‹ Œuvres mêlées de Saint-EvremondChapitre 32 sur 107 · Le commandeur de SouTré. Voyez notre Ihtbo* mfcncm · texte numérisé non relu

Le commandeur de SouTré. Voyez notre Ihtbo* mfcncm

pression que fait la présence, et qu^elIe avoit songé à se le mettre entre les mains avant que de le connottre. M. de Vardes fut sensible à ce changement, comme à la perte d*un plaisir qui lui étoit fort cher ; mais en honnête homme il ne s'en fit pas une affaire, et il regarda M. de Caudale avec le dépit d'un rival, sans jamais y mêler la haine d'un ennemi.

Moret , dont la gravité représentoit l'honneur en toutes choses, se tint offensé en la personne de son frère, et prit pour un véritable affront ce que l'intéressé avoit reçu comme un simple déplaisir. Ses plaintes furent d'abord assez fières : les voyant mal reçues dans le monde, il changea de discours sans changer de pï'océdé. Il se disoit malheureux de n'avoir pu s'attirer les égards d^une personne pour laquelle il avait eu tant de considération toute sa vie; il disoit que M. de Caudale étoit peu à plaindre, qu'il trouveroit des amis plus dignes de son amitié, et qu'avec beaucoup de déplaisir il se voyoit obligé d'en chercher d'autres sur lesquels il pût faire plus de fondement. C'étoit le langage qu'il tenoit à tout le monde, avec une fausse modestie qui marque plus la bonne opinion qu'on a de soi, que ne feroit ijine présomption légèrement déclarée. Pour le chevalier de la VieuviUe, il se tint désobligé aussitôt que Moret pensa l'être ; et, tant pour lui plaire,

qne par la vivacité de son naturel , il anima les reproches un peu davantage.

Je voyois M* de Caudale à Tordinaire; et, comme il lui falloit toujours quelcpie confident, je le devins aussitôt de ses plaintes sur le procédé de ces messieurs, et, peu de temps après, de sa passion pour madame de Saint-Loup. Dans la chaleur de cette nouvelle confidence , ii ne pouvoit se passer de moi , pour me confier en secret de petites choses fort chères aux amants, et très-indiflFérentes à ceux qui sont obligés de les écouter. Je les recevois comme des mystères, et les sentais comme des bagatelles importunes. Mais son humeur étoit agréa- * ble, je trouvois son procédé obligeant, et il avoit un air si noble en toute sa personne, que je prenois plaisir à le regarder, au même temps que j'en avois peu à Tentendre. Jusque-là , je n'avois pas eu le moindre dessein dans son commerce. Quand je me vis maître de son esprit, si je Tose dire, je pensai que je ne ferois pas mal de ménager une personne qui devoit être un jour fort considérable. Alors je me fis une étude particulière de le bien connoitre, et n'oubliai rien pour le prendre par tous les endroits où il pouvoit être sensible. Je louois sa maltresse sans trahir mes sentiments, car elle me paroissoit fort aimable ; et je blâmois le procédé de Moret et du chevalier de la

Vieaville, qui , selon mon sens , n'avoient aucune raison.

Il y a des insinuations honnêtes, dont le moins artificieux se peut servir ; il y a des complaisances aussi éloignées de Tadulation que de la rudesse. Comme M. de Caudale avoit Tâme passionnée, je mélois dans nos entretiens ce que je connoissois de plus tendre / La douceur de son esprit faisoit une certaine délicatesse ; et de cette petite délicatesse il se formoit assez de discernement pour les choses qui n*avoient pas besoin d'être approfondies. Outre le naturel , il y toumoit son esprit par étude ; et *par étude, je lui fournissois des sujets où il pouvoit employer cette espèce de lumière. Ainsi, nous nous séparions sans aucun de ces dégoûts qui commencent à la fin des conversations ; et content de moi, pour Têtre de lui , il augmentoit son amitié à mesure qu'il se plaisoit davantage.

