La conspiration de Cinna
Il faut avouer que la famille de lempereur lui donna trop d'embarras. Dans un 'applaudissement général de tout Tempire, il ne pouvoit résister à de petits chagrins que lui donnoit sa maison ; et il s'y portoit plus en simple personne privée, qu'en grand honmne ; car il ne savoit ni finir le mal par un bon ordre, ce qui véritablement n'est pas aisé ; ni du moins se mettre Tespril en repos. Après s'être trop affligé d'un côté, il se laissa aller trop uoncha lamment à la douceur qu'il trouvoit de l'autre ; et, si Julie le chagrina tant qu'elle vécut, Livie sut le posséder si bien, dans le déclin de son âge, que l'adoption de Tibère fut plutôt un effet de sa conduite, que le véritable choix de l'empereur.
Auguste connoissoit mieux que personne les vices de Tibère , et les desseins de Livie ; mais il n'a voit pas la force d'agir selon le jugement qu'il en faisoit. Tandis qu'il voyoit tout d'une vue saine, qui ne le portoit à rien, sa femme laissoit là son entendement avec des lumières inutiles, et se rendoit maîtresse de sa volonté. C'est ce qui a trompé Tacite, à mon avis, dans ce raffinement malicieux qu'il donne à Auguste * . Il savoit que le naturel de Tibère ne lui étoit pas inconnu; et, pour ne pas