CHAPITRE V
DES VICES MENSTRUELS.
§ I. S’il est une chose capable de ramener dans la voie de la vérité celui qui, entraîné par le courant vulgaire, se serait laissé aller aux opinions spéculatives, aux vaines et nombreuses hypothèses, aujourd’hui en vogue, sur les hémorrhagies et leurs variétés relatives, c’est bien sans contredit le fait des évacuations menstruelles dans le sexe féminin, soit qu’elles s’accomplissent selon les lois naturelles, soit qu’elles apparaissent en dehors de ces mêmes lois.
Personne assurément ne soutiendra que le flux menstruel soit une chose absolument indispensable à la femme pas plus qu’il n’est une fonction contre nature (lorsque sa marche est régulière); il ést plus raisonnable de penser que c’est un genre d’évacuation que l’on peut ranger parmi les choses non- naturelles et qui se prête admirablement au bien-être de tout le reste de l’économie, quand il s’effectue avec une régularité successive ; tandis que, par ses défectuosités, il peut engendrer toutes sortes d’indispositions. Quiconque, en outre, voudra prêter à ce fait tant soit peu d’attention, apercevra, dans les appareils, les circonstances, les phases et les conséquences de ces sortes d’exonérations, des phénomènes identiques et en tout semblables à ceux qui se passent dans les appareils, les actes, la marche successive et le mode d’excrétion des autres hémorrhagies. Chose enfin bien digne de remarque! la condition des menstrues est telle que, lorsqu’elles éprouvent quelque grave préjudice dans leur
cours naturel , les fâcheuses incommodités qui en résultent sont en plus grand nombre et sévissent avec plus d’intensité, que s’il s’agissait d’une tout autre espèce d’évacuation.
§ II. En général, on n’étudie pas assez sérieusement l’intime connexité qui existe entre ces phénomènes et la raison organico-mécanique de l’évacuation menstruelle ; pour expliquer le fait, on n’invoque que trop souvent des arguments physico-ehimiques : de plus, tout ce qui peut arriver par rapport au sang de semblable et même d’absolument identique, sous une autre forme, dans le sexe masculin, n’est nullement admis par le monde médieal, parce que, dit-on, il ne peut y avoir réciprocité sur ces choses que dans le sexe féminin ; d’un autre côté, la théorie vieieuse de la crase plutôt que du mouvement de la masse sanguine, théorie contraire aux circonstances spéciales de chacune de ces affections, n’est basée, pour les deux sexes, que sur les vertus salines des humeurs et ne saurait répondre, ni en général, ni en particulier, aux conditions de l’infréquence. Enfin, il peut arriver que ces circonstances portent en elles, d’une manière sensible et autant que l’harmonie naturelle semble le permettre, un ordre et une puissance éloignée de causalité ou qu’elles soient plutôt susceptibles de tenir lieu d’effets produits que de causes antécédentes et concurrentes. Nous ne saurions trop recommander à l’attention des médecins de semblables considérations.
§ III. Avant d’en dire davantage sur l’universelle connexité et la mutuelle dépendance de ces divers phénomènes, l’ordre naturel de son apparition nous amène à parler d’abord des vices de l’évacuation menstruelle. Nous le ferons d’autant plus volontiers que de cette constitution vicieuse ressortira, nous l’espérons, un nouveau mode de causalité qui dévoilera au grand jour
Tabsurdité et l’incohérence de toutes les autres étiologies purement imaginaires. On verra ainsi que les appareils morbides ou que les causes prétendues de ces appareils qui, d’après ces opinions hypothétiques, sont prises pour les causes véritables des vices menstruels, doivent au contraire, en intervertissant l’ordre des choses, être regardées comme les effets simples et directs d’une perversion menstruelle dont les circonstances occasionnelles sont si nettement tranchées qu’on ne peut, même en songe, les attribuer à une dépravation matérielle des humeurs dégagée, bien entendu, des bizarres suppositions, jadis en vogue, sur les défectuosités des esprits h
§ IV. Le vice, par excellence, de l’évacuation menstruelle n’est-il pas, vu son rang et son importance , un excès ou un défaut dans les mouvements et les résultats propres à cette évacuation ? Quant à Vexeès^ il faut soigneusement le discerner de V abondance d’écoulement et savoir quand est-ce qu’on peut dire qu’un flux menstruel est en excès. Pareillement, le défaut de flux a aussi ses degrés, depuis l’évacuation plus faible que de coutume, jusqu’à la diminution notable et enfin la suppression complète.
§ V. D’après ces considérations, on peut parfaitement déterminer la véritable disposition morbide (vooïjpôî) du flux menstruel, et voir jusqu’à quel point elle est ou non en rapport moins avec les divers genres qu’avec les divers degrés d’excès ou de défaut. A ce propos, il est à remarquer avant tout que l’évacuation des menstrues se manifeste assez souvent avec abondance, sans que néanmoins ce fait constitue un véritable état morbide : c’est plutôt une issue naturelle. Car, lorsqu’il vient à y avoir défaut dans cette abondance, on voit aussitôt surgir des
* L’auteur fait allusion ici à ceux qui soutenaient que l’altération des humeurs dépend de l’absence des esprits vitaux.
conséquences morbides qui ne s’étaient pas manifestées tant que l’excrétion s’était maintenue copieuse.
Contrairement à ces faits, tout défaut réel et sensible d’évacuation entraîne toujours après lui plusieurs incommodités manifestes dont l’invasion s’opère dans l’organisme avec beaucoup plus de rapidité que si elles avaient leur principe dans un excès menstruel. A l’appui’ de cette assertion, nous, pouvons répéter ici ce que nous avons établi sur les hémorrhagies en général, savoir : « qu’abstraction faite des évacuations alarmantes, tout flux abondant, mais modéré, produit des inconvénients bien moins graves que les défectuosités ou l’absence d’écoulement. »
§ VI. Il faut donc bien se garder de confondre l’écoulement abondant des menstrues avec un flux excessif proprement dit. Une abondante menstruation présuppose avant tout un tempérament sensiblement pléthorique et ne doit jamais aller au delà de la tolérance naturelle de l’agent vital.
Il s’agit de savoir si les personnes habituées à une copieuse excrétion éprouvent plutôt une faiblesse réelle, qui irait en augmentant pendant la durée de l’écoulement, que de simples langueurs et certains appesantissements qui, provenant des efforts contentifs de l’acte excréteur lui-même, ne durent par conséquent pas plus longtemps que le flux périodique et qui, loin d’augmenter d’intensité, diminuent au contraire à mesure que l’écoulement approche de sa fin : c’est là un point très-essentiel à noter et digne de la plus sérieuse considération.
Mais lorsqu’un flux trop abondant a pour compagne inséparable et même pour conséquence immédiate une débilité extraordinaire qui persiste même après l’écoulement et qui se traduit par une mauvaise couleur sans cesse croissante de la figure de la malade , on peut bar-
diment en inférer un écoulement excessif. Il est pourtant vrai de dire que ce cas est infiniment plus rare que la diminution excessive du flux menstruel et que les dangers qui résultent de cette dernière sont beaucoup plus nombreux, beaucoup plus effrayants que ceux qui proviennent d’un excès d’écoulement.
§ VU. Nous devons en outre faire observer que le flux excessif des menstrues n’est pas du tout le même que cet autre flux utérin auquel on a donné le nom de métrorrhagie et qui n’a pas tant sa raison d’être dans l’évacuation menstruelle que dans certains vices préalables des régions de l’utérus. En effet, quand bien même le mouvement menstruel paraîtrait le plus contribuer à provoquer ces sortes d’écoulements immodérés, ce n’est pas là cependant où il faut chercher la cause primitive et fondamentale de cette fâcheuse disposition préalable. Et, pour qu’on n’aille pas croire qu’une pareille distinction est plutôt simplement spéculative que l’expression de la vérité ou d’une réelle utilité pratique, nous n’hésitons pas un seul instant à prouver, faits en mains, que les flux de ce genre sont absolument inconnus : r aux femmes non mariées ; à celles qui vivent avec leur mari en dehors de tout commerce conjugal ; 3“ enfin à celles chez lesquelles les couches précédentes ou un avortement n’ont laissé aucune trace fâcheuse. Oui, nous l’affirmons en toute assurance, il n’y a de réellement sujettes à ces sortes d’hémorrhagies utérines que les femmes qui ont enfanté souvent, qui ont éprouvé des avortements, qui ont eu des môles et dont l’organe utérin est malade ou embarrassé eneore de substances étrangères ^
Exceptons seulement le cas où l’on emploie^ sur les
* Voyes T. VIII, Commentaire CXCV.
jeunes filles atteintes d’aménorrhée ou de dysménorrhée, des substances trop actives qui secouent violemment le sang et qui peuvent à la longue occasionner ces hémorrhagies utérines. Avouons cependant que, durant le cours de notre pratique médicale, nous n’avons jamais vu d’exemple réel de ce fait : en d’autres termes, nous avons observé parfois des flux métrorrhagiques un peu trop abondants, mais jamais extraordinaires et surprenants.
Quelques cas, il est vrai, se sont présentés à nous, dans lesquels, sous l’influence prétendue de certains emménagogues très-puissants, des évacuations utérines excessives auraient eu lieu ; mais les personnes déléguées près de nous pour nous consulter et prendre nos informations ont toujours soutenu que ces sortes de flux avaient été provoqués avant leur temps.
Néanmoins, pour ne pas donner prise aux conjectures dans une affaire où il n’y a nulle raison plausible d’en avoir, nous mentionnerons à juste titre une autre circonstance qui arrive parfois aux personnes les moins suspectes : c’est que, dans un flux très-abondant, on peut souvent constater la présence de certains caillots de sang qui s’échappent avec les menstrues. Nous avPuons qu’il n’y a là rien d’étonnant; car, lorsque la femme est assise ou allongée, l’utérus se trouvant plus tranquille et ces parties demeurant comprimées ou affaissées sur elles-mêmes, l’afflux sanguin doit nécessairement être moins impétueux et, dès lors, le retard apporté à l’excrétion donne naissance à la coagulation. Cela est d’autant plus vrai que le flux menstruel n’importune pa'ë alors la femme par son intensité, et qu’il y a conspiration manifeste de symptômes non d’une évacuation impétueuse, mais d’un libre écoulement du liquide détenu.
§ VIII. La cause interne , simple et directe du flux menstruel, à type trop copieux proprement dit, c’est la
pléthore, lorsqu’elle est jointe surtout à une eapacité vasculaire des mieux caractérisées et à une constitution organique ni trop molle, ni trop lâche. Car les femmes d’un tempérament sanguin, d’une contexture corporelle molle et lâche, ayant en outre les veines très-exiguës, éprouvent au contraire, même sous l’influence d’une forte commotion, des flux embarrassés, à moins que certaines causes concurrentes ne viennent mettre exception à la règle.
Mais il y a des causes médiates tant impulsives qu’organiques, à un certain point de vue, qui concourent aussi à cette surabondance menstruelle. Ce sont ; Tau moment où l’excrétion va s’opérer, les perturbations morales, les commotions corporelles trop insolites ; 2“ un régime de vie où entrent principalement le vin et les spiritueux; 3“ enfin l’habitude d’un flux incessant, cause du reste la plus puissante et la plus efficace pour préparer ou provoquer toutes sortes de mouvements hémorrhagiques et les évacuations les plus abondantes.
L’usage des évacuations artificielles auxquelles on se serait d’abord accoutumé pour les abandonner ensuite, à une époque plus favorable, pourrait encore avoir sa place ici; mais, nous le répétons, la cause principale, la cause la plus directe de l’abondance des menstrues, c’est une constitution pléthorique bien marquée.
g IX. Il existe une autre classe d’hémorrhagies utérines tirant leur origine, soit des lochies vicieuses qui se manifestent après l’accouchement et surtout après l’avortement d’un fœtus peu développé encore, soit de certaines concrétions que le temps fait naître et dont la matière a été fournie par des fragments de secondines laissés dans la matrice, soit enfin de l’existence d’une môle consécutive dont le principe est, sinon toujours, du moins assez souvent , dans une insuffisante expurgation de l’utérus ,
après l’enfantement et principalement après une fausse
couche.
Nous avons à cet égard un grand nombre d’exemples on ne peut plus explicites. Qu’on nous permette d’en citer deux très-récents et dignes de la plus haute considération.
