‹ Œuvres médico-philosophiques et pratiques de G. E. Stahl... traduites et commentéesChapitre 5 sur 23 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

DE l’hÉMATÉMÈSE ou VOMISSEMENT DE SANG.

§ I. Comme, de toutes les excrétions sanguines, la plus rare est sans contredit Vhématémèse , il ne faut pas s’étonner que les théoriciens, dans l’ignorance où ils étaient des circonstances de cette affection, se soient peu appliqués à l’examen pathologique de son caractère, de ses tendances ou de son issue, et qu’ils aient négligé d’étudier le lien réel qui existe entre cet état morbide et les autres affections avec lesquelles il a de l’analogie, de la similitude ou de l’affinité.

§ II. Quant à nous, il nous semble avoir déjà dit tout ce que nous avons cru et pu devoir dire sur la question générale de l’hématemèse : inutile par conséquent de répéter ici ce que nous avons amplement développé dans la deuxième partie de ce Traité de Pathologie ^

‘ VoyesT. IV, Pathologie spéciale, partie II', sect. 1”, chap. 2, art. 3, p. 18C.

Rappelons seulement, et cela suffira, que cette affection , par le fait même de son infréquence, ne peut être rangée parmi les maladies dont les causes sont réputées ordinaires et quotidiennes; mais qu’il faut au contraire reconnaître, dans cet état morbide et dans sa raison causale, un mode d’individualité tout particulier d’après lequel le vomissement de sang ne serait le lot, bien rare encore, que d’un très-petit nombre de personnes.

§ III. A notre avis, cette condition d’individualité est facile à saisir, lorsque (abstraction faite de tout préjugé, de toute idée préconçue ou de toute opinion invraisemblable , tant sur une simple congestion obstructive que sur une âcre érosion saline dont la présence ne peut nullement se concilier avec aucun des phénomènes de l’hématémèse) on veut bien prendre la peine de considérer que les sujets chez lesquels le vomissement de sang est près de se manifester, éprouvent , il est vrai , de violentes contentions dans la région précordiale et principalement du côté gauche ; mais que cette constriction n’est ni assez fixe ni d’une uniformité assez constante pour donner une idée nette de cette obstruction purement hypothétique dont on préconise ordinairement l’existence ; tandis qu’elle peut parfaitement nous rendre raison des diverses commotions subites et violentes des mouvements vitaux, qui parfois se produisent d’une manière impétueuse et soudaine, parfois demeurent calmes, durant un assez longespace de temps.

Les praticiens intelligents sauront sans doute apprécier quel cas il faut faire, dans cette question, d’un mouvement de colère, par exemple, capable, par ses effets directs , de provoquer le retour de l’hémoptysie , susciter de fortes contentions dans la région précordiale et donner même naissance à des mouvements convulsifs dont les paroxysmes préparent immédiatement la voie au

vonfiissemeiit de sang. Les femmes d un tempérament hypochondriaeo-hystérique nous fournissent un exemple remarquable de ees phénomènes.

§ IV. De semblables eontentions se manifestent par de véritables attaques subites et impétueuses et démontrent surabondamment que le fait en question consiste en réalité dans ces sortes de tensions spasmodiques qui refoulent le sang de toutes les ramifications de la veineporte vers la rate et le poussent avec force vers le rameau splénique lui -même ; lequel, une fois gorgé, le déverse dans les parties voisines ; d’où l’éruption sanguine par l’estomac.

Nous avons complètement éclairci cette question dans un exposé historique — comme on en trouve quelquefois dans les auteurs — que nous avons fait avec le plus grand soin de cette maladie, dans une dissertation jadis publiée par nous sur le mouvement tonique vitale cette observation a été reproduite dans le chapitre où nous avons traité de l’hématémèse. Nous y parlons d’un vomissement périodique et mensuel qui , malgré son appareil imposant et uniforme de périodicité , malgré ses résultats et ses manifestations qui se produisirent régulièrement pendant plus de quatorze mois , céda cependant (contre notre attente, il faut l’avouer) à l’unique et puissante vertu du millefeuille. L’effet en fut si surprenant que, quoique la malade eût ressenti, à la suite d’une grave perturbation morale, des contentions spasmodiques on ne peut plus violentes à la région splénique, elle eut cependant le bonheur de ne plus voir se renouveler cette ancienne éruption et d’être complètement délivrée de toute atteinte de ce genre : nonobstant une ou deux évacuations liémoptysiques et un vomissement de sang assez violent (ju’clle éprouva quelque temps après, par suite d’une erreur du pharmacien dans la préparation d’un médicament.

D’après ces faits, il est bien facile d’apereevoir ce qui se passait réellement dans les paroxysmes des mouvements vitaux , en suivant la nature, dès le début même, pendant la marche et l’effectuation, jusqu’à l’issue totale des assauts périodiques de l’hématémèse.

§ V. Le vomissement de sang est une affection beaucoup plus rare, dans ses effets, chez l’homme que chez la femme : néanmoins , quoique dans le sexe masculin le dénouement final de la maladie ne soit presque jamais complet , l’appareil n’en existe pas moins que dans le sexe féminin ; avec cette seule différence que les personnes du sexe l’emportent de beaucoup, quant à la facilité de l’invasion et à la violence des attaques.

§ VI. Faisons remarquer ici par anticipation que l’affection connue sous le nom de mal hypochondriaque, a cela de particulier qu’elle est aussi extrêmement rare. Il est vrai que , pris dans le sens le plus large , ce n’est pas là un caractère absolu de cette affection, puisqu’on a assez souvent l’occasion d’en constater l’existence ; mais, à bien considérer le fond de la chose, il est aisé cependant de voir l’infréquence de cet état morbide, sous le double point de vue : 1 “ du nombre des individus qu’il affecte ; 2° de ses diverses époques d’apparition suivant chaque individu , pris séparément.

Et d’abord, sous le premier rapport, c’est à peine si l’on voit le vingtième des hommes sujets au vrai mal hypochondriaque. — Notez bien qu’il n’est pas même question de cette innombrable multitude de mortels qui , sachant se préserver de ces passions insurmontables, de ces désirs sans frein dont le foyer est dans les besoins du corps, justifient par leur manière de vivre l’appellation d’hommes de bonnes mœurs que leur donnent le public éclairé, usent d’un régime simple , d’un exercice intelligent, évitent toute perturbation et sont par là même

garantis non-seulement du mal hypoehondriaque- , mais encore de beaucoup d’autres affections corporelles, etc., en Afrique et en Amérique surtout. Nous ne parlons pas non plus de certaines atonies venteuses, vagues et inquiétantes de la région intestinale, survenant à la suite de mauvaises habitudes ou d’un régime déréglé et désordonné : malaises qu’il faut bien se garder de confondre avec la véritable hypochondrie.

Sous le second rapport, il est reconnu que les quelques individus sujets au vrai mal hypochondriaque n’en sont atteints que rarement et pas à tout âge , mais seulement à une certaine époque de la vie. On sait encore que leurs souffrances ne sont ni continues, ni opiniâtres, mais bien au contraire intermittentes, éloignées et purement occasionnelles.

Or, il importe en cette circonstance de bien distinguer ce qu’il faut réellement imputer à la véritable affection hypochondriaque et ce qui doit être simplement attribué à une simple atonie, issue de causes externes et dont l’effet certain est de provoquer tout au plus des exacerbations abdominales, sous forme de vents, de coliques et de diarrhées. C’est donc dans le but de porter quelques lumières à cette distinction indispensable que nous allons développer l’historique de l’hypochondrie.

