‹ Œuvres médico-philosophiques et pratiques de G. E. Stahl... traduites et commentéesChapitre 19 sur 23 · DES LÉSIONS DES PARTIES SOLIDES · texte numérisé non relu

DES LÉSIONS DES PARTIES SOLIDES

§ I. C est à peine si les lésions des parties solides admettent une théorie médicale susceptible d’être de quelque utilité pour l’art ; la nature seule est elle-même

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la restauratrice des parties solides de l'organisme, et il n’y a certainement pas d’art capable de construire dans le corps un seul point, encore moins un seul linéament, une seule fibre. Il est donc aisé de conclure quel avantage la science pratique peut retirer de cette observation.

§ II. Oui, nous le répétons, cette observation peut être d’une grande utilité pour une méthode vraiment thérapeutique. D’un autre côté, Y expérience doit presque tous ses succès à la théorie de l’efficacité réelle de ce Principe intrinsèque actif qui, dès la plus haute antiquité, a été connu sous le nom de Nature, dans l’économie du corps vivant et principalement du corps humain^. Ainsi, par exemple, lorsque des conformations vicieuses ont été ébauchées au hasard et comme de main-morte, la nature, dans sa puissance, non-seulement s’oppose à leur développement ultérieur, mais encore détruit cette organisation imparfaite et met tous ses soins à reconstruire, sur un plan régulier, les parties dont elle avait entrepris là texture à la légère. Et, ce qui avait été fait naguère le produit de ces aberrations njoins laborieuses, dans le sein maternel, elle l’élimine ou le rejette au dehors, à l’aide du flux lochial et de l’expulsion des secondines.

La nature, enfin, peut s’opposer à une paisible et régulière conformation et lui imprimer une forme vicieuse ; mais ce n’est que par un acte grossier ou un effet désordonné et non en suivant une méthode naturelle ou par un travail délicat, que l’agent vital exécute de pareilles aberrations.

§ III. II sera donc suffisant d’exposer ici seulement huit considérations spéciales qui paraissent avoir un rapport un peu plus direct avec l’objet de nos études.

La première considération consiste en ce que le mé-

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decin doit avoir une parfaite intelligence du véritable nombre des parties essentielles au corps humain , afin de pouvoir reconnaître par-là, non pas tant s’il manque à l’organisme une partie qu’il ne sera certes jamais à même de remplacer d’une manière convenable, mais bien s’il n’y aurait pas par hasard quelque chose de surabondant qu’il lui soit permis d’extirper, si enfin ce superflu ne fait pas encourir à l’économie corporelle quelque difformité, quelque embarras, quelque incommodité ou quelque péril fâcheux.

La seconde considération porte sur la prudence avec laquelle on doit apprécier ces excroissances formées sur la texture solide et que le Principe vital, dans son travail plastique, paraît avoir fabriquées avec un soin et une habileté toute particulière ; telles sont, par exemple, les envies maternelles (ou éphélides congéniales) vaguement moulées d’après un modèle plus considérable*.

§ IV. En pareils cas, trois circonstances se présentent à l’observation : 1 ° c’est que ces phénomènes insolites formps et construits par la nature sont entretenus par une nutrition très-abondante, à l’aide de nombreux et larges vaisseaux ; c’est que ces éphélides sont pourvues également d’un système nerveux fort et solide qui est le principal instrument du mouvement tonique vital ; 3” c’est que la nature semble visiblement se plaire, avec une certaine opiniâtreté, à cette très-spéciale production extraordinaire, — au point que, ne pouvant souffrir qu’on y fasse de téméraires lésions, elle cède, le cas échéant, par suite d’un refus craintif et subit de mouvement, le terrain au sphacèle, ou manifeste dès-lors par des convulsions ses graves alarmes et l’anxiété de ses efforts. Quoiqu’il en soit, sa perturbation est telle qu’il n’est pas rare de voir la mort s’ensuivre.

