avait en elle un esprit de mal {spiritus morhi) ; ensuite , à propos d’un enfant, que, poussé par la force du malin esprit^ il tombait tantôt dans l’eau, tantôt dans le feu ; lorsqu’il pouvait sembler n’être uniquement atteint que d’épilepsie.

§ IL L’horreur profonde que tous les peuples ont professée , soit par tradition , soit par impression , pour ce malheureux état morbide mérite assurément de fixer notre attention ; mais cette répugnance universelle n’est ni la conséquence , ni la preuve que l’épilepsie ait été reconnue pour une maladie sacrée. Toutefois, il y a dans cet état pathologique des phénomènes tels que Ton peut quelquefois leur attribuer une origine spirituelle'^ (les personnes qui en ont été témoins ne sauraient le nier) ; parfois enfin , la cause en est due à des superstitions , à des fascinations et aux criminelles pratiques de la magie. Mais , vu la notoriété des cas , il est inutile de nous étendre plus longuement là-dessus.

En dehors donc de ces aperçus , tout le monde admettra que Tépilepsie peut provenir également , avec un

» Voyez T. VIll. Commcnfaiie CCClll.

* Voyez ï. VIII. Commenlaire CCCIV.

ordre et une corrélation naturelle , de causes simplement matérielles et du ressort de l’économie corporelle. Ainsi, les aberrations , nous ne dirons pas adventices , mais internes et domestiques des mouvements vitaux sont, pour ainsi parler, les architectes du haut mal; en d’autres termes, ce mal paraît provenir principalement de profonds sentiments d’inquiétude ou de terreur imprimés dans l’âme ^

§ III. Ces considérations sont rigoureusement vraies et les phénomènes de ce genre se manifestent de diverses manières; mais ce qui n’est pas moins incontestable, c’est que l’épilepsie a souvent sa raison d’être dans certains vices corporels, c’est-à-dire dans l’exécution irrégulière des fonctions corporelles. Ainsi, les causes déterminantes du mal sont tantôt une irrégularité de la menstruation , tantôt la présence de vers intestinaux^; parfois l’influence des choses hors nature en général ; parfois enfin un vice de conformation , un coup violent , un grand ébranlement: sans que cela préjudicie en rien à l’existence d’une constitution si bien tranchée, pour ce genre de maladies, que les affections de l’âme suffisent à elles seules pour provoquer et surexciter ces commotions hétéroclites. L’épilepsie, du reste, est plus rarement la conséquence des autres causes ; elle est au contraire la suite ordinaire des impressions morales, telles que : i “ une grande frayeur, suivie d’une profonde anxiété , au moment d’une évasion ou d’une lutte dangereuse ; T une colère accompagnée des plus violentes perturbations ; 3° une tristesse opiniâtre , inquiète ou craintive ; 4“ enfin une prédisposition héréditaire.

§ IV. Mais, avant d’aborder en détail l’étude des causes du mal caduc , faisons l’historique de cette affection. Elle consiste en ce que le patient en butte à ses atta-

* VoyesT.Wll. Commentaire GCCV.

’ Voyes T. Vlll. Commentaire CCCVI.

ques est saisi de mouvements convulsifs plus ou moins soudains qui atteignent presque toujours un degré extraordinaire: eonime le prouve , par exemple, le cas relaté dernièrement dans les Annales des Curieux de la Nature, à propos d’un enfant épileptique qui , dans une chute, vu la taille et le volume de son corps , se brisa les os principaux des membres. Fréquemment encore , quoique le fait soit plus rare , l’impétuosité du mal est si inouïe , si opiniâtre que les moyens les plus énergiques ont été aussi impuissants contre lui que les tentatives les plus insignifiantes.

§ V. Il est certains cas, néanmoins, où cette affection se traduit par des mouvements convulsifs si peu sensibles qu’ils n’ont en eux rien de bien violent : ils en imposent souvent aux yeux, attendu que, sans provoquer des agitations réciproques, ils paraissent plutôt entretenir quelque symptôme calme en apparence ; mais si on pose la main sur le malade pour lui donner quelque secours , on ne tarde pas à constater une contention très-opiniâtre et trèsénergique qui tient le corps dans une raideur complète , plutôt par un mouvement fixe de tension que par une inertie flasque ou atone^.

■ § VI. Une particularité singulière qui est seulement le propre de l’épilepsie , c’est que, au moment du paroxysme, les patients tiennent leurs pouces dans leurs mains serrées au poing, avec une force telle qu’il est presqu’impossible de leur faire lâcher prise : que si , par un grand effort , on parvient à dégager le pouce , l’épileptique sort presqu’instantanément de son attaque ; mais, aux débuts du paroxysme , cette tentative est sans résultat.

§ VII. Que le malade se laisse choir ou dans quelque position qu’il se trouve , au moment de l’accès, il a tou-

‘ Voyez T. VllI. Conmentaire. CGCVII,

jours les yeux ouverts : signes caraetéristiques qui distinguent l’épilepsie de l’apoplexie et de la lipothymie, abstraction faite de cette raideur et de ces convulsions alternatives qui sont le propre du 'haut mal. Et néanmoins , le patient ne donne plus tard aucun signe de sensibilité et n’a aucun souvenir de ce qui s’est passé.

§ VIII. Ces violents mouvements convulsifs affectent les membres principalement; mais ils refluent aussi jusque dans la poitrine et influent sur la respiration , qui devient saccadée, stertoreuse et gênée par des efforts contentifs en tout semblables à ces pénibles tensions volontaires qui provoquent l’arrêt de cette faculté.

On observe encore une différence symptomatique dans les accès épileptiques, c’est que les sujets bien jeunes agitent violemment la tête , sous l’action des convulsions ; qu’ils roulent les yeux dans leurs orbites ; qu’ils tournent leurs mâchoires ; qu’ils grincent des dents ; qu’ils remuent la langue de mille manières et qu’ils la sortent de la bouche d’une façon effrayante. Aussi , non seulement les enfants , mais même les adultes , se blessent-ils grièvement la langue entre les dents, pendant ces contractions simultanées des mâchoires. Parfois encore , à la véhémente contorsion des yeux succède un strabisme assez opiniâtre. On a remarqué en outre que j après une longue suite d’attaques affectant principalement la tête, l’énergie de la sensibilité interne s’émousse d’une manière étonnante ; que les effets du mal atteignent de préférence la vivacité de l’intelligence , et que souvent , chez les enfants en bas âge , la violence de l’accès frappe un ou deux membres d’une impuissance paralytoïde dont les suites persistent à l’avenir.

§ IX. Le dernier phénomène ou , pour mieux dire , l’effet ultime du paroxysme des convulsions épileptiques, c’est un épanchement abondant d’écume , provenant des glandes salivaires et sortant par la bouche.

460 OEUVRES DE STAHI..

x\prcs l’attaque , les patients n’ont eonseienee de rien, si ce n’est qu’ils ressentent pendant quelque temps des douleurs particulières qui sont peut-être la Suite des lésions que leur corps a reçues, sous l’action de la secousse extraordinaire du mal. Au reste , d’où que ces douleurs proviennent , n’importe ! ils n’en ont nulle connaissance; mais ils éprouvent ordinairement un accablement universel , une lassitude pareille à celle qui abat les forces , après un exercice très-laborieux.

§ X. Ce qu’il y a , par exemple , de singulier dans l’affection épileptique , c’est que ses accès suivent graduellement les principales phases lunaires , notamment la nouvelle et la pleine lune. Quelquefois aussi , on voit une semblable périodicité en rapport avec les quatre quartiers lunaires ; mais , c’est lorsque le mal a été provoqué à l’occasion de certaines exacerbations accidentelles survenues à ces époques fixes ^ Les attaques ont alors une recrudescence sans cesse croissante, comme nous l’avons fait observer dans un cas d’épilepsie , cité plus haut, dans notre étude des convulsions en général.

§ XI. Pour ce qui concerne V étiologie de l’affection épileptique , nous n’espérons pas la donner plus claire , ni plus complète que les autres ; nous tenons avant tout à la présenter, sinon d’une manière absolument satisfaisante, du moins telle, qu’elle puisse être en harmonie avec le but médical. Néanmoins, si l’on considère l’état des causes de l’épilepsie et le caractère à peu près habituel des mouvements morbides que cette maladie met en jeu , il résultera de leur comparaison cette probabilité remarquable , savoir : que les mouvements épileptiques ont pour fondement une idée ou une impression quelconque provenant soit d’un transport de colère , soit d’un désir craintif ou anxieux : comme on peut s’en convaincre en quelque

‘ Voyez T. VllI. Commentaire GGGVIII.

sorte , d’après les opinions memes de eeux qui s’efforcent de donner pour causes aux phénomènes épileptiques , soit \e chatouillement''^ que produiraient dans les nerfs certaines matières particulières ; soit l’afflux impétueux des esprits animaux , s’établissant d’une manière fortuite et sans aucune direction ou intention finale.

§ XII. Un effet qui n’est pas rare , dans la production de l’épilepsie , un effet très-fréquent même , c’est cette violente perturbation des mouvements vitaux qui a sa cause originelle dans une profonde aversion soit congéniale, soit acquise ou provenant d’une fâcheuse impression personnelle : phénomènes qu’on ne peut vraisemblablement attribuer jamais à une disposition particulière de l’organisme. Sa raison première et vraie a évidemment sa source dans une idée fausse et une appréciation erronée qui seules déterminent les mouvements de crainte, d’horreur, de dégoût et d’aversion. En outre , il est de fait que ces phénomènes primordiaux et, si l’on considère la chose à fond, universels, se présentent ici comme de véritables états affectifs , parfois d’une violence remarquable, altérant même bien plus directement les fonctions (ou actions vitales) que les organes eux-mêmes.

§ XIII. Néanmoins ce ne sont pas seulement les actes vitaux purs ou mixtes qui sont altérés ; mais bien manifestement aussi les actes rationnels. Nous en avons un exemple dans la nausée. Tout le monde sait, en effet , que c’est sur les premières impressions d’aversion produites par un objet que certains malades ressentent un mouvement de nausée, non seulement lorsqu’on parle devant eux de cet objet , mais encore lorsqu’ils se le représentent par l’imagination.

Et cependant , la présence réelle de ces objets est pour beaucoup — c’est même une cause des plus puissantes —

' Voyes T. Vlll. Commentaire CCCIX.

dans le réveil des paroxysmes de ces sortes d’aversions insolites qui , nous le répétons , résultent d’une fausse appréeiation. Toutefois, la raison la plus manifeste, lapins évidente et la plus vraie de ces phénomènes se trouve dans un sentiment qui n’est autre chose qu’un acte d’appréeiation ou du moins un effet uniquement en rapport avee cet acte lui-même.

§ XIY. Nous sommes donc en droit de conclure , par induction, relativement aux mouvements convulsifs de l’épilepsie: que, bien qu’on ne puisse pas dire qu’ils ne soient le résultat direct d’un sentiment, on ne doit pas nier cependant qu’ils soient la conséquence vitale d’un pareil acte d’appréciation ^ Au reste, les mêmes phénomènes se produisent par suite de l’aversion provoquée par un chat, non pas que cet animal imprime directement dans l’organisme et dans l’agrégat matériel des altérations ou des corruptions, parce qu’il est présent, parce que c’est un chat, parce qu’il s’exhale quelque chose de désagréable de son corps , de ses os , de ses effluves et de son haleine matérielle ; mais bien parce qu’il fait naître et provoque même, d’une manière très-spéciale, moins certains mouvements soit ordinaires , soit proportionnés à la constitution ou à l’altération matérielle du corps , que des mouvements en corrélation et en harmonie parfaite tant avec les aversions appréciatives de l’âme , provenant d’ailleurs d’une simple idée morale , qu’avec la disposition finale et organique des intentions de la nature.

§ XV . Quiconque prendra la peine de comparer entre elles toutes ces circonstances et d’étudier les rapports de cette autre similitude en vertu de laquelle les mouvements épileptiques (ayant lieu par suite d’une impression pathétique , soit héréditaire , soit acquise et propre , ou par suite de certaines causes matérielles appartenant en qucl-

* Yoyea T. VIII. Commentaire CCCX.

que sorte à un but à' excussion) sont à peu près aussi rares que les autres perturbations qui tirent leur origine d’aversions extraordinaires; eelui-là, disons-nous, pourra aisément et logiquement reeonnaître aussi les raisons génériques de toutes les autres eireqnstanees de la même catégorie : nous voulons parler des stimulants , non des matières ou des parties , pour entreprendre des naouvements de nature telle que , eontrairement au caractère général de la constitution organique et même au rôle particulier des esprits vitaux ^ gratuitement invoqués ici , on les prend confusément pour des- actes innés et intimement propres ; nous voulons parler enfin des surexcitations de ces mouvements, non seulement qui doivent être imprimés aux organes et qui s’exécutent en eux ; mais encore qui s’effectuent par leur moyen et qui sont administrés uniquement en vue de leurs fins respectives.

§ XVI. Nous recommandons encore ici une observation déjà indiquée plus haut , savoir : que les agitations épileptiques les plus intenses , les plus violentes — se feraient-elles à l’insu du patient — sont absolument identiques aux agitations qui se manifestent d’ordinaire dans une forte colère ou dans le feu d’une lutte acharnée. Ainsi, le regard des épileptiques est vague, effaré, comme quand on est dans l’impatience de hâter une action ; leurs yeux sont tantôt fixes et hagards , tantôt de travers et contournés ; ils grincent des dents ; ils agitent la langue, comme s’ils voulaient parler; la raideur de leurs membres est énorme ; ils semblent ne pouvoir prendre haleine ; leur respiration n’a lieu qu’avec effort et cette difficulté leur arrache souvent soit à cause de l’acte , soit à cause de la souffrance , des cris sourds pareils à ceux que poussent les personnes en colère.

§ XVII. Chez certains de ces patients, le paroxysme, provoqué d’abord par une insatiable ingurgitation de pain

sec, se relâche peu âpcu et finit parle vomissement; chez d’autres , après les contentions les plus opiniâtres , l’accès se termine par une érection du membre viril et par une éjaculation de sperme^, sans que le malade en ait ensuite le moindre souvenir. Cela veut dire que , dans l’un , comme dans l’autre cas , il y a des évacuations manifestes qui sont la terminaison de la violence des mouvements. Lorsqu’il n’en est pas ainsi, les efforts de la nature se prolongent jusqu’à complète lassitude et , si ces efforts n’atteignent aucun résultat , c’est dans cette lassitude même qu’ils trouvent leur cessation.

§ XVIII. La pratique médicale ne manque certes pas d’exemples de ce genre ; mais nous croyons utile d’appeler particulièrement l’attention sur ces cas vulgaires de convulsions épileptiques , survenant à l’occasion de substances étrangères , rebelles à toute excrétion. C’est là ce qui se passe chez les enfants soit dans les varioles et les affections vermineuses , soit, mais plus rarement , à l’époque de la dentition, soit enfin et plus rarement encore, dans les cas d’obstruction et de cardiogme ou palpitation de cœur {des hertzgespans).

