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DES HÉMORRHAGIES PAR SIMPLE CAUSE EXTERNE

§ I. Quoique nous ayons déjà traité en son lieu spécial de la raison universelle de ce genre d’hémorrhagies, et que nous ayons exposé, autant qu’il nous l’a paru convenable, les divers caractères qui constituent ces affections, il nous reste à développer ici , d’une manière plus spéciale encore, leurs variétés les plus particulières.

Or, il existe quatre espèees bien déterminées d’/ïmorrhagies par cause externe, toutes également dignes de notre considération , bien qu’on ne les étudie ordinairement que sous le double point de vue du lieu ou ûes voies d’exécution et du mouvement ou de l’impulsion vitale.

Les lieux ou les organes, siège de ces hémorrhagies, sont : r les méats ou conduits naturels des parties spongieuses; 2° les vaisseaux, soit artériels, soit veineux. Quant au mouvement hémorrhagique, il se manifeste tantôt par suite de la turgescence de la masse sanguine, après de trop copieuses libations de vin ou de liqueurs spiritueuses, après une course longue et rapide, après un exercice fatigant quelconque ; tantôt sous l’influence des affections de l’âme, d’une colère violente; tantôt, enfin, par l’abus des plaisirs vénériens. On a vu cependant une frayeur profonde diminuer quelquefois un écoulement hémorrhagique; mais cela a lieu plutôt lorsqu’il y a simplement lésion des méats des parties poreuses qu’à la suite d’une lésion des gros troncs vasculaires. — Cet arrêt subit peut néanmoins aggraver la position du malade, si, par une raison quelconque, l’hémorrhagie revient après un certain temps de répit.

§ II. Les hémorrhagies qui , à la suite de certaines blessures, s’effectuent par les parties poreuses, sont souvent assez abondantes^ principalement chez les individus dont la contexture corporelle est lâche ou spongieuse. Toutefois, elles ne sont jamais aussi intenses que celles qui proviennent de l’incision directe des vaisseaux sanguins eux-mêmes.

En pareille circonstance, le degré de l’hémorrhagie est proportionné à la capacité des vaisseaux. On eomprend, en effet, que les évacuations effectuées par les petites ramifications vasculaires ne sauraient être nullement comparées à celles des grands rameaux, et que les hé-

morrhagies veineuses n’offrent pas les mêmes conditions que celles fournies par les rameaux artériels. Nous disons rameaux et non pas troncs, parce que le premier venu peut saisir la différence réelle qu’il y a entre un tronc et un rameau, comme aussi il doit voir aisément qu’il ne s’agit pas ici des blessures des gros troncs, dont les éruptions sont si fatalement excessives que la chose saute d’elle-même à tous les yeux.

§ III. Il y a encore une autre condition ultérieure de différence ; elle se trouve dans la nature propre et trèsspéciale de certaines lésions ; l’observation nous en a quelquefois fourni des exemples dans les blessures artérielles principalement.

Ainsi, on comprend très-bien (le simple bon sens suffit même pour cela) que^, lorsqu’une artère est simplement incisée ou profondément blessée, jusqu’à la moitié de son calibre, par exemple, ou plus encore, il est beaucoup moins facile d’en arrêter l’hémorrhagie que si la section entière du vaisseau a eu lieu ; car alors, quelle que soit la position des parties molles du membre lésé, les artères , complètement coupées peuvent revenir sur elles-mêmes et perdre, par le retour de leurs tuniques, l’état de tension qui leur est familier ; tandis que, lorsque la blessure n’est que légère, il arrive que, malgré la tensioq naturelle du vaisseau, il se forme une perpétuelle ouverture, à travers laquelle sous l’action incessante, violente même du pouls, le sang s’écoule toujours au moment du choc et sort chaque fois avec une nouvelle énergie ^ En ce cas, en effet, le sang reçoit une impulsion telle que, malgré la résistance tonique des parties charnues de la région, il parvient à se livrer passage à travers les muscles les plus puissants, à les écarter, à en déchirer le tissu et à se faire

* Voyes T. VIII , Commentairç CCXXI.

jour au milieu de leurs fibres. Aussi, n’y a-t-il rien de plus imprudent, en ees fâeheuses eireonstanees, que de se laisser aller, sans aeeorder à la ehose toute l’attention qu’elle mérite, à employer témérairement, d’après la méthode de quelques ehiriirgiens irréfléehis, la cautérisation actuelle pour arrêter l’éeoulement dans les blessures artérielles.

