ODELETTE XVIII
Les espics sont à Cerés, Aux Chévrepieds les forés, A Chlore l'herbe nouvelle,
A Phœbus le verd Laurier,
A Minerve l'Olivier,
Et le beau Pin à Cybelle :
Aux Zephires le doux bruit, A Pommone le doux fruit, L'onde aux Nymphes est sacrée, A Flore les belles fleurs :
Mais les soucis et les pleurs Sont sacrez à Cytherée.
ODE XIX
Le petit enfant Amour Cueilloit des fleurs à l'entour D'une ruche, où les avettes Font leurs petites logettes.
Comme il les alloit cueillant, Une avette sommeillant Dans le fond d'une fleurette, Luy piqua la main douillette.
Si tost que piqué se vit, Ah ! je suis perdu (ce dit) Et s'en-courant vers sa mère Luy monstra sa playe amere.
Ma mère voyez ma main, Ce disoit Amour tout plein De pleurs, voyez quelle enflure M'a fait une esgratignure.
Alors Venus se sou-rit, Et en le baisant, le prit, Puis sa main luy a souflée Pour guarir sa playe enflée.
Oui t'a, dy mov, faux garçon Blessé de telle façon ?
Sont-ce mes Grâces riantes De leurs aiguilles poignantes ?
Nenny, c'est un serpenteau, Qui vole au Printemps nouveau Avecque deux ailerettes Çà et là sus les fleurettes.
Ah ! vrayment je le cognois (Dit Venus) les villageois De la montagne d'Hvmette Le surnomment Melissete.
Si donques un animal Si petit fait tant de mal, Quand son halesne espoinçonne La main de quelque personne.
Combien fais-tu de douleur Au pris de luy, dans le cœur De celuy en qui tu jettes Tes amoureuses sagettes ?
ODE XXIIII
Dieu vous gard messagers fidelles Du Printemps vistes arondelles,
Huppes, coquus, rossignolets, Tourtres, et vous oiseaux sauvages Oui de cent sortes de ramages Animez les bois verdelets.
Dieu vous gard belles pâquerettes.
Belles roses, belles fleurettes, Et vous boutons jadis cognus Du sang d'Ajax et de Narcisse :
Et vous thyn, anis, et mélisse, Vous soyez les bien revenus.
Dieu vous gard troupe diaprée Des papillons, qui par la prée Les douces herbes suçotez :
Et vous nouvel essain d'abeilles, Qui les fleurs jaunes et vermeilles De vostre bouche baisotez.
Cent mille fois je re-saluë Vostre belle et douce venue.
O que j'aime ceste saison Et ce doux caquet des rivages, Au pris des vents et des orages Oui m'enfermoient en la maison.
ODE XXV
Bel Aubepin fleurissant.
Verdissant Le long de ce beau rivage,
Tu es vestu jusqu'au bas
Des longs bras
D'une lambrunche sauvage.
Deux camps de rouges fourmis Se sont mis
En garnison sous ta souche :
En ton pied demy-mangé Allongé Les avettes ont leur couche.
Le chantre Rossignolet Nouvelet,
Courtisant sa bien-aimée, Pour ses amours alléger Vient loger Tous les ans en ta ramée.
Sur ta cime il fait son ny Tout uny
De mousse et de fine soye, Où ses petits esclorront, Qui seront De mes mains la douce proye.
Or vy gentil Aubepin, Vy sans fin,
Vy sans que jamais tonnerre.
Ou la coignée, ou les vens, Ou les temps Te puissent ruer par terre.
ODE XXVI
Du grand Turc je n'ay souci, Ny du grand Souldan aussi :
L'or ne maistrise ma vie, Aux Rois je ne porte envie :
J'ay soucy tant seulement De parfumer cointement Ma barbe, et qu'une couronne De fleurs le chef m'environne.
Le soin de ce jour me point, Du demain je n'en ay point.
Oui (bons Dieux!) pourroit cognoistre Si un lendemain doit estre ?
Vulcan, en faveur de moy, Je te pri' despesche toy De me tourner une tasse, Oui de profondeur surpasse Celle du vieillard Nestor :
Je ne veux qu'elle soit d'or, Sans plus fay la moy de chesne, Ou de lhyerre, ou de fresne.
Ne m'engrave point dedans Ces grands panaches pendans, Plastrons, morions, ny armes :
Qu'ay-je soucy des alarmes, Des assaux, ou des combas?
Aussy ne m'y grave pas Nv le Soleil, nv la Lune, Ny le jour, ny la nuict brune, Ny les Astres radieux :
Et quel soin ay-je des cieux ?
De leurs Ours, de leur Charrette, D'Orion, ou de Boette ?
Mais pein moy je te supply, D'une treille le reply Non encore vendangée :
Peins une vigne chargée De grappes et de raisins, Peins y des fouleurs de vins, Le nez et la rouge trongne D'un Silène, et d'un yvrongne.