II. LIVRE DES AMOURS
Si est-ce que ce Livre immortel apprendra
Aux hommes, et au temps, et à la renommée
Que je vous ay six ans plus que mon cœur aimée.
Cesse tes pleurs, mon livre : il n'est pas ordonné Du destin, que moy vif tu sois riche de gloire : Avant que l'homme passe outre la rive noire, L'honneur de son travail ne luy est point donné.
Quelqu'un après mille ans de mes vers estonné Viendra dedans mon Loir, comme en Permesse, boire Et voyant mon pays, à peine pourra croire Que d'un si petit champ Ronsard se vante né.
Pren mon livre, pren cœur : la vertu précieuse » De l'homme, quand il vit, est tousjours odieuse : » Mais après le trespas chacun le pense un Dieu.
>> La rancœur nuit tousjours à ceux qui sont en vie » Sur les vertus d'un mort elle n'a plus de lieu, » Et la postérité rend l'honneur sans envie.