On sait aussi que , dans la plus tendre enfance , des mouvements convulsifs très-intenses , allant jusqu’au paroxysme , accompagnent assez souvent les quintes pénibles d’une toux opiniâtre , jointe à la viscosité excessive des matières. Voici un fait qui pourra d’autant mieux servir à l’intelligence de ces choses , qu’il est tiré du célèbre Guil“® Fabrice de Hildan; (Cent. I, observ. IV) :

Une petite fille de dix ans avait eu le malheur d’introduire dans une oreille une perle en verre de la grosseur d’un petit pois. Tous les efforts des chirurgiens pour l’extraire furent infructueux et ne servirent môme qu’à l’enfoncer plus avant. L’emploi des instruments donna lieu en outre à différentes

‘ Voyez T. VIII. Commentaire CCGXI.

irritations , à des engourdissements et à des douleurs qui se firent d’abord sentir dans la tête et qui, tantôt sourdes, tantôt aigües, envahirent ensuite tousles membres du côté de l’oreille; c’était notamment par un temps humide , pluvieux et froid , au printemps et à l’automne que ces douleurs étaient le plus fréquentes. Cet état de choses durait déjà depuis quatre ans et l’enfant commençait à tomber dans des convulsions, lorsque sa mère alarmée consulta les médecins ; mais, comme les douleurs de l’oreille et celles de la tête, principalement, s’étaient calmées — il y avait quelque temps — , personne ne fut porté à soupçonner une analogie relative entre les nouveaux symptômes de la convulsion et l’occasion primitive des douleurs précédentes ; aussi combattit-on inutilement les paroxysmes par toutes sortes de moyens et d’ordonnances. Fabrice de Hildan , le narrateur de la présente observation, arrive enfin auprès de la malade ; ayant entendu le récit de l’introduction d’une perle en verre dans l’oreille et le détail des différentes aflections qui, à la suite de cette imprudence , s’étaient graduellement et diversement manifestées aux régions encéphaliques et sur les autres membres du corps , correspondant au côté de l’organe malade , il eut la bonne idée de porter toute son attention sur le foyer même de ces phénomènes morbides , c’est-à-dire sur le corps étranger et importun qui s’était depuis si longtemps localisé dans le conduit auditif. A l’aide d’instruments ingénieusement imaginés pour extirper le mal jusque dans sa racine, il vint fort heureusement à bout de son entreprise et fit par là même cesser, pour toujours, cette autre affection non moins insolite — f épilepsie.

Personne , en effet, serait-ce parmi le peuple , n’ignore auj ourd’hui l’inanité ordinaire de ces remèdes anti-épileptiques, dont on fait quotidiennement usage; il est donc vraisemblable que les attaques d’épilepsie ont en ce cas spontanément disparu, une fois qu’a été enlevée la cause déterminante et surexcitante de ces divers mouvements anormaux. Mieux vaut s’en tenir à cette conviction légitime que de supposer que l’énergie active des convulsions ait cédé aux médicaments ou à toute autre méthode curative. De pareilles conséquences se voient, du reste , à propos des symptômes et des paroxysmes occasionnés par la présence des calculs.

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§ XIX. L’utilité d’une pareille considération sera de rappeler au médécin qu’il doit porter d abord toute son attention sur les causes antécédentes ou pvocatarctiqnes des mouvements convulsifs ; car, si elles n’existaient pas, c’est un principe certain que l’acte de la convulsion n’aurait jamais son effet. Lors même que les mouvements épileptiques ne se rapporteraient qu’indirectementà leurs causes procatarctiques ; qu’ils ne s’exécuteraient, avec un effort extraordinaire d’impétuosité, que dans un but subsidiaire ou , comme le dit fort bien Van-Helmont , par suite d’une irritation de ce genre ; lors même enfin , que , une fois semblable cause soustraite , ils n’en continueraient pas moins (contrairement à ce qui arrive d’ordinaire , d’après l’axiome : sublatâ causa, tollitur effectus) leurs manifestations morbides , il est cependant hors de doute que ces sortes d’affections sont entretenues par leurs causes occasionnelles, directes ou primordiales , et qu’elles obéissent à leur influence tant positive que privative avec plus de certitude que si on entreprenait de les traiter, sans avoir aucun égard pour ces causes occasionnelles.

Il n’est pas hors de propos de relater ici quelques observations que nous avons eu l’occasion de constater par nousmêmes.

I. Une jeune fille de neuf ans était déjà depuis cinq ans sujette à de fréquentes attaques d’épilepsie , dont les paroxysmes revenaient à des intervalles très-rapprochés. On eut recours à nous pour administrer à cette enfant quelques doses d’un spécifique anti-épileptique dont nous faisions ordinairement usage. Nous remîmes en effet cette préparation avec une instruction sur la manière convenable de l’employer. Quelque temps après , on nous répondit par lettres que ce remède n avait encore opéré aucun soulagement chez la patiente , ajoutant qu’il était impossible d’observer d’une manière aussi exacte que nous l’ordonnions la circonstance indispensable de 1 emploi opportun du spécifique. Nous soupçonnâmes ans-

sitôt qu’il y avait là l’influence de quelque cause continente ; à cet effet , nous envoyâmes quelques autres doses de la préparation , en informant les parents de l’enfant de notre soupçon. Il nous fut répondu , à quelques jours près, qu’on ne pouvait conjecturer rien de semblable. Enfin , après avoir insisté à plusieurs reprises sur la continuation de ce médicament , il y eut bien tant dans la violence que dans la fréquence des accès un cerfain relâche; mais il ne fut pas de longue durée et tel que le produit d’habitude notre spécifique. Ce fut alors que la mère observa par hasard que le cou de sa fille commençait à s’enfler ; cet accident lui remit en mémoire que l’enfant , à l’àge de trois ou quatre ans, avait eu une tumeur au cou , laquelle avait été dissipée sous l’action de certains topiques, et que bientôt après s’étaient déclarés les premiers symptômes de l’épilepsie. Tout cela fit concevoir à la pauvre mère l’espoir de voir la fin si désirée de cette cruelle maladie , puisque sa cause occasionnelle reparaissait de nouveau sur la scèneL

IL On vint un jour nous annoncer qu’un enfant de six ans depuis déjà deux semaines et plus tombait tous les soirs , vers six heures , dans des attaques épileptiques d’une nature telle que le jeune malade éprouvait avant tout un sentiment de douleur indicible dans l’abdomen ; après quoi , il se sentait mal; la tête se troublait, et, s’il ne s’asseyait pas de suite, il était pris de vertige et tombait par terre. Quelle que fût du reste sa position , durant l’accès , il perdait tout souvenir, subissait de violentes agitations convulsives , restait dans un état des plus pénibles relativement à la respiration et ne sortait qu’au bout d’un quart-d’heure de cette fâcheuse position.

Or, il nous vint à la pensée que cet enfant était sous l’influence d’une affection vermineuse ; nous déclarâmes à sa mère que c’était une chose très-probable ; mais celle-ci nous répondit avec une certaine assurance que son fils n’avait pas de vers. Cependant , quand nous l’eûmes questionnée sur la santé et le tempérament de l’enfant , nous apprîmes d’elle qu’il était continuellement valétudinaire , avec une figure pâle et bouffie. Ces renseignements confirmèrent la vérité de nos conjectures et nous assurâmes cette femme qu’il lui était maintenant impossible , d’après ses propres aveux , de soutenir

* Voyes T. VIIl. Commentaire CCCXIl. ■

que son fils n’avait pas de vers ; car il en avait et c’étaient les vers qui le mettaient dans ce triste état. L’obstinée mère revenait toujours à son argument favori ou mieux à son document péremptoire : que les épileptiques ne sont pas sujets à la vermine : « au reste, disait-elle, il y a à peu près trois semaines», » j’ai acheté à un charlatan forain un vermifuge très-renommé ;

« j’en ai fait boire en quantité à mon fils qui n’a nullement » rendu de vers ; j’ai donc la conviction que ce pauvre en- » fant n’a pas de vermine. »

Nous lui fîmes observer alors, selon toute vraisemblance d’ailleurs , que par ces moyens artificiels peu convenables les vers avaient été plutôt secoués qu’expulsés , et que c’était là précisément la cause des perturbations convulsives , attendu que les accès s’étaient seulement manifestés depuis cette époque.

Rien n’y fit; persistant dans son opinion, cette femme nous demanda de notre spécifique dont on lui avait vanté les propriétés. Nous lui en remîmes quelques doses , en lui déclarant naïvement notre doute sur le peu d’efficacité du remède, avant d’avoir détruit la cause principale du mal — l’état vermineux; comme nous le soupçonnions toujours. A l’accès ordinaire de huit heures du soir, elle en donna une dose au malade ; l’attaque n’eut pas lieu ; elle répéta , le lendemain, d’après nos prescriptions , la même indication ; mais l’enfant eut ce jour là un paroxysme plus long et plus violent que ceux qui s’étaient déclarés jusqu’alors. Voyant cela , la mère vint encore nous trouver ; nous lui remîmes cette fois-ci un vermifuge ; puis , nous ne la revîmes plus d’un mois , lorsqu’elle vint nous consulter pour sa fille , âgée de seize ans, atteinte de fièvre intermittente. Gomme elle ne nous parlait pas de son petit garçon , nous lui demandâmes quelle avait été la marche de la maladie ; elle fut alors fort étonnée et ne sut comment s’expliquer, qu’on ne nous eut pas encore informé de ce qui s’était. passé. « Vous aviez raison, s’écria- » t-elle , mon enfant avait des vers ! » Et joignant alors les deux mains en creux , elle nous dit que les ascarides^ rendus par son fils auraient à peine été contenus là-dedans ; ajoutant que , à dater de ce moment, l’enfant se trouva mieux et qu’il n’avait plus eu d’attaques.

1 Voyes T. VIII. Commentaire CCGXIIl.

’ Voyez T. VIII. Commentaire CCCXIV.

PATHOLOGIE TRES-SPÊGIALE. 469

A ces deux premières observations , qiTon nous permette d’en ajouter une autre sur une guérison d’épilepsie, dont les conséquences furent un autre état morbide plus gravé encore que le haut mal.

III Un jeune homme appartenant à une très-honorable famille, composée de nombreux enfants , se destinait au commerce. Dans ce but, ses parents l’envoyaient à un marché célèbre, où les habitudes locales et nullement civilisées favorisent non seulement la loquacité, mais encore la plaisanterie grossière, Il arriva donc que notre jeune homme, d’un caractère sérieux, peu volage, d’une éducation très-distinguée, toujours habitué aux grandes manières, se trouvant tout à coup transplanté dans un genre de vie bien différent, au milieu de mauvais plaisants , de domestiques, de commis et d’hommes de la lie du peuple , fut sans cesse en butte à leurs railleries et n’eut à subir, au lieu des commodités de la famille , que des contrariétés, des insomnies, des inquiétudes et des occupations pénibles ou peu honorables. Il souffrait tout sans se plaindre et imposait silence à son indignation, lorsque, ayant un jour cédé à un violent transport de colère , il tomba tout à coup dans une attaque d’épilepsieU Les médecins furent appelés ; mais , les secours de l’art n’aboutissant à rien , les parents du jeune homme le rappelèrent auprès d’eux. Un certain maître d’école de nous ne savons plus quel village se présente alors comme guérissant l’épilepsie au moyen d’un remède secret qu’il avait été , dans sa jeunesse , chargé de transcrire pour une dame autrichienne et dont sa mémoire avait retenu la formule , afin de s’en servir au besoin. Les parents du malade ajoutèrent foi à ce charlatan qui leur apporta, dit-on, un médicament dont la base principale était de la teinture de lune"^. Qu’ajouter à cela?... Toujours est-il que l’épilepsie s’amenda peu à peu et finit même par disparaître complètement au bout de trois mois; mais le [patient n’en demeura pas moins dans une espèce de langueur, d’engourdissement et de demi-stupidité. Deux mois s’écoulèrent ainsi , lorsque la stupeur, s’accroissant de plus en plus , apparut accompagnée de tournoiements de tête qui tenaient du vertige ; notre jeune homme encourut alors une aliénation mentale qui ten-

' Voycs T. VIII. Commentaire CCCXV.

* Voycs T. VIII. Commentaire CCCXVI.

dait à grands pas vers une violente folie maniaque. Il ne fut plus possible de faire prendre désormais d’autres remèdes au malade qui , réellement atteint d’une grave consomption hectique, succomba au bout de trois mois à toutes ses souffrances.

Nous pourrions rapporter encore plusieurs faits du même genre, dans lesquels les meilleurs remèdes ont été sans efficacité, par suite de la négligence que l’on a mise à observer convenablement quelle est la cause continente c’est-à-dire matérielle de l’effet épileptique: comme aussi, par suite de l’imprudence dont on s’est rendu coupable en changeant le caractère de l’affection, on a vu d’autres maladies non moins sérieuses remplacer l’épilepsie avec une opiniâtreté et une gravité des plus dangereuses.

§ XX. Voici, à propos de l’invasion du paroxysme, deux conditions dignes d’être remarquées : la première, c’est que les épileptiques ont un certain pressentiment de l’approche de cette invasion (il en est cependant qui en sont instantanément frappés, en sorte que, après l’attaque, ils n’ont aucun souvenir du fait, si ce n’est qu’ils en jugent par les conséquences ultérieures) ; la seconde, c’est que certains épileptiques éprouvent dans l’attaque de violentes et profondes secousses, tandis que d’autres ne subissent au contraire que des commotions lentes et se rapprochant du caractère du tétanos, c’est-à-dire imprimant aux membres une tension en ligne droite : « das sie voie ein stüch holt% starren. »

§ XXI. Ces deux circonstances sont on ne peut plus lavorables à l’application heureuse du remède infaillible dont nous faisons usage. La vertu, en effet, de ce spécifique est surprenant, si on l’administre à l’a[)prochc de 1 attaque, dans le but surtout d’arrêter la violence ou les efforts du paroxysme; il y a même à son sujet une parti-

cularitc frappante, c’est qu’il ne faut pas, sous peine de perdre son temps, faire consister l’énergie de ces sortes de médicaments dans une efficacité quelconque contre les matières morbides ; car, dans le remède en question par exemple, il n’entre qu’en très-petite quantité d’une substance très-lente à se dissoudre, mais dont l’effet est si prompt que, à l’instant même, il arrête le paroxysme sur le point d’éclater^ Néanmoins, si on l’administre, à quelque dose que ce soit, du reste, en dehors des moments opportuns, il perd toute sa vertu et paraît en quelque sorte étranger, soit à l’affection, soit à son effet habituel. Au contraire, lorsque l’on est très-attentif à saisir l’heure propice, pour en donner au patient quelques grains seulement, cela peut suffire pour extirper radicalement le mal ; en sorte que, malgré la fréquence antérieure des attaques — fussent -elles quotidiennes — , l’épileptique en est pour toujours délivré, sans crainte de retour, à cette condition cependant qu’il évitera les occasions capables de réveiller en lui la funeste disposition aux convulsions de l’épilepsie : occasions du reste qui, par leur violent concours, peuvent, même dans une constitution saine jusque-là, provoquer intégralement tous les phénomènes tragiques de cette triste maladie.

