Voyez, en effet, notre tome ler, page
ture que par connoissance, du côté que Monsieur le Prince pouvoit venir. La nuit étoit extrêmement noire ; et il n'avoit pour guides qne des fuyards, plus capables d'effrayer ses troupes que de le conduire. Heureusement il se trouva le matin à la tête d'un défilé, qu il falloit passer nécessairement à Monsieur le Prince, s'il vouloit arriver à Gien. M. de Navailles proposa de jefer l'infanterie dans un bois cjui bordoit le défilé : M. de Turenne rejeta la proposition, sachant bien que les ennemis qui étoient les plus foi*ts l'en auroient chassée, et que dans le désordre où ils Tauroient mise, il lui eût fallu se retirer à Gien avec la seule cavalerie. Le parti qu'il prit fut de mettre toutes ses troupes sur une ligne, et de s'éloigner cinq ou six cents pas du défilé. Monsieur le Prince, croyant qu'il se retiroit véritablement, fit passer quatorze escadrons qui alloient être suivis de l'armée entière. Alors M. de Turenne, tournant avec toutes ses forces, chargea, rompit, fit repasser le défilé à ces escadrons, dans un désordre incroyable. Monsieur le Prince le voyant en cette posture, crut le passage du défilé impraticable, comme en effet il l'étoit ; et on ne fit autre chose le reste de la journée que se canonner. M. de Turenne, fortifié du débris de l'armée de M. d'Hocquincourt et de quelques gens frais.
se retira le soir à Gien, où il reçut les applaudissements sincères que donne une cour, qui n'est pas encore bien rassurée du péril qu'elle a couru.
Un détail de ses services rendroit le caractère languissant .: un .seul tiendi*a lieu de tous les autres. Il trouva la cour si . abandonnée, qu'aucune ville ne la vouloit recevoir : les parlements s'étoient déclarés contre elle, ^t les peuples, prévenus d'une fausse opinion du bien public, s'attachoient aveuglément à leurs déclarations. M» le duc d'Orléans étoit à la tête des parlements, Monsieur le Prince à celle des troupes; Fuensaldagne s'étoit avancé jusqu'à Chauny, avec vingt mille hommes, et M. de Lorraine n'en étoit pas bien éloigné. Tel étoit l'état de cette cour malheureuse, quand M. de Turenne, après quelques sièges et quelques, combats dont je laisse le récit aux histo^ riens; quand M. de Turenne h, ramena malgré elle à Paris *, où le roi ne fut pas sitôt, que ^on rétablissement dans la capitale fit reconnoître son autorité par tout le royaume. La sûreté du roi bien établie au dqdans, M. de Turenne fit sentir sa puissance au dehors, et réduisit l'Espagne à demander une paix qui fut son salut, ne pouvant continuer une guerre qui eût été S9 ruine.