II. LIVRE DES AMOURS
La mesme beauté qu'elle avoit, La mesme Venus, et la grâce, Le mesme Amour qui la suivoit, En terre apparoist en sa face, Fors que ses yeux sont plus ardans, Où plus à clair je voy dedans Ma mort, et ma vie.
Elle a les mesmes beaux cheveux, Et le mesme trait de la bouche, Dont le doux ris, et les doux nœuds Eussent lié le plus farouche :
Le mesme parler, qui souloit Mettre en doute, quand il vouloit Ma mort, et ma vie.
Puis d'un beau jour qui point ne faut, Dont sa belle ame est allumée, Je la voy retourner là haut Dedans sa place accoustumée, Et semble aux anges deviser De ma peine, et favoriser Ma mort, et ma vie.
Chanson, mais complainte d'amour, Oui rends de mon mal tesmoignage, Fuy la court, le monde, et le jour :
Va-t'en dans quelque bois sauvage, Et de là ta dolente vois Annonce aux rochers, et aux bois
Ma mort, et ma vie, L'amant et l'amie, Plaints, souspirs, et pleurs, Douleurs sus douleurs.