‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 38 sur 75 · l'homme : INTELLIGENCE, VOLONTÉ 24I · texte numérisé non relu

l'homme : INTELLIGENCE, VOLONTÉ 24I

les plus fines et les plus compliquées, toutes ces opérations de l'esprit, tous ces agissements matériels

les produits des faits naturels et sociaux, — en ce sens qu'ils n'en ont été d'abord rien que la répercussion ou la réflexion dans le cerveau de l'hom ne, et la reproduction pour ainsi dire idéale et plus ou moins judicieuse par cet organe absolument matériel de la pensée humaine, — acquièrent plus tard, après qu'-elles se sont bien établies, de la manière que je viens d'expliquer, dans la conscience collective d'une société quelconque, celte puissance de devenir à leur tour des causes productives de faits nouveaux, non proprement naturels, mais sociaux. Elles modifient l'existence, les habitudes et les institutions humaines, en un mol tous les rapports qui existent entre les hommes dans la société, et, par leur incarnation jusque dans les faits et les choses les plus journaliers de la vie de chacun, elles deviennent sensibles, palpables pour tous, même pour les enfants. De sorte que chaque génération nouvelle s'en pénètre dès sa plus tendre enfance ; et, quand elle arrive à l'âge viril où commence proprement le travail de sa propre pensée, aguerrie, exercée, et nécessairement accompagnée d'une 1 124 critique nouvelle, elle trouve, en elle-même aussi bien que dans la société qui l'entoure, tout un monde de pensées et de représentations établies qui lui servent de point de départ et lui donnent en quelque sorte l'étoffe ou la matière première pour son propre travail intellectuel et moral. De ce nombre sont les imaginations traditionnelles et communes que les métaphysiciens — trompés par la manière tout à fait insensible et imperceptible par laquelle, venant du dehors, elles pénètrent et s'impriment dans le cerveau des enfants, avant même qu'ils soient arrivés à la conscience d'eux-mêmes — appellent faussement les idées innées.

Mais à côté de ces idées générales, telles que celles de Dieu ou de l'âme, — idées absurdes, mais sanctionnées par l'ignorance universelle et par la stupidité des siècles, au point qu'aujourd'hui même on ne saurait encore se prononcer ouvertement et dans un lani^age populaire contre elles, sans courir le danger d'être lapidé par l'hypocrisie bourgeoise, — à côté de ces idées tout abstraites, l'adolescent rencontre, dans la société au milieu de laquelle il se développe, et, par suite de l'influence exercée par cette même société sur son enfance, il trouve en lui-même, une quantité d'autres idées beaucoup plus déterminées sur la nature et sur la société, des idées qui touchent de plus près à la vie réelle de l'homme, à son existence jour-

du cerveau, par des signes extérieurs : si riiomme, en un mot, n'ciait doue de la faculté de parler, l'ous les autres animaux ont un langage aussi, qui on doute? |i.>2 mais, de même que leur intelligence ne

nalière. Telles sont les idées sur la jusiice, sur les devoirs, sur les convenances sociales, sur les droits de chacun, sur la famille, sur la propriété, sur l'Etat, et beaucoup d'autres plus particulières encore, qui règlent les rapports des hommes entre eux. 1 outes ces idées que l'homme trouve incarnées en son propre esprit par l'éducation qu'indépendamment de toute action spontanée de cet esprit il a subie pendant son enfance, idées qui, lorsqu'il est arrivé à la conscience de lui-même, se présentent à lui comme des idées généralement acceptées et consacrées par la conscience collective de la société où il vit, toutes ces idées ont été produites, ai-je dit, par le travail intellectuel et moral collectif des générations passées. Comment ont-elles été produites? Par la constatation et par une sorte Je consécration des faits accomplis, car dans les développements pratiques de I 12j l'humanité, aussi bien que dans la science proprement dite, les J ails acco)nplis prccc.ient toujours les idées, ce qui prouve encore une fois que le contenu même de la pensée laumaine, son fond réel, n'est point une création spontanée de l'esprit, mais qu'il est donné toujours par l'expérience rélléchie des choses réelles.] (Xoie de Bakoutine.) — La partie de la note que j'ai placée entre crochets (les trois derniers alinéas) est biffée dans le manuscrit, et Bakounine a écrit en marge : Employé. 11 a fait usage de ce morceau dans la longue Noie qui occupe les feuillets 286-340 du manuscrit de L'Empire knouto-germanique (voir au tome i^des Œuvres, de la ligne 23 de la page 290 à la ligne i de la page 293) — On remarquera que le mot formel, dans la présente note, n'est pas pris par Bakounine dans le sens que lui donne, par exemple, Aristotc, pour qui la forme*c%\. ce qui constitue l'essence des choses, en sorte que l'élément /or»ie/ est l'élément qui détermine un être et lui donne l'existence actuelle. Dans le vocabulaire de Bakounine, une ïdiC\\\l6 formelle est une faculté considérée indépendamment de son contenu, indépendamment des réalités concrètes eu abstraites sur Icsquelless'exerce son activité; le travail du cerveau humain est qu'lilié de travail formel, parce que, opérant sur les faits réels et les choses réelles qui lui sont donnés, il ne les a pas créés, mais se borne à les combiner et à les agencer, à les systématiser, — J. G.

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