Nous avons eu , il n’y a pas longtemps, l’occasion de contrôler un fait remarquable à ce sujet, que nous allons citer à l’appui de nos assertions.

Un jeune homme, robuste et bien portant, se blessa avec un instrument garni à son extrémité d’une pointe très-aiguë ; la plaie était assez profonde , quoique très-étroite , et l’artère ne fut lésée que sur une partie de son calibre. Toutefois, malgré le peu d’importance de la blessure, il s’était déclaré une hémorrhagie excessive. On fît donc venir deux chirurgiens ; mais ceux-ci ne purent pas, même au bout de quatre ou cinq jours, arrêter la violence du sang ; qui plus est, il se déclarait une éruption alarmante, non- seulement toutes les fois qu’on renouvelait l’appareil , mais encore dès que l’efficacité des topiques avait perdu son énergie ou que le bandage n’exerçait pas une suffisante constriction. On fît venir encore deux autres chirurgiens. Un d’entre eux proposa la cautérisation actuelle; on l’employa et l’eschare empêcha pour quelque temps le sang de sortir ; mais cet arrêt ne fut pas long. Après la chute du tampon, l’hémorrhagie recommença de plus belle. On cautérisa une seconde fois; mais le succès ne fut pas plus grand, et l’opération faillit coûter la vie au malade ; car une cautérisation profonde, dans cette partie délicate, entourée de tendons (près du mollet), ne pouvait se faire sans un grave danger et , par contre, une cautérisation légère était insuffisante pour provoquer une coagulation telle qu’on pût en espérer un heureux résultat. C’est pourquoi , sans parler ici des atroces douleurs qu’éprouva le malade en cette occasion, nous dirons que ses forces diminuaient de jour en jour, à mesure qu’il perdait un sang précieux.

On nous demanda indirectement notre avis : nous conseillâmes donc de pratiquer immédiatement la section entière de l’artère et d’en opérer la ligature au-dessus du lieu de la

lésion, si cela était possible ; sinon, d’exercer une forte compression sur son trajet.

Nous n’avons pas su quel fut le résultat de ce procédé opératoire ; mais nous sommes persuadé que tout homme intelligent admettra avec nous que c’était la seule chose à faire , à cette heure-là et même dès le débuts

§ IV. Il est aisé de voir, en effet, qu’en pareil cas la cautérisation actuelle des artères est une chose non-seulement impraticable et n’offrant aucune chance de succès, mais encore complètement contraire à la saine raison , en ce sens que les artères simplement blessées ne se ferment qu’avec la plus grande difficulté, jamais même, à moins qu’on ne puisse exercer sur la plaie une compression immédiate très-énergique : moyen qu’il est impossible de mettre en pratique, quand la blessure se trouve faite sur des parties molles dont la compression provoquerait infailliblement la gangrène. Nous ajouterons que les artères ulcérées ne peuvent pas non plus être réunies, vu que toute ulcération est généralement incurable, à moins qu’on ne ravive les bords de la plaie en les ramenant à leur état de crudité primitive par une excision qui les fasse saigner Ce qui est impraticable dans les artères ulcérées , puisque la compression exercée sur le lieu de la lésion s’y oppose ; compression sans laquelle, du reste, on ne saurait arrêter l’hémorrhagie.

D’ailleurs, si tôt ou tard la partie cautérisée de la substance artérielle doit tomber en corruption et s’en détacher, comment parviendra-t-on jamais à boucher cette ouverture qui ne peut être comblée que par l’accroissement de la substance artérielle? . lorsqu’il est démon¬

tré par l’expérience que la plus simple coupure, encore toute récente, ne se ferme que lentement, difficilement et jamais d’une manière immédiate.

‘ Voyex T. VIII, Commentaire CCXXII.

* Voyes T. VIII , Commentaire CCXXIII.

§ V. De là ce principe généralement enseigné en bonne chirurgie : qu’il faut pratiquer la section complète de toute artère qui a été lésée par la cautérisation ou qui a été déchirée par une arme à feu. C’est là, en effet , le seul moyen vraiment salutaire. Néanmoins , on a vu quelquefois, dans des plaies artérielles encore fraîches , l’application de l’esprit de vin l’emporter sur toutes les autres méthodes préconisées pour arrêter l’hémorrhagie ; mais il faut qu’il soit mis en usage par une main habile. Nous croyons être agréable à nos lecteurs en remémorant ici, puisque l’occasion se présente, un exemple tout-àfait intéressant de guérison d’une plaie artérielle.