I. Une noble dame, âgée de trente ans, d’un tempérament pléthorique, d’une santé florissante, mais d’une constitution délicate et d’une excessive sensibilité, avait, depuis quelques mois, éprouvé un avortement. A partir de cette malheureuse époque, elle tomba peu à peu dans des commotions sanguines si irrégulières qu’on la croyait et qu’elle se croyait elle-même atteinte de fièvre continue. La vie qu’elle menait alors était en outre plus sédentaire qu’ auparavant ; son appétit allait encore assez bien ; mais, une heure ou deux après ses repas, elle se sentait saisie de violents resserrements épigastriques accompagnés d’une horripilation intense qui donnait à sa peau l’aspect de chair de poule et à sa figure une couleur livide. Prise de vertige, elle ressentait à la tête une douleur qui, d’abord vague et légère, prenait insensiblement un caractère alarmant d’acuité. Dans cet état, elle se mettait au lit et, après quelques instants de repos, le froid faisait place à une sensation de chaleur intense, accompagnée de la rougeur et du gonflement de la face ; la céphalalgie augmentait alors de plus en plus. La malade ne pouvait goûter le repos; elle s’efforçait même de résister au sommeil pendant le jour et ne s’y livrait guère que vers les 10 ou 11 heures de la nuit, après avoir pris un modique repas. En ces moments-là, il lui arrivait souvent de s’asseoir sur son lit ; mais elle pâlissait de suite et se refroidissait aussitôt, comme le premier jour de son alitement. Il en était de même tout l’après-midi; cet état durait jusqu’au soir, assez tard, et, pendant le refroidissement, comme pendant la période de chaleur, les veines des tempes étaient sensiblement gonflées. Son sommeil n’était guère calme avant minuit ; mais , une fois arrivée au matin , elle dormait paisiblement jusqu’à huit heures environ. A cette heure-là, elle se levait et, au lieu de thé, prenait, selon l’ordonnance des médecins, une infusion de fleurs et de bourgeons de romarin.
Les évacuations menstruelles s’accomplissaient toutefois, à leurs époques fixes , avec la plus grande exactitude, avec une abondance vraiment extraordinaire et un caractère tout particulier relativement à leur mode de succession ; car, quoique le flux se manifestât d’abord avec violence et profusion, il continuait quelquefois avec plus de modération jusqu’au huitième jour. Alors, il cessait tout à coup, par un écoulement subit et copieux, présentant le même caractère qu’il avait montré à son début. Les médecins ne manquèrent pas de présager que tout cela finirait par une consomption organique, comme s’il se fût agi de phthisie ou de fièvre hectique; ils pronostiquèrent même la funeste terminaison prochaine de ces symptômes morbides.
Consulté à ce sujet, nous ne doutâmes pas un seul instant qu’il n’existât chez la malade une constitution pléthorique et d’ardentes commotions sanguines ; mais nous soupçonnâmes aussi que le flux impétueux de la matrice, à l’époque des menstrues, provenait d’une affection particulière et peu commune de cet organe. Ce qui acheva de nous confirmer dans cette opinion, ce fut l’emploi, à titre d’expérimentation seulement, de notre remède dont l’effet, sans vanterie aucune, est infaillible, quand il s’agit de ramener à l’état normal les évacuations utérines L Cette préparation, en effet, administrée fort à propos dès le premier jour de l’invasion menstruelle, en modéra instantanément la violence et ralentit considérablement l’excrétion; l’usage en fut répété le lendemain; mais elle produisit une révolution telle que l’évacuation sembla cesser complètement ‘ : ce qui inspira de la crainte à la malade. Sur mon avis, cependant, elle consentit à continuer le remède et, loin de sentir les symptômes de. la veille, elle vit au contraire, avec satisfaction, que l’écoulement se maintenait invariablement en petite quantité , comme si c’eût été simplement pour contrôler sa présence. Ayant encore usé de ce médicament, le huitième jour il survint une recrudescence notable dans le flux, mais jamais au degré de sa violence primitive. Deux semaines après, nous
' Voyez T. VIII, Commentaire CXGVI, sur la composition, l’indication et la valeur tliérapeutiquede ce remède que Stahl employait avec tant de succès contre le dérèglement des menstrues.
fîmes pratiquer une saignée et administrer les remèdes que nous crûmes nécessaires contre l’état pléthorique. Dès ce moment, les indispositions habituelles d’autrefois s’évanouirent insensiblement et la malade reprit de Jour en jour la santé et les forces. Cependant, le dérèglement menstruel se déclarait d’une façon telle que , lorsque notre médicament n’était pas employé., l’impétuosité du flux égalait celle des premiers jours de la maladie. Au contraire, dès qu’on çn faisait usage, l’écoulement, quoique moins ralenti que la première fois qu’on l’employa, devenait pourtant plus modéré que de coutume. Les choses durèrent ainsi quatre mois; la santé de cette dame était du reste constamment satisfaisante. .Enfin, vers le cinquième mois, une petite concrétion charnue sortit de la matrice avec une impétuosité inouïe et n’entraîna néanmoins aucune conséquence fâcheuse, grâce à l’administration intelligente de notre remède. Une fois cet obstacle enlevé, non seulement la malade revint à la plus parfaite santé et se maintint à l’avenir dans le plus merveilleux équilibre, mais encore les évacuations menstruelles reprirent un cours plus tranquille et plus modéré.
IL II s’agit aussi dans ce second exemple d’une femme d’une condition également honorable, à peine âgée de vingt-trois ans et déjà mère de deux enfants. Devenue enceinte pour la troisième fois, elle eut un avortement tout à fait prématuré. Un an après cette époque, elle vint nous consulter, à propos d’une excessive difficulté de respiration, d’une anxiété précordiale, d’un grand abattement et d’un défaut bien marqué d’appétit. La pâleur de sa face était extraordinaire et sa figure entière paraissait enflée plutôt qu’exténuée et desséchée par le mal. Gomme elle avait en outre le ventre extrêmement développé et aussi gros que celui d’une femme prête à accoucher, nous cherchâmes avant tout à nous rendre compte de cette condition organique. La malade nous avoua que, sans en être intimement sûre, elle croyait fermement avoir le ventre dans cet état depuis plus d’un an, c’està-dire depuis son avortement dont elle nous détailla à ce propos les diverses circonstances. Elle ajouta que, depuis cet avortement, ses menstrues avaient été irrégulières, qu’elles revenaient trop souvent, duraient trop longtemps, prenaient un caractère inouï de recrudescence, à la moindre commo-
tion physique ou morale, et se déclaraient enfin avec un flux vraiment excessif.... se plaignant que ce jour-là même il était des plus incommodes. Nous lui fîmes observer que, tant quelle se trouverait dans une pareille position, il ne fallait nullement soupçonner une grossesse embarrassée par quelque maladie de l’utérus; elle nous pria cependant de lui indiquer les remèdes à prendre pour que, dans une telle hypothèse, il ne pût lui arriver de désagrément. Nous lui conseillâmes alors l’emploi du médicament dont nous avons fait mention dans l’observation précédente. Elle en prit quatre doses ; à la première, le flux menstruel cessa complètement; à la troisième prise, le gonflement du ventre diminua sensiblement ; deux doses de plus suffirent pour le faire radicalement disparaître. Le ventre demeura cependant encore quelque temps dur et tendu, quoique tout à fait affaissé sur lui-même; les anxiétés, les oppressions et les embarras épigastriques avaient aussi disparu; mais la malade ne jouissait pas cependant d’une égale et constante tranquillité. Quatre semaines après, le flux menstruel reparut, assez modéré néanmoins; nous administrâmes de nouveau, dans un but de soulagement, quelques doses de notre remède. Or, trois jours après l’usage non interrompu de cette substance, la patiente fut saisie d’atroces douleurs, en tout semblables à celles de l’enfantement. Deux heures plus tard, elle accouchait en effet, mais d’une certaine chose qui ne ressemblait pas mal à une souris par sa forme extérieure : c’était une masse d’un aspect fîbroso-membraneux à l’intérieur, à fibres indistinctes et enchevêtrées pêle-mêle, renfermant entre leurs mailles du sang coagulé ; le tout recouvert d’une tunique extérieure continue et plus dense. Cette concrétion était très-grêle, de la longueur d’une phalange tout au plus, et paraissait avoir été arrachée comme par solution de continuité. Une fois cette substance informe rejetée hors de la matrice, les lochies coulèrent pendant plusieurs jours; l’organe se nettoya; cette dame, ayant conçu quelque temps après, porta sans accident son nouveau fruit et accoucha fort heureusement, avec la grâce de Dieu, d’un bel enfant frais et bien portant.
On le voit : les perturbations menstruelles qui dépendent d’un vice dans les lochies ne doivent pas être con-
fondues avec les simples écarts de la menstruation.
C’est là une chose, nous le répétons, qu’il ne faut jamais
oublier.
§ X. Ce qui mérite encore plus spécialement l’attention des hommes de l’art, tant au point de vue de la fréquence que des conséquences nombreuses , certaines et imminentes dont la gravité est réellement alarmante, ce sont les diminutions et les défauts naturels des menstrues. Ces phénomènes morbides se manifestent sous trois formes différentes : 1 “ par diminution relativement à la quantité ; par la tergiversation relativement au temps ; 3“ enfin par la cessation radicale.
La diminution pure et simple dans la quantité de l’écoulement, quoique n’entraînant après elle rien de bon pour l’économie et n’en laissant pas moins subsister dans les intervalles de sa période naturelle les incommodités dont elle peut être le principe, est cependant (abstraction faite du cas où, par une diminution progressive, le flux viendrait à disparaître entièrement) beaucoup plus légère sous tous les rapports que celle dont nous allons parler à l’instant même ; c’est là une espèce de dysménorrhée.
§ XI. Il est en effet une autre espèce de diminution menstruelle : c’est celle qui a rapport au temps; en pareil cas, il y a non-seulement défaut dans le retour périodique de l’évacuation, mais encore dans la quantité de l’évacuation elle-même : ce genre de perturbation se rapproche beaucoup de la cessation complète et des commotions graves, opiniâtres, nombreuses et variées dans leurs manifestations externes qui, par leur ataxie ou leur irrégularité, plutôt que par les simples effets de la stagnation, des engorgements et des hémostases, sont capables de porter le trouble dans le système tluxionnaire des menstrues. C’est la véritable dysménorrhée. Ce vice de menstruation pèche beaucoup par le temps ; mais il pèche
encore plus, relativement à l’ordre naturel de l’écoulement; en d’autres termes, l’écoulement menstruel revient parfois en suivant un mode tout à fait anormal et se déclare à une époque quelconque : variation d’autant plus marquée qu’elle se rattache ordinairement à des ataxies ultérieures et profondes. Ajoutons encore que le praticien, en étudiant ces déviations, doit examiner sérieusement si l’époque de la menstruation s’éloigne beaucoup des principales phases lunaires, c’est-à-dire des approches de la nouvelle ou de la pleine lune.
§ XII, Quant à la suppression complète du flux menstruel ou aménorrhée, elle se présente à l’esprit sous deux points de vue différents. D’abord, il peut arriver que l’écoulement s’accomplisse d’une manière languissante et ne défaille complètement que par occasion. En second lieu, le flux menstruel peut s’arrêter totalement, à l’improviste et en une seule fois, bien que la personne ainsi affectée soit douée d’une constitution excessivement pléthorique. Or, quoique la raison de l’âge où se déclarent de semblables suppressions présente ici quelque diversité et qu’il soit vrai de dire au moins d’une manière générale que, plus le sujet est jeune, plus les conséquences de cette suppression sont graves et dangereuses, on ne saurait cependant disconvenir que, à toutes les époques, la cessation menstruelle ne soit le précurseur infaillible d’un danger certain , non seulement pour le présent, mais encore pour l’avenir.
§ XIII. Les causes de ces divers défauts menstruels ont entre elles des degrés visibles de genre, d’ordre et d’importance.
C’est donc avec raison qu’on les considère : I “ comme internes ou manifestement adventices ; comme affectant plus spécialement la masse humorale ou son mouvement circulatoire; 3“ enfin comme étant d’une effi-
cacité plus immédiate ou plus éloignée, plus faible ou
plus énergique.