Ceux qui cherchent de la docilité dans les esprits , établissent rarement la supérioiité du leur, sans faire sentir avec chagrin une humeur impérieuse. Le mérite ne fait pas toujours des impressions sur les plus honnêtes gens; chacun est jaloux du sien jusqu^à ne pouvoir souflnr aisément celui d'un autre. Une complaisance mutuelle concilie ordinairement les volontés; néanmoins, comme on donne autant par là

qu'on reçoit, le plaisir d'êti'e flatté se paye chèrement quelquefois , par la peine qu'on se fait à flatter un autre. Mais qui veut bien se rendre approbateur, et ne se soucie pas d'être approuvé, celui-là oblige, à mon avis, double^ ment : il oblige de la louange qu'il donne, et de l'approbation dont il dispense. C'est un grand secret, dans la familiarité d'un commerce, de tourner les hommes , autant qu'on le peut honnêtement, à leur amour-propre. Quand on sait les rechercher à propos et leur faire trouver en eux des talents dont ils n'avoient pas l'usage, ils nous savent gré de la joie secrète qu'ils sentent de ce mérite découvert, et peuvent d'autant moins se passer de nous, qu'ils en ont besoin pour être agréablement avec euxmêmes.

Peut-être ai-je tort de quitter des choses particulières, pour m'étendre sur des observations générales; j'y serois plus scrupuleux, si j'avois à entretenir le public d'affaires de grande considération. Gomme je ne parle qu'à moi seul sur une matière peu importante, je pratique à mon égard ce que j'ai fait à-celui d'un autre; et, ne cherchant qu'à me plaire. Je suis ingénieux à tirer de mon esprit des pensées cpii me contentent. Je veux donc me laisser aller à ma fantaisie, pourvu que ma fantaisie n'aille pas tout à fait à l'extravagance, car il faut éviter

le dérèglement aussi bien que la contrainte; et pour revenir à quelque sorte de régularité, je reprends la narration que j*ai commencée. ' La première chose que fit la cour, à la détention de Monsieur le Prince, fiit d'aller en Normandie, pour en chasser madame de Longueville, et èter aux créatures de sa maison les gouvernements qui étoient entre leurs mains. Je fis le voyage avec M. de Caudale, et deux jours entiers d'un temps et d'un chemin assez fâcheux nous eûmes une conversation presque continue, et assez agréable, pour être fort variée.

Après nous être épuisés à parler de sa pas* sion, de celle de quelques autres, et indifféremment de tous les plaisirs, nous vînmes à tomber insensiblement sur le misérable état où se ti'ouvoit Monsieur le Prince, avec tant de gloire et après tant de grandeur. Je lui dis : « Qu'un prince si grand et si malheureux devoit être plaint de tout le monde; que sa conduite, à la vérité, avoit été peu respectueuse pour la reine, et un peu fâcheuse pour M- le cardinal, mais quec'étoient des fautes à l'égard de la cour et non pas des crimes contre l'Etat, capables de faire oublier les services importants qu'il avoit rendus; que ces services avoient soutenu M. le cardinal et assuré le pouvoir dont Son Eminence venoit de se servir pour Je

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perdre; que la France eût peut-être succombé au commencement de la régence, sans la bataille de Rocroi qu'il avoit gagnée ; que la conr avoit fait toutes les fautes sans lui, après la bataille de Lens, et ne s'étoit sauvée que par lui dans la guerre de Paris ; qu'après avoir si bien servi, il n'avoit fait que déplaire par l'impétuosité d'une humeur dont îl n'avoit pu être le maître ; mais que tous ses desseins et ses actions alloient pleinement au service du roi et à la grandeur du royaume. Je ne sais pas, ajoutai-je, ce que la cour gagnera par sa prison, mais je sais bien que lés Espagnols ne pouvoient rien souhaiter de plus favorable. »

Je suis obligé \^ dit M. de Caudale, je suis obligé àMonsieur le Prince de mille honnêtetés qu'il a eues pour moi , malgré son chagrin contre M. d'Epernon^ mon père, J^ai été peutêtre un peu plus sensible que je ne déçois à des obligations si légères^ et je n ignore point qu'on tna accusé de ne prendre pas assez de part aux intérêts de ma maison. Tous ces discours ne m'ont pas empêché d'être son serçiteur^ et ses disgrâces ne nCen empêchent pa^ encore; mais dans rattachement que j^ai à la cour, je ne puis donner quune douleur secrète à ses malheurs, inutile pour lui, en F état qu il est, et ruineuse pour moi, si je la fais paroitre.