§ XXII. Il importe encore de faire remarquer ici quelle est la puissance de V habitude ddins, l’épilepsie ; c’est, en effet, à une cause semblable que l’on doit principalement attribuer la permanence opiniâtre du retour ultérieur des accès dont l’obstination est telle que, chez les adultes par exemple, le mal — c’est un fait certain — ne les quitte presque plus.

Toutefois, lorsque l’affection apparaît dès la première enfance, les sujets qui en sont atteints en perdent plus facilement l’habitude, en arrivant à l’âge de la puberté^

' Voyez T. VllI. Commentaire CCCXVll.

» Voyez T. VIU. Commentaire CCCXVIIl.

47? OEUVUlîS DE STAHL.

(nous avons sur ce point le témoignage de la plus haute antifjuité). A cette époque de la vie, d ailleurs, 1 aine subit de nouvelles modifications, oublie ses anciennes habitudes et s’en dégoûte spontanément ; circonstance dont il faut bien tenir compte.

§ XXIIL A notre avis, la raison causale de l’épilepsie doit être placée dans une certaine intention naturelle et générale d’excussion qui ne peut s’effectuer que par des mouvements congestifs, excréteurs et tendant à une espèce d’élimination. D'où il suit que, si les états pathétiques de l’âme ont autant de puissance pour une première excitation du mal que pour le rappel et l’exacerbation plus grave encore du paroxysme, il n’en faut pas moins assigner, dans la production de ces phénomènes, une grande responsabilité à ces sortes de causes matérielles qui ont pour raison formelle le but final et respectif d’une secousse corporelle. Ainsi, les difficultés de la première dentition, l’éruption de la variole, la menstruation, les vers, la surexcitation des appétits vénériens sans éjaculation, sont une source réelle d’accidents épileptiques ; non que ce soit le fait simplement d’une activité matérielle, d’une stimulation et d’une impulsion naturelles, mais bien plutôt du but final en vue duquel doivent être expulsées ou éliminées par le mouvement les matières morbifiques. Ceci mérite, à tous égards, considération.

Gomme il n’est pas rare de voir des attaques d’épilepsie se terminer et arriver à la guérison par l’éjaculation spermatique , nous allons rapporter l’exemple d’un jeune homme de vingt-six ans qui, depuis quelques années déjà, était tourmenté par un genre de souffrances autres que l’aflection épileptique.

11 était tombé (en quelque sorte à l’improviste) dans une espèce de délire plutôt maniaque que mélancolique. Loin de le plonger dans la tristesse , la rêverie et la timidité , cette lobe le rendait au contraire hardi , loquace , criard , provocateur et toujours en train de s’évader ; ee qui était opposé à

ses habitudes et à son naturel doux , paisible et modéré en paroles. Or, son état d’indigence ne permettant pas à ses parents d’avoir quelqu’un pour le garder , on fut obligé de l’attacher. Il y avait donc un mois à peu près qu’il vivait ainsi dans cet état de contrainte , qu’il s’agitait dans des efforts extraordinaires , pour essayer une lutte à force ouverte, et qu’il entrait dans des fureurs excessives, en voyant qu’il n’avançait rien, lorsque l’épilepsie fit un jour explosion non seulement avec une violence extrême , mais encore avec une opiniâtreté de paroxysme qui dura une heure entière. Les attaques se renouvelèrent même si souvent qu’il en était assailli deux , trois , quatre fois dans une seule nuit. Enfin , il arriva que , dans le plus fort de l’accès , la verge entrait en érection et il s’ensuivait , dans l'intensité de l’irritation , une éjaculation spermatique ; après quoi , le paroxysme se calmait. Il est même à remarquer que , depuis cette époque , , les attaques naguère fréquentes , longues et importunes , devinrent de plus en plus rares et paisibles : hors les cas cependant où une semblable pollution se renouvelait, car alors les attaques étaient moins courtes et plus douloureuses.

Tous ces désordres d’esprit et de corps diminuèrent ensuite d’une manière insensible , quoique lentement , jusqu’à la fin du quatrième mois ; mais le malade ne fut complètement rétabli que six mois après l’époque où le délire avait fait invasion.

§ XXIV. Il ne faut pas non plus rejeter complètement, dans ce genre d’affections, l’énergie des impressions produites par maléfice ou par quelque sortilège. On entend chaque jour, en effet , raconter des histoires sur la manière dont certaines personnes ont été atteintes d’épilepsie , après avoir mangé des aliments ou des friandises qui leur étaient offerts par des individus suspects. Parmi ces personnes , les unes sont tombées tout à coup , les autres peu à peu dans cette grave maladie. On a vu aussi de jeunes filles, après la suppression de leurs règles et sousl’inlluencede plusieurs états pathétiques de l’âme tout à fait extraordinaires par suite de maléfices, tomber enfin

dans des convulsions épileptiques , d’une violence toute particulière. Il est bon de mentionner ici quelques exemples sur ces phénomènes :

Le fils d’uii trompette de la Cour, âgé de onze ans environ, reçoit l’ordre , au moment de souper, d’aller chercher de la bière dans un cellier sénatorial voisin de la demeure de son père. En passant sous un portique un peu obscur, il rencontre une petite vieille qu’il ne connaissait pas et qui lui adresse ces paroles : « n’es-tu pas le fils du trompette ? » Sur la réponse affirmative de l’enfant, elle lui présente un billet à l’adresse de sa mère , disant qu’elle aurait bien voulu le lui remettre elle-même , mais qu’elle aimait mieux lui confier cette commission. L’enfant descend au cellier , prend de la bière, l’apporte à son père et annonce en même temps à sa mère qu’il a un billet à lui remettre. Il s’empresse alors de le chercher dans sa poche, mais il ne le trouve plus. Gomme il faisait de minutieuses recherches, il est tout à coup saisi d’une violente attaque d’épilepsie : taisons remarquer que l’enfant n’y était pas sujet et que cette maladie lui était absolument ineonnue. Les parents, les amis, tout le monde fut effrayé; mais il ne vint à l’idée de personne qu’il y eût là-dessous quelque chose de suspect. Le jeune patient eut néanmoins à subir, durant trois années consécutives, les plus graves et les plus fréquentes attaques d’épilepsie.

Or, à la même époque , une petite vieille femme , de la lie du peuple , était accusée de se livrer aux maléfices et d’avoir causé de grands préjudices à beaucoup de personnes qui en avaient préalablement subi les menaces. L’affaire fut sérieusement examinée et on procéda régulièrement à l’instruction du procès; cette misérable avoua tout, et, d’après ses aveux, elle fut condamnée au supplice. On allait l’exécuter , lorsqu’elle déelara encore qu’elle avait, depuis déjà quelques années , jeté sur un enfant, le fils du trompette , un sort magique sous l’apparenee d’un petit billet qui disparut et'que le diable lui avait remis à elle-même ; que c’était là, du reste, la vraie cause des attaques épileptiques. L’enfant se vit enfin délivré de l’épilepsie, mais ce ne fut pas immédiatement après le suppliée de la sorcière. Il existe encore d’autres exemples de ce genre, à propos de billets pliés en forme de lettres et ne

contenant rien , lorsqu’on en rompt le cachet pour les lire. Les imprudents qui s’y laissent prendre sont subitement frappés de violentes attaques d’épilepsie.

Mais voici un cas étonnant à' imprécation. Deux voisins qui n’entendaient pas la plaisanterie eurent entre eux une discussion et une rixe des plus injurieuses, La querelle avait été particulièrement provoquée par leurs filles déjà pubères. Le père de l’une d’elles , chasseur et homme grossier, se mit à insulter de la façon la plus indigne la fille de son adversaire et lui souhaita le mal caduc , avec une imprécation formulée par sa volonté et vomie par sa bouche impure ; d’après les abominables coutumes des gens de ce pays qui ne craignent pas de jeter de semblables malédictions sur leurs enfants. Effectivement , la pauvre fille fut saisie d’une violente épilepsie , dont l’accès se prolongea plusieurs heures : ce qui fit craindre pour sa vie.

Pour revenir à notre petit jeune homme , nous devons dire que , malgré la diminution sensible de la maladie , elle ne se calma néanmoins tout à fait que deux ou trois ans après le plus fort du mal. Il vécut dans la suite en bonne santé , bien qu’il eût appris de son père à jouer de la trompette dont l’exercice fatigue beaucoup la tête , surtout dès le commencement; mais il n’en résulta pour lui aucun préjudice.

§ XXV. A dire vrai , le fait des maléfices et des incantions est si inexplicable qu’on ne peut rien préjuger de vraisemblable sur l’influence de pareilles manœuvres ; à moins de supposer qu’il y a un rapport très-générique entre les intentions les plus caractérisées de l’ame et les impressions idéales ou les mouvements vitaux^.

En tout cela cependant, le lien de communication, soit à distance , soit par un symbole corporel quelconque , n’est nullement à la portée de l’intelligence.

§ XXVI. Si l’on jette maintenant ses regards sur cette circonstance particulière aux convulsions épileptiques , savoir : comment il se fait que les attaques de ce mal correspondent lien souvent de la manière la plus

' Voyes T. VIIT. Goiiinientaire CCCXIX.

exacte aux principales phases de la lune?^ ou admettra aisément que, malgré l’incontestable notoriété du phénomène, sa raison théorique et scientifique n’est rien moins qu’évidente.

Si nous invoquions , en effet , à cet égard , cette vaine formule qui prétend que la lune , par son influence , domine le mouvement humoral, préside aux fonctions cérébrales et agit par conséquent sur le système nerveux, sur les esprits animaux, etc. , il résulterait que l’action particulière des phases lunaires soulèverait , d’après ces aperçus futiles , cette autre objection, savoir: pourquoi cet astre déploie-t-il une influence si caractérisée sur des points déterminés de l’espace et du temps?... Si, basé seulement sur l’expérience , on nous répond qu’une pareille propriété est naturelle à la lune, il se présente encore une autre difficulté : c’est que les convulsions épileptiques ne correspondent. pas toujours d’une manière rigoureuse aux phases haMtuelles de cette planète. Parfois au contraire les symptômes de l’épilepsie se manifestent indistinctement et avec autant d’exactitude, pendant les jours qui précèdent la mutation astrale, que durant l’époque précise des phases.

Aussi, un pareil phénomène restera-t-il longtemps impénétrable et enveloppé de mystères. 11 faut néanmoins se tenir perpétuellement en garde contre une erreur plus grave encore relativement à une chose qui est du domaine propre de la raison : nous voulons dire que , par le motif seul que nous ne comprenons pas suffisamment comment ces faits ont lieu , il ne faut pas conclure de là à leur non existence.

§ XXVIÏ. Ce qu’il nous est permis de concevoir clairement, à propos de l’épilepsie, c’est la conspiration mutuelle qu a , dans ces cas morbides , la volonté pathétique

' Voyes ï. Vin. Coniinentaiœ CCCXX.

(nullement contemplative ni rationnelle^, mais dirigée seulement d’après une idée — nullement rationnelle non plus — de plaisir ou d’aversion, dans le but d’effectuer les mouvements intentionnels de la nature) avec le caractère même de ces mouvements ainsi qu’avec leur convenance essentielle et leur énergie causale.

§ XXVIII. Il est donné à tout le monde de trouver la méthode la plus naturelle pour se rendre à soi-même compte de toutes ces circonstances , si l’on est dans le cas d’expliquer la raison essentielle et efficiente des perturbations anxieuses, des mouvements exclusivement vitaux qui s’exécutent chez l’enfant , encore dans le sein de sa mère , lorsque celle-ci éprouve , à la vue d’un chat , par exemple , une vaine terreur ou une crainte mêlée d’anxiété. C’est en effet par suite de ces impressions congéniales que l’enfant devenu homme éprouvera , (toutes les fois qu’il sera dans une chambre où un chat est enfermé) , les mêmes perturbations dans ses mouvements vitaux que la mère qui l’a mis au monde*^. A bien apprécier le fait , ces perturbations sont , si l’on veut , chose vaine en elles-mêmes , mais elles n’en sont pas moins la conséquence ordinaire d’un profond et violent état pathétique de l’âme affectée par une crainte souverainement inquiète. Qui plus est , le même individu ressentira , à la vue d’un chat, non seulement ces émotions perturbatrices du mouvement vital , mais encore une agitation d’esprit telle que , il n’y a pas à en douter, il est réellement sous l’empire tyrannique de cette crainte absurde.

Nous nous abstiendrons de parler ici des mille théories différentes , vaines et ridicules , que l’on fait sur de semblables aversions et désirs ; théories qui, néanmoins, par le fait , sont positives, , d’une notoriété reconnue,

* Voyeg T. VIII. Commentaire CCCXXI.

’ Voyeg T. VIII. Commentaire CCCXXII.

478 OEUVRES DE STALH.

d’une grande importance par consé(iuent et parfaitement propres à dissiper toutes les difficultés spéculatives de cette espèce. C’est là une chose qu’il importe de ne pas perdre de vue.

§ XXIX. Quant aux convulsions qui viennent se joindre à d’autres affections, déjà en pleine activité, elles peuvent d’autant mieux revendiquer une origine à peu près semblable , qu’elles proviennent , sans contredit, du but final que se propose la nature en vue d’une excussion difficile et rebelle , mais se trouvant mise en jeu par une contention et un effort d’irritation , de crainte ou d’anxiété. Ce qui rend ici la question plus aisée à résoudre qu’à l’ordinaire , c’est que , individuellement parlant, les personnes les plus sujettes aux convulsions sont en général celles qui sont le plus prédisposées aux violents transports de colère et aux émotions craintives de l’âme ; le contraire a lieu , chez les personnes dont te caractère naturel et les mœurs habituelles sont plus libres , plus calmes et plus régulières.

§ XXX. A ce point de vue , se sont répandues avec une étonnante facilité , les traditions les plus vaines touchant V acrimonie d’une matière morbide , capable par sa nature d’atteindre le système nerveux , de le surexciter et de provoquer par là ces vives perturbations tant morales que corporelles. Mais une fiction aussi grossière n’est nullement en harmonie avec les diverses circonstances de temps (à moins que ses fauteurs ou ses auteurs ne la présentent sous un jour plus favorable , en renonçant à admettre les raisons temporaires d’après lesquelles les convulsions épileptiques se déclarent à des périodes indicatives ou critiques de mauvais augure) : quoi qu’il en soit, une opinion de cette nature ne saurait avoir le moindre rapport de connexité avec Vinfréquence merveilleuse et relative de Vaccident des convulsions.