Du mal hypochondriaque,

§ I. Le mal hypochondriaque proprement dit, consiste, comme l’indique son nom, en des tiraillements incommodes qui se manifestent au-dessous des côtes et principalement du côté gauche de l’abdomen : ce sont de simples douleurs sourdes, tensives, oppressives et suffocantes plutôt que des souffrances aigües, vives et lanci-

nantes; ces douleurs sont rarement ardentes ou brûlantes, mais seulement légères et pongitives; leur existence enfin est le plus souvent liée à un état remarquable de gonflement ou d’induration de l’hypochondre gauche. Aussi, approuvons-nous justement Hippocrate d’avoir désigné cette affection , lorsqu’elle est portée à un degré extraordinaire, sous le nom à’ hypertrophie de larate h

§ II, C’est en dessous de la partie inférieure des fausses côtes du côté gauche, que l’hypochondre se gonfle et qu’a lieu cette distension organique notable et cette dureté, cette induration toute particulière dont nous venons de parler : état funeste qui , par son intensité et son opiniâtreté, se maintient tel quel durant quelque temps et parfois même se prolonge indéfiniment. L’organe ainsi lésé offre au toucher une tumeur ayant la forme de la rate, avec une certaine largeur, et se terminant en pointe : de là, la comparaison qu’en font les hypochondriaques euxmêmes avec cette pierre dont se servent les moissonneurs pour aiguiser leurs faulx. La justesse de cette comparaison est parfaitement démontrée par l’autopsie cadavérique des sujets morts d’hypochondrie.

§ III . Cette affection est le plus souvent accompagnée de constipation ; mais, quoiqu’assez commun , ce phénomène n’est pourtant pas invariable, hormis le cas d’une invasion subite du mal, surtout chez les femmes. A ce propos, faisons observer que cet état de constriction intestinale, négligemment traité, peut, quelle que soit sa cause efficiente, provoquer par une sorte de réciprocité toutes les douleurs que nous venons d’énumérer, ou du moins en favoriser sensiblement la manifestation.

§ IV, Les personnes les plus sujettes à l’affection hypochondriaque sont : 1 “ les pléthoriques (on peut même

Voyeg, Tome YIII , Commentaire CLXXXV.

affirmer que, de tous les tempéraments, c est le plus facilement et le plus sûrement atteint) ; 2° les individus travaillés par un trop grand épaississement de la masse sanguine, mis complètement en évidence par le soulagement que les saignées ou les hémorrhagies spontanées apportent; 3“ ceux qui mènent une vie sédentaire ou oiseuse; surtout si par des agitations violentes, soudaines et immodérées de l’organisme , ils viennent à provoquer dans le sang une turgescence soudaine ; 4“ ceux qui , dès longtemps habitués à beaucoup manger, se nourrissent de substances trop sèches, de pain principalement, et boivent fort peu; 5“ enfin, les enfants et les jeunes adolescents, qu’on peut mettre assurément au premier rang dans la catégorie que nous venons d’établir. Quant aux vieillards, cette affection n’est chez eux que la simple continuation ou le retour d’une hypochondrie antérieure.

Parfois cependant, à l’époque de la transition de la jeunesse à la virilité, il est assez commun de voir cette maladie disparaître peu à peu d’elle-même ou du moins se calmer et diminuer sensiblement, si tant est qu’elle ne disparaisse pas entièrement.

§ V. 6“ L’expérience nous montre que beaucoup d’individus atteints d’hypochondrie se trouvent délivrés de ses attaques et de son influence générale, lorsque, par bonheur, il s’établit chez eux un flux hémorrhoïdal habituel. Réciproquement, il est encore prouvé par l’expérience que les vieillards sujets aux hémorrhoïdes encourent quasi subitement les cruelles souffrances de l’hy[)ochondrie, dès que le flux hémorrhoïdal est supprimé d’une manière quelconque.

A ce sujet, Hildan rapporte un fait qui mérite d’être signalé : il s’agit d’un personnage de haute distinction (jui soulfrait affreusement du mal hypochondriaque et qui en fut heureusement délivré par l’application fréquente

et périodique des sangsues à l’anus, que cet habile médecin avait lui-même ordonnée.

§ VI. Chez la femme , l’hypochondrie a une liaison si évidente avec le fait de l’évacuation menstruelle qu’il doit, on le comprend ^bien, exister nécessairement entre eux une conspiration naturelle. Ces rapports, en effet, sont si fréquents, si énergiques et si ordinaires, qu’ils ont été regardés par toute l’antiquité comme constituant une espèce pathologique particulière. Les résultats de cet état morbide ont encore, dans le sexe féminin, une analogie très-frappante avec le flux hémorrhoïdal ; ainsi, quand arrive l’époque normale de la ménopause, les souffrances hypochondriaques se déclarent chez les femmes avec une violence d’autant plus grande que celles-ci ont été douées d’une constitution pléthorique bien marquée.

§ VIL Faisons remarquer ici que, lorsqu’on pratique à propos et en lieu convenable une saignée artificielle chez un hypochondriaque, à tempérament pléthorique, il en ressent d’ordinaire un soulagement efficace et durable. Avee cette précaution, les remèdes que l’on emploie ensuite (parmi lesquels nous mettrons au premier rangcertains breuvages et des exercices convenables), agissent d’une manière bien plus héroïque et bien plus sûre que si l’on n’avait point préalablement procédé à cette évacuation. Nous dirons mieux : les agents thérapeutiques les plus efficaces, les toniques surtout légèrement astringents ne peuvent, chez un sujet pléthorique, que provoquer une recrudescence du mal, si on a oublié le moyen préalablement indispensable — la saignée.

§ VIII. Aux conditions précitées , ajoutons encore 7“ une circonstance importante, tirée de la prati(|ue clinique : c’est que, lorsqu’on emploie, comme l’habitude en a prévalu de nos jours , contre les sujets notablement

pléthoriques , des vomitifs prompts et puissants pour combattre les resserrements et les violentes contentions ressentis par ces patients dans la région précordiale, il en résulte une surexcitation immédiate des douleurs hypochondriaques , les(juelles penvent prendre alors un degré de persistance tel, que la contention, la pression et le gonflement restent désormais à l’état chronique.

Une chose incontestable et parfaitement avérée, c’est ce genre d’exacerbation par les vomitifs, qui affecte surtout d’une façon très-grave les personnes spécialement sujettes aux flatuosités : tout le monde sait aussi que, sous l’influence de cette exacerbation , ces flatuosités deviennent beaucoup plus insupportables pour les patients; mais il n’est pas vrai de dire qne presque toute cette scène pathologique dépende , d’nne manière unique , directe et fondamentale des flatuosités. Ce qui le prouve, c’est qu’on a souvent observé en de semblables circonstances l’apparition subite de l’hématémèse.

§ IX. D’après ces conditions de l’affection hypochondriaque, ce qu’il y a de plus certain et de plus frappant, c’est que cet état morbide est un véritable syndrome, un concours réel des circonstances qui accompagnent l’appareil pathologique , soit du vomissement du sang, soit des hémorrboïdes internes; aveccette particularité néanmoins, que les actes ou les effets qui se déclarent directement et d’une manière permanente dans les régions précordiale et splénique ont un rapport plus immédiat avec le vomissement de sang, d’où l’explication de la fréquence et de la violence de ces phénomènes iuorbides dans le sexe féminin : tandis que les symptômes qui se localisent vers les régions inférieures de l’abdomen ou vers l’hypochondre droit se rapportent plus naturellement aux bémorrhoïdes d’où, les coliques hémorrhoïdales, par suite de la cessation du flux, les hydropisies et l’obstruetion du foie.