« Voilà, repris-je, les sentiments d'un fort

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honnête homme, et que je trouve d'autant plus généreux, que la prison de messieurs les princes est la chose la plus avantageuse que vous puissiez désirer. Je vous regarde aujourd'hui comme le plus considérable homme de France, si vous voulez Tétre. On vient dé mettre nos princes du sang au bois de Yincennes, dont apparemment ils ne sortiront pas sitôt. M. de Turenne et M- de Bouillon se sont éloignés pour les servir. M. de Nemours n'est de rien, tout honnête homme qu'il est, et ne sait psésentement quel parti prendre. M. de Guise est prisonnier en Espagne. Tout le reste de nos grands seigneurs est suspect, négligé de M. le cardinal. Dans la situation où sont les choses, si vous ne savez pas faire valoir la considération de vos établissements et les bonnes qualités de votre personne, ne rejettez rien sur la fortune qui vous sert si bien; prenez-vousren à vous seul, car c'est vous qui manquerez à vous-même. » Il m'écouta avec la plus grande attention du monde, et plus touché de mon discours que je ne me Tétois imaginé, il me remercia avec chaleur des ouvertures que je lui avois données. Il me dit bonnement que la jeunesse et les plaisirs l'avoient empêché de s'applicpier à rien de sérieux jusques-là; mais qu'il étoit résolu de quitter son inutilité, et de mettre tout en usage pour se donner de la considération. Je uais

iH}us faire une confidence ^ poursuivit-il, que je nai jamais faite à personne : vous ne sauriez croire P inclination que M. le cardinal a pour moi. Vous savez quil a quelque dessein de me faire épouser une de ses nièces ; et Von croira aisément que sa bonne volonté est fondée sur le projet de cette alliance ; j* y en attribue moi-même une partie^ mais je ne m'y çonnois points ou il a pour moi quelque foible. Je vous conférai encore un plus grand secret : cest que je ne me sens aucune amitié pour lui^ et à vous parler nettement^ jal le cœur aussi dur pour Son Eminence^ que Son Eminence le sauroit avoir pour le reste des courtisans,

•r J'aimerois beaucoup mieux, lui dis-je, que vous eussiez quelque tendresse , car il sera difficile que vos véritables sentiments échappent à sa pénétration. Si vous m'en croyez, vous le verrez rarement en particulier ; et lorsque vous y serez obligé, entretenez-le de votre dévouement en général, sans* vous laisser conduite dans un détail curieux, qui lui donne le loisir de vous examiner et la facilité de vous connoltre. Quand le roi et la reine seront chez lui, quand il cherchera à se divertir avec ses courtisans ordinaires, ne manquez jamais de vous y trouver; et là, par toutes sortes dé complaisances et d'agréments, tâchez d'entretenir une amitié qu'il est assez disposé à entretenir

de lui-même. S'il étoit d'humeur à se faire un vrai favori, sa familiarité vous seroit avantageuse; mais sa bonne volonté ne pouvant être si pure qu'il n'y entre du dessein, un grand commerce lui fera découvrir tous vos foibles, avant que vous ayez trouvé le moindre des siens. Quelque dissimulation qu'un homme ^e votre âge puisse avoir, ce ne lui est pas un petit malheur d'avoir à souffrir les observations d'un vieux ministre, supérieur par l'avantage du poste et par celui de l'expérience. Croyez-moi, monsieur , il est dangereux de voir trop souvent un habile homme, quand la différence et souvent la contrariété des intérêts ne peimet pas de s'y fier. Si cette maxime peut être reçue chez les autres nations, elle est comme infaillible dans la nôtre, où la pénétration pour découvrir va plus loin que la dissimulation pour se cacher. Ne présumez donc pas de pouvoir combattre M. le cardinal par son art, ni de faire contester vbs finesses avec les siennes. Contentez-vous demënag.er vos agi*éments avec beaucoup de conduite, et laissez agir son inclination. L'inclination est un mouvement agréable qui nous est d'autant plus cher qu'il nous semble purement nôtre. Il naît dans le fond de nos tendresses et s'y entretient mollement avec plaisir : en quoi il diffère de l'estime, laquelle est reçue comme une chose étrangère,