El d’abord, pour ce qui concerne les causes internes de ces vices de menstruation, nous dirons qu’elles sont non seulement beaucoup plus fréquentes que les causes externes, mais encore, à bien apprécier le fait, beaucoup plus puissantes que ces dernières pour provoquer la perturbation, la diminution et même la suppression radicale du flux menstruel. Parmi ces causes, il en est encore de plus dangereuses les unes que les autres, et de plus aptes que toute autre cause externe (abstraction faite de quelques cas très-rares) à susciter dans l’économie corporelle des conséquences ultérieures infiniment nuisibles , avec une fréquence et une facilité surprenantes. Au premier rang, plaçons la pléthore ; elle le mérite par son impor- * tance, son énergie et les deux moyens dont elle se sert communément pour contrarier la nature : nous voulons parler de l’épaississement de la masse humorale qui envahit peu à peu tout le système organique, et de l’occasion offerte par là même à des commotions intempestives qui n’avaient auparavant l’habitude de se produire qu’avec modération ou qui ne se déclaraient jamais, sans un motif raisonnable d’exonération, c’est-à-dire sans surabondance d’humeurs. Ce qui favorise singulièrement l’épaississement de la masse humorale, c’est cette double circonstance des mœurs populaires : 1 “ boire peu en mangeant abondamment des substances solides ; 2“ mener une vie molle et oisive. Lorsque ces deux causes concourent, elles contribuent puissamment, il ne faut pas en douter, à la diminution du flux menstruel chez la femme.
§ XIV. Ce n’est qu’en s’appuyant sur des conceptions tout à fait grossières que quelques modernes ont osé prétendre que les aliments pouvaient altérer les humeurs par certaines vertus salines dont on a fait grand bruit, par
certaines propriétés éminemment acides , et enfin par la facilité qu’ils peuvent avoir de s’aigrir naturellement. Nous ne sommes pas éloigné, tant s’en faut ! de reconnaître la puissance des substances alimentaires pour épaissir les humeurs, pour les coaguler et pour porter ainsi obstacle tant à la circulation qu’à l’excrétion sanguine; mais si l’on veut pourtant examiner à fond, comme la chose l’exige du reste, les phénomènes qui se passent sous nos yeux en pareil cas et dont la présence habituelle, sans fiction et sans hypothèse aucune, est chose plus naturelle même que le simple soupçon de leur possibilité (à en juger par le caractère véritable des matières), on découvrira facilement que cette prétendue disposition à l’épaississement que l’on se hâte d’inférer de la puissance saline des aliments, est au contraire très-éloignée de la réalité du fait en lui-même ^
§ XV. Toutes les femmes en général, et particulièrement celles qui sont les plus raffinées dans leur intempérance ou les plus friandes de gourmandises — et certes, le nombre en est grand, les exemples en sont nombreux — viennent ratifier notre thèse par leur propre expérience. Ces personnes savent très-bien, en effet, que les diverses substances alimentaires dont nous avons parlé sont, au point de vue des menstrues, moins dangereuses et moins nuisibles, quoique prises sans retenue ni modération, par leur vertu directement matérielle que par l’usage intempestif et l’ingurgitation déréglée qu’elles peuvent faire de ces mêmes substances ; deux excès formels qui, loin d’introduire corporellement dans la masse humorale quelque chose de nuisible , surchargent au contraire les premières voies et peuvent avoir ainsi, comme de loin ou d’une manière médiate, des conséquences fâcheuses
Y oyez T. VllI, Commentaire CXCVII.
dont le rejaillissement se fera sentir à la longue sur l’écoulement menstruel. Toutefois, ces aliments peuvent nuire à l’économie animale d’une manière immédiate et prompte, lorsque les femmes en font un abus, à l’époque très-spéciale où les mouvements vitaux sont particulièrement entrepris et dirigés par la nature dans le but de l’excrétion menstruelle.
§ XVI. Tout préjugé là-dess1ïs ne peut donc manquer de disparaître, si Ton veut bien se donner la peine de considérer que Tétonnante efficacité d’une certaine alimentation n’est due qu’au trouble certain qu’elle apporte dans les fonctions nutritives, par l’encombrement des premières voies et l’arrêt de la première digestion. Les substances qui jouissent de cette fâcheuse propriété sont nombreuses ; on peut citer entre autres les gâteaux , le pain ordinaire, le pain de tous les jours, soit de seigle, soit de froment, de bonne qualité du reste , mais avalé en trop grande quantité, surtout lorsqu’il sort du four : cette dernière circonstance y est pour beaucoup ; car le pain forme en ce moment une substance épaisse, tenace, que Ton peut pétrir avec les doigts et qui est très-indigeste. De ces diverses circonstances, il ressort évidemment que le premier et le principal préjudice occasionné par l’abus des aliments se localise d’abord dans l’estomac : d’où il suit que , en dehors de l’époque des menstrues, les ravages en sont bien moins graves dans les fonctions digestives que si, coïncidant avec les règles, l’alimentation vicieuse venait mettre entrave à leur écoulement normal.
§ XVII. Ce ne sont pas les substances sapides en elles-mêmes, ni celles qui sont aptes â prendre, après un certain temps et d’après certaines préparations, un caractère de saveur remarquable qui produisent, en tant que telles, de semblables effets ; non ! mais ce sont les substances sapides ou autres dont la vertu funeste ne se dé-
PATHOLOGIE TRÈS-SPÉGULE. 143
veloppe et ne passe réellement en acte que dans les premières voies. Dans ce nombre, rangeons les substances capables de dégénérer très-promptement en une fermentation écumante, vaporeuse ou gazeuse : telle est, par exemple, la lie de cervoise, quand on boit une bière épaisse, trouble, ou qu’on la mêle avec des aliments farineux, des pâtisseries, des gâteaux et des fritures ; en ces divers cas, c’est par une réelle fermentation que ces matières ont un effet nuisible.
Il est done eontraire à toute saine expérience que les résidus d’une matière quelconque, qui a déjà subi la fermentation, puissent porter en eux un principe direct d’acidification et soient susceptibles de s’aigrir, loin de tendre irrésistiblement, comme on le suppose ici, à cette modification; car il est évident que, par la séparation et la déposition des lies, des résidus des matières grasses ou aigres, l’acidité entière se manifeste au moment même de cette élaboration. Aussi, n’est-il pas rare de voir les femmes du peuple boire en assez grande quantité, sans en être visiblement incommodées, le vinaigre parfois très-fort qui reste au fond d’une salade de laitues ou d’autres légumes semblables.
§ XVIII . Mais l’bypothèse des acides, tout aussi bien que l’opinion contraire sur la puissance et l’efficacité, dans le même ordre de phénomènes, des sels volatils, viennent se briser d’une manière quasi matérielle devant la raison et la proportion mécanique des faits.
Quant au dernier système touchant l’efficacité des sels volatils, il s’appuie sans doute sur des expérimentations tendant à prouver que les acides ont la propriété de coaguler le sang et que les sels uriques ont celle de le dissoudre ou de le faire entrer en liquéfaetion ; mais une pareille puissance disparaît devant l’application de ces
substances sur le corps vivant U Au reste, ces expérimentations ne reposent-elles pas entièrement sur une abondante quantité et une proportion exacte des sels volatils? Or, s’il en est ainsi, comment la nourriture fourniraitelle des éléments acides ou volatils en aussi grand nombre et d’une énergie aussi puissante que les minéraux les plus efficaces dont on se sert pour de pareils essais? D’un autre côté, il est généralement reconnu par les praticiens experts qu’un corps malade ne saurait nullement tolérer, sans encourir les plus graves perturbations, même la centième partie des sels volatils d’urine qui seraient nécessaires pour corriger d’une manière énergique l’acidité coagulante, capable, d’après ces fictions hypothétiques, de cailler la masse entière des humeurs , de manière à ce que les plus petites particules soient propres à subir des stases.
§ XIX. Pour l’intelligence complète de la chose, signalons ici une expérience fort simple : que l’on prenne, par exemple, une demi-once (1 5 grammes) de cristaux de tartre (tartrate acidulé de potasse) réduits en poudre fine; qu’on y verse dessus, jusqu’à saturation, de l’esprit volatil d’urine (ammoniaque) ; qu’on évalue ensuite exactement la proportion réciproque, en poids, de chacune de ces substances : on verra que le tartre, quoique suffisamment reconnu comme un sel d’une médiocre acidité, exige néanmoins pour sa saturation une assez grande quantité d’esprit volatil d’urine. Que faudrait-il donc penser de la proportion d’acidité nécessaire pour coaguler le sang, non-seulement d’une manière privative, en lui faisant subir l’action des acides, mais encore d’une manière positive en atténuant sa quantité, si cette prétendue cause était réelle et si les substances (ju’on oppose à la coagulation étaient réellement efficaces.
Voyef T. VIII , Commentaire CXCVIIl
En résumé, nous concluons hardiment que les substances matérielles qui, par un acte corporel et physique en dehors de toute opinion préconçue sur la puissance des sels, diminuent ou suppriment d’une manière aussi prompte qu’énergique l’écoulement menstruel, agissent directement sur les mouvements vitaux, plutôt que sur la crase des humeurs qu’elles ne peuvent du reste nullement coaguler ^
§ XX. Mais, eomme on ne saurait nier l’efficaeité de l’épaississement du sang sur les diminutions successives de l’évacuation menstruelle , nous devons reehercher la cause de cet épaississement dans ces trois circonstances, si familières à l’économie animale, savoir : 1" le défaut d’une dilution convenable des principes élémentaires de la masse sanguine ; 2® l’insuffisance d’une agitation profonde et subtile de la partie épaisse du sang avec sa portion liquide (en ce cas, en effet, la substance aqueuse est rejetée par la partie adipeuse) ; 3“ la trop grande ténacité ou viscosité de l’humeur séroso-lymphatique. A ces circonstances viennent correspondre les causes mêmes qui produisent de pareils résultats plus souvent qu’on ne le pense et que ne semble le comporter leur caractère propre, comparé avec le mode et les conditions principales de l’effectuation.
§ XXI. Aux causes internes viennent s’ajouter, avec une parfaite connivence^ les causes externes qui, toutes, quelles qu’elles soient, pour ne pas en faire une trop longue énumération, portent un préjudice quelconque à la circulation du sang, soit en empêchant la dilution convenable de ses éléments constitutifs, soit en provoquant un excès anormal dans la quantité de sa portion délayante, soit en favorisant la viscosité de sa partie séreuse, soit enfin en
Voyeg T. Vlll, Commentaire GXCIX.
146 OEUVRES RE STARL.
exerçant leur action funeste plutôt sur les mouvements
vitaux que sur la crase universelle des humeurs.
§ XXII. Parmi les causes le plus immédiatement efficaces des défectuosités menstruelles, nous devons ici réserver une place d’honneur aux divers états affectifs de l’âme et notamment à une profonde terreur. Tout le monde sait, en effet, qu’une frayeur subite a le privilège d’arrêter instantanément le flux des menstrues , serait-il au milieu de son cours ^ ! Ce qui n’empechc pas (comme nous l’avons déjà démontré dans notre dissertation sur le mouvement tonique vital et dans les endroits ® du présent ouvrage où il a été question de l’hématémèse) qu’une violente nausée ou un profond dégoût déterminant une grande envie de vomir n’aient ici leur importance ; mais cette cause seule est presque sons efficacité.
§ XXIII. Enfin, à côté des circonstances déjà signalées nous pouvons citer encore comme un spécimen de cause externe capable d’altérer et de détourner le mouvement des humeurs, les évacuations artificielles que l’on pratique, non indistinctement sur la première partie venue, mais sur des régions tout à fait opposées à celles par où s’opèrent les exonérations menstruelles. Ainsi, on peut avoir remarqué (et Forest® a démontré par un exemple tout à fait spécial) la puissante efficacité des saignées copieuses pratiquées dans les parties supérieures, aux bras en particulier, au moment de l’apparition des menstrues ou pendant leur écoulement.
« Voyez T. VIll, Commentaire CC.
* Voyez T. IV, 11"*' partie, Pathologie spéciale, section 1'*, chapitre 2, article 3, page 187. Voyez aussi III™* partie, Pathologie très-spéciale, section l", chapitre 3, page OG.
® Pierre Van Forest ou Forestus, célèbre médecin hollandais , naquit à Alkmaër en 1522, et mourut à üell't, où il exerça la médecine avec un i|i'and éclat, jusqu’en 1597, Ses œuvres intitulées ; Obssnationum et curationum medicinalium ac chirwgîcarum opéra omnia, lloi]cn 1G53, 4 volumes in-4“ ou 2 volumes In-f", Ihrment un curieux recueil do faits cliniques.