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g V. De l’étude ainsi comparée des rapports des parties solides avec leur structure et leur restauration, ressortira pour le médecin pathologiste, qui examine le caractère des lésions au point de vue d’une méthode curative, les diverses obligations , soit d’agir préalablement avec la plus grande prudence , s’il a l’intention d’attaquer ces vicieuses conformations naturelles, soit de bien apprécier le moment où il convient d’employer un moyen curatif plutôt efficace que trop lent; soit de bien réfléchir sur ce qu’il lui paraît raisonnable d’expérimenter, au point de vue des interceptions et des moyens artificiels d’élimination , surtout par ligature ^ ; soit enfin de se rendre compte des espérances qu’il peut fonder sur les méthodes magnétiques et sympathiques®.

g VI. La troisième considération a trait à l’activité plastique et réparatrice de la nature, plus grande chez un individu que chez un autre. A ce propos, il faut observer : 1“ que le concours modéré de la circulation du sang est très-utile à la consolidation des parties molles ; 2“ que l’affluence trop abondante de ce liquide devient au contraire aisément nuisible — ainsi, il n’est pas rare devoir des sujets sanguins, bien portants d’ailleurs, ne pouvoir guérir qu’après inflammation^ suppuration, etc., lorsqu’ils ont éprouvé de très-légères solutions de continuité ou qu’ils se sont simplement blessés avec là pointe d’un couteau, d’une aiguille, un éclat de bois, une épine, etc., lésions dont guérissent promptement et sans souffrance des tempéraments bilioso-nerveux relativement plus faibles ; 3“ qu’il peut y avoir dans l’économie un autre état cacochyme qui, portant la corruption dans les plaies, en retarde la guérison en bien des manières ; 4° enfin que les débilitations analogues de la force vitale ne présuppo-

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sent pas moins de désordres provenant des étals pathétiques de lame, comme des désirs anxieux, principalement (der sehnsuchtj : il est même notoire que cette débilité peut souvent enrayer pour longtemps l’accroissement général du corps. N’est-il pas évident, du reste, que la nature travaille quelquefois avec plus de nonchalance à la structure solide des parties, à cause de quelque vice latent dans les viscères ; « Dass ein mensch nicht xiir nimmt, wann er angesund ini leihe ^ lungen , schwind, dar-süchtig mgewachsen ist. — Un homme ne se développe pas, quand il a le corps malsain , qu’il grandit phthisique, étique et avec une tendance à l'atrophie. »

§ Vil. La quatrième considération se borne uniquement à la constitution toute spéciale de la partie affectée ; lorsque l’énergie plastique , déjà assez forte d’elle-même et ranimée en outre par certains analeptiques , laisse dans l’endroit à rétablir Mnc disposition inégale telle, que , tout embarras ayant disparu d’un côté , il s’en trouve d’identiques , d’un autre côté , qui interceptent le progrès uniforme de la restauration. D’une pareille disposition , en effet , naissent ces grandes inégalités d’action qui produisent : dans les parties charnues , une chair luxuriante et superflue (vulgairement appelée en allemand wild fleisch) ; dans les parties membraneuses , glanduleuses ou ligamenteuses, des excroissances fongueuses, et enfin des cals inégaux dans les os.

§ VIII. La cinquième considération a rapport à une circonstance toute spéciale aux femmes enceintes , chez lesquelles on a observé que les consolidations des parties solides , celles des’ os , par exemple , étaient beaucoup plus lentes et plus laborieuses.

La sixième concerne l’obligation où l’on est de ne pas ignorer cette mesure et cette raison de temps , en vertu de laquelle certaines parties solides , les plus denses et les

plus fermes surtout, telles que les parties osseuses à tige creuse , n’arrivent que tardivement à une complète consolidation.

Les chirurgiens , du reste , ont fait là-dessus , depuis Hippocrate , d’assez sages prescriptions.