Ce n’est du reste qu’à l’aide d’une sage et solide théorie que l’on pourra justement apprécier, soit l’énormité des souffrances que réservent au sexe masculin les coliques néphrétiques et les vomissements particuliers à cette maladie ; soit les inévitables conséquences qui en résultent et qu’on peut ramener à ces trois chefs principaux : r l’hématémèse; 2“ les excrétions mucoso - sanguino lentes du ténesme et même, ce qui est de meilleur augure, les évacuations par les hémorrhoïdes d’un sang pur et vermeil ; 3® enfin , les terribles atteintes de la cachexie, du scorbut et de l’hydropisie.

§ X. Aux circonstances que nous avons alléguées jusqu’ici, ajoutons encore, comme corollaire, que les principales souffrances de l’hypochondrie ont cela de commun, dans leur nature^, leur intensité et leur manière d’être, avec les commotions et les molimens d’éruption de la masse sanguine, qu’elles se conforment, comme ceux-ci, aux degrés et aux relations spéciales des âges qui sont l’objet de leurs attaques. Ainsi, les douleurs hypochondriaques se font sentir avec plus de violence chez les personnes encore jeunes (plus souvent chez la femme que chez l’homme), et se manifestent de préférence dans les parties supérieures, comme la région précordiale ou la région splénique, à moins que des causes externes et adventices ne les obligent à se localiser ailleurs. En d’autres termes, chez les personnes jeunes, l’appareil morbide de l’hypochondrie parait s’établir dans un but d’hématémèse en quelque sorte, quoique, en fait, il soit rare de voir le travail pathologique se terminer de cette manière. Chez les personnes plus âgées, au contraire, les symptômes hypochondriaques se dirigent et s’établissent vers les parties inférieures de l’abdomen où elles se traduisent par des coliques et des efforts de ténesme.

§ XI. Nous ne saurions omettre ici un phénomène que

nous avons eu maintes fois l’occasion d’observer, chez des jeunes gens, robustes surtout et d’une santé florissante, si l’on en excepte quelques attaques assez remarquables d’hypochondrie. A peine commençaient-ils à ressentir sous la région des fausses côtes, dans l’hypochondre gauche, une sensation aiguë de tension, de pression et de dureté accompagnée par intervalles de quelques lancinations, qu’ils étaient immédiatement atteints d’hémoptysie consécutive. En outre, les paroxysmes hémoptoïques qui se répétaient de temps à autre étaient précédés, la veille ou le jour même de leur apparition, par des souffrances réelles et locales dans l’hypochondre gauche. Personne, que nous sachions, ne supposera jamais que ces souffrances pussent provenir d’une autre région voisine ou connexe aux hypochondres; car, nous le répétons, c’était bien en dessous de la région des côtes que la sensation était localisée.

Ce qui pourra mieux faire ressortir encore la vérité de notre assertion, c’est que les douleurs locales et persistantes de l’hypochondre gauche paraissent avoir une propension pour les éruptions hémorrhagiques ; puisque on les voit concourir et conspirer, pour ainsi dire, même avec des évacuations qui n’ont à leur égard aucun rapport de connexité; nous voulons parler des évacuations hémoptoïques.

§ XII. La connivence des affections menstruelles, hypochondriaques et pectorales, dans le sexe féminin, nous explique parfaitement et nous rend en quelque sorte palpable un pareil phénomène. En effet, lorsqu’il y a, chez les femmes pléthoriques, suppression du flux menstruel, il est constant, comme nous l’avons établi dans un précédent chapitre, qu’elles ressentent aussitôt à la région précordialc des congestions, des contentions et quelquefois des éruptions ; il est conslaut aussi que, dans le

même cas, elles éprouvent non moins promptement et non moins fréquemment dans la région des hypochondres et de l’épigastre des commotions on ne peut plus violentes, des efforts extrêmement opiniâtres et des éruptions effectives par hématémèse : ce dernier cas est pourtant beaucoup plus rare.

§ XIII. Reste à démontrer la conspiration naturelle qui existe entre le caractère des violentes commotions hypochondriaques et le génie éruptif des hémorrhagies, en nous basant sur ce fait : que les douleurs hypochondriaques congestives et contentives sont éveillées et surexcitées par des causes absolument identiques à celles qui ont l’habitude ou la faculté de provoquer des évacuations sanguines. Disons d’abord que certains symptômes de rhypochondrie sont assurément beaucoup plus aptes à troubler d’une manière immédiate les mouvements, fes intentions et les directions de ces hémorrhagies qu’à agir en quelque façon sur d’autres matières. Par ces symptômes perturbateurs, nous entendons parler ici des affections morales qui sont d’une efficacité puissamment funeste dans l’altération des mouvements et du libre écoulement des évacuations menstruelles ; leur influencée n’est pas moindre sur les souffrances hypochondriaques : le peuple lui-même n’ignore pas cette particularité.

Une chose bien digne de remarque, relativement à cette question : e’est que les préjudices apportés au flux menstruel par les passions de l’âme s’unissent ou se eonfondent avee les douleurs de l’hypochondrie et se transforment même en ces dernières, d’une manière insensible, par une espèce d’attraction.

§ XIV. Il serait complètement déraisonnable de vouloir établir, d’après les anciennes traditions, une distinction ou une différence radicale entre les affections hypochondriaques et les affections hystériques; comme de préten-

dre que ces inconvénients dont nous venons de constater la connivence avec les perturbations menstruelles sont de nature plutôt hystérique qu’hypochondriaque.

En effet, si Higmore et Willis s’étaient donné la peine d’étudier avec une attention assidue le véritable rapport et la connexité préalable des évacuations sanguines avec l’appareil congestif de ces mêmes évacuations ; s’ils avaient suivi par déduction leurs dénouements habituels et réciproques, en s’appuyant même plutôt sur l’expérience quotidienne et vulgaire que sur la pratique clinicomédicale, ils seraient, il n’y a pas de doute, heureusement parvenus au but louable qu’ils se proposaient : Higmore, à conclure que l’affection hystérique chez la femme est la même chose que l’hypochondrie, chez l’homme ; Willis, à prouver que ces sortes d’affections sont purement spasmodiques, ou pour parler son langage, simplement convulsives, et qu’elles exercent leur influence plutôt sur les mouvements que sur des matières spéciales ou sur les lésions de ces matières.

§ XV. Ils auraient peut-être bien mieux compris les relations mutuelles qu’ont avec ces effets et ces manifestations morbides les mouvements intentionnels établis par l’agent vital dans le but d’opérer des éruptions et des translations sanguines; et cela, surtout, s’ils avaient daigné prendre pour guide cette utile et recommandable observation des anciens, savoir : que la nature vise, tend et travaille à l'allégement du sang, au lieu de s’en tenir à cette erreur universelle (honte de notre époque, fléau de toute bonne étiologie pathologique) d’après laquelle on prétend que des vapeurs, des exhalaisons vénéneuses du sang menstruel, supposé do mauvaise qualité, sont capables, tant qu’il est retenu dans le corps, de provoquer tous les désordres tragiques qui se passent dans le reste de l’économie et principalement ces affreuses douleurs convulsives dont parle Willis.