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une chose qui ne s'établit et ne se maintient point en nous par la faveur de nos sentiments, . mais par la justice que nous sommes obligés de rendre aux personnes vertueuses.

c< Nous allons tomber dans un temps où apparemment M. le cardinal aura besoin de ses serviteurs. Il faut vous faire considérer comme iln homme utile , après vous être fait aimer comme une personne agi'éable . Le moyen d'être tout à fait bien avec lui, c'est de remplir ses vues d'intérêt, aussi bien que les sentiments de son aflFection ; et c'est ce que vous ferez infailliblement , en lui promettant une grande considération que vous vous serez donnée. Elle ne vous manquera pas , si vous vous éloignez de la conduite de M. d'Epernon, sans vous éloigner de ses intérêts, qui doivent toujours être les vôtres. Heureusement la nature vous a donné une humeur trop opposée à la sienne. Il n'y a rien de si contraire que la douceur de voti'e esprit et l'autorité du sien; que votre complaisance et ses chagrins ; que vos insinuations et sa fierté. Laissez-vous donc aller à votre naturel presque en toutes choses ; mais donnez-vous garde de prendre, sans y penser, les sentiments d'une fausse gloire. On démêle malaisément la fausse d'avec la' véritable : une hauteur mal entendue passe pour une grandeur d'àme; et, trop sensible à ce qui vient de la

qualité, on est moins animé qu'on ne doit, pour les grandes choses. Voici le portrait de M. d'Ëpernon , si je ne me trompe. Dans le respect qu'il exige, dans les devoirs qu'on lui rend, il oubliera ce qu'on doit au gouverneur et au colonel^, pourvu qu'on rende à M. d'Epernon ce qu'on ne lui doit pas. Je ne dis point que la distinction ne doive être agréable aux personnes de grande qualité ; mais il faut se l'attirer, et non pas se la faire présomptueusement soi-même.

« Il seroit honteux de laisser perdre les choses établies par le mérite et par le crédit de ses prédécesseurs : on ne sauroit avoir trop de fermeté à maintenir ces sortes de droits, quand la possession en est laissée ; mais il n'en va pas ainsi en des prétentions nouvelles, qui doivent être établies par délicatesse et par douceur, avant que d'être aperçues. C'est là qu'il vous faut aller adroitement aux autres, pour les faire venir insensiblement à vous ; et au lieu de prendre avec fierté ce qu'on peut refuser avec justice , un ^abile homme emploie toute son industrie à se faire donner ce qu'il ne demande pas.

« Soyez honnête, officieux, libéral; que

1. Le duc d'Epemon étoit alors goavernear de Guyenne et colonel générât de l'infanterie.

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chacun trouve chez vous sa commodité et son plaisir, on vous portera volontairement ce que vous exigerez sans succès par une hauteur affectée. Personne n'est blessé du respect qu'il veut bien rendre, parce qu'il peut ne le rendre pas, et qu'il pense donner des marques de son amitié, plutôt que de son devoir. La jalousie de la liberté est une chose commune à tous les hommes ; mais diverses gens la font consister en diverses choses. Les uns rejettent toute supériorité : le choix des supérieurs tient lieu de liberté à quelcpies autres. Le François particulièrement est de cette humeur : impatient de votre autorité et de sa franchise, il ne sauroit recevoir de maîtres sans chagiîn, ni demeurer le sien sans dégoût; ennuyé de sa propre possession, il cherche à se donner, et trop content de la disposition de sa volonté, il s'assujettit avec plaisir, si on lui laisse faire sa dépendance. C'est à peu près notre naturel que vous devez consulter, plutôt que le vôtre, dans la conduite que vous avez à tenir.