Pour ne pas renvoyer ailleurs les preuves de (3ette rareté, nous donnerons comme document et témoignage, l’exemple de tant de milliers d’enfants du peuple et de la campagne qui se sortent parfaitement de la variole , de la rougeole , etc. , non seulement , sans éprouver la moindre convulsion , mais encore le moindre désordre dans l’administration calme des mouvements sécréteurs et excréteurs ; ce sont plutôt les enfants des villes qui , par les perturbations inopportunes de l’art , tombent dans tous les troubles de la colère, de la crainte ou de l’anxiété et donnent le triste spectacle de ces convulsions. Nous pourrions citer enfin un grand nombre d’individus chez lesquels les fièvres de tout genre ont une issue salutaire ou funeste, sans être néanmoins suivies d’aucun symptôme convulsif, si ce n’est à l’article de la mort^

§ XXXI. Une chose qui mérite ici une appréciation bien différente, c’est cette circonstance, savoir: que toutes les affections, jointes à des ébranlements profonds dans les mouvements vitaux, ont, lorsque leur terme fatal doit être la mort, pour funeste et dernier cortège les convulsions. Parfois, cependant, ces convulsions sont si faibles, si courtes surtout, que l’on ne peut nullement concilier la raison d’être de ces circonstances avec ces fictions fantastiques, étayées sur une acrimonie morbide altérant le système nerveux ou sur une surexcitation stimulante poussée on ne sait comment dans l’appareil des nerfs eux-mêmes ou dans l’économie des mouvements — n’importe lesquels! — qui s’exécuteraient d’une manière toute mécanique plutôt qu’en vue d’une destination quelconque.

Par contre, ce qui semble répondre d’une manière beaucoup plus satisfaisante à la question , c’est que la

• rayes T, VIII. Commentaire CCCXXIII.

nature, désespérant dê l’efficacité de ses tentatives ordinaires, fait un suprême effort et déploie toute son énergie pour opérer une secousse salutaire par des mouvements plus violents : que si cette entreprise dernière demeure sans effet, inutile et incapable d’aucun résultat sérieux, la nature renonce alors forcément et avec raison à essayer tout autre moyen.

§ XXXII. Nous trouvons au reste à peu près superflues les distinctions historiques d'emprosthotonos, d’opisthotonos et de tétanos, qui indiquent seulement dans quel sens les contractions convulsives agissent sur le corps, mais qui ne sont d’aucune utilité réelle soit pour le discernement des causes, soit pour une connaissance plus exacte des conséquences ultérieures.

Il est encore douteux, en effet, que le danger des convulsions soit en raison directe de leur violence ou de leur intensité. C’est une chose au moins singulièrement équivoque; car on voit autant de personnes mourir à la suite de convulsions très-légères qu’il en meurt par suite de convulsions extrêmement graves.

§ XXXIII. Qu’omnous permette encore quelques con-^ sidérations touchant la pathogénie, le pronostic et la thérapeutique de ces états morbides :

1 " Les convulsions les plus funestes sont celles qui surviennent plutôt au déclin de la maladie qu’à sa période d’augment ;

Les convulsions qui se déclarent pendant l’adolescence, pour ne pas dire l’âge adulte, dans le cours des atfections aiguës, sont plus pernicieuses que celles qui sont le lot de la première enfance ;

3“ Les convulsions dangereuses sont encore celles qui s acharnent avec une violence inouïe sur les adultes ; mais il n’en est pas de même pour les tout jeunes enfants — contrairement à la vraisemhlance

générale des choses, s’il fallait du moins en juger par l’âge tendre et la complexion délicate des sujets qui supporteraient à peine ces sortes de violences , tandis que c’est l’opposé qui devrait avoir lieu ;

4" Les convulsions les moins périlleuses sont celles qui attaquent les individus sujets aux accès épileptiques, en dehors de toute maladie aiguë ; en d’autres termes, ces convulsions sont moins fâcheuses que celles qui éclatent, avec violence d’ailleurs, sans se faire annoncer, pour ainsi direL

§ XXXIV. Mais, jusqu’à ce jour, la théorie universelle de ces divers phénomènes a été trop stérile pour qu’il soit convenable de nous y arrêter plus longtemps ; ce qu’il y a seulement de bien certain, c’est que les convulsions symptomatiques et tous les autres symptômes de la même catégorie — aussi longtemps qu’ils sont de vrais symptômes — ne sauraient être traités d’une manière plus prompte, plus sûre, plus certaine, que par l’amendement de l’affection primordiale, par son retour général à une marche plus régulière ou par sa direction spéciale vers une issue salutaire, d’après la circonstance même qui l’a plus particulièrement soumise à l’action des convulsions, lesquelles ne sont, à vrai dire, que des surexcitations trop violentes des mouvements excréteurs ou que des manifestations embarrassées et défaillantes de ces mêmes mouvements, quelles que soient du reste leurs tendances.

En réalité, pourtant, la première raison causale du mal consiste principalement dans des mouvements qui, par leur intensité croissante, approchent beaucoup des convulsions; la seconde a trait, au contraire, aux défectuosités de ceux dont l’exécution est trop lente. Ce serait donc en vain que nous tenterions d’exposer ici une

* Voyeÿ T. VllI. Commentaire CGCXXIV.

théorie plus utile et plus adéquate à son objet que celle

que nous venons d’esquisser à longs traits.

Des douleurs spasmodiques, arthritiques et goutteuses.

§ I. Nous avons déjà donné plus haut toutes les considérations générales qui se rattachent aux douleurs nerveuses de nature arthritico-goutteuse : nous allons traiter ici la même question à un un point de vue particulier.

On entend généralement par arthrite^ une douleur qui, dans quelque région corporelle qu’elle se localise , affecte profondément, avec une opiniâtreté remarquable, les membres et les articulations. Considérée sous un rapport plus spécial , cette affection attaque de préférence les articulations des parties supérieures du corps et , dans le sens strict du mot , y détermine des souffrances aiguës et opiniâtres.

§ II. Mais ce ne sont pas seulement de simples douleurs particulières , qui , au fond , constituent toute l’affection arthritique : ce sont au contraire de vrais débuts plutôt que des préludes de l’arthritis , ces douleurs spéciales qui font éprouver aux patients des sensations sourdes et obtuses dont les conséquences successives se traduisent par des exacerbations de plus en plus véhémentes ! Toutefois , comme ces premières atteintes arthritiques ou arthritoïdes sont non seulement assez ordinaires , mais qu’elles présagent encore une arthrite beaucoup plus intense, on peut dire que c’est en ce sens qu’elles appartiennent à la véritable histoire et aux liens mutuels des causes avec leurs effets. Leur description

' Voyei T. VIllI. Commentaire CCCXXV.

réelle est donc d’autant moins à négliger , que la chose est presque du domaine vulgaire.

§ III. Evitons surtout cette confusion qui paraît quelquefois en scène sous le masque d’une distinction rigoureuse , faite pour établir des différences forcées entre le rhumatisme et l’arthritis , alors que ce sont au contraire deux affections subordonnées. Au reste , de même que la chiragre, la gonagre et la podagre ne sont, au fond que l’arthrite elle-même localisée sur certaines parties du corps ; de même aussi , ces états morbides font facilement prendre le change aux personnes qui ignorent quelle est la vraie raison fondamentale de la nature de ces maladies ; au point quelquefois de leur faire regarder l’arthrite, dans le vrai sens du mot, comme le lot ordinaire des jeunes sujets, et la podagre , comme l’apanage habituel , quoique d’une fréquence moins grande , des individus plus avancés en âge.

g IV. Nous avons déjà indiqué , d’une manière générale , que les affections rhumatismales et arthriticogoutteuses attaquent de préférence les constitutions fleuries , les complexions trop spongieuses et les tempéraments pléthoriques , ceux notamment chez lesquels le sang éprouve de vives commotions.

De là , cette opinion traditionnelle que la podagre incombe principalement à ceux qui s’abandonnent aux emportements, à l’abus des boissons alcooliques et des plaisirs de Vénus. Ce sont là des vices qui ont moins d’empire sur la classe indigente que sur les riches, chez lesquels l’abondance de toutes choses ouvre un facile accès à ces dégradantes passions.

Il faut aussi, dans une pareille étude , tenir compte de la diversité des temps et des lieux , causes réelles de la différence des phénomènes morbides ; tandis que , au point de vue des conditions essentielles , ce n’est qu'une seule et même chose.

g V. Mais l’exposé historique et vrai de l’atlirite nous la fera mieux comprendre eneore. Nous connaissons déjà les conditions générales inhérentes à une constitution pléthorique, adipeuse, spongieuse et sujette aux commotions. Nous avons démontré , surtout dans l’etude consacrée à la sciatique, ce que peuvent ici et la prédisposition héréditaire et les agitations soit accidentelles , soit hahituelles de turgescence , de translation et d’évacuation humorale.

A cet effet, nous ajouterons que l’arthrite proprement dite choisit ses victimes parmi les personnes jeunes , de la vingtième à la quarantième année. Elle envahit de préférence les parties supérieures du corps, c’est-à-dire, d’après l’opinion commune , les régions scapulaire , axillaire , humérale et brachiale , auxquelles nous joignons une partie déterminée de la tête, la nuque, toute la région cervicale, principalement le milieu de la région dorsale ou thoracique postérieure et les deux côtés antérieurs de la poitrine ; car il faut rattacher à l’arthrite , Vhémicranie , la pleurodynie et les affections rhumatismales de la région cervicale, de même qu’on assigne à la néphrite les douleurs dorsales et lombaires ^

§ VI L’Ecole décline son incompétence, lorsqu’elle désigne sous le nom d’arthrite vague tant les douleurs qui exercent leur action dans les genoux , les pieds , les orteils , les mains et les hanches , que celles qui sont localisées dans les régions supérieures du corps. Or, comme l’arthrite vague ou erratique des parties libres de l’organisme a ses autres circonstances à peu près communes avec celles de la podagre , nous allons faire d’abord l’historique de cette affection.

g VIL L’arthrite vague attaque également les sujets a complexion trop spongieuse , les tempéraments sanguins , bilioso-sanguins ou même légèrement lympha-

’ Voyez T. VIII. Commentaire CCCXXVl.

tiques (mais tous à l’état pléthorique) ; elle est déterminée par ees agitations fortes qui ébranlent le corps , habitué d’ailleurs au repos, par les excès de vin et par les passions effrénées de l’âme , poussant la nature à des efforts d’excrétion. Cette affection est régulièrement le funeste privilège de l’âge viril ou d’un âge encore plus avancé ; mais elle apparaît notamment après une jeunesse trop bouillante et orageuse, pleine de vigueur et passée dans la bonne santé ; à moins qu’à cette époque , on n’ait éprouvé des ébranlements excrétoires de la masse sanguine , des hémorrhagies ou tout au moins des congestions et des contentions spasmodiques tendant à cette destination naturelle. Les saignées pratiquées avec opportunité dans une constitution nettement pléthorique ont en pareil cas les mêmes conséquences ; mais si l’on néglige imprudemment dans la suite de semblables allègements (bien qüe la plénitude de la santé se maintienne toujours) on laisse le champ libre à l’action permanente, pour ne pas dire croissante des stimulants pathétiques dont nous venons de faire mention.

§ VIII. A vrai dire , il y a variation dans le mode , le mouvement et le siège de l’affection : ainsi , chez les uns , elle va des parties supérieures vers les parties inférieures de la hanche ; c’est-à-dire de la tête du fémur ou du fémur lui-même vers le genou d’abord, et se dirige ensuite vers le pied ; chez d’autres , le mal part au contraire du bas des pieds, du gros orteil , et même de sa dernière articulation , appelée par les Allemands den ballon , à cause de sa texture plus dense , plus ferme et de sa ressemblance avec un nœud. Indépendamment de ces variations, l’arthrite vague se greffe bien souvent dans une partie quelconque des membres inférieurs, à partir de la cuisse jusqu’aux pieds.

g IX. Pendant le cours de cette maladie , il se mani-

feste habituellement tantôt une sensation continuellement importune , tantôt une douleur (juelcomjue. Chez certains individus, cette douleur est vive, vibratile, aiguë, pongitive, parfois même profondément lancinante, si atroce enfin qu’elle ne laisse au patient aucun repos et lui arrache des gémissements, quelquefois même des cris. Chez d’autres, au contraire, notamment dans les tempéraments lymphatiques, la douleur est sourde, obtuse et n’occasionne pas des plaintes sérieuses , si ce n’est qu’elle provoque la stupeur, l’appesantissement et l’impuissanee. Si le malade ne peut retenir ses gémissements , c’est une preuve que la sensation douloureuse est plus aiguë et qu’il éprouve la même souffrance que si des aiguilles ou des crins piquants lui perçaient la plante des pieds. Or, plus la sensation est aiguë , plus elle mérite en un mot le nom de douleur , moins sont apparentes les autres altérations externes , soit de la couleur, soit de la chaleur, soit enfin du gonflement de la partie malade. Cela nous rappelle avoir vu des patients qui ne craignaient pas de frapper avec le poing le genou où ils éprouvaient une vive sensation intérieure de douleur, sans augmenter le moins du monde la souffrance.

§ X. Une chose tout à fait remarquable que Sydenham a observée lui-même sur sa propre personne ' et qui est également vraie pour les individus dotés de vaisseaux sanguifères de capacité trop grande, c’est que \e& préludes ou les premiers débuts du paroxysme goutteux se traduisent par le gonflement visible des vaisseaux sanguins qui longent le tibia. Ajoutez à ce symptôme une pesanteur notable ou , pour mieux dire , un vrai sentiment de tension vers le bas du fémur, accompagnée d’une compression ou resserrement des parties musculeuses , avec une eouleur plus pâle et une chaleur presqu’insensiblc.

* Voyeg T. VIII. Commentaire CCCXXVII.

§ XI. Les personnes d’une texture lâehe et molle, d’un tempérament phlegmatico-sanguin sont exposées à voir, sous l’influenee de douleurs sourdes et simplement gravatives, la partie affeetée se gonfler énormément et la tumeur, de forme œdémateuse le plus souvent, gagner même tout le membre. Mais, chez les tempéraments qui tiennent le juste milieu de cette constitution trop spongieuse , la tumeur ne se déclare que lorsque la violence de la douleur s’apaise ; on dirait même que l’apparition de la tumeur diminue ou calme cette souffrance. En ce dernier cas, le gonflement est ordinairement rougeâtre ; il devient même quelquefois si rouge qu’il prend l’apparence de V érysipèle : ce qui, en dehors des opinions anciennes , a fait penser à certains praticiens que la podagre et l’arthri te sont des affections inflammatoires^; confondant ainsi non seulement les affections arthritico-spasmodiques avec les affections rhumatismales congestives, mais encore les chaleurs stagnatoires avec l’ardeur vraiment inflammatoire des hémostases , en décrivant le tout sous le nom de rhumatisme.

§ XII. Qu’à la recrudescence des accès de la podagre viennent se joindre certaines circonstances généralement regardées comme des symptômes de fièvre ; que ces perturbations fébriles forment le cortège d’une podagre dérangée dans sa marche ou mieux à l’état de rétropulsion, voilà deux choses qui n’étonneront pas le moins du monde quiconque connaît à fond le caractère universel des appareils fébriles servant à ordonner convenablement par des resserrements spasmodiques les directions des mouvements excréteurs et traînant après eux , par une conséquence mécanique, des manifestations alternatives d’échauffement et de refroidissement®.

^ Yoyes ï. VIII. Commentaire CCCXXVIII.

’ Voyes T. VIII. Commentaire CCCXXIX.

§ XIII. Si l’on veut donc se donner la peine d’établir une distinction habile entre les commotions antécédentes et les commotions conséquentes , entre les directes et les indirectes , il sera facile de découvrir ce qui , sans ces conditions, serait demeuré à l’état de mystère.