Un jeune étudiant se servit d’un scalpel avec tant d’étourderie, qu’il lui échappa des mains; mais, par un mouvement précipité plus imprudent encore, il chercha à le saisir avant qu’il ne fût tombé à terre. Or, la pointe du scalpel étant tournée en haut et le manche en bas, il se l’enfonça dans la partie interne de la main , vers la région dite carpienne, de telle sorte et d’après une direction telle que l’artère radiale fut blessée par l’instrument à l’endroit qui se trouve un peu audessus de l’exploration ordinaire du pouls, là où l’artère est un peu plus volumineuse et n’est recouverte que par la peau. Une hémorrhagie excessive et opiniâtre ne cessa d’avoir lieu, durant six jours entiers, non-seulement toutes les fois qu’on changeait l’appareil , mais encore à la moindre relâche du bandage compressif. Le barbier qu’on avait mandé pour cela avait épuisé tout son savoir; rien n’y faisait; le jeune homme perdait ses forces, sans avoir pour cela d’autre incommodité corporelle. Survint un second barbier, plus âgé et plus expérimenté que celui-ci ; il avait été employé quelques années auparavant dans le service des armées , en qualité de chirurgien; mais son inconduite et son intempérance lui avaient fait perdre ce titre, et, se voyant réduit à la paie de simple soldat , il avait fini par se ranger. Ce barbier prépara donc un certain emplâtre qui ressemblait , par sa composition , à celui qu’on appelle vulgairement ; emplâtre de Nuremberg, avec cette différence qu’il contenait un peu plus de

pétrole, de baume du Pérou et de mumie (c’était la propriété d’un médecin qui la transmit plus tard à ses héritiers) ; le barbier répandit cette matière emplastique dans le trou formé par la plaie qu’il avait bien nettoyée, agrandie même avec un stylet , après avoir préalablement exercé, au-dessus de la plaie, une forte compression sur l’artère. Il versa ensuite quelques parcelles pulvérisées d’mwee humaine^

L’effet de ce mode de traitement était que la blessure devait ainsi supporter plus facilement un bandage convenable, sans qu’il y eût d’éruption ultérieure. Il en fut réellement comme avait dit le barbier ; dès le quatrième jour, on enleva sans inconvénient l’appareil ; on retira l’emplâtre et l’on put très-bien voir qu’il ne s’écoulait plus une seule goutte de sang , la cicatrisation artérielle avait eu lieu ; on ne voyait nulle trace d’anévrisme, et le reste de la plaie se souda trèspromptement. Le premier barbier soupçonnait là-dessus quelque sortilège ou enchantement. Quant à nous, nous ne partageâmes pas cette hypothèse ; nous ne crûmes pas davantage à l’efficacité merveilleuse de l’usnée de crâne humain , et nous n’attribuâmes à l’emplâtre aucune propriété en dehors de sa vertu balsamique et vulnéraire. La seule difficulté dans un cas pareil , c’est d’empêcher l’hémorrhagie de se produire au dehors, tout en favorisant la réunion des lèvres de la plaie. Or, c’est précisément le résultat qu’on venait d’obtenir, dans les conditions que nous venons de raconter. Quant à l’efficacité de l’usnée, en tant que simplement hémostatique, il serait tout-à-fait ridicule de la regarder comme spécifique ; car il n’est pas d’homme, fûl-il le plus stupide de tous , qui puisse jamais admettre que cette substance arrête la circulation du sang dans l’artère ; donc, cette circulation continuant toujours, il n’y a pas d’autres considérations à faire ici que celles qui ont trait à l’occlusion de la plaie , à sa réunion et à sa complète cicatrisation ; mais personne ne croira que l’usnée ait la vertu de produire ces divers effets *..... personne, disonsnous, à moins d’être naturellement porté à une superstitieuse crédulité.

§ VI. Comme l’écoulement du sang par les parties poreuses du corps n’offre dans sa conception ni dans sa

' Usnée humaine, sorte de lichen qui pousse sur les crânes que l’on expose longtemps à l’air humide.

