‹ Œuvres médico-philosophiques et pratiques de G. E. Stahl... traduites et commentéesChapitre 6 sur 23 · DES HÉMORRHOÏDES · texte numérisé non relu

DES HÉMORRHOÏDES

§ I. L’histoire de V excrétion hémorrJioïdale, telle qu’il nous a été donné de l’observer personnellement et même de l’approfondir en des occasions toutes spéciales, a été une des causes principales qui nous ont amené à ne pas accorder une entière confiance tant aux relations écrites et aux annotations vulgaires des médecins, qu’à leurs appréciations étiologiques et aux raisonnements dont ils se plaisent à faire étalage; une fois' surtout que nous avons pu constater par nous-même combien ils s’éloignaient de l’exacte réalité, en ce qui touche la question présente.

Or, l’expérience seule nous a appris que l’évacuation hémorrhoïdale est une chose beaucoup plus ordinaire, beaucoup plus fréquente qu’on pourrait se l’imaginer, et qu’elle a en outre des liaisons et des conséquences morbides qui ne sont jamais venues à l’esprit, nous ne disons pas de la généralité des hommes , mais même des écoles médicales.

§ II. Tels furent les motifs principaux pour lesquels nous prîmes à cœur, durant une longue série d’années, d’étudier et de scruter avec la plus grande attention ce genre d’affection. Aussi, sommes-nous pleinement convaincu aujourd’hui que, de la manière dont nous allons développer un pareil sujet, ressortira tout à la fois, pour

les esprits intelligents, et renchaîneinent des phénomènes hémorrhoïdaux et la valeur de notre déduction. C’est pourquoi, comme, dans la deuxième partie de ce Traité de Pathologie, nous avons déjà parlé des hémorrhoïdes, nous allons présentement, sans autre préambule, nous occuper de l’affection hémorrhoïdale : T au point de vue des flux en particulier et de leurs dérèglements ; 2" au point de vue de l’influence de ces mêmes flux sur d’autres affections qui en sont les compagnes inséparables par une raison morbide de connexité et de conspiration mutuelles.

g III. Que, dans l’exposé général des affections anormales considérées sous le rapport de leur plus ou moins grande fréquence, on mette avec raison en première ligne les hémorrhagies, leur appareil, leurs circonstances et leurs conséquences, rien de plus raisonnable : c’est là une chose que tout le monde peut comprendre, mais principalement ceux qui font de ces questions l’objet constant de leurs études. Le vulgaire lui-même ne sait-il pas d’ailleurs que, de toutes les incommodités qui assiègent l’économie humaine, les hémorrhagies nasales sont les plus fréquentes ?.... Qu’il se trouve çà et là des médecins qui ignorent tous ces faits, il n’en est pas moins vrai pour cela, ni moins indubitable (à moins sa grande fréquence), que l’évacuation du sang par les hémorrhoïdes n’est jamais ni si abondante, ni si répétée que dans l’épistaxis.

g IV. Or, de même que, dans toute éruption sanguine, il faut en général certains appareils symptomatiques qu’on peut réduire : r à une congestion synergique de toutes les parties du corps vers le lieu où doit s’opérer l’hémorrhagie ; 2“ à une contention exercée aux alentours de cet organe; 3" enfin, à certains embarras qui, se produisant au début de l’évacuation, persistent durant son effectua-

tion et demeurent même après son aceomplissement : de même et pareillement devons-nous tenir eompte de toutes ceseirconstanees dans l’évacuation hémorrhoïdale. Cependant, comme certaines d’entre elles sont, à des degrés divers, étrangères à l’acte même de l’excrétion et que souvent le phénomène le plus apparent ici se trouve être celui des contentions, nous suivrons l’ordre indiqué et nous dirons un mot des efforts qui se manifestent pendant l’évacuation.

§ V. Lorsque le flux hémorrhoïdal s’exécute facilement, avec ordre et modération, chez les personnes qui y sont particulièrement prédisposées, les praticiens appellent ce phénomène, un bénéfice de' nature {beneficium naturæ), par opposition aux fâcheux inconvénients que l’expérience a malheureusement appris à redouter, lorsque les excrétions ne se font pas normalement alors que la prédisposition naturelle n en subsiste pas moins. Par prédisposition, nous entendons ici une constitution pléthorique et des commotions sanguines qui se manifestent fréquemment à l’âge ordinaire de ces évacuations ou aux époques qui ont précédé ces sortes d’exonérations habituelles. Mais ce qui a sans contredit le plus d’influence dans ce genre même d’excrétion, c’est la prédisposition héréditaire. Nous possédons â cet égard de nombreux exemples de l’affection hémorrhoïdale transmise, par voie congénitale, des parents aux enfants, qui voyaient à leur tour se manifester non-seulement d’une manière infaillible, mais encore prématurément, avec intensité et abondance, ces sortes de commotions ou d’exonérations.

§ VI. Sans doute que les deux sexes sont sujets aux hémorrhoïdes ; mais ce n’est ni également, ni indistinctement, car le flux hémorrhoïdaire est plus spécialement l’apanage des hommes. Hippocrate était dans l’erreur lorsqu’il prétendait que les femmes n’ont jamais les hé-

f" îmorrhoïdes ; dans nos climats, en effet, il est generalej'^ jfment reconnu que les femmes enceintes sont portées à ^ / avoir à l’orifice du rectum des tumeurs bémorrhoïdaires, appelées en allemand tacken md mastkôrner ^ , « tumeurs bémorrhoïdaires, » et qu’elles éprouvent même de véritables excrétions, surtout quand vient l’époque de la ménopause. Toutefois, il est vrai de dire que le flux hémorrhoïdal est beaucoup plus rare et qu’il dure bien moins longtemps chez les personnes du sexe féminin que chez l’homme, qui en éprouve des atteintes plus fréquentes et un écoulement plus copieux.

§ VU. Malgré cela, ce n’est pas indistinctement à toutes les époques de la. vie, mais bien à un certain âge, que l’homme ressent les symptômes de l’affection hémorrhoïdale. — Abstraction faite, bien entendu, des cas où elle est provoquée par des causes externes et fortuites, comme un violent effort entrepris pour la défécation des matières dures qui sont dans les intestins ; un exercice à cheval accompagné de secousses et prolongé durant plusieurs jours ; une vie sédentaire ; une température ardente; un sang irrité; un régime échauffant; une prédisposition héréditaire, et enfin le concours simultané de toutes ces circonstances.

Pour l’ordinaire, c’est à l’âge mûr, tantôt au commencement, tantôt au déclin de cette période delà vie humaine, qu’apparaissent les hémorrhoïdes. Lorsque le flux se déclare chez des personnes plus jeunes il est incessant, immodéré , anormal et le signe presqu’in faillible d’une vieillesse prématurée : c’est tout le contraire chez les individus plus avancés en âge, et l’on peut dire en général

^ Taken und mastkôrner , signifte littéralement : tumeurs on varices hémorrhoidaires ; bourrelets formés par la (Jilatiilion variqueuse des vaisseaux hémorrlioïdaux.

* Voyes,T. VIII, Commentaire CLXXXIX.

que, lorsqu’il se déclare avec régularité et modération, il est pour eux un brevet de longévité. Le flux qui attaque les personnes jeunes est ordinairement inconstant; il s’arrête facilement et entraîne après lui le cortège habituel des affections avec lesquelles il a du rapport. Parfois, il reparaît avec une nouvelle violence, dès que l’occasion s’en présente , mais ce n’est jamais sans un appareil, des phases et un dénouement on ne peut plus pénibles.

