ODE XXV A CHARLES DE P1SSELEU
D'où vient cela (Pisseleu) que les hommes De leur nature aiment le changement, Et qu'on ne voit en ce monde où nous sommes Un seul qui n'ait un divers jugement ?
L'un esloigné des foudres de la guerre Veut par les champs son âge consumer A bien poitrir les mottes de sa terre Pour de Cerés les presens y semer :
L'autre au contraire, ardant, aime les armes, Si qu'en sa peau ne sçauroit séjourner Sans bravement attaquer les alarmes, Bien qu'au logis n'en puisse retourner.
Qui le Palais de langue mise en vente Fait esclater devant un Président, Et qui piqué d'avarice suivante Franchit la mer de l'Inde à l'Occident.
L'un de l'amour adore l'inconstance, L'autre plus sain ne met l'esprit, sinon
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Au bien public, aux choses d'importance, Cerchant par peine un perdurable nom.
L'un suit la Court et ses grands Dieux ensemble, Si que sa teste au ciel semble toucher : L'autre les fuit, et est mort ce luy semble, S'il voit le Roy de son toict approcher.
Le pèlerin à l'ombre se délasse, Ou d'un sommeil le travail adoucit, Ou resveillé, avec la pleine tasse Des jours d'Esté la longueur accourcit.
Qui devant l'aube accourt triste Du Conseiller, et là faisant maint tour Le sac au poing, attend que Monsieur sorte Pour luy donner humblement le bon-jour.
Icy cestuy de la sage Nature Les faits divers remasche en y pensant, Et cestuy-là par la lineature Des mains prédit le malheur menassant.
L'un allumant ses vains fourneaux, se fonde Dessus la pierre incertaine : et combien Que l'invoqué Mercure ne responde, Soufle en deux mois le meilleur de son bien.
L'un grave en bronze, et dans le marbre à force Veut le labeur de Nature imiter :
Des corps errans l'Astrologue s'efforce Oser par art le chemin limiter.
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Mais tels estats les piliers de la vie Ne m'ont point pieu, et me suis tellement Esloigné d'eux, que je n'eus onq envie D'abaisser l'œil pour les voir seulement.
L'honneur sans plus du verd Laurier m'agrée, Par luy je hay le vulgaire odieux :
Voila pourquov Euterpe la sacrée M'a de mortel fait compagnon des Dieux.
La belle m'aime, et par ses bois m'amuse, Me tient, m'embrasse, et quand je veux sonner, De m'accorder ses flûtes ne refuse, Ne de m'apprendre à bien les entonner.
Dés mon enfance en l'eau de ses fontaines Pour Prestre sien me plongea de sa main, Me faisant part du haut honneur d'Athènes, Et du sçavoir de l'antique Romain.