‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 23 sur 75 · PRÉCÉDÉ DU CONTENU DES FEUILLETS 82-IO4 DE CE MÊME MANUSCRIT · texte numérisé non relu

PRÉCÉDÉ DU CONTENU DES FEUILLETS 82-IO4 DE CE MÊME MANUSCRIT

La rédaction des feuillets 82-256 du manuscrit primitif

— feuillets restés inédits jusqu'à ce jour —

a été faite en novefubre et décembre iSjo.

A la suite de la seconde livraison de L'Empire knoulogermanique, je place le contenu des feuillets 82-256 du manuscrit primilify feuillets écrits en novembre et décembre 1870. Lorsque Bakounine, revenant à son plan original, eut donné pour continuation aux 80 premiers feuillets de son manuscrit la suite écrite du 22 janvier au 1 5 avril 1871, il décida en même temps de placer, à la fin de L'Empire knoiilo-germanique , comme un Appendice, les pages de philosophie dont la rédaction avait précédé celle de la continuation définitive de cet ouvrage. En conséquence, pour me conformer à l'intention de l'auteur, j'imprime ici les Considérations philosophiques sur le fantôme divin, sur le monde réel et sur l'homme (feuillets 105-256 du manuscrit primitif); et je les fais précéder des feuillets 82-104 ^^ ce môme manuscrit, feuillets par lesquels l'Appendice est rattaché au manuscrit de L Empire knoulo- germanique, dont il se trouve faire partie intégrante.

Considérations philosophiques

SUR LE Fantôme divin, sur le Monde réel

ET SUR l'Homme

Précédé du contenu des feuillets 82-104 (']•

|g2 ("^) La Révolution d'ailleurs n'est ni vindicative, ni sanguinaire. Elle ne demande ni la mort, ni

(i) Les Considérations philosophiques, comme l'explique l'Avertissement, ne commencent qu'avec le feuillet io5du manuscrit; mais il était nécessaire d'imprimer aussi la portion de ce manuscrit qui précède ces Considérations , c'est-à-dire les feuillets 82-104. — J. G.

(2) Avant l'alinéa commençant par les mots a La Révolution d'ailleurs... », le haut du feuillet 82 de ce fragment de manuscrit ('82-256) est occupé par quatre lignes, bifl'ées, fin d'un chapitre dont la conclusion se retrouve, plus étendue, aux feuillets 81 nouveau et 82 nouveau du grand manuscrit (voir L'Empire knouto- germanique, pages 384-386 de la réimpression, tome 11 des Œuvres). Voici ces lignes biffées, dont les trois dernières ont été reproduites presque textuellement par l'auteur au feuillet 82 de la dernière rédaction (page 386, lignes i3-i6, tome II des Œuvres) :

o ...malgré toutes leurs antipathies, opter pour la Révolution. Et ne seront-ils pas des traîtres eux-mêmes, si, par haine de la Révolution, ils livrent ou au moins laissent livrer la France aux Prussiens ? »

Un filet sépare ces quatre lignes de l'alinéa qui les suit et

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même la transportation en masse, ei pas même individuelle, de toute cette tourbe bonapartiste qui, arme'e de moyens puissants, et beaucoup mieux organisée que la Re'publique elle-même, conspire ouvertement contre cette République, contre la France. Elle ne demande que Temprisonnement de tous les bonapartistes, par simple mesure de sûreté générale ^ jusqu'à la fin de la guerre, et jusquà ce que ces coquins et ces coquinesaient dégorgé les neuf dixièmes au moins des richesses qu'ils ont volées à la France. Après quoi, elle leur permettrait de s'en aller en toute liberté où ils veulent, en laissant même quelques mille livres de rente à chacun afin qu'ils puissent nourrir leur vieillesse et leur honte. Vous le voyez, ce serait une mesure nullement cruelle, mais très efficace, au plus haut degré juste, et absolument nécessaire au point de vue du salut de la France.

