I. SYSTEME DU MONDE
le contraire absolu de la Providence : la ne'gation de Dieu.
On comprend que, dans l'univers ainsi entendu, il ne puisse être question ni d'ide'es antérieures ni de lois préconçues et préordonnées. Les idées, y compris celle de Dieu, n'existent sur cette terre qu'autant qu'elles ont été produites par le cerveau. On voit donc qu'elles viennent beaucoup plus tard que les faits naturels, beaucoup plus tard que les lois qui gouvernent ces faits. Elles sont justes lorsqu'elles sont conformes à ces lois, fausses lorsqu'elles liur sont contraires. Quant aux lois de la nature, elles ne se manifestent sous cette forme idéale ou abstraite de loi que pour l'intelligence humaine, lorsque, reproduites par notre cerveau, sur la base d'observations plus ou moins exactes des choses, des phénomènes et de la succession des faits, elles prennent cette forme d'idées humaines quasi-spontanées. Antérieurement à la naissance de la pensée humaine, elles ne sont reconnues comme des lois par personne, et n'existent qu'à l'état de procédés réels de la nature^ procédés qui, comme je viens de le dire plus haut, sont toujours déterminés par un concours indéfini de conditions particulières, d'influences et de causes qui se répètent régulièrement Ce mot nature exclut par conséquent toute idée mystique ou métaphysique de substance, de cause finale ou de création providentiellement combinée et dirigée.
Mais puisqu'il existe un ordre dans la nature, il doit y avoir eu ne'cessairement un ordonnateur, dira-t-on ? Pas du tout. Un ordonnateur, fût-il un Dieu, n'aurait pu qu'entraver par son arbitraire personnel l'ordonnance naturelle et le développement logique des choses ; et nous savons bien que la propriété principale des Dieux de toutes les religions, c'est d'être pre'cisément supe'rieurs, c'est-à-dire contraires, à toute logique naturelle, et de ne reconnaître qu'une seule logique : celle de l'absurdité et de l'iniquité. Car qu'est-ce que la logique, si ce n'est j^'Me développement naturel des choses, ou bien le procédé naturel par lequel beaucoup de causes déterminantes, inhérentes à ces choses, produisent des faits nouveaux (*)? Par conséquent, il me sera permis d'énoncer cet axiome si simple et en même temps si décisif :
Tout ce qui est naturel est logique, et tout ce qui est logique ou bien se trouve déjà réalisé, ou bien devra être réalisé dans le monde naturel, y compris le monde social ['*).
(*) Dire que Dieu n'est pas contraire à la logique, c'est afrirmer que, dans toute l'extension de son être, il est complètement logique; qu'il ne contient rien qui soit au-dessus, ou, ce qui veut dire la même chose, en dehors de la loi;ique ; que, par conséquent, lui-même il n'est rien que la lofçique, rien que ce courant ou ce développement naturel des choses réelles ; c'est dire que Dieu n'existe pas. L'existence de Dieu ne peut donc avoir d'autre signification que celle de la négation des lois naturelles ; d'où résulte ce dilemme inévitable : Dieu est, donc il n'y a point de lois naturelles, il n'y a point d'ordre dans la nature, le inonde présente un duos, ou bien : Le monde est ordonné en lui-même, donc Dieu n'existe pas. (S'ote de Bakounine.)
(*•) Il lie résulte aucunement de là que tout ce qui est logique