théorie, rien de bien difficile; comme aussi, la raison matérielle des hémorrhagies provenant de la lésion des gros vaisseaux est à la portée de toutes les intelligences, nous croyons devoir maintenant retracer les autres circonstances de l’hémorrhagie provoquée par un excès de violence dans le mouvement de la masse sanguine. A ce sujet , Paracelse a déjà averti depuis longtemps que, s’il survient une hémorrhagie traumatique pendant une orgie, pendant Pacte vénérien , ou par suite d’une forte commotion corporelle et d’un excès de colère, il ne faut pas supprimer subitement son cours, mais laisser au sang la faculté de couler abondamment. Certains auteurs tournent Paracelse en ridicule, à cause surtout de son langage rude qui tient plutôt aux mœurs incultes de son siècle; on l’accuse notamment d’employer une locution obscure, lorsque, dans une circonstance qui demanderait beaucoup de clarté, il dit en parlant du sang : « Mansolle es lauffenlassen, bis anf seine statt »; c’est-à-dire, qu’on doit le laisser couler jusqu’à ce qu’il reprenne son cours normal »; surtout si on l’entendait dans ce sens : « bis es selber still stehe », a jusqu’à ce qu’il s’arrête de luimême »^ la chose serait réellement absurde. Mais, comme il ne faut pas tant regarder ce qu’il a dit, que ce qu’il a voulu , que ce qu’il a pu et même que ce qu’il aurait dû dire d’après la réalité de la chose, il faut certainement faire plus de cas de l’avertissement lui-même en général , que d’une circonstance toute spéciale qui demande, du reste, à être signalée avec la plus grande réserve.

§ Vil. Il nous suffit ici d’avoir fixé l’attention du praticien sur ce fait , savoir : que les hémorrhagies traumatiques, survenues au milieu des conditions indiquées par Paracelse, sont naturellement portées à l’excès. En outre, parmi ces conditions, il y en a quelques-unes qui sont capables de provoquer d’elles-mêmes des hémorrhagies

extrêmement intenses et copieuses. Ainsi, une grande colère éclatant d’une manière soudaine et violente , provoque souvent des éruptions excessives, de même qu’une intempérance brutale dans l’acte vénérien peut, au lieu de sperme , faire éjaculer du sang, comme il conste d’après l’expérience et l’observation. On sait encore combien est funeste, pour ce genre d’affection, une agitation excessive de l’organisme.

Nous avons vu un exemple remarquable de ce fait dans une femme qui , dès sa jeunesse, avait été très-relâchée dans ses mœurs et très-recherchée dans son régime de vie. Jouissant d’une santé florissante, elle assista, quoique enceinte et près d’accoucher, à un repas de noces où elle se livra sans réserve aux divertissements habituels en pareille circonstance ; elle dansa même jusqu’après minuit et s’échauffa si bien le corps et le sang, qu’elle commença à être incommodée : conduite chez elle, elle fut bientôt prise par les douleurs de l’enfantement, et, après avoir mis son enfant au monde, il lui survint une hémorrhagie utérine si grande, qu’elle tomba subitement en lipothymie ; dans leur stupéfaction , l’accoucheuse et les femmes qui l’assistaient oublièrent de lier le cordon ombilical du nouveau-né, en sorte qu’il était déjà mort lorsque la mère revint à elle. Ajoutons que l’opiniâtreté et la violence du flux utérin la mirent , elle aussi , à deux doigts de sa perte.

§ VIII. Historiquement parlant, cette observation est digne de la plus haute considération ; quant à son étiologie, sans nous étendre trop longuement là-dessus , nous croyons utile cependant d’en donner une raison suffisante. Ainsi , nous en plaçons : 1“ la cause éloignée , dans la constitution éminemment pléthorique du sujet; la cause prochaine, dans les efforts qu’entreprend la nature pour secouer ce qui l’importune, alors surtout qu’une issue facile lui est ménagée. Voilà pourquoi , en de semblables occasions, il faut toujours tenir grand compte d’une constitution pléthorique, afin de pouvoir aisément

apprécier quand et comment on a réellement à faire à des cas analogues, conformes à une étiologie et à une thérapeutique identiques.

§ IX. C’est encore ici le lieu de parler d’un genre d’hémorrhagie tout particulier qui , bien que ne provenant pas d’une violence externe, finit quelquefois par dépasser les bornes naturelles. C’est là ce qui arrive assez souvent, lorsqu’à l’aide d’une impulsion artificielle, provoquée même d’après certaines règles, on ouvre une libre issue à l’élan hémorrhagique : nous voulons parler de ces saignées critiques qui, à l’instar de certaines hémorragies spontanées, deviennent tout-à-fait immodérées s’il ne se déclare une atténuation dans la violence de la fièvre.

