‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 30 sur 75 · I. SYSTÈME DU MONDE · texte numérisé non relu

I. SYSTÈME DU MONDE

Force nous est donc de nous contenter de connaître un peu notre système solaire, dont nous devons pre'sumer la parfaite harmonie avec tout le reste de l'Univers, car, si cette harmonie n'existait pas, ou bien elle devrait s'établir, ou bien notre monde solaire pe'rirait. Nous connaissons déjà fort bien ce dernier sous le rapport mécanique, et nous Im commençons à le connaître déjà quelque peu sous le rapport physique, chimique, voire même géologiqi.e. Notre science ira difficilement beaucoup au delà. Si nous voulons une connaissance plus concrète, nbus devons nous en tenir à notre globe terrestre. Nous savons qu'il est né dans le temps, et nous présumons que, je ne sais dans quel nombre indéfini de siècles ou de millions de siècles, il sera condamné à périr comme naît et périt, ou plutôt se transforme, tout ce qui est.

Comment notre globe terrestre, d'abord matière brûlante et gazeuse, s'est condensé, s'est refroidi; par quelle immense série d'évolutions géologiques il a dû passer, avant de pouvoir produire à sa surface toute cette infinie richesse de la vie organique, végétale et animale, depuis la simple cellule jusqu'à l'homme; comment il s'est manifesté et continue à se développer dans notre mondehistoriqueetsocial; quel est le but vers lequel nous marchons, poussés par cette loi suprême et fatale de transformation incessante, qui dans la société humaine s'appelle le progrès : voilà les seules questions qui nous soient accessibles, les seules qui puissent et qui doivent

être réellement embrassées, e'tudiées et rc'solues par l'homme. Ne formant qu'un point imperceptible dans la question illimitce et indctinissable de l'Univers, ces questions humaines et terrestres offrent tout de même à notre esprit un monde réellement infini, non dans le sens divin, c'est-à-dire abstrait, de ce mot, non comme l'Etre suprême crée par l'abstraction religieuse; infini, au contraire, par la richesse de ses détails, qu'aucuneobservation, aucune science ne sauront jamais épuiser.

Pour connaître ce monde, noire monde infini, la seule abstraction ne suffirait pas. Abandonnée à ellemême, elle nous reconduirait infailliblement à l'Etre suprême, à Dieu, au Néant, comme elle l'a déjà fait dans l'histoire, ainsi que je vais l'expliquer bientôt (i). Il faut, — tout en continuant d'appliquer cette faculté d'abstraction, sans laquclleluj nous ne pourrions nous élever jamais d'un ordre de choses inférieur à un ordre de choses supérieur ni par conséquent comprendre la hiérarchie naturelle des êtres, — il faut que notre esprit se plonge en même temps, avec respect et amour, dans l'étude minutieuse des détails et des infiniment petits, sans laquelle nous ne pourrons jamais concevoir la réalité vivante des êtres. Ce n'est donc qu'en unissant ces deux facultés, ces deux actions de l'esprit en apparence si contraires ; l'abstraction, et l'analyse scrupuleuse, attentive et patiente des détails, que nous

(i) C<;tte explicaiion se trouve a ia [ agc ■^■\.\ — J. G,

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