Rigoureusement parlant, en effet, il est impossible que ces alternations vagues et variées des mouvements internes — de la chaleur par conséquent — ne soient pas les résultats ordinaires et naturels de l’inégalité de ces resserrements toniques auxquels on attribue avec raison ' les tiraillements qui tourmentent les membres dans leur ensemble et les motitations^ tonico-vibratoires (mouvements subtils et variés) dont la subtilité indispose les malades. Ce qui favorise principalement de tels phénomènes pathologiques , ce sont ces inquiétudes et ces impatiences qui rendent de plus en plus acerbes les symptômes du mal , en augmentant l’agitation du sang et les palpitations du cœur. Aussi , est-ce parfaitement perdre son temps, que de supposer ou d’admettre dans la podagre, si ce n’est d’une manière consécutive, quelque participation intime des mouvements fébriles. Mais il faut bien se garder de négliger , par exemple , le funeste privilège que possède cette affection de faire habituellement que les souffrances causées par elle à l’extérieur provoquent de grandes perturbations à l’intérieur.

§ XIV. Nous avouons que plusieurs praticiens ont déjà mentionné cette observation ; c’est pourquoi, loin de nous attribuer ici une gloire exclusive , nous admettons que les pathologistes ont une connaissance suffisante des maladies qu’ils ont étudiées dans leurs plus petits détails. Toutefois, l’expérience de ces choses est bien souvent plus familière aux hommes qui vivent en dehors du domaine medical qu’aux habitués du sanctuaire. Une

^ Seul terme capable de traduire le mot latin, motitationes.

circonstance enfin que l’on peut prouver jusqu’à l’évidence, en se guidant plutôt sur l’observation populaire que sur les interminables considérations des médecins dont elle s’éloigne énormément, c’est que : les personnes encore jeunes qui souffrent de la podagre vivent moins longtemps ou n’arrivent jamais à une verte vieillesse^ .

§ XV. Confessons-le franchement ; nous ignorons si , parmi les écrivains pratiques , il en est un qui ait , nous ne disons pas démontré , mais noté seulement (comme une chose digne, au point de vue de l’affaire en question, des plus sérieuses considérations et parfaitement apte à nous dévoiler le lien causal , la conspiration mutuelle , la connexion normale des phénomènes pathologiques) cette circonstance qui se réduit à savoir à quels effets ou résultats morbides sont dans la suite exposés les podagres trop précoces? par quels sentiers enfin ils voient s’introniser chez eux ces affections qui lès tourmentent le reste de la vie et qui les conduisent finalement au tombeau ? Nous le répétons, parmi les classiques à l’opinion desquels nous n’accordons pas l’autorité d’emporter d’assaut notre assentiment, mais seulement de captiver notre curiosité , il n’en est pas un, que nous sachions , qui paraisse avoir convenablement étudié ce fait (à l’exception d’une circonstance facile pour eeux qui ont l’intelligence du synchronisme , ou simultanéité phénoménale), bien loin de l’avoir suivi pas à pas dans toutes ses phases et d’en avoir indiqué les vrais rapports ou la connexité.

§ XVI. Or, cette connexité consiste en ce que les personnes atteintes delà goutte, dès leur première jeunesse, sont exposées : r à voir les paroxysmes de la podagre conspirer chez elles avee les souffrances hypochondriaques les plus véhémentes; 2“ à la rétrocession fâcheuse de l’affection arthritique, passant des membres aux parties

' Voyez ï. VIII. Commentaire CCCXXX.

intornes du corps ; 3° à éprouver, à la moindre occasion, sur les parties externes , les plus vives douleurs spasmodiques et même convulsives : 4® elles encourent alors facilement des engorgements intérieurs et des inflammations viscérales ; 5” elles se trouvent prédisposées aussi aux affections hydropiques, mais plus rarement, lorsque surtout l’élément phlegmatique prédomine dans leur constitution ; 6“ enfin, elles éprouvent d’une manière générique en quelque sorte des obstructions de viscères et , d’une manière plus générale, des congestions non moins subites qu’opiniâtres dans les régions internes de l’économie corporelle ^

§ XVIL Si, à ces circonstances historiques de la podagre , nous joignons le détail de quelques conditions moins ordinaires, il en résultera vraisemblablement certains traits de lumière pour faciliter V étiologie de cette affection.

Ainsi , il est un fait que le vulgaire lui-même n’ignore pas et qu’une prudente observation dégage de tous ses voiles , c’est que la plupart des individus atteints de la goutte sont en même temps sujets aux diverses affections hypochondriaques , lombaires, sciatiques, ainsi qu’à des souffrances hémorrhoïdales , népbritiques et calculeuses, parfaitement caractérisées.

§ XVIII. Mais ce qui est un peu moins connu du vulgaire et des médecins eux-mêmes , c’est que, si les tentatives hémorrhoïdales ou l’écoulement des hémorrhoïdes, passés déjà d’une manière quelconque à l’état d’habitude, viennent à être supprimés — la santé , du reste , demeurant assez florissante et le sujet n’éprouvant aucune éruption , congestion et constriction équivalentes ou analogues — , il n’est pas rare de voir survenir les douleurs sciatitiques , la gonagre et la podagre.

’ Voijeg T. VUl. Commentaire CCCXXXI.

§ XIX. Nous avons à donner de ce fait deux preuves historiques qui ont été d’autant moins puisées dans l’enseignement routinier de l’école médicale dogmatique ou plutôt didactique, que nous ne nous rappelons pas avoir jamais rien vu de relatif à cela dans lesauteurs classiques. La première , émise par Mouffet ^ (Théât. Insect. Liv. II, chap. 41 ) consiste dans un cas de podagre guérie radicalement par une application mensuelle des sangsues à la région hémorrhoïdale. — Nous pourrions joindre encore à cette observation d’autres citations que nous avons remarquées dans plusieurs auteurs , notamment dans Zacutus Lusitanus , ou que nous avons puisées dans nos propres expériences, et dont il a été question dans notre dissertation sur les sangsues.

g XX. La seconde preuve nous appartient en propre : c’est nous-même qui avons observé le fait ;nous ne le devons nullement à l’Ecole.

Cependant , nous en faisons un cas d’autant plus grand que ce fut précisément une considération plus attentive de ce phénomène qui commença à nous inspirer de la méfiance , pour les vains apparats de la pathologie vulgaire et que les procédés de la nature, ses lois , ses rapports de conspiration , etc. , furent pour nous , dans leur simplicité, un éclair de plus en plus lumineux.

Ce phénomène est le même que celui, dont nous avons parlé en traitant de la sciatique; il consiste — et c’est en cela qu’il est remarquable — en ce que l’habitude du

* Mouffet (Thomas), médecin anglais, né vers le seizième siècle, fit ses études médicales à l’université d’Oxford, parcourut ensuite l’Europe et fut enfin reçu docteur en Allemagne ou dans les Pays-Bas. Devenu médecin particulier du comte de Pembrocke, il consacra tous ses loisirs à l’étude de la médecine et notamment de l’histoire naturelle. Nous avons de lui plusieurs ouvrages sur l’Hygiène , sur divers sujets A’ Entomologie et des commentaires sur les œuvres d’Hippocrate : le plus remarquable est celui auquel .Stahl fait allusion ici et qui est intitulé : Insectorum, sive minimorum animalium theatrum. London. 1633.

flux hémorrhoïdal graduellement introduite dans l’économie dissipa radicalement, chez un malade, tant les douleurs sciatiques , que les pénibles souffrances alternantes de la podagre , de la gonagre et de la ehiragre , en sorte que le sujet en question non seulement ne vit plus reparaître ce cortège de souffrances , mais encore — ce qui ne peut faire du moins que d’apporter, pour si petite qu’on la suppose , une certaine lumière dans la présente assertion — ne fut atteint d’aucune autre incommodité et vécut dans une santé parfaite jusqu’à sa soixante-dix-neuvième année environ ; si ce n’est qu’à soixante-quinze ans , il éprouva une espèce de raideur dans les jarrets, provenant de la suppression, par crainte d’un mauvais opérateur, d’une saignée régulièrement pratiquée jusqu’à cette époque-là, à chaque équinoxe ^

§ XXL Cette observation nous ouvrit une tout autre voie pour l’appréciation de la podagre, de la sciatique, des affections arthritiques , des tendances , des propensions et des molimens hémorrhoïdaires. Aussi, pendant vingt-quatre ans et plus de recherches et d’investigations curieuses sur les conspirations des affections arthritiques, podagriques et hémorrhoïdales , il nous a non seulement été donné de recueillir un nombre incalculable de faits ; mais encore (ce qui est l’essentiel) nous avons vu dans ees faits eux-mêmes , une uniformité , une constance et une vérité si immuables que nous avons pris de là l’heureuse occasion de nous faire de ees choses une idée toute différente, il est vrai, mais une idée que nous avons reconnue, soit en théorie , soit en pratique , être parfaitement d’accord avec la nature.

C est pourquoi , nous conseillons aux praticiens de porter tous leurs soins à l’étude de l’histoire vraie des conspirations , des concours mutuels et des liens réci-

‘ Vüyes T. Vlll. Commentaire CCCXXXll.

proqiies qui existent entre les hémorrhoïdes, la seiatique, la néphritis , l’hématurie et les affections podagriques^

§ XXII. Mais ce n’est pas tout; il reste encore à examiner une autre circonstance, du domaine de l’histoire, qui est une des premières par son rang et son importance : hors le cas où, dans ses manifestations, le fait éprouve une perversion telle qu’il se montre sans aucun égard ni pour ce qui précède, ni pour ce qui suit, d’une manière confuse, en un temps quelconque et sous de fâcheux auspices. Cette circonstance remarquable, c’est la réciprocité qui existe entre les affections arthriticogoutteuses et les affections hypochondriaques les plus violentes, c’est-à-dire se traduisant moins par des tensions spasmodiques que par de graves congestions sanguines, et conséquemment par des inflammations de viscères aussi funestes que périlleuses.

I XXIII. Il importe donc de faire observer ici, comme nous l’avons déjà indiqué plus haut, que les personnes jeunes, atteintes d’une goutte prématurée relativement à l’âge, sont exposées — d’après l’expérience journalière — à mourir de bonne heure, à venir rarement vieilles, à cause surtout des rétrocessions goutteuses vers les parties internes et des fièvres inflammatoires qui en sont la conséquence. Quoiqu’il en soit, les patients de ce genre, qui ne meurent pas de h goutte remontée^, souffrent énormément d’inflammations internes et d’affections convulsives ; comme aussi, les vieillards 'goutteux sont consumés à la longue par des souffrances hectiques et des atrophies, à caractère plus calme.

§ XXIV. Jeunes et vieux éprouvent cependant les symptômes moins impétueux de l’étisie et de l’ascite , lorsque cette rétropulsion de la goutte ne se fait que len-

' Voyex T. VIII. Commentaire CCCXXXIII.

• Yoyef T. VIII. Commentaire CCCXXXIV.

teinent. C’est là ce qui arrive quelquefois par l’emploi journalier de certains remèdes , soit internes , soit externes ; tels que les narcotiques stupéfiants ou les répulsifs, les martiaux et les sels volatils.

A ce propos , nous recommandons instamment à nos successeurs de porter encore toute leur attention sur ce point, savoir : comment il se fait que les goutteux abandonnés à eux-mêmes, qui supportent patiemment leurs souffrances, parviennent ordinairement à un âge avancé et jouissent, relativement à leur économie intérieure, d’une bonne constitution^; tandis, au contraire, que ceux qui se livrent à des médications artificielles, autres que les allègements de la masse sanguine, paraissent, il est vrai, soulagés, guéris même des douleurs de la goutte, mais sont en réalité beaucoup plus tourmentés par un grand nombre d’affections différentes et surtout par des maladies intérieures; comme aussi, ils atteignent beaucoup plus tôt le terme de leur existence, victimes précisément des conséquences morbides et des affections qui envahissent les viscères abdominaux.

La postérité — plus sage et plus circonspecte — verra donc par-là 1° quelle justice sévère est due à ces hommes de l’art qui perdent leur temps ou leur peine à de telles pratiques ; 2“ quelle différence il y a entre les entreprises salutaires delà nature ; les bonnes volontés du praticien, habile observateur de cette même nature, ne brusquant pas les maladies supportables , n’employant que des moyens rationnels, une méthode enfin conforme aux intentions de l’agent vital, et l’empirique téméraire qui s oppose à ces intentions, qui ne trouve cependant rien de mieux ou qui ne saurait agir avec plus de convenance®.

’ Voyez ï. VIII. Commentaire GCGXXXV.

* Voyez T. VIII. Gommentaire CGGXXXVI.

§ XXV. Reste à dire quelques mots, en passant, de Vissue ordinaire, soit générale, soit spéciale des accès de goutte. Nous préviendrons d’abord que les affections arthritiques, génériques ou particulières, attaquent leurs victimes par paroxysmes, à chaque changement de saison (au printemps et à l’automne principalement), ainsi que sous l’influence des variations notables de l’atmosphère, nommément par un temps froid-humide, comme moins tolérable pour le corps. Il ne faut pas non plus mettre au dernier rang, parmi les causes d’exacerbation, les écarts de régime et surtout les états pathétiques de l’âme qui peuvent non-seulement surexciter les paroxysmes actuels, mais encore les provoquer, en dehors des autres dispositions d’une économie vitale abandonnée à elle-même.

§ XXVI. Mais, lorsque les accès de la podagre suivent, dans leur invasion et leur marche, un ordre naturel, voici les phénomènes qui se produisent sur la scène pathologique : 1 ” des agitations tensives et gravatives dans les membres d’abord, dans toute l’habitude du corps ensuite ; 2“ une douleur de plus en plus croissante et sensible, dans la partie spécialement affectée (à moins que le paroxysme n’ait été éveillé par quelque violente émotion) ; 3" de vagues impressions erratiques de refroidissement et d’échauffement, l’anorexie, une inquiétude perpétuelle, des insomnies, des rêves fantastiques, des angoisses, des épouvantements à l’approche du moindre repos, des langueurs de diverses sortes, une altération particulière accompagnée du dégoût des boissons usuelles, une impatience enfin qui se manifeste de mille manières, chez les sujets plus sensibles.

§ XXVII. Après une durée notable de quatorze jours au moins, de trois ou quatre semaines au plus , la violence de ces douleurs se calme peu à peu — en suppo-

sant que les accès, sans avoir été absolument continus ,

n’aient pas non plus été réellement intermittents.

Il y a en même temps dans le membre affecté un surcroît visible de resserrement spasmodique ou de compression musculaire : ce qui le fait paraître d’un aspect tabide; parfois encore les parties flexibles du membre, les doigts, les mains (dans la chiragre), les orteils (dans la podagre) deviennent tellement raides qu’ils restent dans un état identique à celui des parties qui sont atteintes du spasme simple et que l’on ne peut ni plier, ni faire changer de position. C’est bien plus; si, dans les commencements de ces symptômes, le patient fait quelque effort pour étendre le membre ou si, en appuyant sans y faire attention le pied malade contre le bois de lit, l’étend, le presse, le heurte, il y a une recrudescence telle du mal que la douleur, légèrement endormie, manifeste toute sa violence durant une heure, deux heures, quelquefois pendant une journée entière. Toutefois le paroxysme s’amende peu à peu, après un intervalle de huit jours environ et rend graduellement au goutteux l’usage modéré de ses membres qui, pendant longtemps, sont encore frappés de faiblesse et d’engourdissement.

