I. SYSTEME DU MONDE
inhérentes à toutes ies choses qui existent, sans en excepter aucunement les différentes manifestations du sentiment, de la volonté et de l'esprit ; ces trois choses, qui constituent proprement Je monde idéal de l'homme, n'étant elles-mêmes que des fonctionnements tout à fait matériels de la matière organisée et vivante, dans le corps de l'animal en général et surtout dans celui de l'animal humain en particulier (*). Par conséquent toutes ces lois sont des lois générales, auxquelles sont soumis tous les ordres connus et inconnus d'existence réelle dans le monde.
Mais il est des lois particulières qui ne sont propres qu'à certains ordres particuliers de phéno-
(*) Je parle naturellement de l'esprit, de la volonté et des sentiments que nous connaissons, des seuls que nous puissions connaître : de ceux de l'animal et de l'homme, qui, de tous les animaux de cette terre, est — au point de vue général, non à celui de chaque faculté prise à part — sans doute le plus parfait. Quant à l'esprit, à la volonté et aux sentiments extra-humains et extra-mondiaux de l'Etre dont nous parlent les théologiens et les méta[)h}'siciens, je dois confesser mon ignorance, parce que je ne les ai jamais rencontrés, et personne que je sache n'a eu de rapports directs avec eux. Mais si nous en jugeons d'après ce que nous en disent ces messieurs, cet espritest tellement incohérent et stupide, cette volonté et ces sentiments sont tellement pervers, que ce n'est pas la peine de s'en occuper autrementque pourconstater tout lemal qu'ilssont censés avoir fait sur la terre. Pour prouver l'action absolue et directe des lois mécaniques, physiques et chimiques sur les faculté idéales de l'homme, je me contenterai de poser cette question : Que I 100 deviendraient les plus sublimes combinaisons de l'intelligence, si, au moment oij l'homme les conçoit, on décomposait seulement l'air qu'il respire, ou si le mouvement de la terre s'arrêtait, ou si l'homme se voyait inopinément enveloppé par une température de soixante degrés au-dessus ou au-dessous de zéro? {Note de Bakounine.)
mènes, de faits et de choses, et qui forment entre elles des systèmes ou des groupes à part : tels sont, par exemple, le système des lois géologiques; celui des lois de l'organisation vc'ge'tale; celui des lois de l'organisation animale; celui enfin des lois qui président au développement idécl et social de l'animal le plus accompli sur la terre, de l'homme. On ne peut pas dire que les lois appartenant à l'un de ces systèmes soient absolument étrangères à celles qui composent les autres systèmes. Dans la nature, tout s'enchaîn« beaucoup plus intimement qu'on ne le pense en général, et que ne le voudraient peut-ctre les pédants delascience, dans l'intérêt d'une plus grande précision dans leur travail de classification. Mais on peut dire pourtant que tel système de lois appartient beaucoup plus à tel ordre de choses et li,,;. de faits qu'à un autre, et que si, dans la succession dans laquelle je les ai présentées, les lois qui dominent dans le système précédent continuent de manifester leur action dans les phénomènes et les choses qui appartiennent à tous les systèmes qui le suivent, il n'existe pas d'action rétrograde des lois des systèmes suivants sur les choses et les faits des systèmes précédents. Ainsi la loi du /^ro^rc^s, qui constitue le caractère essentiel du développement social de l'espèce humaine, ne se manifeste pas du tout dans la vie exclusivement animale, et encore moins dans lavie exclusivement végétale ('); tandis que toutes les lois
(i) Il n'est pas nécessaire de faire remarquer ce qu'il y aurait d'inexact dans cette assertion si on l'entendait en un