« Il y a deux choses parmi nous, qui apportent des distinctions fort considérables : la faveur du roi déclarée, et un grand mérite à la guerre bien reconnu. La faveur, qui ne diminue rien, enEspagne, de la jalousie des rangs, lève bien des contestations en France, où chacun se laisse conduire purement à l'intérêt, sous pré- II ' Il

texte d'h<morer la confiance ou Tinclination du prince. Les plus corrompus, dont le nombre est grand, portent leur servitude où ils croient trouver leur fortune, et ceux qui s'abandonnent le moins ne laissent pas de se faire un mérite de leur souplesse. On voit bien quelques faux généreux, qui mettent ridiculement leur honneur à mépriser les ministres ; on voit des esprits rudes qui pensent être fermes , mais il est peu de gens habiles et honnêtes, qui sachent conserver de la dignité en ménageant leurs affaires. A le bien prendi^ , tout cède à nos favoris, si la cour ne sort pas de sa situation ordinaire.

« Pour le mérite de la guerre, il apporte une considération fort grande ; et quand on a commandé dignement de grosses armées, il reste une impression de cette autorité, qui se conserve dans la cour même. On honore avec plaisir un général qui a fait acquérir de Thonneur : ceux même qui en ont le moins acquis se souviennent agréablement des fatigues dans la mollesse. On s'entretient des actions passées dans r inutilité présente ; on rappelle la mémoire du péril, dans la sûreté : Tirnage de la guerre enfin ne se présente point, dans la paix, sans un souvenir du commandement qu'on a exercé sur nous, et de Tobéissance que nous avons rendue.

« C'est à ce mérite de la guerre que l'am^

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bition vous doit pousser; c'est là que vous devez appliquer tous vos soins, pour arriver quelque jour au commandement des années. Un emploi si noble et si glorieux égale les sujets aux souverains dans Tautorité ; et comme il fait quelquefois d'un particulier un conquérant, il peut faire du prince le mieux établi le dernier des misérables, s'il néglige une vertu nécessaire à soutenir sa fortune. Lorsque vous aurez bien réglé votre conduite, pour la cour, et animé votre ambition, pour la guerre, il vous restera encore à vous donner des amis, dont la réputation bien établi^ puisse contribuer à la vôtre, et qui fassent valoir votre application nouvelle, quand vous vous donnerez plus de mouvement.

« De tous les hommes que je connois, il n'y en a point avec qui je souhaite un commerce plus paiticulier qu'avec M. de Palluau*, et avec M. de Miossens^. La grande liaison que j'ai avec l'un et l'autre, pourroit vous renifae suspect le bien que j'en dis toujours; mais ne craignez pas en cela de déférer à mon sentiment, et croyez qu'on trouve malaisément de si honnêtes gens qu'eux dans le monde. J'avoue

1. Philippe dé Clérembaut, comte de Palluau. Voy. t. I, p. 189.

2. César. Pfaœbus d'Albret, comte de Miossens/ maréchal de France en 1653^; mort en 1676.

pourtant que Famitié de M. le marquis de Créqui* me semble préférable à toute autre: sa chaleur pour ses amis, si vive et si animée, sa fidélité si pure et si nette, me le font estimer infiniment; d* ailleurs, son ambition, son courage, son génie pour la guerre, un esprit universel qui s'étend à tout, ajoutent à l'amitié une considération fort particulière. Oh lui peut donner sans faveur ce bel éloge qu on donnoit à un ancien : Ita ut ad id unum natus esse videretur quod aggrederetur . Quand son choix le détermina à sa profession , la nature Tavoit préparé à toutes : capable de cent choses diflférentes, aussi ptopre à ce qui regarde le métier des autres qu'à ce qui touche le sien. Il pourroit se donner de la réputation par les lettres, s'il ne la vouloit toute par les armes. Une gloire ambitieuse ne souffre point les petites vanités; mais il n'en est pas moins curieux, et cherchant dans une étude secrète le plaisir particulier de s instruire, il joint à l'avantage de savoir beaucoup le mérite de cacher discrètement ses connoissances. Peut-être ne croyezr-vous pas pouvoir rencontrer, dans la jeunesse où il est, ce qu à peine on attend de l'âge le plus avancé; et j'avoue que nous don-

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