‹ Œuvres mêlées de Saint-EvremondChapitre 46 sur 107 · Capitaine des gardes du cardinal Muzarin · texte numérisé non relu

Capitaine des gardes du cardinal Muzarin

VOUS demande si les défiances de Monsieur de Beaufort sont moindres qu'elles n'étoient auparavant. Lorsqu'une personne de qualité le fait appeler et qu'il renvoie ces Messieurs à Commeny*, comme on renvoie des créanciers à un intendant, ne faut-il pas dire que c'est un artifice de la cour? Et n'a-t-on pas imprimé une lettre qui témoigne assez le sentiment qu'il a, dans toutes les affaires qui se présentent ? Il cherche les précautions que lui donnent la défiance; si l'on délibère au Palais -Royal , si l'on délibère à l'hôtel de Montbazon , ils ont tous leur conseil , et dans leur cabinet on résout toutes les affaires d'importance.

J'avoue que le duc de Beaufort a sollicité pour le cardinal ; mais on ne me sauroit denier que c'étoit moins en sa faveur, que contre les princes ; et si vous lui donnez moyen de perdre le cardinal, par les princes, et les princes par le cardinal, il vous aura la dernière obligation. C'est le malheur de la situation où il est, plus que la malice de son naturel, qui lui fait craindre tout le monde et n'aimer personne. La bonté qui se peut conserver, parmi des intérêts si délicats, lui reste encore. Il n'envie point à Monsieur le Prince la confiance qu'il témoigne, au bois de Vincennes*; et comme il peut arriver tel désordre qui feroit tort à sa gloire , il souhaite qu'il finisse promptement ses jours, pour mettre sa réputation à couvert.

Le tempérament du prince de Conti est, à son

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