L HOMME : INTELLIGENCE, VOLONTE
selon toutes les probabiliie's, il n'en sera jamais autrement dans le monde animal. L'harmonie s'y e'iablit par la lutte : par le triomphe des uns, par la défaite et par la mort des autres, par la souffrance de tous... Nous ne disons pas, avec les chre'tiens, que cette terre est une valle'e de douleurs ; il y a des plaisirs aussi, autrement les êtres vivants ne tiendraient pas tant à la vie. Mais nous devons convenir que la Nature n'est pas du tout aussi tendre mère qu'on le dit, et que, pour vivre, pour se conserver en son sein, ils ont besoin d'une singulière e'nergie, Car dans le monde naturel les forts vivent et les faibles succombent, et les premiers ne vivent que parce que les autres succombent (^). Telle est la loi |i2o suprême du monde animal. Est-il possible que cette loi fatale soit celle du monde humain et social ? »
Hélas ! La vie tant individuelle que sociale de l'homme n'est d'abord rien que la continuation la plus immédiate de la vie animale. Elle n'est autre chose que celte même vie animale, mais seulement
(i) Ici Bakounine a placé dans son manuscrit, sous la forme d'une note remplissant quatre feuilleis supplémentaires marqués A, B, C et D, un long passage emprunte au même article du Progrès. Ce passage, qu'il serait superflu de reproduire ici, s'étend d'un alinéa commençant par les mots « : Ceux qui admettent l'existence d'un Dieu créateur... », p. 248 de la réimpression au tome \." des Œuvres, jusqu'à la quatrième ligne de la p. 253 de la réimpression, avec quelqu-» «suppressions dans la seconde moitié de la page 252. — J. G.
compliquée d'un clcmeni nouveau : îa faculté de penser et de parler.
L'homme n'est pas le seul animal intelligent sur la terre. Bien loin de là; la psychologie comparée nous démontre qu'il n'existe point d'animal qui soit absolument dénué d'intelligence, et que plus une espèce, par son organisation et surtout par le développement de son cerveau, se rapprochede l'homme, plus son intelligence se développe et s'élève aussi. Mais dans l'homme seul elle arrive à ce qu'on appelle proprement la faculté de penser, c'est-à-dire de comparer, de séparer et de combiner entre elles les représentations des objets tant extérieurs qu'intérieurs qui nous sont donnés par nos sens, d'en former des groupes; puis de comparer et de combiner encore entre eux ces groupes, qui ne sont plus des êtres réels, ni des représentations d'objets perçus par nos sens, mais des notions abstraites^ formées et classées par ie travail de notre esprit, et qui, retenues par notre mémoire, autre faculté du cerveau, deviennent le point de départ ou la base de ces conclusions que nous appelons les idées (*). Tous ces fonctionnements de notre |i2i cerveau auraient été impos-
(') 11 a fallu ync grande dose d'extravagance ihcologique et métaphysique pour s'imaginer une àmc immatérielle vivant emprisonnée dans le corjiS tout ù fait matériel de l'homme, alors qu'il est clair que ce qui est matériel seu | lïi lement peut être interné, limité, contenu dans une prison matérielle. 11 fallait avoir la foi robuste de TertuUien, manifestée par ce mot