§ XXVIII. Nous ne devons point passer ici sous silence un document avantageux fourni par Sydenham : c’est que l’agitation volontaire des parties que l’accès podagrique commence à envahir écarte et chasse de ces mêmes parties les fureurs du paroxysme, et qu’elle a pour résultat ordinaire le transport des douleurs vers l’intérieur du corps ; comme cela se passe pour la goutte remontée. Voilà une chose bien digne de remarque assurément, et pourtant il ne faut pas se dissimuler qu’il n’y ait une grande puissance dans l’exécution régulière de l’entreprise de ce mouvement et dans sa convenable répétition;

puisque sa direction prudente, relativement aux congestions hypochondriaques et aux constrictions spasmodiques, revendique la plus large part, tant dans l’inutilité ou l’effet insupportable que dans l’utilité ou le résultat ultime de ce moyen subsidiaire.

§ XXIX. Voici à ce propos une observation de Hildan, prise parmi tant d’autres sur le même sujet : L'auteur se demande comment il se fait que des hommes^ préalablement en butte à une violente podagre, en aient été complètement guéris par les horribles tortures que Von fait subir aux criminels dans les épreuves de la question. Hildan cite encore une expérience qu’il fit lui-même : en livrant son bras à un exercice volontaire, il supprima et dissipa pour quelque temps les douleurs arthritiques de ce membre^ Nous avons vu cette expérience ratifiée par un si grand nombre d’exemples qu’il ne lui manque, pour la rendre sûre, dans le cas actuel, qu’une prévoyante administration et que les subordinations, soit opportunes, soit préservatives, des autres méthodes subsidiaires fondamentales.

§ XXX. Les étiologies spéciales dont nous allons bientôt développer les circonstances démontreront du reste l’utilité de notre observation sur ce que les douleurs arthritico-goutteuses affectent pour ainsi dire la rétrocession vers les parties intérieures. Or, nous faisons précisément consister toute notre pathologie sur ces maladies, dans les rapports et les connexités morbides qui constituent cette partie essentielle de notre doctrine, comme étant le fondement causal des mouvements, des efforts, des directions et des destinations consacrées à l’allègement de la masse sanguine par une réelle évacuation. Ce fait a autant sa raison d’être dans la généralité des affections et l’appareil général des hémorrhagies que

’ Voyex T. VIII. Commentaire CCCXXXVII.

dans les intentions spéciales de la nature et dans les directions de ces intentions, en rapport avec les divers organes et les différentes régions deTéconomie corporelle.

§ XXXI. Ainsi, dans l’arthrite proprement dite, en tant que distincte de la podagre, la tendance naturelle du mal a lieu vers les parties supérieures. A ce point de vue surtout, nous ne doutons nullement qu’il faille ne mettre l’hémicranie au nombre des douleurs arthritiques h en excluant, bien entendu! cette tradition sacramentelle de la pathologie vulgaire, qui prétend que l’arthrite a, par une absolue nécessité, simplement son siège dans les articulations; attendu que les médecins, qui examinent les choses de plus près et qui apprécient sérieusement les aveux des malades, savent fort bien qu’il faut ici tenir plutôt compte des parties tendineuses et ligamenteuses que des articulations elles-mêmes.

§ XXXII. Avant tout, nous voudrions voir observée par les hommes de l’art une vérité que nous avons déjà déjà recommandée à propos du rhumatisme et qui a trait au consensus, à la conspiration et même à la subordination des affections rhumatismales avec les affections arthritiques. Or, quoique ces liens réciproques apparaissent parfois à priori (en ce sens que des individus qui avaient commencé par le rhumatisme finissent par l’arthrite), ils se montrent aussi à posteriori, dans le fait des goutteux doués de trop d’humeurs et de trop d’embonpoint ; en ce sens que ceux dont la podagre a commencé avec le gonflement et la tuméfaction des membres affectés voient plus tard les paroxysmes podagriques se terminer aussi par des tumeurs de ce genre : ceci est surtout le lot des tempéraments bilioso-sanguins. Ces tumeurs, en tous les cas, coïncidant avec un influx et un engorgement d humeurs, embrassent par cela même une assez large

‘ Voyex T. VIII. Commentaire CCCXXXVIII.

sphère. Elles envahissent en effet, directement et spécialement, toute l’étendue des articulations ; tandis que les rhumatismes se localisent particulièrement vers le milieu des membres, dans les parties charnues des muscles, vulgairement appelées parties saillantes^.. Cela n’exclut pas cependant cet autre gonflement universel qui s’empare, chez les sujets phlegmatico-sanguins principalement, de toute la capacité d’un organe.

§ XXXIII. Or, cette raison de subordination consiste en trois circonstances : la ‘première^ c’est que, dans le rhumatisme franc et simple, notamment chez les sujets à complexion trop spongieuse, les humeurs sont plus vigoureusement et partant plus copieusement poussées vers les parties. La deuxième, c’est que le rhumatisme, dans l’ensemble de ses manifestations ou plus souvent encore (en dehors de l’obtention de son issue légitime) dans l’acte de la congestion opéré peu à peu, d’une manière délicate , modérée, régulière, mais non moins opiniâtre pour cela, comprime la partie séreuse des humeurs : partie plus légère, plus ténue, par-là même plus âcre. D’où il suit que lé rhumatisme suscite non-seulement des ardeurs plus sensibles, aiguës et prurigineuses, mais encore fournit une occasion prochaine dans les régions affectées à des réactions spasmodiques. La troisième, c’est que ces douleurs spasmodiques lancinantes et vibratiles disposent de près pour l’avenir aux douleurs arthritiques.

§ XXXIV. Les affections matériellement arthritiques, pour parler comme l’Ecole , sont de vrais mouvements spasmodiques qui , dans leur manifestation la plus simple, n’embrassent pas cependant en entier tout un système musculaire , mais qui se localisent plus particulièrement sur les fibres musculeuses dont la traction devient par

* Voyes ï. VIII. Commentaire CCCXXXIX.

là même plus forte que si l’énergie motriee se distribuait également dans tout le tissu musculaire : par là même aussi , la sensation provenant de cette espèce de traction est plus subtile , c’est-à-dire douloureuse.

§ XXXV. C’est donc une semblable contention spasmodique, localisée sur la surface, quelque étendue qu’elle soit, des voies hémorrhagiques ou même des organes affectés par une émission artificielle de sang (par les scarifications principalement) dont la pratique dure depuis longtemps , qui constitue tout l’appareil ou la raison matérielle la plus générale de la podagre. Mais ce qu’il y a de particulier, c’est que cette contention affecte plutôt séparément les petites fibres que l’ensemble de la masse musculeuse , comme si la nature procédait avec tergiversations et sans oser tendre directement à la plénitude du but. Or, l’intensité de ces mouvements si subtils et si opiniâtres qui vont jusqu’à la sensation douloureuse ont en ce genre d’affections une raison qu’on appelle raison très-spéciale et formelle-, en sorte que cette douleur aiguë qui devrait avoir son principe dans une contraction subtile et une vibration spasmodique constitue formellement , dans l’habitude externe du corps, ce qu’on appelle tantôt arthritis, d’une manière générale , tantôt chiragre , gonagre, podagre, sciatique même , contrairement à l’opinion de ceux qui prétendent que cette dernière doit être regardée comme une affection simplement rhumatismale et distinguée des douleurs arthritiques.

§ XXXVI. Quant à V hémicranie et à Vodontalgie que quelques auteurs ont métaphoriquement appelée la goutte des dents , nous ne croyons pas , nous qui prenons la raison pour maître et pour guide , devoir placer seulement par figure ces deux états morbides dans cette classification ; nous croyons devoir au contraire les interpréter

comme des affeetions réellement arthritiques. Quoique , en effet , l’apparition d’un grand nombre de ces douleurs n’ait pas pour but une destination hémorrhagique, mais quelquefois la sortie difficile des dents, comme cela arrive à l’époque où les dernières dents molaires (vulgairement nommées dents de sagesse) font leur sortie, il existe eependant entre ces douleurs et l’arthrite une parité essentielle, sous ees deux points de vue, savoir : r c’est que l’affection qui a pour but final la dentition est réellement une affection spasmodique ; 2° c’est que , de l’aveu de tout le monde , les maux de dents qui n’ont plus aucun rapport avec la dentition , se font sentir quand même avec une violence et une fureur extraordinaires ^

§ XXXVII. Pour ce qui est de la véhémence des souffrances arthritiques , elle n’est pas et ne saurait être absolument la même pour tous les individus ; ainsi , la souffrance de certains goutteux consiste plutôt dans une sorte de douleur occulte ou obtuse et ne prend un caractère d’intensité que sous l’action d’un traitement mal entendu. Nous ne voyons donc nullement pour quelle raison il ne serait pas loisible de ranger dans la classe des affections arthritiques celles qui , envahissant avec opiniâtreté parfois les régions cervicale, scapulaire, humérale , dorsale, lombaire et crurale, sont ordinairement connues parmi le peuple sous lé nom de rhumatismes. Pourtant , ces affections ne présentent pas au fond un caractère absolument rhumatismal , soit à cause d’une tumeur ou gonflement proportionné à la douleur, soit à cause de la probabilité d’un engorgement; elles ne montrent pas non plus dans leur nature des indices d’une matière à sécrétion et à excrétion à travers ces organes , ni d’une cause humorale continente.

* Voyez ï. VUI. Commentaire CCCXL .

§ XXXVIII. Nous disons cause continente, car il y a à cet égard un préjugé qui s’est depuis longtemps glissç dans l’esprit de tous les pathologistes; c’est qu’ils placent (purement et simplement) les causes de la podagre et de l’arthrite dans nous ne savons quelle irritation subtile des nerfs; c’est qu’ils enseignent en outre que l’on ne doit pas regarder comme arthritique , mais comme rhumatismale , toute affection qui paraît obéir à une cause humorale , se basant sans doute sur ce que les affections vulgairement appelées catarrhales et rhumatismales qui se localisent aux membres extérieurs , tantôt sont déterminées par la négligence de certaines évacuations humorales et tantôt , par contre , elles se voient mitigées , palliées ou si heureusement compensées au moyen de ces mêmes évacuations effectuées en guise d’auxiliaire , qu’elles disparaissent complètement pour un temps plus ou moins long. Mais voici la pierre d’achoppement de cette théorie : c’est que , en n’attribuant ainsi de pareils phénomènes qu’à ces causes humorales et à leur efficacité simplement matérielle , on augurerait par suite qu’il y a làdessous plutôt la cause efficiente du rhumatisme que de la violence et des efforts du spasme ; on perdrait de vue les véritables sources de ces affections avec la • véritable conspiration causale de l’arthrite et du rhumatisme.

§ XXXIX. En effet , si l’on se fondait uniquement sur ce faux principe qui détruit, qui prostitue même — qu’on me pardonne le mot — toute la pathologie de ces affections, il faudrait croire que les sensations et que les mouvements proviennent simplement du jeu des humeurs, plutôt que d’admettre que ces actes et les motitations elles-mêmes se font en vue des humeurs ; plutôt que de reconnaître; 1“ le mouvement tonique, son utilité, sa nécessité pour la circulation légitime des humeurs; 2® son efficacité remarquable dans la production de certaines

constrictions spéciales et dans leurs directions particuculières ; 3° enfin , la généalogie du mouvement spasmodique provenant du mouvement tonique.

Les fauteurs de ces dites opinions, répétons-le , sont insoucieux de toutes ces choses et hostiles même à une démonstration lumineuse de la vérité.

§ XL. Donc , au point de vue générique comme au point de vue spécifique , V arthrite est me affection spasmodique^ dans laquelle (en raison d’une direction entreprise sur une trop vaste échelle , plutôt soumise à une destination vague que rigoureusement définie , administrée enfin vers les méats excréteurs ordinaires par une impulsion et une pression toniques dont le caractère est la modération) , le sang ne trouve pas d’issue et dans laquelle ces sortes de contentions spasmodiques , quoique légères et erratiques, s’exécutent, d’abord, plutôt comme une tentive indirecte que comme un molimen régulier de la nature, se continuent, ensuite, avec opiniâtreté pendant un long intervalle de temps, s’effectuent, en outre, dans une proportion de moins en moins exacte, relativement à cette issue graduelle de la masse sanguine, se répètent enfin avec une promptitude et une obstination plus grandes , lorsque , passées à l’état d’habitude , ces contentions , comme toutes les habitudes , du reste , se réveillent à la moindre occasion.

§ XLI. Cette circonstance n’est pas l’apanage exclusif de l’arthrite : elle est commune à toutes les affections de la même classe qui ont leur source dans la violence irrégulière des mouvements, avec cette différence que l’arthrite passe plus promptement en habitude et partant ne garde plus dans la suite aucun rapport en harmonie avec les proportions des matières ou de leur but final. C’est là un fait incontestable qui mérite considération,

‘ Voyes T. VIII, Conuiientaire CCCXLI,

puisqu’on effet, d’une négligence coupable à cet égard, peuvent résulter plus tard des opinions futiles qui , fixant l’esprit sur les vaines énergies directes des causes matérielles, l’exposent à dévier du sentier de la vérité et le soumettent à la tyrannie d’une conception positivement fausse.

§ XLII. Quant à leurs conditions et à leurs raisons plus spéciales, les affections arthritiques se divisent en trois chefs généraux, savoir : T leur différence selon les âges ; leur diversité , suivant la véhémence et l’opiniâtreté des douleurs ; 3" leur infréquence.

Nous avons déjà parlé du premier chef : il a été dit en effet, que cette arthrite qui , prise dans son acception la plus restreinte, se distingue de la podagre, de la gonagre et de la chiragre dont les caractères, à prendre les mots d’après leur signification rigoureuse , sont surtout analogues à ceux de la goutte, est une affection qui attaque plus particulièrement les personnes jeunes que les personnes avancées en âge ; à moins que l’arthrite ne survienne , chez ces dernières , à la suite de certaines causes externes, comme la malencontreuse' suppression des scarifications , des saignées , des cautères et des vésicatoires habituels; principalement chez les femmes âgées que des hémicrânies continuelles engagent à employer ces divers moyens de soulagement et dont la téméraire négligence occasionne plus tard les inconvénients arthritiques.

On peut voir la raison pour laquelle l’arthrite attaque de préférence les personnes jeunes, dans le penchant naturel qu’ont les évacuations sanguines de tendre , à ces âges-là, vers les parties supérieures , la tète et la poitrine , par exemple ; comme aussi la raison d’être des atfections goutteuses , chez les individus plus âgés , se trouve dans la propension naturelle du sang aux évacuations hémorrhoïdales.