§ XXIV. Pour qu’il iic reste plus aueun doute sur l’elTieacité réelle des causes que nous venons d’énumérer nous allons étudier d’une manière générale le triple fondement de causalité dont la division a été déjà établie, d’après un ordre naturel ; en d’autres termes, nous allons considérer quelles sont, parmi les causes indiquées, celles qui ont l’habitude de préparer et de provoquer plus familièrement, plus promptement et plus fréquemment que les autres la perturbation des menstrues. — C’est là que viendront se briser toutes ces utopies, tous ces systèmes pathologiques, purement spéculatifs et vains, dont les auteurs, dominés par leurs propres élucubrations, adoptent de préférence les causes dont les effets sont le plus conformes à leurs théories, au détriment de celles que l’expérience de chaque jour nous montre comme étant réellement plus efficaces.
§ XXV. Examinons donc sérieusement les causes les plus fréquentes du défaut menstruel, et nous verrons que celles qui méritent d’occuper la première place dans le champ de nos investigations sont, comme nous l’avons déjà dit, les causes qui altèrent de la manière la plus fréquente, la plus directe, la plus apparente et la plus efficace les mouvements vitaux.
Ces causes éminemment pertm^hatrices , quelles sontelles?... Au premier rang, nous placerons encore les affections de l’àme : la terreur (comme capable d’occasionner une cessation subite du flux menstruel), le chagrin, le regret, l’anxiété (capables de déterminer aussi la suppression de ce fiux, mais plus lentement et par degrés) ; au second rang, nous ^nettrons les substances qui troublent la première digestion et cliargent d’une manière importune les premières voies ; au troisième rang, doivent se placer les causes externes qui, par une sensation doidoureuse, peuvent déranger le mouvement
excréteur lui-même et , par des effets locaux d’épaississement, altérer la mobilité humorale ; enfin , nous citerons en dernier lieu toutes eelles qui, n’importe leur classe, ont des effets plus rares ou plus lents et agissent principalement sur la crase des humeurs. Au surplus, si l’on veut bien examiner la chose avec attention, sans préjugés et selon les données positives de la saine expérience, on s’apercevra aisément que ces dernières causes produisent rarement, par elles-mêmes ou par leur propre énergie, leur effet perturbateur et qu’elles ont besoin du concours éloigné des autres'.causes, de la première catégorie, qui ont la puissance d’altérer immédiatement les mouvements vitaux, de provoquer à la longue certains vices particuliers dans les humeurs et d’entraver partiellement leur libre circulation à travers les organes.
§ XXVI. Ce sont là des considérations d’une trèsgrande importance au point de vue de la doctrine médieale; car elles fournissent un moyen infaillible pour découvrir d’une manière évidente les propriétés diverses et les variétés d’appréciation dont sont susceptibles toutes ces causes perturbatrices qui, par leur enchaînement, leur corrélation et leur substitution mutuelle, accomplissent les effets directs dont nous avons parlé et font plus, par conséquent, que d’en favoriser la funeste énergie. Il résulte encore de ces considérations que l’on peut d’ores et déjà parfaitement intervenir contre ces causes ellesmêmes et contre celles qui leur sont subordonnées. Car, nous nous plaisons à le répéter, si on néglige d’étudier ces causes dans leur ordre naturel, ce sera certainement en vain que l’on tentera de combattre les autres circonstances simplement concurrentes. Voilà pourquoi nous ne cesserons jamais de recommander aux praticiens la connaissance et l’examen sérieux des causes, quelles qu’elles soient, qui ont moins pour résultat direct l’empêchement
de récoulement régulier des menstrues, que la production de certaines perturbations profondes et intempestives dans les mouvements qui président à cette évacuation.
Dans cette classe, nous devons aussi ranger, parmi les causes éloignées, la pléthore ; parmi k&cm&es prochaines, les excitations de la sensibilité et les embarras gastriques; enfin, parmi les causes les plus puissantes et les plus prochaines, les affections de l’âme : faisons observer cependant que toutes ces causes agissent le plus souvent dans une sorte de conspiration réciproque.
g XXVII. Pour ne rien oublier et donner une preuve surabondante de la justesse de nos études étiologiques, nous ferons remarquer encore que bien des femmes, chez lesquelles ces causes agissent d’une manière isolée, ne sont jamais atteintes d’un vice notable dans l’écoulement de leurs menstrues; tandis que, lorsque ces mêmes causes agissent simultanément sur le même sujet par un mutuel concours et des surexcitations réciproques, elles déterminent ou favorisent des altérations effectives.
Nous croyons aussi qu’il est de la plus grande importance pour la vraie pathologie universelle de prendre encore en sérieuse considération les causes, à l’aide desquelles sont réellement mises en acte celles que les anciens appelaient causes antécédentes et que les modernes classent à part , partout où elles obtiennent un résultat positif. Quant à l’efficacité du concours de toutes ces causes et à leur nullité, dans l’isolement, les exemples pullulent à ce propos : combien ne voit-on pas en effet de femmes pléthoriques, au sang épais, au sérum viseoso-muqueux, mener une vie sédentaire, éprouver des colères, des frayeurs, les rigueurs du froid, user même d’une mauvaise alimentation, sans ressentir néanmoins dans l’évacuation de leurs menstrues ni retard , ni diminution?,. Les exemples, nous le répétons, sont innom-
brablcs à cet égard. Assurément, ce sont là des faits qui détruisent à tout jamais les théories les mieux établies, à moins qu’elles n’aient pour base une sage et intelligente observation.
§ XXVni. Si, pour avoir la raison précise de ces deux •circonstances qui ont trait \ ° au concours mutuel des causes , 2“ à l’attaque plus efficace de celles qui troublent les commotions sanguines, au moment meme de l’invasion légitime du flux menstruel, il suffit d’en faire un examen conscieneieux -, nous pouvons dire aussi que de cet examen résultera cet utile enseignement tbérapeutique, savoir : qu’il faut bien se garder d’accorder plus de confiance qu’ils n’en méritent aux remèdes exeitants, c’est-à-dire aux agents médicateurs capables de provoquer une surexcitation réelle dans les mouvements excréteurs; pas plus qu’à ceux qui peuvent empêcher le libre écoulement des menstrues, en resserrant les voies naturelles, à l’époque surtout de la manifestation des commotions spontanées, instituées par l’agent vital dans le but de parvenir à l’évacuation désirée d’une manière calme, tranquille et normale. Or, non seulement il n’est nullement besoin d’excitants en pareils cas, mais la nature ne les supporte que difficilement, à moins qu’ils ne soient administrés avec la plus grande prudence.
I XXIX. Quoiqu’on révoque généralement en doute aujourd’hui la puissance des maléfices et des enchantements sur le flux menstruel , on ne saurait néanmoins oser nier en pareil cas rcfticacité extraordinaire des philtres magiques ^ : nous allons ci; dire un mot.
D’après les aveux publics faits par les sorciers devant les tribunaux, il est certain que bon nombre de jeunes filles ont été victimes de l’art infernal de ces misérables,
' Voyez T. VllI, Commentaire CCI.
qui les mettaient dans une position d’autant plus fâcheuse pour leur santé qu’il y avait absence complète de toute raison circonstancielle plausible. On dit communément que ces maléfices font sentir leur première influence par des perturbations menstruelles entraînant bientôt après elles la suppression complète des règles. Ces phénomènes morbides sont (au dire de ces mêmes gens) accompagnés des symptômes les plus inouïs, tant sous le rapport de leur fréquence que de leurs caractères : ils affectent surtout l’imagination et les mouvements toniques ; en d’autres termes, ce sont des chagrins mélancoliques, des apparitions de spectres, des inquiétudes profondes qui, insignifiantes au début, dégénèrent bientôt en manie furieuse ; ce sont des mouvements convulsifs, des contorsions de membres qui donnent au corps des poses insolites ; ce sont enfin des rejets, parle vomissement surtout, de matières singulières et étrâtiges, comme des poils, des rognures d’ongles, des coques d’œufs ^ Ce qu’il y a de plus extraordinaire, c’est que tout cela arrive au moment de la santé la plus florissante et sans le concours, même probable, des causes physiques dont nous avons déjà fait l’énumération. Quant à nous, nous l’avouons franchement, nous regardons comme fort suspectes toutes ces choses, depuis l’évacuation de ces étranges substances et la contraction effrayante des membres jusqu’aux violentes convulsions et aux douleurs inouïes des articulations.
§ XXX. Mais ce serait en vain, à notre avis, qu’on s’efforcerait d’attribuer ces phénomènes , quel que soit leur mode de manifestation, à des causes parement physiques. Loin de les imputer à une vertu purement matérielle, nous ne craignons pas, pour notre part, de les mettre sur le compte d’une forte impression provenant
Voyea T. VUl , Commentaire CCH.
i52 OEUVRES DE STAIIL.
d’une fascination malfaisante, surtout si l’influence magique est à petite distance; nous les attribuons principalement à des regards fixes et hideux, à des menaces exprimées en termes équivoques ou arnphatiques, dont l’effet serait de rendre les pauvres victimes rêveuses, craintives .et inquiètes.
Mais, de ce qu’il n’est pas généralement possible de fonder là-dessus une pathologie bien claire, il ne s’ensuit pas qu’il faille pour cela rejeter, sans examen, comme fausse et frivole la chose elle-même ; car, au fond , nous avons des raisons sérieuses pour croire à la réalité de ces faits ; voilà le motif pour lequel nous n’avons pas cru déplacé de les mentionner ici, du moins au point de vue de leur causalité (du pourquoi, TôôTt).
§ XXXI. Toutes les lésions et les perturbations menstruelles qui viennent d’être mentionnées ont trait seulement au flux proprement dit ; nous allons maintenant nous occuper d’une manière toute spéciale des vices qui affectent non pas tant l’écoulement lui-même que ses principales circonstances, c’est-à-dire son début et sa fin : c’est pourquoi il nous paraît convenable de dire un mot à ce sujet, touchant les époques fixes où le flux menstruel commence et finit. Or, l’époque de l’apparition des règles est ordinairement fixée à l’âge de quatorze ans (vers la fin du deuxième septénaire), et l’époque de leur cessation spontanée vers le septième septénaire. Aussi, est-ce précisément à ces deux âges que les menstrues éprouvent des défectuosités spéciales.
§ XXXII. Les débuts du flux menstruel [lèchent rarement par excès, si ce n’est qu’il peut quelquefois se manifester d’une manière précoce, à l’âge de treize ans, par exemple ; toutefois, c’est une circonstance dont on fait ordinairement peu de cas ; car il est solennellement reconnu par tous les médecins qu’à cet âge la menstruation
peut légitimement s’établir ^ La raison en est que cette particularité n’occasionne par elle-même, en dehors de toute condition étrangère, aucun inconvénient appréciable, encore moins des dangers réels pour l’avenir : à cette seule exception près que, chez les personnes précoces, les évacuations cessent aussi de meilleure heure.
§ XXXlll. En nous basant sur la nature même des choses, nous avons fait observer déjà que les flux hémorrhagiques pèchent en général moins souvent par excès que par défaut. Ainsi en est-il à fortiori pour le flux menstruel à son début. Car, c’est le plus ordinairement par défaut et non par exeès qu’il se trouble dans ses fonctions et qu’il suscite des embarras. Le peuple luimême, instruit par l’expérience, n’ignore nullement et les écoles médicales sont unanimes à enseigner que la menstruation peut faire indifféremment son apparition avant la quatorzième année révolue ; mais cela ne veut pas dire que le retard de cette apparition, au-delà de quatorze ans , doive entraîner des inconvénients certains et imminents, parmi lesquels on peut mettre en première ligne un défaut complet de menstrues, à l’époque nécessaire, ou du moins un embarras et un désordre dans leur écoulement.
§ XXXIV. Le' retard du flux menstruel admet les mêmes causes que les diminutions ou les autres défectuosités de la menstruation : avec cette seule différence que, dans le cas actuel, les vices provenant de la consistance du sang ou de la déviation du mouvement humoral sont d’une efficacité beaucoup plus grande, et qu’au contraire les causes morbides qui d’ordinaire arrêtent le Ilux au milieu de l’acte sont beaucoup moins énergiques ; hormis le cas fortuit cependant où ces cir-
* Voyez T. VllI , Commentaire CCllI.
constances fâcheuses exerceraient leur influence au moment même où le mouvement excréteur e^ sur le point de ménager une issue au sang.
Le chagrin, joint à la tristesse ou à un violent désir ou regret, peut certainement être pour beaucoup dans la manifestation de ces phénomènes.
Les causes principales du retard des menstrues sont :
1 " l’épaississement notable du sang ; 2“ l’abattement de l’esprit ; 3“ diverses ataxies des fonctions corporelles et altération des humeurs; 4“ enfin, un tempérament pléthorique bien prononcé , chez une personne surtout qui mène une vie oisive et qui est exposée aux débordements subits de la masse sanguine : de pareilles causes peuvent aussi occasionner des désordres et apporter des retards dans l’écoulement régulier d’un flux récemment établi.