§ VIIl. Puisque c’est ici le moment de nous occuper d’une manière toute particulière des déviations morbides du flux liémorrhoïdal , nous signalerons en première ligne V ataxie ou l’irrégularité de cette affection au point de vue du temps et de la quantité.

D’abord, le flux hémorrhoïdal pèche quant au temps, lorsqu’il est trop précoce, qu’il se manifeste plus souvent que de coutume et qu’il persiste beaucoup trop dans sa durée. Il pèche tout à la fois par le temps et par la quantité, lorsque l’éruption, se déclarant plus tôt qu’il ne convient, n’observe dans sa marche ni une mesure raisonnable, ni un ordre régulier, et outrepasse les bornes dans ces deux conditions. S’il vient à cesser de nouveau ou qu’il soit purement supprimé par l’intervention de l’art, ce n’est jamais qu’en exposant le corps à de graves incommodités, à des souffrances et à des dangers plus redoutables que l’écoulement lui-même. Il arrive alors de deux choses l’une : ou ce flux reparaît dans un âge plus avancé et la santé revient avec lui, ou il ne reparaît plus, à proprement parler, et alors surgissent des maladies, des affectioil^' dé toute sorte dont on cherche en vain la cause et l’origine, si l’on perd de vue leur concaténation morbide avec le flux hémorrhoïdal.

§ IX. Assurément la disposition héréditaire est une des causes les plus certaines du caractère désordonné que présentent les hémorrhoïdes ; toutefois, les circon-

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stances externes, fortuites et plus ou moins violentes que nous avons déjà indiquées impriment, en dehors de la disposition congéniale et avec non moins de puissance, une marque distinctive à ce caractère. Ainsi, quoique dans le principe ces causes adventices n’influent pas également par une énergie simple et directe sur les hémorrhoïdes, quoiqu’elles provoquent plutôt une commotion qu’une éruption hémorrhoïdale, il est vrai de dire cependant que, une fois la porte ouverte à l’excrétion, des éruptions sanguines qui, à leur début, sont toutes fortuites et violentes, acquièrent facilement dans la suite (surtout si aux circonstances adventices viennent se joindre la pléthore ou une agitation quelconque de la masse sanguine) une inclination plus irrésistible pour ce genre d’évacuation, et passent conséquemment à l’état d’habitude par une sorte de continuation d’efforts de la force vitale, dans le but unique d’une nouvelle excrétion. Ceci est vrai surtout pour les hémorrhoïdes qui ont été provoquées par un exercice à cheval violent et insolite. Quant à celles qui ont une apparition en quelque sorte plus tempestive, vu la maturité de l’âge, elles ne laissent pas que d’avoir parfois des irrégularités, soit dans leur quantité, soit dans leur retour brusque, soit enfin dans leur opiniâtre persistance : désordres qui sont souvent occasionnés par un régime de vie mal entendu ou par l’emploi inopportun de certains remèdes.

§ X. Un autre vice du flux hémorrhoïdal est en quelque sorte inhérent à son issue : il consiste surtout dans V engorgement des vaisseaux hémorrhoïdaires et dans les efforts contentifs de l’agent moteur pour l’excrétion elle-même. Ces engorgements vasculaires constituent les hémorrhoïdes borgnes qui ne sont, tantôt que des boursouflements, tantôt de véritables tumeurs.

Les hémorrhoïdes turgescentes se traduisent par une

vésicule mollasse, cédant au toucher, d’un aspect transparent et pleine évidemment de liquide sanguin; car, lorsqu’il y a rupture naturelle ou incision et que le sang s’échappe, cette vésicule devient flasque et rugueuse.

§ XL Quant à la tumeur issue de la distension des vaisseaux, elle se localise de préférence, à la suite d’une hémostase ou d’une coagulation de sang, dans les conduits les plus longs et se traduit dans la partie circonvoisine par une inflammation accidentelle.... C’est un vrai furoncle L Voilà pourquoi, à la tumeur hémorrhoïdale, vient toujours se joindre une douleur inflammatoire, des plus aiguës : de là encore leur nom d’hémorrhoïdes borgnes et dolentes. Or, à moins d’obtenir à temps la résolution de la tumeur, on peut affirmer qu’il n’y a pas d’autre mode de terminaison que la suppuration ; sans cela, cette tumeur dégénère assez souvent, nous dirons même presque toujours, en ulcération fistuleuse : résultat fâcheux qui n’est malheureusement que trop certain, lorsque, profondément incisée avant l’époque delà maturation, la tumeur manifeste une propension déclarée pour l’ulcération et même pour la corruption gangréneuse, ou que, après la suppuration, elle hésite trop longtemps à se vider, à se purifier et à se bien cicatriser.

N’est-il pas réel, en effet, que toute stase inflammatoire, toutes les tumeurs hémorrhoïdales, ainsi que tous les furoncles et conséquemment la suppuration, ont pour siège primitif et principal la capacité d’un vaisseau gorgé de sang coagulé. Voilà pourquoi dans ce cas-ci l’ouverture artificielle ou la rupture de ce vaisseau ne donne lieu qu’à une cavité étroite, sinueuse, profonde et peu propre par là même à la purification de la partie qui est en outre

' Stahl veut parler sans doute ici de ces cas d’hémorrhoïdes où la tumeur est formée par un épanchement de sang dans le tissu cellulaire sousmuqueux.

douée d’une excessive sensibilité. Ajoutez, à ces inconvénients, l’incommodité de la région atfectée et la négligence ordinaire des malades, au début du mal, et vous aurez la raison pour laquelle la tumeur liémorrlioïdale en suppuration passe aisément de l’état purulent à l’état ulcéroso-sanieux et enfin se change en véritable ulcération fistuleuse.

§ Xli. Une autre conséquence des molimens liémorrhoïdaires qui n’arrivent pas régulièrement à leurs fins , ce sont les efforts ténesmoïdes : efforts tantôt continuels, tantôt intermittents, quelquefois môme persistant avec opiniâtreté, sans qu’il n’y ait plus aucune tracé de gonflement ou de tumeurs hémorrhoïdales dont ils sont en général les compagnons inséparables.

Sous leur influence, on voit parfois se manifester une excrétion muqueuse, qui n’est pas précisément gluante et visqueuse, mais simplement épaisse, àl’instar d’une solution de gomme adragante. Sa couleur est en général roüssâtre et quasi rosée, marquetée çà et là de quelques stries sanguinolentes très-minces. Ce qui imprime ainsi ce caractère à la constitution matérielle de ces substances, c’est, il n’y a pas de doute là-dessus, l’épaississement du sang proprement dit (en d’autres termes, du sang rouge), dont la libre circulation se trouve suspendue et dont la vive irruption à travers les membranes déliées qui forment la marge de l’anus est si bien empêchée qu’il se produit bientôt des engorgements, des hémostases et enfin, sous l’influence des contentions oppressives du ténesme, la sécrétion d’une petite quantité de ce sang, mêlée au mucus.

Du reste, il ne faut pas attribuer pour cela l’excrétion muqueuse qui s’opère sous les efforts du ténesme au mucus seul des intestins, car il y a une très-grande différence entre ces deux genres de mucosités -, on ne doit

pas non plus l’imputer entièrement aux constrictions ténesmoïdes de nature catarrhale et occasionnées par un refroidissement externe de l’orifice du rectum ; car, dans ce dernier cas, le mucus évacué est plus naturel , plus visqueux, plus transparent et n’est mêlé à rien, si ce n’est quelquefois à des matières fécales.