Une voie étant donnée au sang par une cause quelconque , comme par la saignée de la veine ranine ou sublinguale^ il arrive bien des fois que les vaisseaux ainsi ouverts épanchent une énorme quantité de ce . liquide dont on ne peut suspendre le flux qu’avec les plus grandes difficultés. En outre, si on arrête l’évacuation trop tôt, c'est-à-dire avant qu’il se soit écoulé une assez grande abondance de sang , la saignée elle-même perd de son efficacité , ne devient utile qu’à demi ou du moins est privée de ses meilleurs résultats; en sorte que les malades, quoique délivrés de leurs souffrances présentes, sont néanmoins atteints dans la suite de langueurs continuelles, d’ennuis, de vives inquiétudes, de fièvres lentes et hectiques , d’affections rhumatismales ou d’apostases à certains membres ; parfois même , ils n’arrivent jamais à une santé franche; leur état finit par empirer de jour en jour et prend des caractères morbides tellement opiniâtres, que ce qui n’était d’abord qu’une crainte se change bientôt en une triste réalité.

§ X. Tout médecin intelligent comprendra donc combien sont nécessaires en pareil cas la prudence et la cir-

conspeclion. A propos des hémorrhagies dont les efforts sont sur le point d’atteindre leur issue et qui ont pour avant-eoureur une eontention violente , nous leur ferons observer encore qu’une éruption ou une émission sanguine modérée , pour ne pas dire modique, satisfait rarement aux exigences de la nature ; le plus souvent, au contraire, elle surexcite des molimens généraux ou n’a du moins aucune efficacité notable. La raison en est seulement que la nature , poussée en ce moment à produire un semblable effet et s’opiniâtrant à parachever ce qu’elle a commencé d’entreprendre à force d’hésitations, n’a pas coutume d’accomplir son œuvre à demi , ni d’étouffer et de dissiper deux fois, après un second retour, les appareils congestifs à l’aide desquels, en vertu d’une constriction tonique, le sang est poussé de toutes les parties du corps vers un point unique de l’organisme. Mais lorsqu’il n’en est pas exactement ainsi , il est mécaniquement nécessaire que le sang porté et retenu dans ces régions par une compression naturelle puisse s’échapper en très-grande partie au dehors, une fois qu’une issue lui est offerte.

§ XI. Quant aux divers états affectifs qui (comme les fièvres aiguës, par exemple,) sont, chez quelques individus, la conséquence immédiate de ces hémorrhagies critiques ou les suivent de très-près, on peut affirmer qu’elles présentent trois conditions essentielles dignes de la plus sérieuse attention : les deux premières se manifestent avant la mort ; la troisième, après le trépas. Ainsi, pour la première condition, on remarque dans le plus grand nombre des cas : 1 " le gonflement des artères temporales ; T l’exacerbation des douleurs encéphaliques ; 3“ des perturbations profondes de cette région ; 4“ enfin des vertiges , robscurcissement de l’intelligence , la stupeur , la frénésie, etc. Bien plus , et c’est la seconde condition , si

la contention est extrêmement violente et persiste jusqu’à la mort, on observe , pour parler le langage vulgaire, que le malade commence à mourir par les parties inférieures : ce qui veut dire que la congestion et la constriction sanguines vers la tête (car nous pouvons prendre spécialement cette région pour le siège des hémorrhagies) sont si impétueuses et si persistantes, que les extrémités inférieures non seulement deviennent froides et se dessèehent en quelque sorte, mais encore sont engourdies et eomplétement insensibles.

La troisième condition , qui s’offre ordinairement le jour même du trépas ou le jour d’après sur le cadavre des personnes mortes par suite des symptômes en question , consiste en un abondant écoulement de sang par les narines ou parla bouche elle-même; car l’épanchement se fait de l’infundibulum dans ces diverses parties. Or, on n’a jamais donné de ce fait une raison autre que celle que nous donnons nous-même, savoir : que, quelque temps avant le moment suprême, une abondante congestion sanguine s’est opérée vers la tête et que la mort ayant surpris le malade dans cet état, le froid mortel, trouvant les parties inférieures déjà contractées, a augmenté encore la constriction générale qui , après avoir envahi tout le corps dans cette direction;, s’est proportionnellement et successivement rapproché de la tête, jusqu’à ce qu’enfm il en soit résulté une hémorrhagie immédiate. . . 11 n’y a là, que nous sachions, rien de bien surprenant h Nous reviendrons plus tard sur ces matières et nous les traiterons en leur lieu et place d’une manière encore plus spéciale, lorsque nous aurons l’occasion de parler de l’effîeacité des contentions et des efforts fébriles.