La Révolution, depuis qu'elle a revêiu le caractère socialiste, a cessé d'être sanguina re et cruelle. Le peuple n'est point du tout cruel, ce sont les classes privilégiées qui le sont. Par moments il se lève, furieux de toutes les tromperies, de toutes les

qui commence un autre chapitre. Mais, tP.nJis que dans la dernière rédaction, cet alinéa (emprunté au manuscrit de Marseille) commence par les mots : « Voici bientôt un mois que le régime impérial, renversé par les baïonnettes prussiennes, a croulé dans la boue... », début d'une longueinvective adressée aux hommes du régime bonapartiste, l'alinéa de la première rédaction : « La Révolution d'ailleurs n'est ni vindicative ni sanguinaire... » conduit le lecieurdans un a-jire ordre d'idées. — J. G.

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vexations, de toutes les oppressions et tortures dont il est la victime, et alors il s'élance comme un taureau enragé, ne voyant plus rien devant lui et brisant tout sur son passage. Mais ce sont des moments très rares et très courts. Ordinairement il est bon et humain. Il souffre trop lui-même pour ne po'nt compatir aux souffrances. Souvent, hélas! trop souvent, il a servi d'instrument à la fureur systématique des classes privilégiées. Toutes ces idées nationales, religieuses et politiques pour lesquelles 133 il a versé son propre sang et le sang de ses frères, les peuples étrangers, n'ont jamais servi que les intérêts de ces classes, et ont toujours tourné en nouvelle oppression et exploitation contre lui. Dans toutes les scènes furieuses de l'histoire de tous les pays, où les masses populaires, enragées jusqu'à la frénésie, s'entre-détruisirent, vous retrouverez toujours, derrière ces masses, des agitateurs et des directeurs appartenant aux classes privilégiées : des officiers, des nobles, des prêtres ou des bourgeois. Ce n'est donc pas dans le peuple, c'est dans les instincts, dans les passions et dans les institutions politiques et religieuses des classes privilégiées, c'est dans l'Eglise et dans l'Etat, c'est dans leurs lois et dans l'application impitoyable et inique de ces lois, qu'il faut chercher la cruauté et la fureur froide, concentrée et systématiquement organisée.

J'ai montré la fureur des bourgeois en 1848. Les fureurs de 1792, 1793 et 1794 furent également, exclusivement, des fureurs bourgeoises. Les fameux

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massacres d'Avignon (octobre 1791), qui ouvrirent l'ère des assassinats politiques en France, furent dirige's et aussi exécutés en partie, d'un côté, par les prêtres, les nobles, et, de l'autre, par des bourgeois. Les tueries de la Vendée, exécutées par des paysans, furent également commandées par la réaction de la noblesse et de l'Eglise coalisées. Les ordonnateurs des massacres de Septembre furent tous, sans exception, des bourgeois, et ce qu'on connaît moins, c'est que les initiateurs de l'exécution elle-même, la majorité des massacreurs principaux, appartinrent également à cette classe (*). Collot d'Herbois, Panis, l'a-

(*) Pour le prouver, je cite le témoignage de M. Michelct ;

«On eût pu fort aisément massacrer les prisonniers dans leur prison : mais la chose neût pu être présentée alors comme un acte I S4 spontané du pcupU. Il fallait qu'il y eût une apparence de hasard; s'ils avaient fait la route à pied, le hasard eût servi plus vite l'intention des massacreurs; mais ils demandèrent des fiacres. Les vingt-quatre prisonniers se placèrent dans six voitures ; cela les protégeait un peu. 11 fallait que les massacreurs trouvassent moyen ou d'irriter les prisonniers à force d'outrages, au point qu'ils perdissent patience, s'emportassent, oubliant le soin de leur vie, parussent avoir provoqué, mérité leur malheur; ou bien encore, il fallait irriter le peuple, soulever s.i fureur contre les prisonniers ; c'est ce qu'on essaya de faire d'abord- La procession lente des six fiacres eut tout le caractère d'une cruelle exhibition : « Les voilà », criaient les massacreurs; « les voilà, les traîtres! ceux qui ont livré Verdun, a ceux qui allaient e'gorger vos femmcsetvos enfants... Allons, « aidez-nous, tuez-les! »