§ IX. La septième considération , c’est de ne pas négliger l’étude raisonnée différentielle de la puissance formatrice et plastique, relativement aux sujets et aux âges. Chez les jeunes gens, en effet, la nature est très-attentive, non seulement à l’accroissement, mais encore à la conformation générale du corps ; en outre , lorsqu’il se présente chez eux quelque vice dans les parties solides, la restauration est plus prompte , plus paisible , plus expéditive que chez les personnes âgées qui ont passé la cinquantaine et dont le corps ne prend plus d’accroissement. Exception faite de ceux qui jouissent d’une grande activité, d’une santé robuste et d’une verte vieillesse ; cependant, quoique leur nature conserve son énergie sous ce rapport , on ne veut pas dire pour cela qu’ils aient une constitution vive et fleurie à l’égal des jeunes gens et des adolescents, mais seulement à l’égal des personnes moins âgées , en tant que telles. Car, dans les conditions identiques de pays , de tribu même , les jeunes sujets guérissent toujours plus promptement que les vieux, leurs compatriotes.

§ X. On doit d’ailleurs tenir compte ici tant de l’influence des difficultés accidentelles pour apporter du retard dans la restauration des parties lésées, que de l’opportunité de l’éloignement de ces obstacles pour faciliter cette restauration. Assurément, nous ne contestons pas à l’art certains expédients pour réveiller l’activité plastique de la nature et pour la rendre plus allègre, au nçoyen d’une méthode analeptique; toutefois , si ces remèdes pouvaient s’arroger exclusivement cette gloire, d’une

manière plus positive que cela n’a réellement lieu — puisqu’ils sont plus redevables à la crédulité qu’à l’évidence —, ils ne Jetteraient pas pour cela plus de lumière sur une théorie réellement applicable à la vraie thérapeutique, et l’on devrait les regarder comme dignes de figurer plutôt dans un tableau historique que dans une étiologie pathologique. C’est en ce sens ^du reste qu’ils sont, à notre avis, étrangers à la présente étude.

§ XI. La huitième et dernière considération enfin se résume toute dans les lésions irréparables de certaines parties solides ; mais en comparant sagement entre elles les observations précédentes , ce point n’offre aucune difficulté. Il s’agit en effet d’examiner attentivement ce qui a été enlevé de la substance atteinte, ce qui a été gravement altéré par un retard ou un obstacle quelconque dans l’activité naturelle^ ce qui a été anormalement restauré, après une nouvelle perte de substance , quelle est enfin la difficulté saillante au milieu de ces obstacles et quel espoir il est permis de fonder, sur une nouvelle restauration.

§ XII. Pour ce qui concerne d’ailleurs les cicatrices \ sous le rapport d’une structure solide , mais irrégulière , nous ne pouvons entrer ici dans de trop longs détails. Revenons en deux mots seulement sur ce que nous avons dit naguère à propos du mouvement local , savoir : que les diverses cicatrices (peu profondes) des parties immédiatement soumises à l’action du mouvement local et attritif principalement sont peu à peu effacées par la substitution d’une texture plus régulière. C’est là ce qu’on observe Journellement, surtout dans les blessures, les plaies, les brûlures , etc. du pouce et de la paume de la main.

§ XIII. Mais il n’y a ni raison , ni urgence de s’éten-

* Voyeg T. VIII. Commentaire CCCLIV.

dre davantage sur les rapports des mouvements et sur la manière d’être des parties solides à l’égard des parties Iluides , ni sur la réciprocité de ces rapports , au point de vue d’un arrêt et d’une corruption mutuelle. Nous recommandons cependant à l’attention du médecin l’étude de ces faits dont nous avons du reste maintes fois parlé, à propos de V inflammation , de la suppuration, de V ulcération et du cancer.

§ XIV. Une chose dont il ne faut pas non plus manquer de tenir compte, dans l’étude des lésions des parties solides, c’est la tonicité des parties molles , au point de vue de la fermeté ou du rétablissement du site naturel des parties dures. C’est de cette tonicité S en effet, que dépend la contracture ou le raccourcissement des membres , quand les os principaux ont été déplacés de leur siège naturel. Il est donc indispensable de rendre à l’organe affecté son extension normale et de remettre les os à leur place. Car, par l’inhabilité du chirurgien dans ces sortes d’opérations, il arrive parfois que la consolidation des fibres est irrégulière et que les vaisseaux ou méats qui les traversent , soit par l’obstruction de leur capacité, soit par la cessation de leur connexité mutuelle, deviennent la cause occasionnelle de certaines tumeurs.

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