Dans sa comédie héroïque, intitulée : Tite et Bé
RÉHICE.
à une passion éteinte : c'est vouloir que ce prince s'abandonne à Bérénice, comme un fou, lorsqu'il s*en défait, comme un homme sage ou dégoûté.
J'avoue qu'il y a de certains sujets où la bienséance et la raison même favorisent les sentiments de la passion ; et alors la passion le doit emporter sur le caractère. Horace veut qu'on représente Achille agissant, colère, inexorable, croyant que les lois n'ont pas été faites pour lui, et ne connoissant que la force pour tout droit en ses entrej)rises * ; mais c'est dans son naturel ordinaire qu'on le doit dépeindre ainsi. C'est le caractère qu'Homère lui donne, lorsqu'il dispute sa captive à Âgamemnon; cependant, ni Homère ni Horace n'ont pas voulu éteindre l'humanité dans Achille; et Euripide a eu tort de lui donner si peu d'amour pour Iphigénie, sur le point qu'elle devoit être sacrifiée. Le sacrificateur étoit touché de compassion, et l'amant paroît comme insensible : s'il a de la colère, il la trouve dans son naturel ; son cœur ne lui fournit rien pour Iphigénie. On m'avouera que l'humanité demandoit de la pitié; que la nature, que la bienséance . même exigeoient de la tendresse; et tous les gens de bon goût blâmeront le poëte d'avoir
i. HoRAT., de Ârte Poet., v. 120 à 122, Orelli.
trop considéré le caractère, lorsqu'il falloit avoir de grands égards pour la passion. Mais, quand une passion est connue généralement de tout le monde, c'est là qu'il faut donner le moins qu'on peut au caractère.
En efiet, si vous aviez à dépeindre Antoine depuis qu'il fut abandonné à son amour, vous ne le dépeindriez pas avec les belles qualités que la nature lui avoit données. Antoine, amoureux de Cléopâtre, n'est pas l'Antoine ami de César. D'un homme brave, audacieux, entreprenant, il s'en est fait un foible, mou et paresseux; d'un homme qui n'avoit manqué en rien, ni à son intérêt, ni à son parti, il s'en est fait un qui s'est manqué à lui-même, et qui s'est perdu.
Horace, que j'ai aflégué, forme un caractère de la vieillesse, qu'il nous prescrit de garder fort soigneusement. Si nous avons quelque vieillard à représenter, il veut que nous le dépeignions amassant du bien, et s'abstenant de celui qu'il peut avoir amassé; que nous le dépeignions froid, timide, chagrin, peu satisfait du présent, et grand donneur de louanges à tout ce qu'il a vu dans sa jeunesse*. Mais, si vous avez à représenter un vieillard fort amoureux, vous ne lui donnerez ni froideur, ni