‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 21 sur 75 · HO L EMP1RI-: KNOUTC-GERMANIQUE · texte numérisé non relu

HO L EMP1RI-: KNOUTC-GERMANIQUE

chrétien quatre classes qui correspondent aux castes de l'antiquiié, mais qui nous apparaissent toutefois modifioes par l'esprit nouveau : la classe des prêtres, non lîcre'ditaire celte fois, mais se recrutant indifféremment dans toutes les classes; la classe héréditaire des seigneurs féodaux, les guerriers; celle de la bourgeoisie des villes, correspondant au peuple libre de l'antiquité ; et enfin la classe des serfs, les paysans taillables et corvéables à merci, remplaçant les esclaves, avec cette différence énorme qu'on ne les considère plus comme des choses, mais comme des êtres humains doués d'une âme immortelle, ce qui n'empêche pas les seigneurs de les traiter comme s'ils n'avaient [soi pas du tout d'âme.

En outre, nous trouvons dans la société chrétienne un fait nouveau : la séparation désormais inévitable de l'Eglise et de l'Etat. Cette séparation fut la conséquence naturelle du principe international, universellement humain {inhumain, jnais divin), du christianisme. Tant que les cultes et les dieux étalent exclusivement nationaux, ils pouvai«nt, ils devaient même se fondre avec les Etats nationaux. Mais du moment que l'Eglise avait pris ce caractère d'universalité, la réalisation de l'Etat universel étant matériellement impossible (e/;?OMr/a«/ il ne devrait y avoir rien d'impossible pour Dieu/)^ il a bien fallu que l'Eglise souffrît en dehors d'elle l'existence et l'organisation d'Etats nationaux, soumis naturellement à sa direction suprême et n'ayant droit d'exister |2o: qu'autant qu'elle les avait sanctionnés,

mais ayant tout de même une existence se'pare'e de la sienne. De là la lutte historiquement nécessaire entre deux institutions e'galement divines, entre l'Eglise et l'Etat; l'Eglise ne voulant reconnaître aucun droit à \-2o:i l'Etat qu'autant que ce dernier s'inclinait devant la suprématie de l'Eglise, et l'Etat proclamant, au contraire, qu'institué par Dieu même, aussi bien que l'Eglise, il ne de\ait relever que de Dieu.

\îùi Dans celte lutte des Etats contre l'Eglise, la concentration de la puissance de l'Etat, représentée par la royauté, s'appuyait principalement sur les masses populaires plus ou moins asservies par les seigneurs féodaux, sur les serfs des campagnes en partie, mais surtout sur le peuple des villes, sur la bourgeoisie naissante et sur les corporations ouvrières; tandis que l'Eglise trouvait des alliés très intéressés dans les seigneurs féodaux, ennemis naturels de la puissance centralisatrice de la royauté et partisans de la dissolution de l'unité nationale, de la dissolution de l'Etat. De cette triple lutte, religieuse, politique et sociale à la fois, naquit le protestantisme.

Le triomphe du protestantisme eut non seulement pour conséquence la séparation de l'Eglise et de l'Etat, mais encore, dans beaucoup de pays, même catholiques, l'absorption réelle de l'Eglise dans l'Etat, et par conséquent la formation des Etats monarchiques absolus, la naissance du despotisme moderne. Tel fut le caractère que prirent, à

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partir de la seconde moiiié du dix-septième siècle, toutes les monarchies sur le continent de l'Europe.

A mesure que le pouvoir séparé de l'Eglise et l'indépendance féodale des seigneurs s'absorbèrent dans le droit suprême de l'Etat mioderne, le servage tant collectif qu'individuel des classes populaires, bourgeoisie, corporations ouvrièreset paysans y compris, dut nécessairement disparaître aussi, faisant progressivement place à l'établissement de la liberté civile de tous les citoyens, ou plutôt de tous les sujets de l'Etat [ce qui veut dire I265 que le despotisme plus puissant^ mais non moins brutal, et par conséquent plus systématiquement écrasant, de l'Etat succède à celui des seigneurs et de l'Eglise).

L'Eglise et la noblesse féodale, en s'absorbant dans l'Etat, en devinrent les deux corps privilégiés. L'Eglise tendit à se transformer de plus en plus en un instrument précieux de gouvernement non plus contre les Etats, mais au sein même et au profit exclusif des Etats. Elle reçut désormais de l'Etat l'importante mission de diriger les consciences, d'élever les esprits et de faire la police des âmes, non plus autant pour la gloire de Dieu que pour le bien de l'Etat. La noblesse, après avoir perdu son indépendance politique, devint courtisane de la monarchie et, favorisée par elle, s'empara du monopole du service de l'Etat, ne connaissant désormais d'autre loi que le bon plaisir du monarque. Eglise et aristocratie opprimèrent désormais les peuples non en leur

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propre nom, mais au nom et par la touie-puissance de l'Etat (*).

(*) C'est précisément dans celte situation que se trouvent encore aujourd'hui l'Eglise et la noblesse en Allemagne. Ont également tort ceux qui parlent de l'Allemagne comme d'un pays féodal et ceux qui en parlent comme d'un Etat moderne : elle n'est ni féodale, ni tout à fait moderne. Elle n'est plus féodale, puisque la noblesse y a perdu depuis longtemps toute puissance séparée de l'Etat, et jusqu'au souvenir de son ancienne indépendance politique. Les derniers vestiges de la féodalité, représentés par les nombreux souverains de l'Allemagne, membres de la défunte Confédération germanique, vont disparaître bientôt. La Prusse est devenue très puissante et elle a bon appétit. Elle n'a fait qu'un déjeuner de ce pauvre roi de Hanovre, tous les | 266 autres ensemble lui fourniront le dîner. Quant à la noblesse allemande, elle ne demande pas mieux que d'être asservie et que de servir. En la voyant faire, on dirait qu'elle n'a jamais fait d'autre métier. Laquais de grande maison, de maison princière si l'on veut, voilà sa nature. Elle en a la subordination, le zèle, l'arrogance, la passion. En retour de ces dispositions admirables, elle administre et gouverne toute l'Allemagne. Prenez l'almanach de Gotha, et voyez combien, parmi cette foule innombrablede fonctionnaires militaires et civils qui font la puissance et l'honneur de l'Allemagne, il y a de bourgeois? A peine un sur vingt ou sur trente. Si donc l'Etat moderne signifie un Etat gouverné par les bourgeois, l'Allemagne n'est point moderne. Sous le rapport du gouvernement, elle en est encore au dix-huitième et au dixseptième siècle. Elle n'est moderne qu'au point de vue économique; sous ce rapport, en Allemagne comme partout, ce qui domine, c'est le capital bourgeois. La noblesse allemande ne représente plus de système économique distinct de celui de la bourgeoisie. Ses rapports féodaux avec la terre et avec les travailleurs de la terre, fortement ébranlés par les réformes mémorables du baron de Stein en Prusse, ont été en plus grande partie emportés par les agitations politiques de i83o et par la tourmente révolutionnaire de 1848 surtout. Il n'y a plus que le Mecklenburg, je pense, où ils se soient conservés, à moins qu'on ne veuille tenir compte de quelques majorais qui se maintiennent encore dans quelques grandes familles princières, etqui ne peuventmanquer dedisparaître bientôt devantla toutepuissance envahissante du capital bourgeois. Contre cette

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