ODE XXVI A ANTOINE CHASTEIGNER
Ne s'efïroyer de chose qui arrive,
Ne s'en fascher aussi, Rend l'homme heureux, et fait encor qu'il vive
Sans peur ne sans souci.
Comme le temps vont les choses mondaines Suivant son mouvement :
Il est soudain, et les saisons soudaines Font leurs cours brévement.
Dessus le Nil jadis fut la science,
Puis en Grèce elle alla :
Rome depuis en eut l'expérience,
Paris maintenant l'a.
» Villes, et forts, et royaumes périssent
» Par le temps tout exprès, » Et donnent lieu aux nouveaux qui fleurissent
» Pour remourir après.
» Comme un Printemps les jeunes enfans croissent,
» Puis viennent en Esté, » L'Hyver les prend, et plus ils n'apparoissent
» Cela qu'ils ont esté.
Naguère estoient dessus la sèche arène
Les poissons à l'envers, Puis tout soudain l'orgueilleux cours de Sene
Les a de flots couvers.
La mer n'est plus où elle souloit estre,
Et aux lieux vuides d'eaux (Miracle estrange) on la luy a veu naistre
Hospital de bateaux.
Telles loix feit Dame Nature guide,
Lors que par-sur le doz Pyrrhe sema dedans le monde vuide
De sa mère les oz :
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A celle fin que nul homme n'espère
S'oser dire immortel, Voyant le Temps qui est son propre père,
N'avoir rien moins de tel.
Arme toy donc de la Philosophie
Contre tant d'accidans, Et courageux d'elle te fortifie
L'estomac au dedans,
N'ayant effroy de chose qui survienne
Au devant de tes yeux, Soit que le ciel les abysmes devienne,
Et l'abvsme les cieux.