§ XIII. Nous mentionnons encore ici certaines geaisons serpigineuses, opiniâtres et intolérables qui, se déclarant pendant la durée de cette affection, sont tantôt permanentes ou continues, tantôt intermittentes et promptes à revenir d’elles-mêmes. Les Français désignent sous le nom à’hémorrhoïdes blanches les tumeurs où se fait sentir la démangeaison. Quelques-uns cependant (et c’est plus naturel ) appellent de ce nom les excrétions muqueuses dont nous venons de parler. Lorsque cette affection prurigineuse — qu’il faut bien se garder de confondre avec les ulcérations et les excroissances vénériennes si bien caractérisées sous la dénomination de crêtes de coq par Listérus ^ — s’est depuis longtemps localisée à l’anus d’un malade, une répression subite de ses résultats ne peut qu’engendrer les plus fâcheux inconvénients, témoin cet exemple remarquable :

Un homme de 50 ans, pris d’une violente fièvre rhumatismale, se vit atteint, le septième jour de sa maladie, d’une apostase subite et étendue sur toute la jambe qui se tuméfia d’une manière aussi prompte qu’alarmaute. Ce gonflement était accompagné de rougeur et d’une certaine douleur tensive qui ne ressemblait en rien à la sensation perçue dans le cas d’une franche inflammation. L’état fébrile avait d’abord commencé avec des douleurs articulaires à l’épaule, au bras, à la hanche, au fémur, à la jambe, le tout du même côté du corps.

A la disparition de ces douleurs, la commotion de la fièvre

' Voyeji, T. VIII, Commentaire CXG.

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était devenue si intense qu’elle présentait les vrais symptômes d’une inflammation interne. Mais, lorsque, par suite de l’apostase, le corps fut revenu à la tranquillité, les douleurs arthritiques reparurent de nouveau ; elles prirent de jour en jour un caractère de plus en plus goutteux et se produisirent avec des allures si insolites que le patient, malgré l’apaisement du mal , n’en continuait pas moins à ressentir dans les parties affectées une rigidité spasmodique et pouvait à peine fléchir son hras ou le porter jusqu’à l’oreille. Une souffrance aiguë et violente qui s’était localisée à la hanche s’aggravait d’une manière atroce à la moindre agitation et surtout à la suite d’un mouvement quelconque de colère, de terreur ou d’anxiété ; perturbations morales dont les occasions (et des occasions sérieuses) n’étaient pas ménagées au patient! C’était même après une commotion de ce genre que cet état de malaise et de tourments s’était produit dans le principe.

Guidé par notre théorie pathologique ordinaire, nous reconnûmes à cette affection une cause éloignée par son rang, mais une des plus caractéristiques par son efficacité, que nous jugeâmes consister dans certains molimens hémorrhoïdaires. Par manière de parler plutôt que par ordonnance, nous indiquâmes l’usage des sangsues à l’anus; le malade, à ce conseil , nous donna spontanément connaissance des trois phénomènes suivants : 1“ qu’il était souvent tourmenté d’un ténesme fort importun qui lui durait quelquefois deux ou trois jours; 2" que, plusieurs années auparavant, il avait, un an ou deux, pendant un séjour en France, fait un usage assez fréquent des sangsues ; 3° enfin que, après cette époque, il avait longtemps ressenti une démangeaison insupportable à l’anus, et que son épouse était parvenue à le débarrasser depuis peu de cette incommodité rebelle, au moyen d’une certaine huile balsamique de millepertuis.

De l’exposé de ces faits, on peut aisément apprécier le lien réciproque qui existe entre les évacuations artificielles préalablement établies vers les régions hémorrhoïdales, les écoulements qui en résultent , les éruptions tout au moins ulcéreuses qui peuvent se déclarer et les douleurs arthritico-rhumatismales, sciatiques et apostatiques qui se produisent sur la jambe à la suite d’autres maladies. Nous devons ajouter que, peu après la disparition entière et le rétablissement

complet de Tulcération hémorrhoïdaire , le malade dont il vient d’être question se plaignit vers les régions hémorrhoïdales de certains malaises on ne peut plus graves ; tels que coliques hypochondriaques , douleurs arthritico- rhumatismales, etc . symptômes certains de la même affection,

quoique plus latents et moins vifs à leur début et qu’on désigne en ces termes ; « Es liege ihnen so in denen gliedern, homme ihnen manchmaln , als ivann sie gantz zerschlagen wâren : es ziehen f lusse an ihnen um, die da zum ôftern sich einlegen in schuUern, rücken, lenden, hüfften, creutz, etc., dass sie sich nicht davor umsehen, frey regen oder wenden hônnen, etc. » C’est-à-dire, que les patients atteints de cette affection sentent leurs membres lourds comme du plomb, ou comme s’ils avaient été roués de coups ; que des douleurs vives courent ça et là dans tout leur corps et s’arrêtent parfois, soit aux épaules, soit au cou, au dos, aux reins, soit aux lombes et aux anches, etc., en sorte que, non-seulement, ils ne peuvent se mouvoir librement, mais encore il leur est impossible de tourner la tête pour regarder autour d’eux.

§ XIV. Il ne manquera pas sans doute — on peut hardiment le conjecturer — de médecins qui s’obstineront à regarder comme indignes de leur attention les ulcérations serpigineuses ou fissures réfractaires qui se manifestent au pourtour de l’anus , et à considérer comme à peu près nulles dans leurs effets, les conséquences ultérieures de ces ulcérations. Cependant s’ils daignaient préalablement étudier quelle est l’énergique puissance de la scarification pour dissiper et prévenir dans les autres parties du corps les affections rhumatismales, quelle est la facilité avec laquelle ces affections reparaissent par la négligence de cette pratique, combien enfin sont nombreux, au point de vue de l’expérience, les exemples de l’affection rhumatismale et de ses graves conséquences, nous avons la ferme confiance qu’ils pourraient tirer de toutes ces considérations une conclusion parfai-

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ternent raisonnable et avantageuse au point do vue de ces

sortes d’ulcérations.

§ XV. Les tumeurs hémorrhoïdales externes dont le flux est nul ou anormal se présentent sous la forme de marisques : ce sont des pellicules rugueuses, susceptibles de se gonfler ou de se désemplir et propres à fournir habituellement matière aux éruptions sanguines en entretenant pendant quelque temps l’évacuation. Parfois au contraire, ce sont des tumeurs sèches, des tubercules particuliers, ayant la forme ainsi que la consistance de verrues et provenant, tantôt d’une dépravation de ces tumeurs occasionnée par l’usage de l’axonge ; tantôt de l’induration même des ulcères serpigineux détournés de leur forme naturelle par une irritation locale ou par l’emploi intempestif de certains onguents. Quant aux dégénérescences et aux tumeurs de ce genre dues à un germe vénérien |condylômes) , il faut apporter la plus grande prudence dans leur observation et savoir les discerner habilement des tumeurs simplement hémorrhoïdales.