§ XXXV. Cette question bien et dûment appréciée jettera un nouveau jour sur une autre à peu près semblable et qui consiste à savoir pourquoi, dans un tempérament pléthorique, l’agitation effectuée par des excitants que certaines filles emploient, d’après les conseils imprudents des commères ou les fatales ordonnances des médicastres, dans le but de provoquer les règles à l’époque normale, loin d'obtenir les résultats avantageux qu’on en attend, n’aboutit au contraire, plus souvent que ne le pense le vulgaire, qu’à favoriser des inconvénients et des désordres très-graves. Cette agitation pléthorique peut même occasionner un ralentissement beaucoup plus opiniâtre et déterminer la suppression immédiate du flux établi.
Or, ce qui contribue beaucou[) à accréditer ce genre de médication, c’est l’opinion généralement admise sur la nécessité d’une correction matérielle du sang et sur le besoin spécial de faire disparaître son acidité et sa coagulation : de là, l’usage imprudent des sels âcres et des sels volatils qui excitent le sang paresseux et peuvent
PATHOLOGIE TRÈS-SPÉCIALE, provoquer des troubles réels dans réeonomie. Nous ne voulons pas même parler ici des martiaux, auxquels on a si faussement attribué une vertu apéritive ^ et qui, par les constrictions dont ils sont cause,' ne s’harmonisent nullemènt ni avec la quantité abondante du sang, ni avec sa qualité mal délayée dans un sujet pléthorique. D’où résultent, chez les jeunes personnes très-puissantes, chez les filles du peuple surtout, de fréquentes suppressions menstruelles, à moins que la nature, surexcitée par ces agents, ne surmonte ces entraves par son énergie propre. Ce qu’il y a du reste de certain, c’est que le flux menstruel, une fois supprimé, n’est ramené que difficilement à son état normal et éprouve à l’avenir des mouvements irréguliers, au point de vue de la durée et de la quantité de l’évacuation.
g XXXVl. L’expérience de chaque jour atteste la haute valeur de ce que nous venons de dire, touchant les précautions à prendre dans l’emploi des excitants et l’intention que l’on se forme de remédier par les apéritifs, aux retards qu’éprouve parfois le flux menstruel chez les jeunes filles. 11 arrive en effet dans les deux cas, qu’après l’usage imprudent des excitants, conseillés par les commères, les jeunes personnes ont des retards bien plus opiniâtres, accompagnés presque toujours de constrictions, d’anxiétés, de fièvres lentes, d’étisies, de consomption, de phthisie même, de céphalalgie, de spasmes et de convulsions.
Les personnes douées d’un tempérament lymphatique et à tissu spongieux, qui ont recours à ces sortes de remèdes, sont plus spécialement exposées à la cachexie, aux pales couleurs, aux opplétions, aux embarras cardialgiques, aux douleurs gravatives et enfin à l’œdème. Elles
* Foi/es T. Vlll, Commentaire CCIV.
sont, en outre, particulièrement sujettes à éprouver des perturbations dans le cours ultérieur de leurs menstrues , . par l’emploi de ces substances thérapeutiques dont il vient d’être question : en sorte qu’on peut dire, d’une manière générale en pareil cas, qu’il ne résulte de ce traitement rien de bon, rien de normal, rien de constant pour l’avenir : c’est même presque toujours le contraire qui arrive. Quand à nous, nous pensons que le meilleur moyen de rétablir l’harmonie corporelle c’est de pratiquer à propos la phlébotomie (si urgente d’ailleurs), en ayant soin de s’abstenir à jamais de toutes ces médicamentations dangereuses , de renoncer à l’indolence et enfin d’adopter un genre de vie plus actif.
g XXXVIL Nous croyons qu’il est de notre devoir de faire ici une observation très-importante , qui est aussi bien à la portée de l’homme de génie que du sage et modeste praticien : nous voulons parler de la constante et positive subordination méthodique des médications établies par l’art : ainsi c’est un fait positif, que les altérants, quelle que soit leur nature , sont administrés avec bien plus de succès après une saignée préalable, conjointement avec un genre de vie actif capable de provoquer de légères commotions de sang. Il arrive très-souvent aussi que certains médicaments, dont l’efficacité eût été vraiment énergique avec ces conditions de subordination, sont au contraire, en dehors d’elles , sans effet appréciable , produisent même des résultats fâcheux,' si on les eipploie sans circonspection, ou n’obtiennent du moins aucun résultat solide et durable; ce qui n’empêclie pas le moins du inonde qu’on n’en fasse un usage trop fréquent et très-abondant qui, loin de produire jamais aucune espèce d’amélioration, jette le plus souvent la malade dans un état plus désespéré encore.
§ XXXVIII. Il importe néanmoins, à ce propos, de
prendre en sérieuse eonsidération l’effieaeité de eertaines médieations qui, lorsque leur applieation est faite avec sagesse ou convenance, non seulement présentent une puissance et une énergie proportionnées au but désiré, mais encore rendent douteuse l’efficacité de la plupart des autres médicaments et d’un grand nombre d’autres méthodes si diverèifiées qu’elles soient : cela est tellement vrai que, en cas de succès, on se demande souvent avec incertitude' si ces médicaments ont réellement produit quelque chose, tant on a de la peine à croire qu’ils aient donné des résultats si extraordinaires! ou bien, si ces résultats dépendent seulement soit de cette médication , soit de là saignée et d’une suffisante dilution de la masse sanguine.
D’un autre côté, on est encore dans le doute pour savoir comment il se fait que ces remèdes auxquels on attribue une si grande vertu n’aient que des effets désavantageux, quand on les emploie en dehors des règles méthodiques et qu’on les abandonne à leur propre efficacité; car, l’expérience atteste et les conséquences funestes qu’ils provoquent alors sont une preuve indubitable que , à proprement parler, ces remèdes n’ont par eux-mêmes nulle vertu sur les affections menstruelles, mais que tout ce qui se produit d’avantageux en ces circonstances n’est uniquement dû qu’à la méthode qui préside à leur emploi ; à moins de supposer toutefois que ces remèdes n’engendrent un effet opposé au but de leur administration et que, par suite du trouble, de la gêne ou de la surexcitation qu’ils ont apportés dans le corps, la nature, se réveillant plus puissante que jamais et parvenant à dissiper spontanément l’ancienne affection et les incommodités accessoires, ne rétablisse l’équilibre dans tout le système de l’économie animale.
§ XXXIX. Au reste, ce dont nous sommes parfaitement certain, c’est (pie, chez les jeunes personnes qui
n’ont pas vu paraître l’évacuation menstruelle à l’époque de son apparition légitime, on parvient à la dégager beaucoup plus sûrement à l’aide de légères excitations de la masse sanguine en tout conformes aux mouvementsnaturels, que par l’emploi des divers agents purement artificiels et matériels. Au surplus, ces moyens ne sont d’aucune valeur sans l’intervention des actes spontanés de l’agent vital; il en est même un très-grand nombre — et ce ne sont pas les derniers en faveur — qui ne sont d’aucune efficacité, malgré l’auxiliaire de la nature. Si bien qu’il est vrai de dire que l’effet réel et l’heureuse issue de la médication doit être exclusivement rapportée aux mouvements spontanés ; efforts que viennent entraver parfois certains agents thérapeutiques.
g XL. Pour ce qui est de la cessation des règles à l’époque voulue, c’est-à-dire vers la fin du septième septénaire, il est assez ordinaire de voir se produire certaines ataxies morbides. Ainsi, les femmes qui se trouvent sous l’influence de cette modification éprouvent parfois des phénomènes tout à fait insolites ; parfois, après un arrêt de deux ou trois mois et même après des intervalles beaucoup plus courts le flux revient de nouveau avec une violence inaccoutumée qui, par des évacuations trop copieuses, ouvre inévitablement la voie à de fatales conséquences , surtout lorsque, paraissant redouter les suites de ces pertes excessives, l’homme de l’art s’empresse d’en provoquer la subite répression par les astringents ou d’en pallier les résultats au moyen des opiacés^ en négligeant d’avoir recours à des saignées subsidiaires qui peuvent donner le change au dérèglement sanguin.
Aussi, rien n’est plus fréquent que de voir survenir, après un pareil traitement, des atfeetions hypochondriacohystériques, de violentes et nouvelles hémorrhagies utérines, l’œdème enfin et l’hydropisie, après leurs suppres-
sions subites. A la suite de ces affections, la santé s’altère profondément, va toujours de mal en pis, et cet état fâcheux ne cesse qu’à l’heure de la mort \
§ XLI. Ceux qui, désireux de pénétrer les causes de ces phénomènes, s’en tiendront aux données positives de l’observation, verront sans peine que les variations anormales et les déviations morbides du flux menstruel , à l’époque de la ménopause, se déclarent généralement, en dehors de certaines causes purement adventices : r chez les femmes éminemment pléthoriques ; 2“ chez celles qui sont habituées d’ailleurs à d’abondantes évacuations ; 3“ chez les tempéraments sensibles, accoutumés à ressentir des commotions nuisibles à la suite de profondes affections morales ; 4“ chez les femmes imprudentes surtout, qui, ayant ordinairement recours à des évacuations artificielles, parfois arbitraires, pratiquées même avec une négligence coupable au moment de la menstruation, cessent à tort cette pratique à cette époque critique de la vie.
§ XLII. Or, si en, de pareilles conditions il vient à se déclarer une fois ou deux des désordres menstruels à l’âge critique , et qu’à ces inconvénients viennent se joindre, par le caprice des femmes elles-mêmes ou par les conseils téméraires de quelques empiriques, un traitement anormal, on peut être certain qu'il résultera de ces accidents perturbateurs une recrudescence plus grave encore dans l’état morbide, laquelle se traduira tantôt par un retour à un excès primitif d’évacuation menstruelle, tantôt par de nouvelles surexcitations plus violentes que de coutume dans les efforts spasmodiques qui pourront se présenter à l’avenir. Car, il n’est pas rare de voir les commotions fâcheuses, dont l’inllucnce se fait sentir à l’épo-
Voyex ï. Vni, Commenlaire CCV.
160 OEUVRES DE STAHU.
que de la cessation des règles, se changer tôt ou tard en certaines contentions spasmodiques et hypochondriaco-hystériques remarquables par leur fréquence, ou bien faire place à une autre espèce d’écoulement, auquel on a donné le nom de fliieurs blanches ou leucorrhée et qui peut durer jusqu’à un âge fort avancé, dans la vieillesse. Telles sont à peu près les conséquences qui, à l’époque de la ménopause , peuvent survenir à la suite des perturbations menstruelles. Quelquefois, il est vrai, après certaines agitations, le calme finit par s’établir ; mais, lorsque les fonctions naturelles vont de plus en plus mal et subissent ultérieurement des lésions plus graves, les patientes sont exposées à d’incessantes et perpétuelles indispositions qui se multiplient avec l’âge.
§ XLIII. Il convient de terminer cette étude par quelques considérations sur les vices des lochies. Or, il en est des lochies commes des menstrues ; elles pèchent surtout par excès ou par défaut et rarement par la matière constitutive des évacuations. Remarquons en outre qu’elles pèchent plus souvent par défaut que par excès, et que le manque d’écoulement a des conséquences bien plus funestes que sa surabondance ; à moins qu’elle ne devienne individuellement insolite et partant alarmante. Mais, comme nous venons de le dire , il est reconnu que l’excès d’écoulement est beaucoup moins fréquent que le défaut ou la suppression complète de ce genre d’excrétion sanguine.
§ XLIV. Parmi les causes qui contribuent le plus à engendrer les perturbations du flux lochial, il faut mettre au premier rang la pléthore, l’épaississement du sang, son agitation trop expansive ou sa turgescence. Cette dernière condition possède même une prérogative telle que, sans son concours spécial , les autres causes sont d’un effet bien moindre, tant à un point de vue général qu’au
point de vue partieulier des dangers et des maux ultérieurs qui peuvent en résulter. Ainsi , la surabondance du sang, sa consistance trop prononcée, son insuffisante dilution portent bien quelquefois obstacle au flux normal des lochies et en diminuent même la quantité ; mais ces causes ne produisent jamais de pareils résultats avec autant de certitude et de rapidité , nous dirons même avec autant d’opiniâtreté, avec une efficacité aussi immédiate et d’une manière aussi grave que l’expansion excessive d’un sang trop copieux qui , par la violence même de son afflux , arrête toute espèce d’écoulement.
