‹ Œuvres mêlées de Saint-EvremondChapitre 57 sur 107 · Tacite, loc. cit · texte numérisé non relu

Tacite, loc. cit

nulle circoDStance qui marque Tembairas d'un mourant.. C est pour lui proprement, que mourir est cesser de vivre. Le vixit des Romains lui appartient justement.

II. Je ne suis pas de T opinion de ceux qui croyent que Pétrone a voulu reprendre les vices de son temps, et qu il a composé une Satire avec le même esprit qu'Horace écrivoit les siennes. Je me trompe, ou les bonnes mœurs ne lui ont pas tant d'obligation. C'est plutôt ' un courtisan délicat qui trouve le ridicule, qu un censeur public qui s'attache à blâmer la corruption. Et pour dire vrai, si Pétrone avoit voulu nous laisser une morale ingénieuse, dans la description des voluptés, il auroit tâché de nous en donner quelque dégoût. Mais c'est là que paroît le vice, avec toutes les grâces de l'auteur; c'est là qu'il fait voir avec plus de soin l'agrément et la politesse de son esprit.

Davantage, s'il avoit eu dessein de nous instruire, par voie plus fine et plus cachée que celle des préceptes , pour le moins verrionsnous quelque exemple de la justice divine ou humaine sur ces débauchés. Tant s'en faut, le seul homme de bien qu'il introduit , le pauvre Lycas, marchand de bonne foi, craignant bien les dieux, périt misérablement dans la tempête, au milieu de ces corrompus qui sont conservés. Encolpe et Giton s'attachent l'un avec

Fautre, pour mourir plus étroitement unis ensemble , et la mort n'ose toucher à leurs plaisirs La voluptueuse Tryphène se sauve dans un esquif avec toutes ses hardes. Eumolpe fut si peu ému du danger, qu'il avoit le loisir de faire quelque épigramme. Lycas, le pieux LycasS appelle inutilement les dieux à ^n secours ; et à la honte de leur providence , il paye ici pour tous les coupables. Si Ton voit quelquefois Encolpe dans les douleurs, elles ne lui viennent pas de son repentir. Il a tué son hôte, il est fugitif, il n'y a sorte de crime qu'il n'ait commis. Grâce à la bonté de sa conscience, il vit sans remords; ses larmes,

1. M. Nodot a critiqué cet endroit dans ses notes sur Pétrone ; mais mal à propos. Il a cru que M. de Saint- Evremond appelloit Lycas pieux, à cause que Pétrone Ini donne la qualité de verecundissîmus. Ce n*est point cela. M. de Saint Evremond accuse Pétrone de protéger rimpiété et le vice, pendant qu'il fait opprimer la vertu et la piété ; et il le prouve par l'exemple de Lycas, qui étant le seul dans la tempête qui craignit la colère des dieux, et mît tout en usage pour l'apaiser, fut aussi le seul de la troupe qui périt misérablement. Ce n'est donc que par rapport k ces mouvements de dévotion qu'il Tappeliele^itfiu; Ly^au ; c'est à cause de l'empressement qu'il a de faire rendre le voile et le sistre d'Isis, et des instances réitérées qu'il fait à Encolpe sur ce sujet. Tu, inquit, Encolpi, suceurre perîclitantibus ; idest, çestem illam divinam, sistrumque redde navigio, Per fidem, miserere, quem^ admodum quidem soles. Et illum quîdem vocifcrantem in mare ventus excussit, repetitumque infesto gurgite procella circumegit, atque ImusU. (Des Maizeaux.) Satyr^^ 114.

ses regrets ont une cause bien différente ; il se plaint de TinCdélité de Giton quiTabandonne. Son désespoir est de se l'imaginer dans les bras d'un autre, qui se moque de la solitude où il est réduit. Jacent nunc amatores obligati noctibus totis^ et forsitan mutuis lubidinibus attriti, dérident solitudinem meam.

Tous les crimes lui ont succédé heureusement, à la réserve d'un seul , qui lui a véritablement attiré une punition fâcheuse; mais c'est un péché, pour qui les lois divines et humaines n'ont point ordonné de châtiment. Il avoit mal répondu aux caresses de Circé, et à la vérité son impuissance est la seule faute qui lui a fait de la peine. Il avoue qu'il a failli plusieurs fois; mais qu'il n'a jamais mérité la mort qu'en cette occasion. Enfin, sans m'attacher au détail de toute l'histoire, il retombe dans le même crime, et reçoit le supplice mérité, avec une parfaite résignation. Alors il rentre en luimême, et connoît la colère des dieux :

Hellespontiaci sequitur gravis ira Priapi,

11 se lamente du pitoyable état où il se trouve : faner ata est pars illa corporis, quâ quondam Achilles eram^;el pour recouvrer sa vigueur, il se met entre les mams d'une prêtresse de ce Dieu avec de très-bons sentiments

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