§ XVI. Il nous reste maintenant à répéter en peu de mots, comme nous l’avons déjà établi dans la deuxième partie de ce traité de pathologie, qu’il existe un consensus tout particulier, une connivence remarquable entre les mouvements hémorrhoïdaux, soit internes, soit externes. La transition du mouvement interne au mouvement externe est lente, rare et peu facile, vu la grande diffusion de ce dernier -, tandis que le passage de l’extérieur à l’intérieur est au contraire prompt, aisé et ordinaire. Nous ne parlons ici, bien entendu, que des mouvements spontanés des hémorrhoïdes : ce qui n’empeche pas qu’à l’aide de moyens artificiels employés, à l’aventure, pour satislaire à l’imprudente volonté des malades on ne provoque parfois mal à propos un semblable déplacement des molimens hémorrhoïdaires : pratique qui a donné lieu à cette locu-

tion populaire remarquable par sa justesse : « Es sey ihnen in die glieder geschlagen, in die glieder getriehen worden. » « Cela leur a brusquement porté le mal dans les membres » .

C’est là, en effet, ce qui se présente quelquefois dans la paralysie légère, ou parésie occasionnée par la colique, lorsqu’on emploie des diaphorétiques trop puissants, que l’on suit un régime peu convenable ou que Ton fait usage de bains, après une saignée inopportune. Qu’on nous permette à ce propos de citer un exemple tout à fait digne de l’attention des praticiens ;

Une femme de 40 ans environ, douée d’un excellent embonpoint, jouissant d’ailleurs d’une infinité d’avantages par sa condition, avait l’habitude de boire plus qu’il ne fallait d’un vin qu’elle tirait, il est vrai, du crû paternel , mais qui était aussi d’une énergie dont elle aurait dû tenir compte. Il ne lui restait qu’un fils des quelques enfants qu’elle avait eus : aussi s’était-elle mise dans l’esprit une envie déraisonnable plutôt qu’un raisonnable espoir de fécondité nouvelle. A cette fin , elle alla trouver un praticien en grand crédit parmi le vulgaire, qui lui fit les plus merveilleuses promesses et lui ordonna pendant un temps assez considérable l’usage des utérins et des nervins ; remèdes plutôt irritants que fortifiants. Les fruits qu’elle en retira furent des douleurs hypochondriaques, accompagnées de contentions spasmodiques et de gonflements abdominaux à caractère alarmant , qui l’entretenaient encore dans le fol espoir d’ôtre bientôt mère ; car, dans cet état, les menstrues s’étaient arrêtées depuis quelque temps ; elles ne reparurent même dans la suite que par intervalles, rarement et sans ordre. Cependant la malade maigrissait à vue d’œil, surtout vers les parties supérieures. Le gonflement de l’abdomen augmentait sans cesse, principalement du côté de l’hypochondre gauche : cette augmentation était môme si apparente qu’on apercevait distinctement sous les faussescôtes une protubérance considérable qui ne changeait jamais de place et dont la sensibilité allait au point de faire ressentir à la patiente une sensation des plus atroces au contact de la

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main et au simple frottement des habits : ce qui la mettait dans la nécessité de s’abstenir de ces ligatures dont les femmes se servent pour faire tenir leurs vêtements à cet endroit.

Un jour — c’était vers le solstice d’hiver — son mari et son fils assistaient aux noces d’un voisin qui habitait précisément la maison en face de la leur : elle, vu son indisposition, ne s’y trouvait pas, mais cela ne l’avait pas empêchée de faire bonne chère dans son propre logis. Or, il éclata une dispute parmi les convives, et il arriva que, par la pétulance de quelques jeunes étudiants qui assistaient aussi à la noce, on en vint sérieusement aux mains : les uns, en effet, avaient dégainé leurs épées ; les autres s’armèrent de bâtons, de perches et de pierres ; le tout avec des cris et des clameurs épouvantables. Ce dénouement tragique se passait sous les yeux mêmes de notre malade qui avait tout lieu de craindre que son mari ne fût de la partie ; quant à son fils, le son seul de sa voix lui en donnait la certitude. Épouvantée, inquiétée même et profondément alarmée de ces querelles , cette femme commença à se sentir fort mal , d’autant plus qu’elle venait de sortir de table. Elle avait bu en outre à son repas une demi-mesure de vin, s’il faut en croire ses propres aveux. Elle envoya donc quérir chez un pharmacien deux gros de teinture bézoardique de Michaël, en prit à peu près la moitié et se mit au lit. Puis, comme les souffrances, loin d’avoir du relâche, ne faisaient au contraire qu’augmenter, elle avala le restant de son remède et se couvrit bien, afin d’activer la transpiration. Or, il se déclara instantanément une chaleur des plus intenses, mais de sueur, point ! le malaise ne s’en aggrava que davantage.

Le lendemain matin, elle se trouva saisie à chaque bras, depuis le coude jusqu’au bout des doigts, de douleurs vibratoires tellement aiguës qu’elle ne cessait, sans pouvoir s’en défendre, de pousser les hauts cris entremêlés de hurlements lamentables, et que les mouvements de sa face, la férocité insolite de son regard, on un mot sa physionomie entière faisaient craindre l’approche imminente du délire. Sous le paroxysme de ses tourments, non seulement on l’entendait s’écrier ; « Es seye ailes darinnen lebendig ! » « Il y al à quel- , que chose de vivant » ; mais encore les femmes qui la servaient témoignaient en outre avoir senti, lorsqu’elles lui fric-

tionnaient les bras, les mains, etc., avec des linges chauds ou des eaux spiritueuses, comme qui dirait le mouvement devers serpentant le long de ces organes. Pour comble de malheur, les spasmes augmentaient toujours; les avant -hras se contractaient peu à peu vers les épaules, en sorte qu’ils n’étaient à peine éloignés des aisselles que de la longueur d’un empan et qu’on ne pouvait plus ni les étendre, ni les fléchir vers la région axillaire, sans provoquer un grand accroissement de souffrances. Daus cette position, les hras, que la contraction spasmodique faisait encore paraître de plus en plus grêles, offraient aux yeux des spectateurs des mouvements visiblement ondulés, de la largeur d’une palme, localisés surtout autour du poignet, allant dans le sens de la longueur des muscles ou des tendons et faisant tantôt plier à l’intérieur, tantôt détendre à l’extérieur, les doigts de la main avec leurs articulations. Cette affreuse douleur céda enfin à une pommade de’galbanum appliquée au coude et disparut comme par enchantement au moment même de la friction. Toutefois les ondulations parfaitement apparentes du poignet n’en cessèrent pas pour cela; elles diminuèrent seulement d’une manière graduelle dans l’espace d’une demi-heure ; la conséquence de cette diminution fut l’extension libre, sensible et graduelle des deux bras. C’est ainsi que le calme complet revint au moment où l’on s’y attendait le moins ; mais ce ne fut pas pour longtemps. La malade en effet ne goûta le repos que de onze heures à midi ; vers une heure, il se déclara à l’hypochondre gauche une souffrance atroce qui arracha à la patiente des cris si lamentables qu’ils excitaient, comme naguère, la commisération. Il fallait tirer du sang, mais notre patiente n’y était pas disposée et les femmes qui l’assistaient, parentes ou autres, craignant qu’une saignée ne vînt accroître encore la prostration des forces déjà tant ébranlées par les douleurs précédentes, voyaient cela de mauvais œil.

