SUR LA MORT DE MARIE CHANSON
Helas ! je n'ay pour mon objet Qu'un regret, qu'une souvenance :
La terre embrasse le sujet, En qui vivoit mon espérance.
Cruel tombeau, je n'ay plus rien.
Tu as desrobé tout mon bien, Ma mort, et ma vie, L'amant et l'amie, Plaints, souspirs, et pleurs, Douleurs sus douleurs.
Que ne vov-je, pour languir mieux, Et pour vivre en plus longue peine, Mon cœur en souspirs, et mes yeux Se changer en une fonteine, Mon corps en voix se transformer, Pour souspirer, pleurer, moramer Ma mort, et ma vie, L'amant et l'amie, Plaints, souspirs, et pleurs, Douleurs sus douleurs.
Ou je voudrois estre un rocher, Et avoir le cœur insensible, Ou esprit, afin de cercher Sous la terre mon impossible :
J'irois sans crainte du trespas Redemander aux Dieux d'embas Ma mort, et ma vie.
Mais ce ne sont que fictions :
Il me fault trouver autres plaintes.
Mes véritables passions Ne se peuvent servir de feintes.
Le meilleur remède en cecy, C'est mon forment et mon soucv, Ma mort, et ma vie.