« Cela ne réussissait point. La foule s'irritait, il est vrai, aboyait autour, mais n^afçtssait pas. On n'obtint aucun résultat le long du quai, ni dans la traversée du l'ont-Neuf, ni dans la rue Dauphine. On arrivait au carrefour I3uci, prés de l'Abbaye, sans avoir pu lasser la patience des prisonniers, ni décider le peuple à mettre la main sur eux. On allait entrer en prison, il n'y avait pas de temps à perdre. Si on les tuait, arrivés, sans que la chose fût préparée par quelque démonstration quasi-

dorateur de Robespierre,] §4 Chaumette, Bourdon, Fouquier-Tinville, cette personnification de l'hypo-

populaire, il allait devenir visible quHls périssaient par ordre et du fait de Vautorité. Au carrefour, où se trouvait dressé le théâtre des enrôlements, il y avait beaucoup d'encombrement, une grand-- foule. Là, les massacreurs, profitant de la confusion, prirent leur parti, et commencèrent à lancer des coups de sabre et des coups de pique tout au travers des voitures. Un prisonnier qui avait une canne, soit instinct de défense, soit mépris pour ces misérables qui frappaient des gens désarmés, lança à l'un d'eux un coup de canne au visage. Il fournit ainsi le prétexte qu'on attendait. Plusieurs lurent tués dans les voitures mêmes, d'autres en descendant à la cour de l'Abbaye... Ce fut le premier massacre. . .

« Le massacre continuait à l'Abbaye. Il est curieux de savoir quels étaient les massacreurs ?

« Les premiers, nous l'avons vu, avaient été des fédérés marseillais, avignonnais et autres du Midi, auxquels se joignirent, si l'on en croit la tradition, quelquesgarçons | 85 bouchers, quelques gens de rudes métiers, de jeunes garçons surtout, des gamins déjà robustes et en état de mal faire, des apprentis qu'on élève cruellement à force de coups, et qui, en de pareils jours, le rendent au premier venu ; il y avait entre autres un petit perruquier qui tua plusieurs hommes de sa main.

« Toutefois, Venquêtc qui se fit plus tard contre les septembriseurs lie mentionne ni l'une, ni Vautre de ces deux classes, ni les soldats du Midi, ni la tourbe populaire, qui, sans doute, s'étant écoulée, ne pouvait plus se trouver. Elle désigne uniquement des gens établis sur lesquels on pouvait remettre la main, en tout cinquante trois personnes du voisinage, ;7/-c'S^«e tous marchands de la rue Sainte-Marguerite et des rues voisines. J'is soit de toutes professions : horloger, limonadier, charcutie>', fruitier, savetier, layetier, boulanger, etc. Il n'y a qu'un seul boucher établi. 11 y a plusieurs tailleurs, dont deux allemands ou peut-être alsaciens.

a Si l'on en croit cette enquête, ces gens se seraient vantés non seulement d'avoir tué un grand nombre de prisonniers, mais d'avoir exercé sur les cadavres des atrocités etïroyables.

t Ces marchands des environs de l'Abbaye, voisins des Gordeliers, de Marat, et sans doute ses lecteurs habituels, étaientils une élite de maratistes que la Commune appela pour com-

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crisie révolutionnaire et de la guilloiine, Carrier, le noyeur de Nantes, tous ces gens-là furent des bour-

promettre la garde nationale dans le massacre, le couvrir de l'uniforme bourgeois, empêcher que la grande masse de la garde nationale n'intervint pour arrêter l'ellusion de sang? Cela n'est pas invraisemblable.

• Cepen-iant il n'est p^js absolument nécessaire de recourir à cette hypothèse. Us déclarèrent eux-mêmes, dans l'enquête, que les prisonniers les insultaient, les provoquaient tous les jours à travers les grilles, qu'ils les menaçaient de l'arrivée des Prussiens et des punitions qui ks attendaient.

(I La plus cruellt, déjà on la ressentait : c'était la cessation absolue du commerce, les faillites, la fermeture des boutiques, la ruine et la faim, la mort de Paris. L'ouvrier supporte souvent

MIELX L* FaIM que LE BUTIQUIER LA FULLITE. Cela tient à

bien des causes, à une surtout dont il faut tenir | 8G compte : c'est qu'en France, ce n'est pas un simple malheur 'comme en Angleterreeten Amérique;, mais la perte de l'honneur ;*). F.i;re honneur à ses affaires est un proverbe français et qui n'existe qu'en France. Le boutiquier en faillite, ici, ueviknt très

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