Résumons ce qui nous reste encore à dire et ce sera suffisant ; la douleur hypochondriaque persista longtemps dans la même violence qu’elle avait manifestée lors de son apparition, à une heure de l’après-midi; elle se prolongea, avec un caractère de paroxysme fébrile, tout le restant de la journée, toute la nuit d’après et ne cessa que le lendemain à midi. La malade goûta encore du repos cette demi-journée et un peu

plus de la moitié de la nuit ; mais’ vers le matin tout recommença de nouveau; à huit heures, la patiente vomit et rejeta, soit par le vomissement , soit par les selles, une substance noire, épaisse et abondante. Les matières vomies n’avaient aucune odeur caractéristique, mais les déjections alvines, dans lesquelles se mêlaient des excréments durcis, exhalaient, au dire des servantes, une odeur insupportable : seulernent elles n’étaient pas proportionnellement aussi abondantes que les vomissements qui égalaient, à peu de chose près, une demi-mesure ; au fond de leur partie liquide, on apercevait un sédiment épais comme du marc d’huile, mais plus noir que le rob de sureau : en grande quantité du reste , car, à lui seul, il formait les trois-quarts des matières vomies.

Ce qui venait compliquer un peu la chose et la rendre équivoque, c’était que la malade, se voyant dans l’impossibilité d’aller du corps, avait pris de bon matin une décoction de pruneaux faite avec des feuilles de séné ; mais elle ne dépassait pas un quart de mesure. Néanmoins, il y a des médecins qui prétendent que le séné a la propriété de communiquer la couleur noire aux excréments : or, s’il était réel que le séné eût ici produit cet effet, cela ne pourrait que mieux confirmer la tradition, car les matières étaient noires et bien noires, dans la force du mot.

Le paroxysme de la douleur hypochondriaque continua donc tout le jour et toute la nuit, jusqu’au chant du coq, c’est-à-dire jusqu’à trois heures du matin. Le calme commença à se produire à cette heure-là et, si l’on fait abstraction de la grande faiblesse dans laquelle se trouvait cette malheureuse femme, on peut dire que la journée se passa dans le repos le plus complet; mais avec les ténèbres recommencèrent les souffrances qui se prolongèrent pendant deux nuits et deux jours, ou peut s’en faut! car ce ne fut que le lendemain que la malade ayant, vers midi, vomi une assez grande quantité de sang vermeil, le calme succéda à l’orage; le reste du jour et la nuit môme furent assez tranquilles, si l’on en excepte une excessive langueur. Durant ces intervalles de repos, elle rejeta néanmoins par en bas une certaine matière longue d’un doigt et d’un demi-pouce de circonférence, entourée d une croûte épaisse et rugueuse, parcourue de rides dans toute sa longueur et renfermant une grande quantité de

sang caillé ; cette substance subitement terminée en pointe à l’une de ses extrémités, présentait à l’autre bout une espèce de queue très-mince, qu’on aurait dit avoir été détachée de quelqu’ endroit et qui était comparée par la malade ainsi que par les commères à une souris, pour la forme.

Après un répit d’environ douze heures, il survint un nouvel accès, accompagné de violentes envies de vomir qui, une fois arrêtées, ne reparurent plus. Seulement , elle évacua encore par en bas une nouvelle matière dure, longue à peine d’un empan, un peu plus grosse que le plus gros côté d’une plume de cygne et entrecoupée de plus de vingt nodosités : aussi, quoique les comparaisons de la première matière avec une souris et la seconde avec un fragment de chaîne de corail travaillée au tour « Einer schnv/r corrallen » ne fussent pas des plus exactes, elles n’étaient cependant nullement déraisonnables.

Enfin, dans un troisième accès, la patiente évacua encore deux petits fragments de la même substance, moins longs que le petit doigt, de médiocre dimension tous les deux et allant si bien en s’amincissant à leurs extrémités, lors de leur sortie du rectum, qu’ils ressemblaient à de petits boudins.

Le mal se manifestait toujours par des accès périodiques de nature tout à fait remarquable ; ainsi, depuis le jour de l’invasion , pendant trois semaines , la patiente parut constamment rendre le dernier soupir le mercredi , et le samedi devenir alerte, prendre même un peu de vigueur, demeurer enfin calme et sans fièvre. Abusée par l’apparence, elle manifestait ce jour-là, chaque fois, avec une assurance étonnante, l’espoir que la semaine d’après, elle pourrait paraître en public ; ce qui fit d’abord supposer qu’elle était dans le délire. Or, vers la fin de la troisième semaine, les femmes qui la servaient, se fondant sur la nature des vomissements et des défécations, s’imaginèrent qu’elle était victime d’un ensorcellement et envoyèrent quérir, à cette fin , un bouvier du voisinage fameux dans ces sortes d’affaires. Celui-ci, à la simple inspection des urines, ne manqua pas de confirmer la réalité de la fascination ; il nomma même par leur nom les trois charmes, déjà sortis de la malade, prédisant qu’il en restait encore deux dans f intérieur de son corps. Effectivement , la malade rejeta les deux substances prédites par le bouvier,

pendant qu’on exécutait, d’après ses instructions , les pratiques suivantes : mcantations à haute voix, signes écrits sur la fenêtre, amulettes prises dans le cimetière , fumigations nombreuses, etc. Ajoutons que \c% prétendus sorts dont parlait cet homme avaient été, à son dire, jetés à la malade après un violent vomissement occasionné, au milieu de sa maladie, par l’emploi de la racine de nard sauvage. Or, ce fut le quatorzième jour de ces pratiques superstitieuses, justement un samedi, à quatre heures de l’après-midi que mourut la malade. Ce malheureux événement coïncida parfaitement avec l’heure et le jour qu’elle avait fixés elle-même, la veille de son trépas ; quoique le sorcier eût prédit que cette femme pourrait se montrer en public au commencement de la fatale semaine et le jour de la mort de cette pauvre femme.

Bien que nous ne veuillons rien affirmer iei et que nous laissions à chaeun la liberté de son jugement, toutefois, nous n’hésitons pas à donner comme vraisemblable que ces matières ainsi coagulées provenaient des vaisseaux hémorrhoïdaires les plus profonds. Il est vrai que de pareils eas s’offrent rarement à l’observation ; mais nous pouvons assurer avoir vu nous-mème de semblables substances être réjetées par l’utérus, même après plusieurs mois, chez des femmes qui, après un avortement précoee et avant que la matriee se soit débarrassée entièrement, usent mal à propos de remèdes astringents pour supprimer les lochies et provoquent des perturbations anormales dans l’utérus. 11 est donc évident, en pareil cas, que ces matières proviennent des vaisseaux de cet organe, qu’elles se sont ainsi allongées et insensiblement étendues en se eoagulant : ee résullat semble être indiqué, du reste, par la constitution même de ces matières; car elles sont libres, n’adhèrent à aucune autre substance et sont de la longueur d’un doigt ou à [)eu près^

* Voyez T. VIII, Commentaiiff CXCI.

Pour le but que nous nous proposons ici, il suffira donc de reconnaître , d’après l’exemple précité, quelle est la violence et la promptitude de la transmutation des mouvements spasmodiques , chez une femme qui a été gravement affectée de douleurs hypochondriaco-spléniques avant l’apparition de ces exacerbations convulsives ; il faut reconnaître aussi que ces désordres moteurs ont fait produire à cette translation un résultat tel , que les commotions spasmodico-convulsives se sont énergiquement portées , soit par suite de la perturbation intime du sang ou de la surexcitation locale du mouvement, soit parla quantité ou la qualité du médicament, soit enfin par un régime trop irritant, vers les extrémités des membres , et que , revenant ensuite de ces mêmes extrémités vers les organes internes, elles y ont formé des congestions et des contentions dont la présence s’est manifestée, tantôt par des angoisses extraordinaires , des opplétions et des vomissements de sang vermeil ou noirâtre ; tantôt par des douleurs vibratives, par des irritations et des paroxysmes à type. rémittent. En un mot, tous ces phénomènes n’ont pas été les simples conséquences ni d’une stase, ni d’une inflammation, ni d’une énergie corruptive quelconque ; mais ce sont là de véritables mouvements vitaux susceptibles de surexcitation, de relâchement , de reprise, de recrudescence et de permanence.

