‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 33 sur 75 · I. SYSTÈME DU MONDE · texte numérisé non relu

I. SYSTÈME DU MONDE

Mais si les lois du monde naturel et du monde social (*) n'ont c'te' crée'es ni ordonnées par personne, pourquoi et comment existent-elles ? Qu'est-ce qui leur donne ce caractère invariable? Voilà une question qu'il n'est pas en mon pouvoir de résoudre, et à laquelle, que je sache, personne n'a encore trouvé et ne trouvera sans doute jamais de réponse. Je me trompe : les théologiens et les métaphysiciens ont bien essayé d'y répondre par la supposition d'une

ou naturel soit, au point de vue humain, nécessairement utile, bon et juste. Les grandes catastrophes naturelles : les tremblements de terre, les éruptions de volcans, les inondations, les tempêtes, les maladies pestilentielles, qui dévastent et détruisent des cités et des populations tout entières, sont certainement des faits naturels produits logiquement par un concours de causes naturelles, mais personne ne dira qu'elles sont bienfaisantes [ our l'humanité. Il en est de même des faits qui se produisent dans l'histoire : les plus horribles institutions soi-disant divines et humaines ; tous les crimes passés et présents des chefs, de ces soi-disant bienfaiteurs et tuteurs de notre pauvre espèce humaine, et la désespérante stupidité des peuples qui obéissent à leur joug; les exploits actuels des Napoléon III, des Bismarck, des Alexandre H et de tant d'autres souverains ou hommes p ditiquis et militaires de l' Europe, et la lâcheté incroyable de cette bourgeoisie de tous les pays qui les encourage, les soutient, tout en les abhorrant du f jnd de son cœur; tout cela présente une série Je faits naturels proJuits par des causes naturelles, et par con^équent très logiques, ce qui ne les empêche pas d'être excessivement funestes à l'humanité. {Note de Bakounine.)

{*) Je suis l'usage établi, en séparant en quelque sorte le monde social du monde naturel. 11 est évident que la société humaine, considérée dans toute l'étendue et dans toute la largeur de son développement historique, est aussi naturelle, et aussi complètement subordonnée à toutes les lois de la nature, que le monde animal et végétal, par exemple, dont elle est la dernière et la plus haute expression sur cette terre. [Note de Bakounine.)

cause première suprême, d'une Divinité créatrice des mondes, ou au moins, comme disent les métaphysiciens panthéistes, lue par celle d'une âme divine ou d'une pensée absolue, incarnée dans l'univers et se manifestant parle mouvementet la vie de touslesctres qui naissent et qui meurent en son sein. Aucune de ces suppositions ne supporte la moindre critique. Il m'a été facile de prouver (p. 23o) que celle d'un Dieu créateur des lois naturelles et sociales contenait en elle-même la négation complète de ces lois, rendait leur existence même, c'est-à-dire leur réalisation et leur efficacité, impossible ; qu'un Dieu ordonnateur de ce monde devait nécessairement y produire l'anarchie ('), le chaos; que, par conséquent, de deux choses l'une, ou bien Dieu, ou bien les lois de la nature n'existent pas ; et comme nous savons d'une manière certaine, par l'expérience de chaque jour et par la science, qui n'est autre chose que l'expérience systématisée des siècles, que ces lois existent, nous devons en conclure que Dieu n'existe pas.

En approfondissant le sens de ces mots: lois naturelles, nous trouverons donc qu'ils excluent d'une manière absolue l'idée et la possibilité mC-me d'un

(i) Il est assez piquant de voir Bakoi'.nine, se conformant à l'usage habituel de la langue, prendre ici le mot «anarchie» en mauvaise part, dans le sens de « desordre ». Pourquoi l'at-il tait ? simple négligence de style, sans doute. Il savait mieux que personne qu' « anarchie » est au contraire synonyme d'« ordre naturel », puisque l'absence d'un ordonnateur est la condition nécessaire de l'existence de l'ordre, ainsi qu'il va le démontrer à la page suivante. — J. G.

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