§ XVI. Nous ne prétendons pas que, parmi les jeunes filles atteintes de dérèglements menstruels, une sur cent n’éprouve les symptômes dont il vient d’être question ; mais ce qu’il y a de certain, c’est qu’une seule commotion violente de l’âme, survenue par suite d’une colère, d’une frayeur, d’un regret ou d’une anxiété, produit des ravages et des désordres plus fâcheux, plus fréquents et plus certains que ne pourraient le faire tant les mille et une causes que les six cents saveurs, vapeurs, humeurs et humidités d’Hippocrate. Tout ce qu’on rapporte en effet des saveurs et des odeurs soit agréables, soit désagréables (comme l’odeur d’une chandelle éteinte , par exemple ) , tire sa source plutôt d’une erreur et d’une manifestation particulière d’appréciation sensoriale, que d’un vice réel et d’une efficacité directement inhérente aux matières ; en un mot, ce fait pathologique est moins le produit d’une qualité vénéneuse ou occulte du sang que le résultat d’une commotion médiatement successive et notoirement excitante. On voit même le plus grand nombre des jeunes femmes affligées d’hystérie ne jamais éprouver rien de fâcheux de la part de semblables odeurs ou saveurs, etc. . . . Hormis le cas où des substances trop douces leur procureraient, par leur nature flatueuse, fermentative et stimulante , des perturbations tout à fait particulières. Mais, cette réserve faite, on n’a jamais ouï dire qu’une hystérique ait quelquefois ressenti, dans ses évacuations menstruelles ou dans ses névroses utérines, de grands et violents désordres, à moins qu’elle n’ait préalablement éprouvé des emportements, des colères concentrées, des frayeurs profondes, des regrets ou des désirs insurmontables.

§ XVH. La première, comme la principale cause du mal hypochondriaque et hypochondriaco-hystérique, se trouve donc dans le fait interne de l’abondance du sang et de la commotion opérée par la nature en vue d’un

allégement de la masse sanguine. Or, l’expérience prouve

que cette exonération peut se faire par la veine-porte,

tantôt vers les parties supérieures — c’est l’hématémèse;

tantôt vers les parties inférieures — c’est le flux hémor-

rhoïdal.

La cause adventice, capable d’accélérer, de surexciter et d’accroître la cause interne que nous venons de décrire, c’est Vatonie flatueuse des intestins : cause tout occasionnelle et étrangère.

§ XVI II. La flatulence est aussi le premier symptôme des secousses hypochondriaques, ainsi que nous allons le démontrer bientôt. Cependant, on ne saurait nier que, dans certaines constitutions corporelles éminemment sensibles, des causes autres que l’hypochondrie ne puissent directement produire la flatuosité intestinale : état morbide portant en général le trouble et le désordre dans la circulation libre et régulière du sang, à travers les innombrables ramifications qui parcourent visiblement la tunique nerveuse des intestins; état funeste qui peut, à n’en pas douter, donner occasion à cette cause réelle, désignée sous le nom d’impulsive ou déterminante et en vertu de laquelle toute disposition générale ou en puissance pour les mouvements bypocbondriaco-spasmodiques, ne tarde pas à passer immédiatement en acte.

§ XIX. La cause conjointe, capable de favoriser et de surexciter d’une manière plus intense le mal liypochondriaque, c’est la distension des voies, ou mieux la dilatation des vaisseaux mésaraïques et spléniques concourant à former la veine-porte. Lorsqu’en effet, par des contractions spasmodiques inégales, quelques-uns de ces méats communs se trouvent interceptés ou rétrécis, le sang, sous l’impulsion générale de son mouvement qui n’est pas interrompu pour cela, afflue en plus grande (juantité vers d autres vaisseaux dont la distension, devenant alors

trop grande, favorise singulièrement le développement de l’hypoehondrie, provorpie de violentes exacerbations et les entretient dans un état permanent d’intensité. Réciproquement, l’inégale distribution et le séjour trop prolongé du sang dans quelques méats seulement peut donner facilement lieu à de véritables hémostases.

§ XX. C’est pour prévenir et dissiper de pareils inconvénients que le principe actif de l’économie corporelle a recours à des mouvements puissamment toniques, capables de rétablir par leur propre énergie la circulation naturelle du sang. Or, ces mouvements s’effectuent à l’aide d’une irritation réelle, en vue de certaines fins et même en vertu d’une impulsion intentionnelle ou morale, pour parler comme l’école ; mais, jamais par une action ou une succession d’actes purement corporels ou physicomécaniques; car ces parties sont par elles-mêmes suffisamment aptes à subir non moins qu’à supporter une distension semblable à celle que nous venons de mentionner ; c’est ce qui ressort, du reste, de ces stases activement inflammatoires , opplétives et tensives qui se produisent sous l’influence directe d’un gonflement continu de l’abdomen accompagné d’ascite ou d’amaigrissement général , et parfois même d’une permanente induration concomitante tant de la rate que des ganglions mésentériques et du foie ^

Dans ces sortes de stases, il est certain qu’il s’établit des débordements ou des engorgements physico-mécaniques à caractère éminemment grave et qui devraient, par là même, engendrer un effet spécial complètement analogue à celui des mouvements spasmodifjues et beaucoup plus énergique assurément que l’effet produit, ordinairement chez la femme, par un mouvement violent de colère

Voyeg T. VllI, Commentaire CLXXXVI.

ou d’effroi et qui n’est autre qu’une recrudescence du mal hypochondriaque. Néanmoins, rien de tout cela n’arrive, d’ordinaire : probablement parce que tout phénomène de cette espèce ne serait d’aucune utilité réelle dans de semblables constitutions, et non parce que cette prétendue cause physico-mécanique est absente.

§ XXI. Voilà pourquoi, relativement parlant, ces sortes d’états morbides sont ordinairement à l’abri des contentions hypochondriaco-spasmodiques. Que si ces mouvements naturels, bien qu’inutiles, se manifestent parfois dans les constitutions sujettes aux stases, ce n’est jamais que par accident, c’est-à-dire lorsque l’occasion leur en est fournie par une passion déréglée de l’âme , ou que, par suite d’autres circonstances extraordinaires, il se produit dans l’économie quelque chose d’inutile et d’étranger à l’affection elle-même, en dehors de toute surexcitation anormale.

Plus, au contraire, les commotions hypochondriacospasmodiques correspondent aux organes qui peuvent servir de voie à l’issue effective des évacuations sanguines, plus aussi l’on voit se traduire par de vrais et redoutables paroxysmes les atteintes hypochondriaques : phénomène qui n’est pas dû à de simples causes internes ; car alors il y aurait toujours incertitude pour savoir s’il peut avoir son principe formateur dans un mouvement congestif, dans un effort d’excrétion ou dans des surexcitations purement pathétiques. D’où nous tirons cette conséquence légitime, que : tous ces effets ont en général pour cause véritable une sorte de pulsion et de pression active de la masse sanguine vers ces parties : mouvements tout intentionnels et tendant vers une issue telle qu’ils peuvent l’atteindre par leur propre aptitude. Ce qui ne veut pas dire que cotte impulsion naturelle soit toujours dirigée en vue d’un semblable résultat; car il arrive souvent (pi’elle revient assez promptement à un état plus calme.

g XXII. Pour rendre la chose plus claire, nous croyons utile de donner ici un aperçu général sur la structure et les rapports tant de la veine-porte en général que de ses rameaux splénique et hémorrhoïdal en particulier...