Scholie.— Nous devons encore revenir ici sur l’éloge d’une assertion (déjà citée) d’Hippocrate, que le grand praticien avait sans doute puisée chez ses prédécesseurs et qu’il a relatée lui-môrne dans son esquisse sur la douleur coxalgique — au Livre des affections— , lorsqu’il dit, que cette douleur dépend d’un décubitus séroso-bilieux ou , selon la formule moderne, d’une humeur épanchée dans la vei/nC' hémorrhoon qui parcourt le trajet de la cuisse. Assurément , nous sommes loin d’affecter une admiration idolâtre pour l’antiquité et d’attribuer aux anciens, d’après un mot seul, la connaissance la plus profonde et l’enseignement le plus complet sur les questions les plus étendues ; nous sommes persuadé au contraire qu’ils mériteraient plutôt le blâme de ce que non seulement ils n’ont pas fait un usage convenable de ces connaissances, mais encore de ce qu’ils se sont plus tard — en supposant qu’ils les aient professées quelque part — honteusement désisté de l’ordre , de la méthode et des dogmes de leurs écoles. Néanmoins cela ne nous empêche pas de reconnaître que certains d’entre eux, Hippocrate surtout, ont eu l’intelligence de l’identité de ce fait : nous voulons parler de la conspiration frappante de l’affection hémorrhoïdale avec cette douleur qui va de la hanche jusqu’au fémur (sciatique), bien que ce profond médecin nous paraisse n’avoir pas bien saisi la déduction ultérieure de cette dernière circonstance ; chose qui , du reste, lui est commune avec Galien, son commentateur. La postérité leur doit la transmission Adèle des faits morbides au point de vue historique ; mais , lorsqu’ils en sont à l’exposé des causes, on s’aperçoit que ces deux auteurs ont une tout autre physionomie. Il nous a plu d’émettre ici franchement notre opinion sur l’antiquité.

§ XLIII. Pour ce qui concerne le second chef de la diversité des affections arthritiques, c’est-à-dire leur différence au point de vue de la violence et de ropiniâtreté , l’étude n’en offre pas plus de difficultés; mais il importe cependant de bien connaître la vérité dans le fait en question.

Cotte diversité consiste donc en ce que l’arthrite qui ,

chez les jeunes sujets , envahit les parties supérieures du corps , ne tourmente pas les patients par des paroxysmes si fréquents , si obstines et si longs que la podagre ; quoique la douleur de l’arthrite franche ne soit pas moins vive que celle de la goutte. En second lieu , les douleurs arthritiques des personnes encore jeunes ne tendent pas avec la même persistance que cette dernière à passer à l’état d’habitude. Loin de là ! au fur et à mesure que le sujet avance en âge , il voit ses souffrances cesser complètement ou descendre vers les pieds; tandis que la goutte au contraire sévit alors avec une violence telle, qu’il est bien rare de la voir désormais disparaître; qu’elle prend plutôt de jour en jour des caractères invincibles ou que, si on parvient à la dompter par des moyens étrangers à l’affection , les malheureux patients encourent d’autres maladies plus graves encore et n’arrivent jamais à un âge avancé.

C’est pourquoi, il faut bien se garder, sous aucun prétexte , de négliger cette opiniâtreté générale de la goutte, à persister dans sa première direction : symptôme qui est le propre de l’âge mûr, pour ne pas dire de la vieillesse, plutôt que de la jeunesse.

§ XLIV. Il n’est pas rare néanmoins de voir des personnes jeunes , atteintes d’affections arthritiques, en être délivrées par l’apparition d’un flux hémorrhoïdal habituel. En voici un exemple, entre mille :

Un jeune homme de famille distinguée , âgé de vingt-cinq ans environ , d’un tempérament phlegmatico-sanguin , appliqué d ailleurs avec une assiduité extraordinaire à l’étude du droit , fut atteint de violentes douleurs arthritiques qui , par leur réapparition assez fréquente durant l’espace de deux années , lui faisaient éprouver chaque fois d’atroces souffrances. A cette époque , notre jeune homme habitait la ville de Leipzick et avait pour médecin un praticien très-célèbre , dont il suivait exactement les conseils et les ordonnances. Or, toutes

PATHOLOGIE TRÈS-SPÉCIALE, les fois que l’accès arthritique se déclarait, il persévérait pendant trois semaines et ne se calmait guère avant. Gomme aussi, il lui arrivait parfois de s’opiniâtrer plus longtemps, et cela , avec une intensité telle , que le patient ne pouvait souffrir le moindre contact , ni supporter qu’on l’enlevât de sa couche (si ce n’est avec les draps et les couvertures) , le temps seulement nécessaire pour faire le lit. La douleur occupait toute la longueur de la région dorsale et faisait ressentir sa violence dans les omoplates, dans les épaules et dans les bras , avec des lancinations pongitives jusqu’à l’extrémité des hanches. Enfin , il se manifesta une éruption sanguine par les hémorrhoïdes. Soudain , voilà notre jeune nomme délivré si bien de ses souffrances arthritiques , qu’il passa plusieurs années de suite sans en éprouver la moindre atteinte. Il se sentait pourtant affaibli par le flux hémorrhoïdal , bien qu’il ne fut ni trop continu , ni trop abondant ; ce fut dans ces circonstances que , à l’occasion d’une évacuation plus copieuse que d’ordinaire , il nous exposa avec les plus grands détails l’état de sa santé. Sur ces entrefaites , il avait totalement changé son genre de vie , en ce sens que , attaché à la Cour grand-ducale par l’entremise de quelques amis, il se vit traité d’une manière plus somptueuse qu’auparavant et se livra avec excès à Tusage du vin. Aussi, le flux hémorrhoïdal s’étant arrêté , nous ne savons comment , ce jeune homme fut bientôt saisi , à la hanche , le long du fémur, sur toute la cuisse , au pied même , d’une douleur peu sensible d’abord , mais qui devint ensuite très-intense. A cet effet , il alla consulter son médecin ordinaire, qui était aussi celui de sa famille et qui habitait une ville voisine de sa maison de campagne. Ce que fit ce praticien , nous n’eûmes certes pas la curiosité de le demander; mais le patient nous a raconté lui-même que le flux hémorrhoïdal avait été remplacé par une abondante hématurie et que, après la disparution de ce dernier état morbide , il avait été atteint d’une enflure qui des pieds se prolongeait jusqu’à l’abdomen. Or, obligé de représenter les affaires de son souverain auprès de la Cour impériale, il partit fort heureusement pour Vienne ; là , soit par médication, soit par le bon usage qu’il fit du vin de Hongrie , il se rétablit de nouveau complètement , après avoir vu , depuis déjà quelques mois , revenir le flux hémorrhoïdal. Il mourut plus lard d’une fièvre épidémique pétéchiale (typhus).

Nous allons encore , afin de donner un spécimen des occasions qui ont l’habitude de faire passer en acte les causes antécédentes de cet état morbide , rapporter ici une autre observation :

Un jeune homme , de noble extraction aussi, ayant avec celui dont nous venons de retracer l’histoire une égale parité d’âge , de tempérament et de position , assistait un jour, en compagnie de son souverain , à un repas donné à ce prince par les magistrats de sa cité , à l’occasion d’une solennité particulière.

Or, ce ne fut pas seulement pendant le repas , mais encore durant toute la nuit, que ce jeune homme se livra avec ses nombreux compagnons à de copieuses libations. Pour provoquer la gaîté , les sénateurs avaient fait servir pendant ce repas les vins les plus capiteux, et ils engageaient les joyeurs buveurs à faire honneur au vin de leur pays, qui n’était ni faible, ni piquant , mais donnait vivement à la tète , à cause du plâtre qu’on y avait mis, Sià. toIolM-» yiiipov, comme dit Athénée, à propos du vin de Zante et de Leucate. — Kalchichter Wein.

Notre jeune homme, qui avait accoutumé à vivre avec sobriété chez lui , quoique largement , but donc jusqu’au matin avec si peu de modération , que tout lui pesait , son corps , son sang et sa tête. Il se jette au lit et veut se livrer au sommeil; mais comme il avait imprudemment laissé ses vêtements ouverts , il éprouva un refroidissement notable durant son repos. Trois heures après , un paysan qui le suivait et qui lui tenait lieu de domestique , vint assez brusquement l’éveiller , lui annonçant que le prince se disposait à aller faire une excursion et qu’il était selon les convenances que la noblesse formât son cortège d’honneur. En apprenant cette nouvelle , dont la veille il n’avait été nullement question , notre jeune chevalier se troubla et, quoique appesanti encore soit par le besoin de sommeil , soit par les vapeurs du vin, il se hâta cependant de satisfaire à son devoir. Or, comme avant toute chose , il fallait se chausser d’une paire de bottes neuves , raides , fortes et très-étroites — plus étroites encore à cause de son état présent de surexcitation et d’engourdissement, — il ne put , avec les plus grands efforts, du reste, introduire le pied que jusqu’au milieu de la botte et se sentit pris subitement d’une douleur sciatique si aiguë , si intolé-

rable qu’il ne pouvait souffrir qu’on touchât la chaussure. On se consulta donc pour la retirer sans y pratiquer d’incision... mais en vain ! car on fut obligé d’aller quérir le bottier. Pendant ce temps, la douleur envahit la jambe et le fémur jusqu’à la hanche ; dès qu’on eut fendu le cuir pour en dégager le pied, elle gagna toute l’étendue du corps. Cette affection tourmenta ainsi le patient durant trois semaines , sans qu’il lui fût possible de revenir chez lui ; devenu pourtant insensiblement plus libre dans ses mouvements , il s’habitua à'supporter le grand air et se fit transporter à sa maison de campagne. Docile désormais à la pratique opportune de la phlébotomie , notre jeune homme n’éprouva plus de pareilles atteintes.

§ XLV. On a déjà pu voir en quoi la podagre diffère de l’arthrite, au point de vue de l’opiniâtreté ; disons cependant que cette différence consiste en ce que chez les arthritiques, pour si jeunes qu’ils soient, les excrétions effectivement sanguines ne conservent pas constamment et invariablement le même siège , mais qu’elles descendent peu à peu des parties supérieures aux parties inférieures, et que leur caractère en général n’est pas aussi rebelle chez les personnes peu avancées en âge que chez les vieillards. Pareillement, comme le naturel actif de la jeunesse la porte à succomber plus vite aux occasions les plus légères de ces mouvements arthritiques, il est juste que ces mouvements aient moins de constance chez elle que dans la vieillesse. En d’autres termes, comme la nature chez les vieillards est susceptible de juger plus sainement d’un labeur quelconque, elle doit par-là même s’occuper avec plus de constance à l’amener vers sa destination légitime ^

§ XLVI. Nous voici enfin au troisième chef de la différence des affections arthritico-goutteuses ; Vinfréquence. Cette condition mérite examen ; il est certain, en

Voyeg, T. Vlll. Commentaire CCCXLII.

5i0 OEUVRES DE STAHL.

effet, que, soit l’arthrite, soit la podagre principalement, sont deux états morbides assez rares ; mais les causes ordinaires qui sont regardées comme le fondement de ces affections ont cela de particulier qu’elles incombent à un très-grand nombre d’hommes qui cependant ne deviennent ni goutteux, ni arthritiques, et que, chez les individus atteints de ces affections, on ne les découvre pas dans une proportion également excessive, ni dans un rapport uniforme, eu égard à ceux qui n’en éprouvent aucun dommage. Pour écarter convenablement une difficulté aussi manifeste, il importe donc de bien montrer quelle lumière peut surgir de l’examen de cette disparité et de cette infréquence.

§ XLVII. Il n’y a pas à notre avis de moyen plus sûr, pour atteindre ce but, que de porter toute son attention sur la généalogie véritable, sur la conspiration mutuelle et la dépendance réciproque de ces diverses affections qui cependant reposent sur un fondement unique. De même, en effet, que, d’après l’axiome philosophique, une seule chose peut avoir plusieurs fins, de même aussi on peut à bon droit en dire autant, au point de vue de la diversité des issues et des résultats de cette même chose.

§ XLVIII. Si donc on pèse sagement, sous ce rapport, l’infréquenee de l’arthrite et de la podagre, de manière à bien observer quelles sont les variétés de modes, de mouvements et de lieux qu’affectent ces états morbides ; quelle marche (non imaginaire, mais basée sur l’expérience quotidienne) ils suivent ordinairement; quelles sont leurs causes matérielles et accidentelles ; en quoi ils diffèrent dans l’espèce ; en quoi ils s’accordent ou, ce qui est l’essentiel, conspirent ensemble dans le genre ; pourquoi, enfin, à des occasions données, ils sont si transitoires et ont, collectivement, un rapport si éloigné avec 1 infréquence de chacun d’eux pris en particulier : si.

PATHOLOGIE TRÈS-SPÉCIALE, disons-nous, on examine sérieusement toutes ces circonstances, la conciliation sera faite entre leur disparité, et la vérité étiologique apparaîtra dans tout son jour.

§ XLIX. C’est ainsi, en effet, que l’on pourra nettement comprendre pourquoi il est si peu de personnes atteintes spécialement de l’arthrite ou de la goutte et pourquoi il en est tant, d’une manière générale, qui sont tourmentées cependant par des affections analogues, relatives aux excrétions sanguines. On comprendra enfin le fond de la chose par cette observation expérimentale, savoir : que, si les individus, sujets à des causes morbides de ce genre et à leur influence habituelle, n’éprouvent pas d’une manière absolue et formelle un seul et même effet, une seule et même affection, ils subissent néanmoins l’influence de l’une d’entre elles. On pourra ainsi reconnaître dans la suite quelle analogie, quel rapport de convenance, quelle conspiration, quelles transformations réciproques et quelles transitions mutuelles peuvent exister entre ces diverses affections.

§ L. Mais pourrait-on exiger une preuve plus évidente de ces phénomènes que ces deux circonstances non moins connues du vulgaire que du corps médical : la première a trait à la facile rétrocession de la podagre et de l’arthrite des parties externes vers les organes internes et nommément aux alentours de la veine-porte ; la seconde consiste dans l’espèce de sortie ou de répulsion réciproque vers la périphérie du corps, des affections qui occupent les organes internes. Ce qui a donné lieu à cette plainte habituelle : « Die kranckheit seye ihnen in die glieder geschlagen, so in die glieder getrieben ; — la maladie est entrée brusquement des parties internes dans les membres et les a ainsi envahis. » C’est-à-dire qu’il se forme alors des apostases lentes, suivies de douleurs rhumatismales et arthritiques plus opiniâtres, quel-

r,12 OEUVRES DE STAHL.

quefois même de contentions plutôt convulsives que

spasmodiques, d’une violence et d’une intensité inouïes.

§ LI. Nous devrions ajouter ici quelques mots sur l’influence soit d’une impression héréditaire, soit d’une habitude contractée, soit enfin d’un régime de vie anormal, relativement à la conspiration des affections arthritiques et des variétés de la podagre avec les évacuations sanguines qui ont lieu par le flux spontané des hémorrhoïdes ou par le moyen de saignées artificielles. Certes, une pareille étude ne mérite pas seulement nos éloges ; nous devrions encore tâcher d’en inculquer le goût à tous les médecins; c’est quasi notre devoir, en voyant surtout grand nombre de praticiens qui , par état , étant obligés d’avoir autant de prudence que d’habileté, sont néanmoins complètement indifférents sur ces questions et perdent, par-là même, l’avantage qu’ils pourraient retirer des meilleures choses.