§ XVII. Un exemple remarquable de ce fait se trouve dans les symptômes fournis par la podagre erratique, qui tantôt occupe les articulations et y fixe son siège habituel; tantôt, disparaissant subitement de ces parties, entraîne directement, par sa rétrocession, l’abattement des forces, la disparition complète de l’appétit, la nausée, de vaines envies de vomir et surtout des resserrements ou des oppressions dans la région précordialc : le tout accompagné d’une fièvre parfois lente, mais très-intense, parfois véhé-

mente et presque inflammatoire; sans excepter des ardeurs et 'des lancinations internes à caractère très-aigu. Tels sont les résultats que produisent d’ordinaire les moyens artificiels journellement employés pour apaiser d’une manière soudaine et téméraire , pour dissiper ou refouler les douleurs arthritiques. Il y a là ample matière pour enrichir le domaine de l’expérience.

§ XVIII. Comme la mention que nous venons de faire de la podagre, dans un chapitre où il ne doit être question que des hémorrhoïdes , pourrait paraître déplacée, nous ferons suffisamment disparaître cette impression fâcheuse, en exposant plus bas les raisons de notre conduite. Qu’il nous suffise pour le moment, à propos du flux hémorrhoïdal , d’établir que les proéminences et les excroissances successives des vésicules hémorrhoïdaires externes fournissent en général matière à ces diverses concrétions qui , d’après leurs analogies, ont été désignées par les anciens auteurs , sous les noms de fies, de mûres ou de thymus, et que les Allemands , comme nous l’avons déjà fait remarquer plus haut., appellent, avec assez de justesse, du nom général d’excroissances \erruqueüs,e^,feigwartzen, soit à cause de leur ressemblance extérieure, soit à cause de l’analogie de leur texture intime avec les verrues. Les Saxons appellent facken zaeken les vésicules hémorrhoïdales inférieures ou externes, et mastkôrner les tumeurs hémorrhoïdales internes ou supérieures.

ARTICLE PREMIER

De la sciatique * .

§ I. Quoique, dans la partie générale et la partie spéciale de ce Traité de Pathologie, nous ayons, d’après la

’ Goutte sciatique des Anciens ; ischias nevrosa pasticha de Cotugno ; névralgie femoro-poplitée de Cliausslcr, etc., etc.

méthode que nous nous sommes traeée, fait des études préalables sur les fluxions d’abord, puis sur les congestions humorales, et enfin sur les contentions des mouvements vitaux, il paraîtra peut-être déplacé que nous nous occupions ici, comme ex professa j d’une affection qui consiste presque tout entière en mouvements et en contentions. Mais , si l’on veut bien se donner la peine d’y réfléchir, on verra qu’il existe un rapport intime entre la sciatique et les hémorrhoïdes. C’est pourquoi nous ne pouvons mieux faire, en traitant de l’étiologie et de la liaison pathologique des maladies, que d’exposer à cet endroit même l’historique de cette affection, en suivant, d’après une méthode rigoureuse, le rang naturel de son essence formelle (pour parler comme l’école), plutôt que l’ordre successif de sa causalité.

§ IL Du reste , nous avons d’autant plus de motifs pour en agir ainsi , que c’est précisément l’étude de la sciatique qui nous a déterminé à faire dériver la Pathologie universelle d’une autre source, à l’étayer sur l’incessant et inaltérable rapport de la raison avec l’expérience, à la baser enfin sur l’aptitude la plus naturelle pour obtenir les exonérations de la masse sanguine, sur l’appareil nécessaire pour préparer ces allégements et sur les conséquences diverses qui peuvent se manifester dans les humeurs , les organes ou les mouvements , si , par cas , il y a quelque lenteur dans l’accomplissement de ces phénomènes.

§ 111. Dans le cours de cet ouvrage, nous nous sommes toujours appliqué à suivre un ordre méthodique, c’est-àdire à exposer avant tout l’historique de l’affection ellemême, à rappeler ensuite, par voie de comparaison, les maladies qui s’y rapportent et à détailler enfin les relations naturelles des effets avec les causes ; il est donc convenable d’expliquer en ce moment notre assertion pré-

118 OEUVUES DE STAHL.

ccdente et de prouver comment la sciaticiue nous a (ourni roccasioii de renouveler la face totale de la science pathologique. Voici le fait ;

Le personnage dont il a été déjà plusieurs fois question, surtout à propos des hémorrlioides et des mouvements spasmodiques, nous étaitunipardes liens très-étroits de parenté. Ce fut là pour nous une occasion favorable de renouveler de temps à autre, dans notre mémoire, des faits multiples dont nous nous faisions quelquefois retracer, avec une attention plus sérieuse , le tableau dans nos conversations familières, afin d’acquérir la notion exacte, complète et détaillée, l’histoire vraie, la concaténation enfin de tous les phénomènes morbides que notre parent avait éprouvés.

C’était donc vers la quarante-quatrième année de son âge, après avoir repris l’habitude de boire avec trop de complaisance des vins hongrois dont l’usage avait été interrompu, durant quelque temps, qu’il se sentit saisi d’une violente sciatique. Ces douleurs erratiques, d’abord, passèrent assez promptement de la cuisse aux genoux, des genoux aux pieds et se portèrent même, par une espèce de rétrocession, vers les mains ; mais l’affection proprement dite ne cessa jamais d’occuper son siège ordinaire et primitif. Car, toutes les fois qu’il se déclarait un nouvel accès, les hanches étaient toujours, du moins vers les commencements, le lieu où les souffrances se faisaient sentir avec le plus de véhémence et d’opiniâtreté. Or, il éprouvait des paroxysmes sciatiques deux ou trois fois par an.... Et cela dura ainsi pendant quatre années consécutives. Traité enfin par un médecin aussi savant qu’habile et expérimenté, il eut le bonheur de se voir délivré de cette cruelle maladie et d’ôtre exempt de toute souffrance, jusqu’à l’âge de soixante-dix-neuf ans, c’est-à-dir-e jusqu’à la fin de sa soixante-dix-huitième année, moins deux mois.

Dès notre enfance, nous avions mille fois entendu dire que la podagre, surtout lorsqu’il s’agissait d’un cas de ce genre , était la honte de la médecine et une maladie incurable ; en outre, nous avions sous les yeux, soit dans notre pays, soit même dans notre tàmillc, des exemples remarquables de celte affection. Tous ces motifs réunis éveillèrent notre curiosité et nous firent concevoir la ferme résolution de nous rendre

raison de ces choses. Nous nous mîmes donc à l’œuvre. Dans les premiers temps, il est vrai, nos recherches lurent entravées de difficultés, parce que nous ne comprenions pas suffisamment la portée du fait ; il nous fut même impossible de soulever le voile qui enveloppait les véritables circonstances causales de l’aflection, ou tout au moins celles qui lui étaient conjointes, historiquement parlant ; mais, dans la suite, le jour se fit et nous pûmes d’autant mieux saisir l’ensemble de la question, qu’une particularité remarquable nous tomba un jour, comme par hasard, sous la main : — nous apprîmes de la bouche môme du personnage dont nous venons de faire mention qu’il avait été atteint d’un flux hémorrhoïdal à type fixe, depuis l’instant où les douleurs de la goutte sciatique l’avaient abandonné ‘ .