Fixons, avant tout, d’une manière générale, notre attention sur les innombrables ramifications qui, émergeant des intestins, se rendent vers le tronc principal. Considérons ensuite la rate qui, affectant, de préférence chez l’homme, la forme d’un champignon ou d’un filtre spongieux, qu’elle imite complètement par son organisation fibreuse, pompe et retient le sang en abondance. Cet organe annexe a des rapports si intimes avec la veine-porte, que celle-ci reçoit du rameau splénique, dans lequel viennent se déverser les vaisseaux courts, une plus grande quantité de sang qu’il ne lui en arrive des petits rameaux qui émergent de la substance splénique elle-même (ainsi que cela se passe chez les bêtes).

Il n’y a donc pas lieu de s’étonner 1 “ si quelquefois la transmission du sang, par le fait d’une excessive accumulation et de la structure même de la rate, s’arrête promptement dans les rares et étroits ramuscules de la veine splénique ; T si cette transmission est interceptée avec effort et violence par une contention tonique ou un embarras sans cesse croissant de la rate ; 3° enfin si elle est troublée par une constriction et un rétrécissement particulier du rameau splénique, à l’endroit où il s’anastomose avec le tronc de la veine-porte.

La distribution du rameau assez ample de la veineporte entre le pancréas et le duodénum n’est pas moins remarquable.

g XXIII. Enfin, nous avons à considérer la veineporte , sous le point de vue de sa nouvelle subdivision en un nombre infini de ramuscules plus ou moins volumineux , acquérant une étroitesse extrême et une exiguité

82 OEUVRES DE STAIIL.

remarquable dans leurs dernières distributions a travers l’étendue parenchymateuse du foie. Ici, en effet, contrairement à ce qui se passe dans le système veineux en général , le sang , par une impulsion particulière, est poussé, des troncs volumineux dans des rameaux moins spacieux et de là dans des ramuscules de plus en plus étroits.

D’après une semblable structure de la veine-porte, susceptible, par le nombre et l’étendue des ramifications, de recevoir une grande quantité de sang et de le retenir dans sa remarquable capacité, qui , comparée à celle des artères cœliaque et mésentérique, l’emporte de beaucoup relativement à la grandeur tant des rameaux que du tronc et lui permet de transmettre le sang de ce tronc principal dans une quantité incalculable de rameaux dont l’étroitesse va toujours en augmentant, par le fait même de leur subdivision ; d’après une telle disposition structurale de ce vaisseau, disons-nous, ne devrait-on pas justement s’étonner de ce qu’il ne survient pas des obstacles et des embarras plus fréquents, plus faciles, plus certains et plus opiniâtres , ou que l’économie corporelle ne soit exposée à de plus nombreuses incommodités et à des dangers plus graves. Or, une pareille constitution ne saurait s’expliquer que par une exaete observation et la compréhension du phénomène mécanique, touchant la distension des rameaux hépatiques de la veine-porte et la grande impulsion que reçoit continuellement la masse sanguine, du mouvement du diaphragme et des viscères abdominaux ' .

§ XXIV. 11 est encore opportun, nous dirons même nécessaire, de considérer ici , d’une part, la commiinicalion de la veine hémorrhoidale avec la veine splénique et.

■ Votjcs T. VIII, Commentaire CLXXXVll.

d’autre part , ragcnccinent spécial de ces deux rameaux, au moment de leur anastomose avec la veine-porte , à travers les plexus fibroso-nerveux qui occupent cette région : disposition anatomique toute particulière à l’homme. C’est grâce à cette organisation que la constriction de ces vaisseaux devient si facile dans ces parties et que, par le reflux du sang dont le libre cours est intercepté , il se manifeste des débordements vers les organes qui se déchargent habituellement dans cette veine.

Quant à la communication des veines hémorrhoïdale et splénique, son étude approfondie nous montre clairement l’état naturel de conspiration et de connivence qu’ont entre eux les mouvements hypochondriaques, dont les uns se dirigent tantôt vers la rate ou autour de cet organe , tantôt du haut en bas vers les méats hémorrhoïdaux, et dont les autres se manifestent alternativement dans chacune de ces deux régions.

§ XXV. Ces plexus fibroso-nerveux épais et multiples que nous venons de mentionner, sont un instrument véritable dont la nature se, sert pour rétrécir, à l’aide de la constriction de leurs parties fibrillaires , soit toute la veine-porte, dans la capacité de son tronc, soit le rameau splénique en particulier, à l’endroit où il se déverse dans la veine-porte , soit enfin le rameau hémorrhoïdal qui communique dans ce même endroit avec le rameau splénique. Or, l’effet de ce rétrécissement peut être tel \ que le sang qui circule à travers ces conduits, trouvant leur

* L’auteur parle évidemment ici, non seulement des cas de rétrécissement extrême des troncs de la veine-porte, mais encore de leur complète oblitération par la constriction permanente de ces vaisseaux, à l’aide des plexus nerveux qui les enveloppent dans tous les sens. Or, c’était là un fait complètement inconnu avant Stahl et très-peu étudié par les modernes ; sauf les dernières expérimentations de M. Claude Dernard, de l’Institut, et du savant directeur de l’école de médecine de Bordeaux , M. le professeur Gintrac, le seul, peut-être, qui ait dirigé son étude dans le même sens que le grand pathologiste de Halle.

ouverture fermée au moment de son passage et étant retenu dans les petites ramifications extrêmes , comme dans sa dernière retraite , dilate par son débordement et son accumulation successive les méats eux-mêmes et les orifices les plus reculés ; au point que ceux-ci , s’entr’ouvrant outre mesure , finissent, à l’aide d’une sorte de déhiscence, par laisser s’effectuer l’effusion de la substance fluide contenue dans leur calibre.

§ XXVI . Cette organisation toute spéciale résout parfaitement cette autre difficulté , savoir : que le refoulement du sang des plus grands vaisseaux veineux, vers les plus petites ramifications capillaires, est moins ordinaire qu’on ne pense. Car, par le fait de l’interception de la circulation à travers les grands méats , il résulte dans ces canaux un engorgement et une distension sensible qui • se propage jusqu’à leur orifice -, de sorte que ce n’est pas par un reflux du sang de ces conduits vers les ouvertures vasculaires , mais bien par un afflux véritable , une appulsion réelle et un mouvement habituel des plus petits vaisseaux vers les plus grands , que ceux-ci se remplissent peu à peu et se détendent jusqu’à l’anastomose de leurs orifices. Au surplus , faisons observer ici que V absence complète de valvules dans les ramifications qui aboutissent à la veine-porte rend , à partir de ce point , la circulation du sang parfaitement libre tant en avant qu’en arrière.

§ XXVII. La stagnation du liquide sanguin, provenant de l’embarras qu’il rencontre dans sa marche, est, du reste, singulièrement favorisée par la consistance molle et quasi flasque de la rate dont la surface est en outre constamment rugueuse : organisation qui parait avoir été ainsi établie par la nature pour faciliter sans dangers immédiats l’heureuse exécution de ces molimens intentionnels jusqu’à l’obtention d’une éruption sanguine;

quoique , en définitive , la rate énormément distendue pourrait, par un acte tonique quelconque, arrêter et vaincre même cette stagnation. Les fibres de ce viscère, longtemps macéré dans l’eau , démontrent la possibilité de ce phénomène ^ .

