Le 27 de Juillet 167S
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PARALLELE DE MONSIEUR LE PRINCE ET DE MONSIEUR DE TURENNE, SUR CE QUI REGARDE LA GUERRE ^
' otjs trouverez en Monsieur le Prince la \ force du génie , la grandeur de cou- [ rage , une lumière vive , nette , toujours présente. M. de Turenne a les avantages du sang-froid ^ une grande capacité , une longue expérience, une valeur assurée.
Celui-là, jamais incertain dans les conseils , irrésolu dans ses desseins, embarrassé dans ses ordres, prenant toujours son parti mieux qu'homme du monde ; celui-ci, se faisant un plan de sa guerre , disposant toutes choses à sa 6n , et les conduisant avec un esprit aussi éloigné de la lenteur que de la précipitation. L'activité du premier se porte au delà des choses nécessaires , pour ne rien oublier qui puisse être utile : l'autre, aussi agissçint qu'il le doit être, n'oublie rien d'utile , ne fait rien de superflu ; maître de la fatigue et du repos , il
!. Saint-Evrcmond avoit écrit ce parallèle en 1673 ; mais il le retoucha en 1688, au moment où il s'occupa d'une histoire de M. de Turenne.
travaille à ruiner Tarinée des ennemis , il songe à la conservation de la sienne.
Monsieur le Prince, fier dans le commandement, également craint et estime; M. de Turenne plus indulgent et moins obéi par Tautorité qu'il se donne, que par la vénération qu'on a pour lui.
Monsieur le Prince plus agréable à qui sait lui plaire , pins fâcheux à qui lui déplaît ; plus sévère quand on manque, plus touché quand on a bien fait. M. de Turenne pins concerté, excuse les fautes sous le nom de malheurs, et réduit souvent le plus grand mérite à la simple louange de faire bien son devoir. Satisfait du service qu'on lui rend , il ne Test pas toujours de l'éclat qu'on se donne; et faisant valoir avec plaisir les plus soumis , il regarda avec chagrin les industrieux, qui cherchent leur réputation sous lui, et leur élévation par les ministres.
Monsieur le Prince s'anime avec ardeur aux grandes choses , jouit de sa gloire sans vanité , reçoit la flatterie avec dégoût. S'il prend plaisir qu'on le loue , ce n'est pas la louange de ses actions, c'est la délicatesse de la louange qui lui fait sentir quelque douceur. M. de Turenne va naturellement . aux grandes et aux petites choses , selon le rapport qu'elles ont à son dessein : rien ne l'élève dans les bons succès, rien ne l'abat dans les mauvais.
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Il n'est point assez de précautions contre les attaques du premier : son audace et sa vigueur rendant foible ce qu'on s'imaginoit de plus fort; le second se dégage de tout danger : il trouve le moyen de se garantir, dans toutes les apparences de sa perte.
Quelques troupes que vous donniez à Monsieur le Prince, vieilles ou nouvelles, connues ou inconnues, il a toujours la même fierté dans le combat : vous diriez qu'il sait inspirer ses propres qualités à toute l'armée. Sa valeur, son intelligence , son action semblent lui répondre de celle des autres. Avec beaucoup de troupes dont M. de Turenne se défie , il cherche ses sûretés : avec peu de bonnes qui ont gagné sa confiance, il entreprend, comme aisé, ce qui paroit impossible.
Quelque ardeur qu'ait Monsieur le Prince pour les combats, M. de Turenne en donnera davantage, pour s'en préparermieux les occasions; mais il ne prend pas si bien dans l'action ces temps imprévus, qui font gagner pleinement une victoire ; c'est par là que ses avantages ne sont pas entiers. Quand l'affaire est contestée, le plan de sa guerre lui revient dans l'esprit , et il remet à une conduite plus sûre ce qu'il voit difficile et douteux dans le combat. Monsieui' le Prince a les lumières plus présentes y et Faction plus vive; il remédie lui-même à tout,
rétablit ses désordres, et pousse ses avantages. Il tire des troupes tout ce qu'on en peut tirer; il s'abandonne au péril , et il semble qu'il soit résolu de vaincre , ou de ne pas survivre à sa défaite. Ce n'est pas assez pour lui de n'être pas vaincu, il fait sa honte de ne vaincre pas.
Chez M. de Turenne, tout cède au bien des affaires : il essuie le murmure des envieux, les mauvais offices de ses ennemis , le dégoût de ceux qu'il sert, pour rendre un véritable service. Monsieur le Prince a plus d'égards pour les ordres de la cour, jusqu'aux occasions qui se présentent : là, il n'écoute que sa valeur, et ne se tient responsable de ses actions qu'à sa gloire.
