‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 29 sur 75 · I. SYSTÈME DU MONDE · texte numérisé non relu

I. SYSTÈME DU MONDE

du monde végétal et du monde animal se retrouvent, sans doute modifiées par de nouvelles circonstances, dans le monde humain.

Enfin, au sein même de ces grandes catégories de choses, de phénomènes et de faits, ainsi que des lois qui leur sont particulièrement inhérentes, il y a encore des divisions et des sous-divisions qui nous montrent ces mêmes lois se particularisant et se spécialisant toujours davantage, accompagnant pour ainsi dire la spécialisation de plus en plus déterminée, et qui devient plus restreinte à mesure qu'elle se détermine davantage, des êtres eux-mêmes.

L'homme n'a, pour constater toutes ces lois générales, particulières et spéciales, d'autre moyen que l'observation attentive et exacte des phénomènes et des faits qui se passent tant en dehors de lui qu'en lui-même. Il y distingue ce qui est accidentel et variable de ce qui s'y reproduit toujours et partout d'une manière invariable. Le procédé invariable par lequel se reproduit constamment un phénomène naturel, soit extérieur, soit intérieur, la succession invariable des faits qui le constituent, sont précisément ce que nous appelons la loi de ce phénomène. Cette

sens absolu. La vie humaine, la vie animale, la vie végétale, ne formant pas trois mondes distincts, la « loi du progrès » ne peut pas appartenir exclusivement à l'humanité. Bakounine le dira d'ailleurs expressément lui-même plus loin (voir p. 2^1), L'évolution des êtres animés, de la cellule primordiale éclose au sein des océans de l'époque géologique la plus lointaine, jusqu'à l'être supérieur que nous appelons homme, c'est précisément « la manifestation de la loi du progrés ». — J. G.

constance et cette répe'tition ne sont |iiu pourtant pas absolues. Elles laissent toujours un large champ à ce que nous appelons improprement les anomalies et les exceptions, — manière de parler fort peu juste, car les faits auxquels elle se rapporte prouvent seulement que ces règles ge'nérales, reconnues par nous comme des lois naturelles, n'étant rien que des abstractions dégagées par notre esprit du développement réel des choses, ne sont pas en état d'embrasser, d'épuiser, d'expliquer toute l'intinie richesse de ce développement.

Cette foule de lois si diverses, et que notre science sépare en catégories différentes, forment-elles un seul système organique et universel, un système dans lequel elles s'enchaînent aussi bien que les ctres dont elles manifestent les transformations et le développement? C'est fort probable. Mais ce qui est plus que probable, ce qui est certain, c'est que nous ne pourrons jamais arriver, non seulement à comprendre, mais seulement à embrasser ce système unique et réel de l'univers, système infiniment étendu d'un côté et infiniment spécialisé de l'autre; de sorte qu'en l'étudiant nous nous arrOtons devant deux infinités : l'infiniment grand et l'infiniment pc'.it.

Les détails en sont inépuisables. Il ne sera jamais donné à l'homme d'en connaître qu'une infiniment petite partie. Notre ciel étoile, avec sa multitude de soleils, ne forme qu'un point imperceptible dans l'immensité de l'espace, et, quoique nous l'embrassions du regard, nous n'en savons presque rien.

Page 1