§ XXVIIl. Tout en faisant judicieusement remarquer ici, à propos de la structure de l’estomac, que cet organe est beaucoup plus ténu vers la partie d’où émergent les quelques vaisseaux qui communiquent avec la rate, que dans le reste de sa contexture (ce qui facilite éminemment le passage du sang de la cavité ventriculaire vers ces vaisseaux proprement dits), il est utile et bon de faire ressortir aussi la grande différence qui existe entre l’ap- .titudedes organes et leur usage effectif ou leur actuation. Car, en bien étudiant la véritable économie de ces choses, on reconnaîtra aisément que la nature a formé et façonné la structure de l’estomac, de manière à ce que l’irruption du sang puisse non-seulement s’opérer dans la cavité stomacale, mais encore pour que ce liquide se distribue sans embarras aussi profondément que possible.

§ XXIX. Quoique l’épanchement du sang dans la cavité ventriculaire soit un phénomène des plus rares, des moins naturels et des moins faciles, il n’en faut pas moins prendre en sérieuse considération V actuation toute particulière de l’agent vital ; faculté au moyen de laquelle la puissance , comme on dit , passe en acte et l’aptitude simplement mécanique est mue, dirigée, régie avec une activité ou une énergie organique, conforme aux exigences du temps, de l’utilité, de la nécessité et même des caprices de l’habitude.

§ XXX. A ce propos, redisons encore qu’il y a un bien petit nombre d’individus sujets à l’hematémèse.

* Voyez T. VllI, Commentaire CLXXXVIll, à propos de cette expérience faite par StaW,

Seulement, les personnes qui l’ont eprouvee une lois ou deux peuvent, dans la suite, en être plus facilement atteintes et en ressentir les attaques à des époques fixes ou périodiques. Mais c’est presque toujours de loin que ce genre d’excrétion sanguine est mis en jeu, d’une manière prompte et fréquente. Aussi arrive-t-il parfois que la nature, revenant sur elle-même ou, pour mieux dire, se corrigeant, abandonne peu à peu les moliinens déjà entrepris et cesse de tendre opiniâtrement à l’expulsion du sang par cette voie.

§ XXXI. Tel est, dans toute sa vérité, le fidèle tableau des affections hypochondriaques. Or, une sage observation des tendances actives manifestées par la nature dans ces sortes d’états morbides, une appréciation raisonnée des efforts entrepris par l’agent vital , auront un avantage réel pour la pratique médicale ; en ce sens que le médecin peut y trouver un guide infaillible pour savoir et pour reconnaître, selon les circonstances, en quel lieu favorable, de quelle manière et dans quelle mesure, il doit instituer lui-même, par imitation, des exonérations équivalentes aux exonérations naturelles , en vue desquelles sont entrepris tous les efforts de la force médicatrice et sans lesquelles on ne saurait dompter, réprimer, mitiger même les douleurs hypochondriaques, d’une manière utile ou constante, à moins d’exposer le malade à de véritables dangers.

Tout ce qu’on peut obtenir, en effet, par ces moyens répressifs, ce sont infailliblement des exacerbations, des habitudes opiniâtres, des écarts hétéroclites dans l’affection, se traduisant par des symptômes nouveaux ou insolites, et enfin des transformations morbides d’un genre différent, d’après l’opinion vulgaire, mais qui en réalité sont plutôt des souffrances analogues etintiinémcnt liées aux premières, tendant à se localiser, les unes, avec une

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allure régulière, vers les régions internes ; les autres avec un mouvement plus violent, vers les parties externes, en se traduisant par des perturbations arthriticorhumatismalcs, tantôt fixes et tantôt vagues. Parfois aussi elles se manifestent avec une excessive et soudaine impétuosité d’agitation, de surexcitation ou de répression subite au milieu même de la commotion : le tout, donnant lieu à des éruptions remarquables par leur inopportunité et leur immodération, à des oppressions périlleuses, à l’hémoptysie, à l’asthme convulsif, aux catarrhes suffocants, et chez les vieillards, ou chez les personnes moins avancées en âge, mais qui sont d’un naturel emporté, à toutes les conséquences de la paralysie, de l’hémiplégie et de l’apoplexie.

I XXXII. D’après ces considérations fondées sur la réalité des choses, on peut voir sans peine le caractère tout à fait spécial de ces métamorphoses extérieures et vraiment larvées du mal hypochondriaque, qui, chez les vieillards, sont en général prises mal à propos pour l’hypochondrie réelle; car elles ne sonique les conséquences d’une affection hémorrhoïdale ou néphrétique, parfois même le résultat latent, mais non moins sérieux et opiniâtre, des effets morbifiques d’une goutte rentrée qui n’exerce plus son influence que sur les organes internes.

§ XXXIII. Les praticiens, qui ont fréquemment l’occasion de traiter ces sortes d’états morbides et le loisir d’en faire l’objet constant de leurs intelligentes investigations, apprécieront facilement les fâcheuses conséquences qui peuvent résulter du traitement de ces vagues affections par les martiaux ou ferrugineux dont la vertu est certainement plutôt astringente qu’apéritive (en dépit de certaines classifications sans valeur).

A l’appui de cette assertion , rapportons ici un fait dont l’authenticité ne saurait être révoquée en doute :

En 1694, nous eûmes occasion de parler avec un homme de cinquante-huit ans , qui , après maintes choses indifférentes, amena la conversation quasi par hasard sur l’état de sa santé. Les symptômes qu’il décrivit étaient de nature à nous faire croire, ainsi qu’il le concluait lui-même, à la présence d’une affection hypochondriaque. En outre, son tempérament était tel que la complexion lâche et assez obèse de son corps, les dispositions et les habitudes de son esprit enclin à la gaîté, désireux pourtant d’un repos dont la possession lui était refusée, la couleur fleurie de son visage que l’âge n’avait pas encore fait disparaître, tout en un mot sur sa physionomie portait à présumer qu’il avait été dans sa jeunesse d’une constitution sanguine ou du moins un peu nervoso-sanguine et mélancolique. Nous lui demandâmes s’il avait usé de la saignée, des scarifications et autres choses semblables ; il nous répondit affirmativement sur les deux questions , avec cette différence qu’il se rappelait n’avoir pas pratiqué la saignée pendant longtemps et la scarification encore moins. Il ajouta que, dans le cours de l’année qui venait de s’écouler, il lui était survenu un symptôme tout particulier ; c’était des éternuements , mais si importuns que, au moment de cette secousse, il perdait l’usage de ses sens et ne revenait à lui qu’au bout de quelques minutes. « Une fois ce terrible symptôme disparu , il me restait , dit-il , un vertige dont l’impression désagréable se faisait assez souvent sentir, quoiqu’à des degrés divers. »

Guidé par ces détails, nous lui fîmes comprendre, d’après notre manière ordinaire de voir, qu’il avait eu tort de négliger ainsi les saignées dont il pouvait avoir déjà contracté 1 habitude, et que les douleurs importunes, de nature hypochondriaque, qu’il ressentait au-dessous des dernières côtes dans le flanc gauche, avaient de l’analogie avec un flux hémorrhoïdal. Aussi, lui prédîmes-nous hardiment qu’un écoulement réel des hémorrhoïdes (c’était précisément sur la facilité et la fréquence du flux hémorrhoïdal que roulait d’abord notre discours) lui calmerait beaucoup ses souffrances présentes. D ailleurs, nous lui déclarâmes franchement que, à moins de voir ces sortes d’évacuations sanguines s’établir chez lui, il était douteux qu’à son âge les douleurs hypochondriaques disparussent radicalement,

Lorsque nous eûmes fini de lui exposer notre sentiment , qu’il avait écouté du reste avec une religieuse attention, il nous répondit que nous avions parfaitement saisi la réalité, l’ordre et la nature de ses indispositions, qu’il ne pouvait enfin mieux reconnaître l’exactitude de nos paroles qu’en les appuyant de son témoignage oral. Il nous avoua donc que, dans l’âge mûr, alors qu’il se portait bien, il avait été sujet aux évacuations hérnorrhoïdales ; sa mémoire lui rappela en même temps que, peu de jours avant d’avoir eu les hémorrhoïdes, quelques moments même avant l’écoulement , il avait éprouvé les mêmes douleurs hypochondriaques que celles qui le tourmentaient actuellement et qui cessèrent à cette époque, dès la première apparition du flux. Cet aveu nous mit à même de pouvoir déclarer par avance au patient, avec toute la prudence et les précautions nécessaires en pareille occurrence, qu’il lui importait beaucoup de veiller sur lui-même et d’être très-circonspect dans le choix d’un traitement médical, que les innombrables inconvénients qui pourraient en résulter n’étaient pas peu de chose et qu’il y allait de son intérêt de consulter les hommes de l’art.