§ IV. Comme d’un côté, la plupart des patients se font un scrupule d’avouer cette affection (hémorrhoïdale) ; comme, d’un autre côté, nous nous rappelons très-bien que l’honorable personnage qui vient d’être l’objet de notre citation ne soupçonnait nullement le lien réciproque qu’avait en réalité son affection primitive avec l’apparition si bien venue du flux hémorrhoïdal, nous n’étonnerons personne, en déclarant franchement que nous devons en quelque sorte au hasard la connaissance complète du fait général de la sciatique. Toutefois, dès que la particularité des hémorrhoïdes nous eut été révélée, nous soupçonnâmes instantanément le rapport vraisemblable qui pouvait exister entre ces sortes d’affections. Tout doute disparut enfin de notre esprit à l’occasion de deux autres cas qui, bien que simples en eux-mêmes, n’en méritaient pas moins un examen approfondi.

' Nous pourrions nous-même citer à l’appui de ce fait, plusieurs observations fort importantes, tirées soit des auteurs, soit de la clinique des hôpitaux, soit de notre propre pratique ; mais nous préférons renvoyer le lecteur au T. VIII, Commentaire CXCII, où nous relatons un fait des plus curieux en pathologie.

120 OEIJVUES DE STAHL.

§ V. Quoique les observations de Thoner ^ soient assez obseures, à cause de leur trop grande concision; quoique le temps (notre maître à tous) nous ait appris que bien des personnes refusent d’ajouter foi à cet auteur, nous avons été néanmoins porté à l’étudier attentivement, lorsque nous n’étions encore qu’élève en médecine , et cela à l’instigation de B. M. Ettmuller beaucoup plus juste que les autres envers cet observateur.

Voici donc les deux exemples tout à fait remarquables que nous avons trouvés dans ses écrits : le premier a directement trait à la maladie en question. « Un individu, médecin lui-même, fut atteint, dit Thoner, d’une violente sciatique; depuis longtemps ses confrères lui prodiguaient vainement leurs soins, lorsqu’il se ressouvint de la disparition d’un flux hémorrhoïdal jadis habituel dans sa personne. L’ayant rappelé de nouveau, les douleurs sciatiques cessèrent à l’instant même. »

Dans le second exemple, .il s’agit d’une femme gravement tourmentée d’une atroce et vive douleur qui s’étendait tout le long de la jambe jusqu’à l’extrémité des pieds. Les tentatives de l’auteur pour guérir sa patiente n’aboutissaient à rien; réflexion faite, il s’aperçut alors que l’affection était due à un échauffement de sang (pour parler le langage de l’époque). C’est pourquoi, après avoir administré plusieurs remèdes qui n’opérèrent aucun effet, il eut enfin recours à la saignée et pratiqua la phlébotomie de la veine saphène. La première saignée n’eut pas de résultat satisfaisant; pensant avec raison qu’il n’était

* Thoner, Aug., doyen et directeur du collège d’Ulm, vivait au xvii' siècle. Il publia vers la fin de sa vie des ouvrages contenant les faits les plus remarquables de sa pratique ; il était admirateur de Gallien, polypharmaque, ennemi de la saignée et empirique. Le livre de cet auteur, auquel Stahl fait allusion, est intitulé : Morborum hisloriœ cum symptomalibus et prospéra medendi successu, Lib. II. Ulm 1651. ln-i“.

“ B. M. Ettmuller, le maître et l’ami de G.-E. Stahl.

pas sorti une assez grande quantité de sang, il en pratiqua une seconde, le jour suivant, et la douleur disparut comme par enchantement. Thoner rapporte encore d’autres faits semblables , dans une observation qui vient immédiatement après celle-ci.

§ VI. Nous n’avons jamais cessé de comparer attentivement la maladie sciatique avec les phénomènes généraux des hémorrhagies, soit nasales, chez les hommes, soit menstruelles, chez les femmes. Il nous a semblé voir dans cefte comparaison l’appareil complet de la véritable harmonie et de la réelle connexité qui existe entre l’histoire clinique et la constitution naturelle de l’état le plus saillant de la plupart des maladies.

Or, après avoir longtemps réfléchi sur l’impossibilité de concilier la pathologie en vogue et en grand honneur à notre époque. avec l’infréquence remarquable des diverses espèces morbides ; après avoir mûrement examiné la distinction marquée qu’ont entre elles les maladies, particulièrement soumises, selon les âges, aux conditions de fréquence et de rareté; après avoir enfin soigneusement recueilli, soit dans les écrits d’Hippocrate (liv. III, Aphor. 24 et suivants ^), soit dans les sages enseignements d’un grand nombre de praticiens, des données certaines sur les différences des hémorrhagies, suivant les diverses époques de la vie , nous n’avons pu en rester là et nous avons pénétré dans le fond même de ces questions.

§ VII. Enfin, pour serrer encore de plus près l’argument que nous avons à faire valoir, citons ici, comme témoin oculaire, un exemple bien remarquable, soit au point de vue de notre propre opinion, soit au point de vue de la doctrine moderne : il a un très-grand rapport avec le second des cas dont nous avons parlé naguère.

Voyez, T. VIII, Commentaire CXCIIl.

Nous étions jeune praticien, à celte époque-là; il y avait à peine quatre ans que nous avions acquis nos grades ^ Dans les conlcrences académiques que nous étions chargé de faire et où se trouvaient l’élite des médecins de rUniversité, nous avions surtout à cœur de communiquer nos opinions sur la doctrine médicale aux

savants personnages qui composaient ces réunions .

Aussi, apportions-nous le plus grand zèle et la plus grande sollicitude dans nos démonstrations.

Parmi les membres de l’assemblée, se trouvait un jeune homme qui donnait déjà les plus belles espérances pour l’avenir. Doué d’un génie supérieur et d’une intelligence rare, cet esprit d’élite se nommait Bachmann (natif d’Ulm). — Nous avons appris, quelques années plus tard , qu’ayant été nommé médecin de Son Altesse Sérénissime le gouverneur et duc de Wurtemberg, il avait suivi ce prince dans ses expéditions guerrières et qu’il était mort à la fleur de l’âge, après avoir perdu une jambe, emportée par un boulet. — A l’époque donc où ce jeune homme assistait à nos réunions, son père lui fit savoir qu’il était gravement affecté par d’atroces douleurs sciatiques. Le fils n’eut alors rien de plus empressé que de demander à son père si par hasard il n’aurait jamais eu les hémorrhoïdes (le père y avait été précisément sujet), lui recommandant de bien faire attention, le cas échéant, si cellux ne s’était point arreté, comme il le soupçonnait fort. A cette occasion , nous ferons observer en passant que Thoner était médecin de la république d’Ulm et que le malade cité naguère dans son observation était aussi citoyen de la même ville.

> Stahl avait alors vingt-sept ans, au plus ; il élait à léna et faisait des leçons publiques dans lesquelles il posait, devant un auditoire d’élite, les premiers fondements de sa doctrine médicale (de 1C84 i\ 1687). Ce fut sur ces entrefaites qu’il fut nommé médecin de la cour du duc de Saxe-Weimar.