§ XLV. Voilà pourquoi, dans les pays où les femmes n’usent pas habituellement de vin pour boisson de chaque jour, l’usage imprévu de cette liqueur a pour conséquence ordinaire la suppression des lochies, alors même que tout se serait passé normalement jusque là. Il ne faudrait pas cependant pour cela attribuer uniquement au vin cette propriété exclusive ; car les alexipharmaques chauds, la myrrhe, le safran et les sels volatils, employés contre les tergiversations et les diminutions de l’évacuation lochiale , ne sont pas d’une efficacité moindre pour en amener la complète suppression ; ce qui arrive surtout lorsque l’hésitation et la modicité du flux lochial proviennent d’une commotion expansive de la masse sanguine préalablement suscitée par une cause occasionnelle : comme, par exemple, des souffrances atroces pendant l’accouchement, une chaleur trop grande dans la chambre de l’accouchée, ou l’emploi de remèdes excitants, tels que la myrrhe, le safran et les sels volatils administrés dans le but de hâter la parturition.
Ce qui contribue enfin pour beaucoup à la production violente, énergique et immédiate de ces phénomènes morbides, ce sont les états pathétiques de l’âme et no-
tamment un sentiment de terreur qui engendre ici les
mêmes résultats que dans les autres hémorrhagies.
§ XLVI. Or, s’il est vrai que l’évacuation lochiale puisse, par ses défectuosités, entraîner des embarras et des inconvénients morbides tout à fait identiques à ceux des autres éruptions sanguines qui sont surtout plus promptement et plus gravement dangereuses par défaut que par excès, il n’en est pas moins vrai cependant que les lochies diffèrent des autres hémorrhagies, en ce sens qu’il n’est aucune d’entre elles dont le manque ou la suppression entraîne des incommodités plus fâcheuses, plus nuisibles et plus immédiates que les aberrations lochiales : en effet, ce sont tantôt des suites peu alarmantes, comme des resserrements épigastriques, l’anorexie, des inquiétudes générales, des maux de dête et des vertiges ; tantôt des maladies cruelles ou opiniâtres, comme des fièvres aiguës, inflammatoires, violentes, insidieuses, accompagnées souvent de molimens hémorrhagiques sans résultat vers la tête, de symptômes funestes de délire, d’angine, d’aphtes, etc.
Toutefois, et nous ne parlons ici que d’après les données d’une expérience quotidienne, le défaut de lochies, lorsqu’il ne provient pas tant d’une surexcitation particulière du sang que de son exubérance et de sa trop grande consistance, a des conséquences beaucoup moins inquiétantes ou n’entraîne pas après lui ces affections aiguës que nous venons de mentionner et qui sont bien autrement graves que les premières.
§ XLVII. Dans l’énumération que nous avons faite des causes principales qui peuvent altérer le flux lochial, nous n’avons cité que celles qui ont généralement l’habitude d’amener la suppression de ce genre d’hémorrhagies ; il nous reste maintenant à nous occuper de celles qui engendrent un écoulement anormal, excessif ou plus
copieux que de coutume, épuisent la patiente par la violence et l’abondance même de l’évacuation, ou bien vont entretenir ailleurs le foyer réel d’un mouvement fluxionnaire opiniâtre et rebelle. Parmi ces causes, nous mettrons en première ligne l’expulsion imparfaite et simplement partielle des secondines : chose qui arrive quelquefois, surtout après un avortement; conséquence inévitable enfin, lorsque l’avorton n’est pas sorti complètement avec toute sa masse et sa substance. 11 est facile de concevoir, en effet, comment, en pareil, cas ces résidus membraneux peuvent provoquer une hémorrhagie excessive , tant à cause de leur communication avec les vaisseaux placentaires qui demeurent béants , que par l’impulsion donnée à la force vitale , pour l’expulsion pleine et entière de l’arrière-faix.
§ XLVIII. Or, la sortie absolue de tout résidu placentaire est tellement importante que, si on n’avise à ce que ce résultat s’obtienne effectivement , toute autre tentative pour arrêter le flux lochial deviendrait inutile : qui plus est, une médication astringente serait même, en ce cas, fort dangereuse. A ce propos, nous ne pouvons nous empêcher de rapporter un exemple qui, sauf erreur, nous semble digne à tous égards de la plus sérieuse attention.
Une dame de condition avait eu jadis un avortement ; depuis ce malheur, elle avait néanmoins conçu deux fois et mené à bonne fin deux beaux enfants qu’elle mit au monde sans accident fâcheux. Etant devenue enceinte une troisième fois, elle éprouva vers la douzième semaine, c’est-à-dire vers la fin du troisième mois de sa grossesse, à la suite de certaines perturbations morales, un flux sanguin, tranquille, modéré et quasi semblable à l’évacuation naturelle de ses menstrues. Toutefois, comme cet écoulement durait déjà sans interruption depuis quelques jours, la noble dame et ses servantes ne surent plus que s’imaginer d’un pareil incident ; du reste, pendant ces trois mois, le ventre avait pris un dé-
veloppement tel qu’on devait raisonnablement supposer un véritable état de grossesse d’autant plus que 1 écoulement qui s’était manifesté n’en avait nullement diminué le volume. Le septième jour, il se déclara une perte si violente que la patiente, déjà considérablement affaiblie, parut courir un grand danger ; elle ne ressentait pas des douleurs proprement dites, mais seulement des maux de cœur, des tiraillements à la région précordiale et des mordillements au bas-ventre. Les médecins prescrivirent l’usage des analeptiques et des astringents les plus légers, vulgairement réputés propres à relever les forces ; celui dont on se servit à cette occasion fut un électuaire d’hyacinthe mêlé de corail. On en vint ensuite à d’autres plus énergiques que l’on administrait de trois en trois heures.
Enfin la malade rendit par l’utérus une certaine masse qui avait la forme et la grosseur d’un œuf de poule ; cependant on s’aperçut que les tuniques de cet avorton étaient déchirées et l’on ne trouva rien dans sa cavité ; tandis que , par leur texture, leur substance et leur conformation extérieure, ces membranes avaient absolument l’aspect de celles qui enveloppent habituellement un fœtus naturel. Après l’expulsion de cette substance, le flux sanguin perdit de son intensité ; les constrictions et les anxiétés s’évanouirent et entraînèrent, dans leur disparition, la crainte, la langueur, l’anxiété générale de la malade qui revint bientôt à elle et qui, en moins de quatorze jours, obtint un tel degré d’amélioration dans l’état de sa santé qu’elle ne put s’empêcher de reparaître de nouveau en public.
Quatorze jours après cette catastrophe, les règles reparurent et pendant leur écoulement, qui se passa du reste avec ordre et tranquillité, la patiente n’eut à se plaindre d’aucune indisposition : quand le flux s’arrêta, le ventre acquit, à partir de ce moment jusqu’au retour périodique le plus prochain, un développement normal comme pour une nouvelle grossesse; mais ce qui ne contribua pas peu à inquiéter les personnes qui formaient l’entourage de la noble dame, c’est que les circonstances concurrentes n’étaient plus les mêmes que la première fois relativement à l’anorexie , au dégoût pour les viandes et au vomissement ; car la malade avait repris son appétit ordinaire, mangeait toujours avec un nouveau plaisir.
se portait assez bien et paraissait se remettre complètement de sa faiblesse antérieure. Elle parvint ainsi, dans cet état, jusqu’à la douzième semaine, après sa première maladie; à cette époque, le flux menstruel se déclara de la manière* la plus normale ; seulement, vers le septième jour de l’écoulement, il se manifesta une perte excessive qui ne s’arrêta qu’après l’expulsion d’une autre substance membraneuse, identiquement semblable à celle qu’elle avait déjà excrétée, douze semaines auparavant. Ses forces s’étaient de nouveau considérablement affaiblies et une grande prostration était survenue; mais, après la sortie de ce résidu placentaire, tout désordre disparut ; l’évacuation perdit sa violence et , quelques jours plus tard, la malade semblait être complètement rétablie.
Tous ces phénomènes se renouvelèrent encore une troisième et une quatrième fois, toujours avec le même appareil symptomatique, sauf cette particularité que la pauvre darne devenait à chaque rechute de plus en plus faible et que, dans les intervalles de tranquillité, elle n’avait plus ses mêmes forces. La quatrième attaque fut si violente et si opiniâtre que la malade tomba dans trois lipothymies effrayantes et que la dernière syncope fit craindre une mort imminente. Enfin , après l’excrétion d’une quatrième concrétion semblable aux premières, l’hémorrhagie utérine diminua, les anxiétés disparurent encore, les défaillances ne se renouvelèrent plus ; mais on vit se manifester aussitôt un grand abattement, des appesantissements de tête, des tintements d’oreilles, l’affaiblissement de l’ouïe, une torpeur générale , un écoulement nasal tenant du coryza, une excessive agitation, la pâleur de la face, une mauvaise couleur de tout le corps et enfin une sorte d’œdème général : ce qui donna pour l’avenir des crain tes beaucoup plus sérieuses.
Malgré cela, la malade revint encore à la santé ; car elle était d’une constitution très -forte, d’un caractère assez vif et elle pensait être bientôt rétablie pour toujours ; mais voilà qu’elle retombe pour la cinquième fois dans le même état désespérant.
Nous avions, avant cette époque, pour collègue et compagnon intime, un médecin de nos amis qui , tombé naguère dans une attaque de paralysie, avait perdu non seulement
ses forces physiques, mais encore ses facultés intellectuelles : il ne pouvait donc en cette circonstance être appelé en consultation; d’ailleurs, la malade ne s’en souciait pas : nous fûmes donc seul à donner nos soins. Or, comme nous étions dans le courant du troisième mois depuis le moment où les choses s’étaient passées de la même manière et à plusieurs reprises ; comme aussi la grande faiblesse de la patiente nous faisait légitimement redouter qu’un nouvel accès d’avortement n’effectuât ce que le précédent avait seulement fait pressentir ; comme, enfin, nous tenions justement à notre réputation et à l’honneur de notre conscience, nous voulûmes avoir un entretien avec les dames de distinction qui formaient l’entourage de la malade et avec les personnes affectées à son service. Toutes croyaient à un dénouement fatal et prochain.
Une chose qui, jusque là, nous avait fort embarrassé et avait paralysé même tous nos efforts, c’était le profond dégoût qu’avait la patiente pour toute espèce de remède administré sous forme de poudre et surtout en pilules. Nous parvînmes cependant à obtenir d’elle qu’elle se soumettrait enfin à ce mode de médicamentation ; à cet effet, elle chercha à s’y habituer en usant une ou deux fois de notre remède ; mais elle mettait entre chaque prise un intervalle d’un quart d’heure. Quelques jours avant la fin de la douzième semaine, nous la surprîmes, avalant une petite quantité de poudre blanche (à peu près ce que peut en contenir la pointe d’un couteau) ; pensant bien que ce n’était pas du sucre, nous la questionnâmes et elle nous dit que c’était une poudre ayant la propriété de calmer les aigreurs de l’estomac, c’est-à-dire du bicarbonate de soude ; c’était un composé de craie, d’yeux d’écrevisses, de chaux et d’un peu de sucre : ce remède lui avait été préparé par une femme de chambre que la noble dame affectionnait particulièrement.