Ceux d’entre les médecins consultés, qui vivent encore, doivent savoir ce qu’ils pensèrent de notre opinion, lorsque le malade, à notre instigation, leur en parla pour la première fois. Quoi qu’il en soit, voici quelles furent, à partir de cette époque, les conséquences et les phases de cette affection : loin d’éprouver le moindre soulagement à ses maux , le malade fut atteint. Tannée suivante, d’un pissement de sang trèscopieux et très-opiniâtre. Son gendre vint nous consulter sur l’usage des astringents qu’on employait contre cette hématurie ; nous réprouvâmes cette méthode et nous en conseillâmes une autre qui ne fut pas du goût des intéressés. Qu’arriva-t-il ? C’est que le malade fut saisi d’une violente fièvre hectique, que les anciens avaient l’habitude de désigner sous le nom de ^èvre hectique putride. Toutefois, la force éton-. nante de son tempérament triompha du mal. Quant à Thématurie , qui reparut encore quelquefois, les personnes qui soignaient le malade, se conformant enfin à nos instructions et substituant l’usage des calmants à celui des astringents, eurent le bonheur de voir les attaques du mal beaucoup moins fréquentes. Malgré cela , les incommodités de Thypo-

chondrie n’en continuèrent pas moins ; elles s’accrurent et s’exaspérèrent môme de plus en plus: aussi, deux ans après ces dernières épreuves, le patient, affecté par une grande perturbation morale , se mit-il au lit et succomba-t-il dans quelques jours à une maladie dont la nature et le caractère ne purent pas être franchement déterminés.

§ XXXIV. Une chose que nous pouvons affirmer en toute certitude, c’est que jamais aucun vieillard ne s’est plaint de ces incommodités, qui sont l’apanage des hypochondriaques , sans avoir préalablement subi , dès son jeune âge, d’une manière frappante et dans un ordre non interrompu , les attaques successives ou le retour occasionnel des symptômes de Fhypochondric ; sans avoir du moins été déjà tourmenté par les atteintes plus frappantes encore des hémorrhoïdes et de la néphritis, soit séparément, soit conjointement avec les douleurs hypochondriaques, soit que ces hémorrhoïdes aient réellementeffectué leur éruption, soit que, simplement ftor^nes, elles aient manifesté leur présence par des tumeurs ou des inflammations locales, soit enfin que leur apparition ait été réduite à une excrétion particulière de mucus parfois abondante, mais le plus souvent légère et accompagnée de tout l’appareil ténesmoïde.

§ XXXV. Pour résumer en deux mots ce que nous venons d’exposer avec le plus grand développement, disons enfin que le mal hypochondriaque, dans le sens ordinaire attaché à sa dénomination, est dû, surtout lorsqu’il a son siège principal au-dessous des fausses côtes, dans le flanc gauche, à une disposition éloignée de la nature pour l’hématémèse. Plus, au contraire, les symptômes de l’hypochondric ont de tendance à se localiser vers les parties inférieures et à se produire par des flatuosités, des tensions, des spasmes et des coluiucs abdominales, sans molester nullement la région épigastrique

PATHOLOGIE TUÈS-SPËCIALE. 91

et rhypochondre gauche, plus la nature incline vers les évacuations hémorrhoïdales.

§ XXXVI. A ce point de vue, on comprend clairement pourquoi cette affeetion est plus ordinaire aux femmes ; pourquoi les douleurs hypochondriaques se font sentir chez elles avec plus d’intensité dans les régions spéciales del’épigastre et de l’hypochondre gauche; pourquoi enfin elles sont beaucoup plus sujettes que les hommes au vomissement de sang. En effet, à moins d’invoquer une raison purement mécanique, on ne saurait nullement expliquer, sans les distinctions que nous avons faites, pourquoi cette triste incommodité est en général l’apanage des femmes et pourquoi aussi de simples commotions morales réveillent , excitent , provoquent et irritent si promptement, si facilement en elles tous ces symptômes morbides. Or, s’il est certain que les affections hypochondriaco-hystériques, comme on les appelle, tirent leur première et leur habituelle origine d’une perturbation survenue dans les évacuations menstruelles, il est certain aussi qu’elles ont un but évident ou une destination naturelle et qu’enfm elles sont sensiblement mitigées dans leur violence par le rétablissement des menstrues, à l’aide de secousses imprimées à la masse sanguine par des mouvements de translation , de compression et d’excrétion qu’opère l’agent vital dans la masse sanguine, ou bien à l’aide de saignées préalables artificielles.

Nous croyons donc qu’il existe un lien très-probable entre les relations réciproquement causales de ces phénomènes, leur efficacité, leurs phases et leurs résultats directs ou nécessaires, plutôt que de regarder et de supposer les troubles de l’économie vitale comme passifs, fortuits et sans aucune analogie mutuelle de formation et d’existence.

Des vomissements noirs [mélœna).

g I. Bien que nous ayons déjà fait remarquer à maintes reprises que, pour éviter les vaines opinions et les erreurs futiles où Ton tombe ordinairement touchant les véritables causes des maladies, plutôt leur réalité positive, que de leur hypothétique possibilité, il fallait mettre en première ligne la condition de I’infréquence de la plupart des espèces morbides qui assiègent le genre humain. C’est là, néanmoins une chose si importante que nous la répéterons encore ici et toutes les fois que l’occasion s’en présentera.

A propos de l’hématémèse, nous avons prouvé que, hormis le cas où cette affection est provoquée par de violentes causes externes (certains remèdes drastiques, par exemple, qui, en agitant énormément le sang, en suscitent le vomissement), son apparition est extrêmement rare. Cette observation est encore plus vraie pour le vomissement noir, ou mélæna , car cette excrétion sanguine est moins fréquente que l’hématéinèse.

g II. Nous devons avertir ici les médecins de se tenir soigneusement en garde contre les désagréments inséparables à la pratique de leur art, à propos des rapports ignorants ou faux qu’on vient leur faire sur le compte de leurs malades, quand on leur dit : « Le patient a rejeté {tantôt par en haut, tantôt par en bas et tantôt par les deux côtés à la fois) des matières remarquables par leur couleur insolite, yy Dans ces circonstances, on mentionne assez souvent un certain liquide de couleur noire, d’une consistance considérable, en tout semblable à de la poix ou à du goudron, « Wie theer, wie pech »•, ce que d’autres personnes, moins portées à l’exagération, expriment par

cette locution : « Es gehe wie verhrannt von ihm. » « On dirait des matières calcinées qui sortent du corps. » Si elles sont amenées à en faire la description , elles s’étendent principalement sur la siccité et la couleur foncée de ces excrétions. Il résulte de tout ceci que ce phénomène pathologique mérite une considération spéciale et, si cela peut se faire, une appréciation oculaire ; surtout lorsque, à propos de substances vomies, on mentionne au médecin des matières excrémentitielles , tantôt en petite quantité et couleur de rouille, tantôt noires ; puisqu’il n’est pas rare de voir des malades rendre une matière grossière {gryseum), de semblable apparence , provenant soit de l’usage d’une cervoise très-épaisse, soit de substances confites (comme la liqueur de brou de noix ou le ratafia de cerises), soit de préparations martiales, soit d’une décoction de pruneaux, prise dans le but de relâcher le ventre.

g III. Pour l’ordinaire, les vrais vomissements noirs sont purement et simplement d’une couleur noirâtre, semblable â celle du diaprum ou du moins à celles des Rohs de genièvre et de sureau (préparé sans le brou vert des noix que les femmes ne manquent pas d’y ajouter pour le rendre plus foncé).

