Tacite, Annal, ^ lib, XVI, cap» xviç-xix. Saint
DE SAINT-EYREMOND. 279
mentir, il faut bien que ç ait été un des plus honnêtes hommes du monde, puisqu'il a obligé un historien si sévère de renoncer à son naturel, et de s'étendre avec plaisir sur les louanges d'un voluptueux. Ce n'est pas qu'une volupté si exquise n'allât autant à la délicatesse de l'esprit qu'à celle du goût. Cet erudito luxu^ cet arbiter elegahtiarum *, est le caractère •d'une politesse ingénieuse, fort éloignée des sentiments grossiers d'un vicieux : aussi n'étoit-il pas si possédé de ses plaisirs, qu'il fût devenu incapable des affaires. La douceur de sa vie ne l'avoit pas rendu ennemi des occupations. Il eut le mérite d'un gouverneur, dans son gouvernement de Bithynie ; la vertu d'un consul, daps son consulat. Mais, au lieu d'assujettir sa vie à sa dignité, comme font la plupart des hommes, et de rapporter là tous ses chagrins et toutes ses joies , Pétrone, d'un esprit supérieur à ses charges , les ramenoit à lui-même ; et pour m'expliquer à la façon de Montaigne, il ne renonçoit pas à l'homme en faveur du magistrat. Pour sa mort, après l'avoir bien examinée, ou je me trompe, ou
Evremond a cru que le Pétrone, dont Tacite parle ici, est Fauteur du Satjrricon; mais Tidentité n'est pas démontrée, et de très-bons critiques en ont nié la vraisemblance. Voy, l'article Pétrone, de la Biogr. univers. i . Expressions de Tacite, loc, cit.
c'est la plus belle de Tantiquité. Dans celle de Caton , je trouve du chagiîn et même de la colère. Le désespoir des affaires de la République , la perte de la liberté , la haine de César, aidèrent beaucoup sa résolution ; et je ne sais si son naturel farouche- n*alla point jusqu'à la fureur, quand il déchira ses entrailles.
Socrate est mort véritablement en homnie sage, et avec assez d'indifférence : cependant il cherchoit à s'assurer de sa condition, en Tautre vie, et ne s en assuroit pas. Il en raisonnoit sans cesse, dans la prisoayavec ses amis, assez foiblement; et pour tout dire, la mort lui fut un objet considérable. Pétrone seul a fait venir la mollesse et la nonchalance dans la sienne. Audiebatque referentes^ nihil de immortalitaté animw et sapientium placitis^ sed lesfiacarminaet faciles versus^ , Il n'a pas seulement continué ses fonctions ordinaires : adonner la liberté à des esclaves , à en faire châtier d'autres; il s'est laissé aller aux choses qui le flattQient, et son âme, au point d'une séparation si fâcheuse, étoit plus touchée de la douceur et de la facilité des vers , que de tous les sentiments des philosophes.
Pétrone, à sa mort, ne nous laisse qu'une \ image de la vie : nulle action , nulle parole ,