§ LI. Mais, dit-on , s’il se trouve un patient sujet aux hémorrhoïdes, dont le flux a même une marche trèsnormale, atteint également de la goutte, c’est une preuve que les hémorrhoïdes ne sont pas un remède absolu contre la podagre : le fait est vrai ! et, pour notre part, nous adoptons aussi bien que qui que ce soit cette opinion, parce que nous en avons eu une foule d’exemples. En voici un entr’autres qui nous est parfaitement connu, comme il pourrait l’être à différentes personnes, si elles rappelaient leurs souvenirs. Il s’agit d’un homme illustre qui, bien qu’habitué, depuis l’âge de trente ans et plus, à des évacuations hémorrhoïdales assez abondantes et — ce qui est encore plus remarquable — parfaitement libres, n était pas exempt pour cela des atteintes de la goutte. Il y avait seulement dans ce phénomène deux circonstances exceptionnelles : 1 “ c’est que les douleurs podagriques se faisaient principalement sentir lorsque l’écoulement hé-

morrhoïdal se relâchait de sa régularité ; 2“ c’est que cette podagre était d’un caractère assez bénin et en harmonie complète avec la constitution du patient. La douleur était, en effet, peu aiguë, sourde plutôt, frémissante, gravative et accompagnée de cette sensation que les Allemands désignent sous cette formule : n Einschlaffen eines glieder; » engourdissement d’un membre. -sy

Mais aussi l’habitude ordinaire de cette douleur est de se manifester avec une tuméfaction remarquable des parties affectées : c’est même cette tuméfaction qui a pour ainsi dire imposé à des médecins empressés l’obligation d’appliquer, dans une affaire si simple à laquelle ils n’entendaient rien, et en vue de nous ne savons quelle théorie spéculative, des remèdes que nul ne saurait approuver, — alors même que le mal n’affecterait qu’un seul pied, ne fût-il jamais le même, ou les atteindrait tous les deux, un nombre indéfini de fois.

I LUI. Nous pourrions citer encore l’exemple trèsconnu d’un typographe, mort depuis peu, qui, sujet à la goutte par prédisposition héréditaire, en souffrit sans relâche durant une longue suite d’années, tout en. étant atteint du flux hémorrhoïdal , depuis l’époque où la goutte avait fait sa première apparition, en sorte qu’il ne cessa pas d’être tourmenté par ces deux affections , l’espace de trente ans.

§ LIV. Aussi, n’avons-nous jamais manqué, chaque fois que l’occasion s’en est présentée, d’avertir soigneusement que le concours simultané des affections hémorrhoïdales et des affections goutteuses n’avait rien d’extraordinaire. Ce serait du reste une faculté bien précieuse, si on pouvait l’acheter, que la faculté de juger sainement du mode et de la manière dont les remèdes opèrent leurs effets ; car, ne croire à la vertu d’aucun remède ou ne donner sa confiance qu’à ceux qui, comme le pinceau et T v 55

514 OEUVRES DE STAHU.

réj)onge, effacent le mal d’un trait de plume, pour ainsi dire, c’est plutôt digne d’un rustre que d’un médecin. Mais, hélas! quelle sagesse, quelle habileté, quelle sollicitude, quel tact ne faut-il pas pour comprendre et pour inventorier cette multitude de phénomènes qui se basent sur y ordre, le temps, la proportion, la succession et les rapports mutuels des manifestations morbides. Voilà du reste le seul moyen d’acquérir la science et de savoir distinguer l’utile d’avec l’agréable. Quant à l’inutile et au désagréable, leur connaissance est malheureusement plus facile ; car il suffit pour cela de ne rien faire et de ne rien penser de bien, c’est-à-dire de faire toutes choses de travers.

§ LV. Nous n’avons d’ailleurs ni le loisir, ni l’intention d’insister laborieusement sur l’application de ces principes et d’inculquer forcément dans les esprits combien est utile une direction prudente ; combien est dangereuse une négligence ou une confusion coupable; quelle est l’influence des bémorrboïdes relativement à la podagre, lorsque cette affection n’a pas un caractère trop violent, n’est pas habituelle depuis longtemps, n’a pas une marche trop désordonnée, n’a pas passé entre les mains du médecin et n’a pas été combattue par l’opium ; quelle est enfin l’efficacité de la podagre sur les hémorrhoïdes , lorsqu’elle est héréditaire ou déterminée par des moyens artificiels ou bien surexcitée par les plus coupables excès du corps et de l’àme. Ce n’est pas ici, disons-nous, le lieu ; nous n’avons du reste ni le temps, ni le désir d’insister davantage sur la part de bien et de mal qu’il faut faire à chacun de ces phénomènes : en voilà bien assez , du reste , pour donner nettement à comprendre quels sont les rapports mutuels de ces affections. Aux personnes qui ont l’habitude d’exercer l’activité de leur jugement, l’intelligence de la véritable condition de

ces rapports ne eoûterarien, si elles procèdent par analogie ou comparaison et si elles ont bien compris tout ce que nous avons déjà exposé dans le cours de ce Traité de pathologie. En définitive, elles verront sans difficulté non seulement ce qui, d’après des considérations basées sur la réalité, est en harmonie adéquate avec l’idée vraie qu’on se forme du véritable caractère de toutes ces choses, mais encore ce qu’il faut croire ou conjecturer touchant certaines anomalies apparentes qui dépendent néanmoins de leur nature intime en tant que diversement compliquée, diversement pervertie et depuis longtemps à l’état d’habitude : un semblable travail aidé d’une observation attentive des faits, permettra de faire concorder ensemble tous ces phénomènes et de les rapprocher de la vérité elle-même.

§ LVL II nous reste encore quelque chose adiré de certaines circonstances particulières, accidentelles, individuelles même quelquefois, peu fréquentes, rares et comme éventuelles à la podagre. En voici deux principales ; ce sont : '1 " les nodosités ou concrétions tophacées qui se forment autour des articulations ; 2" les contractures des membres. Quant aux nodosités — en les examinant avec attention — , on voit qu’elles se localisent près des jointures, mais elles se montrent et disparaissent si promptement qu’on ne saurait les regarder comme l’effet d’un afflux humoral : elles sont plutôt le résultat d’une condensation et d’une contracture des parties tendineuses et ligamenteuses , ou , tout au plus, une conséquence de l’arrêt des matières glutineuses et épaisses de la lymphe, comme, par exemple, la substance qui, sous le nom de synovie, arrive et s’épanche autour des parties ligamenteuses qui ont reçu quelque blessure et dans lesquelles se font sentir des douleurs ou des irritations.

§ LVII. Ici, nous le répétons encore, les esprits capa-

516 OEUVRES DE STAliU.

blés d’établir de sages distinctions entre les faits trouveront matière à considération dans Uctiide de cette dépendance mutuelle, d’après laquelle il s’agirait de savoir — comme quelques-uns le veulent pour les pieds, xarà 7rà(ta — si l’affection tout entière, si, disons-nous, la podagre, la gonagre, la chiragre et même l’arthrite dans leur universalité, doivent dépendre de la synovie, par la raison que quelques individus se trouvent parfois atteints de ces affections, à la suite d’une perturbation humorale à laquelle on peut vraisemblablement assigner leur origine ; ou s’il est au contraire plus probable que la raison d’être du mal repose sur une pure éventualité.

g LVIII. Il importe en effet de ne point oublier que, la podagre étant une affection assez infréquente, cette constitution, soit noueuse (à un point de vue général), soit tophacée ou sur le point de contracter cette induration (à un point de vue spécial); est quelque chose de si rare dans la rareté de la podagre elle-même, que, sur dix individus, un seul à peine est atteint de la goutte, et qu’à peine un goutteux sur vingt est sujet à ces nodosités ; à moins que depuis longtemps ne se soient manifestées de vives constrictions et contractions spasmodiques.... Encore, cette concrétion est-elle trop faible pour qu’elle puisse avoir cette hypothétique cause d’action et de formation.

g LIX. A plus forte raison , if’est-on pas autorisé à invoquer ici l’exemple de ces goutteux qui , bien qu’affectés d’un gonflement général de la partie malade et éprouvant des paroxysmes nettement prononcés, ne sont cependant jamais atteints de ces sortes de nodosités. Les individus qui y sont le plus sujets sont ceux dont les douleurs sont, par leur vivacité, en dehors de toute comparaison mais de tels sujets sont en bien petit nombre ; en petit nombre aussi sont par conséquent de semblables

incommodités. Néanmoins, quelle que soit chez ces personnes l’invasion de ces sortes de tophus, il ne faut pas croire qu’ils aient un rapport vraisemblable avec la circonstance d’une violence excessive dans les douleurs ; ils s’y surajoutent plutôt d’une manière tout éventuelle , notamment : 1 ” par le concours des affections de l’âme , des transports de colère et des égarements de l’esprit ; 2“ par l’application trop forte et inopportune des membres du corps à une action qui exige un grand effort.

§ LX. Mais ce qui vient encore à l’appui de cette observation , c’est la circonstance qui se produit dans l’épanchement de la synovie ; on voit en effet que ce n’est pas la douleur qui suit la synovie , mais que c’est au contraire le flux synovial avec ses âcretés qui forme le cortège des douleurs locales ^ Au reste , ce ne sont pas là les conséquences absolues et constantes de toutes les affections goutteuses.

§ LXI. Pour ce qui concerne le fait même des nodosités, nous en avons vu apparaître une tout d’un coup et se former en moins d’un quart-d’heure , non dans l’articulation , ni dans ses environs , mais simplement dans le milieu de V olécrane ; elle avait le volume et la forme de !a moitié d’une noix et disparut au bout de six heures , après qu’on eut fait sur la partie de fréquentes lotions d’alcool camphré. Ce qu’il y a de singulier, c’est que ni pendant , ni après sa formation , cette concrétion ne provoqua presque aucune sensation douloureuse.

§ LXII. Il est d’ailleurs avéré que de pareilles nodosités, quelle que soit leur durée , se ramollissent cependant peu à peu et finissent même par disparaître spontanément : ce qu’il est difficile de concevoir de la nature propre de la matière tophacéequi, épaisse déjà, s’est condensée jusqu’à une pareille induration. On n’a jamais vu du reste

» Voyez T. VIII Commentaire CCCXLIII.

que de semblables nodosités — celles qui se dissolvent spontanément , sans l’emploi d’aucun moyen artificiel — puissent fournir de suite une telle matière; ce n’est qu’après des années qu’elle s’observe... encore n’augmente-t-elle que peu à peu , légèrement, demeurant en outre stationnaire , en dehors des paroxysmes goutteux. On voit par là que ni la matière , ni la formation de la nodosité ne possèdent aucune énergie essentielle et directe vis à vis de la podagre.

§ LXIII. La nature des contractures arthritico-goutteuses exige que nous établissions une sage distinction entre leur conspiration normale et le caractère intime de la podagre. Il arrive que les patients de n’importe quelle complexion , mais principalement ceux qui ont un tempérament frêle , tirant sur le bilieux , éprouvent durant les paroxysmes, d’une manière variable et diverse , l’impuissance de fléchir les membres , par suite d’une certaine raideur ; ils subissent en outre l’efficacité de cette raideiir et de cette traction , à la fin de l’accès : ce qui ne l’empêche pas de rester parfois plusieurs jours avant de laisser aux membres leur liberté d’action. Il y a aussi certains podagres qui , dans la plus grande fréquence des attaques , sont assez souvent atteints de ces promptes , mais transitoires raideurs ou tensions spasmodiques , agissant sur la région affectée et sur ses parties circonvoisines. Cependant — autant qu’il nous a été donné de le voir jusqu’à ce jour, d’après nos propres observations — des contractures vraies, permanentes et bien prononcées ne sont jamais éprouvées par les podagres qui vivent à 1 abri des profondes émotions de l’àme, qui ne se livrent point a l’intempérance dans le boire ou le manger , qui sont ennemis de l’oisiveté, qui sc gardent de tout traitement inconvenant et qui évitent surtout l’abus des bains médicateurs.

§ LXÏV. Au reste, lorsque la complication des contractures conspire avec les nodosités tophacées qui , malgré leur état de simplicité, sont néanmoins persistantes, l’étiologie de ces contractures peut présenter moins de difficultés ; car on a alors devant les yeux les indices manifestes d’un raccourcissement des tendons par la crispation des libres , ou les signes d’un engorgement quelconque de matières aptes à produire ce raccourcissement.

Or, comme cette contracture s’appuie souvent sur de simples raideurs ou tensions spasmodiques des parties tendineuses , il nous a paru bon de confirmer le fait par l’exemple d’un vieillard tourmenté depuis plusieurs années d’une goutte des plus violentes et fréquemment atteint de fortes contractures , par suite d’un régime de vie imprévoyant ou désordonné. Après d’innombrables souffrances, il fut enfin soulagé dans son mal par l’emploi répété de l’acide formique et put jouir, pendant quatre ans encore, de l’usage modéré de ses membres, en s’appuyant pour marcher à la paroi et aux meubles de sa chambre ; ce malade avait plus de soixante-dix ans.

§ LXV. Pour la conclusion de ce traité et pour la confirmation de ces aperçus, il convient de mentionner, comme pour mémoire , un moyen thérapeutique que Godefroy Kirch eélèbre astronome de la Société royale de Prusse , a consigné dans les Calendriers des années 1691 , 1692 et 1693 , le publiant ainsi à plusieurs reprises , afin qu’il pût arriver à la connaissance du public, comme un bon conseil méritant foi et créance; puisque

’ Kirch ( GoUfried) haMe astronome, naquit le 18 décembre 1639 à (îuben (Basse-Lusace). Il s’établit à Leipsiq où il publia un Calendrier dont le succès dépassade beaucoup son attente. En 1681, il commença à faire paraître ses Ephémérides, riche recueil d’observations astronomiques et météorologiques. Le grand électeur, Frédéric !•% l’appela à Berlin pour y professer l’Astronomie; il le nomma en outre directeur de l’Observatoire, membre de l’Académie des Sciences et Astronome royal. Kirch mourut en 1710 et fut contemporain de Stahl.

un homme digne à tous égards , en ayant éprouve l’efficacité sur sa propre personne , voulait aussi le communiquer à ceux qui souffraient de la même affection.

Or, ce moyen curatif consiste en ce que le patient se laisse pratiquer, à l’heure même de la nouvelle lune , une scarification au pied , mais sans ventouses , dans Veau chaude et en pressant la partie avec une petite lame de bois pour faire couler le sang .

Comme l’auteur de cette indication a déclaré publiquement qu’il avait retiré de ce remède un très-grand soulagement ; comme en outre le fait n’est pas contraire à une autre histoire du même genre qui nous est parfaitement connue , il nous a semblé (]ue , sous aucun rapport , cette citation ne pouvait avoir ici le moindre inconvénient.

Mais , en voilà assez sur les douleurs spasmodiques ; passons actuellement à l’étude très-spéciale des défectuosités des mouvements.

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