Nous saisîmes cette occasion pour recommander et même ordonner à cette femme de confiance ainsi qu’aux personnes qui occupaient dans la maison un rang plus élevé de faire prendre à la malade, sous la même apparence et sans lui rien donner à comprendre, le médicament en poudre sur lequel, vu l’état désespérant des choses, nous fondions uniquement quelque espérance. Toutes me le promirent avec une sorte d’anxieuse sollicitude. Arriva donc la douzième
semaine et avec elle le flux menstruel qui continua avec modération durant six jours. La malade prenait cependant une fois par jour une dose du médicament en question qu’on délayait dans de la tisane et qu’elle finit enfin, vu la sage dissimulation des servantes, par avaler facilement et sans rancune, après avoir eu d’abord quelques doutes. Le septième jour, il survint, comme d’habitude, une abondante hémorrhagie utérine, accompagnée des symptômes ordinaires. Cet état désespérant durait déjà depuis deux heures et la malade venait d’avoir une défaillance telle que l’alarme s’était répandue parmi les assistants déjà profondément attérés. Au milieu des cris et des pleurs de toute la famille, nous administrâmes à la patiente un mélange fait avec un scrupule de foie d’anguille et une mixture analeptique en petite quantité ‘ ; pour cela , nous saisîmes le moment où elle se relevait de sa lipothymie pour lui faire avaler le breuvage, sans qu’elle en eût conscience. Peu de temps après , elle évacuait par les organes génitaux une masse membraneuse, du volume d’une poire de moyenne grosseur, enveloppée de tuniques minces, légères et séparées de plusieurs alvéoles inégales, gorgées d’un sang noir et épais. Après la sortie de ce corps, tous les phénomènes morbides se calmèrent insensiblement; nous recommandâmes cependant de faire usage du même remède jusqu’à ce que l’écoulement s’arrêtât : ce qui ne l’empêcha pas de durer plus longtemps cette fois que dans les précédents paroxysmes. Le retour à la santé fut néanmoins plus prompt et plus certain. Cette dame devint enceinte bientôt après et éprouva, au début de la gestation, les symptômes ordinaires d’anorexie, de dégoût pour la viande et de vomissement auxquels elle était habituée. Tout se passa d’ailleurs à merveille pendant cette grossesse ; malgré cela , l’illustre dame n’en avait pas moins recours de temps en temps à la potion sus-indiquée, surtout aux approches de la douzième semaine. Ce fut ainsi qu’elle parvint jusqu’à l’époque de l’accouchement qui eut lieu dans les meilleures conditions possibles et, grâces à Dieu, son enfant, qui était sa troisième fille, âgée de seize ans aujourd’hui, jouit de la plus parfaite santé.
* Voyejs T. VIII , Commentaire CCVI.
Quelles furent donc les causes d’un avortement si rebelle et tant de fois répété?... Pour notre part, nous ne pouvons les voir ailleurs que dans une évacuation imparfaite des secondines : expulsion que favorise singulièrement et infailliblement le remède que nous employâmes en dernier lieu , ainsi que nous avons pu maintes fois nous en convaincre depuis cette époque jusqu’à ce jour. Aussi mettons-nous son efficacité bien au-dessus de tous les autres remèdes. Cette malade n’est pas la seule du reste (quoique cet exemple en vaille d’autres) qui nous prouve que les tentatives d’avortement provoquent des hémorrhagies utérines excessives et immodérées, jusqu’à ce que tout ce qui reste dans la matrice soit arraché, expulsé et complètement rejeté au dehors.
Quoique cette observation parle plutôt des hémorrhagies qui ont lieu avant l’expulsion du fœtus ou tout au moins pendant la délivrance, il est cependant vrai de dire que, à chaque arrêt du premier élan naturel , à chaque empêchement de l’expulsion complète des secondines, par constriction ou engourdissement de l’utérus , succède presque toujours un flux immodéré, fréquent, long et opiniâtre. Nous venons d’en donner les preuves.
§ XLIX. Lorsque les perturbations du flux lochial prennent un haut degré de gravité, tant à cause de leur propre viciation que par suite de certaines curations intempestives, les conséquences immédiates qui en résultent sont : 1° des altérations organiques de l’utérus ; 2" des dérangements spéciaux dans le principe de la fécondité ; 3" des dérèglements funestes dans la menstruation ; 4" enfin certaines affections abdominales indistinctement appelées hystériques par les anciens , lesquelles sont généralement accompagnées d’un gonflement continuel du ventre, notamment lorsque, après un avortement, il reste dans la matrice quelque résidu des secondines ou des enveloppes d’embryon non formé.
11 se présente, en effet, dans la pratique médicale, des
cas nombreux qui, si l’on n’y prend garde et si l’on n’en recherche scrupuleusement toutes les raisons circonstantielles , peuvent non seulement tromper le médecin, comme les malades, mais encore détruire l’efficacité des remèdes et faire planer enfin le doute ou le soupçon sur les meilleurs agents thérapeutiques dont dispose la science .
Il n’y a pas longtemps , une femme Israélite , déjà mère de huit enfants, en mit au monde un neuvième ; à entendre les accoucheuses, tout s’était passé normalement, au-delà même de ce qu’on pouvait désirer; ce qui n’avait pas empêché la malade de se trouver fort incomiriodée et d’éprouver, après l’accouchement, une hémorrhagie excessive qui , au dire d’autres personnes, avait singulièrement épuisé les forces de cette femme et s’était maintenue durant quatre jours avec des moments bien marqués de recrudescence vraiment alarmante ; il s’était déclaré en même temps, avec les douleurs qui avaient suivi l’accoilchement , des contractions extraordinaires dans le ventre ; ces douleurs au reste n’affectaient pas un mode continu, mais augmentaient d’intensité par intervalle. En outre, vers le commencement du quatrième jour, la malade fut saisie d’un frisson extraordinaire, d’une grande difficulté de respiration et d’un profond abattement moral. Inquiets sur ces symptômes, les plus proches parents et les accoucheuses elles-mêmes se hâtèrent de demander les secours de fart. Les médecins appelés en consultation administrèrent, vers la fin du quatrième jour, un remède approprié à la circonstance. Après quelques souffrances, la patiente évacua un morceau d’arrière-faix de la grandeur de la paume de la main ; le même remède fut continué quelque temps encore, et peu à peu la malade recouvra entièrement la santé avec les forces.
§ L. Si l’on emploie, en pareil eas, les substanees astringentes ou eelles qui ont la propriété d’arrêter les mouvements vitaux néeessaires à l’expulsion des seeondines, on ne peut généralement en rien retirer de bon ; l’expé-
rience de chaque jour et des exemples par milliers nous montrent constamment les dangers d’une semblable médication ; de là, cette multitude de femmes qui se plaignent d’avoir perdu leur santé depuis tel ou tel aceouchement ; de là, ces gonflements particuliers du ventre, ces suppressions menstruelles, ces perturbations dans les règles qui se manifestent tantôt d’une manière isolée, tantôt avec accompagnement de douleurs plus ou moins violentes et graves. Si par hasard quelques-unes viennent à concevoir de nouveau, elles sont continuellement exposées à l’avortement ; conservent-elles l’enfant qu’elles portent dans leur sein, ce n’est qu’à la condition d’être en butte à une infinité de malaises, de souffrances ou de périls durant la gestation , pendant et après l’accouchement. Ce qu’il y a du moins de certain, c’est que les enfants engendrés sur ces entrefaites sont ordinairement faibles, valétudinaires, peu agiles et moins vigoureux que les autres. Aussi n’est -il pas rare d’entendre ces plaintes maternelles : « Sie seyen in jenem rindbette so verwahrloset worden, so zurücke gekommen, daz sie es nicht melir überwinden kônnen. » C’est-à-dire, « qu’elles avaient été tellement épuisées par ces couches qu elles ne pouvaient plus reprendre la santé. »
Nous bornons ici les considérations que nous avions à faire, tant sur les hémorrhagies rebelles de l’utérus, dont la cause directe est une purgation incomplète de la matrice après l’accouchement , que sur les irrégularités^ les défauts et les suppressions du flux menstruel. Nous passons immédiatement à l’étude des résultats spéciaux produits par les mouvements hémorrhagico- utérins, au point de vue des affections qui , ayant leur siège dans le bas-ventre, sont par ce motif plus ordinaires aux femmes qu’aux hommes, et ont été regardées de tout temps comme des maladies distinctes et propres au sexe féminin.
De la passion hystérique.
§ I. Tout le monde connaît l’opinion des anciens sur la passion hystérique ou hystérie ; on sait qu’ils la faisaient directement provenir de l’utérus ou matrice. Hippocrate lui-même n’a -t- il pas soupçonné que, sous ce rapport , la femme était exposée à deux espèces d’états morbides ; le premier, ayant sa raison d’être dans le siège et la nature propre de la maladie elle-même ; le second, dans le mode de lésion et dans la partie lésée de la région utérine ? C’est là du reste l’opinion qui a été généralement partagée depuis cette époque jusqu’à ce jour ; c’est seulement de nos jours qu’on a décrit en détail le mal hypochondriaque pris par nos aïeux pour une affection tantôt scorbutique, tantôt splénique : Highmore lui-même n’a-t-il pas tenté dans ces derniers temps de ramener ou de circonscrire l’affection hystérique à l’hypochondrie? Ce savant auteur a traité la question sous un nouveau jour et s’est attaché à démontrer que ce genre d’affection, regardée par les anciens comme l’apanage exclusif du sexe féminin, se comporte d’une tout autre manière et se trouve commune aux deux sexes : erronées sont donc, d’après lui, les localisations de cette maladie dans un sujet ou organe spécial, telle qu’elle existe réellement chez la femme !
§ II. Or, bien que cet illustre médecin ait partout rencontré une prompte adhésion à son ingénieux système, il n’en est pas moins vrai que, si on examine sérieuresement et sans arrière-pensée la théorie d’Highmore, il reste toujours une double difficulté vraiment embarrassante et capable d’entraîner dans une méprise et d’arrêter notre jugement : d’une part, en effet, d’après cette opi-
nion, le siège intime et réel de ces affections (hystérie chez la femme et hypochondrie dans les deux sexes) ne peut, comme sujet principal de la maladie, être franchement déterminé U — C’est-à-dire qu’en adoptant les idées d’Highmore , on ne peut donner positivement raison de l’origine , du siège et du degré d’une affection que l’on regarde comme propre aux deux sexes et à laquelle on, attribue un caractère identique -, en deux mots, on ne peut parvenir à savoir comment il se fait que ces états morbides ne soient qu’une seule et même chose.
D’autre part , s’il existe réellement entre ces maladies une différence notable , ou tout au moins graduelle — comme c’est la vérité — d’où provient cette différence? et comment en déterminer la source d’après ce système? Sur quels fondements l’étayer ? Car on ne disconviendra pas qu’il est absolument indispensable non seulement pour la théorie, mais encore pour la pratique d’asseoir le diagnostic sur des données positives.
§ III. Les opinions les plus en vogue de nos jours sur cette question sont , quoique différemment interprétées : r celles de Van-Helmont, qui regarde l’estomac comme le siège de presque toutes les maladies, de l’hypochondrie principalement et, d’après la même hypothèse, des affections gastriques; celle de Sylviusqui, dans l’excentricité de son imagination, ose poser en principe que tous les états morbides, et notamment ceux qui se localisent dans l’abdomen, tirent leur origine du mélange vicieux qui s’opère entre la bile et le suc pancréatique, au moment où ils se trouvent en présence dans le duodénum : suppositions gratuites que cet auteur soutient sérieusement sans tenir compte ni de la structure très-spéciale de la veine -porte, ni de son usage réel, ni des
' Voyez T. VIII, Commentaire CCVII.
mouvements du sang à l’aide de cette veine, dans les organes viscéraux y adhérents et à travers les issues qui dépendent de ce système ramusculaire.
Mais quels avantages a-t-on retirés de l’adoption de pareilles assertions ? Aucun, sans doute ; car elles ne nous ont pas encore fait trouver une raison quelconque — plus conforme à la réalité — de l’immense différence qui existe entre les affections hypochondriaques de l’homme et celles de la femme, dans leurs causes véritables comme dans leurs résultats positifs : on n’est pas même parvenu à découvrir le fondement réel et primordial de l’appareil général de ces états morbides.
§ IV. Or, cette différence consiste en ce que, d’après l’historique même de la maladie, les souffrances hystériques de la femme, bien qu’étant identiques par leur nature aux maux hypochondriaques de l’homme , sont cependant beaucoup plus fréquentes, beaucoup plus nombreuses, se manifestent un plus grand nombre de fois dans le même intervalle de temps, acquièrent plus facilement un haut degré d’intensité à la moindre occasion, se traduisent avec un caractère plus marqué de violence, de précocité et de persistance en rapport avec les diverses périodes de la vie, tourmentent leurs victimes avec plus d’acharnement et, dans l’espèce, changent rarement de^type, du moins quant aux apparences. Au point de vue de la causalité, nous devons établir enfin une différence générale autant que remarquable, que nous désignerons sous le nom de différence spécifique : c’est que, dans le sexe féminin, les souffrances hypochondriaco- hystériques sont d’autant plus certaines , immédiates et insupportables , qu’elles doivent leur origine à des perturbations, à des anomalies , en un mot à des désordres graves survenus dans les menstrues, les lochies, les accouehements et les avortements. C’est pourquoi, comme tous ces désordres
sont absolument étrangers au sexe masculin, il surgit de là un embarras assez considérable, en ce que des effets identiques et des affections en tout semblables peuvent provenir de causes si disparates entre elles...