Pour Monsieur le Prince victorieux , le plus grand éclat de la gloire; pour Monsieur le Prince malheureux, jamais de honte : ce peut être un préjudice aux a0aires , et jamais à sa réputation. La réputation de M. de Turenne est toujours attachée au bien des affaires. Ses actions n'ont rien de particulier qui les distingue , pour être égales et continues : toute sa conduite a moins d'éclat, pour attirer l'applaudissement des peuples, que de solidité pour occuper les réflexions des habiles gens. Tout ce que dit, tout ce qu'écrit , tout ce que fait M. de Turenne, a quelque chose de trop secret pour ceux qui ne sont pas assez péné-
trants. On perd beaucoup de ne le comprendre pas assez nettement; et il ne perd pas moins de n'être pas assez expliqué aux autres. La nature lui a donné le grand sens , la capacité , le fond du mérite, autant qu'à homme du monde ; et lui a dénié ce feu du génie , cette ouverture , cette liberté d'esprit, qui en fait l'éclat et l'agrément. Il faudra le perdre, pour connoître bien ce qu'il vaut, et il lui coûtera la vie, pour se faire une juste et pleine réputation.
La vertu de Monsieur le Prince n'a pas moins de lumière que de force : elle est faneste aux ennemis, qui en ressentent les efiets , et brillante pour ceux qui en tirent les avantages ; mais à dire la vérité, elle a moins de suite et de liaison que celle de M. de Turenne , ce qui m'a fait dire, il y a longtemps, que l'un est plus propre à finir glorieusement des actions, l'autre à terminer utilement une guerre. Dans le cours d'une affaire , on parle plus avantageusement de ce que fait Monsieur le Prince ; l'affaire finie , on jouit plus longtemps de ce que M. de Turenne a fait.
J'ajouterai encore cette différence : M. de Turenne est plus propre à- servir un roi qui lui confiera son armée ; Monsieur le Prince à commander la sienne, et à se donner de la considération par lui-même.
238 OEUVRES MBLEES
APOLOGIB DE MOMSIKUB. LE DUC DE BEAUFORT, CONTEE LA COUR, LA NOBLESSE ET LE PEUPLE^.
Messieurs,
r I j'étois aussi éloquent que ceux qui ont (écrit {)Our la cour ou pour les princes , f vous auriez une belle apologie en faveur ^du duc de Beaufort; mais, n'ayant fait que chasser toute ma vie et jouer à la longue paume avec lui, vous me dispenserez^ s'il vous
i. Je reproduis ici ce petit pamphlet, quoiqu'il ne soit pas ordinairement compris dans les Œuvres de Saint-Evremond. Mais cet ouvrage eut une assez grande célébrité; il est piquant, et Saint-^Eyremond prit à sa rédaction une part qu'il ne désavoua jamais, et qu'on peut constater facilement , tant sa manière y est souvent marquée. D'ailleurs cette satire spirituelle, composée, en quelque sorte , à table , s^vec le duc de Candale , Miosseus, Moret et autres, complète l'idée qu'où doit garder du rôle de Saint-Evremond pendant la Fronde ; M. Girard , qui a laissé une vie du duc d'Epernon , fut , selon des Maizeaux , le secrétaire-rédacteur de cette APOLOGIE. Le duc de Beaufort étôit momentanément réconcilié avec la cour (1650), mais le parti ne l'avoit pas reçu en grâce; l'aventure du jardin de Renard ne pouvoit être si aisément oubliée. Voy, M. de Saint- Aalaire , Hist, delà Fronde ^ X. I, pag« 287, suiv.; et Bazin, t. IV.
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plaît , de la fatigue de réloqueDce , et me permettrez d'aile^ mon grand chemin sans barguigner^.
Pour entrer d'abord en inatière, il me semble qu'il y a trois points en mon discours, aussi bien que dans son Avis. Le premier est de le justifier à Z£i cottr,. qui le croit, dit-on ? mal intentionné; le second, de le rétablir auprès de la noblesse , qui Ta méprisé ; le troisième , de lui redonner f amitié du /?«&//>, qui l'abandonne. Jugez, Messieurs, sij*ai peu de chose à faire et s'il ne seroit pas plus aisé de délivrer les princes et de perdre le cardinal , que de réussir à ce que j'entreprends.
I. Je dis que la cour est tout à fait injurieuse à Monsieur de Beau fort, de croire qu'il a de mauvais sentiments contre elle; et voici comme je raisonne là-dessus. Si Monsieur de Beaufort a voit conservé quelque haine pour la cour , si la réconciliation de Monsieur le cardinal n'étoit pleine de sincérité et de franchise , il se» maintiçndroit en état de lui nuire, ou de s'en garantir : mais, tant s'en faut. Pour ôter tout sujet de crainte et de soupçon, pour établir une entière confiance, il se décrédite exprès dans le Parlement, il s'attire le mépris des honnêtes gens et la haine des peuples. Quelle apparence donc que Monsieur de Beaufort , faisant toutes les choses qui doivent plaire à la cour, ait dessein de la desservir ou de se brouiller avec elle ? m.
Davantage, s'il étoit vrai qu'il voulut entretenir une confédération désavantageuse à l'autorité du roi , il seroit uni avec les Frondeurs , et tous ensemble auroient un même but et les mêmes intérêts ;