‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 31 sur 75 · I. SYSTÈME DU MONDE · texte numérisé non relu

I. SYSTÈME DU MONDE

pourrons nous élever à la conception re'elle de notre monde. Il est évident que, si notre sentiment et notre imagination peuvent nous donner une image, une représentation plus ou moins fausse de ce monde, la science seule pourra nous en donner une idée claire et précise.

Quelle est donc cette curiosité impérieuse qui pousse l'homme à reconnaître le monde qui l'entoure, à poursuivre avec une infatigable passion les secrets de cette nature dont il est lui-même, sur cette terre, la dernière et la plus parfaite création? Cette curiosité est-elle un simple luxe, un agréable passetemps, ou bien l'une des principales nécessités inhérentes à son être / Je n'hésite pas à dire que, de toutes les nécessités qui constituent la nature de l'homme, c'est la plus humaine, et que l'homme ne se distingue effectivement des animaux de toutes les autres espèces que par ce besoin inextinguible de savoir, qu'il ne devient réellement et complètement homme que par Téveil et par la satisfaction progressive de cet immense besoin de savoir. Pour se réaliser dans la plénitude de son être, l'homme doit se reconnaître, et il ne se reconnaîtra jamais d'une manière complète et réelle tant qu'il n'aura pas reconnu la nature qui l'enveloppe et dont il est le produit. A moins donc de renoncer à son humanité, l'homme doit savoir, il doit pénétrer par sa pensée tout le monde réel, et, sans espoir |n3 de pouvoir jamais en atteindre le fond, il doit en approfondir toujours davantage la coordination et les lois, car son humanité n'est qu'à

ce prix. Il lui en faut reconnaître toutes les régions inférieures, antérieures et contemporaines à luimême, toutes les évolutions mécaniques, physiques, chimiques, géologiques, végétales et animales, c'està-dire toutes les causes et toutes les conditions de sa propre naissance, de son existence et de son développement ; afin qu'il puisse comprendre sa propre nature et sa mission sur cette terre, sa patrie et son théâtre unique ; afin que, dans ce monde de l'aveugle fatalité, il puisse inaugurer son monde humain, le monde de la liberté.

Telle est la tâche de l'homme : elle est inépuisable, elle est infinie et bien suffisante pour satisfaire les esprits et les cœurs les plus fiers et les plus ambitieux. Etre éphémère et imperceptible, perdu au milieu de l'océan sans rivages de la transformation universelle, avec une éternité ignorée derrière lui, et une éternité immense devant lui, l'homme pensant, l'homme actif, l'homme conscient de son humaine destinée, reste calme et fier dans le sentiment de sa liberté, qu'il conquiert en s'émancipant lui-même par le travail, par la science, et en émancipant, en révoltant au besoin, autour de lui tous les hommes, ses semblables, ses frères. Si vous lui demandez après cela son intime pensJe, son dernier mot sur runité réelle de l'Univers, il vous dira que c'est Véternelle transformalinn, un mouvement infiniment détaillé, diversihé, et, à cause de cela même, ordonné en lui-même, mais n'ayant néanmoins ni commencement, ni limite, ni fin. C'est donc

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