Or, pour en revenir à notre affaire, les ehoses étaient réellement telles que l’avait supposé le jeune homme, au point de vue des hémorrhoïdés. Et, dès qu’on eut effîcaeement provoqué le retour du flux hémorrhoïdal , comme dans le cas rapporté par Thoner, tout alla pour le mieux. Le même accident s’étant renouvelé plus tard, la guérison fut obtenue par le même moyen et le patient fut à jamais délivré de ces horribles souffrances.

§ Vin. Voilà pourquoi nous nous sommes constamment appliqué, depuis lors, dans le cours de notre pratique médicale, à rechercher toujours les liaisons intimes qui existent entre les circonstances morbides dont nous venons de parler -, notre zèle là-dessüs ne s’est jamais démenti. C’est ainsi que nous sommes parvenu à la découverte de trois importantes vérités que, nous pouvons l’affirmer hardiment, nous ne tenons ni de la bouche, ni de l’enseignement de personne. Les voici, d’après leur rang d’ordre :

1 “ Les hémorrhoïdés sont beaucoup plus fréquentes et beaucoup plus communes dans le sexe masculin qu’on ne le croit et qu’on ne l’enseigne ordinairement ; surtout dans nos pays, ainsi qu’il nous a été donné de le constater.

2" Les hémoirhoïdes , la sciatique , la îiéphrite, l’affection calculeuse ont entre elles et avec la goutte des liaisons, des corrélatmis et des connivences, sinon invariables, du moins habituelles et multiples.

3° Il existe une différence marquée entre les mouvements et les flux hémorrhoïdaires ^ .

§ IX. Ces considérations ont inévitablement ébranlé notre foi première en la tradition universelle des écoles touchant la différence radicale et générique qu’il y aurait

Voyez T. VIII, Commentaire CXCIV.

entre le rhumatisme ét Uarthritis ou goutte. La douleur sciatique, en effet, que l’on attribue ordinairement au rhumatisme et à laquelle on refuse unanimement tout caractère arthritique, dépend manifestement au contraire des efforts et des contentions qu’entreprend la nature pour les éruptions sanguines. 11 est du reste certain que la sciatique trop intense dégénère promptement en gonagre et en podagre; comme aussi, ces deux variétés de goutte et la sciatique elle-même sont, avec les autres douleurs arthritiques qui assiègent l’organisme dans un état de conspiration naturelle, de connivence réciproque et de mutuel échange.

Tels sont les motifs qui nous ont amené à ne fonder l’étiologie de la sciatique sur d’autre principe que sur l’appareil spasmodique des contentions vitales, relativement destinées aux éruptions hémorrhoïdales , mais ne suivant pas toujours, dans leur tendance naturelle, une marche régulière et n’aboutissant jamais, sans l’intervention de l’art, au résultat désiré de l’excrétion.

§ X. Or, nous étendre ici trop longuement sur l’ordre particulier à ces affections et sur leur méthode de formation ou d’existence, serait nous écarter du but médical et vraiment clinique; tandis qu’au contraire une appréciation particulière et détaillée de ces phénomènes, au point de vue spécial de la sciatique, ne peut être que d’un grand et double avantage pour l’art ; 1“ avantage positif d’abord, en ce sens que l’on saisit mieux la réalité des choses et que, voyant plus clairement ce qui appartient à cet état morbide, on retire de cet examen, appréciateur une méthode plus juste, plus convenable pour attaquer ou combattre avec succès les diverses incommodités issues d’une pareille cause; 2" avantage privatif, en ce sens qu’on peut ainsi s’appuyer sur de solides fondements pour ne point se laisser aller à d’autres méthodes tout à l’ait étrangères.

Quoi de plus déraisonnable et de plus contraire à la vérité que de faire dériver ces affections d’un certain mucus tenace, visqueux, d’une nature froide en général et qui serait, d’après l’hypTithèse, épanché ou retenu dans les parties malades? Quoi de plus inconsidéré enfin que de vouloir administrer contre elles , tant à l’extérieur qu’à l’intérieur du corps, des remèdes âcres et échauffants ? — En effet, si les remèdes sont trop doux, il n’en résulte aucun soulagement stable et aucun effet manifeste et lorsqu’ils sont trop énergiques, une recrudescence plus grande du mal en est la conséquence certaine. C’est ce que prouve l’expérience clinique de chaque jour.

Qui donc oserait nier l’importance, au point de vue médico-thérapeutique, des considérations que nous venons d’établir? Personne, sans doute, si ce n’est l’ignare et l’insouciant.

§ XI. Par contre, les théoriciens habiles et judicieux trouveront en elles la clef véritable pour résoudre la difficulté suivante, savoir : « Pourquoi, traitées par les mé- » thodes généralement usitées, c’est-à-dire par les mé- » thodes qui ont pour base des principes autres que ceux » que nous avons indiqués, ces affections trompent régu- » lièrement chaque jour l’attente des médecins. Et cela, » à tel point que, hors les moments qui suivent une » surexcitation violente de la sensibilité, il ne se manifeste » jamais aucun soulagement durable et réel, si ce n’est » celui que le temps apporte peu à peu de lui-même ou le » calme factice dû à l’opium employé, d’après des conseils » frivoles, comme la dernière ancre de salut. » A propos de l’opium, nous avons la ferme conviction que les médecins consciencieux de notre époque et la postérité surtout, exempte de ces préjugés qui régnent encore, apprécieront à sa juste valeur, par une observation circonspecte, l’emploi de ce moyen thérapeutique parfois trop énergique, parfois trop lent et trop faible.

Nous pensons que les praticiens intelligents verront de bon œil la citation d’un autre exemple sur rutililé des évacuations sanguines par les hcmorrhoïdes externes. Le voici :

Un individu âgé de quarante ans environ, né et élevé dans un pays froid, s’était habitué, dès sa jeunesse, pendant son séjour en France, en Italie et en Espagne, à boire le vin généreux et chaud des pays méridionaux. Revenu en Allemagne, il reprit l’usage de la cervoise. Puis étant allé à Vienne, en Autriche, il s’adonna de nouveau au vin de Hongrie; or, ce fut précisément à cette époque qu’il se sentit atteint, dans sa quarantième année, de douleurs sciatiques tellement vives, qu’il ne pouvait ni fléchir son corps, ni le redresser, une fois plié, sans éprouver les souffrances les plus atroces. Gela lui arrivait principalement toutes les fois que certaines causes occasionnelles, parmi lesquelles il faut mettre en première ligne l’état de la température , venaient surexciter le mal.

Dans une pareille position, il retourna en Italie; mais, n’ayant pu supporter le séjour de ce pays, il fui rappelé à Vienne où il reporta avec lui la sciatique qui ne l’avait jamais abandonné depuis sa première apparition. Cet état de choses dura jusqu’à ce qu’enfm, se voyant obsédé par un accès beaucoup plus violent et opiniâtre que les précédents, il céda aux conseils de quelques amis qui l’engageaient à faire usage des sangsues.

L’application de ces annélides amena non seulement du répit à l’instant môme, mais fut encore le prélude d’une guérison durable de plusieurs années. Ce fut alors qu’il nous raconta, dans le plus grand détail et devant un grand nombre d’honorables visiteurs, tout ce que nous venons de dire ; le narrateur ajouta cette circonstance remarquable : que, félicité par des Pères, appartenant à quelque communauté religieuse, sur son prompt rétablissement , il leur indiqua le moyen dont il s’était servi pour ti'iompher du mal : ces Religieux lui répondirent que, dans leur couvent, on employait habituellement aussi les sangsues comme moyen souverainement prophylactique et curateur contre les affections bypoebondriaco-spléniques, la sciatique et la goutte.

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