§ V. Les divers symptômes de l’affection hystérique sont : r de vives et soudaines exacerbations dans la région précordiale; 2" des douleurs intestinales dans la partie médiane du ventre ; 3" des obstacles dans la respiration et la déglutition ; 4“ des céphalalgies et l’irritation des sens internes : le tout accompagné de phénomènes insolites et graves.
Ainsi, lorsque le siège du mal est à l’épigastre, la personne affectée ressent dans cette partie de violentes constrictions, des tiraillements, des oppressions, des suffocations, des gonflements, de douloureuses envies de vomir, précipitées, opiniâtres, presque toujours vaines ou n’ayant pour résultat que l’hématémèse ; des anorexies continuelles, des nausées ou bien un appétit insignifiant , même parfois déréglé pour des choses peu convenables, impropres à la nutrition, extraordinaires même par leur rareté ou par le choix singulier et excentrique qu’en fait la patiente en pareille occasion.
Lorsque le siège de l’affection est vers la partie médiane du ventre, on éprouve dans cette région de vives tranchées, de fortes pressions (comme si quelqu’un comprimait violemment l’organe entre ses deux mains), ce qui oblige la malade à s’asseoir ou à se coucher en pliant le corps par le milieu : alors se déclarent d’horribles secousses, des contractions subites, appelées vulgairement hoquets [herkstosse par les Allemands), des flatulences intestinales, tantôt erratiques et passagères, tantôt fixes et localisées dans une région très-limitée , roulant dans cette partie comme une boule autour d’une petite sphère « Waltzet ihnen wie eine rugel im leibe, w où elles
provoquent des coliques épouvantables, généralement suivies de siccité intestinale , de constipation et de constrictions violentes.
Lorsque les symptômes se portent vers les régions thoraciques, vers le diaphragme et dans la poitrine ellemême, ce sont : de grandes difficultés de respiration, des oppressions pulmonaires, de violentes palpitations de cœur, coïncidant avec des souffrances de l’abdomen et des hypochondres : ce sont encore des stranguries, des resserrements de gorge, des vices de déglutition, sans altération appréciable des amygdales ^ le mal n’ayant son siège que dans le gosier et l’œsophage.
Enfin, lorsque l’affection se dirige du côté de la tête, il se déclare de violentes migraines et de véritables paroxysmes céphalalgiques qui, par l’impétuosité de leur invasion et leur durée indéterminée, sont parfois insupportables. A cela, viennent se joindre du délire, des hallucinations, un affaiblissement même dans les facultés intellectuelles.
Or, nous le répétons, toutes ces affections sont surtout l’apanage du sexe féminin : elles sont pour la plupart, nous ne dirons pas inaccoutumées, mais inconnues au sexe masculin L
§ VI. Toutefois, pour formuler à cet égard une étiologie en harmonie parfaite avec la réalité des faits, la doctrine médicale et la thérapeutique, il convient d’abord d’examiner sérieusement la véritable concordance générique de ces affections dans les deux sexes. Willis, le disciple du célèbre Highmore, nous l’a en quelque sorte révélée, en indiquant que ces maladies — l’hystérie chez la femme, l’hypochondrie chez l’homme — doivent être regardées comme des affections convulsives (spasmodico-nerveuses), sœurs et congénères.
Voycs T. YIII , Commentaire CCVIIl.
Mais, comme elles diffèrent essentiellement entre elles dans leur marche, leurs, degrés et surtout par leur raison causale très-évidente; attendu que, chez la femme, elles peuvent être sensiblement surexcitées et singulièrement accrues par les perturbations menstruelles ; on peut donc, d’après toutes les apparences, faire dépendre, raisonnablement, en ce dernier cas, l’hystérie des causes morbides dont les effets conspirent vers les régions utérines. En sorte que , s’il n’y a pas entre l’affection hystérique et les évacuations viciées de la matrice un lien immédiat et direct, il existe au moins un rapport médiat de succession que l’on doit reconnaître ici comme le fondement vrai de tout mal : ce qui fait qu’on ne peut s’attendre à aucun soulagement réel et durable sans la correction, le rétablissement ou l’amélioration du flux menstruel : du reste, toute négligence à cet égard serait infailliblement suivie des dangers les plus graves, surtout si l’on porte son attention et que l’on dirige la médication vers un but absolument contraire.
\ VII. Voilà pourquoi il est de la plus haute importance, au point de vue clinique, d’étudier, avec le plus d’exactitude possible , les phénomènes divers qu’offrent à l’observation pratique ces maladies propres aux femmes qui, suivant les aptitudes individuelles, se traduisent par des mouvements morbides vers les hypochondres, l’abdomen, la poitrine ou la tête, quoique leurs causes aient toujours pour sujet immédiat l’utérus ou les excrétions effectuées par cet organe. L’expérience prouve, en effet, que les souffrances engendrées et localisées dans les organes ci-dessus tirent toujours leur source des obstacles apportés aux évacuations, tantôt par diverses contentions sanguines vers les régions de l’utérus , tantôt par des mouvements de translation vers des par ties plus éloignées, destinées d’ailleurs à une excrétion spéciale capable de
suppléer à l’exonération qu’eût opérée le flux utérin luimême, arrêté dans son eours, et de prévenir ainsi les dangers d’un manque d’éeoulement.
g VIII . C’est par ce moyen qu’on découvrira aisément la raison motivée de la concordance et de la diversité de ces deux genres d’affections; on verra même jusqu’à quel point elles sont communes à chaque sexe ou spécialement propres et familières au sexe féminin.
Or, elles sont communes aux deux sexes, relativement au siège où se manifestent les symptômes : nous voulons parler des hypochondres, de la région précordiale, des intestins et de la partie médiane du mésentère. Elles sont encore communes aux deux sexes, relativement à la cause générale des commotions et des contentions sanguines qui tendent^ dans leurs incessants efforts, à provoquer une évacuation par la veine-porte et ses annexes ; mais elles sont particulières à l’un des deux sexes, relativement au lieu et au mode spécial de leurs manifestations ; en effet, tandis qu’elles ont, chez l’homme, une espèce de corrélation naturelle avec le flux hémorrhoïdal, elles ont, au contraire, chez la femme, une analogie frappante avec le flux périodique des menstrues. Ces rapports sont même tellement vrais que si l’on n’y satisfait pas soit directement, soit indirectement, toute tentative de soulagement ou de guérison devient désormais nulle et sans profit : qui plus est, tout moyen employé en dehors de ces relations naturelles sera d’autant plus stérile, nous dirons même d’autant plus nuisible, qu’il s’éloignera davantage du but indiqué par l’état morbide.
g IX. C’est pourquoi, puisqu’il est reconnu, d’un côté, que le point de départ des souffrances hystériques propres à la femme se trouve dans l’utérus; puisque, d’un autre côté, cette observation essentielle peut convenablement guider le médecin pour mettre ses indica- T. V. t2
lions et sa méthode de curation en harmonie avec la réalité des choses, il ne nous semble pas déplacé de considérer ici, à raison même de cette diversité de rapports, la différence naturelle des sexes. Mais une pareille distinction exige une attention toute particulière; car, s il est avéré que , chez certaines femmes , les affections hystériques proviennent essentiellement et visiblement des perturbations menstruelles ou des désordres survenus dans la matrice, chez d’autres aussi — et c’est le plus grand nombre — toutes ces indispositions dépendent évidemment des troubles occasionnés dans les premières voies par les flatuosités.
§ X. Il suit de là, tant au point de vue, soit de leur véritable étiologie, soit de leur corrélation médico-thérapeutique, que ces maladies doivent à juste titre tirer leur dénomination de la partie primitivement affectée , non seulement parce que ces altérations existantes ont une réalité déterminée par leur rang et leur importance, mais encore parce que c’est dans le but de réparer ces altérations , qu’il convient de diriger d’une manière active et immédiate une médication toute spéciale, plutôt que de s’adresser à d’autres moyens subsidiaires qui ne seraient que d’une utilité purement secondaire ; alors surtout qu’ils ne sont pas employés d’après une méthode convenable : car alors ces moyens se trouvent même incapables de produire les effets qu’on serait en droit d’en attendre, si on en faisait un usage plus opportun et plus en harmonie avec l’état réel des phénomènes morbides.
§ XI. Aussi, quoique les souffrances hystériques et leurs principaux symptômes puissent généralement se déclarer d’une manière médiate vers les hypochondres, comme vers le point principal de leur siège primitif, tout médecin intelligent reconnaîtra sans doute avec nous que diriger uniquement la curation et la médicamenta-
tion vers ces organes , serait travailler en vain et sans résultat plausible.
N’est-il pas plus avantageux au contraire de porter son attention sur les parties du corps vers lesquelles devraient légitimement tendre, dans le but d’une excrétion salutaire et naturelle , ces contentions spasmodiques qui , par une fâcheuse ou inconvenante direction des mouvements vitaux vers des organes nullement en rapport avec l’acte excréteur, provoquent d’une manière accidentelle des phénomènes tout à fait étrangers à leur vraie cause fondamentale ? Et cela en provoquant dans ces organes une surabondance humorale, par le refoulement et la stagnation du sang, aux dépens de la partie destinée à l’excrétion ?
§ XII. II suffira, pour faire ressortir leur importance, d’avoir seulement agité ces questions et d’en avoir recommandé l’étude au point de vue de la pathologie médicale. En effet , de même que les précédentes considérations nous mettent clairement sous les yeux les funestes effets que les ataxies des évacuations utérines engendrent, tant d’une manière directe dans les organes les plus rapprochés de l’utérus, c’est-à-dire dans tout le système de la veine-porte et des viscères annexes, que vers la poitrine ou les régions encéphaliques dentelles troublent violemment l’économie par des mouvements de translation plus profonds et plus généraux ; de même aussi, on peut encore retirer de ces études une lumière suffisante pour savoir comment il se fait que, chez les personnes du sexe, l’affection hypochondriaco-hystérique se manifeste sous des formes si Afférentes, et pourquoi ses symptômes sont si prompts, si nombreux, si fréquents, si violents, si opiniâtres et se présentent avec un appareil si formidable de eonséquences alarmantes ou dangereuses. Certes, la raison de ces faits ne doit pas être simplement attribuée à la faiblesse delà femme, ni même, comme on se plaît à
le dire, à la délicatesse du système nerveux qui, d’après cette hypothèse, serait un caractère uniquement propre au sexe féminin : non, sans doute! mais il faut en accuser seulement la constitution générale de l’économie corporelle de la femme, qui est naturellement destinée par son organisation à exécuter, à l’aide de certains molimens particuliers, des évacuations utérines périodiques et abondantes. Or, lorsque ces évacuations ne s’accomplissent pas normalement et qu’un mouvement trop impétueux d’exonération se porte vers d’autres parties ou tend vers d’autres issues, il arrive d’une manière presque certaine que le mouvement excréteur, conservant toujours, au moins d’une manière générale, ses impulsions habituelles, se prépare de nouvelles phases de manifestation plus fréquentes, promptes et se traduisant par des secousses violentes ou inusitées.
§ XIII. Quoique le fait soit plus rare, il existe néanmoins quelque chose de semblable, chez l’homme, tant au point de vue des évacuations sanguines en général qu’au point de vue des hémorrhoïdes en particulier : il serait surprenant, en effet, que, dans des inclinations et des opérations hétéroclites de ce genre, dans des appareils morbides préparés de loin , la nature ne suivît pas sa méthode ordinaire, hors les cas où elle est dominée soit par l’habitude, soit par des causes externes. Mais, pour que cette vérité apparaisse dans tout son jour, signalons, comme confirmant l’énergie causale de ces phénomènes dans le sexe masculin, les données de l’expérienee qui démontrent clairement que, s’il survient, non pas seulement chez les hommes dont les évacuations hémorrhoïdales sont passées à l’état chronique, mais encore chez ceux dont les flux habituels ont adopté un type périodique, semblable au cours régulier de la menstruation ou même plus rapproche dans ses phases -, s’il leur survient, disons-nous , une suppression quelconque
de ces évacuations ordinaires ou périodiques, il se manifeste chez les individus soumis à cette constitution morbide des phénomènes identiques à ceux de la femme atteinte d’aménorrhée : en d’autres termes, le patient éprouve, d’une manière certaine, prompte, fréquente, violente même, des commotions et des efforts semblables à ceux qu’éprouve la femme en pareil cas ; mais jamais, cependant, ils ne sont chez lui ni aussi graves, ni aussi bien tranchés, ni aussi nombreux, ni aussi funestes.... C’en est assez sur cette question.