HELENE
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Soit qu'un sage amoureux, ou soit qu'un sot me lise, Il ne doit s'esbahir, voyant mon chef grison, Si je chante d'amour : volontiers le tison Cache un germe de feu sous une cendre grise.
Le bois verd à grand peine en le souflant s'attise, Le sec sans le soutier brusle en toute saison. La Lune se gaigna d'une blanche toison, Et son vieillard Thiton l'Aurore ne mesprise.
Lecteur, je ne veux estre escolier de Platon, Oui la vertu nous presche, et ne fait pas de mesme : Ny volontaire Icare, ou lourdaut Phaëton,
Perduz pour attenter une sottise extrême : Mais sans me contrefaire ou Voleur, ou Charton, De mon gré je me noyé, et me brusle moymesme.
Afin qu'à tout jamais de siècle en siècle vive La parfaite amitié que Ronsard vous portoit, Comme vostre beauté la raison luy ostoit, Comme vous enlassez sa liberté captive :
Afin que d'âge en âge à noz neveux arrive, Que toute dans mon sang vostre figure estoit, Et que rien sinon vous mon cœur ne souhaitoit, Je vous fais un présent de ceste Sempervive.
Elle vit longuement en sa jeune verdeur. Long temps après la mort je vous feray revivre, Tant peut le docte soin d'un gentil serviteur.
Qui veut, en vous servant, toutes vertus ensuivre. Vous vivrez (croyez moy) comme Laure en grandeur, Au moins tant que vivront les plumes et le livre.
Amour, qui as ton règne en ce monde si ample, Vov ta gloire et la mienne errer en ce jardin : Voy comme son bel œil, mon bel astre divin, Reluist comme une lampe ardente dans un Temple :
Voy son corps, des beautez le portrait et l'exemple, Qui ressemble une Aurore au plus beau d'un matin : Voy son esprit, seigneur du Sort et du Destin, Qui passe la Nature, en qui Dieu se contemple.
Regarde la marcher toute pensive à soy, T'emprisonner de fleurs, et triompher de toy, Pressant dessous ses pas les herbes bienheureuses.
Voy sortir un Printemps des rayons de ses yeux : Et voy comme à l'envy ses flames amoureuses Embellissent la terre, et serenent les Cieux.
Tandis que vous dansez et ballez à vostre aise, Et masquez vostre face ainsi que vostre cœur, Passionné d'amour, je me plains en langueur, Ores froid comme neige, ores chaut comme braise.
Le Carnaval vous plaist : je n'ay rien qui me plaise Sinon de souspirer contre vostre rigueur, Vous appeller ingrate, et blasmer la longueur Du temps que je vous sers sans que mon mal s'appaise.
Maistresse, croyez moy, je ne fais que pleurer, Lamenter, souspirer, et me désespérer :
Je désire la mort, et rien ne me console.
Si mon front, si mes yeux ne vous en sont tesmoins, Ma plainte vous en serve, et permettez au moins Qu'aussi bien que le cœur je perde la parole.
N'oubliez, mon Hélène, aujourdhuy qu'il faut prendre Des cendres sur le front, qu'il n'en faut point chercher
Autre part qu'en mon cœur, que vous faites seicher, Vous riant du plaisir de le tourner en cendre.
Quel pardon pensez vous des Célestes attendre? Le meurtre de voz yeux ne se sçauroit cacher : Leurs rayons m'ont tué, ne pouvant estancher La playe qu'en mon sang leur beauté fait descendre.
La douleur me consomme ; ayez de moy pitié. Vous n'aurez de ma mort ny profit ny louange : Cinq ans méritent bien quelque peu d'amitié.
Vostre volonté passe, et la mienne ne change. Amour, qui voit mon cœur, voit vostre mauvaistié : Il tient l'arc en la main, gardez qu'il ne se vange.