Quant à la qualité de ces matières, voici ce qu’il nous a été donné de constater dans les quatre cas, au plus, dont le souvenir ne nous ait pas échappé — sans compter un cas remarquable et tout particulier — : nous avons vu généralement un liquide uniformément grumeleux, épais et formé de particules oblongues et fibreuses en quelque sorte, quoique de petite dimension. Une fois, l’excrétion était si peu copieuse qu’en séparant les matières noires des autres matières vomies qui leur avaient servi de véhicule, à peine pûmes-nous en remplir une cuillerée. Gardons-nous cependant de confondre le vomissement

94 OEUVRES DE STAÎIL.

noir avec le vomissement de sang, qui, par 1 effet immédiat des styptiques qu’on lui oppose, peut quelquefois, dans ses derniers efforts, rejeter aussi des matières noires.

§ IV. Le mélæna se manifeste (quoique très-rarement , ne craignons pas de le répéter, car nous avons pour nous l’expérience et la réflexion) tantôt pendant les contentions splénico-hypochondriaques à type opiniâtre et chronique; tantôt pendant les maladies aiguës et les fièvres pernicieuses hétéroclites qui ôtent au patient le sommeil ou la parole ; tantôt dans les affections qui ont pour signes avant-coureurs un ennui extraordinaire, un dégoût insurmontable accompagné de tristesse et de mélancolie; tantôt enfin dans celles qui produisent non une perturbation subite, violente et des commotions fébriles extraordinaires, mais bien une espèce de langueur et de faiblesse vitale tant sur les mouvements du pouls que sur la tonicité générale de l’organisme. Pour nous résumer, nous dirons que le vomissement noir accompagne ordinairement les états morbides désignés par les praticiens sous le nom de fièvres malignes ( fièvres pernicieuses adynamiques ou typhoïdes graves). Et certes , ce n’est pas sans raison qu’on les appelle ainsi, car elles portent en elles, dès leur début, un caractère propre de malignité qui se traduit par une inflammation réelle de la rate, sans que cet organe aille cependant jusqu’à la suppuration et la corruption spbacéleuse. Nous croyons en effet que le vomissement noir, avec le caractère de puanteur qui l’accompagne, n’est que très-rarement la conséquence réelle de la corruption gangréneuse de la rate.

§ V. Le vomissement noir ne saurait être, comme le prétendent quelques auteurs, naturellement salutaire dans les affections chroniques préexistantes ; il n’est pas non plus absolument mortel, mais il tient le milieu entre ces

(leux caractères, si bien que lorsque ces affections chroniques n’ont en elles rien de fébrile, ni de particulier, le danger du mélæna est relativement moindre.

Il ressort de cette circonstance, pour peu qu’on veuille y prêter son attention, qu’un pareil état pathologique n’est évidemment autre chose qu’un molimen hémorrhagique véritable, qu’un vomissement de sang pur, plutôt qu’une réelle excrétion de sang à demi-corrompu.

g VI. Néanmoins, lorsque cette excrétion se manifeste dans le cours d’une affection aiguë, elle est toujours l’indice d’un danger suprême, non-seulement certain , mais encore imminent, si le mélæna se déclare pendant la période d’état ou aux moments critiques : époque où l’on devait naturellement s’attendre à quelque chose de salutaire opéré par un mouvement d’excussion des matières. Car, à examiner la chose de bien près, on peut dire que cette excussion ne mérite jamais d’être regardée directement et en elle-même comme un mouvement défavorable, ni comme un acte intimément nuisible. Or, quoique l’excrétion du mélæna ne soit pas ici absolument satisfaisante, tant au point de vue de la substance corrompue expulsée au dehors, que sous le rapport de la partie qui, par son contact immédiat avec cette substance, en subit indubitablement la fâcheuse influence, ce n’est pas à dire pour cela que le molimen soit complètement éloigné du but à atteindre et que sa mise en scène ne se fasse, au moins en général, en des limites justes et convenables, surtout relativement à l’intention, pour ne pas dire relativement à l’effet et à l’acte direct de l’exerétion. Ce qui ne signifie pas sans doute que l’expulsion de la matière corrompue enlève radicalement toute substance, tout germe, tout foyer, tout effet ultime ou général de corruption etqu’après l’allégement de la nature par le vomissement, le mal, continuant toujours, ne puisse finir par détruire l’équilibre de l’économie vitale.

§ VIL Au reste, pour bien comprendre le rapport de cet état morbide avec les affections hypochondriaques dont nous avons parlé dans les précédents articles, il faut remarquer que les souffrances chroniques surtout, dont le vomissement noir est quelquefois la conséquence, sont évidemment les symptômes d’un mal hypochondriaque plus ou moins opiniâtre. Aussi, peut-on voir clairement par là la connivence réciproque de l’hypochondrie et de cette espèce de vomissement sanguin. Pour ces motifs, il ne nous paraît pas utile d’établir une théorie spéciale sur l’étiologie du mélæna , puisque ce que nous avons déjà dit sur l’hématémèse et sur les congestions ou les 6ontentions hypochondriaques suffît pour la faire comprendre.

§ VIII. Quant à ceux quU’efforcent d’établir à ce sujet divers principes, uniquement matériels ou corporels, au point de vue du sujet, purement fortuits et dus au hasard, au point de vue de l’action, du fait en lui-même de l’effet ou du résultat (de quelque manière qu’ils veuillent l’appeler), nous exigerions d’eux qu’ils nous rendent compréhensibles leurs démonstrations, se perdant toujours en grands mots et qu’ils nous prouvent d’une manière palpable comment il se fait que le mélæna soit en réalité si rare ? Nous accepterons volontiers alors leurs assertions , mais à la condition expresse qu’ils ne récuseront pas cette infréquence en s’appuyant sur leur pratique, leur expérience et leurs observations, à moins qu’ils ne donnent en même temps des gages certains que ces observations ne sont pas le résultat de leurs artifices et que ce n’est, ni parles drastiques, ni par les corrosifs qu ils ont provoqué des vomissements extraordinaires, qu ils les ont refoulés dès leur apparition et qu’ils ont enfin fait dévier les premiers actes de la nature.

Quant à nous, pour fonder V étiologie du mélæna, nous n avons pas jugé à propos de nous étendre longuement

sur les causes externes du vomissement du sang, car les choses parlent d’elles - mêmes , en leur faveur : nous avons du reste en horreur tout ce qui ressent l’ambiguïté et les répétitions superflues.

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