§ Xll. Mais c’est bien iei le moment de parler du

' Voyex T. VIII, Commentaire CCXXIV.

dénouement ordinaire de certaines hémorrhagies traumatiques qui, survenues à la suite d’une lésion violente quelconque, trouvent une occasion de retour dans ces eschares, dont la chute imprudemment provoquée ou prématurée non seulement ramène le flux hémorrhagique, mais encore inaugure une tendance plus opiniâtre de la nature pour ces éruptions locales. Eruptions qui peuvent devenir habituelles et entraîner, si on n’y remédie avec la plus grande habileté, d’autres affections on ne peut plus prononcées qu’on a la coutume d’attribuer simplement à la faiblesse de la partie, qui ont tantôt le caractère stagnatoire, tantôt le caractère spasmodique et qui se trouvent toujours , dans l’un comme dans l’autre cas , en mutuelle corrélation avec les appareils congestifs et expressifs observés généralement dans les autres hémorrhagies franches et directes. C’est là même leur mode d’existence habituelle, et on n’a pas besoin d’aller invoquer ailleurs un autre ordre de causalité.

§ XIII. Il ne faut pas non plus perdre de vue une circonstance toute particulière que nous avons déjà mentionnée à propos des hémorrhagies violentes, prises à un point de vue général : c’est que, dans un corps sain et vigoureux d’ailleurs, les éruptions traumatiques qui, chez les sujets pléthoriques surtout , ont des phases et des retours soit indéterminés , soit anniversaires principalement , entraînent ordinairement après elles de nouvelles commotions de même nature que les premières, tantôt partielles et se produisant auprès des organes primitivement lésés; tantôt générales et se dirigeant vers tous les points de l’économie corporelle ; tantôt enfin se traduisant de loin par des appareils tardifs, ou , pour parler le langage à la mode, par des langueurs et des manifestations fébriles.

§ XIV. C’est là une chose sur laquelle nous ne sau-

rions trop fixer l’attention de la seience et invoquer le contrôle d’une sage observation des hommes de l’art. Mais nous recommandons d’une manière plus spéciale encore la recherche consciencieuse des causes antérieures et conjointes qui peuvent donner occasion à certaines éruptions hétéroclites, non moins rares que spéciales et telles qu’on en trouve çà et là de relatées dans les auteurs, à propos surtout des excrétions menstruelles du sexe féminin , qui se feraient parfois dans des organes non-seulement étrangers à cette évacuation naturelle, mais encore à toute espèce d’évacuation sanguine en général. Or, ce qui enlève tout équivoque à cet égard , en jetant sur la question une clarté particulière, c’est l’examen approfondi de ces trois circonstances, savoir :

1“ Si la malade n’avait pas, avant l’époque de ce phénomène hétéroclite, une propension hémorrhagique, à caractère générique, vers l’organe en cause et si le sang, par suite de cette disposition générale, n’avait pas entrée libre dans cet organe : ce qui expliquerait pourquoi, à l’époque des menstrues, on a vu des éruptions par le milieu d’une joue, par une caroncule lacrymale, par l’oreille, etc.

2“ Si la malade n’aurait pas involontairement donné lieu à cette excrétion vers ces parties par une écorchure faite avec les doigts, par une coupure toute fortuite, par une forte contusion , par une déchirure de la peau, par la lésion de certains tubercules variqueux, parmi lesquels on peut classer ces petites tumeurs, vulgairement appelées poireaux fvarij, celles notamment qui ont une couleur bien marquée , une consistance molle et qui provoquent la démangeaison. Or, si par maladresse ou imprudence on coupe ces boutons avec un instrument tranchant, l’effusion de sang est très-considérable, comparativement à la masse entière de la tumeur, comparativement aussi à une lésion de même nature faite sur une autre partie du

corps. Nos Allemands appellent ces sortes de tubercules variqueux « Blutfinnen ».

3“ Enfin, il faut examiner — et comme circonstance spécifique , c’est la plus essentielle — de quelle manière les causes que nous venons d’énumérer ont pu fournir une occasion toute spéciale à un flux sanguin de cette nature, par leur manifestation , fortuite ou non , à l’époque naturelle et précise de l’évacuation menstruelle ; il faut savoir surtout comment il se fait que, malgré l’obstruction ou l’embarras de la voie ordinaire, le molimen hémorrhagique s’accomplit quand même.

Si maintenant on ajoute à ces trois circonstances le concours manifeste de la sensibilité particulière des patientes, on aura bientôt trouvé la clef révélatrice des secrets de la nature et l’on découvrira sans peine les difficultés sans nombre qu’offrent à nos yeux ces éruptions insolites.

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